La sobriété, une valeur émergente

Nos aspirations semblent à peu près les mêmes que celles des anciens : s’habiller, se déplacer, se chauffer, se nourrir, se distraire au spectacle ou entre amis, se soigner. Simplement les moyens ont changé parce que nous sommes des primates à très gros cerveau qui finissent toujours par trouver des solutions pour aller plus vite, plus loin et plus souvent. Malheureusement cela ne peut se faire aujourd’hui que par des industries qui polluent l’air, l’eau, la terre et  stérilisent de grands espaces. De plus en un siècle et demi, les humains sont aussi devenus beaucoup trop nombreux. La population mondiale a été multipliée par 10 environ dans ce laps de temps… Nous sommes passés à 7,9 milliards en octobre 2021. On ne guérira pas notre Terre malade d’une humanité devenue pléthorique uniquement en incitant les humains à mener une vie plus sobre et le modèle d’un enfant par femme est encore à des années lumières de notre compréhension des réalités. Mais on peut toujours espérer.

Lire, Notre défi, 100 % de sobriété énergétique en 2050

Laurent Assouly : La révolution silencieuse de la sobriété s’immisce dans de nombreux pans de nos vies, nous intimant en sourdine de ralentir nos cadences… Une enquête met en lumière un décalage entre les incantations des politiques à consommer plus pour soutenir l’économie et une frange de la population, toutes classes sociales confondues, qui opte pour un ralentissement de son mode de vie… Le rapport à l’habitat se fait plus sobre, des initiatives citoyennes de coopératives se constituent pour un habitat participatif… La « valeur travail » dévoile ses premières fissures ; souvent convoquées à contresens comme valeur morale, ses nouvelles brèches ouvrent la voie à une autre éthique, celle d’un « droit à la paresse »…En Chine le« tang ping » est le nom donné à cette « indolence volontaire »… Parions que ces résistances éparses à une certaine « modernité » ne sont pas un feu de paille : travailler et consommer moins pour une vie meilleure et plus libre ?

Quelques commentaires perspicaces sur lemonde.fr :

Françoise B. : Il y avait un slogan en 1968 qui disait « on arrête tout et on réfléchit ». Occasion ratée. Dommage, ça aurait permis de faire face à ce que la majorité des gens découvrent enfin maintenant : la planète n’est pas extensible.

Fchloe : Le seul levier garanti efficace ! Et politique de l’enfant unique ! Le reste, c’est hypothétique,: éoliennes, énergie solaire, fin des centrales à charbon en Europe, voiture électrique, fusion nucléaire, pile à hydrogène… Le tout en 2050 ou 2060. Autant dire trop tard !

Antropocene : Bof les gens ont de plus en plus de grosses voitures de grosses maisons et de gros ventres alors la sobriété elle est où ? dans la tête de certains qui sont vraiment ultra minoritaires. Seule une « bonne crise économique » peut diminuer la progression des imc (indice de masse corporelle), je sais c est immoral et non politiquement correct de dire cela ont va me taxer de réac …pourtant j ai raison …

Vincetheprince : Les gens qui changent de mode de vie sont admirables. Permaculture, vélo, voilier, marche à pied, poulailler, alimentation bio, moins de viande consommée, tout cela est positif certes. Mais tellement marginal ! La population mondiale, c’est 7,5 milliards de personnes. Il faut 80 ans pour compter sans s’arrêter jusqu’à 1 milliard. Un grand nombre consomme à outrance (du Coca cola, premier pollueur de plastique : 120 milliards de bouteilles à usage unique par an, soit 3800 par seconde). Le principe qui régit l’humanité n’est pas la réflexion pour une organisation collective raisonnée, mais la concurrence et la loi du plus fort. Qui peut croire que l’humanité va s’en sortir à partir d’un raisonnement qui s’appuie sur des exemples de minimalisme vertueux réservé à une micro élite consciente et soucieuse des enjeux ?

lire, La sobriété ne suffit pas vu notre nombre

Sarah Py : De la la sobriété voulue à celle qui sera subie ! Qui peut croire que l’avenir sera rose, que nous allons savoir faire face solidairement aux conséquences des changements climatiques ? La sobriété assumée est un choix moral individuel dont il évident qu’il n’a pas d’impact réel sur les évolutions en cours. Les changements climatiques sont un sujet de politique internationale ; le comportement exceptionnel ne fait pas une politique.

Michel SOURROUILLE: L’information mentionnant le comportement d’autrui est une norme sociale bien plus efficace que les appels politiques à la préservation de l’environnement. Il s’agit de faire jouer l’interaction spéculaire, tu fais parce que je fais ainsi parce que nous devrions tous faire de même. Cette explication sociologique nous permet d’enterrer le vieux débat épistémologique sur l’antériorité de l’individu ou de la société. L’un et l’autre se renforcent mutuellement car je me représente la manière dont les autres se représentent les choses et moi-même. « Je donne le bon exemple » est un message positif. « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » nous rappelait Gandhi.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere :

8 octobre 2021, Simplicité, Sobriété… Techniques douces

20 février 2021, La sobriété en médecine au temps du Covid

30 mars 2011, sobriété volontaire ET forcée !

13 janvier 2009, sobriété énergétique ?

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10 réflexions sur “La sobriété, une valeur émergente”

  1. Esprit critique

    La sobriété deviendrait-elle à la mode ?
    En tous cas c’est ce qu’on peut lire dans pas bon nombre d’articles. La sobriété serait même à la mode dans le graphisme (lire «État des lieux des tendances graphiques : la sobriété à la mode » publié le 6 décembre 2019 sur cap-com.org).
    Réduire le graphisme, «faire simple»… tout ça pour «Donner du sens aux design pour servir un projet» ! Voilà à quoi se résume la sobriété dans le graphisme. Le graphisme, pour ne pas dire la Com’ (mot à la mode pour nommer la propagande). Présentée et vue comme ça, la sobriété peut se traduire aussi par la réduction du nombre de caractères dans les articles, les commentaires, l’écriture en abrégé, en fonétic etc. N’importe quoi !
    N’empêche que même conjuguée à toutes les sauces, la sobriété fait parler d’elle. C’est bien pour ça qu’on peut parler d’une mode, d’un phénomène de mode.

    1. Esprit critique

      Or, à quoi sert la mode ? On dit, entre autres, qu’elle sert à s’amuser. Peut-être, mais qui amuse t-elle ? Ou plutôt qui sert-elle ? Et de toutes façons, quoi de mieux que les médias (médias et meRdias à la botte de qui nous savons) pour lancer une mode et la faire évoluer, dans un sens ou dans l’autre ?

    2. Lire l’article : «Sobriété», le terme écolo à la mode aux multiples nuances
      ( publié sur lopinion.fr le 07 juillet 2021 ). Extrait :
      -« Plus consensuel que le terme « décroissance », le mot « sobriété » vit son heure de gloire, aussi bien pour parler business que comportement d’achats des ménages. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (l’Ademe) vient tout juste de publier un dossier consacré à cette thématique intitulé La sobriété : une aspiration croissante, pas encore un projet de société. Mais si ce terme est aussi populaire, c’est bien parce qu’il recouvre autant de nuances que de niveaux de « déconsommation » auxquels il se réfère. [etc.] »
      Consensus, business, énergie… tout est là pour abuser le gogo. Comme avec l’écologie et tant d’autres belles choses, le Système est en train de récupérer (recycler) la sobriété.
      Pour en faire de la m…

  2. Je veux avoir l’illusion que donner l’exemple compte. J’ai un fils, auquel je ne fais pas de grands discours théoriques. Simplement, je cherche à vivre et à travailler d’une certaine façon, en espérant que mon mode de vie et de travail lui transmette quelque chose…
    Il ne faut pas penser que la vie n’a pas de sens. C’est à nous de le trouver.

    1. Je pense que nous en sommes tous là, moi le premier. Nous essayons tous de trouver un sens à nos vies. Et de l’indiquer aux autres, particulièrement à ceux que nous aimons.
      Et ceci même si en fin de comptes elle n’en a aucun. Autrement dit, même si tout ça (Tout Ça ?) n’est qu’une énorme Farce. Bonjour la spiritualité. 😉
      En attendant (la fin du Jeu) nous sommes obligés de jouer… le Jeu. En nous faisant croire notamment que Tout Ça n’est pas qu’une illusion (solipsisme), que la vie a un sens, qu’il revient à chacun de le trouver, etc.
      Cette histoire est vieille comme le monde, on nous la raconte (et nous nous la racontons) de tous les côtés, dans toutes les disciplines, dans toutes les langues etc.

      1. C’est pour ça que nous avons des curés et des coachs en tous genres. Tout plein tout plein de gens qui nous aiment. Et qui tiennent à nous dire la Bonne Direction. Ce qui a de formidable avec ça, c’est qu’il y en a pour tout le monde Pour tous les goûts et toutes les bourses. Même la mienne, parce que je le veau bien !
        Le Travail et le Mérite… qui assurent la Réussite (la Rolex à 50 balais), les Honneurs, sans oublier le Pouvoir… et en fin de comptes le Bonheur (celui d’avoir des avoirs plein nos armoires)… il y a longtemps que tout le monde a compris que cette histoire est pipeau. Mais ça ne fait rien, ils sont encore nombreux ceux qui ont besoin d’y croire, misère misère.
        Mais heureusement, et en même temps, et pas qu’à la télé, on nous raconte que le Bonheur est dans le Pré. C’est formidable !
        Comme je dis, à chacun sa came, en attendant. 😉

  3. Esprit critique

    – « Laurent Assouly : La révolution silencieuse de la sobriété s’immisce dans de nombreux pans de nos vies […] »

    Hier sur «Grand remplacement, nativisme, écologisme», TOURISMOPHOBIE (9 NOV À 11:50) voit lui aussi un changement (dans le bon sens…), notamment du côté du tourisme. Je lui ai répondu en suivant.

    On observe en effet un nouveau phénomène. Comme ces jeunes, souvent diplômés, qui tournent le dos à une «belle» situation, une vie de petit-bourgeois, pour aller vivre dans la simplicité.
    Un sondage de 2019 (Aviva Assurance, BFM Business et Challenges) ainsi qu’un autre de mai 2020 (Odoxa pour le Medef)… nous «révélaient» que 54% des Français seraient favorables à la décroissance…
    Question : Qui peut le croire ?
    Croire que plus de la moitié des Français se voient comme des petits-bourgeois…
    Croire que le Système chercherait à nous pousser vers cette décroissance, celle de la sobriété volontaire dans la joie de vivre….

    1. Françoise B nous rappelle 1968… avec cette «révolution manquée qui faillit renverser l’Histoire» (Renaud dans Hexagone), et le slogan «on arrête tout et on réfléchit» (l’An01).
      Eh oui, «Occasion ratée» ! Rappelons que ces années là furent marquées par un vent de révolte et pas seulement en France. On a vu par la suite, «chez nous», ce que sont devenus la plupart des rebelles de 68, notamment les plus meRdiatiques. Des petits-bourgeois, des «rebelles» et des tartuffes parfaitement intégrés dans le Système.

      1. Vincetheprince et Sarah Py posent une même question : « Qui peut croire que … ? »
        (que quelques marginaux, dans le sens où ils sont peu nombreux, pourraient changer le monde.) Déjà comment le pourraient-ils ? En montrant l’exemple, qu’on nous dit… le Bon Exemple ! Et ensuite le mimétisme ferait le reste. Après tout pourquoi pas. Pourtant ce n’étaient pas ce genre d’exemples qui manquaient, dans les années 68, tout ça était même devenu une mode… Et on a vu comment la suite.
        On a vu comment le Système a digéré tout ça. Alors aujourd’hui, qui peut croire… que nous aurions enfin retenu les leçons de l’Histoire ? Que nous serions bien moins cons qu’il y a 50 ans, les jeunes notamment, et que cette fois serait la bonne, la der des der etc. Qui peut-croire à ça ?

      2. La réponse est pourtant simple. Ceux qui croient à ça, à ce scénario, cette possibilité, sont ceux qui ont besoin d’y croire. Exactement comme ceux qui ont besoin de croire que la technoscience nous sortira de là. Finalement peu importe qu’on y croit sincèrement ou pas, il suffit juste de se faire croire. Croire qu’on va y arriver, croire qu’on rame dans le bon sens, croire qu’on va limiter la Casse etc. etc. C’est juste une question d’équilibre (homéostasie). En attendant, à chacun sa came.

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