Contre l’infanticide, le permis de procréer ?

Tony avait 3 ans, l’autopsie a mis en évidence cinq côtes, une hanche, et le nez cassés, et une fracture de la rate et du pancréas à l’origine d’une agonie de plusieurs jours. Caroline Létoile, sa mère été condamnée à trois ans de prison pour « non-assistance à personne en danger », le beau-père Loïc Vantal à vingt ans de prison (avec sûreté des deux tiers) pour « violences volontaires ayant entraîné la mort ». Les mères des deux accusés sont venues à la barre, leurs témoignages ont été désespérants. « Franchement, j’en voulais pas, a dit celle de Loïc Vantal en parlant de son fils. J’en avais déjà deux. » Loïc Vantal a été confié à ses grands-parents jusqu’à 11 ans, puis ses parents l’ont repris et son père alcoolique s’est mis à le battre à coups de poing et de martinet – « comme un père bat son fils », précise la mère.

Enceinte à 15 ans, Caroline Létoile a quitté le système scolaire : « C’était pas prévu si tôt. Le père m’a demandé d’avorter. Je voulais pas parce que j’ai eu une enfance et une adolescence très dures, j’ai voulu vite passer cette période, je me suis dit que devenir mère ça allait m’aider. » Caroline Létoile quitte le père de Tony quand le garçon est âgé de 6 mois. Son nouveau compagnon voulait un enfant. « J’ai fini par céder. J’aurais jamais dû. »  Trois ex-petites amies sont venues dire du mal de Loïc Vantal. L’une d’elles était enceinte de lui au moment où il vivait avec Caroline Létoile. Loïc Vantal avait quitté cette compagne au lendemain de l’échographie du 3e mois. « Quand je lui ai envoyé l’échographie du 4e mois, il m’a répondu que je pouvais crever en enfer avec mon gosse. » Une fille, Luna, est née en janvier 2017, deux mois après la mort de Tony.

Histoire édifiante qui montre qu’il ne suffit pas de dire que l’éducation peut changer le monde, encore faut-il être en capacité d’éduquer. Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Albireo : En France il faut une autorisation pour changer son vasistas mais pas pour avoir des enfants. L’État a le sens des priorités…

Adrienne : On va commencer à demander une certification pour détenir un animal c’est-à-dire la certitude que le maître sait s’occuper de son animal iIl serait indispensable de faire de même pour laisser un enfant à des déficiences mentales…

ROTZ : La toile de fond de tout cela, ce sont des gens qui font des gosses comme on achète une baguette, et qui de surcroît ne présentent aucune des garanties minimum requises pour s’assurer que l’enfant grandira dans un contexte à peu près normal. Tant que le fait d’avoir un enfant sera considéré comme un droit inaliénable, on continuera à voir des dizaines de situations comme celle-ci. Pour conduire une bagnole on doit payer une formation de 25 heures, passer un examen, et satisfaire un certain nombre de critères. Et pour faire un enfant en revanche ? Rien. Alors ne nous étonnons pas.

Anti-démago : A quand un permis pour faire des gamins? Tout ça c’est la conséquence du social, qui encourage des gens comme ça à se reproduire sans réfléchir au lieu de les en décourager.

TantEtPlus : Intéressant, cette idée d’un « permis parents ». On ne peut obliger à le passer avant de procréer, en revanche il serait assez souhaitable d’imposer une formation aux futurs ou jeunes parents, et pas seulement d’ailleurs aux plus défavorisés. Conseils éducatifs, formation aux premiers secours, rappel de la loi… Cela permettrait une détection précoce des risques psycho-sociaux et donnerait des ressources aux futurs parents. Bien sûr, cela semble être coûteux, mais quand on connaît l’impact d’une éducation violente ou juste dysfonctionnelle sur la santé et le comportement en société tout au long de la vie, on peut considérer qu’il s’agit d’un investissement judicieux. Pourquoi ne pas en faire une condition à l’obtention de certaines aides sociales, comme une allocation pour le premier enfant ?

précisions de biosphere : Le journaliste du MONDE se contente d’un simple constat, la maltraitance parentale envers les enfants qui peut aboutir à des infanticides et à un procès. Il n’envisage pas une solution politique, abordée par seulement quelques commentaires, instituer un « permis de procréer ». Il faut savoir qu’un livre du même titre a été publié aux éditions Albin Michel par Antoine Bueno en 2019. Notez qu’il s’agit pour l’auteur de mieux accompagner les projets parentaux par une procédure inspirée de celle de l’adoption, et non d’un « permis de parentalité » qui aboutirait à interdire à certaines personnes de procréer… Moins nombreux, mieux éduqués ?

pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

1er juillet 2014, Sanctions pour non respect du permis de procréer ?

4 juin 2014, Permis de procréer, à égalité avec permis de conduire ?

12 janvier 2012, à la place du quotient familial, un permis de procréer

27 septembre 2007, permis de parent

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13 réflexions sur “Contre l’infanticide, le permis de procréer ?”

  1. Bah il y a encore plus efficace qu’un permis !

    Renforcer les dispositifs pour les pensions alimentaires afin de s’assurer que l’argent soit bien versé auprès du parent qui a la charge de l’enfant ou des enfants. Si celui ou celle ne verse pas correctement les pensions alimentaires ou encore le parent en question est au chômage, instaurer le travail obligatoire en attribuant les boulots les plus pénibles (éboueurs ou égoutiers par exemple mais pas que), afin que la personne assume les pensions alimentaires, et vous verrez que beaucoup de gens ne décideront plus de faire des gosses à la légère…

  2. Esprit critique

    Quelques autres types de commentaires sur lemonde.fr :
    – Pierre Breton 06/02/2021 – 14H11 : «On n’a pas l’impression d’être sur les commentaires d’un article du Monde ici mais sur Twitter ou Facebook »
    – Booz 06/02/2021 – 11H09 : «[…] je vous rappelle que c’est une cour d’assises, et que c’est un jury populaire qui a prononcé ce verdict. Et que dans ce jury, il n’y avait probablement pas que des gens de gauche laxistes, adeptes du mur des c.ns et mous de la guillotine! […] Ce n’est pas la même chose de s’indigner derrière son écran d’ordinateur […] ou de faire partie des gens qui après avoir vécu au plus près le procès, ont validé un verdict […]  »
    – Lang DeWitt (réponse à Loriot 07/02/2021 – 02H24) : «Merci pour cette goutte d’empathie dans un océan de critiques. »
    – Moloeko 07/02/2021 – 03H37 : « Tout est horrible dans cette histoire. Dans certains commentaires aussi. Tristesse infinie. »

  3. – « Histoire édifiante qui montre qu’il ne suffit pas de dire que l’éducation peut changer le monde, encore faut-il être en capacité d’éduquer.» (Biosphère)

    Bien sûr, là encore il ne suffit pas de dire «faucon et yaca». Mais alors, au lieu d’imaginer n’importe quoi, commençons déjà par nous occuper de l’éducation. C’est ce que prône l’association Démocratie Responsable, par exemple.
    Je fais partie de ceux qui pensent que l’éducation est à la base de tout, que l’éducation et l’instruction devraient être notre principale préoccupation, après bien sûr celle de l’assouvissement des besoins essentiels. Toutefois le monde ne sera jamais parfait, et je redoute ceux qui voudraient qu’il le soit. Attention, ne nous laissons pas séduire par les marchands de «meilleur des mondes».

    1. TARDIF 4 JUIN 2014 À 13:33 sur «Permis de procréer, à égalité avec permis de conduire ?» :
      – « Instituer un permis sans prévoir de sanction pour les contrevenants serait une pure démagogie, bref, du vent. Allons-y donc! Quelles sanctions pour les mauvais citoyens-parents? La mort? La torture? Et que faire des rejetons? Supprimer ces enfants illégaux dès la naissance: par noyade? étouffement? Autre suggestion? Retirer ces enfants à leurs parents indignes: pour les confier à de bons citoyens (ceux qui auraient dénoncé les mauvais parents, par exemple)? les réunir dans des camps (où leur serait prodigué une éducation saine et contrôlée)?
      Pour vous lire régulièrement, je m’abstiens généralement de commenter ici. Pour une fois, je vous fais part de mon sentiment: vous glissez sur une très mauvaise pente sur ce blog, et depuis un bon moment. Elle vous conduit directement vers ce que l’on ne peux qualifier autrement que comme… un éco-fascisme.»

      1. D’entrée TARDIF pointe l’absurdité d’un tel projet. Nous pourrions rajouter que les sanctions existent déjà pour les parents maltraitants, comme pour ceux qui conduisent sans permis etc.
        En 2014 TARDIF voyait que Biosphère glissait sur une très mauvaise pente (sic). En 2014 je ne fréquentais pas ce blog, mais à plusieurs reprises j’ai dit que je pensais la même chose.
        En attendant, TARDIF (comme d’autres) ne nous fait plus part de son point de vue d’écologiste. Je trouve que c’est dommage.

      2. Bonjour Tardif,
        Je crois qu’il ne faut pas s’arrêter au titre du livre qui a peut-être sa part de provocation, mais au problème qu’il pose qui est très profond.
        Peut-on, sur une Terre surpeuplée, continuer à se reproduire en toute innocence sans se préoccuper de l’avenir ?
        Faut-il aborder la question ou attendre que nous heurtions les limites du monde ?
        Il me semble que l’auteur à raison d’aborder ce thème. En ne l’abordant pas nous nous préparons des lendemains où, justement, nous risquons de faire face à des mesures liberticides (car il faudra bien cesser notre expansion d’une manière ou d’une autre).
        Alors, reconnaissons à ceux qui tirent la sonnette d’alarme d’être peut-être ceux qui nous préserverons demain d’un monde invivable.

        1. Bonjour Didier Barthès
          Je doute que TARDIF vous réponde, c’est moi qui ai copié-collé son commentaire de 2014. Vous évoquez ce livre, «L’Art de guillotiner les procréateurs», dont Biosphère faisait la pub à l’époque. Son auteur, Théophile de Giraud, a fait lui aussi du problème démographique son «fonds de commerce». Comme je dis, en attendant à chacun sa came. N’allez pas penser qu’encore une fois je me moque, ou que je dénigre ceux qui comme vous font quelque chose… je redis qu’il faut bien sûr penser aussi ce problème, mais calmement.
          Je dénonce ici cette récupération (immonde) qui est faite de ce fait divers. Cette triste affaire nous jette au visage toute la misère humaine. Non seulement par ce qu’elle a d’horrible, mais aussi par les réactions qu’elle suscite. Je redis qu’il ne faut pas jouer avec le feu.

          PS : j’ai évidemment fait une erreur à 14h23. Votre assos c’est Démographie Responsable, et non Démocratie…

        2. Didier Barthès. Quoi qu’il en soit, vous savez comme moi qu’il est trop tard. Trop tard pour éviter que nous soyons 10 milliards etc. Mais peut-être pas trop tard pour sauver le plus important, vous savez de quoi je parle.
          Je ne crois absolument pas au pouvoir de «ceux qui tirent la sonnette d’alarme ». Et je dis que parmi ceux-là, il y en a qui justement nous préparent «un monde invivable ».

          1. Michel C, il est vrai que le pouvoir de quelques lanceurs d’alerte est infime, mais il est vrai aussi que si sonner l’alarme faisait sortir tous les gens de chez eux pour arroser l’incendie, cela ferait son effet.
            Quant au fait que beaucoup nous préparent un monde invivable, on les connaît. C’est tous ceux qui font tout pour que croissance économique et croissance démographique dilapident nos ressources naturelles et saccagent l’espace vital de toutes les espèces (dont la nôtre).
            Revenons maintenant au cœur de l’article à commenter : instaurer un permis de procréer serait-ce une très bonne chose, bonne, mauvaise, très mauvaise, abominable… ?

          2. Biosphère. Je maintiens ce que j’ai dit au sujet de ceux qui nous préparent un monde invivable. Ce ne sont pas seulement ceux que vous pointez, les croissancistes-lapinistes etc. Souvenez vous que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Quant au permis de procréer je pense en avoir dit l’essentiel, vous trouverez facilement ma réponse à votre question.
            Comme vous pouvez le remarquer je sais moi aussi poser des questions. J’aimerais bien avoir parfois quelques réponses. C’est en échangeant qu’on avance.

  4. Cette histoire est un fait divers (Biosphère 06/02/2021 : «Les faits divers, des faits qui font diversion»).
    Un fait divers sert donc à faire diversion, à nous détourner de l’essentiel. Mais parfois il est aussi l’occasion de réfléchir, sur tel ou tel sujet. Réfléchir et non seulement laisser parler son cœur, encore moins ses tripes. Ainsi à travers les réactions le fait divers peut servir, en plus, à mesurer l’Opinion (la sacro-sainte). Afin bien sûr de pouvoir aller plus loin (nouvelles lois par exemple). Or, comme les réactions se font souvent sous l’emprise d’émotions, les jugements sont évidemment faussés. Et ne permettent donc pas forcément d’avancer dans le bon sens.
    Les réactions que suscitent cette triste histoire se résument à « Yaca créer un permis de procréer ! »
    Avec ça nous voilà bien avancés.

    1. Pour y avoir souvent réfléchi, et même avoir exprimé l’idée (comme celle du permis de voter), je mesure toutefois les difficultés. «Techniques» pour commencer.
      – Comment déjà instaurer un «permis de procréer» sans créer un «permis de copuler» ?
      – Que faire des enfants nés sans «autorisation» ?
      – Faut-il alors équiper les gens jugés inaptes de ceintures de chasteté ?
      Ensuite, qui donc serait chargé de faire passer ce(s) fameux permis ? Faut-il là encore réfléchir à un examen, un diplôme, un permis… pour pouvoir faire passer les permis de copuler et de procréer ?

      1. Ce genre d’histoire devrait nous faire réfléchir sur cette question de fond : « Quel monde voulons-nous construire pour nos enfants ? »
        Voulons-nous réellement un monde d’interdictions en tous genres, un monde où tous les aspects de nos vies seraient sous contrôle ? Et alors, qui serait Big Brother ?
        Je vous laisse imaginer ce monde «idéal» où il faudrait un permis, un passeport, une autorisation, non seulement pour conduire une voiture ou pour construire quelque chose, mais aussi pour voter, pour acheter ceci ou cela, pour prendre le train ou l’avion, pour aller au restaurant, au concert, pour aller et venir où on le souhaite, pour faire l’amour, pour avoir des enfants etc. etc.
        Pour moi c’est clair, c’est NON !

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