Le comportement résulte d’une socialisation, pas de l’ADN

Certains pensent que « notre quotient intellectuel est déterminé par ­notre ADN à hauteur des deux tiers, le tiers restant étant lié à l’école, la stimulation familiale, l’environnement et l’alimentation »*. C’est une affirmation gratuite indigne de se retrouver dans LE MONDE*. C’est absurde scientifiquement de prétendre que des facteurs génétiques favorisent les addictions à l’alcool, à la drogue, au jeu ou au sexe. Pourquoi pas un gène de l’homosexualité !!!

Suivant la quantité de neurones que possèdent les animaux, trois grands types d’univers se présentent : un monde de réflexes, un monde de programmes et un monde d’innovations. Les gènes humains sont le moyen de notre liberté plus que notre limite, ils desserrent l’étau des comportements innés auxquels sont si étroitement assujettis les autres animaux. Ce ne sont pas les gènes qui peuvent régenter l’univers synaptique du cerveau humain, 85 milliards de neurones et des milliers de connexions pour chacun. C’est une forte poussée frontale qui a poussé le bébé vers la construction autonome de son cortex cognitif et affectif : les gènes délimitent seulement la multiplication des neurones et c’est la confrontation avec l’environnement qui va donner sa densité à nos capacités cérébrales. Le programme génétique ne fixe pas notre destin car notre plasticité cérébrale laisse la plus grande part aux impressions laissées par le milieu socioculturel. Le cerveau humain est unique en ce sens qu’il est le seul contenant dont on puisse dire que plus on le remplit, plus grand est sa contenance ! Les connections entre neurones se mettent en place au fur et à mesure des expériences que fait l’enfant. S’il porte tout à la bouche, c’est que c’est la première zone qui se développe dans le cortex, les terminaisons nerveuses y sont deux fois plus nombreuses qu’au bout des doigts. Empêcher le tout petit de tester avec la bouche le monde extérieur, c’est déjà produire un certain handicap dans la maîtrise de l’environnement. Nous sommes aussi des animaux qui avons trouvé sans le vouloir la bonne/mauvaise idée d’avoir un mot à la place des choses. C’est en codant à l’intérieur de notre cerveau les représentations des autres en action, en reprenant la réalité comme dans un miroir installé dans nos neurones, que nous nous comprenons mutuellement ou que nous nous faisons la guerre.

Les addictions ou le sentiment de bonheur ne sont que les résultats de notre conditionnellement social. Laurent Alexandre, qui consacre son existence à la glorification de l’ADN (il est président de DNAVision), estime qu’il y a bien « une base ­biologique de nos émotions ». Mais cela n’indique pas quelle est la cause et quel est l’effet. Par exemple tous les produits qui induisent une dépendance chez l’humain, dont l’alcool, augmentent l’activité des neurones dans une partie du cerveau, le cortex préfrontal, par l’intermédiaire d’une libération de dopamine qui provoque le sentiment de plaisir. Le diagnostic de dépendance repose alors sur la recherche compulsive du produit, contre la raison et contre la volonté : il y a impossibilité de s’arrêter de consommer. C’est donc la consommation qui crée la dépendance, ce n’est pas notre ADN qui nous dicte notre consommation. Il n’y a pas déterminisme génétique comme l’affirme ce chroniqueur régulier du MONDE, il y a de bonnes ou de mauvaises rencontres avec autrui ou avec des produits.

* LE MONDE science&médecine du 3 février 2015, L’ADN, agent d’un bonheur national

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3 réflexions sur “Le comportement résulte d’une socialisation, pas de l’ADN”

  1. Annie Fleuriet : «La chronique de Laurent Alexandre est le point de désaccord que j’ai avec le supplément “Sciences” (que, par ailleurs, j’apprécie beaucoup) (…). Je lis toujours ses chroniques avec un profond malaise (…). Ce qui me gêne, c’est qu’il ne s’agit pas d’une opinion ; il soulève des problèmes à partir de données qui ne les justifient absolument pas. Je n’arrive pas à décider si elles sont mal digérées ou volontairement détournées pour alimenter son fonds de commerce.»

  2. Catherine Bourgain, généticienne de l’Inserm : « Dire que le quotient intellectuel est déterminé aux deux tiers par notre ADN est faux. »
    (LE MONDE du 6 février 2016, carte blanche et carton jaune)

  3. Selon le médiateur du MONDE, rares sont les personnes qui ont « à la fois un esprit de synthèse et une propension à la vulgarisation » pour écrire en 3300 signes C’est jugé si rare que Laurent Alexandre, ce chroniqueur « superdoué », a carte blanche pour balancer ses approximations toutes les six semaines dans Science&médecine! Nous faisons sur ce blog la même chose tous les jours et nous n’avons pas un tel contrat pharamineux.
    Le médiateur Franck Nouchi donne quand même un carton jaune à Laurent Alexandre pour son dernier pensum : « Laurent Alexandre réitère, sans l’étayer, l’affirmation selon laquelle « notre quotient intellectuel, in fine, n’est déterminé par notre ADN qu’à hauteur d’un peu moins des deux tiers ; le tiers restant étant lié à l’école, la stimulation familiale, l’environnement et l’alimentation» ».
    (LE MONDE du 6 février 2016, carte blanche et carton jaune)

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