intervention au Mali, une erreur de plus des socialistes

Unanimisme pour l’intervention militaire française au Mali ! Même le Front national  par la bouche de Marine Le Pen l’affirme : «  L’intervention française au Mali décidée par le président de la République est légitime. » Le communiqué de presse (13.01.2013) d’Europe Ecologie-Les Verts, bien que nuancé, va dans le même sens : « Les autorités légitimes du Mali ont fait appel à la communauté internationale… EELV souhaite que l’opération engagée par la France soit strictement limitée dans le temps. » A force d’enfourcher des combats qui ne sont pas les siens et d’ignorer ce qui compte, l’écologie politique se déconsidère. La situation déplorable au Mali, et dans l’Ouest de l’Afrique en général, tient pour une partie non négligeable à l’attitude de la France, autrefois et du temps de la Françafrique. Au Mali, le découpage des frontières après la décolonisation, ne prenant pas en compte les spécificités des Touaregs ; cela nous renvoie aux responsabilités de l’Etat colonisateur français. Nous sommes intervenus militairement en Libye au nom de la démocratie et les armes de Kadhafi servent maintenant au Mali. Les mercenaires chassés ici se retrouvent là. Mais le débat de fond est autre, il porte sur tout autre chose que la démocratie imposée de l’extérieur et la raison d’Etat à sa sauce François Hollande.

On sait pertinemment que toute guerre est destructrice nette de ressources. Quelles guerres l’écologie peut-elle donc accepter ? Y a-t-il des guerres justes ? La menace multipolaire du terrorisme est-elle soluble dans un engagement militaire  classique ? La démocratie résulte du pouvoir des peuples  concernés, la France n’a rien à voir normalement avec le régime politique de la Tunisie, de la Libye ou du Mali. Que les peuples cherchent les voies de leur épanouissement socio-politique par eux-mêmes. C’est là la voie de l’écologie politique, non inféodée au jeu des grandes puissances militaro-industrielles et basée sur la prise de responsabilité locale. L’écologie politique c’est la non-violence en acte, l’écoute, le dialogue et parfois le non-agir comme seuls garants d’une évolution sociale voulue. La rébellion au Mali n’est pas forcément impopulaire ; les islamistes comptent aussi des soutiens parmi la population du Sud. Pourquoi intervenir dans un pays dont l’opinion publique peut être changeante ?

Laissons aux Machiavels l’absence de morale quand on se contente d’expliquer la meilleure façon de vaincre l’ennemi. Laissons à l’Eglise sa doctrine de la guerre juste ; massacrer pour la « bonne cause » est devenue une maladie récurrente de l’histoire humaine. Adoptons l’attitude selon laquelle les guerres sont intrinsèquement mauvaises pour être jamais justes ou efficaces. Erasme, au début du XVIe siècle : « Une fois que la guerre est déclarée, les affaires de l’Etat se retrouvent à la merci des appétits d’une poignée d’individus. » Albert Einstein : « Il ne faut pas banaliser la guerre en y fixant des règles. La guerre ne peut pas être humanisée, elle ne peut qu’être abolie. » L’adage « la fin justifie les moyens » est exclu. Gandhi parlait du Satyâgraha, le chemin de la vérité. Arrêtons de courir après la realpolitik pour laisser aux peuples le soin de régler leurs problèmes par leurs propres moyens.

Pour en savoir plus, lire Howard Zinn, Désobéissance civile et démocratie

NB : la realpolitik désigne la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l’intérêt national. Par exemple, grâce au Malien Hollande, AREVA pourra à nouveau obtenir de l’uranate aux environs de 30 Euros le Kilo… pour compenser les coûts de l’intervention militaire !

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4 réflexions sur “intervention au Mali, une erreur de plus des socialistes”

  1. De notre correspondant Ibrahima Coulibaly, président de la CNOP (Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali)
    « Merci de me consulter pour cette difficile question de l’intervention française au Mali.
    La situation est tout sauf facile et je sais qu’il y a débat en France surtout que l’intervention pousse ces gens à commettre des actes violents qui déstabilisent l’opinion publique . Mais je dois te dire qu’à l’heure actuelle sans l’intervention de la France quelqu’un comme moi et bien d’autre n’auraient eu d’autre solutions que de prendre les armes et aller dans la brousse ou se réfugier dans un pays voisin avec comme possibilité que ce pays voisin soit occupé à son tour très vite car l’armée malienne était quasiment défaite et il n’y avait plus de verrou sûr avant Bamako.
    Mais au delà de cela je pense que le projet du jihad mondialisé aurait eu un État tout entier avec la conquête du Mali et cela très près des frontières de l’Europe sur un territoire difficile à contrôler et immense. Ils recrutent dans la population locale ce qui aurait accentué la division des enfants du pays et de l’Afrique de l’Ouest toute entière. Leur influence ne pouvait que grandir en Afrique voire dans le monde s’il arrivaient à bout du Mali. Je ne pense pas que l’Europe aurait dormi tranquillement avec un Etats terroriste à moins de trois mille kilomètre de ses frontières.
    Cette intervention n’est pas seulement pour la paix au Mali mais aussi et surtout pour l’Afrique de l’ouest mais aussi pour le monde entier.

    Tu peux l’affirmer partout. Pour moi l’aide des armées de la France et bientôt de la région ont fait éviter sans doute la plus grande catastrophe de notre histoire commune. »

  2. Pascal Durand (secrétaire national EELV) : soutien de la guerre au Mali seulement si, « très rapidement, la France s’y retrouve aux côtés de l’Union européenne et que les États africains s’impliquent … La France ne doit pas retrouver sa fonction de gendarme de l’Afrique ! Ce n’est surtout pas le rôle d’un gouvernement de gauche-écologiste »

    Pascal Canfin, ministre écolo : « On a parfaitement conscience que la réponse militaire est une réponse d’urgence. Ce n’est pas le canal militaire français qui va résoudre les différends internes à la société malienne. L’option militaire fait partie de la palette des outils mais il doit maintenant déboucher sur un dialogue politique. Quand le temps sera venu, il faudra aussi faire des propositions en matière de développement. »
    Sinon la guerre au Mali pourrait empoisonner le débat, déjà houleux, sur la participation des écologistes au gouvernement ?

  3. Le député écologiste Noël Mamère a qualifié mardi 15 janvier de « propagande » les raisons invoquées par le gouvernement pour s’engager militairement au Mali : « Quand on dit qu’on a répondu à l’urgence, on a d’abord répondu à l’appel du président malien qui n’est que la marionnette des militaires, lesquels militaires s’apprêtaient à le déposer dans la semaine. Alors qui a-t-on sauvé ? Le président du Mali ou le peuple malien ? L’urgence, elle ne date pas d’aujourd’hui. L’urgence, elle a commencé le jour où Nicolas Sarkozy a décidé d’une intervention en Libye sans mesurer les dégâts collatéraux qu’on connaît depuis plus d’un an au nord du Mali ».
    Le Monde.fr avec AFP | 15.01.2013

  4. Le député écologiste Noël Mamère a qualifié mardi 15 janvier de « propagande » les raisons invoquées par le gouvernement pour s’engager militairement au Mali : « Quand on dit qu’on a répondu à l’urgence, on a d’abord répondu à l’appel du président malien qui n’est que la marionnette des militaires, lesquels militaires s’apprêtaient à le déposer dans la semaine. Alors qui a-t-on sauvé ? Le président du Mali ou le peuple malien ? L’urgence, elle ne date pas d’aujourd’hui. L’urgence, elle a commencé le jour où Nicolas Sarkozy a décidé d’une intervention en Libye sans mesurer les dégâts collatéraux qu’on connaît depuis plus d’un an au nord du Mali ».
    Le Monde.fr avec AFP | 15.01.2013

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