Charlie Hebdo devient antinataliste

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https://charliehebdo.fr/2022/11/ecologie/enfant-fleau-pour-planete/

L’enfant, un fléau pour la planète

Antonio Fischetti · Paru dans l’édition 1583 du 23 novembre2022

Depuis la semaine dernière, l’humanité a franchi le cap des 8 milliards d’humains. Étrangement, les spécialistes sont partagés. Certains affirment que ce n’est pas grave pour la planète… tandis que d’autres ne sont pas d’accord, et ont signé plusieurs tribunes pour alerter sur les dangers de la surpopulation. En vérité, si l’enjeu écologique est incontestable, il est souvent minimisé à cause de valeurs morales qui sacralisent la natalité.

Pour sauver la planète, on nous enjoint de remiser nos vieilles bagnoles, scooters, motos et barbecues, pour rouler en trottinette nucléaire (euh, pardon, en électromobilité durable). Pourquoi pas ? En revanche, on entend rarement dire qu’il serait également souhaitable de faire un peu moins de gosses. Caca, la bagnole, mais la poussette reste sacrée.

Il n’empêche : nous voilà 8 milliards sur Terre. Nous étions 2,5 milliards en 1950, et même si les prévisions sont toujours hasardeuses, il est fort probable que le cap des 10 milliards soit atteint d’ici à 2050. Ce n’est pas que les femmes ­enfantent de plus en plus, mais les bébés meurent de moins en moins. On ne peut que se réjouir d’un plus grand accès à la médecine, mais, forcément, la planète en pâtit. Car tous ces humains mangent, émettent du gaz carbonique et impactent l’environnement. Or, qu’on le veuille ou non, notre planète est limitée. Si vous mettez deux poissons rouges dans un bocal, ça va. Mais avec 50 poissons rouges, à un moment donné, il va y avoir des problèmes.

Cela peut sembler évident. Et pourtant, certains scientifiques prétendent qu’il n’y aurait pas de quoi s’affoler. Par exemple, dans Le Monde du 14 novembre, on pouvait lire deux pages sous le titre : « Faire moins d’enfants ne répondrait à aucune des questions sur le climat ». L’article était basé sur les propos d’un certain Emmanuel Pont, ingénieur et auteur d’un livre sur le sujet1, expliquant que « savoir si on est trop nombreux, c’est une question très théorique […] ce n’est pas là que se pose la question aujourd’hui ». Un discours repris dans différents médias. Sauf que les spécialistes ne sont pas tous de cet avis.

En 2017, plus de 15 000 scientifiques de 184 pays signaient, dans la revue BioScience, un manifeste appelant, entre autres, à la « stabilisation de la population ». Une initiative reprise par d’autres chercheurs, notamment à travers deux tribunes, toujours dans Le Monde : l’une en octobre 2018, et l’autre ­datant du 9 novembre dernier.

Pour y voir plus clair, penchons-nous sur les arguments de ceux qui minimisent l’impact démographique. Leur raisonnement est le suivant : la population des pays riches est stabilisée, alors que ce sont les plus gros pollueurs. Et la démographie n’explose que dans les pays pauvres, qui, eux, polluent beaucoup moins. Or, à mesure que les pauvres prospèrent, ceux-ci feront moins d’enfants, de sorte que la population finira par plafonner, il n’y a donc pas de quoi s’alarmer.

Le premier point est exact : il est vrai que les pauvres se reproduisent davantage que les riches (selon cette loi sociologique qui veut que plus on est démuni, plus on a besoin ­d’enfants pour ramener à bouffer à la maison ; et que plus on est riche et instruit, plus on ressent la nécessité de s’en passer). D’après la Banque mondiale (chiffres de 2020), le nombre moyen d’enfants par femme est de 3,9 dans les pays les moins développés, contre 1,6 dans les pays à plus hauts revenus (par exemple : 6,7 au Niger et 4,2 en Afghanistan, contre 1,8 en France et 1,6 aux États-Unis).

Le second point est également exact : les 10 % d’humains les plus riches polluent infiniment plus que le reste de l’humanité. Dix Africains qui se déplacent à vélo émettent moins de CO2 qu’un Américain qui prend l’avion toutes les semaines. Certes.

En revanche, ce qui ne va plus, c’est la conclusion qu’en tirent les pronatalité. D’après eux, les pays pauvres étant peu pollueurs, leur croissance démographique aurait peu ­d’impact écologique. Ce raisonnement ne tient qu’à condition que les pauvres restent pauvres. Or les pauvres ont un défaut : ils aspirent, et c’est légitime, au même confort que les riches. Dès qu’ils ont peu d’argent, ils achètent des climatiseurs, des téléphones portables et, évidemment, ils mangent aussi, ce qui détruit inévitablement l’environnement (la principale cause de déforestation de l’Amazonie est la production de soja destiné au bétail qui nourrit 1,4 milliard de Chinois).

Certains prétendent qu’il suffirait de changer les modes de vie occidentaux pour soulager la planète. Mais de nombreux scientifiques réfutent cette analyse. Par exemple, Gilles Bergametti, directeur de recherche au CNRS et cosignataire de l’une des tribunes du Monde : « Même en réduisant la pollution des 2 milliards les plus riches, ce ne serait pas une compensation suffisante pour permettre aux 6 milliards restant de polluer. »

Évidemment, le nombre d’humains n’est pas l’unique responsable de tous nos problèmes. L’impact écologique dépend aussi des modes de vie et des technologies utilisées. Mais ce n’est pas une raison pour négliger la surpopulation. C’est d’ailleurs écrit noir sur blanc dans les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), qui pointent respectivement la croissance démographique comme l’une des causes du réchauffement climatique et du déclin de la biodiversité2.

Ce dernier sujet touche particulièrement Bruno David, directeur du Muséum national d’histoire naturelle, et cosignataire de l’une des tribunes : « On ne peut pas avoir 8 milliards d’humains avec le même niveau de vie qu’un Américain ou qu’un Européen, sinon la planète explose. Et il y a aussi d’autres ­enjeux : par exemple, plus nous sommes nombreux, plus il y a de risques de pandémie. En tant que scientifiques, notre rôle n’est pas d’appor­ter des solutions mais d’attirer l’attention sur ce problème. »

Il est évident que, sur une planète par définition limitée, on ne peut pas augmenter la population indéfiniment. Prenons le fameux « jour du dépassement », défini comme le jour où l’huma­nité a consommé l’ensemble des ressources que la planète peut régénérer en un an. Quelle que soit la façon dont cette date est calculée, force est de constater qu’elle se rapproche chaque année toujours plus du 1er janvier : c’était le 7 décembre en 1990, et le 28 juillet en 2022 !

Malgré tous ces arguments, la plupart des défenseurs de l’environnement deviennent frileux dès qu’il s’agit d’aborder des questions de natalité. Comme si le droit à la reproduction était tellement sacré que la simple idée de le limiter nous mènerait sur le chemin d’une dictature à la chinoise. Avec ce genre de logique, on pourrait aussi bien défendre le droit à polluer en bagnole thermique ! C’est ce que pense Jean-Loup Bertaux, ancien directeur de recherche au CNRS et membre de l’association Démographie responsable : « L’idée de ne pas toucher à la population est plus morale que scientifique. C’est comme le raisonnement néolibéral selon lequel il faut toujours plus de monde pour augmenter le nombre de consommateurs. Dans notre association, nous plaidons pour une sobriété démographique. »

Un autre argument récurrent des natalistes, c’est qu’il faut absolument faire des enfants pour financer les retraites. C’est dans cet esprit qu’un projet de loi visant à faire de la natalité une « grande cause nationale » avait été proposé (heureusement rejeté) par des députés LR en avril 2021. Mais, là encore, on n’est pas obligé d’ériger l’enfant en messie sauveur de nos vieux jours. C’est du moins l’avis de Michel Bourban, professeur d’éthique environnementale à l’université de Twente, aux Pays-Bas, et auteur de plusieurs articles sur le sujet : « La liberté n’est pas forcément le droit de faire autant d’enfants qu’on le souhaite. La plupart des droits individuels sont limités, je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas de même pour le droit à procréer. Et pour financer les retraites, il y aurait d’autres moyens que d’augmenter la natalité, par exemple en taxant les superprofits. »

Voilà de quoi donner des idées aux militants écolos. Plutôt que de s’en prendre aux tableaux de Van Gogh, ils pourraient aussi se coller aux vitrines des magasins de poussettes, préalablement aspergées de soupe à la tomate. Ils seraient certes encore moins populaires, mais cela aurait le mérite d’attirer l’attention sur ce fléau négligé que constitue la surpopulation.

1. Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ?, Emmanuel Pont (éd. Payot).

2. Dans une étude publiée en 2017, deux chercheurs de l’université de Lund, en Suède, ont estimé que le bilan carbone d’un enfant est de près de 60 tonnes équivalent CO2 par an. À titre de comparaison, une moto émet une centaine de grammes par kilomètre. Il faudrait donc rouler 600 000 km pour égaliser un môme ! Je ne sais pas ce que vaut ce calcul, mais, en tant que motard, je ne peux pas résister au plaisir de le signaler aux écolos de salon conducteurs de poussette qui me fusillent du regard quand je les croise sur ma Guzzi.

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5 réflexions sur “Charlie Hebdo devient antinataliste”

  1. commentaire du commentaire de Michel C.
    Charlie : si l’enjeu écologique est incontestable, il est souvent minimisé à cause de valeurs morales qui sacralisent la natalité.
    Michel C. : Oh que non je ne m’abonnerais pas à Charlie.
    Charlie : rouler en trottinette nucléaire (euh, pardon, en électromobilité durable). Pourquoi pas ? En revanche, on entend rarement dire qu’il serait également souhaitable de faire un peu moins de gosses. Caca, la bagnole, mais la poussette reste sacrée.
    Michel C. : Si c’est pour lire ce genre d’article je préfère garder mes ronds pour une bonne binouze au bistrot.
    Charlie : qu’on le veuille ou non, notre planète est limitée. Si vous mettez deux poissons rouges dans un bocal, ça va. Mais avec 50 poissons rouges, à un moment donné, il va y avoir des problèmes.
    Michel C. : Déjà cet article ne m’apprend rien du tout.

    1. (suite)
      Charlie : D’après les natalistes, les pays pauvres étant peu pollueurs, leur croissance démographique aurait peu ­d’impact écologique. Ce raisonnement ne tient qu’à condition que les pauvres restent pauvres. Or les pauvres ont un défaut : ils aspirent, et c’est légitime, au même confort que les riches.
      Michel C. : Les arguments des dits «natalistes» sont réduits à peu de chose, et «analysés» à la va vite.
      Charlie : Évidemment, le nombre d’humains n’est pas l’unique responsable de tous nos problèmes. L’impact écologique dépend aussi des modes de vie et des technologies utilisées. Mais ce n’est pas une raison pour négliger la surpopulation.
      Michel C. : L’analyse est plus que sommaire, limite simpliste.

      1. (suite et fin)
        Charlie : Malgré tous les arguments possibles, la plupart des défenseurs de l’environnement deviennent frileux dès qu’il s’agit d’aborder des questions de natalité. Comme si le droit à la reproduction était tellement sacré que la simple idée de le limiter nous mènerait sur le chemin d’une dictature à la chinoise.
        Michel C. : Bref cet article de Charlie Hebdo est médiocre. Lisez plutôt La Décroissance de juillet 2019, qui lui était d’une toute autre qualité.
        Charlie-Hebdo : Un dernier argument récurrent des natalistes, c’est qu’il faut absolument faire des enfants pour financer les retraites. C’est dans cet esprit qu’un projet de loi visant à faire de la natalité une « grande cause nationale » avait été proposé (heureusement rejeté) par des députés LR en avril 2021. Mais, là encore, on n’est pas obligé d’ériger l’enfant en messie sauveur de nos vieux jours.

      2. Mon commentaire du 30 NOVEMBRE 2022 À 14:27 ayant été supprimé, sans aucune explication…

        Modération @ Michel C
        Comme nous vous l’avons déjà expliqué antérieurement, nous supprimons les commentaires qui n’ont pas trait à l’article commenté, ici les propos de Charlie Hebdo. De plus votre insistance à reprendre en boucle une assertion de 2009 qui accuse sans preuves font de vous un troll qui pollue ce blog de messages provocateurs.
        Votre attitude est d’autant plus inadmissible que vous nous avez donné une fausse adresse mail, ce qui empêche tout rapport direct et cordial entre nous… Nous vous conservons pour l’instant sur ce blog car vous avez montré à maintes reprises que vous pouvez être perspicace sur un sujet donné. Continuez dans cette voie, merci.

  2. Oh que non je ne m’abonnerais pas à Charlie. Pour vous dire à quel point je suis POUR le mariage, je ne suis même pas abonné à La Décroissance. Ce qui ne m’empêche pas de l’acheter tous les mois. Et Charlie de temps en temps. Maintenant si c’est pour lire ce genre d’article je préfère garder mes ronds pour une bonne binouze au bistrot.
    Déjà celui-ci ne m’apprend rien du tout. L’analyse est plus que sommaire, limite simpliste. Notamment celle des arguments des dits «natalistes» réduits à peu de chose, et «analysés» à la va vite. Bref cet article est médiocre. Rien à voir en tous cas avec le dossier en supplément de La Décroissance de juillet 2019, qui lui était d’une toute autre qualité. Bien argumenté, documenté, référencé etc. Seulement voilà, il n’allait pas dans le même sens.

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