Est-ce vraiment rétrograde que d’accepter sa stérilité ?

François Olivennes, spécialiste des traitements de l’infertilité, milite dans les médias* pour la fécondation in vitro (FIV), le don d’ovocytes, la possibilité généralisée pour les femmes de congeler leurs ovocytes et l’AMP (assistance médicale à la procréation) pour les femmes seules. Il se croit donc respectueux du désir d’enfant à tout prix. Etre contre son avis, c’est vouloir que « Notre pays reste un petit village gaulois campé sur ses positions rétrogrades mais surtout hypocrites, car des milliers de femmes se rendent à l’étranger, parfois à une heure de Paris, pour bénéficier de ces techniques ». Voici ce qu’en disent les commentateurs sur lemonde.fr :

Gaétan Richardeau : On se demande tout de même quels seraient les intérêts économiques d’une telle généralisation de ces techniques pour le Dr François Olivennes, qui vient ici faire la leçon avec tant d’emphase..

Gbouvier : François Olivennes semble ignorer la différence entre ce que l’Humanité sait faire et ce que l’Humanité s’honore de faire. Et là, c’est moi qui ait peur. Il faudrait qu’il sorte un peu de son petit monde, ce petit docteur. Tout ne tourne pas autour de son petit business ! Un mec stérile et qui aime ça : non, je veux pas être père-porteur, bien que ce soit mon droit.

Félix le chat : Rien que son titre décrédibilise l’article… et son auteur. « Hostile aux femmes stériles », c’est être « rétrograde ». Rien que ça ! Pourquoi pas « contre-révolutionnaire » ou « ennemi du peuple » comme au bon vieux temps du camarade Staline

Hadrien : Taxer la France de rétrograde et hostile aux femmes stériles pour défendre sa boutique me semble misérable, et on se demande ce qu’un article de ce niveau fait dans les débats du Monde. Des personnes qu’on ne peut soupçonner d’intégrisme ou d’étroitesse d’esprit débattent depuis des années de la légitimité de la science à imposer ses progrès sans réflexion éthique et des enjeux pour notre société. On ne peut balayer tout cela de son mépris tout en se plaignant d’un « débat minimal » !

Chandernagor : Autant je suis fermement attaché aux droits des enfants, autant je suis réservé sur le droit « À l’enfant ». Cela mérite discussion et débats. La stérilité ne tue pas, que je sache.

Jacques Louys : Croire que le « désir » va être satisfait par son objet, ici avoir un enfant, est un leurre éternel…

Shakleton : Le désir d’enfant travesti en dû est une pure construction sociale. Il n’y a strictement aucun argument qui fait de la PMA une nécessité, sauf la pression sociale, le désir de normalité absolue. Pourquoi devrait-on financer un mythe social ? A choisir, je préfère que l’argent de la Sécu aille à ceux qui en ont vraiment besoin … Mettez une femme en mal d’enfant en face de quelqu’un de trop pauvre pour se payer une correction visuelle et qui y a laissé son travail : qui a priorité ? Avec une FIV, on finance combien de prothèses auditives et de lunettes ?

 La murène : Ce texte est emblématique d’un « droit à l’enfant » se substituant au droit des enfants. Le « désir d’enfant » de quelques-unes doit-il être financé par l’ensemble de la société ? Les femmes ne sont pas que des reproductrices, elles doivent pouvoir se réaliser autrement qu’en faisant des enfants.

Henry Michaud : On peut comprendre le désir d’enfant, mais est-ce dans le rôle de la société de légitimer ce désir et de faire qu’il soit exaucé coûte que coûte, notamment au frais de la secu ? J’en doute.

Cray : Le bidouillage pour la procréation doit-il être la règle ? Programmer son enfant avec une appli smartphone doit-il être l’objectif ultime à poursuivre? Si la France reste un petit village gaulois campé sur ses positions « rétrogrades », est-ce si gênant ?

Dominique Birou : Je partage votre point de vue et le vertige que me donne notre société, il y va surtout d’une sorte de consumérisme qui remet entre les mains des soignants le début de la vie

Shakleton : Dépenser des sommes délirantes pour répondre à un caprice avec 25 % de réussite au maximum quand la Sécu ne rembourse presque pas les lunettes et appareils auditifs, etc. moi j’appelle ça du natalisme obscène, pas une mentalité rétrograde. Ce qui serait un progrès, c’est d’enseigner à l’école que toutes les femmes n’auront pas d’enfants et qu’il n’y a rien d’anormal ni de pathologique, ni même de honteux à ça.

Roger D. : Entièrement d’accord. Il faudrait vraiment apprendre la biologie à tous, pour leur apprendre que n’aurons pas d’enfants biologiquement: -les femmes stériles -les femmes qui attendent de devenir stériles -les couple de femmes -les couple d’hommes -les femmes seules. La médecine est là pour guérir des maladies, pas pour contourner la biologie.

Yohann Coldefy : Guérir une maladie, c’est tout autant « contourner la biologie ». Vous enrayez artificiellement le développement naturel d’une bactérie ou d’un virus pour favoriser la guérison. Un état biologique ne vous plait pas, vous utiliser des techniques pour l’arranger. C’est ça la médecine.

GF : Il y a quelque chose d’effarants depuis des années, c’est que des gens avec le titre d’expert viennent dans les médias pour dire aux Français qu’ils seraient horriblement rétrogrades et derniers de la classe. Il y a là une sorte de chantage au conservatisme. ce n’est pas parce que l’on ne répond pas aveuglement par l’affirmative à ces propositions que nous sommes des horribles ayatollahs coincés à l’âge de pierre.

Christian Cépété : Ce médecin n’a pas compris que demain la procréation sera totalement déconnecté de la fécondation archaïque. Ovules et spermes seront stockés avant stérilisation des individus et l’assemblée nationale décidera chaque année du contingent de bébés éprouvettes. Alors, pourquoi nous embêter avec les combats d’hier, la PMA et la GPA et la famille avec enfants et le sexe, c’est des bêtises du passé. Et quelle économie, plus de congé prénatal, plus de maternité, juste des rayonnages avec des bocaux.

Yoyo : Pourquoi avoir un enfant ?

* LE MONDE du 19 février 2014, La France est devenue un pays rétrograde et hostile aux femmes stériles

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3 réflexions sur “Est-ce vraiment rétrograde que d’accepter sa stérilité ?”

  1. AVOIR un enfant, c’est une expression parfaitement admise. Et on ne manquera pas d’être traité de rabat-joie si on demande aux candidats à la p/maternité s’ils sont capables de se projeter pour tenir compte de l’avis de la première personne intéressée, à savoir l’enfant. Et encore, ceci ne concerne que ceux qui ont le souci de devenir de bons parents (la majorité mais pas la totalité). Même parmi ceux-là, aucun ne peut garantir qu’il le sera vraiment et ne créera pas une victime. D’autant que le risque est multiplié par la probabilité d’une crise écologique sans précédent. De quoi y réfléchir à deux fois quand même, mais qui le fait, toutes choses égales par ailleurs?

  2. Les commentaires proposés par les lecteurs du Monde me semblent de bon sens.
    Deux remarques peuvent aussi être faites concernant la PMA.

    Cette technique ne se conçoit que dans une société en pleine forme, en pleine croissance et disposant de toutes les ressources nécessaires. Il est fort probable que ce type de « soins » passera par pertes et profit (par pertes donc) lorsque nous seront confrontés au mur énergétique et que les menaces d’écroulement se feront plus précises. Il y aura certainement recentrage sur les activité vitales, en matière de santé notamment. Nous reviendrons certainement à la situation antérieure : les personnes stériles…n’auront pas d’enfants. Cela je le conçois est assez dur pour les personnes concernées mais l’humanité a vécu toute son histoire en suivant cette règle. Il reste néanmoins la possibilité de l’adoption

    D’autre part, si l’on peut évidemment prendre en compte la souffrance des couples hétérosexuels (les autres le savent à l’avance) qui se trouvent dans l’incapacité d’avoir un enfant, il faut néanmoins souligner une dérive assez inquiétante. Par définition la stérilité n’est pas héréditaire, puisque les personnes souffrant de problème de ce type ne peuvent transmettre les gênes qui en seraient éventuellement responsables. En multipliant les aides techniques, nous pourrions, pour une part, violer cette règle et nous retrouver avec une population dont une fraction deviendrait incapable de se reproduire sans l’aide d’une lourde machinerie médicale (ceci devrait au contraire inquiéter les natalistes). Globalement, nous paraissons en meilleure santé que dans les siècles passés, en réalité cela est lié aux conditions plus faciles qui nous sont faites. L’absence de sélection naturelle, l’utilisation de techniques sophistiquées comme la PMA masquent en réalité probablement une espèce beaucoup plus fragile et qui supporterait assez mal tout processus d’effondrement sociétal.

  3. NO KIDS, être stérile par choix
    Il y a ceux qui veulent un enfant malgré leur stérilité et ceux qui, bien que fécond, n’en veulent pas du tout. Il y a de fortes chances que les premiers soient anti-écolos et une petite probabilité que les second le soient. Mais il est vraiment dommage que les « no kids » toujours aussi mal vus. Les personnes en couple stable « sans-enfants » sont particulièrement harcelés. Selon les données publiées par l’Institut national d’études démographiques, ils sont 6,3 % des hommes et 4,3 % des femmes, une proportion stable depuis une vingtaine d’années.
    Pour en savoir plus, vous pouvez lire Corinne Maier, NO KID (40 raisons de ne pas avoir d’enfant) ou la BD « Des salopes et des anges » de Tonino Benacquista et Florence Cestac.

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