Le pouvoir est donné à des enfants fous

Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend absolument fou. L’exercice du pouvoir inonde le cerveau de dopamine, un neurotransmetteur qui témoigne du plaisir à dominer, mais qui crée aussi une addiction. L’excès de confiance en soi met alors en place une mécanique mentale qui empêche de s’évaluer à sa juste valeur. Comment peut-on résister au syndrome d’hubris, l’excès, la démesure, l’inacceptable orgueil d’un individu ? En lui opposant un environnement hostile, en facilitant les contre-pouvoirs, en éliminant ce type de personnalité par le vote ou l’opposition constante. Jamais Donald Trump ou Mohammed Ben Salman n’auraient du arriver au pouvoir, ils témoignent trop souvent de leur folie. Autant dire que l’écologie n’a rien à gagner de dirigeants qui ignorent ce que veut dire simplicité volontaire, sobriété dans tous les domaines, respect de toutes les formes de vie… Ne nous TRUMPons pas, nous l’avons bien cherché.

Donald Trump*. Galvanisé par des religieux en quête « d’homme fort », et par ses proches qui le considèrent comme « l’envoyé de Dieu », Trump ne déteste pas laisser planer le doute. A plusieurs reprises il a suggéré être « l’élu ». Son ancienne porte-parole (de 2017 à 2019), Sarah Sanders, pense sincèrement que « Dieu voulait que Trump devienne président ». Les évangéliques, électeurs assidus, représentent un tiers de la base trumpiste. Ces fous de dieu voient dans la solidité de l’État juif le préalable au retour de Jésus en « Judée Samarie » ; Trump décrète donc Jérusalem comme capitale du pays et incite à annexer les colonies en Cisjordanie. Le 24 janvier 2020, Trump est même devenu le premier président en exercice à s’exprimer devant les militants anti-avortement de la Marche pour la vie : « Chaque enfant est un don précieux de Dieu, fait à l’image de notre Seigneur ; vous n’avez jamais eu un défenseur aussi convaincu à la Maison Blanche. » Pourtant ce n’est que faux-semblant. En août 2019, interrogé sur sa foi par l’agence de presse Bloomberg, et incité à citer ses passages préférés de la Bible, son « livre favori, un livre très spécial », Trump avait esquivé : « Je ne veux pas entrer dans les détails, c’est personnel. » Le 6 février 2020, devant des dizaines de religieux de toutes confessions, le président américain a carrément rejeté l’un des commandements chrétiens. « Aimer ses ennemis ? Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec vous », avant de s’en prendre une nouvelle fois avec hargne à ses adversaires politiques. Son succès auprès des évangéliques blancs tient surtout au fait qu’il les a attirés sur leurs intérêts et leurs peurs – la nostalgie d’une Amérique blanche et chrétienne –, plus que sur leurs valeurs. Pour préserver leur univers, certains sont prêts à fouler aux pieds leur éthique, quelles qu’en soient les conséquences.

Mohammed Ben Salman** s’apprête à faire ériger une mégalopole au nord-ouest du pays. Son nom, Neom, pas moins de 26 500 km², cinq cents milliards de dollars.  Au cours d’un trajet en avion, “MBS” est tombé en pâmoison devant un film de super-héros, Les Gardiens de la galaxie. Il a demandé à l’un de ses conseillers d’en recruter le chef décorateur et d’assembler une équipe de spécialistes des effets spéciaux. Ce sont majoritairement eux qui conçoivent Neom. L’objectif est d’affranchir le pays de la rente pétrolière en pariant sur le tourisme. Neom se tourne vers les nouvelles technologies : ce sera un vaste parc d’attraction voué à l’intelligence artificielle et au divertissement. Un réseau de capsules supersoniques assurera la célérité et la propreté des transports. Ensemencement de nuages, aérogénérateurs et autres technologies vertes viseront à garantir l’intégrité de la faune et de la flore – à commencer par la barrière de corail qui borde le littoral. Des dinosaures et des gladiateurs robotisés, des taxis volants et une lune artificielle compléteront le décor, tout droit échappé d’un songe hollywoodien. Mais toute ville est comme sous une cloche de verre ; le désert peut-il nourrir une ville s’il n’y a pas en dessous du pétrole, cette merde du diable ? Heureusement c’est une violente tempête qu’ont dû affronter en octobre 2018 les promoteurs du projet. L’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, sur ordre de Riyad, transforme la ville d’anticipation en film catastrophe.

* LE MONDE du 12 février 2020, L’évangile selon Trump

** LE MONDE du 11 février 2020, Neom, le rêve hollywoodien de Mohammed Ben Salman pour l’Arabie saoudite

3 réflexions sur “Le pouvoir est donné à des enfants fous”

  1. Quant à l’autre «cas», comme tant d’autres, les Elon Musk, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg, Dmitry Itskov et Compagnie, ils feraient bien mieux de mettre leur imagination au service de Hollywood, tout simplement.
    Finalement, le Problème ne serait-il pas là, tout simplement, tout connement ? Le pouvoir a été effectivement donné à des enfants fous.

  2. J’ avoue n’ être d’ accord avec Trump que sur son nationalisme et sa politique anti – immigration : pour le reste , je le sais productiviste et croissantiste ad infinem sans aucune préoccupation pour la biosphère !
    Au fait , un Sanders , une Warren ou une Clinton aurait engendré une même catastrophe que la politique économique trumpienne : ils proviennent des mêmes milieux affairistes et mondialisés
    Le projet du roitelet séoudien avec ses tyrannosaures du type Godzilla mit uns et ses robots associés relève de la démence la plus totale ! Les conditions terribles qui règnent dans le vaste désert de ce pays (Rub Al Khali) auraient vite raison de ces projets absurdes .

    1. @Marcel : De mon côté, je ne pense pas me mouiller en disant que même chez n’importe quel fou je trouverais toujours un ou quelques points d’accord. Maintenant, si je me focalise sur un point bien particulier, comme par exemple le nationalisme et l’anti-immigration, c’est justement parmi les plus fous que j’ai le plus de chances de trouver un «modèle», un «maître à penser» etc.

      Ceci dit, il est vrai que le pouvoir rend fou, qu’il rend absolument fou. D’autre part il faut déjà être fou pour rechercher le pouvoir. Là encore c’est un cercle vicieux.
      Suggestion de lecture : « Ces fous qui nous gouvernent. Comment la psychologie permet de comprendre les hommes politiques». De Pascal de Sutter. 2007.
      Etant donné sa date de parution, le cas Trump n’est pas analysé dans ce bouquin. Par contre on en apprend sur les profils psychologiques de Hitler, G.W Bush, Clinton, Berlusconi, Sarkozy, Ségolène Royal.
      De toute façon la folie (avec ou sans guillemets) de Trump a déjà fait coulé beaucoup d’encre.

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