Bernard : Comment s’opère la transformation d’un électeur/consommateur en citoyen conscient des enjeux collectifs. La radicalité d’un programme n’a aucune prise sur la motivation électorale. Il n’y a pas de transition écologique sans implication populaire qui co-construit la transition à partir d’objectifs partagés confrontés au réel vécu. Il n’y a pas d’IVG sans le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception), il n’y a pas de congés payés sans la grève générale de 1936. Un parti de transformation sociale ne peut pas se passer des innovations positives.
Michel Sourrouille : Peu importe pour moi l’habillage partisan, je ne cherche qu’une chose, faire progresser la cause écologique, je ne défends aucun parti spécifique. Mon premier vote a été pour Dumont en 1974, j’ai été membre des Verts, du PS, d’EELV, d’En Marche, de Génération écologie et maintenant du parti « Les Ecologistes ». J’ai mené des ateliers lors des journées d’été d’EELV tout en faisant deux conférence-débat lors des journées d’été du MEI… La transformation « sociale » ne peut faire l’impasse de la nécessaire rupture écologique.
Voici quelques éclairages sur ma pensée stratégique en réponse à ton discours socio-démocrate :
– Nous sommes à un tournant historique où la raréfaction des ressources pour un trop grand nombre d’humains est du jamais vu car ce n’est plus à une échelle locale, mais mondiale.
– Un parti écolo a pour stratégie de fond de s’opposer aux partis croissancistes, c’est dans les textes officiels des Verts, c’est justifié parce que nous avons dépassé les limites du système terrestre.
– L’imaginaire social aujourd’hui est globalement structuré par les sirènes de l’abondance pour tous au prix de la croissance de notre dette écologique et financière.
– Agir sur un tel réel implique nécessairement de tenir un discours politique qui va à contre-courant, donc qui ne fait pas plaisir aux électeurs-consommateurs.
– Obtenir un score électoral basé sur la duplicité ou les alliances contre-nature produit des élus inféodés au système thermo-industriel et ne fait pas avancer la cause écologique.
– Un programme écologique présente une vision du long terme qui est absente chez les politiques, obsédés par le court terme et le résultat d’une élection.
Delphine Batho a tenu lors des dernières élections le seul discours politique stratégique qui vaille et qui devrait être le credo de TOUS les écologistes. Voici un aperçu de son analyse le 8 janvier 2022 à l’invitation de l’Institut Momentum. Elle devrait être connue de tous les militants écolos.
« Le déclic a été lié au refus du président F. Hollande et de son premier ministre de voir écrit le mot « raréfaction » dans un communiqué du Conseil des ministres. Cette obstruction a été justifiée par l’incompatibilité entre l’objectif de croissance, qui était une obsession de ce président, et le constat de la raréfaction des ressources. Le PIB constitue un indicateur de destructions. La décroissance, ce n’est pas la récession, terme qui s’applique à la crise des économies dépendantes de la croissance. Mais les bases culturelles de la décroissance se sont développées dans la société. Alors que notre société perd tout sens, beaucoup expriment le besoin de ralentir, de renouer avec la nature, le vivant, d’aller à l’essentiel. Mettre un mot sur l’ensemble de ces mouvements, tel celui de « décroissance », permet de les unifier et de les intégrer dans un projet politique commun, porteur de nouveaux imaginaires et d’un nouveau récit. Ce mot-obus crée un kairos, un choc qui met en branle un travail transformateur de la société en fracassant le mythe de la croissance.
Tous les mots qui font des compromis avec la décroissance sont inopérants. Si on donne des gages aux tenants du système, si nous n’affrontons pas frontalement nos opposants, nous échouerons. Le champ de l’écologie est lui-même miné de controverses (éoliennes, voitures électriques, etc.) dans lesquelles les personnes se perdent en l’absence d’une boussole politique formulant le type de société que l’on vise. J’ai donc porté un discours ouvertement décroissant à l’occasion de la bataille politique autour du secteur aérien cloué au sol par la pandémie. Le gouvernement proposa de le subventionner, ne faudrait-il pas plutôt organiser sa décroissance ? Ce concept offre une nouvelle stratégie électorale. Le discours catastrophiste peut être moteur de l’action politique à condition d’y associer une échappatoire, une perspective collective et un horizon. J’ai donc choisi de faire une proposition politique de décroissance pour la présidentielle 2022 en passant par la primaire des écologistes. Je suis sorti 3ème de la primaire avec 22,32% des voix, j’avais réussi à sortir la décroissance de sa marginalité. S’il est vrai que c’est beaucoup trop tard, pensons au rapport Meadows de 1972 par exemple, c’est une première étape.
Mes priorités sont, dans l’ordre, la réduction de la consommation, la sortie des énergies fossiles, et le mix énergétique 100% renouvelable. Faire comprendre l’importance du projet politique de la décroissance passe par l’éducation populaire sur les limites planétaires, la mécanique des budgets carbone et le réchauffement de 1.5°C. Bien que la décroissance s’imposera à nous de facto, nous avons tout intérêt à la décider volontairement pour l’organiser le plus humainement et justement possible. Mon point de vue est simple : plus il y aura d’écologistes, plus il y aura de décroissants. »
Pour en savoir plus sur Delphine Batho
lire son livre « Insoumise » (Grasset, 2014)
lire sur le blog, L’insoumise Delphine Batho devient Génération écologie (mai 2018)
NB : La question démographique n’a tenu qu’une minuscule place dans la pensée de Delphine Batho. Voici ci-dessous les seuls éléments en notre possession.
Message pour Delphine Batho, la décroissante
A l’image de René Dumont, les écologistes digne de ce nom doivent clairement assumer une perspective de décroissance démographique, ce que les écologistes institutionnels ne font pas aujourd’hui. Nous pensons pourtant que ce positionnement politique qu’on pourrait appeler « malthusien » (au sens d’un dictionnaire de français), est porteur électoralement car l’idée de surpopulation est répandue dans la tête des électeurs/électrices alors que c’est devenu un tabou politique et médiatique.
La décroissance démographique peut être exposée publiquement de façon simple et compréhensible par tous et toutes. Notre impact écologique dépend à la fois de notre mode de vie multiplié par notre nombre, de la même manière que la surface d’un triangle dépend de sa longueur fois sa largeur. Séparer les deux est artificiel. Mais le facteur « mode de vie » est assez rigide, nos comportements consuméristes sont formatés par la publicité et l’abondance à crédit. Par contre la maîtrise démographique apparaît d’une simplicité évangélique. Tandis que les transitions énergétiques, agricoles et industrielles sont des mastodontes difficiles à remuer, il est possible de hâter la transition démographique avec des préservatifs et des stylos !

Quelle stratégie pour l’écologie politique ? Bonne question.
Pour moi le terme «écologie politique» désigne le véritable intérêt que porte le Citoyen à l’environnement, voire la nature. Et non pas seulement celui du Scientifique qui étudie le climat, la biodiversité etc. Un scientifique reste toutefois un citoyen, qui a son mot à dire sur la société, les sujets et les décisions politiques etc.
Je rappelle que pour moi un citoyen est un individu adulte, responsable, éclairé, libre etc. Et non pas un enfant attardé, gâté, intoxiqué, capricieux etc. ni un esclave amoureux de ses chaînes.
( à suivre )
(suite )
– Savoir définir les limites à ne pas dépasser (Biosphère, article précédent)
En effet, pour ne pas dépasser les limites… encore faut-il les voir, et les définir.
Quant à la Stratégie, je vous invite à lire le rapport de ce petit collectif :
– Vers un pivot majoritaire de l’écologie ?
( parlonsclimat.org/pivot-majoritaire – 30 juin 2025 – 15 pages )
Le chapitre 1 traite justement des limites des stratégies actuelles.
Je pense que Parlons Climat, ce petit collectif de 4 personnes (4 passionnés, de la gaieté, des tonnes d’idées… le tout avec un fort ADN entrepreneurial… c’est ainsi qu’ils se définissent), voit très bien le problème. (à suivre)
(suite) Dans mon commentaire précédent (BASTA ! 22 AOÛT 2025 À 12:35 “image… l’écologie punitive”) l’article que j’ai cité commente justement ce rapport. Cet excellent article nous vient du collectif Nous sommes vivants :
– FAUT IL DÉBRANCHER JANCOVICI POUR PORTER L’ÉCOLOGIE AU POUVOIR ?
( noussommesvivants.co/2025/07/09 )
La première chose que nous pouvons dire, c’est donc que les stratégies actuelles ont atteint leurs limites. Je pense donc qu’il est grand temps d’arrêter les discours catastrophistes, moralisateurs, guerriers etc. La prise de conscience est faite, inutile d’en rajouter, cette stratégie est devenue contreproductive ! Grand temps aussi de dire BASTA ! à tous ces professionnels de l’écologie rentable, écologistes de plateaux TV etc. Plus grand monde ne les écoute, ni ne les prend au sérieux, faut dire que beaucoup ne sont pas clairs, bref eux aussi sont désormais contreproductifs !
(et fin) En finir également de certaines polémiques et autres guéguerres ridicules !
– « l’écologie s.l. comprend de multiples et vastes domaines spécialisés. Pourquoi Delphine devrait-elle tous les intégrer dans son discours ? Autant éviter les plus polémiques ; il sera bien temps de les rappeler si un jour les bases de la décroissance économique devenaient suffisamment consensuelles. Peut-être alors sera-t-il admis que la question démographique en est un facteur déterminant. » (BK86 8 janvier 2022 à 15:50 – “Message pour Delphine Batho, la décroissante”)
J’ai largement commenté cet article Biosphère.
Maintenant que nous savons ce qui divise plutôt que rassemble, ce qui agace plutôt qu’apaise, bref ce qui ne paie pas… il ne nous reste plus qu’à en tenir compte. Et prendre le temps de réfléchir, déjà chacun de son côté… afin de définir cette nouvelle stratégie.