Quelle stratégie pour l’écologie en 2022 ?

Depuis 1974 l’écologie politique aux présidentielles n’étaient que des candidatures de témoignage, ne dépassant jamais 5 % (sauf Noël Mamère en 2002). Or l’écologie c’est notre destinée, de plus en plus de monde le ressent. Il faut donc dépasser le blocage électoral pour qu’un mouvement social-écologique devienne un parti de gouvernement en 2022. Comment faire ? Dans ses multiples facettes l’écologie constitue en soi tout un programme, à la fois de comportement individuel, de gestion des territoires, de place de la France dans le monde et même d’avenir pour la planète. L’usage et le mésusage des ressources naturelle de la Terre ne connaît pas de frontières. Dans ce contexte, voici quelques caractéristiques d’un positionnement de l’écologie politique qui se voudrait gagnant lors de la présidentielle 2022.

1) Nouveau créneau électoral. L’abandon en rase campagne de Yannick Jadot en 2017 était apparemment une erreur, l’écologie perdait son porte-voix. Mais son ralliement au PS apparaît a posteriori comme un tournant, l’écologie devenait incontournable pour l’ensemble des partis. Aux dernières municipales, même la droite est devenue écolo. L’écologie est maintenant un paramètre omniprésent aux yeux des médias et de la population. Encore faut-il une personnalité qui rassemble au-delà des étiquettes partisanes habituelles, qu’elle soit de droite, de gauche… ou d’ailleurs. L’idée écologique est par définition trans-partisane, nous avons tous intérêt en tant que citoyen à préserver des conditions d’existence durables tant pour les générations présentes que futures. Un tel positionnement, l’écologie comme fondement premier du système socio-économique, ne peut que rassembler un jour ou l’autre une majorité d’électeurs autour de l’idée que nous portons. La présidentielle se gagne « au centre », avec les électeurs sans étiquette stable qui font basculer l’élection d’un côté ou de l’autre.

2) Leadership. Dans une démocratie de masse où il faut entraîner à sa suite des millions d’électeurs lors d’une présidentielle, il est nécessaire d’avoir un leadership par lequel se faire reconnaître. Il était significatif que trois des quatre mouvements politiques qui sont arrivés en tête à la présidentielle française de 2017 étaient animés par une personnalité charismatique autoproclamée, Macron, Le Pen et Mélenchon. Le CF devrait réfléchir dès à présent à l’incarnation que nous voulons pour l’écologie politique en 2022 en tenant compte du point précédent : la candidature écolo est par essence trans-partisane.

3) Principe de notoriété. L’électorat vote pour une personnalité plus que pour un parti, et la connaissance de cette personne découle de son accès aux médias. La victoire de Macron, un type inconnu qui a démarré sans parti et sans programme, n’a été qu’un accident de parcours, une construction médiatique résultant des multiples erreurs de François Fillon et de la déconsidération des partis actuels. Il faut une dimension de plus si on veut conquérir le pouvoir au moment de la présidentielle, il faut une notoriété pré-existante et surtout une notoriété « politique », pas simplement un effet d’image comme avec Nicolas Hulot.

4) Exigence de compétence. Dans des conditions normales, tous ceux qui deviennent président de la république ont avant l’élection un long passé de responsabilités gouvernementales et/ou un parcours de premier plan en politique. La notoriété politique se crée sur plusieurs années ; en 1981, basculement historique de la droite vers la gauche, Mitterrand se présentait pour la troisième fois. Si on veut dépasser la candidature dite « de témoignage », il ne semble pas que le parti EELV (ou plus généralement l’écologie politique) ait en son sein une personnalité suffisamment expérimentée pour une présidentielle.

6) Unité introuvable. Jamais nous n’arriverons à bâtir d’ici 2022 une quelconque « fédération de tous les partis écologistes » ou un « archipel de l’écologie et des solidarités ». C’est tâche impossible, les variantes de l’écologisme sont innombrables, les débats sans fin, la concrétisation dans une structure impossible. On tente d’y parvenir depuis plusieurs années, on ne pourra pas y arriver en deux ans. D’où la nécessité d’une personnalité représentative pré-existante qui va fédérer sur son nom. C’est d’ailleurs une caractéristique première d’une présidentielle, la cristallisation sur une seule personne qui va personnifier la France aux yeux des électeurs.

7) Programme commun illusoire. Les programmes pour la période post-covid ont envahi les tribunes des médias, mais on ne peut accéder au rassemblement sur des bases aussi hétérogènes. Historiquement il faut des conditions institutionnelles spécifiques pour y arriver, comme « l’Union de la gauche sur la base d’un programme commun de gouvernement » en 1972 qui permettra à François Mitterrand de se présenter comme « candidat de la gauche » lors de la présidentielle 1974. L’expérience d’une présidentielle habituelle montre au contraire que le projet politique de ce type d’élection nationale, c’est uniquement celui du candidat à la présidentielle. Ce n’est pas celui de son parti d’origine ou de n’importe quelle autre instance délibérative. D’ailleurs peu importe au fond le programme, l’image remplace le contenu dans une démocratie de masse où il s’agit de voter pour celui ou celle qui va « représenter la France ».

5) Primaire peu fiable. EELV a toujours été erratique quant à la désignation de son représentant : sac d’embrouilles Mamère/Lipietz en 2002, refus du médiatique Nicolas Hulot en 2012, valse-hésitation autour de Mélenchon en 2017. Même la droite regrette amèrement cette procédure d’une primaire ouverte instaurée pour elle en 2017, sans compter le fiasco Hamon issu des rangs de la primaire PS. De toute façon les prétendants jouent le jeu des médias en dehors des partis ; les mérdias connaissent déjà deux présidentiables autoproclamés, Eric Piolle et Yannick Jadot. Delphine Batho est aussi sur les rangs, exigeant une “primaire ouverte” après constitution d’une fédération de tous les partis écologistes. Si on persiste dans ces déchirements internes, si l’écologie ne trouve pas une candidature externe, c’est le massacre électoral assuré.

8) Parti ex post plutôt qu’ex ante. La présidentielle 2017 a montré qu’on peut créer un nouveau parti avec la dynamique porté par un(e) présidentiabl(e). Cela relativise complètement l’idée qu’il faut obligatoirement qu’un parti déjà institutionnalisé désigne un candidat de son choix. Bien plus 2017 a relativisé l’existence même des partis traditionnels.

9) Législatives, confirmation de la présidentielle. A cause de l’inversion de calendrier voulu par Jospin, les législatives ne font que confirmer le choix de la présidentielle. Dans l’état de déliquescence dans lequel se trouve les partis, il s’agira pour EELV d’accompagner dès le début la candidature d’une personne ayant à la fois notoriété, compétence… et programme résolument écolo. Ainsi peut-on obtenir un groupe parlementaire écolo de meilleure façon que par d’obscures tractations comme avec le PS en 2011. On peut même envisager un miracle : au nom d’un rassemblement très large autour d’une personnalité dépassant le cadre restrictif de l’axe vert-rose, on pourrait voir en 2022 la naissance d’un Mouvement Social-Écologique digne de gouverner face à une droite anti-écolo et contre les populismes.

10) Positionnellement d’EELV pour le premier tour. Dans le cadre donné par les points précédents, il n’y a plus lieu pour EELV de présenter un ou une candidat(e), mais d’être prêt à soutenir la personne ayant à la fois notoriété, compétence… et programme résolument écolo. Au niveau médiatique, cela peut donner à l’écologie politique un statut d’arbitre pour la présidentielle 2022. Attendre et voir venir, c’est souvent une bonne stratégie. D’autant plus qu’un tel positionnement nous économise les frais d’une campagne de présidentiable ; si un ou une candidate issu(e) de l’écologie politique se lançait par ses propres moyens, à lui ou à elle d’assumer.

11) valorisation des législatives : Libéré des conflits sans fin en notre sein pour une candidature autonome de présidentiable (ou autour d’une alliance improbable avec un autre parti), nous pourrons consacrer tout notre temps à préparer les législatives, élection dont les paramètres fluctuent pour chaque circonscription. Soit il existera un présidentiable suffisamment écolo et les candidats du mouvement écologique se présenteront aux législatives comme force d’appoint, soit le président élu après le second tour ne le sera pas et dans chaque circonscription des candidats écolos se présenteront comme parti d’opposition pour le quinquennat à venir.

NB : cette analyse de Michel Sourrouille était en ligne sur le site des JNE (association des journalistes-écrivant pour la nature et l’écologie),

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6 réflexions sur “Quelle stratégie pour l’écologie en 2022 ?”

  1. Ma première  réflexion serait donc la constitution d’un cabinet fantôme dès 2021 pour mettre en position d’exercer très rapidement le pouvoir ministériel, quelques dizaines de personnalités issues de l’écologie et des solidarités. Ce serait de mon point de vue nécessaire pour éviter les embrouilles qu’a connu le premier gouvernement de François Hollande à son arrivée au pouvoir. Plutôt que ces personnalités se mettent en compétition  pour défendre leur candidat ou candidate préférée à la fonction présidentielle, mettons les en coopération dans un cabinet fantôme, d’où émergeraient celles et ceux qui auront montrés durant une année leurs talents et leurs capacités à travailler en équipe.

    1. Ma seconde réflexion est de chercher d’ores et déjà les 577 députés titulaires et leurs 577 suppléants qui seront porteurs de la dynamique du président ou de la présidente de la république élue. Cela devrait se faire avec toutes les organisations à vocations écologiste et solidaire, qu’elles soient politiques ou non, d’où l’intérêt d’une structure en archipel qui  leurs donnerait les outils pour dialoguer en toute transparence entre elles, y compris sur les raisons de leurs divergences, qu’il ne faut pas mettre sous le tapis. Identifier ces 1154 personnes, dont un grand nombre seraient bien sûr issues des rangs d’EELV, puis les former avant juin 2022 aux missions d’un député, c’est un sacré challenge à relever. En tout cas, ce ne sera pas entre l’élection présidentielle en mai et le premier tour des élections législatives en juin que cela se fera, puisque ce sera le moment de faire campagne.

  2. – « Attendre et voir venir, c’est souvent une bonne stratégie. »
    Ah que oui ! En attendant, nous pouvons essayer de tirer des leçons du passé. Déjà, d’un percheron on ne fera jamais un cheval de course, il existe des bourrins sur lesquels nous devons tirer un trait. Assez vus ! Ceux-là il y a trop longtemps qu’on les observe, on leur a laissé leur chance et on a vu ce qu’ils en ont fait. Basta ! Moins de produits sur les étalages, le choix n’en sera que plus facile pour le pauvre con-sot-mateur.
    Dès lors, devons-nous penser que le salut ne peut venir que de la nouveauté ? Là je dis : Bof… oui et non… c’est possible, je vote ni-ni. En tous cas, si nouveau voulait dire mieux, depuis le temps ça se saurait. L’homme providentiel n’est peut-être pas encore né, nous risquons donc d’attendre longtemps.

    1. Et si on me dit : L’homme peut-être… mais la femme… providentielle ?
      Là je réponds : Mouai… la femme est l’avenir de l’homme … c’est ce qu’on raconte.
      Petite pensée pour Miss Maggie .
      – « Et quand viendra l’heure dernière, l’enfer sera peuplé de crétins, jouant au foot ou à la guerre, à celui qui pisse le plus loin. Moi je me changerai en chien, et comme réverbère quotidien je m’offrirai Madame Thatcher » (Renaud)

  3. Je suis assez d’accord avec cette analyse. En gros, remporter l’épreuve reine (les présidentielles) n’est pas seulement une affaire de jambes, c’est avant tout une affaire de stratégies. Et surtout de chance, de hasards. En fait c’est comme le poker. Poker menteur !
    Une vilaine rumeur, un costard trop chic, une mouche qui passe, le moindre truc imprévu peut foutre par terre le leader en un rien de temps. Maillot jaune, vert ou rose à petits pois on s’en fout, patatras la Course est finie, il te faut attendre 5 ans. Et 5 ans c’est long. Et quand on est un peu vieux c’est con. Mais de toute façon qu’est-ce que ça change, une fois sur le Podium ? Finalement c’est vrai, mieux vaut consacrer ses forces pour les élections des députés que pour celle de notre petit roi, ou petite reine.

  4. Je propose de changer le sigle EELV en EELP : Europe escroquerie les Pastèques .
    Parmi les « dirigeants » , aucun ne semble convenir car ils sont gauchopastequistes à haute densité en immigrationnisme et sont antimalthusiens ,donc , idiots utiles du CACA 40 ou des oligarques !
    Dans ce parti , hormis les militants sincères (non gauchos) , tout est mauvais , tout est à jeter
    mais il n’ est pas interdit d’ y procéder à des purges staliniennes et de la décontamination massive afin de le dégauchiser

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