Entre argent et vérité, la science perd la boussole

Les écolos sont parmi ceux qui s’intéressent le plus aux résultats scientifiques. Normal, l’écologie politique est la résultante des recherches scientifiques sur les sombres démêlés qui existent entre les humains et la biosphère. D’où la nécessité de décisions politiques. Le problème, c’est que le système en place et ceux qui en profitent s’acharnent médiatiquement pour nier nos connaissances, même prouvées. Ce sont des marchands de doute. C’est la complicité de certains scientifiques avec les milieux économiques qui permet  cette dérive de la recherche de la vérité.

Hervé Kempf* nous donne un premier exemple de conflit d’intérêt à propos de l’étude sur les OGM publiée par Gilles-Eric Séralini dans Food and Chemical Toxicology : « Une question essentielle est de savoir pourquoi un chercheur de qualité a été obligé de chercher des fonds auprès de fondations privées pour pouvoir mener en catimini une étude d’un intérêt général… Le Centre national de la recherche scientifique, l’Institut national de la recherche agronomique sont-ils dénués à ce point de biologistes et d’expérimentateurs, qu’il faille toujours s’en remettre aux études pilotées par Monsanto, Syngenta, Pioneer, et dont les données restent secrètes, au nom du « secret industriel » ?… L’activité scientifique était auparavant financée par les fonds publics, elle est maintenant financée ou orientée par des entreprises qui ont peu d’intérêt pour les recherches non appliquées et négligent les effets des technologies qu’elles veulent commercialiser… La « science » n’est plus indépendante – cela est net dans le domaine des biotechnologies végétales… Derrière les querelles scientifiques se joue un drame, celui du rapport entre l’argent et la vérité. »

Stéphane Foucart** prend comme illustration l’étude de l’ INRA (Institut national de la recherche agronomique) conduite par Mickaël Henry qui montrait que des abeilles butineuses ne retrouvaient pas le chemin de leur ruche après avoir été exposées à de faibles doses du pesticide Cruiser. De « chercheurs » britanniques ont contesté ces conclusions : le taux de croissance naturelle de la ruche serait de 40 % et non de 11 %. Ces observations ont été menées dans les années 1980, sur seulement trois ruches, et hors du contexte de la culture de colza étudiée par les chercheurs français… qui eux peuvent revendiquer quatre années de suivi sur plus de 200 colonies. Stéphane Foucart nous fait remarquer que le laboratoire de James Cresswell (université d’Exeter), premier auteur de la contestation, est soutenu par… l’agrochimiste Syngenta, propriétaire du Cruiser. Ce conflit d’intérêts n’a pas été déclaré par l’auteur, contre les règles d’usage !

Pendant tout ce temps perdu de manipulation des données scientifiques, les OGM nous empoisonnent, les abeilles meurent, et les politiques tergiversent…

* LE MONDE du 23-24 septembre 2012, OGM : qu’a fait l’État ?

** LE MONDE du 23-24 septembre 2012, Le chercheur, l’agrochimiste et les abeilles

3 réflexions sur “Entre argent et vérité, la science perd la boussole”

  1. 4 octobre 2012 : Le professeur Gilles-Eric Séralini et son équipe scientifique ont publié le 19 septembre dans la revue Food and Chemical Toxicogology une étude concluant à la dangerosité d’un régime alimentaire comprenant un maïs transgénique résistant au pesticide Roundup. Reporterre donne la parole à Gilles-Eric Séralini pour connaître ses réponses aux arguments que lui opposent ses contradicteurs.
    Première question : le contrôle de micotoxines dans la nourriture des animaux étudiés n’est pas détaillé dans l’article publié. A-t-il été bien mené ?
    M. Séralini répond que l’expérience a suivi toutes les règles relatives aux « bonnes pratiques de laboratoire » suivies par les établissements d’expérimentation. La composition de la nourriture et la présence des mycotoxines et autres éléments étaient précisément contrôlées. Mais il n’était pas possible d’indiquer tous ces détails dans l’article princeps, c’est-à-dire principal.
    Celui-ci devrait être suivi, si l’on comprend bien, d’autres articles détaillant les conditions de l’expérience.
    Deuxième question : les groupes témoins de rats mâles et femelles étaient trop restreints dans l’étude, ne comportant que dix animaux. Cela n’enlève-t-il pas la valeur des résultats trouvés ?
    M. Séralini répond qu’on peut toujours faire mieux. L’idéal aurait été d’avoir soixante-cinq rats par groupe. Mais c’est impossible [en raison du coût que cela représente, comprenons-nous]. Toutes les études se font habituellement avec des groupes de dix rats. M. Séralini souligne qu’il n’a pas mené une étude de cancérogenèse [c’est-à-dire visant à vérifier si le produit étudié provoque des tumeurs cancéreuses], mais une étude de toxicologie [étudiant des effets toxiques, qu’elle qu’en soit la nature], qui est « la première étape » avant une étude de cancérogenèse. Les normes OCDE pour ces études demandent qu’il y ait dix rats par groupe.
    Troisième question : sur dix individus par groupe, la valeur statistique des résultats observés sur les groupes est très faible.
    M. Séralini répond que l’on peut dire cela de toutes les études. Il affirme que 98 % des études toxicologiques de recherche portent sur trois à quatre rats par groupe. Et que les études réglementaires sur les OGM, qui ne durent que trois mois [alors que son étude a suivi les animaux pendant deux ans], comprennent dix rats par groupe. C’est d’ailleurs, dit-il, un reproche qu’ont émis les agences réglementaires à l’égard d’un test présenté par la société Monsanto ; mais elles n’ont pas exigé le retrait du maïs transgénique concerné.
    Quatrième question : la souche de rats utilisée, Sprague-Dawley, présente des spontanément des tumeurs cancéreuses.
    M. Séralini répond que cette souche de rats est utilisée dans presque tous les tests, et c’est en particulier la souche qui a servi pour homologuer tous les OGM. L’étude de M. Séralini a duré plus longtemps, et il est exact que des tumeurs se développent en fin d’expérience. Mais ce qui compte, « c’est le différentiel par rapport au [groupe] contrôle ». Et il faut aussi une souche « suffisamment sensible aux tumeurs pour représenter quelque chose de proche de l’humain ». Ici, l’étude a montré les perturbations hormonales [induites par l’alimentation comprenant un OGM et le pesticide Roundup].
    Par ailleurs, il y a de nombreuses observations sur chaque rat, donc de nombreuses valeurs qui, par des méthodes statistiques complexes, ont permis de mettre en évidence diverses corrélations. Les observations ont été de plusieurs types : anatomo-pathologiques, biochimiques, micro-biologiques, et comportementales.
    Cinquième question : d’autres études ont été menées avec des animaux nourris aux OGM sur de longues durées. L’étude dirigée par le professeur Séralini ne serait donc pas exceptionnelle. L’intervieweur produit trois études.
    M. Séralini répond que ces trois études ne sont pas toxicologiques. Il précise que l’étude qu’il a dirigé est la plus longue, « vie entière », sur cet OGM, le maïs NK 603. Il souligne qu’il n’existe pas, par ailleurs, d’étude à longue durée sur l’exposition au pesticide Roundup, qui est le plus répandu dans le monde. Des études existent sur son composant principal, le glyphosate, mais pas sur le Roundup en tant que tel.
    Sixième question : si les OGM ont des effets aussi néfastes que semble l’indiquer l’étude de M. Séralini, pourquoi ne les observe-t-on sur les animaux et les populations qui consomment des OGM, notamment aux Etats-Unis, depuis plus de dix ans ?
    M. Séralini répond qu’il n’y a pas de traçabilité dans ce pays sur les OGM, et que l’on ne peut donc pas y mener une étude épidémiologique sur les aliments transgéniques. Il se trouve qu’on observe énormément de pathologies hépato-rénales. On ne peut pas les attribuer aux OGM et au Roundup, mais les produits mal évalués pour la santé peuvent en être responsables.
    Septième question : que se passe-t-il en Argentine et au Brésil qui cultivent à grande échelle les produits transgéniques.
    M. Séralini répond qu’il est dommage que seule une petite équipe comme celle qu’il dirige à Caen étudie les effets du pesticide Roundup. Il y a un vrai doute sur la manière dont on évalue les maladies chroniques. Le système hormonal semble perturbé par ces produits. Il est anormal qu’il n’y ait pas d’études à long terme sur ce type de produits.
    Propos recueillis par Eduardo Febbro et Hervé Kempf
    http://www.reporterre.net/spip.php?article3280

  2. Le point de vue du syndicat SUD Recherche branche INRA
    Sans nous prononcer sur les résultats de la publication de G.E. Séralini* qui fera l’objet, dans les prochaines semaines, d’une expertise approfondie par la communauté scientifique, nous constatons que les débats que soulève ce travail, confirment la pertinence de plusieurs des idées que nous défendons et des questions que nous posons, notamment en regard des orientations scientifiques de notre Institut.
    1. La première de ces questions concerne l’évaluation des risques sanitaires liés à la consommation d’organismes génétiquement modifiés et des herbicides qui les accompagnent. Dans une interview publiée le 20 septembre dans le journal Le Monde, G. Pascal, ancien toxicologue à l’INRA qui est désormais consultant pour des entreprises de l’agroalimentaire, a déclaré, en début d’interview, que l’étude de Séralini présente de « très sérieuses lacunes, qui invalident ses résultats ». Cependant, il conclut cette même interview par ces phrases : « Effectivement, il n’y a jamais eu d’étude de cancérogénèse liée aux OGM ni d’étude toxicologique à long terme (…) L’ampleur des travaux du professeur Séralini est donc sans précédent ». Le mercredi 26 septembre sur l’antenne de France Inter, L.M. Houdebine directeur de recherche honoraire à l’INRA, déclarait au sujet du travail de Séralini que « La première impression est que c’est impossible parce que on voit pas comment du maïs qu’on mange depuis 5000 ans puisse devenir cancérigène à ce point là en faisant une transformation génétique des plus simples ».
    Il est intéressant de considérer ces deux déclarations à la lumière d’une des recommandations en matière de santé proposée dans le rapport parlementaire sur les OGM produit par J.Y. Le Déaut en 19981, rapport qui s’était appuyé sur un Comité de Pilotage comprenant notamment G. Pascal. Cette recommandation disait : « S’il y a le moindre risque, même faible, de démontré concernant une plante transgénique, il ne doit y avoir en aucun cas, aucune importation, aucune mise en consommation, et aucune autorisation de mise en culture ». Ainsi, alors qu’il était recommandé dès 1998 de ne prendre aucun risque sanitaire avec les OGM, on comprend des déclarations citées ci-dessus de deux de leurs défenseurs les plus connus, que la puissance publique ne s’est jamais vraiment donné les moyens d’évaluer ces risques à long terme. Pourquoi ces recherches, qui nécessitent des investissements de long terme, n’ont-elles pas été conduites et financées par les organismes publics de recherche compétents (il a fallu que ce soient des enseignes de la grande distribution qui financent le travail de l’équipe de G-E. Séralini !) ?
    2. Le second type de questions soulevé par le débat actuel se rapporte à l’évaluation des nouvelles substances et des OGM, et il concerne à la fois les procédures d’homologation de ces nouveaux produits et l’impartialité des experts qui a souvent été mise à mal ces dernières années, le dernier exemple étant le Médiator. Sachant que presque tous les pesticides mis sur le marché après avoir obtenu une autorisation, sur présentation d’un dossier d’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) produit par le fabricant lui-même, finissent un jour par être interdits (atrazine, paraquat, chlordecone, Cruizer…) en raison des ravages qu’ils causent à l’environnement ou/et à la santé humaine, on se demande combien de temps il faudra attendre pour que toutes ces procédures d’homologation soient modifiées et quand sera confiée l’évaluation de ces molécules, ainsi que des OGM cultivés en plein champ, à une Agence d’Etat pouvant travailler en toute indépendance des pressions et des lobbys. Par ailleurs, la baisse des crédits récurrents attribués aux équipes de recherche qui les incite à courir après les contrats, et l’incitation croissante faite aux chercheurs des organismes publics à développer des programmes collaboratifs avec le privé, a considérablement réduit leur indépendance,
    pourtant indispensable pour exercer des fonctions d’expertise.
    3. Le troisième niveau de questions soulevé par la publication de G.E. Séralini et collègues se rapporte au positionnement de notre Institut par rapport à cette question des OGM. On peut tout d’abord regretter que l’INRA soit apparu, une nouvelle fois, comme un des premiers défenseurs de ces technologies à travers les interventions de G. Pascal et L.M. Houdebine. L’image de notre Institut ne s’en trouvera pas améliorée d’autant que les consommateurs français ont renouvelé à chaque enquête d’opinion et depuis de
    nombreuses années, leur souhait largement majoritaire de ne pas avoir d’OGM dans leur assiette. Entendre dire, par un directeur de recherche honoraire de l’INRA, qu’il ne devrait pas y avoir d’évaluation sur les plantes génétiquement modifiées parce que ce sont les mêmes que les plantes non modifiées, et que le glyphosate n’a jamais causé de cancers chez l’Homme, n’est pas à l’honneur de notre Institut !
    Plusieurs chercheurs de l’INRA ont par ailleurs signé dans le Monde un appel à un « débat raisonné » sur les OGM, qui finit pourtant par un plaidoyer sur l’espoir suscité par les OGM pour résoudre tous les problèmes de la planète, en grand décalage avec l’expertise actuelle mondiale sur les causes des déséquilibres pour l’accès à l’eau, à l’alimentation et à la santé à travers le globe, et sur les solutions qui peuvent y être apportées dans un contexte de démographie croissante et de changement climatique.
    4. Enfin, dans un communiqué datant du 27 septembre, le nouveau PDG de l’INRA, F. Houllier, précise la position de l’institut vis à vis de l’article de Séralini, en nous disant notamment que « l’INRA a publié en 2012 une méta-analyse sur les risques toxicologiques liés à l’ingestion des OGM » sachant que cet article qui a fait l’objet de nombreuses critiques (voir par exemple l’article de Gilles Van Kote dans le Monde du 15 décembre 2011), est co-signé par des personnalités (dont toujours G. Pascal) très bien connues pour leur soutien actif aux OGM. On aurait aimé que, dans les circonstances présentes, F. Houllier fasse preuve d’un peu plus d’ouverture.
    Il est donc plus que jamais urgent que soit initiée une profonde réflexion sur les orientations scientifiques futures de notre Institut, et sur la place centrale que l’on veut continuer de donner, ou non, aux biotechnologies. SUD Recherche EPST avait critiqué l’entêtement de notre ancienne PDG, M. Guillou, sur cette question lors de l’analyse de son livre (« 9 milliards d’êtres humains à nourrir, un défi pour demain … un défi mal posé !»). Nous déplorons par ailleurs, qu’au lieu d’initier un réel débat de fond, notamment sur ces enjeux de recherche publique, les « Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche » menées par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dérivent en une piteuse opération de communication.
    C’est pourquoi nous demandons à la Direction de l’INRA et au gouvernement d’engager cette vaste réflexion en incluant notamment la participation d’acteurs qui ne sont encore pas ou peu écoutés actuellement (confédération paysanne, associations de protection de l’environnement…). Le renouvellement de notre modèle agricole à bout de souffle, que ce soit au niveau environnemental ou social, et les attentes des citoyens de France et d’ailleurs, vont demander que soit opérée une double, triple ou quadruple révolution verte, dans laquelle l’INRA devra tenir un rôle majeur.
    http://www.sud-recherche.org/SPIPprod/
    * La publication récente de l’article de G.E. Séralini et de ses collègues dans une revue internationale de bon
    niveau (Food and Chemical Toxicology, classée comme étant de « notoriété excellente » par le système Noria
    de l’INRA) suscite un vif débat…

  3. L’ecologie politique est la negatin de la demarche scientifique puisque les presuposes ideologiques precedent la reflexion. Votre ennonce est est un exemple: « …les sombres demellees… »: jugement de valeur preliminaire.

    Seralini joue maintenant les vistimes et se pretend l’objet d’attaques ad hominem. Vous memes, apres deux billets ou vous – a ma grande et agreable surprise – ennonciez qu’il fallait attendre de lire les critiques de Seralini avant de tirer une conclusion, vous vous recentrez dur « la ligne du parti » ou vous disqualifiez a priori toute critique sur l’air de « de toute facons, nous sommes gentils, ils sont mechants ». Combien de redacteurs a Biosphere? Plusieurs dont un seul prudent qui s’est fait renvoyer dans une sorte de Siberie redactionnelle? Ou un seul avec peu de schizophrenie analytique?

    La criigen est un business les gars. Ils sont finances aussi par le prive, Auchan et Carrefour (votre tasse de the ?) mais ils ne l’indiquent pas non plus en tant que conflit d’interet: vous vous garderez bien de le signaler. La Criigen, comme l’Express et vous-meme, doivent creer un probleme pour pouvoir vendre leurs solutions, vraies ou fausses.

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