Alan Weisman

Le site biosphere répertorie un grand nombre de livres dans sa rubrique « Bibliothèque de la Biosphère ». La plupart sont résumés, on peut y accéder en cliquant sur le titre d’un livre dans http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=6&Itemid=54.

Voici par exemple la quintessence du livre Homo disparitus d’Alan Weisman :

 

Après les dinosaures, l’extinction de l’espèce humaine ! C’est alors que les réseaux péniblement entretenus par des myriades d’humains se briseraient rapidement, les canalisations d’eau exploseraient avec le gel, les métros souterrains seraient envahis par les eaux, les barrages et canaux engorgés de vase déborderaient, la végétation recouvrirait le bitume et le béton, tout ce qui fait les routes et les villes, les maisons et les usines disparaîtraient du regard. Ce processus ne prendrait que quelques centaines d’années. Mais les métaux lourds comme le plomb, le mercure ou le cadmium mettraient des millénaires à être recyclés et la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère ne retrouverait des niveaux pré-humains que dans au moins 100 000 ans. Il faudra même attendre que les processus géologiques refaçonnent la surface de la Terre pour que soit anéanti le plastique de la poupée Barbie.

 

La lecture du livre d’Alan Weisman incite parfois à penser que le pire aurait, pour la Biosphère, la couleur du meilleur… D’autant plus qu’Alan se situe clairement du côté de l’écologie profonde, les bons sont ceux qui viennent restaurer l’harmonie et hâter la régénération de la nature : «  Nous tous, humains, sommes redevables à d’innombrables espèces. Sans elles, nous n’existerions pas. C’est aussi simple que cela, et nous ne pouvons pas plus nous permettre de les ignorer que je ne peux me permettre de négliger ma précieuse femme – ou notre mère la Terre qui nous enfante et nous garde tous. Sans nous la Terre continuera malgré tout d’exister ; sans elle, nous, nous n’existerions même pas » (p.361)

 

Alain Gras

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Voici par exemple la quintessence du livre d’Alain Gras, Le choix du feu (chez Fayard)

 

Voici un résumé de l’idée générale du livre Le choix du feu. Alain Gras démontre à la perfection que si la Biosphère va mal, c’est à cause de l’utilisation forcenée par l’espèce humaine de la puissance du feu : l’agriculture est devenue un chaudron, l’alimentation fournit des calories en trop, les voitures correspondent au feu dans le moteur, sans oublier la bouilloire nucléaire et l’eau esclave du  feu ; même la croissance démographique a un coût énergétique majeur.

 

L’humanité avait vécu jusqu’au XIXe siècle dans un usage relativement équilibré des sources naturelles d’énergie. A un moment donné, l’Occident est sorti de cet équilibre, certes un équilibre instable, mais qui jusque là avait fonctionné comme principe de précaution, un principe implicite dans toutes les civilisations. Nous avons ainsi rompu un pacte avec la nature, un pacte qui n’était pas du tout synonyme de technophobie, comme aiment à le dire les ennemis des écologistes, mais qui au contraire laissait ouverte de multiples voies au devenir mécanique. Le choix « vapeur-chaleur » qui a été fait il y a un siècle et demi à peine allait fermer toutes les ouvertures qu’offrait l’usage des énergies renouvelables. Pourquoi l’électricité n’aurait-elle pu être produite dès le début par le vent ou le soleil ? La réaction photovoltaïque n’a-t-elle pas été découverte dès 1839 par Antoine Becquerel ? Loin d’être la conséquence d’une évolution technique, la machine à vapeur, puis à explosion, n’est qu’un hasard du devenir. Mais c’est un évènement qui crée une trajectoire technologique, celle du feu mis à la planète. L’éventualité d’affrontements cataclysmiques justifie largement la recherche, même utopique, d’une localisation des sources d’énergie et l’abandon, dans la mesure du possible, de la puissance motrice du feu.

 

Les énergies naturelles imposent des limites, elles contraignent à la prise en compte d’éléments extérieurs à la volonté de l’homme : le vent parce qu’il est instable, le bois parce qu’il se reproduit lentement, l’eau parce qu’elle délivre sa force sur des lieux précis. Le  feu de l’énergie fossile débloque ce verrouillage. Alors que les autres éléments se perçoivent dans la durée et la continuité, le feu est discontinu, il doit être produit, entretenu. Alors que le vent pousse, l’eau entraîne, la terre fait croître la plante, le pouvoir du feu passe par sa capacité à réduire en cendres, c’est-à-dire à faire retourner au néant ce qui existait avant sous forme de substance. Mais la volonté de domination des forces de la nature est un fait historique, c’est-à-dire provisoire.  Il n’y a pas d’évolution programmée.

 

Le rôle de l’industrie textile dans la révolution industrielle est considéré comme décisif car le « factory system » a permis l’expérimentation de nouvelles formes de travail et diffusé un nouveau mode de consommation en faisant baisser fortement les prix. Mais à l’époque des grands progrès des métiers à tisser, à la fin du XVIIIe siècle, était-il plus efficace de multiplier la production de tissus de coton par dix en créant une société de miséreux, ou bien de laisser évoluer le tissage artisanal à petits cadres ? L’efficacité est une réponse purement idéologique qui correspond aux intérêts des puissants du moment. En termes contemporains, ce sont les lobbies qui définissent l’efficacité. Les inventeurs de l’amélioration de la productivité par la mécanisation, l’organisation « rationnelle » du travail (autrement dit la militarisation du processus productif) et l’utilisation de l’énergie thermique (Arkwrigth, Hargreaves, Crompton, Watt, etc.) sont tous des protestants puritains originaires des Midlands ou d’Ecosse. Ainsi, c’est un territoire minuscule par rapport à la surface de la planète qui va engendrer la bifurcation de l’histoire des techniques vers la machine à feu. En 1800, les 10 millions de tonnes de charbon consommés par le monde le sont presque entièrement en Grande-Bretagne. Au milieu du XIXe siècle, on consommera en Amérique du Nord moins de trois millions de tonnes par an.

 

Mais un événement majeur, extérieur à l’histoire des techniques, la Grande Guerre, va permettre l’essor de l’industrie américain qui, depuis 1859, avait découvert une nouvelle énergie fossile, le pétrole. L’industrie a introduit ce nouveau carburant dans les mœurs, d’abord très modestement avec la lampe à éclairage, puis brutalement avec le moteur à explosion. Ce moteur sortira grand vainqueur du premier conflit mondial grâce aux camions et aux avions. La chaleur de l’explosion remplacera ainsi, peu à peu, celle de la vapeur. Sans le concours de l’énergie fossile, le capitalisme aurait peut-être survécu, mais sous des traits différents de celui d’aujourd’hui ; la question écologique ne se poserait pas du tout avec la même acuité ! Même le socialisme utopique avait abandonné, après la victoire de la vapeur, la contestation de la machine et ouvert la voie à la conception de la « neutralité » de la technique, slogan que Lénine portera au plus haut point d’aveuglement : « Le communisme, c’est l’électricité plus les soviets. »

 

En conclusion, Alain Gras fait référence à Andreu Sole : « Avec des exemples autant ethnologiques que contemporains, cet auteur analyse la manière dont chaque société imagine ses limites et pense le changement comme impossible. » Une des principales tâches d’une pensée libre consiste donc à donner du sens aux événements. Alain Gras a essayé d’ajouter un élément-clé dans la compréhension du processus social, l’idolâtrie du feu. La société thermo-industrielle entretient une dynamique fondée sur l’idée de croissance et sur un dispositif technique centré sur l’usage immodéré de la chaleur comme source de puissance. Le réchauffement climatique se trouve évidemment en arrière-plan de ce récit. La maison brûle, c’est une réalité indéniable. Ce livre n’est qu’un avertisseur d’incendie. Une remise en cause des fondements de notre existence matérielle est inévitable, tout le confort contemporain étant fondé sur la puissance du feu. Il existe une solution que de plus en plus de penseurs critiques proposent : la décroissance. Il faut rechercher systématiquement les moyens de diminuer notre dépendance thermique ; la plus grande part de la responsabilité n’incombe pas directement à la machine, mais à l’organisation sociale qui l’accompagne.

 

Les problèmes posés par les réseaux qui ne cessent de s’étendre ne sont pas nouveaux. Non seulement l’empire romain avait épuisé les sols de sa périphérie, mais aussi ceux de l’Egypte, de la Tunisie et même de la Gaulle, pour nourrir sa population urbaine. L’effondrement de Rome fut d’abord un effondrement des villes, de l’approvisionnement, des transports, de la sécurité. La migration se fit très vite des villes vers les campagnes. Après la chute de Rome, au Ve siècle après Jésus-Christ, les paysans du nord de la France firent naître des petites communautés à la place des villas des nobles gallo-romains. Ils connurent un changement de mode de vie, sans doute pas désagréable. Ce n’était pas un retour en arrière mais simplement un aller-ailleurs, et cela dura jusqu’aux Carolingiens et l’invention du vassal et du suzerain.

 

Aujourd’hui un autre monde auparavant impossible se crée ; la décroissance est un des ces impossibles nécessaires.

Ph. Saint Marc

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Voici par exemple la quintessence d’un livre de Philippe Saint Marc, publié en 1971, qui montre que les prophètes ne sont jamais écoutés !

« Voici maintenant rompue la vieille alliance de la Genèse entre l’homme et la création et surgit, toute proche, la menace de l’Apocalypse. La crise de civilisation est désormais ouverte par la dilapidation des richesses naturelles. C’est une étape nouvelle – et sans doute la dernière – dans les relations de l’Humanité avec la Nature. Nous sommes maintenant entrés dans l’âge de la Nature, nouvelle époque où la rareté et la fragilité de l’espace naturel deviennent un problème dramatique pour l’avenir de l’homme et sa survie. C’est un tournant historique dans les relations d’affrontement entre ces deux systèmes vivants : le monde de l’homme et celui de la Nature. Il ne s’agit plus aujourd’hui de protéger l’homme contre la Nature mais la Nature contre l’homme, contre le débordement de puissance et de vitalité de l’espèce humaine, afin qu’elle n’en vienne pas, en détruisant la Nature, à se détruire elle-même.

Ce serait une étrange erreur que penser conserver la Nature en maintenant inchangé le système économique qui la détruit. Matérialisme, libéralisme, urbanisation aggravent en effet considérablement la pénurie de Nature résultat de l’encombrement de l’espace par la croissance démographique et économique. Tant que notre civilisation matérialiste donnera au milieu naturel une grande valeur lorsqu’il est détruit, une valeur faible ou nulle lorsqu’il est sauvegardé, comment s’étonner qu’il disparaisse ? La seule réponse, la clef de voûte de cette construction nouvelle est la socialisation de la Nature. Ce serait reconnaître qu’elle est le bien commun universel, qu’elle doit être ouverte à tous et que son maintien est une mission de service public. D’où la nécessité d’affecter une forte part du Revenu National à un « budget de la Nature » et d’en faire supporter le poids principal aux responsables des nuisances : les pollueurs doivent être les payeurs. Cette civilisation nouvelle devra donner la primauté aux biens immatériels sur les biens matériels, au socialisme sur le libéralisme, à la ruralisation sur l’urbanisation. 

L’indépendance des Etats est bien souvent un masque derrière lequel s’abritent les compagnies industrielles, commerciales, financières qui les ont colonisés. Nous sommes citoyens du monde. L’espace est un, commune est notre Terre. Vents, courants marins, nappes phréatiques, bassins fluviaux ignorent les frontières et tissent une solidarité écologique des territoires nationaux. Au-delà des nationalismes qui traînent leur bric-à-brac de ferraille guerrière et de haines sanglantes, sauver l’homme en sauvant la Nature est une entreprise qui peut rassembler dans une communauté d’action les hommes de toutes les races et de toutes les idéologies. Rétablir l’amitié de l’homme avec la Nature et par là même ouvrir la voie à une amitié nouvelle entre les peuples, n’est-ce pas la source d’une fraternité universelle par un idéal commun ? Aussi noble que concret, ce but  rapproche les savants autant que les industriels, les artistes autant que les juristes. »

 La socialisation de la nature (éditions Stock)

du GEO.4 au Grenelle

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement vient de publier (Le Monde du 28-29 octobre) son 4ème rapport Global Environment Outlook. Selon cet organisme, notre société n’affronte pas des crises séparées, la « crise environnementale », la « crise du développement », et la « crise de l’énergie » ne font qu’une. Cette crise n’inclut pas uniquement le changement climatique, les taux d’extinction de la biodiversité et des ressources naturelles (selon l’EWG, la moitié des réserves pétrolières seraient déjà épuisées, le Monde du 27 octobre 2007), mais bien d’autres problèmes liés à la croissance de la population, à la hausse de la consommation des riches et au désespoir des pauvres.

            Le Grenelle de l’environnement n’est donc pas une fin en soi, mais le début d’une révolution qui va modifier tous nos modes de vie et de pensée. Les politiques qui n’ont pas compris cela ne doivent pas être élus, les économistes qui continuent de propager l’idéologie de la croissance doivent être condamnés. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

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Grenelle-citoyen

Comment mettre le citoyen au centre d’une politique environnementale ? Tel était l’enjeu en France du Grenelle de l’environnement. On propose d’institutionnaliser les associations écologiques en leur donnant des sièges au Conseil économique et social. Mais certains pensent à juste titre que la parole des experts est insuffisante, mieux vaudrait instaurer des conférences citoyenne dites « de consensus » comme cela se pratique dans les pays scandinaves. La France a  tenté une seule fois l’expérience en 1998, sur les organismes génétiquement modifiés, mais sans la mener à terme. Pour arriver à un consensus, il faut pendant des semaines prendre en charge (hôtel, revenu de substitution…) quelques citoyens afin qu’ils puissent formuler un avis en prenant en compte tous les paramètres possibles. Mais cela présuppose aussi que leur avis aura force de loi, que les politiques s’empresseront d’entériner une décision qui fasse la synthèse entre tous les arguments, que les lobbies agro-industriels ne tentent pas de dénaturer le processus de décision, que l’ensemble des citoyens acceptent la mise en application d’une politique définie par quelques-uns seulement…

 

La révolution écologique a encore un long chemin à parcourir, chemin jalonné par des catastrophes multiples dans une Biosphère qui a été trop dénaturée par notre société thermo-industrielle. 

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greenwashing 2

Lemonde du 20 novembre 2007 met en titre haut de page « Plus écologiques, ces voitures offriront de nombreux services ». Mais dans le beau schéma qui présente la future Peugeot Expert Tepee, point d’écologie ! On ne parle que d’écran 20 pouces, de télécommande de la Carbox et autre gadgets électroniques. L’article en dessous nous présente tous ces taxis à haute technologie qui permettront demain d’endurer des embouteillages « qui ne vont pas disparaître ». Il faut attendre la fin de l’article pour qu’on nous présente des motorisations hybrides dont la Peugeot Expert Tepee n’a pas l’air d’être dotée. C’est avec des imprécisions de ce type que Lemonde peut induire ses lecteurs en erreur : pourquoi se préoccuper du monde présent puisque demain tout deviendra écolo en diable, espace et confort en prime.

 La biosphère nous signale cependant que le pic pétrolier, c’est en ce moment, que le baril de pétrole sera un jour prochain inaccessible pour le transport individuel et que si embouteillages il y a, ils se feront en vélo. Il n’y a pas de moteurs « propres » (expression employée 4 fois dans la dernière colonne), il ne s’agit que de greenwashing entrepreneurial.

Grenelle/entreprises

Lors du Grenelle de l’environnement, les représentants du monde de l’entreprise ont senti le vent du boulet et sont restés sur la défensive. Ainsi Marc-Antoine Troletti, président de la fédération régionale (Normandie) des travaux publics : « Ce débat suscite chez nous la crainte que le monde de l’entreprise soit marginalisé. »

 

La pensée dominante pense que l’entreprise permet d’économiser les coûts de transaction, mais presque personne ne considère vraiment les externalités négatives, celles qui ne sont pas supportés par l’entreprise. Alors l’entreprise entraîne ses travailleurs, ses clients et les réseaux de distribution dans une course folle vers nulle part, mais surtout elle met en péril l’équilibre de la Biosphère. Le niveau de pression des entreprises sur le biotope (épuisement des ressources, perte de la biodiversité, accumulation des déchets…) est à un tel niveau que plus rien n’est maîtrisé si ce n’est dans l’urgence et le court terme. Alors les risques ne se partagent plus, ils s’additionnent et la gestion devient trop complexe. L’Etat ne fait que retarder l’inéluctable, il réglemente la gestion des risques sociaux, élimine une part de l’imprévisible, essaye de réguler les marchés.

 

La solution essentielle consiste à témoigner de la non-pérennité de l’entreprise elle-même. L’entreprise écologiquement propre, c’est l’entreprise qui disparaît ou qui reste artisanale.

 

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greenwashing

La Biosphère décerne une médaille en or à Pierre Bacher qui,  dans le courrier des lecteur Lemonde du 20 novembre, montre que la BMW Hydrogen 7, c’est du pipeau (pardon à la petite flûte à six trous pour cette expression toute faite) en ce qui concerne sa performance écologique.

 La Biosphère donne une mention spéciale au journal Lemonde qui accepte que le même Pierre Bacher parle de la complicité du Monde avec cette firme BMW qui se peint en vert. Un délinquant qui accepte de reconnaître sa faute est déjà sur la voie du salut…

David Korten

Un résumé de la pensée de David Korten, auteur de Quand les multinationales mènent le monde :

 

« Ceux qui dirigent des entreprises occupent souvent les avant-postes de la destruction de l’environnement. Mais les primes et la structure juridique des entreprises leur laisse peu de place pour appliquer des critères éthiques dans leur prise de décision.. Les patrons de sociétés sont pris au piège du marché qui les oblige, s’ils veulent récolter des fonds d’investissement suffisants, à assurer aux investisseurs des profits aussi importants que ceux engendrés par la spéculation boursière. En effet la valeur des titres dépend de l’évolution du cours de l’action, ce qui incite puissamment le président de l’entreprise à faire porter exclusivement ses efforts sur la maximisation à court terme des dividendes servis à ses actionnaires. Ceux qui occupent les sommets du système exploitent ce dernier à leur avantage. Et pourtant, à bien des égards, on peut aussi les considérer comme de simples employés, certes bien rémunérés, d’un système qui sert ses objectifs propres sans aucun égard pour les intérêts des êtres humains. Prenons un exemple. Pendant des années, la Pacific Lumber Company a fait office de pionnière en s’engageant, sur ses exploitations de vieux séquoias en Californie, dans le développement de pratiques d’abattage des arbres viables et durables. Mais elle est aussi devenue une cible de choix, car le système financier, qui privilégie les profits à court terme, a surtout estimé qu’il fallait mettre un terme à cette politique jugée inefficace. Le raider Charles Gurwitz en a pris le contrôle et a immédiatement doublé le taux d’abattage d’arbres millénaires, creusant en plein milieu de la forêt un corridor large de deux mille cinq cents mètres qu’il a cyniquement baptisé « piste d’études de la faune et de la flore ». Je nourris assez peu d’espoir sur l’avenir, les forces motrices du changement ne se trouveront pas dans les rangs de ceux qui détiennent le pouvoir au sein du système actuel. Le changement naîtra parmi les individus qui possèdent la liberté et la distance nécessaire pour réfléchir. »

 

La Biosphère en déduit que l’action des humains responsables ne sera efficace que si elle est sauvage, durable, menée avec l’énergie du désespoir, comme un combat où on sait qu’on perdra à court terme, mais dans lequel on est sûr que l’avenir nous donnera raison.

 

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Quel Monde voulons-nous ?

Pour l’éditorial du journal Lemonde du 18-19 novembre 2007, tout parait simple : « Informer sur les faits ne pose que des problèmes techniques : il faut confronter les sources , vérifier les chiffres, fournir les indications les plus récentes et les plus complètes possible. En revanche, donner à tous ceux qui sont concernés des possibilités égales d’exposer leurs arguments est délicat. » Mais les faits par eux-mêmes relèvent déjà d’un parti pris conscient ou inconscient qui structure l’opinion du lecteur. Prenons un exemple tiré du même numéro, l’Opep refuse d’être tenue responsable de la flambée du baril. Bien sût les faits sont incontestables, les chefs d’Etat de l’Opep se réunissent à Riyad pour le troisième sommet depuis la création du cartel pétrolier à Bagdad en 1960. Mais le choix des citations impose une vision des choses, un article de journaliste est toujours un commentaire personnel.

Selon le ministre algérien du pétrole, « Il y a assez de pétrole sur le marché, d’autant qu’on assiste à un fléchissement de la demande ». Cette assertion est reprise plus loin, « A quoi sert de pomper plus si personne n’est là pour acheter ».  Equilibre entre l’offre et la demande, il n’y aurait donc pour les producteurs aucune raison que le baril dépasse la barre symbolique de 100 dollars, si ce n’est la spéculation ou l’affaiblissement du dollar ! Cette vision à court terme est inféodée au jeu « libre » du marché, elle ne tient aucunement compte de l’épuisement des ressources fossiles et du prochain pic pétrolier, autant dire que le lecteur ne peut avoir clairement en vue toute la problématique conjoncturel/structurel ! Demain il est vrai nous serons tous morts, mais autant mourir en toute connaissance des choses…

Pour le journaliste, il s’agit d’une réunion hautement politique dont l’ordre du jour reprend aussi bien la défense des intérêts producteurs que l’aide aux pays pauvres. Mais de son côté le secrétaire général de l’Opep rappelle à ceux qui, comme Hugo Chavez, veulent en faire une arme à visée géopolitique que l’Opep est une organisation non politique… Alors que, selon le journaliste lui-même, la naissance du cartel fut certes politique, mais n’a pas été conçu comme une arme contre l’Occident. Alors, politique ou pas politique, comment s’y reconnaître ? Il faut découvrir par une lecture attentive dans l’article que l’Arabie Saoudite, maître des variations de l’offre, est inféodé aux intérêts occidentaux, et principalement ceux des Etats-Unis. Pauvre de nous, comme le lecteur moyen peut-il s’y reconnaître ?

De plus, un article particulier se lit toujours dans un contexte général. Sur la page de droite du journal Lemonde, toujours à la rubrique « Economie&Entreprises », un  panégyrique sur l’industrie automobile qui rivalise d’annonces environnementales à Shanghai, voitures, scooters et vélos électriques, pile à combustible, la prochaine Logan de Renault très propre à 97 grammes de CO2 par kilomètre. Et juste en dessous, un autre article sur la fabrication d’un 4×4 en Corée du Sud par la même ex régie-Renault, on ne nous donne pas de chiffres sur l’émission de CO! Ce n’est pas avec une telle avalanche d’informations contradictoires que le lecteur peut se rendre compte que le règne de la bagnole est bientôt terminé ; bientôt nous manquerons de pétrole et l’énergie de substitution performante n’a pas encore été trouvée !

Ajoutons pour clore ce chapitre sur les contradictions humaines que, six pages plus loin dans Lemonde, nos futurs (rubrique Futurs) s’annoncent radieux : l’énergie solaire produite dans le désert africain pourra (« pourrait » dans le texte) satisfaire 25 % des besoins européens en 2050. Nous savons tous que Lemonde n’est pas un journal écolo, mais on comprend aussi pourquoi les comportements vers un mode de vie plus sobre ne pourra se faire que dans la douleur : notre conscience des faits n’est pas du tout préparée à des futurs qui déchantent…

Susan George

Résumé de la pensée de Susan George, une personnalité de l’association Attac-France :

 

« Les économistes voient dans l’économie un système total auquel tout est subordonné, y compris la nature. Or quiconque ayant des connaissances en matière d’analyse de systèmes sait que les règles d’un sous-système ne peuvent régir celles du système auquel il appartient. C’est sans doute pourquoi il est si difficile de convaincre la plupart des économistes qui ne peuvent admettre que la biosphère est le système total dont l’économie humaine n’est qu’un sous-système. Pour les économistes, l’espace naturel est réduit à une source de matières premières et à un site où l’on rejette les déchets. De plus le temps du marché est à l’opposé du temps naturel, on ne peut accélérer la nature. Dans le marché, le rapide dévore le lent, on fait agir plus vite la force de travail, on fait croître plus vite plantes et animaux. Les économistes ne croient pas aux limites naturelles. Leur solution serait davantage de croissance économique, mais plus nous devenons riches, plus nous devons consacrer de ressources à la remise en état du milieu et de son nettoyage. La croissance n’est donc pas la solution, elle est le problème.

 

L’écologie place la coopération entre les individus et la nature au centre de nos choix. L’approche selon laquelle l’économie globale se fonde sur la guerre de tous contre tous ne peut que conduire à un désastre collectif. Nous sommes échoués entre un passé vers lequel nous ne pouvons retourner et un avenir fondé sur les règles brutales et sinistres de l’accumulation maximale de marchandises. La réponse n’est pas de courir au plus vite vers cet avenir effrayant, mais de s’arrêter. Reste la question cruciale : comment mettre un terme à la destruction écologique et arrêter ceux qui, actuellement, en sont les principaux responsables ? Pour cela, il ne faudra pas moins que ce que les idéalistes naïfs et les utopistes ont toujours appelé une révolution. »

 

Les politiques qui ne comprennent pas cette analyse ne doivent pas être élus, les économistes qui continuent de propager l’idéologie de la croissance doivent être condamnés.

 

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L’après-Grenelle

Question à Roland Lehoucq, astrophysicien : Quelle avancée attendez-vous d’une nouvelle politique écologique de la France ?

 

Réponse : « La prise en compte systématique, dans chaque décision politique, d’un fait incontournable : la Terre est un système fini dont notre croissance exponentielle nous fait atteindre les limites beaucoup plus vite que nous l’imaginons. L’humanité est dans la situation d’une colonie de bactéries en culture dont la population et les besoins doublent régulièrement. Insouciante, elle s’imagine que tout va pour le mieux, au prétexte qu’elle n’occupe qu’une faible fraction de la surface de sa boîte. En réalité, dès que la colonie en occupe un huitième, seulement trois temps de doublement lui suffisent pour saturer son espace vital.

 

Aujourd’hui, l’humanité double sa consommation d’énergie tous les trente-cinq ans environ. Son activité rivalise même avec les forces de la nature. Mais le compte à rebours commencé au début de l’ère industrielle est en train de s’achever. Pour que l’expérience humaine perdure, il faut prendre conscience de notre situation et agir en conséquence. Nous n’aurons pas raison contre les lois de la nature. »

 

Pour cet astrophysicien, le Grenelle de l’environnement n’est donc pas allé assez loin. Puisse tous les citoyens, élus ou non, raisonner comme ce valeureux défenseur de la Biosphère !

 

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dette écologique

Au Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio en 1992, la plupart des pays pauvres de la planète ont signé la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Cette convention prenait l’année 1990 comme « année zéro », autrement dit cela signifiait que l’on ne ferait aucune reconstitution du patrimoine des réserves mondiales de combustibles fossiles pillées auparavant depuis des décennies. Donc, d’un trait de plume, on effaçait la dette écologique des pays riches. Les Etats-Unis se comportent comme un fils prodigue de famille aristocratique, dilapidant en égoïste le legs familial, sans se soucier des effets sur le reste de la collectivité. Pourtant, du point de vue de la logique et de l’équité, le fait de puiser davantage que sa part de ressources naturelles au sein d’un écosystème à l’équilibre délicat crée une dette écologique. Rien que pour donner la mesure des inégalités actuelles, rappelons qu’entre le repas du soir pour le Nouvel An et le 2 janvier, une famille américaine aura déjà consommé, par personne, l’équivalent en combustible fossiles des besoins d’une famille tanzanienne pour toute l’année !

 

Après avoir généreusement annulé, en 1992, leur créance en charbon et hydrocarbures, les pauvres ont été payé en retour par une décennie de promesses non tenues sur le plan de l’aide au développement. A moins que les riches ne s’acquittent de leur dette écologique, il ne s’écoulera guère de temps avant que les huissiers du climat ne frappent à toutes nos portes. (dixit Andrew Simms, un des directeurs de la New economics foundation de Londres)

 

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prémonition 2

Missive au courrier des lecteurs (Lemonde, 17 mars 2005) : Bientôt un baril hors de prix

             Pendant des années, les « spécialistes » du pétrole  nous ont répété que le pétrole devait rester en dessous de 30 dollars le baril. Il est vrai que l’entente tacite entre occidentaux et Emirats avaient fixé une fourchette de fluctuation entre 22 et 28 dollars (le Monde du 9 mars) dans l’intérêt bien compris des consommateurs et des producteurs. Il est vrai qu’on nous explique encore aujourd’hui que le marché est bien approvisionné et qu’un renchérissement des cours pénaliserait les pays en voie de développement.

Les « spécialistes » et même l’Agence internationale de l’énergie nous endorment ainsi de paroles illusoires depuis trop longtemps alors que les réserves de pétrole ne peuvent durer beaucoup plus de quarante années (2050, c’est demain) et que les pays émergents ont de plus en plus soif de pétrole. Or la rareté croissante, c’est obligatoirement la montée des prix. Mais le marché ne vit qu’à court terme et ses serviteurs zélés (et bien payés) nous ont empêché de mettre en place, dès hier et avant-hier, une augmentation progressive et constate du baril de façon concertée et équitable. Ils nous ont donc précipités dans une société structurée par des déplacements individuels toujours plus longs, ce qui rend extrêmement difficile tout changement d’orientation : plus nous attendons, plus les réveils seront terribles.

Ces faux analystes, qu’ils soient consultants, directeur exécutif de l’AIE ou président de l’OPEP sont des dangers publics : on ne peut plus rêver, il faut se réveiller.

Sanctuarisez l’Arctique !

L’érosion touche déjà plus du quart du littoral français. Le réchauffement climatique devrait augmenter la violence et la fréquence des tempêtes, le niveau de la mer s’élèverait de 18 à 59 centimètres d’ici à 2100 ; les rivages plats et sableux seront les plus agressés. C’est ce qu’on apprend dans Le Monde du 12-13 août 2007. A la même page, on lit aussi que la banquise de l’arctique est à son plus bas niveau historique.

 

Mais on nous assène dans l’éditorial les bienfaits de cette situation : la partie canadienne de l’océan arctique pourrait être libre de glaces dans une trentaine d’années, ce qui faciliterait la circulation des navires. De plus les experts (Ah, les experts !!!) estiment qu’un quart des réserves naturelles non encore découvertes de gaz et de pétrole se situent au-delà du cercle polaire. Les appétits s’aiguisent. Déjà les Russes revendiquent un statut de propriétaire en mettant un petit drapeau sous les glaces du pôle nord. Le Canada prend de son côté des mesures de nature  militaire pour renforcer sa présence en Arctique. Les grandes manœuvres commencent pour s’approprier les ressources fossiles dont on sait pourtant que leur combustion provoque le renforcement de l’effet de serre, et donc le réchauffement climatique qui détériore le littoral français et bien d’autres régions du monde. Le bien ne peut résulter du mal.

 

Pour sauvegarder l’équilibre de la Biosphère, sanctuarisons l’Arctique à l’instar du traité international qui préserve l’Antarctique depuis 1961. Que ce soit clair, il faudra prochainement se passer complètement des ressources fossiles. Le plus tôt sera le mieux…

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=15&Itemid=94

 

prémonition 1

Prémonition 1 : Missive au courrier des lecteurs (Lemonde 9 septembre 2004) :

Bientôt un baril à plus de 100 dollars

 

            Un expert européen estime qu’un baril à 44 dollars ne peut casser la reprise (Le Monde du 24 août). Cela me fait penser à tous ces spécialistes qui, pendant les débuts du conflit en Irak, pensaient que le marché permettrait de rester durablement en dessous de 30 dollars. Je n’ai pas grand mérite à prévoir un baril à plus de 100 dollars dans les mois ou les années qui viennent puisque le pétrole est une ressource limitée : l’ère utile du pétrole en tant que combustible s’achèvera avant le milieu du XIXe siècle, autant dire demain.

 

Or toute rareté implique un prix élevé. Le prix du pétrole est artificiellement bas depuis le début de son exploitation puisqu’il a permis aux humains de gaspiller en moins de deux siècles un don de la nature accumulée pendant des millions d’année. Le problème essentiel n’est pas seulement l’effet de serre, mais un système de croissance basé sur l’éloignement entre domiciles et lieux de travail, entre localisation de la production et centres commerciaux, entre espaces de vie et destinations du tourisme.

 

Le changement structurel qui s’est opéré sur plus d’un siècle ne peut être modifié brutalement sauf à provoquer une crise économique et sociale sans précédents. La société thermo-industrielle est très fragile puisqu’elle est basée sur une facilité de déplacement et un confort de vie issue du bas prix de l’essence et du gaz oil, du fioul et du kérosène.

 Dès aujourd’hui il faut se préparer au plus vite à des changements structurels de nos modes de vie pour éviter la pétroapocalypse. Seule une augmentation du prix du pétrole constate et progressive, dont les royalties iraient à la promotion des économies d’énergie et non aux rentiers du pétrole, permettrait une prise de conscience mondiale.

Live Earth

Tout peut être critiqué, même Al Gore. Car la lutte contre les perturbations climatiques peut-elle utiliser les méthodes de la société du spectacle ?

 

Samedi 7 juillet 2007, c’était le grand jour du Live Earth, the concerts for a climate in crisis ; à l’instigation d’Al Gore, 150 artistes se sont produits pendant 24 heures dans huit villes à travers le monde, générant une audience multimédia de 2 milliards de spectateurs. Ces concerts font fait preuve d’excellence environnementale : on pratique la carbon neutrality ou neutralité en émission de gaz à effet de serre, on compense ses péchés en plantant des arbres ! Les bénéfices de la vente seront versés à la fondation de l’ex-nouveau président des USA. Cette association, The Alliance for Climate Protection, repose sur l’idée qu’il faut faire circuler l’information sur la crise climatique et annonce un plan d’action en sept points, des gestes simples que les gens peuvent adopter dans leur vie quotidienne.

 

L’intention reste naïve : « Si assez de gens se rassemblent pour lutter contre la crise du climat, les entreprises et les gouvernements seront forcés d’agir, eux aussi. » En effet un show planétaire reste un show, un concert de rock est bien la dernière chose dont a besoin la planète. Car la mise en musique de la crise climatique ne peut entraîner de nouveaux comportements. D’autant plus que le site www.liveearth.org s’empresse de proposer les « Live earth merchandise » !!!

 En fait Live Earth a été fondée par Kevin Wall, le producteur exécutif mondial de Live 8, un événement qui avait rassemblé l’un des plus larges publics de l’Histoire pour lutter contre la pauvreté. La pauvreté est restée en l’état, il en sera de même de la détérioration de la Biosphère par une société qui consomme du spectacle et cultive beaucoup d’illusions. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

Help, quelles réserves minières ?

Lemonde « économie » du 13/11/2007 nous propose un dossier trés incomplet sur l’envolée des prix des métaux. Beaucoup de statistiques sur la flambée des prix, quelques remarques sur les principaux minerais, mais rien de tangible sur le montant des réserves mondiales en volume. Pourtant, selon un analyste du BRGM, « au rythme actuel de l’extraction des métaux, on en produira davantage dans les vingt prochaines années que dans tout l’histoire de l’humanité ». Mais l’offre durable n’est-elle pas conditionnée à moyen terme par la rareté croissante de la ressource ?

 Les spécialistes ne paraissent pas s’inquiéter, l’un d’entre eux estime même que l’exploitation des métaux, à l’inverse du pétrole, n’est pas menacée « d’extinction ». Cet optimisme me semble très excessif. Par mes propres forces, j’ai pu déterminer par exemple que les réserves mondiales de cuivre en 2005 étaient de 500 Mt et la consommation de 16 tonnes, soit environ 30 années de réserves. Cela me semble très peu, même si on sait que 40 % environ de la consommation européenne de cuivre provient du recyclage. Les générations futures ne vont-elles pas affronter la pénurie ?

Peux-tu me fournir des chiffres sur les réserves mondiales de bauxite, de zinc ou de nickel, et leur niveau de consommation annuelle pour compléter l’article sur l’envolée des prix des métaux.

Avec ta contribution, nous pourrions essayer de nourrir le  courrier des lecteurs ou, pourquoi pas, la page « débat » de notre journal Lemonde?

Eric le Boucher 4/4

Pour mieux connaître Eric Le Boucher, chroniqueur Lemonde, cet échange de correspondance : 

Missive au courrier des lecteurs du journal Lemonde :Dans la chronique du 29-30 janvier 2006, cette affirmation d’Eric Le Boucher : « L’Asie supplante l’Europe, Mittal Steel fait main basse sur l’acier européen, adaptons-nous. Sinon on ferme nos frontières et on relance massivement le transport à cheval ». En fait les politiques et les médias veulent nous faire croire qu’il faut toujours plus de vitesse alors que le problème de la planète est un trop de  croissance. Le PIB de l’Asie est extraordinaire, mais il n’est significatif que d’une entrée dans l’impasse : exode rural, urbanisation sans frein, déséquilibres sociaux et environnementaux. Le modèle de développement occidental que l’Asie imite a déjà fait faillite, tous les indicateurs sont au rouge ici ou ailleurs. Il ne s’agit donc plus de prôner concentration ou concurrence, mais de lutter contre les délocalisation par la relocalisation, contre l’épuisement de la planète par la sobriété. Cela implique de réguler les flux trans-frontaliers, cela implique de limiter nos déplacements, mais il y a bien d’autres manières que le retour au cheval. Ce n’est pas la modernité ou la bougie (le retour à l’âge de pierre ?), c’est l’objection de croissance pour tous, ici et en Asie. 

Suite donnée par Yves Marc Ajchenbaum (le Courrier des lecteurs) : « Nous sommes très attentifs aux points de vue exprimés par nos lecteurs, soyez sûr que votre courriel sera transmis à Eric Le Boucher ». 

Courriel d’Eric Le Boucher à Missive: « Allez dire qu’il faut moins de croissance aux paysans chinois ou aux Africains qui en rêvent ! Je ne partage pas du tout cette idée de décroissance. Il faudra qu’elle soit économe, oui. Mais seule la croissance remplit les assiettes et permet de lutter contre la pauvreté. Merci de me lire. » 

Réponse de Missive : « Merci d’abord de ne pas déformer mes propos, l’objection de croissance n’est pas toujours la décroissance ! Le problème d’ailleurs n’est plus de partager ou non l’idée de décroissance, sa réalité va être inéluctable (cf. par exemple Pétrole Apocalypse d’Yves Cochet ou les calculs d’empreinte écologique). Dans ces conditions, la seule question qui se pose : est-ce que nous serons assez sage pour l’organiser le plus en douceur possible ?            

Un chroniqueur du Monde a dont un rôle essentiel à jouer ; encore faut-il qu’il transcende son opinion personnelle. Ce n’est pas parce que tous les pauvres rêvent de l’abondance que cela va devenir une réalité. La Chine s’enferme dans d’innombrables problèmes et le paysan migrant ressemble de plus en plus à ceux qui s’entassent déjà dans les bidonville du Tiers-monde et survivent de l’économie souterraine. Ce n’est pas parce que nous nommons la Chine « pays émergent » que cela va être une réalité pour tous et encore plus une réalité durable. Quant à l’Afrique, ils étaient bien plus heureux avant que l’Afrique soit mal partie » (René Dumont).           

Enfin ce n’est pas la croissance qui remplit nos assiettes, c’est l’équilibre des écosystèmes qui permettent un recyclage de l’énergie solaire que nous retrouvons sous forme de céréales ou de viandes : l’économie ne peut rien faire sans l’aide de la biosphère, et elle est en train de détruire la capacité d’homéostasie. Ce n’est pas parce que notre société (journalistes, politiciens, sondages) véhicule une véritable croyance collective en une croissance économique qu’elle a raison : la durabilité de la croissance est impossible dans un monde fini. Maintenant l’idée de décroissance est complexe, il peut s’agir de décroissance énergétique et c’est déjà en cours avec le protocole de Kyoto (il faut diminuer les émissions de gaz à effet de serre), il peut s’agir de simplicité volontaire dans le mode de vie… mais il serait dommageable que nous soyons victimes d’un rationnement drastique par la crise !           

Il faut savoir que le ministre de l’environnement en Grande Bretagne travaille déjà sur un projet de carte carbone (en fait un ticket de rationnement). Merci de m’avoir lu et compris, la planète a besoin de toi, Eric ! » 

Eric Le Boucher : « J’ai lu et ai compris, oui il y a des problèmes de ressources. Mais je ne crois qu’au progrès pour  résoudre les problèmes qui se posent. Merci d’être tolérant. » 

la place des pauvres

Quelle place pour les pauvres dans la société de demain ? Les perspectives sont sombres.

 

Afin de limiter les dérèglements climatiques, Bruxelles veut imposer aux constructeurs une diminution des rejets de CO2 à 120 grammes par kilomètre d’ici à 2012. Mais le vieillissement du parc automobile va à l’encontre des ces efforts technologiques, plus la voiture est ancienne, plus elle rejette de CO2. Aujourd’hui en France, les voitures en circulation ont en moyenne 8 ans, contre 5,8 ans en 1990. Même si, grâce à Harry Potter, toutes les voitures neuves atteignaient par miracle la norme de 120 g/km, il faudrait encore attendre, vu le faible taux de renouvellement, plus de dix ans pour que toutes les voitures immatriculées rejettent 120 g/km ! Salauds de pauvres qui n’achètent pas le dernier modèle de voiture « propre »?

 

Les adeptes de l’usine fordiste, généreux et avisés comme on sait, envisagent des mesures incitatives pour le retrait du marché des véhicules les plus anciens : crédit d’impôt, système de bonus/malus, prêt à taux zéro pour acheter un véhicule récent. En fait, on peut déjà prévoir que les ménages les plus pauvres seront non seulement confrontés à la difficulté d’acheter un nouveau véhicule, mais devront aussi faire face à un carburant beaucoup plus cher.

 

On ne peut lutter à la fois contre les émissions de gaz à effet de serre et contre la raréfaction du pétrole par des demi-mesures. Il faudra le plus vite possible envisager une planification écologique qui interdirait aux riches comme aux pauvres de rouler à titre individuel dans leur bagnole personnelle. Je fais parce que tu fais parce que nous faisons tous. Mais les politiques, généreux et avisés comme on sait,  peuvent-ils penser à la fois à la prochaine élection et à la réduction drastique des inégalités humaines ?

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2