Hydrogène, la nouvelle croyance à la mode

La poursuite des chimères technologiques est une manière de ne pas sortir de la civilisation motorisée. Une mode succède à une autre. Avant-hier on parlait du miracle de l’hydrogène, hier on misait tout sur les agrocarburants, aujourd’hui les médias nous reparlent d’hydrogène.

Jean-Michel Bezat : Aujourd’hui, le H2 est « noir » ou « gris » puisqu’il est produit en brûlant du charbon ou du gaz, et non compétitif avec d’autres sources d’énergie. Mais demain ? M. Alvera envisage ainsi de transporter par pipeline jusqu’au cœur de l’Europe industrielle de l’hydrogène produit en Afrique du Nord ou en Arabie saoudite grâce à des centrales solaires. Le patron de SNAM (géant italien des infrastructures gazières) n’a pas oublié sa lecture de L’Ile mystérieuse de Jules Verne (1874) : « Oui, mes amis, s’enflamme le savant Cyrus Smith, je crois que l’eau sera un jour utilisée comme combustible, que l’hydrogène et l’oxygène qui la constituent fourniront une source de lumière et de chaleur inépuisables et d’une intensité que la houille ne saurait avoir. » Dans la perspective d’une économie neutre en carbone au milieu du siècle, la part de l’électricité passerait de 20 % à 60 % ; les activités plus difficiles à électrifier, comme les industries lourdes et le transport de masse, devront recourir aux énergies fossiles avec captage-stockage du CO2. Et l’hydrogène « vert » pourrait représenter 10 % de la demande globale… Emporté par un enthousiasme de néophyte, Emmanuel Macron veut faire de la France le « leader » mondial de l’hydrogène… Une utopie ? La transition n’aura rien à voir avec les précédentes. L’humanité était passée du bois au charbon, puis au pétrole et au gaz, en empilant ces sources d’énergie, il faut désormais les éliminer Le temps, qui est compté, n’est plus un allié… N’aurait-il pas fallu prendre Cyrus Smith au sérieux plus tôt ?

À lire sur notre blog biosphere,

9 avril 2021, La voie hydrogène, une nouvelle impasse

22 décembre 2007, chimère hydrogène

Quelques précisions grâce aux commentaires sur le monde.fr

Michel SOURROUILLE : Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’hydrogène est considérée comme « gris » : il est produit à partir d’énergies fossiles dans des raffineries. L’hydrogène décarboné est produit grâce à de l’électricité d’origine renouvelable. Mais la production d’hydrogène demande énormément d’énergie, et son utilisation n’est pas toujours la plus efficace. Gaz ultra-léger sous la pression atmosphérique, il faut le stocker à plus de 350 bar pour limiter le volume. Or une simple bouteille de butane fait peur, et la pression est limitée à 7 bar en usage domestique. Que peuvent penser les pompiers des véhicules H2 ? L’hydrogène est un gaz qui se transporte difficilement, il faut le comprimer, le liquéfier ou le transformer en ammoniac, ce qui est coûteux en énergie et demande des infrastructures spécifiques. En résumé l’hydrogène n‘est qu’une énergie de troisième niveau, produit avec la source d’énergie secondaire qu’est l’électricité. Hydrogène et mobilité généralisée sont donc incompatibles. Les humains préfèrent se consacrer à la glorification du progrès technique alors que la sauvegarde de la Biosphère passe par les économies d’énergie, une priorité de premier rang.

YV : L’hydrogène n’est pas une énergie mais un moyen de stockage d’une énergie électrique produite par ailleurs. Qu’il soit moins « sale » que le lithium de nos batteries actuelles, soit, mais ça ne résout pas le problème fondamental suivant: passer de 20% d’électricité à 60%, c’est multiplier par 3 la production d’électricité.

Fouilla : Comme d’autres commentateurs, je suis choqué que l’on continue de parler de l’hydrogène en terme de ressource, alors que ce n’est qu’une solution de stockage. Solution à laquelle j’ai du mal à croire, car ça fait plus de 40 ans que ce phantasme de thermodynamicien (il permet de passer outre le rendement de Carnot!) est soi-disant la techno du futur, mais reste beaucoup trop complexe pour essaimer vers le grand public. Sans parler du rendement électricité / électricité qui reste faible même sans barrière théorique.

Sarah Py : Le tic tac de l’horloge climatique introduit la temporalité. Considérons les résistances des populations et l’incapacité des politiques, c’est dans le chas de l’aiguille que le chameau humain empesé de nos conformismes doit tenter de se faufiler.

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13 réflexions sur “Hydrogène, la nouvelle croyance à la mode”

  1. Parti d'en rire

    – « Emmanuel Macron veut faire de la France le « leader » mondial de l’hydrogène… »

    Et pas de n’importe quel hydrogène, SVP ! Manu veut que la France soit le Leader Mondial de l’Hydrogène Vert ! Et en même temps, que la France soit le leader du Nucléaire. Et ce n’est pas fini ! Leader aussi de l’hyper-innovation. Ainsi qu’un leader de l’intelligence artificielle, et aussi le leader européen de la mobilité électrique. Et en plus le pays leader des droits des femmes. Tout ça pour plaire à sa Brigitte.
    Manu est un vrai leader, un vrai winner, au moins il y croit, Lui ! Ou alors s’il n’y croit pas il est très fort. Là encore on n’a que les winners qu’on mérite.

    1. et aussi le leader de l’abolition universalise (au sens « dans tous les pays sans exception ») de la peine de mort !

  2. Une autre enc…rie de nos lords of technological illusion : le prélèvement sur des astéroides / météorites de divers métaux (or , platine, iridium, ….) via des robots collecteurs , le tout à plus de 40000 km / h 😂😂😂😂😂
    Aux fous !

  3. Comme certains jadis avec la pierre philosophale et l’élixir de jouvence, aujourd’hui encore, au fond de leur garage, on en a qui rament pour mettre au point le moteur à eau, si ce n’est le mouvement perpétuel. En se disant que plus ça rate, plus ils ont de chances de réussir.
    En attendant, tout le monde connait H2O. On peut dire que l’Hydrogène est une croyance à la mode, seulement il y en a tellement, des croyances à la mode. Et pas seulement dans le domaine des techniques et des sciences. Je dirais plutôt que l’Hydrogène est un bon exemple de cette croyance, plus exactement cette foi, au Progrès qui progresse pour des siècles et des siècles amen. Bien sûr il y en a d’autres, il y a la Fusion, les voyages intergalactiques, le Transhumanisme etc. Je dirais aussi que tout ça ne sont que des exemples de notre désintégration mentale.

    1. Même pas a+b il est impossible de faire entendre à ceux qui ont besoin d’y croire que l’Hydrogène est une impasse. Chaque fois, ils nous diront :
      – « Elles existent déjà aux usa et au Japon ( Honda, Toyota, Mercedes) et les trains régionaux, alsthom a déjà un projet en cours. » (SAINTPICQ 1 MAI 2021 À 21:05 )
      – « Nous en sommes avec l’hydrogène où nous en étions avec l’essence au début de l’aviation. » (Airbus)
      – « Tout ce qu’un homme peut imaginer, un jour d’autres hommes le réaliseront.» (Jules Verne. Slogan du CNES)

    2. Nous avons donc d’un côté ceux qui y croient, parce qu’ils ont besoin d’y croire. Dans cette famille nous avons déjà une grosse majorité de pékins moyens, les mêmes qui croient au moteur à eau, Fusion etc. Ceux-là ne peuvent pas imaginer une vie sans Bagnole, sans Avion, sans Smartphone etc. Alors ils se rassurent en se disant qu’ON finira bien par trouver quelque chose, comme ON l’a toujours fait etc.
      Cette désintégration mentale ne touche évidemment pas que les simples d’esprit, je pense souvent à Stephen Hawking. Rien d’étonnant donc à ce que des ingénieurs, des politiques, des dirigeants, s’agenouillent avec les gueux devant le Dieu Progrès.

      1. Puisque le monde est binaire, de l’autre côté nous avons donc les mécréants, ceux qui n’y croient pas. Peu importent ici les raisons de leur athéisme, il faut juste savoir que parmi ceux qui rament, ou qui pompent, dans une usine, un bureau, un ministère, il y en a qui n’y croient pas du tout. Ceux là, comme des millions d’autres, font juste semblant.
        Et quelque part, au milieu, au-dessus, ou au-dessous peu importe, il y a les autres. Ceux qui ne croient évidemment pas que tout ce tout ce qu’un homme peut imaginer, un jour d’autres hommes le réaliseront… mais qui croient tout simplement que la Science (la Connaissance) nous réserve encore de belles surprises. Ceux-là ont une autre vision du véritable progrès.

      2. Pour compléter les propos de Michel C. je dirais que, tout ça, me rappelle étrangement le fol espoir des allemands en janvier 1945 relativement aux « armes miracles » qui allaient renverser la situation et permettre d’éviter l’écrasement total du Reich (puis de de tout ce qui s’en est suivi). Ils virent rapidement ce qu’il en était réellement.

        Ceux qui voient l’hydrogène comme une bouée de sauvetage sont semblables aux précités. Ils espèrent un miracle, ce qui est finalement très humain.

      3. Esprit critique

        On peut en effet comparer ça à ce que vous dites. Aujourd’hui encore «nous sommes en guerre». Et pas seulement contre le Virus, guerre aussi contre le Terrorisme, contre le Chômage, guerre économique, guerre des prix, guerres commerciales etc. Dans le sport, les entreprises, la politique et partout, on ne parle que de batailles, de stratégies, d’alliés, de cibles, de conquêtes, victoires, défaites etc. Sans oublier les me(r)dailles et les honneurs pour les plus valeureux guerriers, premiers de cordées, winners et autres killers. Faut croire qu’on l’aime vraiment, la Guerre. Misère misère !
        Aujourd’hui l’Hydrogène s’impose, le Nucléaire aussi. Ce sont les «armes miracles» qui nous permettront de sauver le soldat Climat, et le Système et en même temps.

  4. Didier BARTHES

    Fouilla a évidemment raison, il est incroyable que ce raisonnement ne réduise pas à néant tous les fantasmes en la matière et ne relègue pas l’usage de l’hydrogène à des usages très particuliers et très marginaux (en chimie ou en propulsion des fusées par exemple)
    On récupère de l’énergie en liant des atomes d’hydrogène avec des atomes d’oxygène, pour les séparer il faut au préalable au moins autant d’énergie (plus en réalité pour des questions de rendements et des détails matériels), donc énergétiquement l’opération n’a aucun intérêt. Quant à utiliser des énergies renouvelables pour ça c’est ridicule autant utiliser directement l’électricité produite (si les renouvelables d’ailleurs sont bien intéressantes de ce point de vue, c’est loin d’être toujours efficace).

    1. Fouilla ne devrait pas être «choqué que l’on continue de parler de l’hydrogène», j’ai essayé d’en expliquer les raisons. Pour produire de l’hydrogène nous pensons de suite à l’électrolyse de l’eau (H2O), nous sommes d’ailleurs nombreux à avoir fait l’expérience à l’école. Alors bien sûr il faut de l’électricité, donc de l’énergie. Pas rentable donc, ce qui fait que cette technique ne produit que 4% de l’hydrogène. Seulement il y a d’autres techniques, dont le vaporeformage d’hydrocarbures, notamment du gaz naturel qui produit alors cet hydrogène «gris» (49 % du dihydrogène produit dans le monde en 2015). Là encore c’est le serpent qui se mord la queue.

      1. Après il y a encore d’autres techniques, dont celles dites biologiques. Je pense que ce sont celles-là qui font surtout rêver les doux-rêveurs.
        Produire de l’hydrogène, à volonté… et ce sans énergie et sans bousiller encore plus la planète… en effet ça fait rêver. En y regardant de plus près, on voit que c’est possible. Sauf que pour le produire à volonté, ça c’est autre chose.
        Et en plus il y a tout le reste. Comme pour la Fusion ou les voyages vers Mars, et encore et toujours plus loin, il y a toutes sortes de défis (tchalaindges) à relever. Pour l’hydrogène c’est notamment le stockage et le transport.
        Mais quand on a besoin d’y croire, rien n’est impossible. Et à l’inverse, quand on a décidé que c’était impossible, on ne peut évidemment pas y croire.
        Conclusion : L’Hydrogène c’est comme l’Économie Circulaire. C’est formidable pour continuer à tourner en rond, en attendant.

      2. Pour l’avoir testée, j’ai longtemps cru que la recette du Bonheur c’était Sea, Sex and Sun. En fait c’est Eau, Algues et Soleil. C’est tout con fallait juste y penser, aux algues. Là encore il suffit d’y croire. Sinon il n’y a plus que le Sexe.

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