Nicolas Hulot et la condition animale

Les extraits suivants ont été publiés dans le livre de Michel Sourrouille paru en octobre 2018, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir ». Mieux vaut rendre la pensée de Nicolas Hulot publique, la libre circulation des idées écolos contribue à la formation de notre intelligence collective…

Janvier 2018, lors de mes vœux à la presse. J’ai décidé de réfléchir cette année à un sujet qu’on reporte régulièrement au prétexte qu’il est un peu « touchy », celui de la condition animale, qui est un sujet de civilisation. J’ai convié à cette réflexion la présidente de la FNSEA, ainsi que les chasseurs. J’estime que l’animal a une conscience et je souhaite conduire bientôt une grande réflexion sur la condition animale avec le ministre de l’agriculture. Je suis convaincu que les mentalités ont énormément évolué sur ce sujet, et c’est un indice de civilisation. Ces questions convoquent souvent de vieilles traditions. On peut les aborder sans stigmatiser personne, mais on ne peut plus les occulter. Il faut reconnaître que l’homme sait aussi vous donner la nausée tant parfois il excelle dans l’indifférence, l’ignorance, la cupidité, la vanité, la lâcheté, la cruauté. Les élevages intensifs d’animaux sous l’effet d’une mode, où les bêtes croupissent lorsque celle-ci est passée, sont inadmissibles. Combien de huskies ont grandi dans des vitrines minuscules. Les murs épais des laboratoires cosmétiques qui dissimulent le martyre d’animaux innocents me donne la nausée. Que pour satisfaire quelques coquetteries futiles on se fasse tortionnaire illustre le peu de cas que notre société fait de la condition animale. Concernant la chasse ou les abattoirs, j’appelle à limiter au maximum la souffrance de l’animal. Dans le programme du présidentiable Macron, il était écrit : « Pour le bien-être animal, nous prendrons notamment l’engagement d’interdire d’ici 2022 de vendre des œufs de poules élevées en batterie. » Il n’y avait pas grand-chose d’autre !

Si vous me demandez mon sentiment sur l’utilisation des animaux sauvages dans les cirques, évidemment ça ne me plaît pas. Le mouvement contre la présence d’animaux sauvages dans les cirques prend de l’ampleur. Les 2 000 animaux sauvages détenus en France dans les cirques présentent des troubles du comportement et des souffrances chroniques. Le plus choquant, c’est que cette activité a pour fin le divertissement. On fait des animaux des produits de consommation.  J’ai de l’estime pour les gens du cirque, mais je sais combien les prouesses des animaux sont le fruit de privations et parfois de sévices. Rien de plus désolant, l’été, que ces bêtes en cage étroite, agglutinés et exposés au regard de promeneurs distraits. J’ai en horreur ceux qui privent l’animal de liberté à des seules fins mercantiles. Mais ma nomination en tant que ministre fut au début un grand espoir déçu pour Brigitte Bardot. En juin 2017, le maire du Luc se battait pour empêcher l’installation d’un cirque avec animaux sauvages sur son sol. Elle m’appelle par téléphone, je lui réponds : « Je suis ministre, mais je ne sais pas ce que je peux faire. » Début août 2017 sur France Inter, j’ai déclaré en tant que ministre de la transition écologique et solidaire ne pas être favorable à la captivité des animaux, pas favorable à l’idée que l’on fasse du spectacle avec cette activité-là. « Artistes à quatre pattes » pour les uns, « êtres emprisonnés et brisés » pour les autres. Mais je préfère mener une réflexion globale plutôt que de l’interdire d’un coup. Le gouvernement a créé par décret une commission consultative interministérielle afin d’organiser une concertation permanente entre les cirques, les ministères concernés (culture, intérieur, transition écologique, agriculture) et les élus. Dans le monde, 27 pays ont totalement interdit les cirques avec animaux (parmi lesquels l’Autriche, la Belgique, la Grèce, l’Inde, le Pérou, la Slovaquie et la Suède) et 16 partiellement (dont l’Allemagne, l’Australie et le Canada)

L’animal n’a plus le temps de s’adapter aux modifications de son environnement. Son univers a trop vite évolué en moins d’un siècle pour que ses gènes conditionnent de nouveaux réflexes. De toute façon, l’homme, dans son développement, ne les prend pas en compte. S’échapper, pour les animaux, c’est s’exposer à des projectiles monstrueux lancés sur toutes les routes. Partout dans le monde, en modifiant le paysage, l’humanité dans son expansion fait fi de la condition animale.

Lire aussi, Condition animale, maigre avancée de la loi

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4 réflexions sur “Nicolas Hulot et la condition animale”

  1. Emmanuel Macron, c’est « je dis une chose ET je ferai l’inverse ». En 2017, durant sa campagne présidentielle, il avait fait la promesse qu’il n’y aurait plus dans les commerces « d’œufs de poules pondeuses en batterie »,. A quelques mois de la fin de son mandat, le gouvernement ne s’est toujours pas engagé sur une date butoir pour une sortie des cages.
    Pire, un décret du 15 décembre 2021 trahit la disposition de la loi agriculture et alimentation (Egalim, 2018), qui prévoyait l’interdiction de construire de nouveaux bâtiments d’élevage de poules pondeuses en cage, ou de « réaménager » les bâtiments : seuls sont concernés par l’interdiction les travaux qui conduiraient à agrandir l’exploitation.

    1. Certes ce serait déjà ça, mais pourquoi seulement les poules pondeuses ? L’élevage des lapins en batterie est tout aussi scandaleux et pourtant on n’en parle pas. Et d’une manière générale tous les élevages d’animaux en batterie devraient être interdits. Quant aux promesses non tenues de Macron, en cette période de campagne ça vaudrait le coup d’en faire une liste, voire un article. Et comme l’écologie passe par la finance, le social etc. la liste sera longue.

  2. L’un des composants essentiels de ce problème est que nous occupons tous les territoires du fait de notre propre expansion. A 8 milliards il est tout simplement impossible de protéger les animaux, quelles que soient nos bonnes volontés par ailleurs, nous ne leur laissons pas de place.
    Les animaux sont comme le reste de la nature, ils n’ont besoin que d’une seule chose, qu’on leur laisse de l’espace et du temps, c’est à dire que nous partagions le monde, que nous soyons tout simplement beaucoup moins nombreux.
    Nicolas Hulot l’a certainement compris, que ne l’a-t-il dit plus directement ? Pourquoi n’a t-il pas rejoint l’association Démographie Responsable ? Nous partageons le même but, protéger, respecter, admirer la nature.

    1. – « … nous ne leur laissons pas de place. »
      Pas chez moi en tous cas. Quand Madame et le chien sont sur le canapé c’est moi qui n’ait plus de place. Et si je veux le virer, Monsieur me montre les dents. Je n’ai plus alors qu’à m’asseoir sur une chaise et c’est insupportable ! Je vais d’ailleurs mettre l’assos « Stop hommes battus » sur cette affaire et vous allez voir que ça va faire la Une.

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