épuisement des ressources

Le prix de la vie, plafonné à 35 000 euros pour la santé

Après avoir abaissé deux fois le plafond du quotient familial en 2013, le gouvernement taille une nouvelle fois dans les prestations familiales : division par trois de la prime à la naissance à partir du deuxième enfant, décalage dans le temps de la majoration d’allocation perçue quand les enfants grandissent, durée du congé parental qui devrait diminuer de moitié. La motivation est budgétaire, réaliser 700 millions d’euros d’économies*. Mais l’objectif est ridiculement faible alors que le déficit de la Sécurité sociale tourne autour de 15 milliards. Selon LE MONDE**, « La gauche est en train d’échouer complètement à rétablir les comptes de la Sécu… La gauche n’a jusqu’ici jamais tenu ses objectifs… ». En l’absence d’une croissance qui ne reviendra plus, le seul moyen de rétablir les comptes, c’est de diminuer drastiquement les dépenses. Comment ?

                C’est l’éditorial du MONDE*** qui nous ouvre la réflexion de fond. Il prend l’exemple du Sovaldi, un nouveau médicament contre l’hépatite C. Qui peut s’offrir cette molécule, soit 56 000 euros pour trois mois de traitement ? Avec 200 000 contaminés en France et 5000 nouveau cas chaque année, le coût de l’hépatite C devient exorbitant pour les caisses de la Sécurité sociale. la conclusion du MONDE est claire : « On attend une vraie réflexion sur le prix que l’on est prêt à dépenser pour sauver une vie. » Voici quelques éléments de réflexion.

Pour un philosophe anthropocentré, la première pensée serait de donner un prix infini à la vie humaine, un prix au sens propre « immense », hors mesure. Cet horizon sans limite donne de la vie de chacun un prix exorbitant. Pour wikipedia, la valeur d’une vie statistique(ou valeur d’une fatalité évitée) est le consentement à payer d’un individu pour une réduction marginale de son risque de mortalité. Cela ne nous avance pas beaucoup. Pour un économiste, l’idée courante est d’attribuer à un homme la valeur actualisée de la production qu’il aurait pu produire s’il n’était pas mort. Le prix de la vie humaine dépend donc de l’âge, du niveau de PIB du pays d’appartenance et de la qualification. Par exemple, les services de transplantation pourraient réserver les reins disponibles pour des jeunes ou des adultes, au détriment des personnes trop âgées. Un américain moyen vaut énormément plus qu’un Indien mort dans la catastrophe de Bhopal. Un dirigeant d’entreprise vaut beaucoup plus qu’un manutentionnaire. Il n’empêche qu’un pays dont les dépenses budgétaires dérapent doivent prendre des décisions. L’Institut national de la santé britannique estime le prix de la vie à 35 000 euros****, correspondant au prix d’un traitement permettant de gagner une année de vie supplémentaire. Au-dessous, l’organisme autorise, au-dessus, cela se négocie.

* LE MONDE du 1er octobre 2014, Politique familiale : la coupe de trop ?

** LE MONDE du 1er octobre 2014, Coup d’arrêt à la réduction des déficits de la Sécurité sociale

*** LE MONDE du 1er octobre 2014, La vie n’a pas de prix, mais qui va payer ?

**** LE MONDE du 7 janvier 2014, Du prix de la santé au prix de la vie

Le prix de la vie, plafonné à 35 000 euros pour la santé Lire la suite »

Impossible mais vrai, l’homme dévore 1,5 Terre par an

« L’homme dévore 1,5 Terre par an », tel est le titre d’un article du MONDE. Cet état de « dépassement global » signifie, par exemple, que le rythme auquel nous exploitons les forêts, pompons l’eau douce et rejetons du CO2 dépasse celui auquel les arbres repoussent, les aquifères se reconstituent et la nature séquestre nos émissions. La Terre a perdu la moitié de ses populations d’espèces sauvages en 40 ans, les stocks de ressources se sont appauvris et les déchets s’accumulent. Telles sont les conclusions alarmantes du Fonds pour la nature (WWF) dans son dixième rapport Planète Vivante. La conclusion de l’article est encore plus déprimante : « Cette tendance devrait aller en s’aggravant avec l’augmentation de la population, qui a déjà doublé depuis 1950, pour atteindre 7 milliards en 2011, et devrait encore croître à 9,3 milliards en 2050 ». Mais la journaliste Audrey Garric tient pour acquis qu’il n’y a rien à faire, il suffit de constater ! Il est vrai que sa première phrase, « La planète est malade, et sa guérison semble de plus en plus incertaine » occultait par avance le fait que c’est l’espèce humaine dans son ensemble qui va être malade dans les années qui viennent sur une planète qui deviendra un désert vide de biodiversité et riche en gaz carbonique.

Le communiqué de presse WWF était un peu plus incisif : « Face au grave déclin de la biodiversité planétaire, des solutions restent à notre portée. » Ken Norris, Directeur scientifique à la Zoological Society of London, est cité : « L’ampleur de la perte de biodiversité et les dégâts subis par des écosystèmes tout simplement essentiels à notre existence sont alarmants… Ces dégâts ne sont pas inévitables, car ils sont une conséquence du mode de vie que nous choisissons. La protection de la nature passe par une action de conservation ciblée, par la volonté politique et par le soutien de l’industrie. » Mathis Wackernagel, dont l’ONG calcule l’empreinte écologique, prévient : « Près des trois quarts de la population mondiale vit dans des pays présentant à la fois des déficits écologiques et de faibles revenus. Les contraintes de ressources font que nous devons avant tout chercher comment améliorer le bien-être humain autrement que par la simple croissance. » Le premier politique qui invoque encore la divine croissance, je sors mon revolver !

La conclusion d’un accord mondial ouvrant la voie à une économie faiblement carbonée semble la voie royale pour le WWF, la consommation de combustibles fossiles étant aujourd’hui le facteur dominant de l’Empreinte écologique. Mais il ne faut rien attendre des politiques ; ils défendent les intérêts de leur propre nation et attendent des autres qu’ils fassent des efforts à leur place. ce sont les médias, et le MONDE en tant que journal de référence, qui devraient être à la pointe du combat écologique. N’oublions pas que nous sommes tous concernés, simple lecteur du MONDE ou citoyen analphabète : où que nous vivions sur le globe, nous avons tous besoin de nourriture, d’eau douce et d’air pur. Il n’est pas normal que la première page du MONDE ne mette pas en évidence cette absurdité du monde contemporain :  l’homme dévore 1,5 Terre par an et ce n’est absolument pas possible de continuer ainsi.

* LE MONDE du 1er octobre 2014, L’homme dévore 1,5 Terre par an

Impossible mais vrai, l’homme dévore 1,5 Terre par an Lire la suite »

Le jour du dépassement, 19 août 2014 : tous aux abris !

Nous relayons cette information* que tout le monde devrait connaître : pour 2014,  le « jour du dépassement » a eu lieu le mardi 19 août. En effet l’empreinte écologique de l’humanité dépasse à cette date la « biocapacité » de la planète, c’est-à-dire sa capacité à reconstituer ses ressources et absorber les déchets, y compris le CO2. Jusqu’à la fin de l’année, l’humanité va vivre «  à crédit » en détériorant le capital naturel qui nous était offert gratuitement par la biosphère. Encore excédentaire en 1961 avec un quart des ses réserves non consommées, la Terre est devenue déficitaire au début des années 1970. Le « jour du dépassement » est de plus en plus précoce ; au milieu des années 1990, il tombait en novembre. En 2000, c’était le 1er octobre. Aujourd’hui, selon les calculs de Global Footprint Network, les besoins de l’humanité dépassent de 50 % les réserves de ressources renouvelables disponibles. Dorénavant 86 % de la population mondiale vit dans des pays qui demandent plus à la nature que ce que leur écosystème peut renouveler. Par exemple en Chine, la production en ressources naturelles du pays nécessiterait d’être deux fois plus importante pour satisfaire la demande des Chinois. Le Japon aurait besoin de 7 fois plus de ressources  pour satisfaire sa consommation actuelle.

Aujourd’hui, 86% de la population mondiale vit dans des pays qui demandent plus à la nature que ce que leur écosystème peut renouveler. L’empreinte écologique des habitants des pays développés est cinq fois supérieure à celle des pays pauvres. La palme du déficit écologique revient aux Emirats Arables Unis : les réserves de ce pays devraient être 12,3 fois plus élevées. Ayant la « chance » d’avoir une nature assez généreuse, la France, quant à elle,  aurait besoin de ressources naturelles 1,6 fois plus importantes.

Selon Diane Simiu de WWF, « des solutions existent : passer massivement aux énergies renouvelables, repenser l’urbanisation, la mobilité,  la fiscalité, recycler davantage…. Mais il faut agir dès maintenant. En tant que consommateur, on peut aussi manger moins de viande… »

En fait il faudrait remettre en question tout le mode de vie de la classe globale, celle qui se permet de posséder entre autres une voiture individuelle. Les inégalités vont donc avoir tendance à s’accentuer toujours plus, les riches voudront continuer à abuser de la planète au détriment des pauvres. Un socialiste digne de ce nom devrait connaître le « jour du dépassement et agir en conséquence. Mais François Hollande en France pense toujours en terme de « croissance économique » : on veut accélérer pour arriver encore plus vite dans le mur !

* lemonde.fr du 19 août 2014, Ressources naturelles : l’humanité vit « à crédit » pour le reste de l’année

NB : nos articles antérieurs, avec dates faussées car il y a eu une variation du mode de calcul par l’ONG Global Footprint Network. Les concepteurs de l’empreinte écologique estiment que le jour du dépassement intervient depuis 2001 en moyenne chaque année trois jours plus tôt que l’année précédente.

Aujourd’hui 22 août 2012, le jour du dépassement

le jour du dépassement, 27 septembre 2011

le jour du dépassement, 21 août 2010

Le jour du dépassement, 19 août 2014 : tous aux abris ! Lire la suite »

« Développement durable », une expression sans avenir

 Serge Latouche (décoloniser l’imaginaire aux éditons Parangon)

Le problème avec le développement durable n’est pas tant avec le mot durable qui est plutôt joli que dans le mot développement qui, lui, est carrément toxique ! En effet le « durable » signifie que l’activité humaine ne doit pas créer un niveau de pollution supérieur à la capacité de régénération de l’environnement. De fait les caractères durables ou soutenables renvoient non au développement réellement existent mais à la reproduction. La reproduction durable a régné sur la planète en gros jusqu’au XVIIIe siècle. Les artisans et les paysans qui ont conservé une large part de l’héritage des manières ancestrales de faire et de penser vivent le plus souvent en harmonie avec leur environnement ; ce ne sont pas des prédateurs de la nature. Or c’est précisément cela que l’économie moderne a détruit. La signification historique et pratique du développement, liée au programme de la modernité, est fondamentalement contraire à la durabilité. Il s’agit d’exploiter, de mettre en valeur, de tirer profit des ressources naturelles et humaines. Il est clair que c’est le développement réellement existant, celui qui domine la planète depuis deux siècles, qui engendre les problèmes sociaux et environnementaux actuels : exclusion, surpopulation, pauvreté, pollutions diverses, etc. En accolant l’adjectif durable au concept de développement, il est non moins clair qu’il ne s’agit pas vraiment de remettre en question le développement (…)

La colonisation de l’imaginaire par le développementisme est telle qu’il faut absolument affirmer la rupture de façon radicale, et donc l’afficher aussi au niveau du vocabulaire. Les mots toxiques sont des obstacles pour faire avancer les choses.

Yvette Veyret (éduquer à l’environnement, vers un développement durable, actes de la DESCO)

La notion de développement durable m’inspire un scepticisme relatif. On ne peut dire que le développement durable soit un champ de recherche pour la science, car il ne comprend pas d’indicateurs scientifiques. Il se révèle en perpétuelle construction et est davantage politique que scientifique. Dès la fin des années 1980, peu après la popularisation du terme, il en existait déjà 40 définitions, qui correspondaient à différents types de position, en fonction de l’importance plus ou moins grande accordée au libéralisme (…)

Dans les pays en voie de développement se pose la question du choix d’un modèle économique. Faut-il transposer notre modèle de développement ? Peut-on concevoir que 1,3 milliards de Chinois possèdent tous une voiture ?

Le développement durable, les termes du débat (Compact civis, chez Armand Colin, février 2005)

– Corinne Gendron (professeure à l’université à Montréal) : l’ambiguïté des implications concrètes du développement durable n’est certainement pas étrangère à l’adhésion qu’il suscite auprès d’un large spectre d’acteurs sociaux. La principale contradiction concerne le traitement de la croissance économique. Certains auteurs dissocient la croissance du développement au point ou la croissance est perçue comme antinomique au développement. D’autres interprètent le développement durable comme une croissance où serait internalisés les coûts sociaux et environnementaliste. Une troisième confond simplement le développement et la croissance dans une perspective qui s’approche de l’école macroéconomique néoclassique. L’irruption de la dimension écologique des conditions de vie vient dissocier le développement économique d’un bien-être défini en terme social alors que les deux sont étroitement confondus dans le paradigme industriel.

– Dominique Bourg (philosophe, professeur à l’université de Troyes) : la décroissance générale interdirait la réduction de la pauvreté et n’est guère compatible avec nos systèmes démocratiques. Il convient, en revanche, de disjoindre le dynamisme de nos sociétés de la croissance des flux de matières et d’énergie qui l’a toujours sous-tendu. C’est la croissance de ces flux qui met en péril la viabilité pour l’espèce humaine, notamment la biosphère. Il convient encore d’ajouter à la nécessaire décroissance des flux de matières et d’énergie, la décroissance, non moins impérieuse à plus long terme, des effectifs démographiques planétaires.

Dictionnaire du développement durable (AFNOR, mars 2004)

– Développement durable : Jusqu’à la fin des années 1950, les auteurs ont eu tendance à assimiler « accroissement du revenu par tête » et « développement. Significatif à cet égard est l’intitulé des ouvrages de l’époque. Il fait référence à la seule croissance économique comme le livre de Lewis (Theory of Economic Growth, 1955) ou celui de Rostow (The Stages of Economic Growth, 1958). Selon cette approche, les économies sous-développées ne se distinguent des économies développées que par leur incapacité à produire un revenu suffisant.

– Décroissance soutenable : concept selon lequel la décroissance devrai être organisée non seulement pour préserver l’environnement, mais aussi pour restaurer une certaine justice sociale au niveau international. Survie sociale et survie biologique seraient étroitement liées. Les limites du « capital nature » ne posent pas seulement un problème d’équité intergénérationnelle, mais aussi d’équité entre les humains contemporains. Cette doctrine conteste la possibilité d’une croissance économique durable et s’inspire des travaux de Nicholas Georgescu-Roegen dont le livre majeur (The Entropy Law and The Economic Process, 1971) fait un rapprochement entre les lois de l’entropie et les sciences économiques afin de souligner le manque de prise en compte, par les théories économiques, des aspects biogéophysiques des activités humaines.

 

« Développement durable », une expression sans avenir Lire la suite »

Vers une économie biophysique, de gré ou de force

L’humanité devient une force géologique dont l’impact rivalise avec les forces telluriques. Les activités humaines modifient en effet de façon terrifiante les cycles de la nature. Les années 1950 se caractérisent par une accélération de l’érosion, un bouleversement total du cycle du carbone et de la température, des extinctions désastreuses d’espèces animales et végétales ainsi que l’emballement de l’artificialisation des sols. Face à cela, la majorité des économistes soutiennent encore un modèle orthodoxe (néolibéral) qui reste productiviste ; on vit dans l’illusion d’une croissance économique qui reviendra une fois la crise passée. Le modèle «augustinien» est plus réaliste : tout système se comporte comme n’importe quel individu : il naît, il grandit et il meurt. Tout accroissement aboutit à une période de dépérissement. Mais il est fort possible qu’un autre avenir, beaucoup moins prévisible, s’ouvre devant nous : le modèle « discontinuiste ». Une perturbation même mineure peut entrainer des changements considérables dont l’ampleur est impossible à anticiper.

L’économie biophysique (ou écologiste) se situe dans cette perspective puisqu’il est fort probable que nous avons dépassé certaines possibilités de résilience des écosystèmes. L’approche biophysique se base sur les flux fondamentaux d’énergie et de ressources plutôt que sur les paramètres monétaires. On note que l’économie actuelle va être confrontée à la diminution des ressources énergétiques et métalliques alors même que la demande mondiale s’accélère, principalement avec l’irruption sur le marché mondial des pays émergents comme la Chine. Les technologies « vertes », beaucoup trop complexes et consommatrices de terres rares, ne constituent pas une solution durable. Il faut donc faire plus simple, plus réparable, raccourcir le détour de production (utiliser moins de capital fixe), prolonger l’usage des biens de consommation (faire plus solide, plus recyclable…), consommer moins… et glorifier les métiers manuels tout en abandonnant les emplois parasitaires.

Le changement vertigineux qui nous attend exige des industriels un renoncement au profit à court terme et de la gent politique une vision non croissanciste… c’est pas gagné ! D’autant plus que tous, en proportion de son niveau de vie, devra faire des renoncements en pratiquant la simplicité volontaire, la sobriété énergétique et l’humilité vis-à-vis des forces déclinantes de la nature. Plus nous attendrons, plus la rupture sera brutale… et douloureuse !

Vers une économie biophysique, de gré ou de force Lire la suite »

Bac SES 2014, thuriféraire de la croissance libérale !

Les sujets du bac ES (économique et social) illustrent la compromission absolue du système enseignant avec le libéralisme croissanciste. Le sujet de dissertation pose d’emblée que la croissance économique est inéluctable, seul importe ses modalités : « Les facteurs travail et capital sont-ils les seules sources de la croissance économique ? » De son côté l’épreuve composée veut conforter à la fois la flexibilité libérale et le libre-échange : « 1. Comment la flexibilité du marché du travail peut-elle réduire le chômage ? 2. À quels risques économiques peuvent s’exposer les pays qui mènent une politique protectionniste ? » Nous ne développerons notre argumentation que sur le sujet de dissertation, laissant au Nouvel Obs sa critique perspicace de l’épreuve composée.

       Nous devrions savoir en 2014 que les facteurs travail et capital s’accompagnent forcément du facteur ressources naturelles : la croissance a besoin de la nature puisqu’elle se nourrit de ses produits et y dépose ses déchets. Que nenni. Ce sujet de bac porte seulement sur le modèle théorique de Solow : la croissance économique provient du travail (L), du capital (K) et… du reste qu’on appelle en jargon économique le « résidu ». Ce « résidu » serait expliqué par la « productivité générale des facteurs ». Les 4 documents rattachés au sujet confirment le choix de cette conception dénué de tout sens des réalités physiques : le doc.1 donne des statistiques sur la croissance, la productivité globale des facteurs de production et les TIC (Technologies de l’information et de la communication. Le doc.2 relate les dépenses intérieures de recherche développement en % du PIB. Le doc.3 retrace l’évolution de la productivité globale des facteurs en France de 1978 à 2010. Et, cerise sur le gâteau de l’économie vendue au capitalisme, le doc.4 indique clairement que « Toute invention peut faire l’objet d’un titre de propriété industrielle délivré par le directeur de l’Institut national de la propriété industrielle qui confère un droit exclusif d’exploitation. » Vive donc la croissance et le capitalisme libéral ! Notons que ce « résidu » pourrait constituer 40 à 60 % de l’explication de la croissance économique et que Robert Solow pouvait aussi anéantir certaines illusions : « Vous pouvez voir l’informatique partout, sauf dans les statistiques de la productivité. »

        Voici quelques éléments de corrigé de ce sujet de dissertation. L’élève devrait montrer en introduction qu’un tel sujet relève du passé, les temps présents tendent à la croissance zéro dans les pays développés et à la surchauffe dans les pays émergents. Ce sujet témoigne aussi d’une croyance quasi-religieuse, imaginer que la perpétuation de la croissance dans un monde fini est possible. Mais comme il faut bien traiter le sujet comme il est posé, allons-y. Dans la première partie, le futur bachelier brode sur l’équation théorique de Solow en utilisant tous les documents rattachés au sujet. Mais dans une deuxième partie le bachelier éclairé indique que travail, capital et productivité ne sont pas les seules sources de la croissance. Ces facteurs classique sont surdéterminés par la capacité de la biosphère à fournir denrées alimentaires et autres substrats matériels des biens et services aux travailleurs. De même le capital technique nécessite un apport extérieur en énergie et matières premières. Or les calculs de l’empreinte écologique montrent que nous avons déjà dépassé de 40 % les capacités de la planète à soutenir l’activité humaine. En d’autres termes, nous puisons dans le capital naturel au détriment des générations futures. Il est aussi judicieux d’indiquer que le niveau de vie des Français nécessiterait 3 planètes s’il devait être généralisé, ce qui montre que notre croissance n’est ni juste ni équitable.

En conclusion, nous reprendrions l’ensemble des sujets de ce bac SES de 2014 en montrant que les intitulés ne correspondent pas à ce qu’on attendait à l’origine de ce nouveau bac créé à la fin des années 1960 : apprendre à réfléchir !

Professeur de SES, j’ai honte de voir ce qu’on a fait de la matière SES, un thuriféraire de la croissance qui a abandonné la nécessité de peser dialectiquement le pour et le contre de nos croyances économiques. Disserter encore de croissance libérale en 2014 est une aberration. Rappelons ce texte d’un nouveau manuel de terminale pour la rentrée 2007 : «  Pour éviter  une catastrophe sans précédent pour l’humanité, il n’y a pas d’autres  choix que la décroissance dans les pays qui dépassent les seuils tolérables de ponction sur l’environnement. Le terme de décroissance a un sens principalement symbolique, politique : c’est une rupture avec la religion de la croissance. » (J.Gadrey, l’impact de la croissance sur l’environnement, Alternatives économiques n° 242 décembre 2005).

Michel Sourrouille

Bac SES 2014, thuriféraire de la croissance libérale ! Lire la suite »

Explosion démographique et problématique de l’eau

De la part d’un correspondant, nous relayons ce texte qui nous paraît important :

« Les défaillances subies par des régions de plus en plus étendues en ce qui concerne l’alimentation en eau et la production agricole sont aussi dues à l’explosion démographique de ce vingtième siècle : une terre donnée peut supporter un nombre d’humains maximum au-delà duquel il ne sera plus possible d’augmenter la production agricole. Dans les régions les plus arides, la quantité d’eau potable disponible par tête tombera au-dessous du minimum vital indispensable au maintien de la vie. Ceci est un fait largement démontré et reconnu, notamment par les organismes des Nations Unies comme l’OMS ou le PNUD. Un exemple frappant : la population égyptienne croit d’un million d’habitants tous les dix mois ; or l’Égypte dépend pour son alimentation en eau à près de 80 % de ressources exogènes et elle utilise entièrement l’allocation d’eau du Nil qui lui est reconnue. La Libye utilise déjà toutes ses ressources en eau de surface (d’un faible volume) et exploite maintenant l’eau de ressources souterraines non renouvelables, transportée à grands frais par d’énormes conduites sur de très longues distances. Belle performance technique, mais piètre réalisation économique.

Chercheurs et techniciens ont un devoir d’information et de persuasion, ils doivent faire savoir que la technologie n’est pas capable de passer outre ces limitations physiques absolueset qu’il est nécessaire de promouvoir d’urgence une action efficace pour stopper la croissance démographique, croissance qui ne peut d’ailleurs pas cesser instantanément même si des méthodes efficaces sont employées et acceptées. Raison supplémentaire, s’il en était besoin, pour agir vite.

Contrairement à ce qui se dit couramment, le problème de l’eau, notamment en Afrique sèche, ce n’est pas seulement un problème technique et financier, mais c’est avant tout un problème démographique presque insoluble sans une volonté forte des pays concernés. Ce n’est pas un hasard si la Tunisie a le meilleur indice de développement humain en Afrique alors qu’elle subit une pénurie d’eau sévère : la population y croît moins vite que le PIB, grâce aux mesures mises en œuvre par le Président Bourguiba (et poursuivies par ses successeurs) concernant le statut de la femme, la contraception et la possibilité de l’avortement. »

J. Colombani, Hydrologue

(cours donné en novembre 2003 aux élèves en sciences économiques à l’université de Perpignan)

Explosion démographique et problématique de l’eau Lire la suite »

Vincent Cheynet écrit contre le revenu inconditionnel

                « Les partisans d’un revenu inconditionnel sont les parfaits agents du système, d’autant plus efficaces que persuadés en leur for intérieur d’être porteurs d’une proposition subversive.

En 2006, j’avais fondé avec Bruno Clémentin et Yves Scaviner le Parti pour la décroissance (PPLD). J’en ai trouvé le nom, dessiné le logo et rédigé les statuts. Nous nous sommes rapidement éloignés de cette structure pour ne pas faire de confusion avec le journal « La décroissance ». La revendication centrale du PPLD devint alors celle d’un salaire versé à vie par l’Etat, que l’on choisisse de travailler ou pas. Cette idée démagogique, surtout en pleine crise de la dette, est du pain béni pour les détracteurs de la décroissance qui présentent le mouvement comme une coalition d’irresponsables puérils. Il est d’ailleurs cocasse d’observer les individus les plus prompts à vouloir l’anéantissement d’un Etat « intrinsèquement totalitaire » réclamer son sein pour toute leur existence. Le père de la critique du libéralisme libertaire, Michel Clouscard, présentait ce type de revendication comme le produit de l’anthropologie capitaliste : vouloir consommer sans produire. Aucune société n’échappe au travail. Sous couverts de bons sentiments, les enfants du productivisme et du consumérisme fantasment de se transformer en néo-aristocrates menant une vie oisive en vampirisant la société. Jean-Claude Michéa s’en démarquera en précisant qu’une telle dotation « pouvait constituer une solution d’urgence dans un contexte de crise, mais certainement pas le fondement éthique d’une société socialiste ».

                Cette idée de revenu inconditionnel consiste en fait à passer de la divinisation à la diabolisation du travail, soit les deux faces d’une même pièce. Rappelons cette banalité : le travail n’est pas qu’un revenu, il concourt aussi à la dignité et à l’épanouissement de la personne. Un métier, à différencier de l’emploi, est ce qui confère l’autonomie. »

Extraits de « Décroissance ou décadence » de Vincent Cheynet

(Editions le pas de côté, 192 pages, 12 euros)

Pour compléter, lire sur notre blog :

Le revenu d’existence, universel et inconditionnel ?

Le programme du PPLD (parti pour la décroisssance)

Vincent Cheynet écrit contre le revenu inconditionnel Lire la suite »

Le discours incantatoire sur la croissance se fissure

« L’esprit humain participe de deux logiques : la logique du vérifiable dans l’expérience concrète, et la logique posant que l’impossible est tout de même possible. »* La deuxième option est extrêmement dangereuse. C’est celle qui nous a fait inventer des dieux abstraits tellement indémontrables et non négociables que chacun pouvait combattre et tuer l’autre au nom de son propre dieu. Aujourd’hui ces massacres inter-religieux se poursuivent, mais se doublent d’une autre croyance, la croissance économique indéfinie dans un monde fini. Tout devient possible, même l’impossible ! Si avec ce truc les agressions inter-sociétés se font sous formes plus subtiles, concurrence exacerbée et compétitivité internationale conquérante, il n’empêche que cette croyance entraîne la dilapidation de notre capital naturel, le réchauffement climatique ou l’épuisement des ressources non renouvelables.

                Quelques intellectuels commencent à en prendre conscience, ainsi Marc-Olivier Padis** : « Que signifie cette attente quasi-messianique de la croissance ?… Comment s’affranchir de l’appel incantatoire au retour de la croissance ?… Il est illusoire d’attendre d’un retour de la croissance la résolution de nos équations budgétaires (l’endettement)… » Donc que faut-il faire de concret ? Marc-Olivier ne croit pas à la décroissance : « Il ne s’agit pas ici de plaider pour la décroissance, une sorte de millénarisme à l’envers, qui inverse le positif en négatif. » Mais Marc-Olivier croit à un autre mythe des temps qui viennent, une nouvelle croissance qui « réduirait l’empreinte écologique de nos activités », « une croissance de bas niveau qui ferait diverger le niveau d’activité et la consommation d’énergie ».

                Croissance petite, mais propre ! Marc-Olivier Padis croit toujours à la croissance, à l’impossible dépassement d’un monde clos et saturé d’humains. Il ne se rappelle plus que notre système économique a déjà connu concrètement des croissances négatives, autrement dit des récessions, et même une grave dépression comme en 1929, mettant beaucoup de monde au chômage et provoquant des guerres. Il ne sait pas que la décroissance du PIB est notre destin, la disparition des énergies fossiles cassant complètement notre système économique mécanisé. Il ne sait pas qu’une production implique une destruction, il ne sait pas que l’économie n’est qu’une sous-partie du social, lui-même dépendant des possibilités concrètes de la biosphère. Nulle trace dans le discours de Marc-Olivier de ce qui fait le triste pendant de toute croissance, même infime. Il croit encore que l’impossible est possible. Mais son discours n’est plus aussi certain, même dans ce journal croissanciste qui se nomme LE MONDE …

* LE MONDE des livres du 25 avril 2014, « l’esprit humain déborde à tout instant les limites du concret »

** Marc-Olivier Padis, directeur de la rédaction de la revue « Esprit »

in LE MONDE éco&entreprise du 25 avril 2014, La croissance, un objectif trompeur

Le discours incantatoire sur la croissance se fissure Lire la suite »

Avec ou sans Manuel Valls, images de la proche crise

« Rappelons qu’il ne saurait y avoir d’humanité prospère et le moindre PIB bien gras et bien dodu sur une planète dévastée. Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Cette énergie fossile à profusion, c’est la véritable cause de la hausse de notre pouvoir d’achat. Retraites et études longues sont donc « assises » sur des consommations d’énergie importantes, et c’est bien ainsi que se lit la géographie actuellement : il n’y a beaucoup de retraités et d’étudiants que dans les pays qui consomment beaucoup d’énergie. Une journée d’hospitalisation en service de réanimation, accessible à tout citoyen occidental, coûte de 500 à 5000 kWh d’énergie. Lorsque l’approvisionnement énergétique commencera à être fortement contraint, il est logique que l’emploi tertiaire souffre autant que l’emploi productif, puisque le premier dépend du second. Etudiants, enseignants,  employés de la Sécu, retraités et vacanciers sont tous des enfants de l’énergie abondante à prix décroissant : rien de tout cela ou presque n’existe dans les pays où l’énergie reste un luxe. Une grande partie des évolutions économiques et sociales vont s’inverser. »

                Ce pronostic de Jean-Marc Jancovici* se déroule déjà sous nos yeux en Grèce, non pas à cause d’un blocage énergétique, mais à cause de l’endettement. Depuis 2008, le taux de  croissance du PIB est négatif, s’établissant à – 5,2 % en moyenne ces cinq dernières années. Les salaires des fonctionnaires ont été réduits de 7 % à 55 %. Le pays compte désormais à peu près 610 000 fonctionnaires, soit 200 000 de moins qu’il y a quatre ans. Pour cinq départs à la retraite, l’Etat ne procède plus qu’à une embauche. Les pensions des retraités, déjà amputées en 2010, ont encore perdu cette année entre 5 % et 15 %. Neuf hôpitaux d’Athènes et Thessalonique ont été transformés en centres de soins aux prestations réduites. Près de 10 000 lits ont disparu et le recrutement du personnel hospitalier a été gelé. Comme l’assurance-maladie dépend de l’emploi, 2 à 3 millions de personnes ne sont plus assurées dans le pays et sont donc dans l’impossibilité de se soigner. Dans l’éducation, les dépenses ont diminué de 28,3 % entre 2008 et 2013. Dans le privé, le salaire minimum brut est passé de 751,39 euros en 2009 à 586,08 en 2012. 28 % de la population active est au chômage contre 7,5 % en 2009**.

Quiconque réalise ce que signifie, pour le mode de vie occidental, de limiter à la fois le niveau d’endettement et les émissions de gaz à effet de serre tout en faisant face à la descente énergétique comprend que ça ne va pas être simple d’y arriver. La France connaîtra le même sort que la Grèce à plus ou moins longue échéance, avec ou sans changement de gouvernement.

* Changer le monde, tout un programme (Calmann-lévy, 2011)

** LE MONDE éco&entreprise du 9 avril 2014, La crise qui a radicalement changé le visage de la Grèce

Avec ou sans Manuel Valls, images de la proche crise Lire la suite »

Une étude de la NASA prévoit la fin de la civilisation

Une récente étude financée par la NASA explique que la civilisation tel que nous la connaissons aujourd’hui pourrait bien disparaître dans les prochaines décennies en raison d’un problème de gestion des ressources naturelles et d’une mauvaise répartition des richesses*. L’analyse n’est pas nouvelle, elle avait été faite en 1972 dans un rapport du MIT (Massachusetts Institute of Technology) au club de Rome : « Nous pouvons démontrer que la croissance exponentielle de la population et du capital ne faisait qu’accroître le fossé qui sépare les riches des pauvres à l’échelle mondiale… En dépit de découvertes spectaculaires récentes, il n’y a qu’un nombre restreint de nouveaux gisements minéraux potentiellement exploitables. Les géologues démentent formellement les hypothèses optimistes et jugent très aléatoires la découverte de nouveaux gisements vastes et riches… La validité de notre modèle réside dans le fait que, quelles que soient les conditions initiales, il y a toujours un point sur le graphique où l’expansion s’arrête et où l’effondrement commence… Etant donné les temps de réponse du système, si l’on attend que ces limites deviennent évidentes, il sera trop tard. Décider de ne rien faire, c’est donc décider d’accroître le risque d’effondrement. »

L’étude de la NASA se fonde sur un nouvel outil analytique, baptisé « HANDY », pour Human and Nature Dynamical. Pour examiner la problématique mondiale de l’écosystème, le rapport de 1972 avait choisi la dynamique des systèmes mise au point par le professeur Jay W. Forrester au MIT sous forme de l’outil analytique WORLD1. Cette analyse a été actualisée en 2004 dans une nouvelle étude basée sur le modèle informatique WORLD3, The limits to Growth – The 30-year update. En 1972, nous étions à 85 % environ de la capacité maximum de la Terre à supporter nos activités. Aujourd’hui, nous sommes à 150 %.

L’étude de la NASA a étudié l’histoire des civilisations les chercheurs. Une série de facteurs liés entre eux (climat,  population, eau, agriculture ou encore énergie) ont contribué à leur chute, que ce soit les Mayas ou encore l’empire romain. Là encore rien de nouveau, il suffisait à ces chercheurs de lire en 2006 Effondrement (de la disparition ou de la survie des sociétés) de Jared Diamond : « L’échec de la civilisation maya, prémonitoire de ce qui va arriver à la civilisation thermo-industrielle, est une application de ce mode d’analyse… Bien sûr la thèse climatologique n’exclut pas d’autres hypothèses antérieurement émises comme la surpopulation, les guerres intestines, les conflits sociaux, la déforestation… mais ces évènements ne peuvent qu’accompagner le changement climatique. »

Selon les chercheurs de la NASA, plusieurs empires ont disparu notamment à cause de l’aveuglement des élites qui, jusqu’au bout, se croyaient protégées et ont refusé de réformer leur système de vivre-ensemble.* Jared Diamond l’écrivait déjà : « Il faut un certain courage pour pratiquer la pensée à long terme. Cela va à l’encontre de la prise de décision réactive à court terme qui caractérise trop souvent les élus politiques. »

Rien de nouveau sous le soleil, la maison brûle et nous continuons à regarder ailleurs.

* http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/03/18/selon-une-etude-la-nasa-prevoit-la-fin-de-la-civilisation/

Une étude de la NASA prévoit la fin de la civilisation Lire la suite »

Eau et énergie, nous croyons l’impossible réalisable

Selon les statistiques du MONDE*, 3,5 milliards de personnes sont privées du droit à l’eau et 1,3 milliard de personnes ne sont pas raccordées à l’électricité. Il suffirait donc de 150 milliards de dollars pour que chacun ait à la fois l’eau et l’électricité. Mais un autre article démontre que c’est impossible. Pour rendre l’eau accessible – c’est-à-dire la pomper, la traiter, la transporter, la distribuer – il faut de l’énergie. Et, pour fournir de l’énergie, il faut de l’eau, beaucoup d’eau même : 600 milliards de mètres cubes par an.

Ces deux ressources sont intrinsèquement liées « pour le meilleur et pour le pire », prévient l’ONU dans son cinquième rapport mondial sur « La mise en valeur des ressources en eau »**. Quadrature du cercle ou plutôt cercle infernal. Déjà, aux Etats-Unis, l’eau utilisée pour faire fonctionner les centrales thermiques pèse autant, voire plus que celle captée par l’agriculture. Déjà, grâce aux pompes à eau motorisées, un aquifère sur cinq est surexploité aujourd’hui et ne renouvelle plus ses réserves. La consommation énergétique mondiale a crû de 186 % en quarante ans. Depuis les années 1980, l’homme prélève 1 % de ressource hydrique supplémentaire chaque année. Les experts notent en outre que 15 à 18 milliards de m3 d’eau douce sont contaminés chaque année par la production de combustibles fossiles. Un troisième article s’arrête sur le cas de l’Inde : « L’électricité gratuite ou à tarif réduit dont bénéficient de nombreux agriculteurs indiens pour irriguer leurs cultures, à l’aide de pompes motorisées, accélère l’épuisement des nappes phréatiques. Au rythme actuel, la Banque mondiale prévoit que 60 % de ces nappes seront dans une situation « critique » d’ici vingt ans. Le recours à l’irrigation souterraine a aussi creusé les inégalités. Seuls les plus riches peuvent financer l’achat de pompes et le creusement de puits profonds. Les autres doivent leur acheter l’eau… » ***

                Les humains ont abusé de la générosité de la nature qui, telle une marchande insouciante, ne faisait pas payer les factures. Des économistes proposent de faire payer la consommation d’électricité aux agriculteurs pour sauver les nappes phréatiques en Inde, d’autres voudraient donner un prix à l’eau. De tels système sont déjà appliqué ici ou là, toujours à l’avantage des agriculteurs. Mais faire payer les riches comme les pauvres ne suffira pas. En fait la nature ne donne rien gratuitement : si nous ne lui redonnons pas en échange, la ressource s’épuise irrémédiablement. Le cycle de l’eau doit être respecté : on ne peut puiser dans une nappe phréatiques plus que ses capacités de renouvellement, on ne peut amoindrir le capital naturel sauf à appauvrir les générations futures. De même pour l’énergie, on ne peut se reposer durablement que sur les énergies vraiment renouvelables. Et la complémentarité eau/énergie ne peut être mise en oeuvre que si la contrainte de la durabilité est posée comme principe absolu. Il faudrait même aller plus loin : on ne peut conserver les systèmes d’irrigation traditionnels de surface comme les canaux que si l’ensemble des cycles de la biosphère sont respectés. Les humains doivent aussi apprendre à partager l’eau et l’énergie avec les autres espèces animales et végétales (par exemple une centrale hydroélectrique perturbe la vie des poissons et la circulation des limons). Vaste programme dont nos politiques n’ont encore aucune idée car il repose sur le rationnement de l’eau, la sobriété énergétique et la limitation de la population humaine.

* LE MONDE du 22 mars 2014, 3,5 milliards d’humains n’ont pas accès à une source sûre

** LE MONDE du 22 mars 2014, le boom de l’énergie menace les ressources en eau

*** LE MONDE du 22 mars 2014, En Inde, les effets pervers d’une électricité gratuite

Eau et énergie, nous croyons l’impossible réalisable Lire la suite »

Bientôt les pieds dans l’eau et même la sécheresse….

« Pour comprendre la réalité du réchauffement climatique, il faut avoir les pieds dans l’eau. » Trouver cette phrase dans un éditorial du MONDE* montre à quel point la situation écologique devient plus que préoccupante… car tout le monde s’en fout ! Comme le principe de précaution ou le principe responsabilité restent des mots inconnus du grand public et d’ailleurs combattus par la nomenklatura qui nous dirige, il ne nous reste que le principe de réalité : nous adapter à l’insupportable. Car le dérèglement climatique est déjà là, LE MONDE en fait tout un dossier**. La situation est d’autant plus dramatique que les gaz à effet de serre ne sont qu’une des innombrables menaces qui pèsent sur nous.

Un livre de 1972 montrait que nous sommes en train de détruire, au-delà de toute possibilité d’équilibre, les bases mêmes de la vie. Pour examiner cette problématique mondiale, le rapport du Massachusetts Institute of Technology (commandité par le club de Rome), avait choisi la dynamique des systèmes mise au point par le professeur Forrester. Ce modèle d’analyse globale traitait cinq tendances fondamentales : l’industrialisation, la population, l’alimentation, les ressources naturelles non renouvelables et la pollution. On se trouve en présence de phénomènes de nature exponentielle. Considérant le temps de doublement relativement court de ces cinq variables, on arrive aux limites extrêmes de la croissance en un temps étonnamment court. De plus les interactions sont permanentes. Ainsi la population plafonne si la nourriture manque, la croissance des investissements implique l’utilisation de ressources naturelles, l’utilisation de ces ressources engendre des déchets polluants et la pollution interfère à la fois avec l’expansion démographique et la production alimentaire. Ce livre de 1972 a été actualisé en 2004 sous le titre The limits to Growth – The 30-year update). Les tendances de base restent les mêmes : si rien n’est fait, un effondrement de la civilisation devrait avoir lieu dans le courant du XXIe siècle.

Plus les problèmes sont à longue échéance et leur impact étendu, plus est restreint le nombre d’individus réellement soucieux de leur trouver une solution. La plupart des gens résolvent leurs problèmes dans un contexte spatio-temporel restreint avant de se sentir concernés par des problèmes moins immédiats : il leur faut avoir les pieds dans l’eau, et ce n’est même pas suffisant. Comme nous pensons quand même qu’il n’est jamais trop tard pour essayer d’améliorer notre « intelligence collective », vous pouvez vous abonner gratuitement à notre bimensuel Biosphere-Info. Il suffit de nous écrire : biosphere@ouvaton.org. A bientôt…

* LE MONDE du 18 février 2014, les Etats face à la réalité des dérèglement climatique

** LE MONDE du 16-17 février 2014, dérèglement climatique, l’hiver de tous les extrêmes

Bientôt les pieds dans l’eau et même la sécheresse…. Lire la suite »

Dans les entrailles de la machine mondiale à expresso

Le diagnostic de Philippe Bihouix est limpide et la solution si simple : « Seuls les plus obtus écolo-sceptiques nient encore le risque d’effondrement envi­ron­nemen­tal qui guette nos sociétés : du change­ment cli­ma­tique en cours à la six­ième extinc­tion de masse, en pas­sant par l’épuisement des éner­gies fos­siles et des métaux, la pol­lu­tion général­isée ou la destruc­tion de la terre arable (par érosion et par arti­fi­cial­i­sa­tion), tous les clig­no­tants sont désor­mais au rouge. Pire, ces fac­teurs de risque inter­agis­sent entre eux dans une logique sys­témique, dans de puis­santes boucles de rétroac­tion pos­i­tive : la pénurie énergé­tique engen­dr­era celle des métaux, tan­dis que la disponi­bil­ité en métaux pour­rait lim­iter par exem­ple le développe­ment des éner­gies renou­ve­lables ; nos pra­tiques agri­coles épuisent la terre et entraî­nent le défriche­ment des dernières forêts pri­maires ; le change­ment cli­ma­tique va accélérer l’érosion de la bio­di­ver­sité et la chute de ren­de­ments agri­coles dans cer­taines zones ; etc.

Les con­séquences négatives de la pro­duc­tion d’objets échappe au con­som­ma­teur, même doté des meilleures inten­tions. J’achète un télé­phone portable en France, et ce faisant j’ai exploité des mineurs du Congo, détruit des forêts pri­maires de Papouasie, enrichi des oli­gar­ques russes, pol­lué des nappes phréa­tiques chi­noises, puis, 12 à 18 mois plus tard, j’irai déverser mes déchets élec­tron­iques au Ghana ou ailleurs. Le monde est devenu sem­blable à une immense machine à expresso, le mod­èle si pra­tique où la cap­sule de café vide dis­paraît dans les entrailles de l’appareil. Cet éloigne­ment entre nos actes (con­som­mer) et leurs con­séquences envi­ron­nemen­tales et sociales (pro­duire) vient bien sûr de l’abondance en pét­role et des coûts de trans­port faibles. Edi­son per­met de s’éclairer et de se chauf­fer sans l’odeur et les traces de suie du char­bon, du pét­role ou du gaz. Pour­tant la pol­lu­tion est bien là – les cen­trales à char­bon sont de très loin la pre­mière source mon­di­ale d’électricité et de chaleur –  mais délo­cal­isée à l’extérieur du tissu urbain. Les véhicule élec­trique ou à hydrogène tien­nent du même mythe : ceux-ci seraient « pro­pres » car inodores et sans rejets à l’utilisation. C’est naturelle­ment faux, puisqu’il faut bien pro­duire l’électricité ou de l’hydrogène, et – quand bien même l’énergie serait-elle facile­ment disponible – fab­ri­quer les véhicules, con­som­mer des bat­ter­ies, des pneus, etc. qui génèreront tou­jours des déchets en par­tie ingérables.

Face aux défis, l’utopie tech­nologique a la vie dure. « On a tou­jours trouvé une solu­tion » reste l’horizon indé­pass­able : jusqu’à présent tout va bien, se dit, rendu au pre­mier étage, le fou qui a sauté du haut de l’immeuble. Effec­tive­ment, juste à temps pour sor­tir l’Europe du Peak Wood de la deux­ième moitié du 17ème siè­cle, la machine à vapeur de Thomas New­comen, cou­plée à la pompe de Thomas Sav­ery, per­met l’exploitation du char­bon de terre sous le niveau de la nappe phréa­tique et fait entrer l’humanité dans la civil­i­sa­tion thermo-industrielle. Autre exem­ple connu, à la fin du 19ème siè­cle, le pét­role arrive à point nommé pour rem­placer l’huile de baleine dans les lam­pes, tan­dis que les com­pa­tri­otes de Moby Dick ren­dent leur dernier souf­fle (aupar­a­vant, d’autres inno­va­tions tech­niques – moteurs, har­pons explosifs, treuils, etc. – avaient per­mis de décimer rorquals et cachalots après la quasi-extinction des baleines franches). Mais cette fois, les équa­tions et les lim­ites physiques risquent d’être plus têtues.

Indé­ni­able­ment nous pou­vons, et devons, dévelop­per les éner­gies renou­ve­lables. Mais qu’on se le dise, il n’y a pas assez de lithium ou de cobalt sur terre pour équiper un parc de plusieurs cen­taines de mil­lions de véhicules élec­triques, et pas assez de pla­tine pour un parc équiv­a­lent de véhicules à hydrogène. Le recy­clage a ses lim­ites et l’économie cir­cu­laire est utopique, ne serait-ce qu’en vertu du sec­ond principe de la ther­mo­dy­namique (l’entropie). Mais surtout, la com­plex­ité des pro­duits, des com­posants et des matières (mil­liers d’alliages métalliques dif­férents, mélanges de plas­tiques et d’additifs, matéri­aux com­pos­ites) nous empêche d’identifier, de séparer et de récupérer facile­ment les matières premières. Sans compter les usages dis­per­sifs (métaux util­isés comme pig­ments dans les encres et les pein­tures, fer­til­isants, addi­tifs dans les ver­res et les plas­tiques, pes­ti­cides…) ou ren­dant le recy­clage très com­pliqué (zinc de la gal­vani­sa­tion, étain des soudures…). On touche par­fois dans ce domaine à l’absurde : que diront nos descen­dants de notre société qui extrayait de l’argent des mines pour l’utiliser, sous forme nanométrique dans des chaus­settes, comme tech­nolo­gie anti-odeurs ? Bref, les tech­nolo­gies sal­va­tri­ces que nous espérons ne fer­ont qu’accélérer jusqu’à l’absurde le sys­tème.

Si l’on veut éviter aux généra­tions futures un envi­ron­nement inviv­able, il ne faut plus con­cevoir que des objets répara­bles, réu­til­is­ables, mod­u­laires, plus faciles à recy­cler en fin de vie, n’utiliser qu’avec parci­monie les ressources les plus rares, ban­nir les objets jeta­bles s’ils ne sont pas entière­ment à base de ressources renou­ve­lables. Lit­térale­ment un virage à 180°, con­tre l’obsolescence pro­gram­mée, la dif­féren­ti­a­tion’mar­ket­ing, la déval­ori­sa­tion des métiers manuels, la logique du tout jetable, le rem­place­ment des métiers d’accueil et de ser­vice par des machines bour­rées d’électronique, donc de métaux rares… Par­al­lèle­ment, la relo­cal­i­sa­tion d’une large part de l’économie est néces­saire. Naturelle­ment, cer­taines pro­duc­tions et activ­ités res­teront en dehors des ter­ri­toires (ne serait-ce que les pro­duc­tions minières ou cer­taines pro­duc­tions agri­coles) : il n’est pas ques­tion d’interrompre les échanges mais de les focaliser unique­ment sur ce qui ne peut pas être pro­duit locale­ment. Enfin, relo­caliser per­me­t­tra d’augmenter la résilience du sys­tème, sa capac­ité à résis­ter aux per­tur­ba­tions économiques et sociales qui seront nom­breuses. Elle est quasi-nulle aujourd’hui, tant le sys­tème indus­triel et financier est devenu imbriqué et ingérable. Les grandes entre­prises assem­blent des sous-systèmes fab­riqués sur l’ensemble de la planète, avec des matières pre­mières en prove­nance de dizaines de pays différents. »

Philippe Bihouix, mai 2011

Texte complet : http://www.institutmomentum.org/2011/08/dans-les-entrailles-de-la-machine-a-expresso-mondiale/

Dans les entrailles de la machine mondiale à expresso Lire la suite »

La fin des réserves minières, c’est incontestable

Gros titre, « le MIT se trompe en assimilant les réserves naturelles à un trésor ». Suit dans LE MONDE du 15 août 1972 un article de Pierre Laffitte, ingénieur en chef des mines : « Les réserves minières ne correspondent pas à des objets, à un stock de métal déposé dans un hangar… Plus on exploite les ressources naturelles, plus les réserves reconnues augmentent… est-ce à dire qu’il ne faille pas se préoccuper de l’avenir ? Au contraire ! Mais en se défiant de l’emploi de l’ordinateur avec de gros modèles, de multiples paramètres…On évoque le cas du chrome… » Cet article est symptomatique de l’ensemble des réactions de l’époque qui, en dénigrant le rapport commandité par le Club de Rome*, nous ont empêchés depuis plus de quarante ans de réagir à la finitude des ressources confrontée à une croissance irrationnelle de l’activisme humain. Voici donc ce que disait  réellement ce rapport de 1972 à propos des ressources minières :

                « En dépit de découvertes spectaculaires récentes, il n’y a qu’un nombre restreint de nouveaux gisements minéraux potentiellement exploitables. Les géologues démentent formellement les hypothèses optimistes et jugent très aléatoires la découverte de nouveaux gisements vastes et riches. Se fier à des telles possibilités serait une utopie dangereuse… les réserves connues du chrome sont actuellement évaluées à 775 millions de tonnes. Le taux d’extraction actuel est de 1,85 millions de tonnes par an. Si ce taux est maintenu, les réserves seraient épuisées en 420 ans. La consommation de chrome augmente en moyenne de 2,6 % par an, les réserves seraient alors épuisées en 95 ans… On peut cependant supposer que les réserves ont été sous-estimées et envisager de nouvelles découvertes qui nous permettraient de quintupler le stock actuellement connu. Il serait alors épuisé théoriquement en 154 ans. Or l’un des facteurs déterminants de la demande est le coût d’un produit. Ce coût est lié aux impératifs de la loi de l’offre et de la demande, mais également aux techniques de production. Pendant un certain temps, le prix du chrome reste stable parce que les progrès de la technologie permettent de tirer le meilleur parti de minerais moins riches. Toutefois, la demande continuant à croître, les progrès techniques ne sont pas assez rapides pour compenser les coûts croissants qu’imposent la localisation des gisements moins accessibles, l’extraction du minerai, son traitement et son transport. Les prix montent, progressivement, puis en flèche. Au bout de 125 ans, les réserves résiduelles ne peuvent fournir le métal qu’à un prix prohibitif et l’exploitation des derniers gisements est pratiquement abandonné. L’influence des paramètre économiques permettrait de reculer de 30 ans (125 ou lieu de 95 ans) la durée effective des stocks. »

                Le rapport conclut : « Etant donné le taux actuel de consommation des ressources et l’augmentation probable de ce taux, la grande majorité des ressources naturelles non renouvelables les plus importantes auront atteint des prix prohibitifs avant qu’un siècle soit écoulé ». Vérifions cette conclusion de 1972 avec les données de 2014 : les gisements métalliques et énergétiques, à la base de notre économie moderne auront pour l’essentiel été consommés d’ici 2025 (date de la fin de l’or, de l’indium et du zinc) et 2158 (date de la fin du charbon). La fin du chrome, dont la production mondiale varie de 17 à 21 M t par an, est estimée à l’an 2024.

* rapport 1972 du Massuchussets Institute of Technology, The Limits to Growth,

traduit en français dans Halte à la croissance ? (Fayard 1972)

La fin des réserves minières, c’est incontestable Lire la suite »

Eradication des baleines, une volonté d’ignorer les limites

Il y a plus de quarante ans, l’impossibilité de poursuivre une croissance indéfinie dans un monde fini était déjà démontrée par le rapport du Club de Rome dont voici ci-dessous un extrait :

« Rares sont ceux qui imaginent devoir apprendre à vivre à l’intérieur de limites rigides lorsque la plupart espèrent les repousser indéfiniment. Cette foi s’est trouvée renforcée par une croyance en l’immensité de la terre et de ses ressources et en la relative insignifiance de l’homme et de ses activités dans un monde apparemment vaste. Ce rapport entre les limites de la terre et les activités humaines est en train de changer. Même l’océan, qui, longtemps, a semblé inépuisable, voit chaque année disparaître, espèce après espèce, poissons et cétacés. Des statistiques récentes de la FAO montrent que le total des prises des pêcheries a pour la première fois depuis 1950 accusé une baisse en 1969, malgré une modernisation notable des équipement et des méthodes de pêche (on trouve par exemple de plus en plus difficilement les harengs de Scandinavie et les cabillauds de l’Atlantique.

Le secteur de l’industrie baleinière est un secteur marginal de l’économie globale, mais il fournit l’un des exemples les plus caractéristiques de l’accroissement sans frein d’une activité dans un cadre matériellement limité : les baleines les plus rentables, les baleines bleues, ont été systématiquement exterminées avec des moyens sans cesse plus puissants et plus perfectionnés. Pour maintenir et accroître le tonnage d’huile produit chaque année, on a mis en œuvre des bateaux de plus fort tonnage, plus rapides et dotés de moyens de traitement plus productifs. En conséquence il a fallu pourchasser en nombre croisant les baleinoptères dont le rendement en huile était inférieur. Cette seconde espèce puis une troisième étant en voie de disparition, les baleiniers en sont maintenant à chasser le cachalot. C’est l’ultime folie. Déjà depuis les années 1965, le tonnage capturé accuse une baisse sensible. On a voulu que l’industrie baleinière survive à la baleine, ce qui se passe de commentaires. »*

Nous en sommes là en 2014, le « choc de croissance » qu’attend François Hollande n’est pas celui qu’il imagine… le rapport du club de Rome a été récemment actualisé. En voici la conclusion : « Une chose est claire : chaque fois que la transition vers un équilibre soutenable est repoussée d’un an, les choix qui restent possibles s’en trouveront réduit. Les problèmes augmentent, alors que les capacités de les résoudre sont moindres. Attendre vingt ans supplémentaires, et on se trouve embarqué dans une expérience chaotique et finalement sans issue. »**

* édition Fayard 1972, Halte à la croissance ? 318 pages, 26 francs

** traduction française de The limits to Growth – The 30-year update (2004)

Eradication des baleines, une volonté d’ignorer les limites Lire la suite »

L’homme qui avait voulu nous faire prendre conscience

Aurelio Peccei (1908-1984) mérite d’être connu. Ce n’est certes pas pour son activité professionnelle de vice-président d’Olivetti et de chef de l’organisation Fiat en Amérique latine. C’est plutôt par son rôle primordial dans la constitution du club de Rome et la commande du premier rapport sur les limites de la croissance au début des années 1970. Il nous faut considérer son discours dans son contexte, il y a plus de quarante ans : pareille clairvoyance est rare. Malheureusement on pourrait dire absolument la même chose aujourd’hui, nous soutenons la croissance, nous produisons le désastre. Quelques extraits :

« Je suis né en homme libre et j’ai tâché de le rester. Alors j’ai refusé, j’ai refusé… vous comprenez ce que ça veut dire, surtout en Italie à mon époque : la soumission au conformisme religieux, le fascisme. Je me sens obligé de faire tout ce que je peux pour mettre à la disposition des hommes ce que je sais, ce que je sens, ce que je peux faire. Nous avons tellement développé notre capacité de production qu’il nous faut soutenir une économie dont le côté productif est hypertrophique.  On le fait avec ces injections de motivations artificielles, par exemple par la publicité-propagande. Ou on le justifie par la nécessité de donner du travail à des gens, à une population qui sont enfermés dans un système dans lequel, s’il n’y a pas de production, tout s’écroule. Autrement dit nous sommes prisonniers d’un cercle vicieux, qui nous contraint à produire plus pour une population qui augmente sans cesse.

Nous avons été fascinés par la société de consommation, par les bénéfices apparents ou les satisfactions immédiates, et nous avons oublié tout un aspect de notre nature d’hommes. Le profit individuel, ou la somme des profits individuels, ne donne pas le profit collectif ; au contraire, la somme des profits individuels donne une perte collective, absolue, irréparable.  Nous le voyons maintenant avec le plus grand bien commun qu’on puisse imaginer : les océans. Les océans seront détruits si on continue à les exploiter comme on le fait actuellement. Ils seront exploités à 100 % pour les bénéfices personnels de certaines nations, de certaines flottes, de certains individus, etc. Et le bien commun disparaît. Les richesses que nous avons reçues des générations précédentes disparaissent. Notre génération n’a pas le droite de volatiliser un héritage, nous devons à notre tour le passer aux autres.

Nous sommes en train de détruire, au-delà de toute possibilité de recyclage, les bases mêmes de la vie. L’homme achèvera son œuvre irresponsable, maudite – il a détruit les formes animales les plus évoluées ; les grands animaux, les baleines, la faune africaine, les éléphants, etc. C’est l’aspect le plus voyant de notre puissance destructrice dans la biosphère. Quand nous coupons du bois pour en faire l’édition du dimanche d’un journal à grand tirage, qui est constitué pour 90 % de publicité qui est une activité parasitaire, quand nous reboisons, il nous semble que nous reconstituons la nature. En fait le fait d’avoir détruit un bois détruit tous ces biens infinis de vie qui avaient besoin de l’ensemble de ces grands arbres, et  qui étaient un tissu de cycles, de systèmes enchevêtrés l’un dans l’autre ; tout ce bouillonnement de vie est dégradé par le fait que nous avons, sur une grande superficie, coupé les arbres. C’est comme une blessure : après le tissu de reconstitue mais la cicatrice reste. Si nous le faisons sur des superficies très grandes, comme nous le faisons partout dans le monde, nous provoquons d’une façon irrémédiable une dégradation de la biosphère. L’homme, servant son intérêt immédiat, réduit la déjà mince capacité de support de vie humaine dans le monde : la biosphère, cette mince pellicule d’air, d’eau et de sol que nous devons partager avec les animaux et les plantes.

Parce que nos connaissances nous ont donné des possibilités supérieures, nous pouvons engranger toutes les calories que nous savons puiser dans la terre, nous pouvons nous entasser dans des communautés plus vastes que celles que nous savons manier, nous pouvons obtenir des vitesses plus grandes que celles que nous savons maîtriser, nous pouvons avoir des communications plus rapides entres nous sans savoir quel contenu leur donner. Nous agissons comme des barbares, l’homme n’a pas su utiliser ses connaissances d’une façon intelligente. Les bêtes, elles, quand elles ont satisfait leurs besoins, ne tuent pas, ne mangent pas, n’accumulent pas, elles gardent leur nature primitive et belle.

Savoir communiquer demande la reconnaissance de valeurs communes, une possibilité créatrice et une vision de la vie. Nous avons perdu ces trois choses, et nous nous obstinons à créer des moyens de communication qui restent sans contenu. Nous donnons à nos enfants le téléphone, la motocyclette, la télévision, l’avion, etc., mais aucunement la capacité d’utiliser ces moyens techniques de façon créatrice. L’homme emploie ses connaissances pour créer des biens matériels, des machines, des biens consommables, et ce que nous appelons le progrès : ce ne peut pas être notre but. Nous sommes prisonniers des machines que nous avons créées. L’essentiel reste les élans spirituels, la morale, qui n’ont rien à voir avec la technologie, la technique, les gadgets. Notre culture s’est essentiellement axées, dans sa forme capitaliste ou socialiste, sur des valeurs purement matérielles. C’est ce que nous devons réformer en nous. Il existe d’autres cultures, métaphysique en Inde, instances d’amour du Bouddhisme, cultures naturistes de l’Afrique… »

Source : Enquête sur le Club de Rome par Janine Delaunay (in Halte à la croissance)

Fayard 1972, 318 pages, 26 francs

L’homme qui avait voulu nous faire prendre conscience Lire la suite »

Droite et gauche, société du risque ou société de pénurie

Stéphane Foucart l’écrit, la proportion de Français estimant que les expressions droite et gauche en politique ne veulent plus rien dire est passée en deux ans de 63 % à 73 %. Il ajoute que dans la « société du risque » (Ulrich Beck), une autre question survient. Ce n’est plus celle du partage des richesses créées par l’économie, mais celle de la répartition des risques issus de celle-ci*. C’est voir la préoccupation écologiste par le petit bout de la lorgnette. Le risque est devenu invisible, la pollution atmosphérique et le changement climatique, le risque d’effondrement issu de la complexité sociale, l’épuisement des ressources dans une société d’abondance, etc. C’est pourquoi la société du risque devient un système en péril.

En effet il y a une majorité de personnes qui n’envisagent que le court terme et les menaces visibles sur son pouvoir d’achat, le chômage, le montant de ses retraites, etc. Ces personnes sont bien représentées par les éluEs, droite et gauche confondues. De l’autre côté une infime minorité de personnes envisage le long terme et les mouvements structurels. Ces écologistes savent que nous avons dépassé les limites de résilience de la planète. Ils prévoient que l’ensemble de notre mode de vie est à revoir entièrement dans une société qui ne va plus être une « société du risque », mais une société de pénurie, de désordre social, de lutte pour s’accaparer les dernières « richesses » de la biosphère.

Il est vrai que le choix entre l’immédiat et le futur est d’ordre existentiel ; toute l’éducation contemporaine incite à une préférence pour le présent. Qui agit aujourd’hui dans l’intérêt des générations futures ? Presque personne ou presque. Qui pense à préserver la biodiversité, tout ce qui n’est pas à l’usage immédiat des humains ? Personne ou presque. Nous constatons qu’il en est malheureusement ainsi et qu’une telle attitude nous entraîne à toute vitesse vers un mur. Nous sommes en accord total avec cette conclusion de  Nicholas Georgescu-Roegen : « L’humanité voudra-t-elle prêter attention à un quelconque programme impliquant des entraves à son attachement au confort exosomatique ? (…) Peut-être le destin de l’homme est-il d’avoir une vie brève, mais fiévreuse, excitante et extravagante, plutôt qu’une existence longue, végétative et monotone. Dans ce cas, que d’autres espèces dépourvues d’ambition spirituelle – les amibes par exemple – héritent d’une Terre qui baignera longtemps encore dans une plénitude de lumière solaire ! »**

* LE MONDE du 19-20 janvier 2014, Une part de risque

** La décroissance (entropie, écologie, économie) (Sang de la terre, 1995 -1ère édition, 1979)

Droite et gauche, société du risque ou société de pénurie Lire la suite »

Vincent Lambert, qui peut décider de sa fin de vie ?

Cette question, toute personne au bord du suicide se la pose : ma vie vaut-elle vraiment la peine d’être vécue ? Cette question, d’autres se la posent pour vous quand vous n’êtes plus en état de conscience. Dans les Ephad, nulle aide à mourir. Les personnes victimes de l’Alzheimer ou de démence sénile errent parfois pendant très longtemps dans leur quartier « sécurisé ». Nulle instance ne s’interroge sur ces morts-vivants tant qu’ils ne sont pas atteints d’une maladie à court terme fatale. Mais quand un tétraplégique ne peut plus exprimer ses dernières volontés, c’est le chaos. Ainsi le cas emblématique de Vincent Lambert*, chacun exprime ses propres convictions. L’équipe de médecin se prononce pour l’euthanasie passive, comme l’autorise la loi Leonetti. Ses parents, et une partie de sa famille saisissent le tribunal pour réclamer l’annulation de la décision médicale. Sa femme et une autre partie de sa famille disent que la décision d’en finir était bien dans l’esprit de Vincent avant son accident. Le tribunal administratif se prononce contre la décision médicale… pour la deuxième fois en neuf mois ! Alors, qui peut déterminer avec un degré de certitude suffisant ce que voudrait réellement quelqu’un qui n’a plus sa conscience ? Peut-être faut-il envisager autrement la question de la fin de vie.

Un commentateur sur le monde.fr soulève la question économique : « Maintenir cette personne en  »soi-disant vie »…. COMBIEN CELA COUTE T-IL AUX CONTRIBUABLES ??????? Voila un problème financier, que la famille devrait prendre en charge partiellement ou en totalité. Celle qui s’oppose à l’euthanasie bien sûr ! » La décision de faire payer ceux qui soutiennent l’acharnement thérapeutique a été prise en Israël ; les deux fils d’Ariel Saron qui, pendant huit ans, ont voulu que leur père soit maintenu en vie artificielle, devaient contribuer au coût d’hospitalisation. Quid de la question écologique ?

Il n’y a d’activités humaines qu’au prix d’une ponction dans les ressources naturelles et limitées de la planète. Ce qui est utilisé pour les uns l’est donc obligatoirement au détriment des autres. Que faut-il financer, les pauvres ou les riches ? Le planning familial ou l’appareillage sophistiqué et coûteux qui sert à maintenir artificiellement la vie ? Notre société devrait aller au-delà de l’expression des intérêts particuliers, souvent gangrenée par des présupposés comme pour les parents de Vincent Lambert, militant pro-life**. Nos politiques devraient comprendre que la raréfaction inéluctable des ressources naturelles vont nous obliger à prendre des décisions difficiles mais incontournables. Nous aimerions aussi que les parents de Vincent Lambert gardent leur fils à la maison et s’en occupent par leurs propres moyens puisque telle est la logique profonde de leurs actes, vouloir garder auprès d’eux leur fils.

* Le Monde.fr avec AFP | 16.01.2014, Affaire Vincent Lambert : la justice s’oppose à l’euthanasie passive

** Le Monde.fr | 16.01.2014, Fin de vie : « Vincent est otage d’un mouvement pour la vie coûte que coûte »

Vincent Lambert, qui peut décider de sa fin de vie ? Lire la suite »

Technique de pêche et voracité humaine, l’avenir menacé

Un navire de pêche arraisonné dans les eaux territoriales du Sénégal, 120 mètres de long, capable d’aspirer plus de 100 tonnes de poissons en une journée. Des bateaux usines russes, coréens, espagnols qui raflent cette manne au détriment des pirogues sénégalaises. Des poissons-fourrage transformés en farine pour l’alimentation du bétail occidental. La ressource autrefois consommée directement par les Sénégalais s’épuise*. Ainsi va le pillage de notre capital naturel ici ou ailleurs. Voici quelques éléments de réflexion pour mieux comprendre l’absurdité du comportement humain.

1/6) l’anthropocentrisme 

Dans l’histoire biblique, la domination de l’homme est décrétée en termes menaçants : « Vous serez craints et redoutés de toutes les bêtes de la terre et de tous les oiseaux du ciel. Tout ce qui remue sur le sol et tous les poissons de la mer sont livrés entre vos mains. » Aristote considérait la nature comme une organisation hiérarchique dans laquelle les êtres les moins doués de raison existent pour l’intérêt des êtres raisonnables : « Si donc la nature ne fait rien sans but ni en vain, il faut admettre que c’est pour l’homme que la nature a fait tout cela ». Dans sa classification des péchés, Thomas d’Aquin ne donne place qu’aux péchés commis à l’encontre de Dieu, de nous-mêmes ou de notre prochain. Aucune possibilité n’est laissée de pécher contre les animaux non humains ou contre le monde naturel.

Questions d’éthique pratique de Peter Singer (Bayard 1997, première édition 1993)

2/6) l’aveuglement du marché

Le marché est sourd à toute idée de long terme et n’a que faire des ressources et des exutoires ultimes jusqu’à ce qu’ils soient quasiment épuisés et qu’il soit trop tard pour appliquer des solutions satisfaisantes. Lorsqu’un marché non réglementé gère une ressource commune dont le rythme de régénération est lent, cela conduit à la destruction des biens communs. Lorsqu’ils sont utilisés en dehors de toute notion de limites, les marchés et la technologie ne peuvent engendrer que le dépassement de la capacité de charge.

Les limites à la croissance (dans un monde fini) de Meadows et Randers (éditions rue de l’échiquier, 2012)

traduction française de The limits to Growth – The 30-year update (2004)

3/6) la puissance technologique

– Les technologies militaires ont été systématiquement appliquées à la pêche : radars, sonars, systèmes électroniques de navigation, localisation par satellites. Les bateaux de haute mer sont équipés de nombreux appareils électroniques pour observer le poisson qui se trouve à proximité du bateau. Des dispositifs de concentration de poisson couplés à des balises sont aussi déployés sur les océans. Un seul navire peut ramener à son bord 50 tonnes d’animaux marins en quelques minutes, les filets peuvent mesurer 50 kilomètres de long. Le type le plus courant de chalut de pêche à la crevette ratisse une zone d’environ 25 à 35 mètres de large.

Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer (éditions de l’Olivier, 2010)

– Pour de nombreux économistes, la technologie fonctionne automatiquement, sans délai ni coût et ne produit que des résultats souhaitables (cf. fonction de Cobb-Douglas). Dans « le monde réel », cependant, la technologie n’a pas ces merveilleuses propriétés. – Aucune société normalement constituée ne persévérerait dans une technique agricole qui augmente les rendements mais détruit la terre. Il existe pourtant des exemples de ce type de comportement. Au lieu de protéger les stocks halieutiques, la technologie employée a au contraire pour but d’attraper jusqu’au dernier poisson.

Les limites à la croissance (dans un monde fini)

4/6) le passage de l’artisanat à l’industrie alimentaire

– Jusqu’à une époque récente, la pêche a été une affaire de famille : le père amenait ses fils sur le bateau et, le temps venu, leur transmettait un patrimoine. La perspective de transmission incitait à une certaine retenue : on ne pouvait transmettre un territoire vide. Tout a basculé dans les années 1990. Les pêcheurs se sont affranchis du long terme pour assurer l’immédiat. Même s’ils en sont les acteurs directs, les pêcheurs ne sont pas les principaux responsables de l’effondrement des stocks. De même que les agriculteurs, les pêcheurs sont devenus les sous-traitants de l’industrie agroalimentaire. La pêche industrielle cible prioritairement les espèces commerciales le mieux valorisées sur le marché, affaiblissant certains étages de l’édifice. De nos jours, 1 % des bateaux opérant sur tous les océans du globe produit 50 % des captures à l’échelle mondiale. Ce sont les circuits courts qui sont vertueux. Pêcher un poisson pour qu’il soit consommé à l’autre bout du monde est un schéma archaïque.

Plus un poisson d’ici 30 ans ? (surpêche et désertification des océans) de Stephan Beaucher (éditions les petits matins, 2011)

– Le prix de la banque de Suède en sciences économiques (le « prix Nobel » d’économie), décerné à Elinor Ostrom en 2009, a donné une légitimité inédite à l’approche polycentrique de la gouvernance des ressources naturelles. La tragédie des biens communs est en fait une tragédie des biens en accès libre, sans règles de gestion. Or les exemples de ressources en accès libre sont nombreux. Que pèse des petites communautés de pêcheurs face à des navires usines qui vident les océans de leurs poissons en toute impunité ?

ECOREV n° 39, Le commun ou la relocalisation du politique (2012)

5/6) la surpopulation

– Nous sommes 7 milliards donc l’équation est simple : il y a trop de gens et pas assez de poissons. On ne peut pas résoudre les problèmes environnementaux en s’attaquant à la pauvreté. Les problèmes environnementaux sont la cause de la pauvreté dans le monde, donc il faut d’abord protéger l’environnement ; prendre le problème à l’envers, traiter les conséquences, n’a pas de sens. Il n’y a pas suffisamment de ressources sur la planète pour supprimer complètement la pauvreté. Je pense que les problèmes sociaux sont secondaires par rapport aux environnementaux. Si les océans meurent, nous mourrons tous, donc sauver les poissons, les oiseaux marins et le plancton est important..

Capitaine Watson, entretien avec un pirate de Lamya Essemlali (Glénat, 2012)

– La capacité de charge est en soi une limite. Toute population qui se développe au-delà de sa capacité de charge, dépassant la limite, n’a pas beaucoup d’avenir devant elle. On peut dépasser les limites en attaquant de façon soutenue et permanente le stock de ressources. Si cela devait se produire, la population et l’économie seraient contraintes de décliner rapidement pour équilibrer la capacité de charge qui aurait dégringolé. Nous utilisons l’expression dépassement et effondrement pour qualifier ce scénario.

Les limites à la croissance (dans un monde fini) de Meadows et Randers

6/6) l’inertie démocratique : L’aveuglement des élites et le formatage subséquent de l’opinion via les médias continueront pendant longtemps à alimenter un cercle vicieux qui paralysera ou videra de leur substance les décisions urgentes. Les réserves de poisson sont-elles en train de s’effondrer à cause de la sur-pêche ? Alors, et alors seulement, des normes et des quotas seront mises en place. Mais ils le seront à la suite d’un calcul complexe qui prendra en compte les intérêts des industries agroalimentaires et de la pêche industrielle, le poids de leurs lobbies, et la solution retenue à l’instant t sera toujours le point d’équilibre entre des exigences contradictoires ; on calcule la décélération en fonction des impératifs économiques et des rapports de force.

La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust (La Découverte, 2009)

* LE MONDE du 10 janvier 2014, Le Sénégal démuni face aux pilleurs des mers

Technique de pêche et voracité humaine, l’avenir menacé Lire la suite »