la nature va gagner contre l’homme, Meadows l’a dit

Quand vous avez un enfant, vous vous réjouissez, au départ, qu’il grandisse et se développe physiquement. Mais si à l’âge de 18 ou 20 ans il continuait à grandir, vous vous inquiéteriez. En fait quand sa croissance physique est terminée, vous voulez de la croissance qualitative, vous voulez qu’il se développe intellectuellement. Malheureusement, les hommes politiques agissent comme s’ils ne comprenaient pas la différence entre croissance quantitative et qualitative. Ils poussent automatiquement le bouton de la croissance quantitative. C’est pourtant un mythe de croire que celle-ci va résoudre le problème de la zone euro, de la pauvreté, de l’environnement… La plupart des problèmes, nous ne les résolvons pas. Si vous résolvez le problème à un endroit, la pression va se déplacer ailleurs. Nous n’avons pas résolu le problème des guerres, nous n’avons pas résolu le problème de la démographie.

En revanche, les problèmes se résoudront d’eux-mêmes parce que vous ne pouvez pas avoir une croissance physique infinie sur une planète finie. Donc la croissance va s’arrêter. Tous les signes le montrent, le changement climatique, la dislocation de la zone euro, les problèmes alimentaires… sont les symptômes d’un système qui s’arrête. Les crises et les catastrophes sont des moyens pour la nature de stopper la croissance. Nous aurions pu l’arrêter avant, nous ne l’avons pas fait donc la nature va s’en charger. Le changement climatique est un bon moyen de stopper la croissance. La rareté des ressources est un autre bon moyen. La pénurie de nourriture aussi. Quand je dis « bon », je ne veux pas dire bon éthiquement ou moralement mais efficace. Ça marchera.

En 1972, nous étions à 85 % environ de la capacité maximum de la Terre à supporter nos activités. Aujourd’hui, nous sommes à 150 %. Quand vous êtes en dessous du seuil critique, c’est une chose de stopper les choses. Quand vous êtes au-delà, c’en est une autre de revenir en arrière. Donc oui, la nature va corriger les choses. Malgré tout, à chaque moment, vous pouvez rendre les choses meilleures qu’elles n’auraient été autrement. La résilience est un moyen de construire le système pour que, lorsque les chocs arrivent, vous puissiez continuer à fonctionner, vous ne vous effondriez pas complètement. Je pense que nous allons voir plus de changement dans les vingt ans à venir que dans les cent dernières années.

Condensé d’une interview de Dennis Meadows par TerraEco

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8 réflexions sur “la nature va gagner contre l’homme, Meadows l’a dit”

  1. L’ estimation de la capacité productive terrestre d’ aliments pour plus de 7 giga- habitants repose sur du sable mouvant :affirmation de type zieglerienne (rappel des propos de ce Tartuffe qui prétendait que la terre pouvait nourrir via l’ agriculture organique plus de 12 gigahabitants : pauvre fou!) .
    A moins de procéder par terre agricole de chaque pays du monde entier au « cadastre »de leur potentiel réel productif en céréales / légumineuses / légumes , cette estimation ne vaut rien .
    En outre que signifie « nourrir correctement  » , ?
    J’ ai en outre les plus sérieux doutes sur les capacités des terres sises en zones chaudes (sèches ou humides) à produire de la nourriture en suffisance : rappelons que l’ Afrique , vaste continent de 33 millions de km2 comporte au moins 1/3 de sa superficie en déserts et zones quasi stériles .
    Pourquoi faudrait-il nourrir une telle masse d’ habitants alors que la biodiversité est saccagée et que le bipède invasif et arrogant détruit chaque jour un peu plus
    de forêt et de sites naturels de valeur inestimable ?
    Malthus avait raison avant tout le monde et dame nature se fera un devoir de procéder à une décroissance démographique brutale .

  2. Dans son dernier livre « L’effondrement du capitalisme », François Laval table sur un effondrement du système à l’instar de Jancovici qu’il cite tout comme l’ASPO dans la 4 ans à venir. Dans son livre, il rend hommage aux objecteurs de croissance qu’il considère comme les vrais écologistes. Il signale de plus que du NPA à Strauss Kahn, il n’y a que des partis productivistes. Moi qui suis allé au NPA puis à EELV, j’en sais quelques choses. L’emploi et la croissance sont leurs fils rouges. A EELV on sait gaussé diplomatiquement de mon végétarisme. Et lorsque j’ai abordé le problème du pic pétrolier, je me suis retrouvé face à un mur. Mais je reconnais que ce parti ne vit qu’au son des échéances électorales et poursuit une vision anthropocentrique à faire pâlir Arne Naess.
    Étant en gardiennage dans l’enseigne du tigre et des deux accents circonflexes superposés, je puis vous assurer que le secteur automobile suffoque. En effet, dans l’usine de Rennes dès juillet 2012, la production de nuit est supprimée puis un roulement de jour chômé sera organisé des le mois d’aout pour chaque salarié. Ainsi chaque équipe connaîtra au moins 1 mois de chômage technique jusqu’en 2016. Et la Cgt de quémander de construire plus de voiture afin que chacun puissent être à l’abri…
    L’homme s’acharne à s’attacher à son règne indu mais il n’a pas conscience qu’en saccageant son écosystème, lui qui fait partie de la biodiversité, c’est contre lui -même qu’il agit. Une seul chose me réjouit c’est que la nature aura le dernier mot.
    A nous d’anticiper dans les consciences le pire qui est à venir.

  3. PS: d’ailleurs Meadows lui-même n’estime pas (dans ses modèles) que globalement la ration alimentaire par individu baisse avant 2030. Probablement l’effet interview….

    1. au PS d’imago :
      Il est vrai que dans son livre, Meadows et ses confrères estiment que la quantité de nourriture produite aujourd’hui suffirait à nourrir plus que correctement la planète entière. Mais ils ajoutent : « Jusqu’ici, la volonté politique a souvent fait défaut et, en réalité, dans de nombreuses régions du monde, les sols, la terre et les sources nutritives d’aliments dépérissent, et, avec eux, les communautés agricoles. Dans ces régions, la production agricole a dépassé de nombreuses limites. »
      La sécurité alimentaire est locale, elle n’est pas globale.

  4. Parler de problèmes alimentaires comme symptôme du système qui s’arrête me semble contre-productif parce qu’en fait les problèmes alimentaires que vivent des milliards d’humains ne sont pas liés à une pénurie mais à un problème de distribution comme le prouvent les incroyables gaspillages de nourriture et l’énorme filière des aliments pour animaux domestiques.

    Le problème est que, grâce à ce qui nous reste d’énergies fossiles, on est certainement capables de nourrir plus de 10 milliards d’individus et de pousser encore plus haut la hauteur à laquelle nous chuterons.

    J’ai beaucoup d’estime pour Dennis Meadows et son livre « LTG 30years update » est un des livres les plus importants qui soient, mais les interviews qu’il donne actuellement font penser qu’il vient de réaliser que ce qu’il avait détecté en étudiant des modèles à très haut niveau se manifeste concrètement, par le pic pétrolier par exemple, mais je pense qu’il se trompe sur la question de la nourriture.

    Je n’aime pas chercher la petite bête mais j’imagine déjà ses détracteurs saisir cet argument pour évacuer le reste de son message.

    Quant à « les gouvernements devront assumer la responsabilité d’un niveau de dégradation et de répercussions sans précédent », ça me fait bien rire (jaune) parce que lorsque les choses se gâteront vraiment et qu’on cherchera des coupables à lyncher, ces gouvernements seront passés depuis longtemps, et même en étant optimiste, je vois mal le tribunal international se saisir d’affaires de dégradation de l’environnement ou de « génocide par négligence » avant bien longtemps.

    1. Bonjour imago
      Meadows est bien conscient des limites socio-psychologiques de son modèle. Comme il le dit dans son livre, le modèle World3 ne fait pas de distinction entre les zones riches et les zones pauvres de la planète. Cette simplification rend encore plus optimiste le modèle. Dans « le monde réel », si la faim touche avant tout l’Afrique, on enregistrera des délais très longs avant que le problème ne soit résolu. Dans « le monde réel », la technologie n’a pas de merveilleuses propriétés. Aucune société normalement constituée ne persévérerait dans une technique agricole qui augmente les rendements mais détruit la terre. Il existe pourtant des exemples de ce type de comportement. Au lieu de protéger les stocks halieutiques, la technologie employée a au contraire pour but d’attraper jusqu’au dernier poisson. Parler comme vous le faites de « problème de distribution » (qu’il suffirait de résoudre) est de l’ordre de l’incantation. Cela fait longtemps que des conférences internationales ont affirmé qu’elles allaient éradiquer la famine.
      Quant à la responsabilité des gouvernants, Meadows ajoute dans son interview : « La démocratie en Europe est menacée. Car l’humanité obéit à une loi fondamentale : si les gens doivent choisir entre l’ordre et la liberté, ils choisissent l’ordre. C’est un fait qui n’arrête pas de se répéter dans l’histoire. L’Europe entre dans une période de désordre qui va mécontenter certaines personnes. Et vous allez avoir des gens qui vont vous dire : « Je peux garantir l’ordre, si vous me donnez le pouvoir. » L’extrémisme est une solution de court terme aux problèmes. » C’est clair !

  5. De la part d’un correspondant
    Je partage l’analyse de Dennis Meadows, notre époque se caractérise par une profonde addiction à la consommation qui provoque un déni de réalité collectif y compris au sein d’EELV.
    Participer dans ces conditions à un gouvernement qui veux nous faire croire qu’il va retrouver de la croissance est une mystification. C’est l’échec de l’écologie politique. Dire en 1935 que nous allions vers la guerre était probablement considéré comme du catastrophisme. L’oligarchie, dont fait maintenant partie les cadres d’EELV, a mis en place le système, en est la principale bénéficiaire et est la dernière a avoir intérêts au changement. Dans le même temps rien n’est écrit, les changements peuvent être positifs, sous réserve d’une mobilisation collective forte de la société et d’une démarche remontante et résiliente type Colibri, Transition…
    Pascal Bourgois

  6. nouveau cri d’alarme sur l’état de la planète
    A deux semaines de l’ouverture du sommet mondial Rio+20 consacré au développement durable, Achim Steiner, directeur général du PNUE veut mettre sous pression les responsables politiques : « Si rien n’est fait pour inverser la tendance, les gouvernements devront assumer la responsabilité d’un niveau de dégradation et de répercussions sans précédent ». Ce scénario dramatique est connu et repris dans de nombreux rapports des Nations unies, du WWF, de l’OCDE, etc. : avec le développement démographique de la Terre qui doit s’apprêter à accueillir, et nourrir, 9 milliards d’humains, et la raréfaction des ressources naturelles, l’état de la planète se dégrade à grande vitesse.

    Sur 90 objectifs définis comme prioritaires, tels que la protection de la biodiversité, le contrôle et la réduction de la pollution de l’eau douce, la réduction de la production et de l’usage des métaux lourds, la plupart n’a pas connu de réelle amélioration. Sur le changement climatique, la protection des réserves halieutiques ou encore la lutte contre la désertification, il n’y a eu aucun progrès ou seulement à la marge. Pire, la situation s’est détériorée pour 8 de ces objectifs.
    Le Monde.fr | 06.06.2012
    http://lemonde.fr/planete/article/2012/06/06/avant-rio-20-nouveau-cri-d-alarme-sur-l-etat-de-la-planete_1713738_3244.html

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