Départ de Hulot, la divergence entre vrai et faux ami

Yves Cochet, ancien ministre de l’écologie : « L’écologie de Nicolas Hulot est moins constituée d’une somme de connaissances apprises à l’école que d’une expérience vécue au contact de la nature. Contrairement à la plupart des stars, c’est en vieillissant qu’il devient plus radical et moins sujet aux compromis sur le fond, comme le montre sa démission. L’une des différences entre les écosystèmes naturels et les écosystèmes sociaux (ce n’est pas spécifique au domaine politicien) est que, dans le second cas, vos proches et amis sont aussi vos adversaires, selon les circonstances. S’il est vrai qu’un loup attaque toujours un chevreuil, un humain peut au contraire combattre ou s’allier avec un autre en des occasions souvent imprévisibles. dans ce milieu, l’ambivalence ami-ennemi se double de l’ubiquité du pouvoir. On croit couramment que c’est le président, le gouvernement et les ministres qui décident en oubliant qu’autour de ces personnages médiatisés se trouvent une foultitude de conseillers. En particulier, les conseillers du président et ceux du premier ministre forment une sorte de réplique du gouvernement officiel. Souvent issus des grands corps de l’Etat, ces personnes sont capables de persuader le président ou le premier ministre plus qu’un ministre dans son périmètre politique. Nicolas Hulot, comme nombre de ses prédécesseurs, a ressenti douloureusement ces arbitrages matignonesques ou élyséens défavorables à l’écologie sous pression d’un conseiller.

Et puis, bien sûr, il y a le fond de l’affaire : la désagrégation croissante du système Terre les gouvernements et décideurs de toute échelle et de tout continent continuent de croire que plus de technologie et plus de croissance apporteront les solutions à des nuisances passagères dans l’environnement et à des inégalités transitoires dans la société. Cette croyance libérale-productiviste est tellement puissante qu’il est désormais trop tard pour remplacer ce paradigme et ses désastreuses conséquences matérielles et sociales par un paradigme écologiste et ses bienfaits supposés, avant l’effondrement. Nicolas Hulot, écologiste intuitif et profond, est sans doute parvenu à ce constat affligeant, même si, comme nous, il continuera à lutter pour réduire les souffrances à venir. Il est toujours risqué d’entrer en politique lorsqu’on est plus sincère que cynique, et il est tout aussi risqué de proposer à Socrate d’être ministre lorsqu’on est président. Nicolas Hulot a perdu son pari de changer les choses, à temps, et avec l’ampleur souhaitable. Emmanuel Macron a finalement échoué dans son coup de com d’écoblanchiment. » (LE MONDE du 30 août 2018, Yves Cochet : « Socrate et la nature quittent le gouvernement »)

Le ridicule n’épargne pas Christophe Castaner qui s’adresse ainsi aux membre de LRM : « Chères adhérentes, chers adhérents, comme vous, j’ai été surpris d’apprendre la décision de Nicolas Hulot de quitter le Gouvernement ; c’est une décision que je regrette mais que je respecte sincèrement. Il a lancé un mouvement inédit dans l’histoire de notre pays pour répondre à cette question universelle : comment mieux vivre ensemble en respectant la planète et la biodiversité et en adaptant nos modes de vie aux enjeux environnementaux ? Le président de la République a fixé dans son programme un cap très ambitieux, nous avons réussi en un peu plus d’un an à mettre en œuvre de grands progrès… » Suit une longue litanie des soi-disant succès de la politique écologique du gouvernement ! Tant que nos dirigeants garderons la merde qu’ils ont dans les yeux, nous irons de plus en plus vite au désastre et Nicolas Hulot a quitté le Titanic au bon moment

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2 réflexions sur “Départ de Hulot, la divergence entre vrai et faux ami”

  1. Comparer Hulot à Socrate, c’est comme comparer Macron à Jupiter… amusant. Mis à part cette plaisanterie, Yves Cochet fait un excellent résumé de ce petit épisode. Je dis « petit épisode » parce que dans quelques jours tout cela sera oublié. La Terre ne va pas s’arrêter de tourner parce que Nicolas nous a quitté et son départ ne changera rien à la sombre histoire du Titanic.

    – « Nicolas Hulot a perdu son pari de changer les choses » : On peut en effet le voir comme ça, en tous cas nous pouvons le remercier de nous avoir fait la démonstration que c’était mission impossible. Ce qui devrait, peut-être, faire réfléchir pas mal de naïfs. On peut toujours rêver.

    – « Emmanuel Macron a finalement échoué dans son coup de com d’écoblanchiment » : Là aussi, peut-être. Et si encore nous pouvions nous en réjouir… Hélas c’est fou comme la com (propagande) est efficace de nos jours, et c’est fou comme la mémoire ne retient que ce qui l’arrange.

    https://yetiblog.org/yves-cochet-a-propos-deffondrement-decologie-et-de-hulot/

  2. Comparer Hulot à Socrate, c’est comme comparer Macron à Jupiter… amusant. Mis à part cette plaisanterie, Yves Cochet fait un excellent résumé de ce petit épisode. Je dis « petit épisode » parce que dans quelques jours tout cela sera oublié. La Terre ne va pas s’arrêter de tourner parce que Nicolas nous a quitté et son départ ne changera rien à la sombre histoire du Titanic.

    – « Nicolas Hulot a perdu son pari de changer les choses » : On peut en effet le voir comme ça, en tous cas nous pouvons le remercier de nous avoir fait la démonstration que c’était mission impossible. Ce qui devrait, peut-être, faire réfléchir pas mal de naïfs. On peut toujours rêver.

    – « Emmanuel Macron a finalement échoué dans son coup de com d’écoblanchiment » : Là aussi, peut-être. Et si encore nous pouvions nous en réjouir… Hélas c’est fou comme la com (propagande) est efficace de nos jours, et c’est fou comme la mémoire ne retient que ce qui l’arrange.

    https://yetiblog.org/yves-cochet-a-propos-deffondrement-decologie-et-de-hulot/

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