Paul Ehrlich, les mensonges de Greenpeace

Vous connaissez le jeu du téléphone. L’un dit ce qu’il a entendu, le répète à un autre qui le répète à un autre… Au final, on ne sait plus ce qui a été vraiment dit. C’est sur ce mécanisme que des énormités ont pu être écrites, sauf qu’en matière de démographie l’idéologie manipule volontairement les textes. Voyons l’exemple de Paul Ehlrich qui était un lanceur d’alerte au début des années 1970 et qui est déconsidéré aujourd’hui par certains, y compris l’association Greenpeace !

L’écrit de Paul Ehrlich en 1968 : Voici longtemps que, sur le plan intellectuel, j’avais pris la mesure de l’explosion démographique. Il m’a fallu attendre une certaine nuit à Dehli pour voir le sentiment de l’avoir vécue. Comme nous traversions au pas d’un taxi vétuste la ville, nous pénétrâmes dans une zone misérable et surpeuplée. Les rues étaient grouillantes d’homme. Des hommes qui mangeaient, des hommes qui se lavaient, des hommes qui dormaient. … Des hommes qui déféquaient et urinaient. Des homes qui tendaient leurs mains à travers la vitre du taxi pour mendier. Des hommes, des hommes, des hommes, des hommes. Avec ma femme et ma fille, nous étions effrayés, car il semblait que n’importe quoi pouvait arriver ; mais il n’en était rien bien entendu. Qu’étions nous après tout, sinon des touristes sur-privilégiés, inhabitués aux scènes et aux sons de l’Inde ? Il n’empêche que c’est depuis cette nuit-là que j’ai le sentiment intime de ce qu’est la surpopulation. Là, j’ai compris que ce qui se passe à Delhi et Calcutta nous concerne. Nous en sommes partiellement responsables, et nous devons prendre conscience ce qui menace nos frères les plus infortunés, si nous voulons non seulement leur survie, mais la nôtre. Car nous sommes tous ensemble embarqués suer le seul et unique vaisseau spatial Terre. (page 17-18, la bombe « P », traduit de l’américain par les Amis de la Terre, Fayard 1972)

L’interprétation de Michael Shellenberger (Publié le 31.08.2019 par Le Point) : L’écologisme anti-humaniste connaîtra son apogée avec le livre de Paul Ehrlich, biologiste à Stanford, La bombe P, publié en 1968 par le Sierra Club et traduit en français en 1970 chez Fayard. L’ouvrage recourt à une rhétorique déshumanisante, semblable à celle utilisée par les militants anti-immigration actuels. Dès les premières pages, Ehrlich parle des Indiens pauvres comme d’animaux qui « crient […] passent les mains à travers les vitres des taxis pour mendier […] défèquent […] urinent ».

La présentation par le site de Greenpeace : Le “contrôle de la population mondiale”, une idée aux origines racistes. La bomb P, le livre de Paul Ehrlich qui a popularisé cette idée, est basé sur les expériences vécues par l’auteur dans une grande ville indienne et préconise des mesures d’incitation et de contrainte pour contrôler la population – en particulier celle des personnes non blanches.

Le commentaire de Michel SOURROUILLE (envoyé aux cadres dirigeants de Greenpeace) : le livre de Paul Ehrlich, la bombe « P », a été traduit et publié en France par les Amis de la Terre dont les militants, à l’époque, avaient bien compris la relation entre la démographie et les perturbations de tous ordres. Alors, les Amis de la Terre, racistes ? Quant à Paul Ehrlich, sa conception dans son livre est celle-là : « L’humanité devrait trouver le moyen de réduire l’importance conférée au rôle reproductif du sexe. Il s’agira en particulier de découvrir des valeurs nouvelles pour remplacer ce sentiment de plénitude que la femme retire du don de la vie, et cette satisfaction de l’ego engendrée chez le père par le spectacle d’une nombreuse progéniture… Admettons que les Etats-Unis inaugurent enfin une politique démographique sensée dans le pays : nous aurons alors la possibilité de proposer une solution à l’échelle mondiale. » Prétendre que Paul Ehrlich veut « contrôler la population des personnes non blanches » est donc un non-sens.

Paul Ehrlich 40 ans après (en 2008) : «  En quelque 60 millions d’années, Homo sapiens est devenu l’animal dominant de la planète. Nous avons de plus en plus utilisé ce pouvoir pour épuiser le capital naturel de la planète, notamment ses terres agricoles profondes et riches, ses nappes phréatiques constituées durant les périodes glaciaires et sa biodiversité. Cette tendance est en grande partie due à la concomitance entre croissance démographique et augmentation de la consommation par habitant, une combinaison qui ne peut se poursuivre encore longtemps sans que risque de s’effondrer notre civilisation désormais mondiale… Chaque habitant qui vient aujourd’hui s’ajouter à la population provoque en moyenne plus de dégâts que la personne précédente… Face à cet état de fait, il est pour le moins étonnant de traiter par le mépris les deux problèmes, pourtant si liés, de la population et de la consommation.

Alors pourquoi n’accordons-nous pas d’importance à la question de la surpopulation ? A droite, les tentatives gouvernementales de contrôle des naissances relèvent de l’anathème puisqu’on considère que le rôle de l’État dans les chambres à coucher doit se limiter à forcer les femmes à mener à terme les grossesses non désirées. A gauche, on craint, non sans raison, que le contrôle des naissances puisse avoir des relents racistes ou discriminatoires s’il est destiné, par exemple, à réduire le nombre de populations minoritaires ou pauvres. (L’animal dominant, évolution démographique et environnement de Paul et Anne Ehrlich (2008))

5 réflexions sur “Paul Ehrlich, les mensonges de Greenpeace”

  1. Lorsqu’en mars 2003 Claude Lévi-Strauss m’a reçu, il m’a demandé si je devinais quelle fut la plus grande catastrophe dont il avait été témoin durant sa vie. J’ai préféré attendre la réponse…
    Lévi-Strauss n’a suspendu sa voix qu’un court instant, pour reprendre aussitôt : « À ma naissance en 1908, la population mondiale comptait un milliard et demi d’habitants. Quand je suis entré dans la vie active, vers 1930, ce nombre atteignait déjà deux milliards. Il est de six milliards aujourd’hui, et il atteindra neuf milliards dans quelques décennies, à croire les prévisions des démographes. Cette croissance a exercé d’énormes ravages sur le monde. Ce fut la plus grande catastrophe dont j’ai eu la malchance d’être témoin. »

    en lire plus sur notre blog demain…

  2. Juste pour info.
    Sur un «media alternatif dont l’objectif est de décrypter l’actualité de l’agriculture telle qu’elle est caricaturée par certains medias traditionnels» (sic)… j’ai trouvé une analyse plutôt intéressante de ce fameux bouquin. On y trouve notamment quelques extraits, qui me semblent suffisamment révélateurs des idées de son auteur.
    – « La Bombe P » – publié le 26 juin 2009 – Alerte Environnement (alerte-environnement.fr)

    Cet article a généré 82 commentaires. Ce qui ne veut pas dire 82 commentateurs. Mais seulement deux ou trois fois plus que sur Biosphère. J’y ai d’ailleurs retrouvé une connaissance. Et je peux dire que depuis 2009 il n’a pas pris une ride… notre Didier. 🙂
    Bien que le niveau soit peut-être un peu plus élevée qu’ici… sur ce merdia «alternatif», là encore c’est le «parle à mon cul ma tête est malade» qui s’exprime le plus. Et donc le mieux. Du moins sur le peu que j’en ai vu.

  3. On peut également prendre en exemple Attali, accusé de vouloir euthanasier les plus de 65 ans. Justement, ici même, le 21 FÉVRIER 2023 À 16:40 (“Bill Gates sauve le monde grâce à l’innovation”) cette accusation est revenue sur le tapis. Sans que personne ne réagisse.
    Même si je ne porte pas ce pauvre Attali dans mon cœur, j’avais déjà tenté d’éclaircir ce point par le passé. Cette fois j’ai jugé inutile de gaspiller une cartouche avec ça. D’autant plus que ça n’aurait servi à rien. (Parle à mon cul ma tête est malade.)

    * Attention à cette fausse citation de Jacques Attali sur l’euthanasie des seniors (factuel.afp.com)

    À moi aussi ON peut me faire dire que je suis POUR l’euthanasie des vieux, des malades, des moches etc. Comme me faire dire que j’ai la haine des pauvres : «Salauds de pauvres va !»
    ( à suivre )

    1. Là je comprends très bien ce que tous ces misérables ont dans la tronche.
      Et là je me range du côté de Vincent Cheynet quand il évoque « le caractère pathologique de leur démarche ».

      Oui mais voilà … lorsqu’ON a décidé que les malades, les menteurs, les affreux, les «ultra-cons» et j’en passe ce sont justement les Autres… comme ici les Cheynet et Compagnie, et ma pomme évidemment pour enfoncer le clou… là je peux toujours argumenter, démontrer, citer des sources etc. Sauf que ce sera comme si je pissais dans un violon. Et bien sûr ce sera pareil avec n’importe qui, au sujet de n’importe quoi.
      – « Vous connaissez le jeu du téléphone. L’un dit ce qu’il a entendu, le répète à un autre [etc.] Au final, on ne sait plus ce qui a été vraiment dit. » (Biosphère)
      Comme dit Cheynet : la confusion «c’est celui qu’il dit qui l’est». Misère misère !

    2. Du point de vue de Biosphère… Greenpeace raconterait donc des mensonges, au sujet de Paul Ehrlich. Sans accuser qui que ce soit de mensonge, ou de mauvaise foi, essayons juste de voir qui dit vrai et qui dit faux. Un minimum d’esprit critique devrait suffire. Lisons ce qu’a écrit Greenpeace (Le “contrôle de la population mondiale”, une idée aux origines racistes).

      Greenpeace parle là d’une idée… (celle qu’il juge « fausse et dangereuse »).
      Greenpeace dit que c’est Paul Ehrlich qui a popularisé cette idée.
      Et que cette idée a ensuite… été traduite et utilisée pour justifier des crimes racistes.

      En évitant de noyer le poisson, ou de tromper le lecteur, en discutant du faux ou du vrai de l’idée en question… de sa dangerosité ou pas… je voudrais juste qu’on me dise ce qu’il y a de faux dans ce que Greenpeace a écrit là écrit là, au sujet de Paul Ehrlich. Je vous écoute.

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