épuisement des ressources

bonne année 2050

En ce jour de réveillon en 2050, Léa confectionne un repas 100 % local, ce qui réduit considérablement la variété des mets possibles. Elle se souvient comme d’un rêve des papayes que ses parents lui achetaient à la fin du XXe siècle, sans se soucier du fait qu’il avait fallu dépenser pour cela plusieurs litres de pétrole. De toute façon elle est bien seule, il ne lui reste plus qu’un dernier descendant. Ses deux autres petits-enfants sont décédés il y a trois ans, ils ont succombé à l’une de ces nouvelles maladies à côté desquelles l’épidémie de grippe aviaire, qui avait frappé la France en 2010, n’avait été qu’une discrète entrée en matière. Ils avaient été victimes d’un virus apparu en Sibérie du Nord, là où le permafrost a cédé la place à des marais à partir de l’année 2025. Maintenant des millions de personnes sont au chômage. Le gouvernement français vient d’interdire toute manifestation et même les rassemblements de protestation. Le ministre de l’Intérieur vient de prendre un de ces décrets maudits, c’est l’armée qui réprimera d’éventuels troubles de l’ordre public.

Léa a renoncé depuis longtemps à l’idée d’acheter une automobile ; en 2035, l’Union européenne avait réservé l’usage des biocarburants aux véhicules utilitaires. Même l’utilisation du charbon liquéfié a été proscrite car les sols et surtout les océans qui séquestraient le carbone depuis toujours, ne jouaient plus leur rôle, renforçant ainsi très brutalement l’effet de serre anthropique et les dérèglements du climat. Cet été, Léa avait appris par une amie que le thermomètre était monté jusqu’à 45°C à Caen.

La Biosphère vous souhaite un bon réveillon 2009, coloré de sobriété joyeuse.

NB : pour en savoir plus sur l’histoire de Léa, lire « Le développement durable, maintenant ou jamais, de D.Bourg et G.Rayssac

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Obama, en liberté conditionnelle

Le jury Nobel (de la paix) attend beaucoup d’Obama, le monde entier attend beaucoup d’Obama, nous attendrons en vain. Autant je suis personnellement libre de ma pensée pour défendre les intérêts de la biosphère, autant Obama est contraint dans ses actes pour pacifier l’humanité. Autant je suis libre de transcender en parole  les intérêts des humains parce que je n’ai pas de statut social apparent, autant Obama est obligé de protéger les intérêts des Américains du nord parce qu’il a été élu pour cela. Pour Obama, les valeurs de l’Amérique sont le travail et le patriotisme, pas la paix mondiale. Les humains, surtout quand ils sont présidents, se croient libres parce qu’ils ont conscience de ce qu’ils font. Mais en fait ils ne font que répondre aux causes qui déterminent leurs actions.

Le nouveau président des Etats-Unis avait dit lors de son discours d’investiture : «  La façon dont nous consommons l’énergie menace notre planète », «  Nous allons lutter contre ce fléau qu’est le réchauffement de la planète », « Nous ne pouvons pas consommer sans réfléchir les ressources du monde ». Cela n’était qu’un recueil de bonnes intentions qui n’engagent personne. Et d’ailleurs, le président Obama avait posé deux conditions au changement qui ne peuvent que l’empêcher de finaliser ses intentions :  « Faire redémarrer la croissance, construire routes et ponts… » et « Nous n’allons pas nous excuser pour notre mode de vie, nous le défendrons sans relâche ». Or la paix du monde nécessite une baisse du niveau de vie américain. C’est la défense du niveau de vie américain qui avait empêché G.Bush de ratifier le protocole de Kyoto, c’est le niveau de vie américain qui est devenu le modèle à imiter au-delà de ce que notre planète peut supporter, c’est le mythe de la croissance quantitative qui nous empêche de trouver d’autres voies d’épanouissement.

LeMonde du 11-12 octobre nous révèle d’ailleurs que Barack Obama a une compréhension limitée des affaires internationales. On lui a donné le prix Nobel pour ce qu’il doit maintenant accomplir, mais c’est quelqu’un qui n’a encore rien réalisé. La situation internationale  dépasse sa compétence. Dans le même numéro du Monde et à deux mois de Copenhague, les Américains bloquent toujours la négociation climatique. Ils veulent encore laisser de côté les engagements contraignants du protocole de Kyoto, ils ne peuvent agir en l’absence d’une législation votée par le Congrès américain. Le jury Nobel s’est trompé, Obama, va montrer qu’il n’est qu’un américain moyen alors qu’il devrait déclarer l’état de guerre face aux crises écologiques qui s’annoncent…

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bien-être et religion

La religion a cela de sublime qu’elle permet à des gens plus pauvres que pauvres de trouver la transcendance et le bonheur en écoutant les boniments d’une secte comme par exemple l’Eglise catholique. Pour les peuples riches, cette religion extraterrestre a été remplacée par la religion économique, c’est-à-dire « la religion du chiffre et la religion du marché ». Je trouve d’ailleurs paradoxal que cette analyse vienne de Sarkozy (LeMonde du 15 septembre) à l’occasion du rapport Stiglitz. En fait la religion de la croissance permet la transcendance (vous serez riches plus tard puisqu’il y a accroissement du PIB) et les riches peuvent, en attendant l’abondance pour tous, se vautrer sans remords dans le bonheur du consumérisme.

Mais si le rapport Stiglitz veut inventer une nouvelle croissance qui privilégie le bien-être humain (titre en première page du Monde), il y a maldonne. La nouvelle politique de civilisation qu’appellent de leurs vœux aussi bien la gauche socialiste que la droite sarkozyste ne peut plus nous illusionner avec l’idée de croissance. Pourquoi ? Parce que le bien-être n’a rien à voir en soi avec l’économie marchande, le sentiment de bonheur résulte d’une élaboration subjective que nous ne pouvons pas mesurer. Ensuite la croissance capitaliste a tellement  détruit de capital naturel que les générations futures devront se contenter de beaucoup moins qu’aujourd’hui. Comme dit J.P.Fitoussi, «  la croissance du PIB est une mauvaise chose puisqu’elle se fait au détriment de l’environnement ». Il ne peut donc pas y avoir soutenabilité du bien être, c’est-à-dire sa capacité à se maintenir dans le temps (point 11 du rapport Stiglitz) parce qu’il n’y a pas de soutenabilité de la croissance économique. Nous devrons bientôt raisonner en terme de baisse du niveau de vie des riches (la classe globale, toutes les personnes qui ont l’idée saugrenue de posséder un véhicule personnel) et nous apprendrons, j’espère, que pauvreté n’est pas misère.

PS : Nous ne sommes pas encore préparés mentalement au changement de civilisation qui s’annonce, l’ère de l’après-pétrole ; le rapport Stiglitz ne changera rien. Mais la bonne nouvelle, c’est que les « experts » commencent à changer d’avis ! J.P.Fitoussi écrivait dans LeMonde du 12 février 2008 que l’avenir de nos petits-enfants était garanti. Peu importe la raréfaction des ressources naturelles non renouvelables et la surexploitation des renouvelables, nos petits-enfants seront assurément au moins 5 ou 6 fois plus riches que nous !

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Vision d’apocalypse

La chronique de Franck Nouchi (LeMonde du 11 septembre) ne s’intéresse qu’au fait de coloriser ou non l’histoire de la deuxième guerre mondiale, présentée comme une apocalypse. La colorisation aurait un intérêt pédagogique en termes d’audience. Mais l’histoire du passé est dépassée, les jeunes générations se foutent complètement d’Hitler et de savoir combien il y a eu de victimes des camps de concentration. Ce qui compte vraiment, c’est l’inaptitude flagrante à la prévision face à l’arrivée au pouvoir du régime nazi. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On devrait se souvenir de notre réveil en 1940 ! Les jeunes générations actuelles devraient se pencher sur leur propre avenir.

L’observateur attentif ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance des jeunes et la gravité des épreuves qui les guettent. Comme le gouvernement crie au feu d’une voix rassurante, par exemple avec la taxe carbone, et qu’on n’aperçoit pas d’incendie, personne n’y croit. Jusqu’au jour où la baraque flambe. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie prochaine lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine chaque jour dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Apercevoir la fin des ressources pétrolières, admettre son caractère inéluctable et définitif, provoquera une crise irrémédiable que j’appellerai « crise ultime », ou apocalypse, ou Jugement dernier de la civilisation thermo-industrielle. Nous n’en souffrons pas encore. Les premières ruptures sérieuses d’approvisionnement du pétrole la déclencheront. Alors on reverra, comme au temps de Suez ou de la guerre du Kippour, un brutal renversement de l’opinion, définitif cette fois.

Il ne s’agira pas, comme on le croit et comme les économistes eux-mêmes l’affirment, de surmonter une crise difficile, mais de changer de civilisation. L’humanité devra passer de l’ère d’abondance factice à celle de la pénurie, de l’orgueil insensé à celle de l’humilité. Elle devra répartir des richesses qui, au lieu d’être infinies comme elle le pensait naïvement, lui  apparaîtront à l’heure du bilan bien modeste en face de ses besoins. Les pays riches devront réduire leur train de vie, ce qui pour chaque individu représentera une contrainte douloureuse à laquelle il n’est aucunement préparé.

(Article réalisé avec l’aide du livre de1979, Vivre sans pétrole, de J.A. GREGOIRE)

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chômage 2050

Dans les couloirs du pôle emploi de la ville, l’humeur est sombre. Les demandeurs venus pointés pour toucher leurs allocations jettent à peine un œil sur le panneau où sont affichés les offres d’emploi locales. Pourquoi faire ? Il n’y a aucune offre valable. Dans la région, le chômage a atteint 32,2 %. On peut parler de conflit « désespéré » quand les salariés ont beaucoup de mal à retrouver un emploi ; des salariés viennent juste de renoncer à mettre à exécution la menace de faire exploser leur entreprise avec des bonbonnes de gaz. Dans l’Union européenne, le chômage est au plus haut depuis dix ans. Toujours en hausse, le chômage reste aussi le principal souci des Américains. Le spectre du chômage de masse hante les dirigeants politiques. Nous ne sommes pas en 2050, toutes ces informations sont déjà dans LeMonde du 2-3 août 2009. Mais dans une quarantaine années, la situation locale et internationale sera bien pire qu’aujourd’hui.

Nous venons de connaître un simple tsunami financier, les crises écologiques feront un bien plus grand nombre de chômeurs. En effet, l’argent ne fait qu’habiller une réalité économique alors que l’état de nos ressources naturelles forme le socle incontournable sur lequel repose nos activités socio-économiques. Or, d’ici à 2050, la dégradation des sources de l’emploi à l’occidentale va devenir  rapide et brutale : épuisement du pétrole et de la plupart des ressources non renouvelables, chute de la biodiversité, emballement de l’effet de serre causé entre autres par le dégel des tourbière nordiques (étude de la revue Nature du 1er juillet 2009).

Comme l’exprime Jean-Marc Jancovici dans Ca m’intéresse de juillet 2009, « Nous risquons rien moins que la guerre, la dictature, la forte baisse de l’espérance de vie et d’autres bricoles guère plus amusantes…Il faut donc se mettre en économie de guerre pour éviter la vraie ».

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le passé est notre avenir

Enfin un bon article dans LeMonde du 24 juillet. Il est en effet exceptionnel de lire un(e) journaliste (ici Annie Kahn) décrire notre passé pour mieux envisager notre avenir. Dès le début de 1949, les bonnes nouvelles se multiplient : le 1er avril, la confiture et les pâtes sont en vente libre ; les produits laitiers suivront, le 15. A partir de mai, seuls les produits  importés restent rationnés. Le 1er décembre 1949, c’est la fin des tickets de rationnement. La France sortait alors de la guerre pour entrer dans les Trente Glorieuses.

Mais notre futur ressemblera à une guerre permanente, différents chocs écologiques vont faire vaciller définitivement la société thermo-industrielle. Annie Kahn pense la même chose que moi, elle termine ainsi son article : « Les dégâts écologiques de la société d’abondance pourraient remettre au goût du jour ces vieilles valeurs  (servir le pays et ses habitants) que les ultra-libéraux croyaient avoir envoyées au musée. La sortie de crise passera par une utilisation plus rationnelle des ressources, et des permis d’émissions de CO2. Mais sans carte ni ticket. Pour l’instant. »

Je souligne, pour l’instant. Il me paraît en effet évident qu’après le marché du carbone, nous passerons assez vite à la taxe carbone (c’est en cours), et avant 2050 à la carte carbone, c’est-à-dire au rationnement par rapport aux ressources fossiles.

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statistiques sinistres

– Sur 6,7 milliards d’êtres humains, la planète compte 2,8 milliards vivant de la terre. Et sur 1,3 milliards d’actifs agricoles, seuls 28 millions utilisent un tracteur, 250 millions des animaux de traits. Plus de 1 milliard ne disposent que de leurs mains. Sur le milliard de personnes qui souffrent d’un apport alimentaire insuffisant, 50 % sont de petits paysans, 10 % des éleveurs, 20 % des paysans sans terre et 20 % des urbains pauvres.(Le Monde du 30 juin)    

– La population urbaine des pays en développement s’accroît de 70 millions d’habitants par an, un milliard d’humains vivent déjà dans des bidonvilles et 360 millions d’urbains habitent des zones côtières de basse altitude, menacées par la montée des océans.(Le Monde du 30 juin)

– Si l’on devait résumer en chiffres environnementaux une journée typique aujourd’hui, on obtiendrait cela : nous allons perdre 20 000 hectares de forêt tropicale. Nous allons aussi perdre à jamais entre 40 et 100 espèces vivantes. Nous allons en revanche gagner un quart de million de personnes. Et nous allons produire plus de 10 millions de tonnes de déchets et injecter 15 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère. Chaque jour. (L’écologie pour les nuls, 2009)

sans commentaire…

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les 3 F et la Faim

Comment ne pas être frappé par ce rapprochement dans LeMonde du 20 juin 2009. D’un côté les « trois F ». « F » pour « fuel », « food » et « financial », et c’est la barre du milliard de victimes de la faim qui vient d’être franchie. A une autre page, une pub couleur montrant une fille qui se tortille par terre en tenant une poêle : une pub minable pour Mc’ Do, le fournisseur des obèses de la société de consommation.

Je suis tellement écœuré que je ne commente pas davantage…

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endettés jusqu’au cou

La rubrique du Monde Breakingsviews est le plus souvent à chier, simple panégyrique à la gloire du libéralisme. Mais celle du 17 juin me fait tilter : « Angela Merkel déclare ouverte l’ère de l’austérité en Allemagne ». Même les libéraux se rendraient compte que la fête est finie et qu’il va falloir se serrer la ceinture ? En fait l’article se consacre à l’équilibre budgétaire, dans la lignée du moins d’Etat. Les Etats sont endettés (par exemple déficit américain supérieur à 10 % du PIB), leurs citoyens sont endettés (crise des subprimes), les plus ou moins riches des pays riches sont endettés, c’est le monde à l’envers, un riche doit épargner, pas emprunter !

Mais l’essentiel est dans un autre endettement, beaucoup plus grave. En 2008, notre planète était entrée le 9 octobre dans le rouge. Chaque année, on calcule la date à laquelle la consommation des ressources de la planète dépasse la capacité de renouvellement. Cette date anniversaire a été baptisée Jour de la dette écologique ou Jour du dépassement (Overshoot day). Passée cette date, on est en situation d’épuisement des réserves. Depuis vingt ans, cette date intervient chaque année de plus en plus tôt, ce qui signifie que les ressources disponibles pour une année sont consommées de plus en plus vite. En 1987, l’humanité était passée dans le rouge un 19 décembre. En 2009, ce sera sans doute en septembre. Ce n’est pas durable, on consomme le capital naturel.

 Oui, il va falloir se serrer la ceinture. Mais le privilège des riches, c’est-à-dire la classe globale (ceux qui croient qu’ils peuvent user d’une voiture individuelle), c’est qu’ils ont le pouvoir et qu’ils feront tout pour ne pas changer leur mode de vie ostentatoire : ils feront payer aux pauvres cette dette écologique jusqu’à mettre la planète à feu et à sang. Cela a d’ailleurs déjà commencé…

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Martine Aubry, out !

Tout le monde peut se tromper. Dans une lettre récente aux militants, Martine Aubry rêvait : « Il suffit que dans 20 pays européens, les socialistes gagnent un ou deux députés de plus par rapport aux prévisions pour que le PSE passe devant la droite ». Nous connaissons la suite. Martine Aubry dit aujourd’hui qu’il « faudra assurément travailler avec les écologistes ». Non Martine, tu as encore tout faux. Il ne s’agit pas de « travailler avec », ce qui voudrait dire que les préoccupations écologiques ne font pas partie intégrante du projet de société socialiste. Si on veut un avenir moins tourmenté, il faut intégrer les idées socialistes à une nouvelle idéologie fondée sur les réalités de la Biosphère. Pourquoi ?

Luc Folliet retrace l’histoire de Nauru, petite île du Pacifique riche en phosphate jusque dans les années 1990. Après l’épuisement des ressources, c’est dorénavant l’un des Etats les plus pauvres de la planète (LeMonde du 7-8 mai 2009). Belle parabole. Avec bientôt 9 milliards d’humains, notre planète est devenue toute petite. Avec le prochain épuisement des ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz), la civilisation thermo-industrielle basée sur l’énergie fournie gratuitement par la nature va s’effondrer. Nous allons devenir une planète de pauvres pour qui la notion de pouvoir d’achat deviendra désuète. Il nous faudra apprendre à vivre autrement, sans voiture individuelle, sans télé individuelle, sans portable individuel, sans McDo, etc.

Les humains s’ils deviennent sages, c’est-à-dire économes, pourront toujours se faire plaisir avec de petits riens. Et les socialistes devront mettre l’écologie au centre de leur projet.

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Nicolas Baverez out !

L’économie est une  chose trop sérieuse pour la laisser à Nicolas Baverez. Celui-ci liste huit défis pour demain (LeMonde-Economie du 3 juin) : croissance faible, chômage de masse, hyperdette des Etats, bulle financière des banques centrales, inflation, SMI, dynamisation de la demande, mondialisation des règles budgétaires, fiscales et industrielles. Les économistes sont enfermés dans leur bulle d’économiste, aucune ouverture d’esprit, pas un mot pour les chocs écologiques qui se préparent.

Personnellement je liste huit défis écologiques pour demain qui auront forcément des impacts économiques majeurs : Le pic énergétique mondial, le réchauffement climatique, les problèmes liés à l’eau, les pollutions chimiques, l’état des ressources halieutiques, la crise agricole, l’absence d’une OME (organisation mondiale du commerce), une déflation liée à une récession structurelle.

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zéro-carbone bientôt ?

Selon LeMonde du 28 mai, il y a une « course effrénée au titre de ville zéro-carbone ». Mais on se rend tout de suite compte que cette course est illusoire. Copenhague prévoit que ses véhicules rouleront à l’électricité ou l’hydrogène. Mais l’électricité n’est pas une source d’énergie primaire, il faut la fabriquer. Avec quoi ? Quant à l’hydrogène, c’est exactement le même problème, on ne trouve pas cette molécule à l’état libre et utilisable. S’il y a compensation carbone pour assurer une « neutralité carbone », c’est du vent : on construit un barrage ailleurs pour continuer à gaspiller et polluer ici. Même une toute petite ville comme la suédoise Växjö (80 000 habitants) qui voudrait se débarrasser de tout combustibles fossiles ne veut pas chasser l’automobile et recourt aux agrocarburants (qui seront produits grâce à des combustibles fossiles, ou au détriment de la biomasse et de l’alimentation humaine). Le problème de l’épuisement des ressources fossiles et du réchauffement climatique reste donc entier. Comme l’exprime le sous-tire du Monde, des municipalités « prétendent » s’affranchir des énergies fossiles. Ce n’est que du greenwashing.

On ne sait pas encore comment convaincre les citoyens de changer de mode de vie ? Augmentons continûment le prix du baril et vous verrez un réajustement des comportements. Vive la taxe carbone, en attendant la carte carbone (c’est-à-dire le rationnement).

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enfin la décroissance !

Enfin la décroissance ! Avec deux trimestres de « croissance négative », la France entre officiellement en récession. La ministre de l’économie estime même que la « croissance » du PIB devrait s’établir autour de – 3 % en moyenne pour l’année 2009 (LeMonde du 16 mai). Nous battrons largement les records de 1974-75 (- 1 %) et de 1993 (- 0,9 %). Tout le monde s’étonne. Mais nos économistes et nos politiciens ont oublié la leçon principale de Schumpeter, l’activité économique est cyclique : à une expansion doit succéder obligatoirement une baisse du PIB. Jusqu’à présent cette baisse n’était que relative, un simple ralentissement de la croissance, car le soutien des pouvoirs publics, le forcing publicitaire et la mondialisation des échanges ont tout fait pour maintenir une surchauffe de notre système (avec une inflation limitée à cause principalement de la mondialisation). Mais plus on force artificiellement l’activité économique, plus les lendemains sont douloureux. Les plans actuels de relance ne font que retarder la grande dépression qui s’annonce.

Une réalité biophysique fait que l’avenir de la civilisation thermo-industrielle est encore plus sombre. Schumpeter analysait les vagues d’innovation qui font repartir la croissance. Grâce au moteur à combustion, aux biens durables et au libre-échange généralisé, nous avons pu connaître les Trente Glorieuses. Mais ces innovations sont gourmandes en énergie, et c’est le blocage énergétique qui va prochainement faire basculer notre société, de gré ou de force. Vers 2025 au niveau mondial, nous connaîtrons un pic énergétique général toutes ressources confondues : la baisse sera inéluctable. De plus notre civilisation a atteint des sommets de complexité, la division du travail, nationale et internationale, est poussée à l’extrême. Ce qui fait que quand un morceau de notre société va commencer à s’effondrer vraiment, par un effet en chaîne toute la structure des interdépendances socioprofessionnelles va s’écrouler.

« Un seuil a été dépassé, un seuil de liaison entre le capitalisme fondé sur le crédit et les ressources naturelles qui sont la base de toute richesse réelle. L’espoir d’une nouvelle phase A (le moment de la reprise économique analysé par Schumpeter) du Kondratieff, cet espoir est vain. Nous ne sommes pas à l’aube d’une nouvelle croissance matérielle, nous sommes dans la phase terminale du capitalisme» (Yves Cochet).

Si nous étions prévoyants, nous utiliserions cette perspective pour changer notre mode de pensée et notre façon de vivre…

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fin du fordisme (suite)

le point de vue de Richard Heinberg qui me semble compléter ma chronique précédente sur la fin du fordisme :

« L’enjeu, c’est que nous risquons d’être confrontés dans les toutes prochaines années à des prix très élevés des carburants et à la raréfaction des ressources fossiles – y compris du charbon, dont les réserves ont été largement surestimées. Dès que l’économie va repartir, la demande va augmenter et se heurter aux limites des ressources fossiles, ce qui pourrait projeter l’économie dans une spirale de récession encore plus vertigineuse. A la mi-2008, nous avons vu le prix du pétrole atteindre les 147 dollars le baril. Les gens ont cessé d’acheter des voitures, ils se sont mis à moins conduire, et l’industrie aérienne a beaucoup souffert. Dans notre système économique, tout le monde table sur une croissance continue. Or la croissance implique la hausse de la consommation d’énergie. Du coup, lorsque les prix de l’énergie ont augmenté de manière si dramatique, cela a eu pour effet que les investissements drainés par des actions en bourse jusque là en hausse se sont soudain effondrés comme un château de cartes.

« Nous devrions rationner les carburants. Les citoyens devraient se voir attribuer une quantité déterminée de pétrole, qui réduirait d’année en année. Certes le mot « rationnement » est tabou et rappelle la deuxième guerre mondiale. Mais je pense que nous entrons dans une période de crise d’une échelle comparable à celle de la deuxième guerre mondiale. Donc nous devons songer à nous rationner afin de conserver l’énergie pour des besoins de base. Pour le moment, le rationnement se fait par les prix. Si les prix quintuplent aux Etats-Unis, seuls les riches pourront continuer à conduire des automobiles. Or, ce n’est pas la manière la plus juste d’allouer des ressources en voie de raréfaction. »

http://www.actu-environnement.com/ae/news/retour_croissance_economie_7181.php4 

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empreinte écolo

Mathis Wackernagel, co-inventeur de l’empreinte écologique, veut croire à la fin prochaine du PIB (LeMonde du 15 avril) : « Cet indicateur, c’est terrible, est le seul qui permette d’appréhender la dégradation écologique ». Précisons grâce au livre récent L’empreinte écologique d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran :

Le parallèle avec le produit intérieur brut apparaît assez pédagogique. Le PIB ne mesure qu’une partie seulement de l’activité qui s’opère au sein de l’éconosphère, celle qui fait l’objet d’un échange monétaire. De son côté l’empreinte écologique limite son propre champ d’étude à cette partie régénérative et biologique de l’écosystème, cette partie du capital naturel essentiel à la vie (life-supporting natural capital).Lorsque nous nous déplaçons, lorsque nous mangeons, lorsque nous travaillons ou lors de nos loisirs, nous mobilisons une quantité de matières premières et/ou d’énergie issue de la biosphère, ou ayant un impact sur elle. Quand l’empreinte écologique de l’humanité est supérieure à la biocapacité totale de notre planète, alors la situation est insoutenable. On parle alors de dépassement écologique. L’empreinte écologique mondiale a dépassé pour la première fois la biocapacité mondiale en 1987. Depuis cette date, les activités humaines sollicitent chaque année plus de services issus de la biosphère que celle-ci est capable d’en régénérer. Requiescant in pace

Terminons sans humour : En 2003, seul Cuba parvenait à concilier un haut niveau de développement humain (IDH supérieur à 0,800) et une empreinte écologique inférieure à la biocapacité moyenne mondiale par habitant (1,8 hag).

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condamné à mort

Le niveau des océans augmenterait d’un mètre d’ici à la fin du XXIe siècle. Pourtant nous allons manquer d’eau (douce). C’est ce qu’affirme le troisième rapport mondial des Nations unies sur les ressources en eau. Pour la première fois le ton est alarmant : une crise planétaire des ressources en eau menace. Si rien n’est fait, le développement humain et économique ainsi que la stabilité politique de nombreuses régions du monde seront en péril (LeMonde du 12 mars). Déjà Barcelone, Casablanca, Los Angeles, Mexico, Pékin, Téhéran ou Tel-Aviv dépendent de transferts d’eau à longue distance.

Mais ne vous inquiétez pas, ce rapport va être oublié aussitôt que publié. Il est bien plus important de savoir que les médecins brésiliens qui ont avorté une fillette de 9 ans violée par son beau-père ont été excommunié avec l’aval du bras droit du pape.

De toute façon, nous savons déjà que nous allons avoir des problèmes d’approvisionnement en énergie, en hydrocarbures, en ressources halieutiques, en denrées alimentaires, en matières premières, etc. La seule réponse politique jusqu’à présent, c’est d’avoir donné beaucoup d’argent pour continuer à vivre à crédit au détriment de la Biosphère. Cela me fait irrésistiblement penser au condamné à mort à qui on donne une pelle pour creuser sa propre tombe…

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surexploitation prouvée

Il est français mais inconnu en France. Daniel Pauly est le premier à alerter la communauté internationale sur la surexploitation des ressources halieutiques (LeMonde du 4 mars).. S’appuyant principalement sur les statistiques de la FAO, il prouve en 2001 que les stocks de poissons diminuent depuis la fin des années 1980 parce que la Chine avait minimisé ses prises. Il démontre dans un autre article que les humains pêchent des poissons de plus en plus bas dans la chaîne alimentaire des océans, nous finirons par manger du zooplancton ! Le dernier rapport de la FAO (2 mars 2009) confirme son point de vue. Mais la solution proposée par Pauly déçoit : « Mangez ce que vous voulez et utilisez votre bulletin de vote ». Car pour qui voter ?

            Les politiques ont toujours été les amis des pêcheurs, pas celui des poissons. Et voilà un des résultats : les marins du golfe de Gascogne sont devenus des orphelins de l’anchois, pêche fermée depuis 2005 alors qu’on pouvait autrefois 10 tonnes d’anchois en cinq minutes (LeMonde du 5 mars). De façon inexplicable pour l’Ifremer, le stock ne se reconstitue pas. Les autres exemples d’effondrement sont multiples, le cabillaud au Canada, l’anchois au Pérou, la sardine en Californie. Il faut dire que la pêche industrielle a remplacé la pêche artisanale avec le soutien des politiques. Dans l’UE, le challenge pour chaque ministre était d’arracher les plus gros quotas pour « ses » pêcheurs.  Pendant des décennies, les subventions européennes ont encouragé le développement des flottes, maintenant c’est la casse des navires qui est subventionnée. Personne n’avait compris jusqu’à présent que l’ami des poissons et l’ami des pêcheurs naviguent sur le même bateau. Alors, pour qui voter ?

Tu dessines un poisson sur ton bulletin de vote et tu écris « à mort la surexploitation de la Biosphère », pour une fois il y aura un vote qui signifiera quelque chose…

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permis d’exploiter

Le libéralisme économique repose sur le libre choix, c’est donc un principe vraiment superbe. Mais quand un code de bonne conduite en matière de pêche « responsable » repose sur l’engagement volontaire des pays, la surexploitation des ressources halieutique continue. Aucun pays ne décroche un score supérieur à 7/10, l’Espagne ou l’Italie seraient recalés par un examinateur car ils n’atteignent pas la moyenne (LeMonde du 12 février). La moitié des stocks mondiaux est aujourd’hui exploitée au maximum de ses  capacités, et 25 % sont surexploités.

Que ce soit en Europe, au Canada ou ailleurs, chaque patron-pêcheur est aujourd’hui individuellement conscient que sa catégorie professionnelle va collectivement à la catastrophe. Mais chaque pêcheur sait également qu’en situation de raréfaction croissante, le poisson qu’il ne prend pas immédiatement sera pris par un autre. Il est donc condamné à pêcher tout ce qu’il peut dans un minimum de temps tout en sachant pertinemment que cela aggrave le processus de catastrophe collective. Alors le code de bonne  conduite comme celui qui a été instauré en 1995 par 170 pays ne suffit plus, la liberté de pêcher étant par la force des choses irresponsable. Alors les Etats côtiers devront instaurer des quotas de pêche, puis subventionner une partie de leurs pêcheurs pour les empêcher de pêcher, enfin interdire un jour ou l’autre complètement la pêche à la morue, aux anchois, au thon rouge… Cela a d’ailleurs commencé.

Il y a bien longtemps que les humains auraient du comprendre que l’ami des pêcheurs et l’ami des poissons fréquentent le même océan et que l’essentiel n’est jamais la dynamique de la croissance, mais la gestion collective de la stabilité. Mais le libéralisme économique a fait le choix de l’irresponsabilité généralisée, croyant que la Biosphère restera toujours une bonne mère, à son service exclusif et durable.

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la sixième étape

La société thermo-industrielle est devenue LA référence universelle. Il faudrait obligatoirement franchir les cinq étapes de la croissance économique (livre de Rostow, 1960), c’est-à-dire dépasser l’état de société traditionnelle, faire son décollage économique pour aboutir à l’ère de la consommation de masse. Le titre du Monde du 1er janvier (page 4) est caractéristique de cette ligne de pensée : « La Chine en passe de combler son retard ». Retard sur quoi, sur qui ? Bien sûr, c’est évident, par rapport aux pays déjà industrialisés ! Plus précisément dans l’article, on note que la Chine multiplie ses dépenses en recherche & développement, passant de 6,2 à 11,8 % des dépenses mondiales en R&D. La Chine compte déjà le plus grand nombre d’étudiants, 23,4 millions, contre 17,3 millions aux USA. La Chine compte 1,1 millions de  chercheurs, presque autant que dans l’UE. La Chine remonte les filières, passant de l’atelier du monde en matière de produits textiles aux entreprises les plus innovantes : Hua Wei est numéro 2 mondial des télécommunications, devant Alcatel. La Chine commence à dépasser les performances occidentales, la Chine aborde la dernière étape, celle de la consommation mondiale de produits chinois.

 Jusqu’à présent la théorie du parcours obligé a merveilleusement servi les intérêts des grandes puissances dans un monde de libre-échange et d’accumulation du capital privé. Pourtant la concurrence internationale et la mondialisation de la production ont complètement déséquilibré les marchés locaux et les souverainetés nationales. Et les Chinois ne savent pas encore malgré leurs « Carrefours » flamboyants qu’ils ont atteint l’ère de la consommation de masse. Surtout, dans un monde déjà occupé par la classe globale (les personnes qui ont le privilège de rouler en voitures personnelle), les nouveaux arrivants trouvent de moins en moins de place, si ce n’est dans les bidonvilles de Chine ou d’ailleurs. Les OS des pays riches voient leur travail délocalisé ailleurs, les OS chinois sont dévalorisés par des pays à des stades « moins avancés ». Plus personne n’est à l’abri du chômage ou de la  déqualification. Nous sommes arrivés à la sixième étape, car à la maturité d’un système productif succède nécessairement le stade de la saturation des marchés et de la décomposition sociale. Tous les cycles biologiques connaissent l’expansion, la maturité et la mort ;  les cycles économiques ne font pas exception, on le sait depuis les analyses de Schumpeter. Il n’y a pas un axe du temps dirigé vers un progrès infini, il y a les limites de la planète.

Il est temps de s’interroger sur la fin de la course à la croissance économique dans ce maelström insensé de compétition acharnée. Après la consommation de masse, ce sera la société du recyclage et de la sobriété heureuse. Après la société de la démesure, ce sera la société de la stabilisation. Après l’augmentation du niveau de vie et l’obsession du pouvoir d’achat, ce sera un nouveau mode de vie plus convivial et plus serein. Après l’innovation technologique de pointe, ce sera les techniques douces, douce à l’usage de l’homme, douce envers la nature. Ce sera cela, ou ce sera l’affrontement économique et militarisé provoqué par un complexe productiviste qui ne considère que le présent et les avantages des nantis.

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