Le temps long et incertain de l’innovation

Faut-il faire confiance aux innovations ? Non seulement nous n’avons pas le temps d’attendre, mais elles sont plus conceptuelles que realisables.

Jean-Baptiste Fressoz : « En 1974 se tient à Miami le premier colloque international sur l’économie hydrogène  comme vecteur énergétique du futur; on y retrouve les promesses actuelles, la fin des fossiles, la pile à combustible, etc. On discute beaucoup d’avions à hydrogène, dont les ingénieurs de Lockheed dessinent les élégants fuselages. Les perspectives sont grandioses : des centrales atomiques construites sur des atolls du Pacifique produiraient de l’hydrogène par craquage thermique de l’eau (plus efficace que l’électrolyse) ; l’hydrogène serait exporté par une flotte de cryotankers ; le Japon deviendrait l’Arabie saoudite du XXIe siècle. Quant aux déchets radioactifs, en attendant la fusion, on s’en débarrasserait par auto-enfouissement : par leur propre chaleur, ils s’enfonceraient dans le socle basaltique des atolls… Le temps de diffusion de l’innovation est le facteur-clé de la transition, un temps difficilement compressible lié à l’inertie des infrastructures et au déplacement des capitaux. : cent soixante ans pour que le charbon pèse la moitié de l’énergie mondiale, quatre-vingts ans pour le pétrole. La dynamique du capitalisme produit des transitions beaucoup trop lentes face au changement climatique, dont on estime qu’il deviendra potentiellement catastrophique vers 2020. »

Cette présentation de la temporalité insuffisante vu l’urgence écologique occulte le fait que les innovations qui pourraient nous sortir de la merde dans laquelle nous a mis les innovations, on ne voit pas du tout ce que ça pourrait être. L’hydrogène est une fausse bonne idée, les surgénérateurs (Astrid) une impasse avérée, la fusion (ITER) une impossibilité majeure, la numérisation du monde une mode énergivorace, etc. Il nous reste donc l’énergie solaire et les moulins à vent, l’agriculture bio et notre force endosomatique (l’huile de coude), le vélo plutôt que l’auto, le petit tour autour de chez soi plutôt que le tourisme au long cours, en clair la décroissance économique. Mais les tenants du confort exosomatique comme « Le sceptique » croit encore à l’innovation qui nous sauvera un jour, peut-être, dans le plus lointain des lointains, aux calendes grecques ou à la Saint-Glinglin… Ils sont comme les croyants et psalmodient « innovation, innovation, viens à mon secours, je t’aime ».

Un exemple typique sur lemonde.fr, « Le sceptique » qui écrit sans rire :

– Il n’existe pas de limite physique proche aux besoins énergétiques des humains, le soleil seul par rayonnement nous envoie 5000 fois ce que nous consommons, et outre le solaire PV ou TD, nucléaire, éolien, hydraulique, géothermie, biomasse originelle ou modifiée sont mobilisables. Inventons au plus vite l’abondance non fossile pour tous.
– La régression n’est pas une option : les sociétés d’abondance sont plébiscitées et le resteront évidemment. L’urgence climatique est un non-sens si elle induit paupérisation économique et guerre sociale. On perd du temps en laissant le sujet aux pseudo-solutions genre décroissance, fétichisme de la nature, moralisme pénitentiel.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

26 février 2021, Les mirages de l’innovation technologique

26 septembre 2020, principe innovation / principe de précaution

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4 réflexions sur “Le temps long et incertain de l’innovation”

  1. Il me paraît totalement irrationnel de parier sur des changements de comportements de type « les gens vont adorer la nature alors ils vont changer radicalement de mode de consommation, de production et d’interaction, décider tous ensemble qu’il faut être de plus en plus pauvre dans sa vie ». Il y a zéro indice empirique que cela marche ainsi (encore moins dans le temps des objectifs climat), pléthore d’indices empiriques du contraire.
    Donc on perd du temps précieux sur des trucs moraux qui pourrissent les rapports entre individus (tu dois avoir honte de prendre ton SUV thermique, tu dois souffrir ta vie durant dans la rareté non fossile) au lieu de faire simple (le SUV thermique bientôt deux fois plus cher qu’une électrique).

  2. Cette semaine j’ai encore regardé une vidéo sur Iter et je me suis marré, en effet un gars dans sa vidéo nous explique qu’il n’y aurait jamais de soucis à se faire à propos de l’énergie, et qu’il y en aurait partout, et donc il nous explique aussi que l’on pourrait obtenir de l’énergie dans de la boue par exemple, et que la seule chose qui manquait pour le moment ce sont les connaissances adaptées pour extraire l’énergie de la boue et la convertir en électricité. Et donc il extrapolait les possibilités de produire de l’énergie avec toutes les matières, et que pour rendre possible cela il suffisait juste de chercher les connaissances, que seules les connaissances manquent et non pas l’énergie. Évidemment, c’était pour nous convaincre que tout se passera bien avec Iter et que l’on aurait de l’énergie gratuite illimitée…

    1. Bon, je laisse les techno-scientistes prendre leurs rêves pour des réalités. J’ai hâte de voir les résultats des tests d’ITER entre 2025 et 2030… D’ailleurs cette semaine j’ai répondu à Benoît Odile (de Solidarité et Progrès par Jacques Cheminade), en effet il critiquait les ENR parce qu’elles ne remplaçaient pas beaucoup les énergies fossiles. Alors je lui ai répondu le fait que son Énergie à fusion remplaçait 0% d’énergies fossiles ! Et qu’il était mal placé pour critiquer les ENR

  3. Tarnacien 03/06/2021-08H40 : « Il n’y a rien à faire, les gens, et même les savants, croient à interstellar. L’argumentaire rationnel de JBF n’a aucun poids et aucune chance d’ébranler leurs croyances.»
    C’est ce que je pense également. Même Stephen Hawking y croyait, misère misère !
    Hier Marcel nous a donné le mot juste pour qualifier F-X Oliveau : CORNUCOPIEN
    Le cornucopianisme comme le scientisme sont des croyances, des religions. Bon courage pour faire abjurer leurs membres. Quoi que nous puissions leur dire ils répondront «Faut y croire ! Faut po-si-ti-ver ! Plus ça rate et plus on a de chances de réussir». Tout connement parce qu’il est bien plus agréable de croire à Interstellar, à l’Hydrogène Vert, au Cosmogol, à la poupée qui tousse etc. que de se dire que la fête se termine.

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