Le débat sur l’IVG, bloqué par la morale ?

Le 15 novembre 2022, nous dépassons selon l’Onu le nombre de 8 milliards d’êtres humains. En conséquence tous les jours de ce mois nous consacrerons notre article principal à la démographie. Si tu n’es pas inquiet du poids de ces 8 milliards, prière d’en faire un commentaire, il sera lu avec attention.

Un commentaire sur ce blog : « Je ne mêle jamais les questions d’avortement à la démographie. »

biosphere : Cher correspondant, je voudrais savoir si les questions que posent la mortalité appartiennent ou non au domaine de la démographie et pourquoi. Ma question ne fait pas rentrer en ligne de compte le « qu’en dira-t-on », mais juste la définition de ce qu’est vraiment une étude démographique.

Commentateur : Bien sûr que la mortalité influe sur la démographie, mais je ne veux pas les inclure dans le débat. Je considère en effet que cela relève d’abord de la morale de chacun. Pour l’avortement, parce que je pense que c’est une solution pour sortir les femmes d’une situation impossible mais en aucun cas un mode de régulation de la natalité, pour ça il y a la contraception. Pour moi l’avortement reste la réparation de l’échec de la contraception, pas une méthode d’action à valoriser a priori.

Biosphere : ll paraît évident pour toute personne non intoxiquée par des considération religieuses que le droit à l’IVG est souhaitable pour les femmes du monde entier. La morale est une construction sociale, ce qui est jugé moral à un moment donné peut être jugé immoral dans d’autres circonstances. Se refuser de prendre partie sur la problématique de l’avortement, c’est en fait prendre parti et considérer que l’état de la législation à un moment donné s’impose. On se refuse de considérer la légalité du point de vue de la légitimité, de l’évolution de la conscience sociale. Avec un tel raisonnement, jamais en France il n’y aurait eu de droit à l’interruption volontaire de grossesse, et même de possibilité de contraception. La rupture a été préparé au début des années 1970 par des associations militant dans illégalité comme le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception). Rappelons que la France était très nataliste et répressive depuis la loi de 1920, considérant l’avortement comme un crime et assimilant la contraception à l’avortement. Dans un système démocratique, une loi n’est validée que si l’opinion publique lui attache une autorité, elle peut toujours être contestée. Aujourd’hui, à part les dictatures et les États religieux, la liberté d’avorter est devenue un droit fondamental. Ce n’est pas une question de morale, c’est une question de permettre aux femmes de ne pas avorter dans la clandestinité au prix souvent d’un dénouement fatal. Chaque année, 10 % environ des décès maternels peuvent être attribués à un avortement non sécurisé.

Michel Sourrouille dans son livre « Alerte surpopulation » à propos de l’avortement : Il est délicat d’intervenir sur un sujet qui concerne à la fois des législations nationales très diverses et une problématique morale ou religieuse. La promotion des mesures qui participent à une maîtrise de la fécondité comme l’accès à la contraception est une nécessité, mais un échec est toujours possible. Cas extrême, il y a des enfants issus d’un viol… alors l’avortement devient un dernier recours, mais des États interdisent pourtant l’avortement. C’est pourquoi contraception et avortement sont des explications conjointes de l’évolution démographique. La possibilité d’une IVG est basée sur la notion de liberté individuelle (pro-choice), il s’agit d’une interruption volontaire de grossesse. D’un point de vue à la fois démocratique et éducatif, faire en sorte de mettre au monde un enfant non désiré est une atteinte non seulement à la liberté de la femme, mais aussi aux droits de l’enfant à exister dans une famille aimante et attentionnée alors que la planète subit une surpopulation humaine impressionnante. Rappelons aux miitants du « pro-life » que le droit à l’avortement n’est pas une obligation d’avorter, celles qui veulent procréer sans limites le peuvent.

Le concept de « naissance désirée » est important. Au niveau mondial, près de la moitié des grossesses ne sont pas planifiées, soit près de 121 millions de femmes concernées. En définitive, 60 % de ces grossesses non intentionnelles aboutissent à un avortement. C’est sur ce constat inquiétant que le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) a choisi d’axer son rapport annuel1 publié le 30 mars 2022 sous le titre « Voir l’invisible ». Ces dizaines de millions de grossesses non désirées sont d’autant plus alarmantes, qu’au delà des drames individuels se joue aussi la tragédie collective de la surpopulation mondiale qui devrait nous faire condamner toute politique autoritaire, qu’elle aille dans un sens (avortements imposés) ou dans l’autre (avortement interdit).

Le livre de Michel Sourrouille vient d’être publié,

Alerte surpopulation

Le combat de Démographie Responsable

https://www.edilivre.com/alerte-surpopulation-michel-sourrouille.html/

NB : Comme les libraires ne peuvent retourner leurs invendus, faites une commande ferme auprès de votre libraire de proximité, à défaut commandez à la FNAC.

 

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4 réflexions sur “Le débat sur l’IVG, bloqué par la morale ?”

  1. ESPRIT CRITIQUE

    Depuis le temps nous le savons, du point de vue de Biosphère l’IVG comme l’IVV («interruption volontaire vieillesse», façon édulcorée de nommer l’euthanasie) dépassent le simple droit. Et la morale n’en parlons pas ! « La morale est une construction sociale [etc.]» Comme le Sens des choses, ou du monde, après tout. Et c’est ainsi que :- « tout ce qui permet de réduire volontairement notre poids démographique ne peut qu’être positif » (Biosphère – L’avortement, personne ne peut l’interdire)
    Tout ???? Tout et n’importe quoi ? C’est ça … que ça veut dire ?

    1. Michel C - esprit critique

      Hier (ESPRIT CRITIQUE 2 NOVEMBRE 2022 À 12:20) j’ai osé dire que cette phrase me donnait la nausée. Chacun peut voir la réaction (À 12:58) et juger, apprécier. Quoi qu’il en soit j’estime être encore en droit d’imaginer jusqu’où pourrait aller une telle idée si elle venait à se banaliser, autrement dit si elle se démocratisait. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à encore oser (me) poser certaines questions, et heureusement. Ne plus se les poser serait pour moi le début de la Fin.
      J’invite Biosphère à lire l’article P.8-9 dans La Décroissance (je sais qu’il la lit) de ce mois-ci : Suicide assisté : la « transgression suprême »
      Il s’agit de l’analyse du philosophe Jacques Ricot, spécialiste de bioéthique et auteur de nombreux livres sur le sujet. Biosphère pourra toujours lui raconter son histoire de la pente glissante.

  2. – « Pour moi l’avortement reste la réparation de l’échec de la contraception, pas une méthode d’action à valoriser a priori. » (Commentateur)
    – « la liberté d’avorter est devenue un droit fondamental. Ce n’est pas une question de morale, c’est une question de permettre aux femmes de ne pas avorter dans la clandestinité au prix souvent d’un dénouement fatal.» (Biosphère)

    Je suis d’accord avec ces deux points de vue. La preuve encore, que chez moi les choses sont rarement blanches ou noires. L’avortement doit être seulement vu comme la réparation de l’échec de la contraception. De la même manière qu’un dentier n’est que la réparation des conséquences des négligences en matière d’hygiène bucco-dentaire. La liberté de pouvoir aller chez le dentiste et de ne plus avoir affaire aux arracheurs de dents ne se discute plus depuis longtemps.

    1. Seulement pour moi, qui pourtant ne suis pas une femme, une IVG n’est quand même pas à comparer avec la pose d’une simple couronne dentaire. Pour bon nombre de femmes l’IVG reste un traumatisme profond.
      Bref, l’IVG doit être juste vue comme un droit pour les femmes. Et point barre !
      Nul besoin alors d’évoquer les 8 milliards. Nous serions 2 ou 20 milliards que pour moi ça n’y changerait rien. Par contre, si on veut aller plus loin… focalisons-nous plutôt sur cette notion de volontariat. Et ne négligeons surtout pas les pressions qui s’exercent, d’un côté comme de l’autre quand ce n’est pas de tous les côtés, pour pousser l’intéressé à «accepter» ce qu’en d’autres circonstances il n’aurait jamais accepté. Et là posons-nous la question, de savoir jusqu’où peut pousser la banalisation de certaines choses, au-delà bien sûr de leur légalisation.

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