Roosevelt, écolo ?

LeMonde du 6.08.2008 nous présente les deux Roosevelt, mais pour avoir quelques précisons, y’a rien à voir, circulez.. Ainsi on sait que John McCain cite Théodore Roosevelt pour son souci de l’environnement, mais on n’en saura guère plus. Voici donc quelques précisions sur l’opposition entre « conservation » et « préservation » de la Biosphère :

 

Théodore Roosevelt a fondé en 1888 le Boone and Crockett Club, association de chasse au gros gibier, très huppé. Une partie de l’environnementalisme américain de cette origine. Il s’agit d’une « conservation » de la nature dont Gifford Pinchot, ami de Roosevelt, est le personnage emblématique : il incombe à l’Etat fédéral de gérer au mieux les richesses naturelles, tout particulièrement les forêts. Dans la déclaration de principes de la Conférence de la Maison Blanche sur la « conservation » convoquée par Théodore Roosevelt, il est dit que « la propriété privée en matière de forêts implique des responsabilités à l’égard des intérêts de tous et que le passage de lois visant à favoriser la protection et le reboisement des forêts privées sera encouragé ».

 

Cette approche anthropocentrique débouchera cependant sur la mise en place d’un système de parcs nationaux, influencé par un autre courant environnementaliste, la protection totale ou « préservation ».Il s’agit d’instaurer le sanctuaire véritable, un monde non entravé par l’homme, un monde laissé à sa propre créativité. John Muir (1838-1914) avait ainsi vécu les derniers moments de la conquête du territoire américain par les Blancs, il avait vu régresser les milieux naturels, il n’avait pas supporté cette perte. Il s’indignait de ce que les forêts ne soient considérées que comme réservoirs de ressources. Il prisait dans la nature l’élévation morale et religieuse qu’elle provoquait : « La route la plus claire dans l’univers passe au plus profond d’une forêt sauvage. » Il est donc devenu le Père fondateur du mouvement pour la protection de la nature aux USA en créant l’association « Sierra Club » en 1892. Il accordait à la nature une valeur intrinsèque, préfigurant ainsi le biocentrisme (l’écologie profonde).

 L’influence de John Muir, jointe au premier courant de pensée  conservationniste, a permis concrètement la création des Parcs Nationaux aux USA. Son action a été couronnée cinquante ans après sa mort par la promulgation du Wilderness Act de 1964 : « Par opposition aux espaces dominés par l’homme et ses œuvres, le présent document la désigne comme un espace où la terre et la communauté de vie ne sont pas entravées par l’homme, où l’homme lui-même n’est qu’un visiteur qui ne reste pas ».

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