Les infrastructures ne deviennent visibles qu’en cas de panne. La fermeture du détroit d’Ormuz est en train de plonger le monde dans une crise énergétique. Les mesures de soutien mise en œuvre pour protéger les métiers les plus exposés à cette flambée des prix des carburants occultent toute vision à long terme. C’est une constante de l’histoire humaine que les évolutions les plus importantes sont souvent les plus ignorées, parce que les changements qu’elles annoncent sont tout simplement impensables.
La plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie. Et Trump nous précipite vers l’avenir en somnambules.
Jean Daniélou : Le moment que nous vivons braque les projecteurs sur le fonctionnement concret des réseaux techniques qui sous-tendent nos modes de vie. Soudain, ce qui est ordinairement invisible apparaît au-devant de la scène. La vulnérabilité des infrastructures fossiles mettent en question le choix que nous faisons de maintenir notre subordination vis-à-vis de celles-ci. Un débat public sur nos infrastructures fossiles est plus facile à tenir lorsque celles-ci sont rendues visibles. Or, c’est précisément cela que nous sommes en train de rater. En se reportant sur l’adaptation des pratiques individuelles et la protection des habitudes de consommation, le débat public transforme une crise structurelle en une crise conjoncturelle.
Malgré les recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de ne plus développer de nouveaux projets d’hydrocarbures si l’on espère pouvoir un jour limiter le réchauffement climatique, malgré les guerres qui se propagent à travers le monde et bouleversent les chaînes de production et d’acheminement des énergies fossiles, le choix est fait d’accélérer le développement de ces infrastructures.
Michel Sourrouille : Le pouvoir n’est ni dans la rue, ni dans les assemblées politiques, ni dans la libre entreprise, le pouvoir est celui de l’état des infrastructures à un moment donné. Tout mouvement de transition écologique qui s’appuie sur de larges infrastructures pour exister et se développer, et dont la finalité est seulement d’obtenir une régulation différente des flux, est voué à échouer dans ses objectifs d’évitement de « la catastrophe ». L’objectif premier à atteindre, c’est l’auto-dislocation par une « désinfrastructuration » : aller à pied sur les chemins plutôt que prendre la route goudronnée.
Le point de vue des écologistes inquiets
– Après la guerre de Gaza, la guerre du gazole.
– Les infrastructures pétrolières sont pour le moment irremplaçables. Le problème c’est « pour le moment ». Ces ressources sont limitées et nous coûteront de plus en plus cher.
– La plus grande illusion du monde moderne est de croire que la société thermo-industrielle peut fonctionner sans fossiles ; une fois qu’on a compris que ce n’est pas possible mais qu’on fera tout pour retarder sa fin, tout s’éclaire.
– TotalEnergies, poussé par l’administration Trump, a annoncé la réallocation de 1 milliard de dollars d’investissements initialement destinés au développement de parcs éoliens off-shore vers l’exploration-production d’énergies fossiles aux Etats-Unis !!!!!
– On importe de la viande du Brésil et qu’on déroule le tapis rouge à Amazon, shein et compagnie, où est la gestion des énergies fossiles ? Nos consommateurs sont incapables de penser plus loin que leurs emplettes….
– Idem pour les infrastructures permettant à l’information de circuler. Comment pourrions-nous réagir demain dans un monde sans ordinateurs et smartphone.
En savoir plus grâce à notre blog biosphere
Concilier infrastructures humaines /naturelle
extraits : La recherche de croissance est une fatalité liée à l’interconnexion matérielle par des infrastructures, et les lois de la physique s’y appliquent implacablement. Ce mode d’organisation sociale étant instable par construction, sa dynamique interne se résume à devoir perpétuellement infrastructurer le monde sous peine de dislocation. Par conséquent, il n’existe pas de solution politique ou technique permettant de ralentir, stopper ou inverser la tendance actuelle de recherche de croissance, tant qu’il n’existe aucun champ de discussion ouvert sur la place des infrastructures. Ne regarder que les flux (trop d’émissions de CO2, trop de consommation d’énergie, d’eau et de sol, de viande, de mobilité mécanisée, etc.) sans s’intéresser au processus d’infrastructuration pousse à rechercher des solutions qui ne peuvent que faire perdurer, voire accélérer les processus désagréables en cours….
La fin du pétrole (le vrai défi du XXIe siècle) de James Howard Kunstler (2005)
extraits : Rien n’est plus fondamental dans l’histoire que les guerres pour les ressources. Tous les pays seront partie prenante dans le combat pour le pétrole. Les Etats-Unis ont prouvé qu’ils étaient prêts à envahir les nations souveraines du Moyen-Orient. Ils appliquent en fin de compte la doctrine Carter, selon laquelle le ravitaillement en pétrole est un intérêt vital qu’il faut défendre par la force militaire si nécessaire. Un affrontement militaire à propos du pétrole pourrait mettre la planète à feu et à sang depuis le Moyen Orient jusqu’à l’Asie, en détruisant l’infrastructure pétrolière de nombreux pays. Les pays producteurs de pétrole risquent fort de sombrer dans de tels troubles qu’ils ne puissent même plus exploiter leurs gisements. Un tel conflit pourrait être la Dernière Guerre mondiale…
Arcadie, essai sur le mieux vivre de Bertrand de Jouvenel (1968)
extraits : Ce qui a détourné les économistes de prendre en considération l’épuisement des ressources naturelles, c’est le caractère lointain de cette menace. Il est bon d’avoir donné conscience que nos opérations dépendent d’une infrastructure de moyens de communication, transport, et distribution d’énergie. Mais cette construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure fondamentale, celle des ressources et circuits de la Nature.Nous faisons preuve de myopie lorsque nous négligeons de nous intéresser à l’entretien et à l’amélioration de notre infrastructure fondamentale : la Nature. Voilà un héritage que nous laisserons en piètre état à nos successeurs….

– « La lucidité oblige à rêver d’autres imaginaires politiques et sociaux. […]
Il revient à ceux qui acceptent d’être lucides, et c’est violent, « blessure la plus rapprochée du soleil », disait René Char, de divulguer d’autres imaginaires techniques, politiques et sociaux que ceux que nous promettent les techno-féodaux comme Musk, l’internationale fasciste et les vendeurs d’armes néolibéraux. […]
Croire que le capitalisme est indépassable est une faute contre l’histoire, contre l’esprit et contre les exploités. Pourtant, l’idée est tambourinée par l’idéologie dominante, d’autant plus fortement que le système est en proie à des contradictions jumelées. Contradiction socio-économique […] Contradiction socio-économique […] Contradiction politique […] Sur le plan de l’esprit, il faut réhabiliter la critique de l’économie politique de Marx, qui n’a jamais été aussi pertinente. [etc.] »
( En débat: Le capitalisme, un horizon indépassable ? moissacaucoeur.fr/2025/12/03 )
Au sujet des infrastructures… au lieu de bombarder les ponts et les centrales électriques en Iran, le Grand Malade ferait mieux d’entretenir et de réparer tout se qui se casse la gueule « chez lui ». Les ponts, les routes, les centrales et les lignes électriques, les réseaux d’eau, les écoles, les hôpitaux et j’en passe. Pour un pays qui se veut être un modèle… ça la fout plutôt mal, non ?
Remarque… les infrastructures ne sont qu’à l’image de leur président. Et finalement, je dirais la même chose des Américains, qui l’ont élu et réélu. Et pas que des Ricains bien sûr.
Nous sommes toustes délabré(e)s !
– « […] Seulement voilà, comment le faire comprendre à ceux qui ne veulent pas l’entendre ? »
(MICHEL C 8 AVRIL 2026 À 13:32 Sur “Tout savoir sur les techniques inappropriées”)
Les articles se suivent et s’enchaînent, inexorablement. Tout est lié.
Hier, pour essayer de comprendre ce qui fait que la décroissance est inaudible (sic)… je me suis référé à un article de l’Institut Rousseau. (ESPRIT CRITIQUE 8 AVRIL 2026 À 18:19)
*** Pour info : La suite a encore été « modérée » par le Robot ***
Aujourd’hui Biosphère nous offre quelques extraits du livre « La fin du pétrole (le vrai défi du XXIe siècle) » de James Howard Kunstler (2005), dans lequel nous retrouvons la principale explication :
– « 2/6) le déni de la fin du pétrole. C’est une constante de l’histoire humaine que les évolutions les plus importantes sont souvent les plus ignorées, parce que les changements qu’elles annoncent sont tout simplement impensables. [etc.] »
(à suivre)
(suite) Je vois que Monsieur Barthès trouve ça très juste (hier À 11:00).
– « Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie […] il est tout simplement impossible d’imaginer la vie sans pétrole. […]
Les gens ne peuvent pas supporter trop de réalité. » (James Howard Kunstler)
Voilà donc, tout simplement, ce qui fait que mon copain (voisin) se plait à croire qu’après le pétrole ON carburera à l’hydrogène. Et après l’hydrogène au Cosmogol.
En attendant la téléportation, qui règlera enfin tous nos problèmes. 🙂
Et pour lui il ne peut pas en être autrement !
Non, parce que ça c’est impensable ! Ingérable, insupportable, invivable etc. (à suivre)
(et fin) Et c’est exactement pareil pour tous les mythes et croyances hérités du modernisme occidental (sic Institut Rousseau). Non seulement le Progrès qui progresse, et les innovations qui innovent (pour des siècles et des siècles amen), mais aussi le Capitalisme, indépassable (TINA = amen) .
Bref, ça aussi il y a un moment que je l‘ai compris. Seulement voilà, comment le faire comprendre à ceux qui ne veulent pas l’entendre ?
Décidément ON n’en sort pas !
« C’est une constante de l’histoire humaine que les évolutions les plus importantes sont souvent les plus ignorées, parce que les changements qu’elles annoncent sont tout simplement impensables. »
Oui, c’est très juste.
Tout aussi juste que ce que dit l’article de l’Institut Rousseau que j’ai cité hier (à 18:19) :
– « Nous ne pouvons pas penser concrètement la mise en place de la décroissance sans nous défaire de ces mythes et croyances hérités du modernisme occidental. »
*** Pour info : La suite a encore été « modérée » par le Robot ***