le désastreux bilan écologique du sarkozysme

Une analyse d’un de nos correspondants, René Hamm :

« L’environnement, ça commence à bien faire! » : cette saillie balancée, le 6 mars 2010, au Salon de l’agriculture, résume parfaitement l’approche de Nicolas Sarkozy en ce domaine. Le Grenelle, initié le 21 mai 2007, sous sa houlette et celle de Jean-Louis Borloo, avait affiché un projet plutôt ambitieux, contrastant, en théorie, avec le surplace de l’époque où des ministres verts siégeaient au cabinet (1). Lors de la restitution officielle des dossiers préparatoires, en date du 25 octobre 2007, le chef de l’État avait conféré à cet événement le statut de «New deal», de «révolution copernicienne dans nos façons de penser, de décider, dans nos comportements, nos objectifs et critères» (rien que ça !).

Kermesse lamentable

Des rencontres et consultations diverses émanèrent deux cent soixante-huit engagements que trente-quatre comités mettraient en œuvre. La loi du 3 août 2009 vise la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre, le transfert du fret routier (94%) vers d’autres modes, confirme la création d’un carnet de santé du salarié retraçant les expositions aux matières dangereuses, le renforcement du contrôle des éco-organismes… Celle du 12 juillet 2010 comprenant deux cent quarante-huit articles porte sur l’application des dispositions dans l’ensemble des secteurs couverts par les six groupes de travail. Parmi les préconisations: la construction de bâtiments plus sobres énergétiquement, la rénovation thermique du parc ancien (2), la priorité aux transports collectifs tout en recommandant le recours à des véhicules électriques ou hybrides rechargeables, l’expérimentation, puis l’élargissement de l’étiquetage environnemental sur les marchandises, la maîtrise des substances phytopharmaceutiques dans l’agriculture et l’encouragement au bio, l’instauration d’une nouvelle gouvernance écologique en désignant des associations représentatives conviées à participer au dialogue institutionnel, la lutte contre toutes sortes de nuisances, la prise en compte de risques émergents (ondes électromagnétiques, nanotechnologies…). Si le rapport «indépendant» ( !?!) de 170 pages que la société Ernst & Young (3) avait remis le 2 novembre 2010 à ses commanditaires a dressé un tableau évidemment flatteur, douze jours auparavant, le Réseau Action Climat (4) avait émis des critiques très sévères sur ce que Fabrice Nicolino a qualifié de «pièce bouffonne» (5) ou Jean-Christophe Mathias de «bal des impostures», de «guignolade», de «kermesse lamentable» (6). Stephen Kerkhove, délégué général d’Agir pour l’environnement, parle d’un «processus hors-sol» destiné à «saturer l’agenda médiatique et verdir une politique éco-prédatrice» (7).

Dans son «bilan climat-énergie» coordonné par Olivier Louchard, le RAC pointe les insuffisances criantes et les tares rédhibitoires. Ainsi, l’enterrement de la taxe carbone et le report de celle sur les camions, l’inscription des maïs transgéniques au catalogue des semences ou l’homologation d’insecticides tueurs d’abeilles dénotent non seulement l’hypocrisie du pouvoir, mais aussi sa soumission aux lobbies concernés. Parallèlement à de très rares avancées comme une meilleure isolation des logements neufs qui limiterait à un maximum de cinquante kilowatts/heure la consommation par mètre carré à l’année, le gouvernement relança de 8% (mille kilomètres supplémentaires) la construction d’autoroutes (A 63 dans les Landes, A 65 Langon-Pau, A 150 de Rouen au Havre, contournement ouest de Strasbourg), autorisa la circulation de poids lourds de quarante-quatre tonnes, préserva le transport aérien par le maintien de l’exonération de taxe pour le kérosène et l’aval octroyé à l’aéroport de Notre-Dame des Landes (8), à une vingtaine de bornes au nord-ouest de Nantes, situé de surcroît dans une zone humide. Le subventionnement et les aides fiscales aux agrocarburants ne témoignent pas une réflexion poussée sur cette aberration qui s’apparente aux yeux de Jean Ziegler à un «crime contre l’humanité» (9).
Billevesées

Au niveau du rail, nos dirigeants s’enthousiasment essentiellement pour les lignes à grande vitesse (sept en prévision). Esbroufe également pour les énergies renouvelables que l’on prétendait promouvoir (23% d’ici 2020). Face au succès de la demande, le 30 septembre 2010, le gouvernement avait réduit, en vue de l’exercice 2011, de 50 à 25% le crédit d’impôt pour l’acquisition de panneaux photovoltaïques. Un revers de plus pour la branche déjà touchée par la baisse de 12% des tarifs d’achat du jus solaire, le 1er septembre 2010. L’intégration, annoncée solennellement par le pote de Vincent Bolloré, pour chaque opération d’envergure, des incidences sur le climat et la biodiversité, n’a pas été traduite dans la législation. Des thèmes aussi peu anodins que le nucléaire, l’eau et la sauvegarde des espèces menacées d’extinction ne figuraient même pas au programme. Neuf ONG avaient bénéficié d’une accréditation. Le Réseau Sortir du nucléaire, Agir pour l’environnement le RAC avaient été exclus. En désaccord total avec la chancelière Angela Merkel, laquelle, choquée par la catastrophe de Fukushima, avait nettement revu à la baisse la proportion du nucléaire dans le mix global (10), Nicolas Sarkozy, multipliant approximations, mensonges et contre-vérités, reste un farouche propagandiste de l’industrie atomique. Le 25 novembre 2011, à l’usine d’enrichissement de l’uranium à Pierrelatte (Drôme), une des entités du site du Tricastin, devant les employé(-e)s d’Areva et d’EDF ravi(-e)s, il avait décliné son credo sur «l’intérêt supérieur du pays», «la souveraineté nationale», menacés par la moindre velléité d’écorner ce fleuron hérité du gaullisme, n’omettant pas de saluer pour le coup François Mitterrand (11), qui assuma sans ciller l’héritage de ses prédécesseurs.

Ne bouleverser que d’un chouias cette donne qui reposerait sur «un consensus vieux de plus de soixante-cinq ans » équivaudrait à dilapider «inéluctablement des trésors d’intelligence et de recherches accumulés depuis sept décennies», à «revenir au Moyen-Âge», «au temps de la bougie» (sic). Ce genre de billevesées passe dans une salle acquise par avance à l’orateur. Se trémousser en lançant «Devons-nous être le seul pays à tourner le dos au progrès ?» ne l’a évidemment exposé à aucune objection. Peu importe que sa copine de Berlin ait emprunté une autre voie, que les 12 et 13 juin 2011, 94,7% des citoyen(-ne)s transalpin(-e)s aient rejeté l’implantation voulue par Silvio Berlusconi, de quatre nouveaux réacteurs d’ici 2020, en coopération avec AREVA et EDF, que le peuple autrichien ait refusé, lors d’un référendum organisé le 5 novembre 1978, à 50,47%, la mise en service de l’unique centrale de Zwetendorf (692 mégawatts nets), à cinquante kilomètres à l’ouest de Vienne (12)!… La pratique de la manipulation, de la langue de bois et de la dissimulation ne date pas d’hier. De mars 1987 à mai 1988, Nicolas Sarkozy officia comme chargé de mission au ministère de l’Intérieur pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques, sous l’autorité de Charles Pasqua, un cador ès-bidouillages. L’idée qu’il eût contribué à la désinformation sur le nuage de Tchernobyl m’effleure avec insistance…

(1) Dominique Voynet, du 4 juin 1997 au 9 juillet 2001, puis Yves Cochet, du 10 juillet 2001 au 5 mai 2002.

(2) Dans le droit fil du «diagnostic de performance énergétique» applicable depuis le 1er novembre 2006 à la vente de maisons et d’appartements ainsi qu’à partir du 1er juillet 2007 pour les habitations louées tout comme pour la cession de bâtiments neufs? Cette expertise, qui n’a toujours qu’un caractère informatif, n’impose aucune obligation de travaux.

(3) Les «experts»: Alain Grimfeld, président du Comité national d’éthique, le climatologue Jean Jouzel, Nicole Notat, ex-patronne de la CFDT et Présidente-directrice générale de l’agence de notation Vigeo, ou encore l’avocat Philippe Pelletier. Pas davantage que pour l’étude du Boston Consulting Group, publiée le 16 juin 2009, nous n’en apprendrons le prix.

(4) Il fédère dix-huit mouvements nationaux (Agir pour l’Environnement, Les Amis de la terre, Greenpeace, le World Wide Fund for nature, la Ligue de protection des oiseaux, Le Réseau Sortir du nucléaire…) et onze associations locales.

(5) «Qui a tué l’écologie?», Éditions Les liens qui libèrent, Paris, mars 2011, 303 pages, 20,50 euros. Le collaborateur au magazine Terre Sauvage réserve essentiellement ses piques implacables à quatre des principales associations environnementalistes, coupables, selon lui, d’arrangements, voire de franches complicités, avec les saccageurs des écosystèmes. Il pointe les compromission de la Fondation Hulot, du World Wide Fund for Nature, de France Nature Environnement et de Greenpeace France à l’occasion du Grenelle de l’Environnement.

(6) Cf. son essai d’excellente facture, à haute teneur philosophique et poétique «Politique de Cassandre. Manifeste républicain pour une écologie radicale», Éditions Sang de la Terre, 1er trimestre 2009, 256 pages, 18,90 euros. Le chercheur, artiste et paysan charentais consacre notamment quelques pages au «concept schizophrénique» de «développement durable», une de ces coquecigrues conçues pour consolider, sous une terminologie light, les schèmes du productivisme effréné.

(7) «Grenelle de l’environnement: l’histoire d’un échec», Éditions Yves Michel, octobre 2010, 128 pages, 10 euros.

(8) Le 24 mars, une manifestation a réuni environ dix mille opposant(-e)s dans les rues de Nantes dont le maire, Jean-Marc Ayrault (PS) est favorable au projet.

(9) Dans «Destruction massive. Géopolitique de la faim», Le Seuil, octobre 2011, 352 pages, 20 €.

(10) 22% avant la tragédie au Japon. Le 30 juin 2011, le Bundestag avait approuvé à une très large majorité la décision de la coalition CDU/CSU/FDP d’arrêter les sept complexes les plus anciens, plus celui de Krümmel (non loin de Hambourg), constamment perclus de pannes. Les neuf unités restantes seront déconnectées au plus tard en 2022.

(11) Notre pays avait loupé à l’été 1981 le coche de l’indispensable mutation, parce que l’alliance socialo-communiste avait jeté à bas toutes les promesses de moratoire, de vaste consultation, de diversification des sources, de lutte contre les gaspillages. Je vous renvoie à mes nombreux articles afférents aux «atomes très crochus», lisibles sur divers sites web, mon papier au sommaire d’À contre-courant syndical et politique d’août 2011, mon long courrier inséré dans Politis du 22 décembre 2011 et celui, un peu plus concis, paru dans le mensuel Alternatives économiques de ce mois-ci.

(12) Le 13 août 1999, entra en vigueur la loi constitutionnelle pour une Autriche sans atome, interdisant la fabrication, le stockage, les tests, le transport d’armes nucléaires de même que l’édification de centrales.

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2012/03/28/le-desastreux-bilan-ecologique-du-sarkozysme/

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3 réflexions sur “le désastreux bilan écologique du sarkozysme”

  1. L’action de Sarko en matière d’écologie est un vrai désastre pour la France, car il a fait valoir les thèses calamiteuses du lobby écolo.

    Remarque des modérateurs à l’IP 2.4.8…
    N’utilisez pas des pseudos différents pour débiter insultes et provocations,
    par exemple celle-là que nous avons censurée : « Jancovici est un con ».
    Un tel « discours » ne fait pas avancer le débat démocratique.

  2. Il y a environ 1 an, une sondage indiquait que les Français pensaient à 51% qu’une des actions les plus positives de Nicolas SARKOZY l’avait été en faveur de l’écologie. Chapeau bas donc pour cette O.P.A.et ce discrédit jeté pour longtemps sur la véritable écologie. Mais les Français sont des veaux cupides, pas courageux, conditionnés depuis longtemps et cela, NS le sait….A peine capable de sentir qu’il se passe des choses importantes et parce qu’on les y aide (« il fait plus chaud plus longtemps durant l’année », « à quoi cela sert-il de toujours se dépêcher?) », ils sont bien incapables de relier les choses entre elles et de se rendre compte qu’ils sont piégés à l’intérieur d’un système productiviste. NS le sait: « de « je serai le Président du pouvoir d’achat » à « l’environnement ça commence à bien faire » (sous-entendu, » en période de crise ça coute cher et c’est le porte-monnaie des gens qui en pâtit »), il a fait croire que l’écologie c’est bien, mais uniquement lorsqu’on en a les moyens, c’est à dire en période de croissance, avec ce que veulent bien financer les capitalistes. Oh, à gauche ce n’est guère mieux: des Agendas 21 qui donnent bonne conscience au Système, aux élus locaux qui ont le pouvoir mais ne veulent pas dire certaines vérités aux gens et aux partis verts (« développer des technologies vertes OK, mais remettre en cause notre système de pensée, jamais), l’avenir est bien au carton-pâte, à l’inertie politique et à l’émotionnel médiatisé des catastrophes environnementales.

  3. Merci pour cet article qui a été très instructif pour moi, je vais essayer de trianguler mes sources pour pouvoir me faire ma propre opinion

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