Croissance verte, véritable “fake news”

La décroissance économique s’est brièvement installée parmi les présidentiables à la faveur de la primaire du pôle écologiste. Mais le mot agit encore comme un repoussoir, Yannick Jadot a préféré s’inscrire dans le cadre de la « croissance verte » – dont nul n’a pu encore voir la couleur.

Stéphane Foucart : « Depuis 1970, à l’échelle mondiale, la croissance économique est très étroitement corrélée à l’empreinte écologique. Les rares périodes de diminution de l’impact de nos activités coïncident avec les crises économiques, autrement dit la décroissance. Le découplage entre croissance et consommation de ressources paraît impossible. La « croissance verte » pourrait n’être rien d’autre qu’un mythe – qu’il faudrait sans doute qualifier de « fake news » si l’on prenait au sérieux les lois de la thermodynamique. La circularisation complète des économies est impossible. Pourtant la grande majorité de l’opinion et des dirigeants continue de croire compatibles la poursuite indéfinie de la croissance économique et la préservation du climat et de la biodiversité. Il s’agit en l’état d’une simple profession de foi. Elle est rendue possible par une vision du monde issue de la science économique, où la matérialité du monde tend à s’effacer, à devenir une considération de second ordre devant la puissance des mécanismes de marché et l’abstraction des jeux d’écritures comptables… Mais il suffit de se projeter dans un monde réchauffé de deux degrés supplémentaires pour se demander si nous avons vraiment le choix. »

Pour confirmer ces propos, quelques commentaires sur le monde.fr :

SubRabbit : Il n’est que temps de mettre les pieds dans le plat, ce que fait très bien cet article. La terre est un système fini et comme ses lois marchent comme des phénomènes physiques qui subissent l’entropie, la « croissance » ne peut pas durer. Soit on prend des mesures dures (ce qu’aucun gouvernement ne semble prêt à faire), soit la nature va le faire à notre place. Et ça sera sans doute raide et radical.

Agt : Les tempêtes sont en train d’engloutir l’ouest de la France… Oui, un jour ou l’autre, on ne pourra plus faire de voyages Paris-New York ou Paris-Moscou en avion, importer des bananes de Martinique par porte-conteneurs, jouer aux jeux-videos avec un ordinateur de « gamer » ou boursicoter avec des cryptomonnaies aussi fréquemment qu’avant à cause des catastrophes climatiques en chaîne. Il est aussi temps de sortir du PIB pour d’autres indicateurs (IDH, Indicateur de bien-être durable, PIB urbain, « PIB vert ») et prendre en compte le coefficient de Gini pour évaluer une politique publique de lutte contre les inégalités.

Claude Danglot :. Si Kenneth Boulding disait « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. », il oubliait que la croissance est parfaitement inégale selon les classes sociales. Un récent rapport d’Oxfam montrait que 10 % les plus riches généraient 52 % des gaz à effet de serre, alors que les 50 % les plus pauvres n’émettaient que 5 % des gaz à effet de serre. Il est donc urgent de rétablir l’égalité des accès aux ressources de la planète pour tous les humains. Dépouiller les riches pour habiller les pauvres voilà un vrai programme politique républicain.

Oyibo @ Danglot : Rappelez vous que 90% des français font partie des fameux 10 % des humains les plus riches.

Mdut : La solution passe par une maîtrise de la population mondiale (par exemple, objectif diviser par deux en cent ans). Sans cela, ce que l’on va réussir à faire est de transformer les pays riches où il fait plutôt bon vivre en pays pauvres sans rien résoudre du tout. Quel gâchis !

Eljulio : La décroissance s’imposera à nous bien avant 2100. Ça sera une décroissance subie essentiellement en raison d’un effet ciseaux : moindre disponibilité en hydrocarbures et autres ressources naturelles (EROEI décroissant), malgré un besoin croissant en énergie pour maintenir la complexité de nos systèmes sociétaux. Ça va trancher !

A chaud : Tout à fait d’accord ! Pas besoin de persuader qui que ce soit, les lois de la physique-chimie vont s’imposer à nous.

SBRC : Tant que les contraintes du RC n’auront pas atteint un certain seuil les rendant trop difficilement supportables il n’y aura pas de réelle évolution de nos modes de production. En gros tant que ça ne piquera pas vraiment on ne fera pas grand chose. On pense qu’un changement radical serait davantage nuisible que le statut quo. Le souci en effet, c’est qu’on est dans un processus dont les effets et conséquences sont temporellement décalés par rapport aux actions qui les provoquent. Peu d’humains, des mieux lotis à ceux qui ont besoin de développement accepteront des compromis pour le bénéfice de leurs descendants. Nous sommes dépourvus d’une capacité de projection à long terme.

Zarp : Il y a également un aspect que l’on pourrait qualifier de spirituel, une sobriété dans notre consommation n’est pas du tout incompatible avec le bonheur, bien au contraire. C’est une invitation à se recentrer sur l’essentiel : nos relations sociales, notre rapport au vivant, le sens de la lenteur, etc. La décroissance n’est pas une idée de pisse-vinaigre. Et j’adore cette formule : « Vivre simplement pour que tout le monde puisse simplement vivre » (Gandhi).

Louis A : La décroissance est déjà vécue, pourtant a minima, au Venezuela, en Argentine, en Grèce ou en Afghanistan. Nos allons vers une dépression économique violente, des troubles sociaux inimaginables, à coté desquels les destructions en GJ ne sont qu’une amusette

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5 réflexions sur “Croissance verte, véritable “fake news””

  1. Esprit critique

    – « Yannick Jadot a préféré s’inscrire dans le cadre de la « croissance verte » ».
    On reste donc dans cette opposition dont parle Aurore Lalucq (décroissance vs croissance verte). Au lieu de nous expliquer ce qu’est la décroissance, Jadot préfère donc nous expliquer ce qu’est la «croissance verte», c’est probablement plus facile. Mais quand il faudra nous expliquer que cette voie est une impasse, et qu’il s’est finalement trompé, alors là ça ne va pas être triste. De toute façon Jadot ne peut pas faire autre chose, il n’a donc rien choisi. Pour nous expliquer ce qu’est la décroissance, afin de nous la faire désirer… il faut déjà la désirer soi-même.

    1. La décroissance étant de la pauvreté consentie ! Alors qui va souscrire à ça ? Surtout qu’il faudrait commencer par les plus riches de France, en commençant par les millionnaires et milliardaires et autres exilés fiscaux ! Bah oui, tant que le sommet de la pyramide ne montre pas l’exemple, alors il n’y a pas de raison pour que les étages inférieurs au sommet jusqu’à la base aient envie de suivre le programme de décroissance … De toute façon la base ne peut déjà plus réduire son train de vie, en étant dans le rouge le 10 du mois… Puis les étages intermédiaires de la pyramide tant qu’ils verront des footballeurs s’acheter plusieurs villas avec piscine ainsi que des porshes ferraris dans leur collection de bagnoles de luxe, il n’y a pas de raison à ce qu’ils consentent à de la décroissance non plus !

      1. – « Alors qui va souscrire à ça ? ».
        Comme pour tout, ceux qui auront compris l’intérêt.
        Par exemples : ceux qui auront compris que plus ne veut pas dire mieux, que certaines choses n’ont pas de prix, que la réussite ce n’est pas la Rolex à 50 balais, que la richesse ne se réduit pas à l’argent, que l’argent ne se mange pas (les patates oui), que le temps ce n’est pas de l’argent (le temps il faut le prendre), que le bonheur ce n’est pas d’avoir des avoirs pleins nos armoires (Souchon), etc. etc.
        Je te renvoie donc à mon commentaire du 4 OCTOBRE 2021 À 12:04.

  2. – « En opposant la décroissance à la croissance verte, on continue de maintenir le PIB au cœur de nos réflexions » (Aurore Lalucq. Biosphère : Pour sortir du fétichisme consacré au PIB)

    Aurore Lalucq dit également aussi : «S’ils (les décroissants) ont raison sur le diagnostic, ils négligent trop la manière dont ce discours peut être perçu».
    Biosphère dit «le mot agit encore comme un repoussoir».
    Et moi je dis que si le discours de la décroissance ne séduit pas les foules, que si le mot (mot obus) agit comme un repoussoir, que si les gens préfèrent la tristesse à la joie de vivre, l’esclavage à la liberté etc. etc. alors ce n’est certainement pas à cause des décroissants qui ne sauraient pas vendre leur «produit». Pour moi le problème à résoudre est donc bien plus compliqué que ça.

    1. La décolonisation des imaginaires est un énorme chantier.
      Alors dans la rubrique YACAFAUCON je dis que Serge Latouche devrait être connu de tous. Pas que lui bien sûr. Que tous ces gens, leurs idées, devraient être enseignés dès la maternelle. En plus de l’apprentissage des limites, de la juste mesure, de l’énergie et Jean Passe, sans oublier le port du préservatif, bien sûr 🙂 Et je dis que le journal La Décroissance (le journal de la joie de vivre) devrait être remboursé par la Sécu.

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