Malthus et la fausse révolution « verte »

L’agriculture bio, ce n’est pas le retour en arrière, c’est l’utilisation de la nature elle-même pour des rendements sûrs et pérennes. Et ceci nécessite un ré-apprentissage pendant plusieurs années puisque l’industrie chimique nous a fait complètement perdre les méthodes ancestrales de conservation des sols. Prenons l’exemple du Sri-Lanka.

Sophie Landrin

Le 27 avril 2021 Gotabaya Rajapaksa, le président de la République du Sri Lanka, annonce qu’il interdisait toute importation d’engrais et de pesticides chimiques ; il ordonnait d’utiliser des biofertilisants locaux pour faire de la nation insulaire le premier pays au monde à pratiquer une agriculture exclusivement biologique. Une décision a effet immédiat, la production a chuté et les revenus aussi. Imposée brutalement, l’opération était vouée à l’échec. Le riz est l’aliment de base, il fournit près de la moitié des calories totales et 40 % des besoins totaux en protéines de la population du Sri Lanka. Le pays, qui était autosuffisant, est désormais menacé par l’insécurité alimentaire et doit importer. La production de thé est stratégique, elle représente 12 % des exportations – pour 1,2 milliard de dollars en 2020 – et emploie plus de 1 million de personnes. En octobre 2021, face au désastre et au risque d’extension des conflits, le gouvernement autorisait de nouveau l’usage et l’importation d’engrais et de pesticides chimiques. Il faut au minimum trois à cinq ans pour convertir un agriculteur, lui apprendre les techniques indispensables pour préparer son compost, lutter contre les ravageurs avec des méthodes naturelles, etc. A l’échelle d’un pays, dix à quinze ans sont nécessaires.

Les lobbys des engrais se sont engouffrés dans le fiasco du Sri Lanka pour dénoncer l’ineptie de l’agriculture biologique à grande échelle. Pourtant le président Gotabaya Rajapaksa avait posé le bon diagnostic. Dans l’avis publié au journal officiel, il est noté que l’utilisation d’engrais et de produits agrochimiques, aussi productive soit-elle, a entraîné une « contamination des lacs, des canaux et des rivières », ainsi que la propagation de pathologies non transmissibles telles que les « maladies rénales », liées à la contamination des eaux souterraines. Une fois la maladie installée, les patients n’ont aucune chance de guérison. La seule alternative à la dialyse est la transplantation rénale. Pendant des années, à partir de la révolution verte mise en place en 1965, les paysans ont été encouragés à utiliser massivement des variétés de riz à haut rendement et des produits chimiques, engrais et pesticides, subventionnés par le gouvernement. Les conséquences sur la santé ne sont apparues que trois décennies plus tard. Le renoncement à la réforme de 2021 risque d’allonger un peu plus la liste des malades et des morts.

Grabotte : Cet article est bourré de contresens. Peut-être que l’abus de pesticides est responsable des maladies rénales, il ne s’en déduit pas que le bio est la réponse raisonnable. Le problème résidait sans doute dans un abus des pesticides, des quantités déraisonnables manipulées par des fermiers non formés et n’appliquant pas les bonnes méthodes de protections (EPI etc.) Quant au glyphosate interdit depuis 8 ans, il a une très faible rémanence…

Passenparla @ Grabotte : Cela s’appelle le biais de confirmation : vous cherchez dans un article ce que vous pensez être la vérité. Vous considérez ainsi que tout article s’y opposant est erroné. La « raisonnabilité » si chère aux lobbys chimiques….. Raisonnabilité qui n’a jamais été démontrée dans un article scientifique, ceux-ci montrant justement que l’effet se fait sentir même à faible concentration. Après, il y a des raisonnements non scientifiques effectivement…..

Michel SOURROUILLE : Avec Borlaug, la révolution verte a reçu le prix Nobel de la paix en 1970 sous le prétexte que les nouvelles technologies en chimie allait apporter la prospérité, et que la prospérité apporterait la paix. Les Américains disaient : « Diffusez les produits chimiques et vous éviterez le communisme ». Vandana Shiva résume : « Cela s’est appelé la révolution verte, par opposition à la révolution rouge qui se répandait en Inde, venant de Chine. Malheureusement ces produits coûtaient cher et nuisaient à l’environnement. Tout cela s’est révélé au bout de dix ans en Inde, si bien qu’au lieu d’être en paix et de profiter de la prospérité, les jeunes ont connu une nouvelle pauvreté et pris les armes.  Après la répression très violente par les forces militaires contre les insurgés dans le Punjab, on ne pouvait plus prendre son fusil. Alors les agriculteurs ont commencé à boire les pesticides pour mettre fin à leurs jours. »

Le point de vue des écologistes : Norman Borlaug aurait, paraît-il, sauvé un nombre incalculable de vies humaines en contribuant à vaincre les famines par ses semences à haut rendement (« révolution verte »). Mais son innovation n’a fait qu’entretenir la course sans fin entre ressources alimentaires et population humaine. Les sommets mondiaux sur la « sécurité alimentaire » ont soi-disant l’objectif d’éradiquer la faim de la surface de la terre ! Notre mémoire collective est courte, un rapport de la FAO  en 1974 se terminait déjà par cette promesse : « Dans dix ans, sur cette terre, aucun homme, aucune femme, aucun enfant n’ira au lit le ventre vide ». Nous avons aujourd’hui près d’un milliard de personnes qui ne mangent pas à leur faim. Dans dix ans ce sera pire. L’accroissement de la productivité agricole ne fait qu’alimenter la pullulation humaine, homo sapiens étant depuis longtemps exempt de tout prédateur assez efficace pour réguler naturellement sa population. Soulignons que Borlaug lui-même était bien conscient de la relation perverse entre démographie et alimentation. Lors de son discours de réception du prix Nobel de la paix en 1970, Norma, Borlaug s’est exclamé :

« Nous sommes face à deux forces contraires, le pouvoir scientifique de la production alimentaire et le pouvoir biologique de la reproduction humaine. L’homme a acquis les moyens de réduire avec efficacité et humanisme le rythme de la reproduction humaine. Il utilise ses pouvoirs pour augmenter le rythme et l’ampleur de la production alimentaire. Mais il n’exploite pas encore de façon adéquate son potentiel pour limiter la reproduction humaine. »

Ce n’est pas d’un sommet alimentaire dont nous avons besoin, mais d’un sommet sur la démographie qui n’aurait pas peur d’affronter les tabous et de prôner, outre une agriculture respectueuse de sa durabilité, la généralisation des méthodes contraceptives et l’éducation des populations aux risques de la surpopulation.

Lire aussi : Normal Borlaug, bienfaiteur de l’humanité ?

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19 réflexions sur “Malthus et la fausse révolution « verte »”

  1. @ MARCEL DUTERTE 15 JUIN 2022 À 17:24
    Je disais seulement que le “Grand Bond en avant“ chinois s’est soldé par un fiasco.
    Et pas seulement cette famine qui a fait entre 25 et 45 millions de morts.
    Un fiasco à tous points de vue, que même les Chinois ont fini par reconnaître.
    La Révolution verte, comme des tas d’autres entreprises, et/ou politiques, sont également des fiascos. Dans quelque temps je pense qu’on devrait pouvoir faire le bilan du nucléaire, et du Capitalisme…. Globalement quoi ?

    1. Je disais aussi (À 11:45) que l’explosion démographique n’était qu’une conséquence de cette Révolution verte. En Chine, pour traiter ce problème de (sur)nombre, le même Mao n’a alors rien trouvé de mieux que cette Politique de l’enfant unique.
      Pour moi, c’est comme si par négligence, par manque d’anticipation, par folie des grandeurs ou de je ne sais quoi, bref, c’est comme si à cause d’une mauvaise gestion on avait laissé la maison tomber en ruines, et qu’on décidait qu’à partir de là certains membres de la famille n’avaient plus le droit d’y habiter.
      Comment devrait-on appeler ça ? Une réussite peut-être ?
      Quand même pas la sagesse, si ?

  2. et bien dansez maintenant

    De la confusion!
    On confond l’agriculture biologique, pas forcément éthique, pas forcément écologique, pas forcément durable, pas forcément de saison, pas forcément diversifiée, pas forcément familiale, pas forcément naturelle.
    À dire vrai, cela reste de l’agriculture, qui n’a qu’un UNIQUE objectif la production quoi qu’il en coûte, et elle réussie bien puisqu’il en coûte énormément aux agriculteurs eux-mêmes, à la Nature, aux consommateurs, au climat, aux générations futures, à la biodiversité, etc, etc, etc… ad nauseam!
    On a tant détruit qu’avoir une production neutre n’est même pas suffisant, il faut être régénératif. Fin de cette société de dégénérés.

    1. Esprit critique

      De la confusion, ça c’est sûr ! Toutefois je vois bien où vous voulez en venir. 😉
      Selon vous, l’Agriculture (qui n’a qu’un UNIQUE objectif, la production quoi qu’il en coûte) c’est PAS BON. Ce qui est BON c’est la Permaculture.
      Sauf que la permaculture ne vaut guère mieux que l’agriculture. En fait tout dépend de quoi on parle. C’est quoi au juste la permaculture ?
      Rien d’autre qu’un terme, un mot, venant de l’anglais «permanent agriculture»…
      Une agriculture donc. Qu’on aurait pu aussi bien qualifier de durable, ou de raisonnée, de propre, ou de je sais quoi. Permanente donc.
      (à suivre)

      1. Et pour simplifier le tout, de la même façon qu’on a inventé X formes d’agricultures (traditionnelle, conventionnelle, vivrière, intensive, extensive, raisonnée, Bio, durable, permanente, régénératrice… et j’en passe) … eh bien on a eu besoin de distinguer la permaculture «originelle» (agriculture permanente) de la permaculture «de design» (conception de systèmes naturels). Avec ça nous voilà bien avancés. 🙂

      2. et bien dansez maintenant

        FAUX! Permaculture = « Permanent Culture » soit Culture Durable.
        Pas de mot « Agriculture » ici.
        L’idée, le but est dans ce mot: concevoir une culture soutenable, une production alimentaire soutenable, un habitat soutenable, une VIE soutenable en adaptant des techniques.
        Si votre conception, design, réalisation ne l’est pas, durable, généralisable, de long terme, régénérative, traitant les causes, alors votre conception n’est pas optimum et il faut revoir vos objectifs, moyens, stratégies, inter-relations… Tout ça dans une sobriété élevée, une décroissance y compris humaine!
        En fait, il s’agit de déconstruire, de « Perdre ma culture » qui est de + en + insoutenable et destructrice.
        Cette « entreprise » se veut donc éthique et philosophique.

      3. NON NON ! Désolé mais l’étymologie est très importante, ne serait-ce que pour éviter d’en rajouter à la Confusion. Ce n’est pas culture, mais bien AGRICULTURE !
        Et c’est normal, la culture ne se limite pas au travail des champs.
        – Agriculture : du latin agricultura (ager = champ, et cultura = culture).
        Ce mot date de la fin de la féodalité (1343). De toutes façons si vous cherchez à connaître l’origine du mot permaculture vous trouverez partout l’expression américaine «permanent agriculture». (utilisée par l’agronome américain Cyril G Hopkins dans son livre de 1910 : Soil Fertility and Permanent Agriculture).
        La Permaculture est certes intéressante, je vous l’ai déjà dit, mais je ne vois pas pourquoi AGRICULTURE serait un gros mot. Par contre j’ai bien plus de réserves avec l’AGRICULTEUR… désormais détrôné par l’EXPLOITANT AGRICOLE.
        ( Exploiter : oh le vilain mot ! ) Moi j’aime les PAYSANS !

      4. Langue bien pendue

        Pour en savoir plus, sur l’origine du mot AGRICULTURE, lire :
        – Agreste, agraire, agricole, agriculture, agricoolture
        ( Sur tiretalanguefrancaise.fr )
        C’est merveilleux la coolture des mots ! Dur de s’en lasser, dur d’y résister ! 🙂

      5. et bien dansez maintenant

        On ne va pas faire un cours dessus mais de nos jours, le mot permaculture signifie permanent culture puisqu’il ne concerne justement pas la seule production alimentaire. Le problème avec l’agriculture, c’est son inefficacité relative car non durable, dans un champs en plein soleil, en plein vent avec de la terre labourée qui nécessite des esclaves ou serfs autrefois et des esclaves énergétiques maintenant. Système non résilient car anormalement simplifié, très peu vivant, lutte de tous les instants pour maintenir ce milieu à l’âge enfant dans la succession écologique alors que spontanément il irait vers le stade adulte de forêt avec l’ARBRE, clé des systèmes régénératifs et élément fondamental de nos besoins vitaux.

      6. et bien dansez maintenant

        Les seuls endroits cultivés qui ne se soient pas dégradés (déforestation, perte de sol, pollution, esclavage, perte de vie…) sont les forêts jardinées tropicales d’Amazonie, d’Asie…
        Les forêts, ces lieux cachés, où les productions ne pouvaient pas comme un champ de blé être contrôlées, taxées, pillées.
        Les forêts, ces lieux vivants complexes, résistants et résilients à tout.
        Les forêts, ces lieux où les hors-la-loi, rebelles et opposants aux seigneurs, à l’empire pouvaient se cacher.
        Le champ nu résulte de la main mise des puissants et maintenant des lobbies.
        Le champ nu bien carré, bien propre, bien pauvre est le symbole de notre cerveau étriqué, peu créatif, du contrôle du vivant.

      7. Eh ben, si de nos jours le mot permaculture signifie permanent culture … c’est que j’ai une longueur de retard. Pourtant, je trouve que le Wiki n’est pas mal fait. On y découvre notamment toutes ces polémiques au sujet du mot, la marque déposée etc. Avouez quand même que pour nous amuser (en attendant) la permaculture c’est cool. 🙂

  3. Marcel Duterte

    L’ agriculture dite biologique est bien entendu la solution la plus réaliste , quoi qu’ en dise ce Grabotte, mais la sobriété démographique itou : Malthus a évidemment tout à voir ici car à son époque (à cheval sur les 18 ème et 19 ème siècles) l’ agriculture était l’ activité prépondérante devant l’ industrie (début de la révolution industrielle) et la perspective de nourrir une population sans cesse grandissante (le fameux banquet de la nature) était plus qu’ utopique !
    Cette folie furieuse de vouloir nourrir toute la population terrestre ressortit de la même démence qui consiste à vouloir coloniser la planète Mars !!!

    1. Certes. Mais on peut quand même dire que le véritable but de cette Révolution Verte n’était pas de nourrir une population vouée à croître sans limite. Le but n’était que l’accroissement des rendements et de la productivité. Et ceci grâce au Progrès, à la chimie, aux techniques, aux machines etc. (Business as usual !) Autrement dit une histoire de gros sous, de pouvoir et de domination.
      Et parmi les conséquences … l’explosion démographique. Entre autres, bien entendu. Voilà donc résolue l’énigme de la Poule et l’Oeuf. 😉

    2. Je vous invite à regarder la liste des famines. (sur Wikipédia)
      Et notamment la Grande famine chinoise de 1959 à 1961. (idem)
      Pour mémoire : 3 milliards de terriens en 1960. Et 660 millions de Chinois.
      Les causes de cette famine n’avaient rien de naturelles, sécheresses ou autre, ni même des conflits, encore moins une histoire de surpopulation, les véritables causes étaient seulement POLITIQUES. Une mauvaise politique !
      Finalement ce “Grand Bond en avant“ chinois est du même ordre que cette “Révolution verte“, à l’arrivée ça se résume à un fiasco.

      1. Marcel Duterte

        Vous auriez sans doute mieux fait que les dirigeants chinois de l’ époque ?
        Gérer la vie de près de 700 millions de chinois , est d’ une facilité déconcertante , ben voyons comme dirait Zemmour !
        Il est une fois de plus anormal qu’ un pays aussi vaste soit- il , ce qui est le cas de la Chine, comporte autant d’ habitants alors que les terres fertiles n’ y sont pas si nombreuses : la preuve est qu’ ils louent ou achètent des terres cultivables en Afrique .

  4. Esprit critique

    Nul besoin de convoquer de suite Malthus dans cette histoire.
    Cet exemple (Au Sri Lanka, une révolution biologique sabotée. Par Sophie Landrin) est du même ordre qu’un bon nombre d’autres exemples de SABOTAGES. Pensons à Cuba (le Communisme, oh non pas ça !) et à toutes les expériences menées ici ou là, à diverses échelles, littéralement sabotées par les tenants du Système et de son Ordre Établi.
    Ceci dit, le président de la République du Sri Lanka a évidemment commis une erreur en voulant aller trop vite. C’est comme si en France on décidait de supprimer le nucléaire du jour au lendemain. Tout naturellement le résultat apporte de l’eau au moulin des réactionnaires (genre Grabotte), misère misère. Et du pognon aux actionnaires (Business as usual !)

    1. Quant à la Révolution Verte, initiée dès les années 1960, elle s’est traduite sans conteste par un accroissement spectaculaire de la productivité agricole.
      Et ce n’est que bien plus tard qu’on a commencé à mesurer le revers de la médaille. Non seulement elle n’aura pas permis d’éradiquer les famines dans le monde, mais elle aura contribué à tout détruire. Perturber les écosystèmes, affaiblir les sols, polluer l’environnement, et encore pire, les esprits.
      Une ERREUR donc, indéniablement ! Comme le nucléaire, comme le plastique, comme tant d’autres saloperies dont nous nous retrouvons aujourd’hui dépendants. Et comme l’idée du Progrès qui progresse et des Innovations qui innovent, pour des siècles et des siècles amen.

      1. Sagesse ancienne

        Errare humanum est, perseverare diabolicum
        ( L’erreur est humaine, persévérer [dans son erreur] est diabolique )

      2. Parti d'en rire !

        Et en toute bonne logique shadockienne (plus ça rate et plus on a de chances de réussir), c’est à partir du moment où on voit tout le côté négatif de la Révolution Verte… que tout naturellement (avec ou sans guillemets ?) on invente la Révolution … Doublement Verte !
        – « La Révolution Doublement Verte a pour ambition d’accroître les productions sans diminuer le potentiel des milieux et la biodiversité pour les générations futures. Elle ajoute aux objectifs de la Révolution Verte ceux du maintien de la diversité biologique et de la résilience des écosystèmes. » (Michel Griffon, Jacques Weber-1995)
        Déjà presque 30 ans… la preuve que Manu n’a rien inventé. Les deux et en même temps ! La Croissance et l’Écologie ! C’est formidable !

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