LE MONDE confond-il humanisme et humanitaire ?

D’un côté l’éditorial du MONDE estime que ne pas défendre l’Aquarius marque le naufrage de l’Europe, de l’autre, parmi plus de 300 commentaires, certains sont de l’avis contraire. Si on est un écologiste, quel peut être le meilleur point de vue ? A nos lecteurs de commenter à leur tour sur ce blog…

LE MONDE : « Le Panama refuse l’immatriculation de l’Aquarius… On retire donc aux citoyens européens le droit de s’ériger contre une politique qui fait passer les intérêts continentaux avant la vie humaine. Dernier bateau humanitaire patrouillant au large des côtes libyennes pour tenter de sauver des migrants en détresse, on peut craindre qu’il ait sonné le glas de l’entreprise dont l’Aquarius est le symbole : assumer concrètement et courageusement le devoir humanitaire élémentaire de sauver des vies. Chaque vie mérite d’être sauvée. Rappelons aux indifférents que 1 700 personnes sont déjà mortes en Méditerranée centrale depuis le début de l’année. L’Aquarius empêché et désarmé, les responsables européens pourront mieux feindre d’oublier les indésirables qui se noient à proximité de leurs côtes. C’est indigne. »*

Sur lemonde.fr, des commentateurs avec un avis différent :

CLAUDE STENGER : Même bien intentionné, cet édito me semble mal titré : ce n’est pas l’Europe qui fait naufrage en Méditerranée, mais l’Afrique semble-t-il. Au sens propre. Si les interventions de l’Europe sur le plan international face à des questions aussi vitales que les guerres civiles et les faillites d’Etat sur tout un continent doivent se réduire à de l’humanitaire… et à un symbolique bateau… autant ne pas se poser en donneur de leçons.

Sonia Moriz : « On retire donc aux citoyens européens le droit de s’ériger contre une politique qui fait passer les intérêts nationaux ou continentaux avant la vie humaine. » Les citoyens européens étant à une majorité écrasante hostiles à l’immigration, on leur donne plutôt le droit d’exiger le respect des frontières et de la législation.

CYNIQUE DU BON SENS ET RAISON : Plus que les noyades, ce qui est indigne est que l’Europe et/ou l’Occident sont la cause de tous les déséquilibres du monde et qu’ils n’ont jamais rien fait de sérieux pour y remédier. L’égoïsme de nos classes dirigeantes et de nos populations soumises à l’addition de la surconsommation est le facteur premier de cette indignité. Les éditorialistes du Monde, habituels donneurs de leçons de salon, pointent l’écume et jamais les courants profonds…

RENE LAPOUYADE : On ne fait pas de la politique avec de bons sentiments au moins lorsque ceux ci sont hors d’atteinte.

William James : On peut s’indigner mais il faut respecter la décision souveraine du Panama. Ce bateau, comme les autres, donnait un effet d’aspiration à tous les migrants. Il faut au maximum bloquer les départs de façon à minimiser le nombre de morts dans la Méditerranée. Ce doit être l’objectif premier.

Hipparque : L’« Aquarius » est complice des passeurs-exploiteurs libyens à hauteur de 29 523 migrants fois de 800 euros et 1700 euros le passage. Soit entre 23 millions d’euros et 50 millions d’euros de rançons en cash. Voici ce que l’« Aquarius » a permis d’empocher aux passeurs libyens, sans qu’on en parle clairement, pour se donner bonne conscience. Ce qui n’empêche pas cet éditorial du Monde de donner des leçons à la terre entière, une fois de plus, en pensant avoir raison tout seul.

EL GRINGO : Le Monde dit que limiter l’immigration, c’est être d’extrême-droite, et que ça détruit l’Europe. On ne peut pas vouloir les causes et refuser les conséquences. La question n’est pas de savoir si les intentions sont bonnes, mais si les conséquences sont acceptables. Les conséquences, c’est la montée très concrète du communautarisme et de l’extrême-droite avec le risque, à terme, d’une désagrégation des démocraties libérales face aux nationalismes, et la fin de l’UE. La question est donc de savoir si nous acceptons de payer un tel prix en échange d’un humanisme compassionnel. Ma réponse, comme la majorité des Européens, c’est que non.

Hervé S. : El Gringo considère que pour éviter que les racistes n’arrivent au pouvoir, il faut cesser d’être humaniste.

GEOFFREY BASSET@ Hervé S : Cessez donc cet amalgame fallacieux consistant à confondre humanisme et immigrationnisme SVP !

Potard Clément : Seul un monstre peut se réjouir de pertes humaines… mais seul un naïf peut croire que l’Aquarius représentait un modèle viable de gestion des migrations. L’humanité n’a pas trouvé de solutions pour un avenir durable. L’homme ne reste qu’un animal précaire, et l’Europe n’est qu’un colosse aux pieds d’argiles. Il ne faut pas se fier à notre pseudo abondance…

*LE MONDE du 25 septembre 2018, L’« Aquarius » dégradé de son pavillon ou le naufrage de l’Europe

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2 réflexions sur “LE MONDE confond-il humanisme et humanitaire ?”

  1. Autant l’humanitaire est assez facile à définir, autant c’est plus difficile pour l’humanisme. D’autant plus, comme je le dis souvent, quand les mots ont perdus leur véritable sens. Et quand la réflexion se limite à des discussions de bistrots.

    Je pense là à cette phrase de Michel Onfray (dans Décadence), et ceci sans jeu de mot déplacé :  » Le bateau coule ; il nous reste à sombrer avec élégance ».

    Ce qui est certain c’est que l’élégance n’est pas le style de certains. Je dirais même que ce qui les caractérise le mieux c’est l’indécence et la vulgarité crasse. La « modération » non plus, ne semble pas savoir ce qu’est l’élégance, elle mélange tout elle aussi, bref tout ça est bien le signe de la décadence.

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