Les malthusiens se rappellent du courage de Simone Veil

Simone Veil est morte fin juin 2017. Rappelons son combat pour l’avortement. Le MLAC (mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) était actif depuis avril 1973 et agissait pour changer la loi en pratiquant illégalement des avortements. Pas besoin d’aiguille à tricoter pour avorter, on appliquait la méthode par aspiration. Quelques mois plus tard, le 26 décembre 1974, s’ouvrent à l’Assemblée nationale des débats sur l’IVG (interruption volontaire de grossesse). Simone Veil, ministre de la santé, conduit les débats devant une assemblée d’hommes. Les détracteurs se succèdent : « Une nouvelle religion est née, son dieu s’appelle le Sexe ! Pour Satan, contraception et avortement sont les deux chapitres du même grand livre de la sexualité ! » ; « Le temps n’est pas loin où nous connaîtrons des avortoirs, des abattoirs parfaitement contraires à la mission la plus naturelle et la plus indispensable de la femme : donner la vie et non la mort. » Le Conseil de l’ordre des médecins exhorte à voter contre la loi, heureusement un médecin s’insurge : « Mille avortements clandestins sont pratiqués par jour, et chaque jour une femme en meurt. » La loi sur l’IVG sera adoptée par 277 voix contre 192, donnant aux femmes le droit de disposer de leur corps. Si l’avortement est bien l’échec de la contraception, la faute d’un couple, c’est aussi la responsabilité de la société ; on ne peut être malthusien que dans une société non répressive, ouverte à la contraception et à la réflexion.

Le combat est encore loin d’être terminé. Rappelons la diatribe récente du président de la Turquie : « L’égalité hommes-femmes est contraire à la nature humaine… Notre religion a défini un statut pour les femmes, la maternité… Notre parti AKP reviendra sur le droit à l’avortement et préconisera la mise au monde d’au moins trois enfants par femme. » Le planning familial salue ainsi la mémoire de Simone Veil : « Simone Veil n’a jamais transigé sur ce point fondamental : l’avortement est un choix qui doit appartenir aux femmes, et non aux médecins. (…) Le combat de Simone Veil demeure d’une brûlante actualité. Aujourd’hui encore, une femme meurt toutes les 9 minutes dans le monde des suites d’un avortement clandestin. Pourtant en France et en Europe, les opposants au droit de choisir s’organisent pour attaquer et entraver ce droit fondamental des femmes. » LE MONDE reprend un entretien de 2005* avec Simone Veil. Voici quelques extraits de la libre parole d’une femme admirable :

« Relisez les dispositions relatives à la contraception dans la loi de 1920. Interdiction était faite à quiconque, y compris aux médecins, de donner aux femmes le moindre conseil en matière de contraception, fût-ce sur la fameuse méthode Ogino ou sur la méthode des courbes de température. En Angleterre, en Suisse, aux Etats-Unis, on parlait depuis longtemps déjà des techniques de birth control. La pilule était inventée, l’idée d’une maîtrise et d’une planification des naissances faisait son chemin. Le président Valéry Giscard d’Estaing s’était prononcé clairement pour une libéralisation de l’avortement. Michel Poniatowski, mon prédécesseur au ministère de la santé, m’a parlé ainsi : « Il est urgent de légiférer, sinon vous risquez un beau matin de surprendre un avortement sauvage pratiqué dans votre propre bureau ! » (…) Je n’imaginais pas la haine que j’allais susciter, la monstruosité des propos de certains parlementaires ni leur grossièreté à mon égard. Une grossièreté inimaginable. Un langage de soudards. Il semble qu’en abordant ce type de sujets, et face à une femme, certains hommes usent spontanément d’un discours empreint de machisme et de vulgarité. Le pire, les propos du député Jean-Marie Daillet. Je crois qu’il ne connaissait pas mon histoire, mais le seul fait d’oser faire référence à l’extermination des juifs à propos de l’IVG était scandaleux. Le courrier abondant que je recevais contenait des dessins ignobles, des croix gammées et des propos antisémites. Laissez-les vivre avait organisé une vaste campagne. Et certains mouvements d’extrême droite en ont profité. En définitive, ces excès m’ont servie. Car certains indécis ou opposants modérés ont été horrifiés par l’outrance de plusieurs interventions, odieuses, déplacées, donc totalement contre-productives. Notons que l’argument nataliste était erroné puisque les études montrent une absence de lien entre législation sur l’avortement et natalité. Le taux de natalité en France a été très faible entre les deux guerres alors que la législation était très répressive. A 3 h 40, le texte était voté par 284 voix contre 189. Je suis rentrée chez moi en traversant la place du Palais-Bourbon où des égreneurs de chapelets m’attendaient pour me couvrir d’insultes… » Les malthusiens saluent le courage d’une forte personnalité qui a combattu pour le libre contrôle des naissances par les personnes concernées au premier chef.

* LE MONDE 21 mars 2005, Simone Veil raconte la loi sur l’avortement

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1 réflexion sur “Les malthusiens se rappellent du courage de Simone Veil”

  1. C’est certain, Simone Veil aura été une grande Dame. (dire grande femme prêterait à confusion). Elle a eu le courage d’affronter les réactionnaires à l’esprit sclérosé par les vieilles idées. Bien entendu elle restera celle qui fit avancer la cause des femmes. Rappelons que c’est d’abord dans un intérêt de santé publique (envers les femmes évidemment) qu’elle a voulu mettre un terme à cette énorme hypocrisie.
    Le combat aujourd’hui pour l’euthanasie (nommée hypocritement « mort médicalement assistée») est du même ordre. Il s’agit là, avant tout d’une question de dignité humaine. (hélas, tout ça est subjectif). Il n’empêche, que l’on soit homme, femme ou « autre » … une volonté toujours plus forte se fait entendre : disposer librement de son corps pour mourir, naturellement ou pas (MMA).
    Pour les femmes, cette volonté s’étant à disposer librement de leur corps, pour ne pas enfanter (IVG) … mais aussi pour enfanter comme bon leur semble, naturellement ou pas (PMA).
    Il me semble qu’il y a un gros paradoxe à ne voir le sujet que sous un seul angle.

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