effet de serre

rationnement carbone

Hier le marché des droits d’émission, aujourd’hui la contribution climat-énergie, demain  le rationnement !

– En 2006,  Jean-Marc Jancovici dans « Le plein s’il vous plaît » envisageait la taxe carbone : « Le changement de mode de vie porte déjà un nom : un prix de l’énergie toujours croissant. C’est si simple, il suffit juste de le vouloir ! Votez pour le premier candidat qui proposera d’augmenter progressivement et indéfiniment la fiscalité sur les énergies fossiles ! »

– En 2009, Yves Cochet dans « Antimanuel d’écologie » parle de rationnement : « Si nous voulons conserver les valeurs cardinales de l’Europe que sont la paix, la démocratie et la solidarité, la transition vers la société de sobriété passe par la planification concertée et aux quotas, notamment en matières énergétique et alimentaire. »

– Des  chercheurs de l’université de Princeton aux Etats-Unis confirment les propos d’Yves Cochet ; ils proposent de fixer un quota individuel d’émissions de CO2 (LeMonde du 11 juillet 2009). Cela présuppose de contrôler les super-émetteurs qui se déplacent en avion, possèdent plusieurs voitures et vivent dans des habitations confortablement chauffées ou climatisées selon la saison.

terrorisme public

Emile Henry (1872-1894) voyait juste :

– J’aime tous les hommes dans leur humanité et pour ce qu’ils devraient être, mais je les méprise pour ce qu’ils sont ;

– La classe moyenne, masse bête et prétentieuse, se range toujours du côté du plus fort ;

– Seuls les cyniques et les rampants peuvent se faire une bonne place au banquet.

Mais il a été guillotiné à 22 ans pour avoir choisi d’assassiner au hasard dans plusieurs attentats terroristes (LeMonde des livres du 10 juillet). Les moyens utilisés n’ont pas été à la hauteur des enjeux.

Le G8 voit juste pour la première fois, il reconnaît que l’accroissement de la température globale moyenne ne devrait pas dépasser les niveaux préindustriels de plus de 2°C. Mais les moyens préconisés ne sont pas à la hauteur des enjeux :

– aucune précision d’une année de référence pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre (1990 ou après !) ;

– aucune entente sur les objectifs pour 2020 en matière de GES ;

– aucune mention chiffrée du financement des actions pour aider les pays pauvres.

Mais contrairement au cas d’Emile Henry, il n’existe pas encore de tribunal pour sanctionner les crimes contre la planète. D’ailleurs, qui juger, nos dirigeants ? La classe moyenne qui roule en automobile privée ?

ça chauffe

LeMonde du 3 juillet nous prépare à l’arrivée inéluctable de la taxe carbone, qui pourrait d’ailleurs s’appeler « Contribution climat-énergie » pour pouvoir ajouter aux énergies fossiles toutes les autres sources d’énergie, et particulièrement le nucléaire. Le Parti socialiste parle déjà de CCEU, « Universelle ».

De toute façon, il faut faire très vite, ça chauffe : les experts scientifiques (dont Jouzel, Hansen, etc.) qui se sont réunis récemment à Copenhague, en sont revenus livides. Les prévisions scientifiques seraient bien plus pessimistes depuis le 4ème rapport du GIEC, il ne faudrait plus diviser les émissions mondiales par deux d’ici 2050, mais plutôt par trois. On murmure même ici ou là que des points de basculement comme la fonte du permafrost pourraient déjà avoir été franchis.

Mais le problème, c’est que le rythme du débat politique est bien plus lent qu’un emballement climatique. Alors beaucoup de monde va avoir les pieds dans l’eau sans l’avoir demandé.

Bonnes vacances à toi, pas très loin de chez toi !

le (for)fait accompli

Le groupe pétrolier Total a reçu l’autorisation le 28 mai de lancer un projet pilote de captage et de stockage géologique de CO2 (CSC) à Lacq (LeMonde du 30 mai). L’association FNE (France nature environnement) n’est pas d’accord :

La CSC est énergivore car elle utilise en effet de l’énergie pour les opérations de capture, de transport et d’injection souterraine.

La CSC est polluante car cette technologie a pour raison première Ie développement des centrales thermiques au charbon

La CSC présente des risques, aucune expertise indépendante et contradictoire n’a été financée à ce sujet.

La CSC est tardive, les industriels eux-mêmes rappellent que la CSC ne sera pas opérationnelle avant 2030.

La CSC n’est pas viable, les cavités géologiques adéquates et non exposées à un risque sismique sont rares.

 La CSC est fondée sur un mensonge, elle ne permet pas de réduire mais juste d’ enfouir nos émissions de gaz à effet de serre

Le principe pollué/payeur, le contribuable sera mis à contribution.

Le responsable c’est l’Etat qui assurera la surveillance du site et prendra donc en charge les éventuels problèmes

CONCLUSION : Restaurer une démocratie écologique. Les associations demandent un moratoire sur tout projet de CSC, l’organisation d’un débat public par la Commission nationale du débat public, l’organisation d’un débat parlementaire sur Ie cadre juridique applicable et une expertise réellement indépendante des risques.

climatique emballement

Y’a de quoi s’inquiéter ! Quelques brèves se recoupent dans LeMonde du 18 avril. Page 4, on nous informe qu’au-delà d’une hausse des températures de 2,5 °C, les forêts pourraient libérer de grandes quantités de carbone et ainsi inverser leur rôle de « puits de carbone ». Page 16, on nous informe qu’une hausse brutale du niveau de la mer, largement supérieure aux 18 à 60 cm d’ici à la fin du siècle prévus par le GIEC, n’est pas exclue.

Pourtant, ce n’est pas l’annonce de ces potentiels désastres qui m’inquiètent, c’est le fait que ces informations capitales ne soient pas mises en évidence dans mon quotidien préféré. Celui-ci donne six fois plus d’espace en page 23 à « l’art de l’ingénierie astucieuse », c’est-à-dire à un reportage sur la Formule 1. La compétition automobile est le véhicule privilégié de l’aspiration à la vitesse et le promoteur infatigable du gaspillage de CO2. Si un quotidien de référence valorise ainsi l’émission de gaz à effet de serre, il me semble évident que les perspectives d’emballement du processus du réchauffement et la hausse conséquente d’augmentation du niveau des mers vont se réaliser.

Je rappelle qu’un Premier ministre avait décrété le 30 novembre 1973 l’interdiction du sport automobile sur le sol national suite au premier choc pétrolier. J’attends instamment que le Premier ministre François Fillon (ou sa doublure Sarko) édicte la même interdiction pour lutter contre le réchauffement climatique. En effet, on ne peut pas attendre des médias qu’ils fassent mieux que les politiques, seuls à même de prendre les décisions. Mais on ne peut pas attendre des politiques qu’ils pensent autrement que les téléspectateurs qui bavent devant la ronde infernale de la F1 sur TF1. Car on ne peut pas attendre des citoyens qu’ils raisonnent différemment de ce que leur montrent les médias…

carte carbone ou taxe ?

Ne nous leurrons pas, les informations qui nous parviennent  sont toujours en retrait sur ce qu’il faudrait faire. A l’heure actuelle la lutte contre le réchauffement climatique repose sur le marché des droits à polluer. Rien à cirer, c’est un soutien des politiques aux entreprises pollueuses et le pouvoir de compromission s’arrangea toujours pour que le prix du carbone soit le plus bas possible, ou qu’il y ait des exemptions, etc. Le Monde  du 9 avril aborde quand même la taxe carbone dont Sarko a un peu parlé en 2008, et les USA y réfléchissent. Mais il s’agit d’une taxe aux frontières, il s’agit d’abord de se protéger de la « concurrence déloyale », pas directement d’économiser l’énergie.

            Alors certains rêvent d’une taxe « contribution climat-énergie » sur l’ensemble des  consommations. Très bien, mais c’est  déjà insuffisant, la planète chauffe. Plutôt qu’une action par les prix (la taxe carbone agit sur les prix, donc sur les comportements), il faudrait déjà préparer activement l’action sur les quantités, la carte carbone. Ce système de carte de rationnement a été proposé fin juin 2005 en Angleterre par le ministre de l’environnement. Les points carbone de la carte seraient débités chaque fois que son détenteur achèterait des combustibles fossiles, que ce soit pour se chauffer, pour cuisiner, pour se déplacer, pour acheter des engrais… Il est en effet malheureusement évident qu’un système du type « simplicité volontaire » est illusoire collectivement, il faudra une dose de coercition. J’attends avec impatience le premier politique qui présentera le programme carte carbone / rationnement : il aurait raison, mais il est sûr d’être hué ! Déjà Europe-écologie commence à parler de social plutôt que d’écologie !!

Alors, pour terminer quand même en beauté, une petite citation : « Pour que les rapports sociaux soient placés sous le signe de l’équité, il faut qu’une société limite d’elle-même la consommation d’énergie de ses plus puissants citoyens. (Ivan Illich, énergie et équité, 1973)

les négationnistes du climat

Sur la même page du Monde (14 mars), rencontre climatique tumultueuse. D’un côté un conglomérat de scientifiques, mais aussi de politiciens et d’économistes, dénonçaient du 8 au 10 mars le protocole de Kyoto à New York. En ouvrant le débat, le président tchèque Vaclav Klaus se contente d’un procès d’intention : «  Le véritable projet de l’alarmisme environnementaliste est de ramener l’humanité des siècles en arrière ». Mais son propre ministre de l’environnement regrettait deux jours après « l’amateurisme et les positions bizarres » de son Président. Il est clair que la plupart des intervenants de ce colloque ignoble sont au service des lobbies, ils sont d’ailleurs rémunérés, chose rare pour les conférences scientifiques. Quelques-uns affirment aussi sans savoir, il y en a comme ça un peut partout autour de nous !

De l’autre côté 2000 scientifiques, parmi lesquels les plus éminents climatologues mondiaux, préparaient du 10 au 12 mars la prochaine conférence de Copenhague où les gouvernements devront décider en toute connaissance de cause. Le comité scientifique de la conférence affirme : « Les dernières observations confirment que le pire des scénarios du GIEC est en train de se réaliser. Le système climatique évolue d’ores et déjà en dehors des variations naturelles à l’intérieur desquelles nos économies se sont construites ». L’irréversibilité qui va ramener l’humanité des siècles en arrière est sans doute en cours, un spécialiste prédit en effet : «  La capacité de stockage du gaz carbonique par les écosystèmes devrait culminer vers 2050, avant que, fragilisés par le réchauffement, ils ne se mettent à leur tour à relâcher du CO2 dans l’atmosphère, aggravant ainsi le phénomène ».

Vaclav Klaus veut notre perte, il devrait être dénoncé par tous les médias. C’est un négationniste climatique dont nous avons malheureusement trop d’exemplaires (cf. mes articles du 8 octobre 2008, 11 et 15 février 2009). J’ai même un membre de ma famille qui s’est permis le raisonnement suivant : « Au secours, ça chauffe ! Le climat se réchauffe, vous avez fauté alors la nature se venge. Vous bougez trop alors les catastrophes se multiplient, mais oui, regardez vous avez les preuves sous les yeux, le soleil est trop chaud, il pleut, le vent souffle, les tempêtes, les raz de marée se multiplient, l’hiver est trop froid, l’été trop chaud, vous voyez, vous avez la preuve de votre pollution calorifique. Vous pétez trop fort, vous faites tourner votre moteur, vous réchauffez la planète. Si ! Touchez le pot d’échappement de votre monstre mécanique, il est brûlant, les gaz qu’il rejette sont chauds, mettez-vous un doigt dans le cul, c’est chaud, voila la preuve ! » Le même rajoute : « L’emploi du mot négationniste est un procédé assez dangereux et détestable car il fait un lien direct à la négation de l’élimination du peuple juif pendant la seconde guerre mondiale qui est un génocide bien sûr condamnable. Il s’agit donc là de l’emploi d’un mot qui tente de discréditer un contradicteur. Ce type d’argument se retourne immédiatement contre son auteur pour peu que l’on dénonce la rhétorique. »

C’est vrai, « négationniste », en matière de climat, le terme n’est pas assez fort ; ce n’est pas un peuple particulier qu’on agresse, c’est la Biosphère tout entière.

 

ça va être dur

Dans son discours définissant concrètement la politique qu’il entend mener, Barack Obama ne mentionne la question écologique qu’en passant et en la réduisant au changement climatique. Le nouveau Président n’a même pas dit à ses concitoyens, premiers émetteurs au monde de GES, qu’il fallait réduire considérablement leur consommation d’énergie (dixit Hervé Kempf, LeMonde du 1-2 mars). Il est vrai que mon quotidien de référence reste le plus souvent assez timide en matière de chocs écologiques. Dans sa présentation du livre de Jean Marc Jancovici, Le changement climatique expliqué à ma fille, Antoine Todorov (LeMonde du 28 février) se lance dans des circonvolutions invraisemblables : « Nous pouvons peut-être néanmoins encore lutter contre ces évènements, même s’ils paraissent inévitables ».

Non, monsieur Todorov, aucun évènement causé par l’homme n’est inévitable. La guerre n’est jamais inévitable quand nous devenons tous objecteurs de conscience. Le réchauffement climatique et autres crises écologiques ne sont pas inévitables si nous devenons tous objecteurs de croissance. Monsieur Todorov, la force d’un journaliste est de proclamer sans hésiter ces vérités premières comme le fait Hervé dans le même journal que vous. Encore faudrait-il, Monsieur Todorov, que vous ayez vraiment lu Jancovici, il ne s’agit pas de simples petits changements comme vous l’affirmez. Jean-Marc dit explicitement à sa fille :

« Nous avons quarante ans pour changer, il va falloir mettre les choses en mouvement à très grande échelle… Cela implique de ne pas faire des études longues à la fac, mais de devenir agriculteur ou menuisier… De dire tout de suite je me lève une demi-heure plus tôt pour aller travailler même si c’est dur… D’accepter dès maintenant que nous n’aurons pas toujours plus en travaillant de moins en moins, mais bien l’inverse, pour préserver la paix et un minimum de joie de vivre… En somme il faut tout repenser. »

bonus à la con

            Il y a bonus et bonus. La Lloyds s’apprête à verser pour 120 millions de livres de primes. Il paraît que les cadres bancaires d’un secteur en quasi-faillite touchent des bonus puisque « aucune économie moderne ne peut  fonctionner sans les banques » et que « occuper un poste de direction dans ce secteur n’est ni très facile, ni très gratifiant ». La rubrique pourrie Breakingviews.com donne la parole à Christopher Hughes (les Anglais ne doivent pas mettre tous les bonus dans le même sac). Cet analyste n’a vraiment pas le sens de la dignité des poor workers.

Le même numéro de mon quotidien préféré (LeMonde du 18 février) donne une autre approche des bonus, mais c’est aussi pourri. Le plan de relance allemand appelle « bonus écologique » une simple prime à la casse ; les conditions écologiques pour l’achat d’une nouvelle voiture ne sont même pas restrictives. Une somme de 1,5 milliards d’euros consacrée à l’industrie automobile veut bien dire que le plan-climat n’était que poudre aux yeux. 

Le bonus, c’est pour le niveau des émissions de CO2 dans l’atmosphère qui est plus élevé que ne le prévoyaient les scénarios les plus pessimistes des experts du climat (+ 3,5 % par an depuis 2000, contre 0,9 % dans les années 1990) et les milliardaires continuent de sabler la champagne. La fête est finie, mais l’espèce humaine ne le sait pas encore…

négationnisme climatique

Il y a des négationnistes partout, même dans l’Eglise catholique. Mais les négationnistes les plus dangereux pour l’avenir de nos enfants, ce sont les négationnistes du climat. Ainsi une brève du Monde (11 février) parle de Sammy Wilson, ministre nord-irlandais de l’environnement, qui a interdit une publicité appelant à réduire la consommation d’énergie et donc l’émission de CO2. Mais LeMonde ne dénonce pas M. Wilson qui nie l’origine humaine du réchauffement climatique. Pourquoi ce négationnisme assumé et fier de l’être ?

Dans la rubrique Vu&commenté du Monde du 20 mai 2008, le faux écolo Claude Allègre ne croyait pas lui aussi à un réchauffement climatique d’origine anthropique. Il parlait même d’une escroquerie scientifique menée par des centaines de spécialistes du climat dans le cadre du GIEC. Pourquoi donc LeMonde a-t-il donné tant de fois la parole à cet égocentrique cultivant une notoriété malfaisante grâce à ses jugements personnels à l’emporte-pièce ? Pourquoi LeMonde a-t-il cultivé un sensationnalisme inutile ?

Dans le même numéro, ce négationnisme journalistique s’affichait de manière indirecte avec une pleine page du Monde &vous consacrée à la décapotable de BMW (149 à 224 g/km de Co2) et à une belle Ferrari rouge en photo, dont le texte se gardait bien de présenter le bilan carbone du moteur V8 à injection directe développant 460 chevaux et « passant de 0 à 100 km/h en moins de quatre secondes ». Pourquoi LeMonde verse-t-il dans ce négationnisme climatique non affirmé ? Parce qu’il vit de la publicité et que l’automobile, ça rapporte !

Il est donc évident que si un ministre, environnementaliste de surcroît, peut se permettre encore un négationnisme climatique, c’est qu’il se sent soutenu à la fois par des scientifiques dévoyés par l’appât du gain ou de l’esbroufe, et par des médias au service d’une société tout entière vouée au dieu Hydrocarbure. Quel politique aura le courage de prôner la taxe carbone généralisée ?

taxe carbone généralisée

L’étiquetage carbone devrait se généraliser dans les prochaines années.  Un pack de jus d’oranges entraîne l’émission de 1,7 kg de CO2, un litre d’essence brûlé en voiture 2,3 kg, mais une simple recherche Internet avec google déjà 0,02 gramme (LeMonde du 10 février). Tout se paye en termes d’effet de serre quand on analyse le cycle de vie d’un produit, depuis l’extraction de matières premières au recyclage, en passant par sa transformation  et sa distribution. Mais il ne suffit pas de constater.

Puisque tous les produits sont susceptibles d’un bilan carbone, pourquoi ne pas remplacer la TVA par une taxe carbone ? Le gouvernement s’est servi d’une combinaison de taxes et de campagnes pédagogiques pour  convaincre des millions de gens de cesser de fumer, et il doit consentir le même effort pour amener l’économie à cesser de fumer du gaz carbonique et d’engloutir de l’essence. Un système de taxes est préférable à un régime de crédits d’émission. Plus simple, plus transparent et plus facile à calculer, il s’applique à tous les secteurs de l’économie et il est facilement ajustable pour alléger la charge pesant sur les travailleurs aux plus bas revenus. Au-delà de la complexité des crédits d’émissions, ce qui me gêne, c’est que leur but est de masquer artificiellement la douleur et à faire comme si l’on n’imposait aucune taxation.

Le signal-prix de la taxe carbone vise au contraire à transformer notre perception de la place de notre pays et de l’espèce humaine dans le monde. Plusieurs pays européens, notamment le Danemark et la Norvège, pratiquent depuis longtemps les taxes sur le CO2. Le Danemark est le premier exportateur mondial de turbines éoliennes et connaît un taux de chômage de 2 % – en partie parce que son mode de taxation de l’énergie a contribué à stimuler une toute nouvelle industrie des technologies propres. Enfin, si la France devait appliquer une taxe carbone sans que la Chine, par exemple, ne l’imite, notre parlement ne tarderait pas à imposer un « droit de douane carbone » aux exportations chinoises fabriquées grâce à des combustibles fossiles.

moraliser le capitalisme ?

« Moraliser le capitalisme », titre Pierre-Antoine Delhommais dans LeMonde du 8-9 février, pour conclure : « Ce n’est pas gagné ». Les Français ne sont pas choqués que le footballeur Thierry Henry puisse obtenir en 2006 1183 années de SMIC avec un salaire de 14 millions d’euros : ils aiment le foot. Google ne s’y trompe pas, dans les pages France du moteur de recherche, « thierry henry » fait 454 000 entrées alors que le mot générique « biosphere » n’en fait que 213 000. Les Français ne sont pas choqués que Dany Boon ait empoché 15 millions d’euros avec ses Ch’tis, ils ont bien rigolé.

L’inégalité des revenus n’a aucun justification. Selon Adam Smith, « Dans une profession où vingt personnes échouent pour une qui réussit, celle-ci doit gagner tout ce qui aurait pu être gagné par les vingt qui échouent ». Or les vingt qui ont échoué n’ont rien gagné, le gain potentiel des perdants n’est pas un gain réel. Par contre la réduction des inégalités a un fondement objectif, très bien analysé par Hervé Kempf dans son livre, Comment les riches détruisent la planète : « Nous limiterions notre gaspillage, nous chercherions à changer notre mode de vie, tandis que les gros, là-haut, continueraient à se goberger dans leurs 4×4 climatisés et leurs villas avec piscine ? Non. La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. »

Comme le disait un jour le spécialiste du réchauffement climatique, Pierre Radanne : Les mesures à prendre peuvent se décliner en cinq phases : « Prendre conscience des menaces, mesurer nos émissions de GES, détailler les solutions techniques, organisationnelles et comportementales, les inscrire dans un calendrier effectif, et enfin préserver l’équité »  La Biosphère approuve, bien qu’au mot équité je préfère celui d’égalité : Thierry Henry n’aurait jamais du gagner plus que moi…

spéculation carbonique

Je ne crois pas au marché du carbone, il a été inventé au début des négociations sur le réchauffement climatique par les Américains pour qu’on ne prenne pas de mesures contraignantes. Je ne crois pas au marché du carbone, le premier fonds spéculatif va être lancé fin du mois à Londres (LeMonde du 7 janvier). Quand on sait que les USA, après avoir obtenu toutes les compromissions qu’ils voulaient (marchandisation de l’effet de serre, bluff des puits de carbone…) ont abandonné le protocole de Kyoto dès qu’il s’agissait de signer. Quand on sait que les fonds spéculatifs sont ceux qui nous ont mis dans la merde du tsunami financier, je ne crois plus aux marchés. Le fonds spéculatif qui va jouer sur la valeur du carbone vise une rémunération annuelle de 20 %. Cela me fait penser aux fonds Madoff qui promettait la même rémunération. La création d’un hedge fund n’est pas les signe d’une maturation du marché du carbone, il est le signal que les obligations pourries infectent tout ce qu’elles touchent. Le CF Carbon Fund sera administré par la banque Fortis, c’est fort du café, c’est la banque qui vient d’être sauvée de la faillite à l’automne 2008. 

Je ne suis pas rassuré par le fait que le marché du carbone ne représente en un an que quelques minutes des transactions du marché financier, il progresse rapidement, le carbone est contenu dans tous nos achats. Je ne suis pas rassuré par l’inertie politique. Le gouvernement Sarkozy devait soumettre un rapport au Parlement avant la fin 2008 pour une taxe carbone (LeMonde du 6 mai 2008) ; mais il s’agissait d’une taxe à l’importation et on attend toujours le rapport.

Que les citoyens mettent les gouvernants en face de leurs responsabilités ! Que ceux qui placent leur argent sachent qu’un jour ou l’autre il faudra pendre les spéculateurs qui ne se pendent pas eux-mêmes ! Que les consommateurs acceptent l’idée d’un rationnement prochain de notre consommation de carbone ; cette consommation est une destruction de ressources fossiles limitées, irremplaçables, non renouvelables et non recyclables à court terme. Que le dieu de la Biosphère me préserve du marché carbone et de la folie humaine. 

Pour la petite histoire : A l’initiative de Jean Launay, les 6 députés du Pôle écologique du PS avaient déposé un amendement au projet de budget 2009 visant à créer une taxe carbone. Mme Christine Lagarde, ministre de l’économie, avait répondu : « Monsieur Launay, vous avez eu raison de souligner que l’un de nos objectifs était de modifier les comportements, en les orientant davantage vers le respect de l’environnement. J’ai été particulièrement sensible à la manière dont vous avez présenté vos réflexions sur ce point, et j’espère qu’il donnera lieu, entre nous, à des échanges riches. Comme vous, nous souhaitons infléchir les comportements de manière progressive. » Blabla, Blabla, Blabla.

carte carbone

James Hansen le climatologue, célèbre pour avoir le premier alerté en 1988 de la réalité des périls du réchauffement, demande à « Michelle et Barack » de bannir le charbon. Mais dans l’article juste à côté (LeMonde du 4-5 janvier), les organisations islamistes font distribuer gratuitement du charbon aux familles modestes turques depuis les années 1990, pratique concrétisée officiellement par l’AKP au pouvoir depuis 2003. La fumée épaisse dans les villes de Turquie contient des niveaux de pollution jusqu’à dix ou quinze fois supérieurs au seuil acceptable défini par l’OMS. Le taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère s’envole. Comme l’exprime James, «  il y a une « profonde déconnexion entre les actions envisagées dans les cercles dirigeants et ce qui est exigé par la science pour la préservation de la planète. Que faire ?            

L’idée de James d’instaurer une taxe carbone sur tous les produits, proportionnelle à leur contribution au changement climatique, est réaliste. Le reversement de cette taxe aux personnes réduisant plus que la moyenne son empreinte carbone apparaît séduisante. Mais que vont faire de cette somme d’argent supplémentaire les ménages, si ce n’est acheter ! Et acheter quoi quand on veut se priver de carbone, et donc mépriser la plupart des biens durables ? Nous sommes face à l’effet  rebond, chaque fois que nos techniques réussissent à économiser telle ou telle matière première, l’effet de ce gain sur l’efficacité énergétique (ou la dématérialisation) est plus que compensé par une volonté des ménages d’accroître encore plus les consommations, donc les quantités produites. Ainsi une voiture qui consomme moins de pétrole incite à rouler davantage… Mieux vaudrait à première vue verser ces recettes budgétaires supplémentaires dans l’élimination totale de la dette publique, mais alors le mécanisme de bonus-malus induit par la taxe carbone s’efface : on perd de vue la liaison entre ceux qui perdent et ceux qui gagnent.            

Puisqu’une action par les prix (la taxe carbone agit sur les prix, donc sur les comportements), il reste l’autre solution, l’action sur les quantités. Les moyens d’un rationnement de l’énergie sont déjà à l’étude en Angleterre. Un système de carte carbone par personne a été proposé fin juin 2005 par le ministre de l’environnement E. Morley qui espérait voir son projet aboutir d’ici cinq à dix ans. Les points carbone de la carte seraient débités chaque fois que son détenteur achèterait des combustibles fossiles, que ce soit pour se chauffer, pour cuisiner, pour se déplacer, pour acheter des engrais…. Il est en effet malheureusement évident qu’un rationnement du type « simplicité volontaire » est illusoire collectivement, il faudra une dose de coercition. Etant donné les limites de la Biosphère et la contrainte des gaz à effet de serre, les énergies renouvelables doivent le plus rapidement possible satisfaire 100 % du total des besoins humains. Cela ne pourra se faire que si nous choisissons ensemble une société qui cultive la sobriété énergétique grâce au rationnement de l’énergie et à l’extension des rapports de proximité. J’attends avec impatience le premier politique qui présentera un tel programme : il est sûr d’être élu !

obligation de loyauté

Prenant la parole au nom de la Confédération syndicale internationale (CSI) lors de la session plénière de clôture de la Conférence annuelle de l’ONU sur le changement climatique (Poznan, en Pologne, décembre 2008), Bheki Ntshalinsthali a déclaré aux délégués des Nations unies : « Nous les syndicats sommes convaincus de pouvoir réparer et reconstruire  les économies nationales en nous basant sur un « New Deal vert », qui générera de la richesse et de l’emploi, et protègera l’environnement. Les travailleuses, les travailleurs et leurs organisations doivent participer à la prise de décision. Le dialogue social est une nécessité pour apporter des solutions effectives au changement climatique et au développement social. »

Dans LeMonde du 16 décembre, une brève nous informe qu’un salarié de l’usine Michelin a été licencié pour avoir critiqué ses conditions de travail sur un site Internet. Michelin évoque une « obligation de loyauté » envers l’entreprise.  Nous avons là une illustration parfaite de la liberté d’expression et du dialogue social : le patron veut toujours avoir raison ! Mais avec le réchauffement climatique, c’est bien plus grave : il ne s’agit plus seulement d’un cas individuel, il s’agit du devenir de nos sociétés. Les syndicats et le patronat vont être obligés de remettre en question toutes leurs certitudes. Il faudra trier entre les productions nécessaires et utiles et le travail social consacré à la vie collective au moindre coût en termes d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre.

Ni le patronat, ni les syndicats ne sont préparés à envisager ensemble une réduction concertée de l’appareil productif. Pourtant personne ne peut nier la déplétion des ressources fossiles, ni la montée en puissance du réchauffement climatique. La fête est finie, l’énergie ne sera plus ce qu’elle a été, gratuite. Le New Deal vert est encore un doux rêve pour endormir les masses, le réveil sera brutal.

dette écologique

L’UE fait plus ou moins bien face aux défis environnementaux. Dans sa chronique du 5 décembre, Th. Ferenczi relate que « les Européens ne sont pas encore réellement sortis de dilemme compétitivité ou environnement », en particulier en matière climatique (dont les Etats-membres débattent actuellement). Pourtant nous devons d’urgence sortir de cette contradiction, d’abord parce que la planète considère avec un désintérêt total la teneur de nos bavardages diplomatique ; elle se contente d’enregistrer l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère.

Ensuite parce que les pays émergents n’agiront que dans la mesure où les pays du Nord limiteront leurs émissions de gaz à effet de serre. La position de l’Inde est la même que celle de la Chine et du G77 : « Nous ne sommes pas les coupables, mais les victimes du changement climatique. Nous sommes préparés à agir, mais nous voudrions vous voir d’abord faire ce que vous êtes supposés faire. » La spécialiste indienne des questions écologiques rajoute qu’il est temps que vous (les pays riches) agissiez, sinon nous sommes sur la route de l’enfer commun. En effet la Biosphère sanctionnera le non-agir.

Quelques précisions complémentaires. Au Sommet de la Terre qui s’était tenu à Rio en 1992, la plupart des pays pauvres de la planète avaient signé la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Cette convention prenait l’année 1990 comme « année zéro », autrement dit cela signifiait que l’on ne ferait aucune reconstitution du patrimoine des réserves mondiales de combustibles fossiles pillées auparavant depuis des décennies. Donc, d’un trait de plume, on effaçait la dette écologique des pays riches. Pourtant, du point de vue de la logique et de l’équité, le fait de puiser davantage que sa part de ressources naturelles au sein d’un écosystème à l’équilibre délicat crée une dette écologique. Rien que pour donner la mesure des inégalités actuelles, rappelons qu’entre le repas du soir pour le Nouvel An et le 2 janvier, une famille américaine aura déjà consommé, par personne, l’équivalent en combustible fossiles des besoins d’une famille tanzanienne pour toute l’année !

Selon Andrew Simms, un des directeurs de la New economics foundation de Londres, « à moins que les riches ne s’acquittent de leur dette écologique, il ne s’écoulera guère de temps avant que les huissiers du climat ne frappent à toutes nos portes. »

la fête est finie

Les journalistes sont là pour me rassurer. Ainsi Bruno Frappat aux Assises du journalisme en mai 2008 : « N’ayez pas peur ! Tant qu’il y aura des nouvelles, il faudra des gens pour faire le tri, hiérarchiser les événements, en jeter. Autrement dit pour penser l’actualité ; il faut parier sur le journalisme durable ».Moi je ne parie jamais, je me contente de constater que mon quotidien préféré ne hiérarchise pas les évènements pour un avenir durable, mais se situe dans l’instant présent. Analysons le supplément « économie » du Monde du 2 décembre. Tout un dossier sur la montée en puissance de l’automobile dans les pays émergents. Mais aucune vision d’un futur sans voitures individuelles puisque le pétrole deviendra (bientôt) hors de prix.

Comme mon quotidien préféré recense beaucoup d’informations, il y a quand même un petit article sur l’arrivée d’Henry Waxman à la tête du comité du Congrès américain pour l’énergie. « Un tournant pour la planète ? », tel est le titre. L’article de Paul Jorion précise : « L’arrivée de Waxman souligne l’antagonisme entre deux courants du parti démocrate : une aile ouvriériste, prête à toutes les compromissions en matière d’environnement à condition que soient maintenus les emplois dans l’industrie automobile ; et une aile verte qui entend faire plier le mieux industriel face aux impératifs du développement durable. »Waxman est donc en faveur d’une réduction des émissions de CO2 de 80 % en 2050. Nous voyons bien dans ces propos de Jorion le souci d’un environnement durable.

Pourtant le lecteur moyen du Monde ne retiendra que la concurrence mondiale entre firmes automobiles qui va s’amplifier, il n’envisagera pas de tournant pour la planète. Comme dit un autre article dans le cœur du journal, « Le litre de gazole à un euro est un petit cadeau de Noël qui tombe à point nommé pour les consommateurs ». Pour les consommateurs du temps présent sans doute, pas pour les générations futures qui subiront les perturbations climatiques. Le pétrole et l’industrie automobile vivent leurs dernières années, mais ni Le Monde ni la gente au pouvoir ne nous préparent à cette échéance dramatique : la fête est finie, mais on rêve encore au père Noël.

développement de l’impuissance

Mon quotidien préféré est souvent critiquable pour avoir laissé passer sans les critiquer des informations sur des mecs qui n’en valent pas la peine. Mais parfois je peux lire la perle rare, le point de vue auquel j’applaudis avec les innombrables mains de la Biosphère. Ainsi du glaciologue Claude Lorius qui en appelle à un « sursaut de l’homme » (LeMonde du 12 novembre). Extraits :

            « On prévoit d’ici la fin du siècle un bond climatique qui pourrait être équivalent à celui que la planète a franchi en dix mille ans pour passer de l’âge glaciaire à l’holocène. La liste des impacts est impressionnante parce que tout est interdépendant. C’est sûr, nous aurons des catastrophes, des cataclysmes, des guerres, des inondations, des sécheresses, des famines. Mais l’impact humain ne concerne pas seulement le climat. L’occupation des sols, l’utilisation des ressources, la gestion de nos déchets sont autant d’agressions à la planète qui relèvent de l’homme et le menacent.             Au XXe siècle, alors que la population était multipliée par quatre, la consommation d’énergie était multipliée par quarante. La courbe de la consommation d’énergie n’a aucune raison de plonger, je ne vois pas comment on va s’en sortir. La moindre velléité de mettre une taxe sur les 4×4 rend les politiques fébriles de devenir impopulaires… et ce n’est pas en habillant Total en vert qu’on va changer quoi que ce soit. Le développement durable est une notion à laquelle je ne crois plus. On ne peut plus maîtriser le  développement. Et pour être durable, il faudrait être à l’état d’équilibre, or cet équilibre n’existe pas. C’est un terme trompeur. Avant, j’étais alarmé mais j’étais optimiste. Je pensais que les économistes, les politiques, les citoyens pouvaient changer les choses. Aujourd’hui je ne le suis plus… sauf à espérer un sursaut inattendu de l’homme. »

Et dire que le Parti socialiste français a gravé dans le marbre de sa Déclaration de principes les mots de « développement durable », et même celui de croissance économique ! La Biosphère ne sera pas sauvée par le PS maintenant que la motion B (social-écolo) a pris une veste au dernier vote des militants : 1,58 %, pas beaucoup plus que l’écologiste René Dumont aux présidentielles de 1974 !!

Crichton est mort, enfin !

 Michael Crichton est mort, LeMonde du 8 novembre lui consacre deux-tiers de page. Est-ce mérité ? OUI si on en croit la vox populi mesurée par le nombre d’exemplaires vendus de ses romans comme Jurassik Park. NON si on possède un tant soit peu de rigueur intellectuelle et morale. Analysons son avant-dernier roman State of Fear (Etat d’urgence) publié en 2005.

Crichton y déblatérait à propos du changement climatique. Comme Bush junior, il pensait que le protocole de Kyoto était un mauvais choix parce que « personne ne peut en respecter les paramètres ». Mais surtout ne dites-pas de Crichton qu’il a écrit son livre pour soutenir la politique que Bush. Il n’a fait qu’obéir à une simple suggestion d’amis biologistes qu’il n’avait pas vu depuis trente ans. Grâce à eux, il s’est convaincu de sa lâcheté « à ne pas dire sa vérité ». Sa conclusion implicite : pas la peine d’agir contre l’effet de serre !!! Crichton se contentait de ce diagnostic fantaisiste :  « Si l’activité humaine n’était responsable que d’un degré de plus, faudrait-il que la planète entière renonce, dès demain, au pétrole et au charbon ? ». Il est vrai que Bush junior, celui dont l’histoire dira qu’il a mené une politique criminelle, l’a complètement conforté dans son analyse : « Nous sommes d’accord, les rapports des scientifiques ne sont pas toujours très solides. Mais comment en convaincre les gens ? » Ces deux lascars se voulaient donc beaucoup plus fort que les centaines de scientifiques qui ont participé au GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat). La communauté scientifique converge pour annoncer un réchauffement moyen de la planète compris entre 1,5 et 4° d’ici 2100, Crichton se moque : « Si un gouvernement osait publier des projections budgétaires pour le siècle à venir, tout le monde rigolerait ».

Contre cette accumulation d’inepties, LeMonde se contente de cette phrase neutre : « Crichton conteste l’existence du réchauffement climatique avec force courbes et graphiques ». Encore une fois LeMonde a failli à son devoir de formation des lecteurs. Ce n’est pas parce qu’une personne est morte qu’elle doit échapper à la critique.

plan climat, torpillé

Le réchauffement de la planète se poursuit, crise financière ou pas. Alors on se réfugie dans les chiffres : l’UE a adopté en mars 2007 trois objectifs, 20 % de réduction des gaz à effet de serre, 20 % d’énergies renouvelables dans la consommation et 20 % d’économies d’énergie d’ici à 2020. Sarko essaye maintenant de mettre sur les rails ce « plan climat » au niveau européen et les dîners des chefs d’Etat sont agités (LeMonde du 17.10.2008). Comme dit Sarko, il faut sortir du dilemme croissance ou protection de l’environnement, et il énonce cette merveilleuse formule : « On va démontrer que la croissance propre est une possiblité de rebond de la croissance. »

Mais la croissance ira toujours contre l’environnement, il n’y a pas de croissance verte. Quand la Pologne dépend à 94 % du charbon, quand la Chine tire principalement son énergie du charbon, une économie sobre en carbone n’est pas pour demain. L’électricité nucléaire émet très peu de CO2, mais elle accumule les déchets nucléaires. Entre épuisement des ressources non renouvelables et pollution généralisée du milieu, le système actuel est coincé. Même une croissance basée sur les services entraîne déplacements et matériel, donc pression sur l’environnement. Il n’y a qu’une solution raisonnable, la simplicité volontaire, vivre sans voiture, sans téléphone et sans télévision des rapports de proximité, comme à une époque où on n’était pas plus malheureux pour autant. Sinon, après le tsunami financier, il y aura un krach écologique et le rationnement dans le désordre de conflits démultipliés.

  C’est ce que je  dirais si j’étais un journaliste du Monde relatant la pression des milieux industriels qui vont torpiller le plan climat.