Post-covid, pour une société sans école

La rentrée scolaire post-confinement va se dérouler en plusieurs phases, à partir du lundi 11 mai. Ni les modalités, ni les raison n’en sont claires. Emmanuel Macron dixit : « L’école des parents, c’est gentil, mais on ne peut pas continuer comme ça, sinon ça voudrait dire que les profs sont inutiles… Pour faire redémarrer le pays, on n’a pas le choix : l’économie ne peut repartir avec les seules personnes qui n’ont pas d’enfants. (Le Canard enchaîné du 29 avril 2020) » Edouard Philippe : « Chaque mois d’école perdu est un énorme problème social. Avec le déconfinement scolaire, il faut garantir la réussite éducative des élèves, notamment les plus vulnérables d’entre eux, dont la scolarité souffre terriblement du confinement. (LE MONDE du 30 avril 2020) »

Nos dirigeant ne saisissent pas la réalité. L’école des parents est essentielle dans la formation cérébrale, c’est elle qui formatera par la socialisation primaire des personnalités actives ou passives. L’école, attachant les élèves à leurs chaises pendant des années et des années, n’est qu’une création du système thermo-industriel qui a chassé les paysans de leurs terres et rendu l’école obligatoire pour trouver du travail ailleurs, « en sachant lire, écrire et compter ». Les profs ne sont utiles que pour la pérennité d’une orientation professionnelle qui trie les élèves vers les métiers annuels pour ceux qui ne sont pas jugés aptes aux études longues. Faire revenir les enfants des classes défavorisées à l’école ne règle pas du tout le problème des inégalités sociales, un enfant inadapté à enseignement à distance pendant le confinement restera inadapté à l’enseignement présentiel. L’enfumage gouvernemental révèle pourtant son argumentation première, séparer enfants et parents pour que la vie économique puisse repartir comme avant. Du point de vue des écologistes, la simplicité volontaire c’est refuser l’école car à quoi bon apprendre à lire et à écrire à des gens qui resteront soit passifs consommateurs gavés de pubs et de spectacles, soit adaptés à écraser leurs rivaux dans un système concurrentiel ? Un analyste subtil et profond de la société thermo-industrielle, Ivan Illich, a publié en 1971 un livre intitulé une société sans école : « Les sociétés attachées à la scolarisation universelle et obligatoire insistent sur une entreprise frustrante et toujours plus insidieuse qui multiple les ratés et les infirmes. L’institution tenue pour sacrée légitime un monde où la grande majorité des individus sont stigmatisés comme recalés tandis qu’une minorité seulement sortent de ces institutions avec en poche un diplôme qui certifie leur appartenance à une super-race qui a le droit de gouverner. L’apprentissage est vu comme le fruit d’un enseignement par des maîtres professionnels et comme un curriculum, littéralement une course. La scolarisation fait office de portier à l’entrée des boulots ; or le marché du travail disparaît. Une petite anecdote éclairera mon propos. Il y a vingt ans, quand j’écrivais les essais réunis dans Une société sans école, j’ai appris avec stupéfaction que la direction sanitaire de la ville de New York excluait les boueux qui n’avaient pas leur baccalauréat ! L’obsession de notre société qui oblige les enfants des bas quartiers (et du Tiers-monde) à fréquenter les écoles des bas quartiers est une cruauté absurde. » D’un côté les sur-diplômés, de l’autre les exclus. En France pour être instituteur dans les années 1960 on pouvait passer le concours à la fin de la troisième, puis on a exigé le baccalauréat, puis deux années de licence et maintenant une maîtrise, tout ça pour apprendre à des enfants à lire, écrire et compter.
Pour Marcel Gauche, il ne s’agit pas de bien vivre même si on est analphabète, mais de s’adapter à une société complexe et en compétition avec les autres sociétés  : « Le plus grave, c’est l’incapacité du système scolaire à assurer à tous l’acquisition des savoirs élémentaires. Le lire-écrire-compter est vital pour les enfants du XXIe siècle pris individuellement, mais aussi pour la cohésion de notre société et la compétitivité du pays.  (LE MONDE du 22 mars 2013) » Nous préférons l’analyse de Marie Duru-Bellat*, Pour une vision écologique de l’école : « Au début des années 70, Ivan Illich, théoricien de l’écologie politique, publiait « Une société sans école ». Il y poursuivait la construction d’une théorie critique de la société industrielle et de sa logique du « toujours plus ». Quarante ans plus tard, la pensée illichienne est plus que jamais d’actualité. Les questions d’éducation sont posées d’une manière qui reflète fidèlement le fonctionnement social et économique que l’écologie dénonce : plus, c’est forcément mieux, avec à la clé une « politique de l’indice » (50 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur par exemple) sans retour réflexif sur une mise en avant des bénéfices individuels… L’école est victime d’une logique de compétition. Rejetant cette dérive, une perspective écologique amène à repartir de la question élémentaire : pourquoi et à quoi éduquer? Or, en se limitant à l’insertion dans une vie qui n’est que professionnelle, l’école freine la compréhension transversale et multidimensionnelle des enjeux du long terme. L’école apprend-t-elle à travailler avec les autres, au-delà de leur niveau de réussite scolaire qui les transforme tous en concurrents ? L’école apprend-elle à se situer dans l’environnement, à mieux interagir avec le reste de la nature ? On y apprend qu’apprendre se fait par l’entremise de contenus abstraits dispensés par des adultes qui ne se définissent pas avant tout comme des éducateurs mais comme des spécialistes d’une discipline. Les enjeux écologiques ne doivent plus être traités de manière cloisonnée. Voici quelques directions à prendre :

–          Faire entrer à part entière l’enseignement de la coopération dans les matières enseignées.

–          Assurer des passerelles entre les formations et supprimer la hiérarchisation des métiers.

–          Placer les activités manuelles, indispensables à l’équilibre général des compétences, au cœur des programmes.

–          Mettre au cœur de l’enseignement des enfants, la connaissance, la compréhension, l’interaction avec la Nature.

–          Enseigner les cycles du vivant et la dépendance de l’être humain à la Nature.

–          Favoriser l’épanouissement des enfants, leur estime d’eux-mêmes et une véritable autonomie, gage de sécurité.

–          Former les enseignants aux savoirs-être et à la coopération.

–          Développer l’éducation à la parentalité, tout au long de la vie des parents.

–          Mettre en place un système d’évaluation progressif et favorisant l’estime d’eux-mêmes des élèves

* http://www.huffingtonpost.fr/marie-durubellat/ecole-ecologie_b_2867078.html

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1 réflexion sur “Post-covid, pour une société sans école”

  1. Là aussi, vaste débat. Et qui plus est, vieux débat. Chaque nouveau ministre de l’Education se devant d’apporter sa pierre à l’édifice, si ce n’est de marquer l’Histoire, on ne compte plus les réformes. On croit changer de politiques mais en réalité rien ne change. Ou alors si, là comme ailleurs ça se dégrade, toujours plus. Et on voit les conséquences, et on les mesure. Et chaque fois on recommence, on se repose encore et toujours les mêmes questions, en essayant de repartir depuis la base. Quel est le rôle de l’école ?
    Bien sûr, personne ne dira que son rôle est de former, formater de dociles producteurs-consommateurs. Autrement dit de produire les éléments indispensables au bon fonctionnement de la Machine. Des rouages de toutes sortes, parfaitement normés et bien huilés. Les pièces d’usure, constituant le consommable, se doivent juste d’être pas chères et facilement interchangeables. Les pièces maîtresses se doivent d’être inaltérables, bien boulonnées, solidement verrouillées. Non, jamais on ne le dira comme ça. Hypocrisie oblige on dira que le but de l’école est de former des futurs citoyens, des individus libres et responsables. Ben voyons. Et pourquoi pas des anarchistes tant qu’à faire. Partant de là tout est pipé, on blablate pour ne rien dire, pour passer le temps, en attendant.
    Bien entendu la famille ne peut pas tout, bien entendu le petit homme doit être immergé le plus tôt possible dans un environnement social et culturel le plus diversifié possible. Bien entendu il a besoin qu’on lui enseigne et qu’on lui fasse expérimenter le plus tôt possible tout ce qui finalement constitue l’Essentiel. Et bien entendu, la connaissance étant un puits sans fond, cette éducation ne saurait s’arrêter à un instant T. L’activité d’apprendre doit se poursuivre toute la vie (éducation populaire).
    Oui mais voilà, c’est quoi l’Essentiel ? S’il s’agit seulement de savoir usiner, ou assembler, ou vendre, ou casser des boulons, en effet pas besoin d’un BAC +10. S’il ne s’agit que de ça, en effet pas besoin de connaître Platon ou Nietzsche, Mozart ou Brassens etc. etc. Et surtout pas Illich ou Proudhon.

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