Biosphere-Info, la surpopulation mondiale

En cette période de reconfinement, soutenez les librairies de proximité en commandant des livres. Si vous êtes intéressés par la question démographique, voici un comparatif de deux livres récents. Le titre du livre* de Jacques Véron, « Faut-il avoir peur de la population mondiale ? » botte en touche. On exclut le terme « surpopulation », y compris dans le sommaire, parce qu’on considère qu’il n’y aurait pas de véritable problème de nombre. Ce n’est pas le cas du livre de Michel Sourrouille qui prend la problématique malthusienne frontalement : « Arrêtons de faire des gosses, comment la surpopulation nous mène à notre perte. » Dans le sommaire, on envisage toutes les conséquences classiques de la surpopulation, épidémies, famine et guerres, mais aussi les liens très actuels entre surpopulation et surconsommation, surexploitation des ressources et réchauffement climatique.

Jacques Véron nous donne seulement quelques références ponctuelles sur le concept de surpopulation :  « Selon Jacques-Yves Cousteau, la grande responsable de toutes nos angoisses n’est rien d’autre que la surpopulation, avec une humanité confrontée à « big-bang démographique ». Nous étions, affirmait-il en 1991, » assis sur une bombe » et nous ne disposions guère de plus de dix années pour la désamorcer. Ce discours peut être qualifié de « malthusien » ou « néo-malthusien » (page 21). Le sociologue Gaston Bouthoul soutenait dans son livre « La Surpopulation » que l’humanité était devenue une « espèce nouvelle ». Il associait l’accélération de la croissance démographique à une mutation biologique et dénonçait le chaos de la surpopulation. Selon lui, cette démographie galopante à l’échelle de la planète était à l’origine de l’accélération de l’histoire (page 26). Envisageons non plus l’hypothèse d’une surpopulation, mais celle d’une explosion démographique, ce qui est tout à fait différent puisque, au lieu de nous intéresser à l’effectif absolu, nous considérons sa vitesse de croissance (son taux d’accroissement) La question n’est plus de savoir s’il y a trop de gens sur terre mais si la population mondiale augmente trop rapidement. Or dans un monde résolument fini comme le nôtre, une succession de doublements de la population finit nécessairement par devenir problématique (page 40) ». Jacques Véron semble même ignorer que l’expansion quantitative du nombre d’humains détériore les conditions de vie (et donc l’existence) de toutes les autres espèces. Ce livre aborde pourtant bien d’autres sujets car il se voulait exhaustif, ce qui empêche de bien cerner l’idée générale. Que faire ? On reste sur sa faim.

Michel Sourrouille énonce quelques réalités dès le début de son livre**, il en tire les raisons de son anxiété : « L’année de ma naissance en 1947, la population mondiale était de 2,3 milliards. Ce chiffre me semble déjà vertigineux. Mais si je vivais centenaire, les statistiques pour 2047 prévoient 9,275 milliards d’êtres humains, soit une multiplication par 4 au cours de mon existence. Insupportable. Comment nourrir suffisamment et loger décemment 7 milliards de personnes de plus au cours d’un seul siècle ? N’importe lequel d’entre nous devrait être terrifié par l’ampleur de cette marée humaine… J’ai personnellement peur de ce que la surpopulation implique, un surnombre synonyme d’étouffement, de chute de la biodiversité et de suppression de nos libertés. J’ai peur de ses conséquences visibles, une planète exsangue recouverte de goudron et de béton, qui étouffe la vie sauvage et détériore nos paysages, épuise nos ressources naturelles non renouvelables et dégrade même les renouvelables, transforme les villes en bidonvilles et nos relations interpersonnelles en sms… Pourtant l’analyse malthusienne reste encore un tabou médiatique. Car comment ne pas avoir peur d’en parler publiquement ? Contrôler la fécondité tout en gardant le sens de l’humanisme, cela paraît pour beaucoup de gens impossible, en décalage par rapport aux conceptions communes de la liberté humaine… Ce qui me terrorise le plus, c’est de voir autant d’analystes qui ferment les yeux sur le problème de la surpopulation, quand ce n’est pas quelques personnages trop médiatisés qui dénigrent les malthusiens et favorisent ainsi notre immobilisme en matière de maîtrise de la fécondité. En voulant ignorer le poids démographique de l’humanité sur les écosystèmes, ils favorisent ce que Malthus en 1798 redoutait plus que tout autre chose, une décroissance forcée de la population humaine. Nous savons aujourd’hui de manière certaine que nous avons dépassé les capacités de renouvellement des ressources planétaires, que nous puisons sans vergogne dans notre capital naturel, que nous léguons aux générations futures un monde très abîmé aux ressources épuisées par notre expansion démographique exponentielle et notre boulimie consumériste… » Le livre de Michel Sourrouille nous incite à devenir malthusien, régulant la fécondité en fonction des ressources disponibles. Il montre qu’on peut agir au niveau individuel en réduisant sa propre fécondité, donnant envie de s’engager dans une association comme « Démographie Responsable » en France, indiquant que les scientifiques s’inquiètent de l’état de surpopulation mondiale et que les idées politiques commencent à évoluer.

La différence d’approche entre Sourrouille et Véron sur la (sur)population reposent pourtant sur des considérations communes. L’équation élémentaire de l’environnement IPAT (Impact écologique = Population x mode de vie (Affluence en anglais) x effet Technologique) est bien analysée dans les deux livres. Le cercle vicieux entre pauvreté et fécondité se retrouve aussi dans les deux livres, la pauvreté tend à « se reproduire ». Mais Jacques Véron a fait un livre fourre-tout, parfois hors-sujet, se contentant d’écrire qu’on « doit » se développer pour réduire l’accroissement démographique, ce qui en reste au niveau du « fautqu’on ».

* Faut-il avoir peur de la population mondiale ? (Points Essais, avril 2020)

** Arrêtons de faire des gosses, comment la surpopulation nous mène à notre perte (éditons Kiwi – collection lanceurs d’alerte, octobre 2020)

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8 réflexions sur “Biosphere-Info, la surpopulation mondiale”

  1. Il y a bien une solution : la bombe à neutrons. Bien sûr, elle est interdite, mais les recherches ne sont pas abandonnées. Je verrai bien une puissance nucléaire, peut-être asiatique, envisager de l’utiliser pour déblayer le terrain avant la colonisation… Evidemment, il y aurait des conséquences sur l’environnement.

  2. De la part de notre correspondante Andrée R : il est IMPOSSIBLE, à part si on a du piston, de se faire faire une ligature des trompes avant 40ans que lon ait 2,3 ou pas d’enfants …impossible. Vieille culture judéo-chrétienne, les femmes sont la pour faire des enfants.
    Il faudrait que tout le monde se rassemble sur ce pb de l application COMPLÈTE DE la loi de 2001 et le faire savoir par tous les moyens ; moi je suis sur le terrain et on me regarde d un œil circonspect, on m’a même dit que j’étais fasciste en voulant stériliser les femmes sachant que ces filles pauvres ont déjà 3 ou 4 gamins. A 81ans j aurais tout entendu.

    1. Andrée R (suite) : Mais enfin, je connais des femmes qui ne veulent Pas d enfants, c leur droit, c leur corps, c vraiment impossible d’obtenir une ligature, alors zou,la chimie …et les cancers. La médicalisation du corps des femmes,on est en plein dedans, y compris l’avortement chimique qui ne coûte plus grand chose, la prise de 4 cachets, 2 jours de coliques et de saignements, bien douloureux et bien punitifs et vivent les perturbateurs endocriniens. Terminé l’ivg par aspiration, endormies, c du luxe.

    2. Que certaines femmes rencontrent des difficultés pour ça, je veux bien le croire. Mais à ce point IMPOSSIBLE, vraiment ? N’aurait on pas tendance à exagérer un peu ?
      – «La loi du 4 juillet 2001 autorise toute personne majeure, bien informée, à bénéficier de cette intervention. Théoriquement, il n’y a aucune condition d’âge, de nombre d’enfants ni d’accord du partenaire. Dans les faits, une jeune femme de 20 ans va rencontrer des difficultés à trouver un chirurgien qui accepte de l’opérer. Celui-ci se réserve le droit de refuser l’intervention s’il perçoit que la femme n’est pas prête, mais il est censé la diriger vers un confrère. Dans tous les cas, un délai de réflexion de quatre mois est requis entre deux consultations, ainsi que la signature d’une feuille de consentement. »(Santé Magazine)

  3. La complexité est le cache misère classique de tous les natalistes pour fermer les yeux sur ce qui est à la base de tout : « Les ordres de grandeurs » Les natalistes nous parlent avec les mêmes mots, les mêmes arguments, d’une population mondiale de 200 millions d’habitants ou de 8 milliards, et le monde non humain ne les préoccupe pas.

    1. En effet la complexité peut-être un argument bien pratique pour clouer le bec au détracteur et n’en faire qu’à sa tête. Autrement dit pour fermer les yeux sur ce que l’autre essaie de montrer. Dire à quelqu’un «c’est plus compliqué que ça» c’est déjà vouloir le faire passer pour un idiot. «Tu ne peux pas comprendre, de toute façon qu’est-ce que tu proposes ?» c’est enfoncer le clou, le contestataire n’a plus qu’à se taire. Comme autre même type d’argument nous avons le sempiternel «c’est dans la nature humaine», auquel je réponds «qu’est-ce que tu en connais toi de la nature humaine ?»
      La complexité ne peut pas être balayée comme ça d’un revers de la main, elle est là et nous devons faire avec, que ça nous plaise ou non. Rester sur sa propre vision des choses reste la position la plus confortable, voir le monde en bicolor est certainement plus facile que de le voir dans toutes ses nuances, dans toute sa complexité justement.

  4. La différence d’approche semble surtout dépendre de la peur que suscite ce problème de (sur)population.
    Le titre du livre de Jacques Véron pose la question «Faut-il avoir peur de la population mondiale ?» N’ayant pas lu ce livre mais seulement des critiques, Véron semble insister sur la complexité du sujet. A la question «Pour réduire la pression environnementale, suffirait-il que la population mondiale se stabilise ou décroisse ?» la réponse est «Clairement non. Que peut-on faire alors ?» Une façon comme une autre en effet, de botter en touche.
    De son côté Michel Sourrouille dit avoir peur, et ne comprend pas que d’autres ne puissent pas l’être autant que lui, terrifié. C’est son problème, c’est donc à lui d’essayer de comprendre, et surtout de trouver un bon remède pour vivre au mieux avec ça. N’oublions pas que la peur brouille les esprits.

    1. Au sujet du livre de Véron, Biosphère écrit : «Que faire ? On reste sur sa faim.»
      Là encore la sempiternelle question : Alors que faire, en attendant ?
      Plus loin : «Mais Jacques Véron a fait un livre fourre-tout, parfois hors-sujet, se contentant d’écrire qu’on « doit » se développer pour réduire l’accroissement démographique, ce qui en reste au niveau du « fautqu’on ». »
      Une autre façon de nous dire que les yaca-faucon des malthusiens et autres dénatalistes sont plus sérieux que ceux de Véron, la bonne blague. En attendant, la fin de ce con finement bis, de mon côté je vais essayer de faire des progrès à la guitare. 🙂

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