L’objectif, faire entrer le pétrole en politique ?

J’ai réussi une avancée ponctuelle en organisant avec l’aide logistique du pôle écologique du PS un colloque à l’Assemblée nationale le 25 janvier 2011: « Pic pétrolier, quelles conséquences politiques pour 2012 ». Le porte-parole du pôle, Géraud Guibert, ne croyait pas au succès d’une telle réunion, il n’avait réservé qu’une petite salle. Finalement il a été obligé de réserver la salle du groupe parlementaire socialiste, et même cette salle a été trop petite, nous avons refusé beaucoup de monde. Il est vrai que ce jour-là le pétrole a failli vraiment entrer en politique : deux députés à la tribune, 7 ou 8 présents dans la salle. Je fais l’introduction suivante.

« L’objectif de ce colloque est simple, faire entrer le pétrole en politique. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les politiques envisagent (un peu) le réchauffement climatique mais pas du tout la déplétion pétrolière et donc la crise générale qui suivra le pic pétrolier. Le premier choc pétrolier (suite au quadruplement des prix du baril en 1973) avait inspiré la campagne de René Dumont, candidat aux présidentielles de 1974. Les analyses du mouvement écologiste naissant restent d’actualité : « En surexploitant les combustibles fossiles, on vole les ressources des générations futures. » ; « Nous demandons l’arrêt de la construction des autoroutes, l’arrêt de la fabrication des automobiles dépassant 4 CV, nous luttons contre la voiture individuelle… » De même en avril 1977, le président Carter s’adressait à la nation grâce à la télévision: « Ce que je vous demande est l’équivalent d’une guerre. Il s’agit bel et bien de préparer un monde différent pour nos enfants et nos petits-enfants. » Il propose d’économiser l’énergie. Mais sa cote de popularité est divisée par 2 (de 70 à 35 au début de 1978). De plus le contre-choc pétrolier (la baisse du prix du baril) à partir de 1986 éloigne la problématique pétrolière des esprits. Les groupes d’étude du Grenelle sont restés muets sur cette question. Certes, un groupe a planché sur le thème « lutter contre le changement climatique et maîtriser la demande en énergie ». Mais dans le rapport publié, les économies d’énergie ne sont pas considérées comme une nécessité, simplement comme une solution pour réduire les émissions de dioxyde de carbone. Dans le groupe 2, sur le thème « Préserver la biodiversité et les ressources naturelles », pas de discussion ! A croire que le pétrole n’est pas une ressource naturelle. Pourtant tous les analystes annoncent la catastrophe.

Dès 1979, un ingénieur de l’industrie automobile, Jean Albert Grégoire, publie Vivre sans pétrole. Pour lui, « Apercevoir la fin des ressources pétrolières, admettre son caractère inéluctable et définitif, provoquera une crise irrémédiable que j’appellerai crise ultime. » Il faut ensuite attendre 2003 pour que l’après-pétrole soit à nouveau analysé par Richard Heinberg dans Pétrole, la fête est finie. Un autre Américain, JH Kunstler, parle même en 2005 de la « Longue Catastrophe » qui accompagnera la déplétion pétrolière. La même année en France Yves Cochet, un des intervenants de ce colloque, est encore plus incisif, il envisage une pétrole apocalypse. « L’idée générale de tous ces auteurs est la même : plus nous attendrons, plus le choc sera terrible. Maintenant des rapports militaires, ceux de la Bundeswehr ou du Pentagone, se préoccupent vraiment de l’insécurité qui suivra le pic pétrolier. Les citoyens commencent à s’inquiéter, la fréquentation de ce colloque le prouve. Plus de 200 personnes dans cette salle comble et nous avons refusé par manque de place l’inscription de plus de 100 autres personnes. Que font les politiques alors que la descente énergétique est imparable ? » (à suivre)

NB : pour lire la version complète de cette autobiographie, ICI

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