génocide programmé

Kigali accuse Paris de complicité active dans le génocide des Tutsis. Il faut dire que l’intitulé officiel de la commission chargée d’enquête quatorze années les faits après donnait déjà le résultat : « Rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide » (LeMonde du 7.08.2008). Mais je ne rentre pas dans la discussion du pour ou contre, mon quotidien favori s’en charge largement. Je voudrais simplement rappeler que si le Rwanda a été mis à feu et à sang, c’est d’abord pour des raisons démographiques.

            Prenons un livre déjà ancien de Jean Dorst  La nature dé-naturée 1965: « Nous ne craignons pas d’affirmer que le problème de la surpopulation est le plus angoissant de tous ceux auxquels nous avons à faire face dans les temps modernes. Et peu d’entre nous en avons conscience, du fait de sa nouveauté et de tout l’obscurantisme qui en masque encore la gravité. L’excédent de population ne risque pas seulement de compromettre le sort de la flore et de la faune sauvage, il menace bien plus la survie de l’humanité tout entière ». Pour ce naturaliste, l’accroissement démographique a les caractères d’une véritable pullulation. Il regrettait que le Rwanda ait une densité de 126.

Le chapitre de Jared Diamond (Effondrement, Malthus en Afrique ) explicite aujourd’hui les causes profondes du massacre rwandais en 1994: « La population rwandaise a augmenté à un taux moyen de plus de 3 % l’an (doublement en moins de 24 ans). Le Rwanda figure parmi les pays les plus peuplés de monde. La densité au Rwanda est le triple du Nigeria, troisième pays d’Afrique pour la densité. En 1990, elle était de 760 personnes au km2, soit plus que celle du Royaume-Uni. Le développement économique du Rwanda fut stoppé par la sécheresse et l’accumulation de problèmes environnementaux. Le pourcentage de la population consommant moins de 1600 calories par jour (niveau en dessous de celui de la famine) était de 9 % en 1982, 40 % en 1990). Il n’est pas rare, même après le génocide de 1994, d’entendre des Rwandais soutenir qu’une guerre était nécessaire pour diminuer une population en excès et pour la ramener au niveau des ressources en terre disponibles. »

 

            Alors que les malthusiens sont historiquement les premiers objecteurs de croissance, leur influence reste confidentielle. Les humains préfèrent se tuer que réfléchir, cela va plus vite…

Roosevelt, écolo ?

LeMonde du 6.08.2008 nous présente les deux Roosevelt, mais pour avoir quelques précisons, y’a rien à voir, circulez.. Ainsi on sait que John McCain cite Théodore Roosevelt pour son souci de l’environnement, mais on n’en saura guère plus. Voici donc quelques précisions sur l’opposition entre « conservation » et « préservation » de la Biosphère :

 

Théodore Roosevelt a fondé en 1888 le Boone and Crockett Club, association de chasse au gros gibier, très huppé. Une partie de l’environnementalisme américain de cette origine. Il s’agit d’une « conservation » de la nature dont Gifford Pinchot, ami de Roosevelt, est le personnage emblématique : il incombe à l’Etat fédéral de gérer au mieux les richesses naturelles, tout particulièrement les forêts. Dans la déclaration de principes de la Conférence de la Maison Blanche sur la « conservation » convoquée par Théodore Roosevelt, il est dit que « la propriété privée en matière de forêts implique des responsabilités à l’égard des intérêts de tous et que le passage de lois visant à favoriser la protection et le reboisement des forêts privées sera encouragé ».

 

Cette approche anthropocentrique débouchera cependant sur la mise en place d’un système de parcs nationaux, influencé par un autre courant environnementaliste, la protection totale ou « préservation ».Il s’agit d’instaurer le sanctuaire véritable, un monde non entravé par l’homme, un monde laissé à sa propre créativité. John Muir (1838-1914) avait ainsi vécu les derniers moments de la conquête du territoire américain par les Blancs, il avait vu régresser les milieux naturels, il n’avait pas supporté cette perte. Il s’indignait de ce que les forêts ne soient considérées que comme réservoirs de ressources. Il prisait dans la nature l’élévation morale et religieuse qu’elle provoquait : « La route la plus claire dans l’univers passe au plus profond d’une forêt sauvage. » Il est donc devenu le Père fondateur du mouvement pour la protection de la nature aux USA en créant l’association « Sierra Club » en 1892. Il accordait à la nature une valeur intrinsèque, préfigurant ainsi le biocentrisme (l’écologie profonde).

 L’influence de John Muir, jointe au premier courant de pensée  conservationniste, a permis concrètement la création des Parcs Nationaux aux USA. Son action a été couronnée cinquante ans après sa mort par la promulgation du Wilderness Act de 1964 : « Par opposition aux espaces dominés par l’homme et ses œuvres, le présent document la désigne comme un espace où la terre et la communauté de vie ne sont pas entravées par l’homme, où l’homme lui-même n’est qu’un visiteur qui ne reste pas ».

tolérance répressive

Dans Rétrolecture, LeMonde du 5.08.2008 nous présente le livre d’Herbert Marcuse L’homme unidimensionnel dont la traduction française en 1968 en a fait une référence des étudiants en colère. Son concept de « Tolérance répressive », qui date aussi de 1964, garde aujourd’hui toute son actualité :

 

« Ce qui est proclamé  et pratiqué aujourd’hui sous le nom de tolérance sert au contraire la cause de l’oppression. Le fait qu’on tolère la crétinisation systématique aussi bien des enfants que des adultes par la publicité, la libération des pulsions destructrices au volant dans un style de conduite agressif, la tolérance impuissante et bienveillante vis-à-vis de l’immense déception que suscitent la marchandisation, le gaspillage et l’obsolescence planifiée, toutes ces choses ne sont pas des aberrations, elles sont l’essence d’un système qui n’encourage la tolérance que comme un moyen  de réprimer les alternatives.

 

Dans une démocratie organisée sur un mode totalitaire, l’objectivité entretient une attitude mentale tendant à oblitérer la différence entre ce qui est juste et ce qui est erroné. En fait le choix entre des opinions opposées a été fait avant que ne commence la discussion. Le choix s’impose de lui-même dans des choses telles que la composition d’un journal qui découpe l’information vitale et en disperse les morceaux parmi des matériaux qui lui sont étrangers, parmi des articles qui n’ont rien à voir avec elle, et relègue ainsi les informations importantes à une place des plus obscures. Les gens exposés à cette impartialité trompeuse ne sont pas des tabula rasae, ils sont endoctrinés par les conditions dans lesquelles ils vivent et qu’ils n’arrivent pas à transcender. »

 Même LeMonde entretient la pérennité de cet Homme unidimensionnel en jetant quelques courtes phrases d’Herbert Marcuse en pâture au lecteur en bas d’une page Débats dans laquelle tout se vaut, le politique et l’économique, le sémitisme et l’antisémitisme. Renaud Dutreil, ancien ministre, devient président de LVMH, le temple du luxe et continue ainsi le mélange de genre que cultive tant Sarkozy. Et d’ex-militants de la LCR s’opposent à la LCR quant à l’antisémitisme du caricaturiste Siné. LeMonde entretient ainsi en chacun de nous la tolérance répressive, l’oblitération de la différence entre ce qui est juste et erroné. Alors, où se trouve la vérité ? La vérité est dans la critique constante de notre société thermo-industrielles qui occulte sous de vains Débats la détérioration constante du milieu qui nous fait vivre, la Biosphère.

les chemins du crétinisme

Maurice Lévy est PDG de Publicis. Déjà la méfiance me gagne sachant que la publicité fait le malheur de notre société. Pire, dans la page Débats (LeMonde du 4.08.2008), il se révèle un véritable missionnaire de la croissance : « Nous, chefs d’entreprise, nous allons devoir préserver l’avenir, c’est-à-dire la croissance (…) Pour lutter contre la récession à venir, il nous faut créer de la croissance (…) Au pessimisme ambiant, il faut opposer le mouvement, aller chercher de la croissance à tout prix (…) C’est maintenant qu’il nous faut explorer toues les formes possibles de la génération de la croissance ».

 

De la croissance à tout prix ? Quel beau programme que d’aller vers n’importe où et par n’importe quels moyens ! Il est vrai que c’est là la métier de publicitaire, vendre du vent et détériorer la planète avec toujours plus de croissance. Trente cinq années après, le numéro 7 (mai 1973) du mensuel la Gueule ouverte reste donc toujours d’actualité dans son article « La publicité nous prend pour des cons, la publicité nous rend cons » :

 

« La publicité est un monstre doux qui, par effraction séductrice, pénètre dans nos cerveaux, brouille sans douleur nos circuits intimes, hérisse de sondes nos profondeurs. Pourtant, quand Emile de Girardin accepte l’insertion d’annonces payantes le 29 avril 1845, elles doivent être selon ses propres termes franches et concises : « La publicité  se réduit à dire : dans telle rue, à tel numéro, on vend telle chose à tel prix ». Un révolutionnaire raisonnable pourrait exiger, aujourd’hui, la stricte application de ce précepte-là.

 

            Après plus d’un siècle de maturation, voici ce qu’il en est devenu : « Publicité, art d’exercer une action psychologique sur le public à des fins commerciales » (dictionnaire Robert). Autrement dit la même définition que celle du mot démagogie : « Politique par laquelle on flatte la multitude pour gagner et exploiter ses faveurs ». Le publiciste est donc, strictement, un démagogue professionnel. Prétendre que l’information soit le souci premier des publicistes est une farce triste. Qui sont ces professionnels ? Des psychosociologues. Pour quoi faire ? Pour imposer à l’homme des notions qu’il ne sollicite pas, et vis-à-vis desquelles il n’a aucune raison d’être bien disposé. Assurément, on s’achemine vers le décervelage total. Les techniciens de la vente plongent tous les jours leurs mains pleines de doigts dans nos inconscients et les endorment, les dépiautent, les programment à leur manière. Ils ont découvert un certain nombre de tendances à encourager : « Le besoin de certitude, le goût du moindre effort, l’envie, la vanité, le snobisme, le désir sexuel » – bref, tout ce qui peut encourager les gens à courir les chemins du crétinisme. Alors, que faire ? Il faudra inventer des moyens d’action, arrêter tout et réfléchir sans tristesse, ouvrir la boîte à idées. Tiens, voilà : je l’ouvre. »

 Depuis les  défenseurs de la Biosphère savent ce qu’il faut faire, casser la pub… Mais nous sommes encore si minoritaires !

croître ou décroître au Congrès de Reims

 

Lunettes théoriques : croître ou décroître ?

 

La plupart des penseurs contemporains suivent la religion de la croissance économique. Ils n’ont pas encore compris qu’à toute croissance succède inéluctablement une décroissance et que l’état stationnaire est le meilleur ami d’une vie épanouie. Pour bien mesurer toute la palette des conceptions sur cette question, il suffit de lire quelques phrases-clés des contributions générales des socialistes en vue du Congrès de Reims (14 au 16 novembre 2008). Il n’y a aucun commentaire, à chacun de se faire une idée personnelle sur la durabilité des différentes positions :

 

Bertrand Delanoë : Créer les conditions d’une croissance solide, pour relancer emploi et pouvoir d’achat. Les socialistes, en tout état de cause, ne sont pas adeptes de la « décroissance ».

 

Martine Aubry : Repenser et retrouver la croissance. Si nous pensons que l’accumulation de biens n’est pas une fin en soi de la société, et que la croissance doit impérativement être rendue compatible avec la protection de l’environnement, nous ne sommes pas pour autant des adeptes de la décroissance. Notre pays a besoin de croissance pour faire baisser le chômage et pour améliorer les conditions de vie des Français.

 

 

François Hollande : Comment être plus fort dans la mondialisation ? Notre objectif doit être de faire un point de croissance de plus que la moyenne européenne comme cela a été le cas entre 1997 et 2002.

 

Laurent Fabius : Certains ont longtemps prétendu qu’une croissance exponentielle infinie dans un monde qui ne l’est pas était possible. Nous affirmons avec force que la croissance économique et l’impératif écologique constituent un seul et même enjeu.

 

Ségolène Royal : Bien vivre dans l’après-pétrole. Il nous faut de toute urgence produire et consommer autrement pour garantir le développement soutenable de notre pays. Nous proposons de calculer autrement la croissance pour mieux évaluer les dommages ou les bénéfices de certaines activités et agir juste.

 

Pôle écologique : La satisfaction légitime des besoins des moins aisés conduit à se préparer à consommer moins ou autrement. La priorité du nouveau modèle de développement doit être de concentrer les efforts sur la diminution de la consommation d’énergie. Nous proposons de ne plus évoquer la croissance sans la relier à son contenu et à la manière de la mesurer. Il faut cesser l’accumulation individuelle de biens, souvent d’ailleurs réservés à quelques-uns uns, et dont trop sont superflus ou inutiles. Il faut stopper la course au « toujours plus » qui mène les gens à l’insatisfaction permanente et revenir à l’essentiel.

 

Utopia : La croissance ne peut avoir pour vocation à réduire la pauvreté, ni à renforcer la cohésion sociale. Un même taux de croissance peut correspondre à un accroissement ou à une réduction des inégalités. Et une croissance illimitée dans un monde fini est une illusion. Il nous semble tout aussi dogmatique et inefficace de se déclarer pour une décroissance qui pourrait à son tour être synonyme de « moins bien être » social. Comme certains objecteurs de croissance, « Nous sommes convaincus qu’il faut dépasser la contradiction croissance/décroissance car elle nous entraîne dans l’immobilisme» (Paul Ariès). Les vraies questions sont croissance de quoi, pourquoi et pour qui ? Décroissance de quoi, pour quoi et pour qui ? En fonction de quels objectifs, au service de quel idéal de société ? 

 

non aux portables

 Peu importe finalement l’avis des experts scientifiques qui hésitent, qui doutent et qui ne présentent qu’avec retard d’incertaines conclusions. Après l’étude Interphone sur les effets cancérigènes des portables, menée depuis l’an 2000 dans treize pays pendant quatre à cinq années, un tiers de la cinquantaine d’experts estime que l’accroissement constaté du nombre de tumeurs chez les utilisateurs n’est dû qu’à des biais statistiques ; un tiers assure qu’il résulte bien d’un effet néfaste des ondes électromagnétiques ; le dernier tiers considère qu’il n’est pas possible de tirer une conclusion dans un sens ou dans l’autre (LeMonde du 2.08.2008). En fait la décision devrait être politique, pas techno-scientifique. Nous sommes en présence d’une technologie qui a envahi notre quotidien sans que des travaux préalables aient permis de s’assurer de son innocuité. De plus il faut prendre innocuité au sens large, et pas seulement au sens médical.

 

Derrière le jargon hystérique des amateurs de gadgets électroniques se cache l’essentiel : il faut changer de portable aussi souvent que l’exigent la mode, le « progrès » et les fabricants. Plus que tous ses prédécesseurs, ce gadget pousse au mimétisme et au conformisme si chers au marchandising. Faites le test, dites à vos collègues que vous n’avez pas de portable ; la majorité s’esclaffe : « T’es contre le progrès ? Tu t’éclaires à la bougie ? » Ou s’inquiètent : « Mais comment tu fais ? » Le portable est typique du système d’innovation qui consiste à vendre les remèdes aux maux causés par les innovations précédentes. Vous ne parlez plus à vos voisins à cause de la télévision ? Téléphonez-leur ! Mais pourquoi aurions-nous besoin d’une médiation électronique pour communiquer si ce n’est pour nous adapter à un monde qui atomise chacun de nous et qui morcelle nos vies ? Comme la prothèse qui remplace un membre, le téléphone est supposé réparer artificiellement les dégâts de ce monde-là, qui fait de nous les rouages de la machine à produire et à consommer en masse. Finalement des téléphones portables, pour quoi faire ? « Allô, c’est moi. J’suis dans la bagnole. J’arrive. A tout de suite. »

 Que des débiles attrapent le cancer, c’est presque un juste retour des choses.

espérance Esperanto

La cohésion humaine se fait d’abord par l’intermédiaire du langage. Or l’individualisme et le particularisme sont entrés dans la Constitution française. La dernière réforme constitutionnelle adoptée le 21 juillet a fait en effet entrer l’appartenance des langues régionales « au patrimoine de la France » (LeMonde du 1.08.2008). Pour quel avantage ?

Mettre une signalétique en deux langues sur les routes ? Pourquoi pas dans toutes les langues de l’Union européenne ! Des langues régionales enseignées dans les écoles ? Déjà qu’on croule sous l’apprentissage des langues étrangères internationales, l’anglais, l’espagnol, le chinois… ! Utiliser des traducteurs dans les rapports avec la justice ou l’administration ? Bonjour l’échange direct entre personnes ! Rappelons quelques vérités premières :

Après la période des vagissements du nouveau-né, le bambin découvre les sons articulés dans la partie antérieure de la bouche. Il se met alors à émettre toutes sortes de sonorités, aussi bien les clics des langues zouloues que les étranges eurh du chinois, les consonnes emphatiques de l’arabe, les deux th anglais… A ce stade, la production phonétique des enfants ne se distingue pas d’un bout à l’autre de la planète. Mais l’enfant ne tarde pas à éliminer les sons qui ne sont jamais prononcés devant lui ; le processus d’imitation cristallise l’intonation autour des stéréotypes de sa propre culture, l’extérieur devient l’étrange étranger. Cette incompréhension qui résulte de la multiplicité des langues pourrait être dépassée. En 1887 Zamenhof, un jeune médecin polonais polyglotte, lance les bases de l’espéranto : 7500 mots d’usage courant, une grammaire très simplifiée de 16 règles ne connaissant pas d’exception, une langue si facile que le temps d’apprentissage en est réduit. Puisque les relations communautaires oscillent entre la haine et le mépris, il est nécessaire que l’échange verbal puisse au moins être compris par les deux parties. C’est la condition première pour pouvoir dépasser nos conflits. Nous avons besoin d’une langue-pont, pas d’une démultiplication des langues maternelles.

 Parlez la même langue,

pour pacifier vos relations,

et pouvoir vous consacrer à autre chose que vos passions humaines.

chassons les chasseurs

Il paraît que les chasseurs et les écologistes ont signé un accord « historique » sur la chasse au gibier d’eau (LeMonde du 31.07.2008). La date d’ouverture de la chasse est avancée de neuf jours, du 30 au 21 août. En contrepartie, un moratoire de cinq ans est décidé pour la barge à queue noire, le courlis cendré et l’eider à duvet. En fait personne n’est content, et surtout pas les chasseurs spécialisés dans le gibier d’eau qui voudraient une ouverture au 2 août. Nous sommes en présence de chasseurs d’une faune sauvage, qui ne sont donc absolument pour rien dans l’état de la ressource, et qui veulent pourtant tout le pouvoir dans leur gâchette. Le gouvernement, qui pense toujours au court terme, a été jusqu’à présent du coté des massacreurs :

 

Le conseil d’Etat rappelle à la ministre de l’écologie Roselyne Bachelot la directive européenne de 1979 et annule une grande partie des arrêtés fixant les dates de fermeture de la chasse (LeMonde du 22-23 août 2002). La ministre de l’écologie, qui n’est certainement pas écologiste, persiste et signe le 28 mars 2003 devant la Fédération nationale des chasseurs : « On n’efface pas en quelques jours les blessures et la défiance qu’a engendrées l’attitude sectaire de mes prédécesseurs à l’égard de la chasse et des chasseurs ». Elle déclare par ailleurs qu’il n’appartient pas aux lois de fixer les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse, celles-ci répondant d’avantage aux lois de la nature, à la météo et à la dynamique des populations d’oiseaux !!! (LeMonde du 15.05.2003). Le Conseil d’Etat est obligé à nouveau de suspendre une partie de son arrêté fixant les dates de fermeture de la chasse aux oiseaux migrateurs. (LeMonde du 7.02.2004)

 

Si un ministre de l’écologie s’essaye à plus d’écologie comme Serge Lepeltier et suit la jurisprudence du Conseil d’Etat, il se retrouve tout nu. Serge est victime le 1er février 2005 d’une bronca lors de la réunion du groupe parlementaire UMP parce qu’il avait fixé fin janvier la fermeture de la chasse au gibier d’eau. Le Premier ministre Raffarin considère que « 50 députés UMP doivent leur élection aux chasseurs et qu’il faut prendre très au sérieux l’appel de CPNT de voter Non au référendum. Nous allons droit dans le mur… » (Le Canard enchaîné du 16.02.2005)

 

Le successeur de Lepeltier, Nelly Olin, retombe donc dans l’ornière de la défense de la chasse à tout prix. Elle fixe l’ouverture de la chasse au canard au 6 août 2005 : « Couvées et canetons seraient plus précoces à l’ouest que dans les marais à l’est ou près de la Méditerranée ». (LeMonde du 26.07.2005) Mme Olin sait en effet que son arrêté lui vaut le soutien des principaux dirigeants de la Fédération nationale des chasseurs.

 Nous sommes dans une société où la démocratie suit la loi du grand nombre, celle des chasseurs, alors que nous aurions tant besoin de laisser les dernières bribes de la nature sauvage voler de ses propres ailes. J’ai été chasseur, dans une famille de chasseurs depuis des générations. J’ai compris déjà il y a des dizaines d’années que la chasse était une activité qui ne correspondait plus à rien dans une Nature saccagée par nos soins. J’ai arrêté de chasser, je demande à tous les chasseurs de faire de même.

le temps d’aller lentement

  Dans la page Environnement & Sciences, LeMonde du 30.07.2008 nous présente le WhiteKnightTwo à deux fuselages qui est censé amener la future navette spatiale de Richard Branson pour touristes fortunés : 200 000 dollars pour un quart d’heure en apesanteur à 120 km au-dessus de la Terre. Il paraît que 200 personnes se sont déjà inscrites pour un vol suborbital. Je peux ajouter que même l’astrophysicien Stephen Hawking, 65 ans et cloué dans un fauteuil roulant,  était candidat. Pour la NASA cependant, l’espace n’est pas fait pour les touristes. Pour la Biosphère, qui conteste déjà le tourisme en véhicule personnel et à plus forte raison en avion (effet de serre oblige), l’utilisation de la fusée paraît démesuré, même et surtout s’il ne s’agit que de quelques « privilégiés » 

 Le problème essentiel, c’est qu’une telle information, simple publicité pour le milliardaire Branson, se retrouve dans la page Environnement & Sciences de mon quotidien préféré. C’est mal. Et c’est un signe de l’ambiguïté de notre époque, bercée par les miracles d’une technoscience qui fait rêver certaines personnes et qui assidûment détériore notre environnement. Il faut prendre le temps d’aller lentement, 120 km à pied sur des chemins de randonnée devrait apporter infiniment plus de plaisir qu’un saut spatial quasi instantané.

s’unir en partant du bas

Ce que je trouve formidable dans mon quotidien, c’est la masse d’informations qui en émane et qui peut nourrir mon cerveau. Ce que je trouve encore plus formidable, c’est l’utilisation que je peux faire de ces informations, nous ne sommes jamais neutres dans notre lecture. Ainsi l’article sur Hadrien, un humaniste gay et sanguinaire (LeMonde du 29.07.2008) nous rappelle que l’Europe d’Hadrien, empereur romain de 117 à 138, englobait la Turquie et le Maghreb. Pourquoi refuser une Europe élargie dans un monde actuel où les moyens de communication et l’abandon de la guerre comme moyen de modifier les frontières facilitent la cohésion des peuples ?

 

            L’Union européenne est cette tentative admirable de promouvoir l’unification mondiale autour d’un noyau de pays, avec un rapprochement progressif des peuples. Nous sommes loin des pratiques d’Hadrien qui était d’abord un chef de guerre d’une grande brutalité, matant les révoltes dans le sang. Le monde s’unifie en partant du haut avec l’ONU, il s’unifie par le bas avec la démarche de l’Union européenne. Je trouve regrettable que la politique des petits pas que cela nécessite ait été enrayée par le Non au référendum européen de 2005 et le Non irlandais à l’heure actuelle.

 A croire que les peuples préfèrent les méthodes impériales des chefs de guerre plutôt que le consensus qui naît de la réflexion individuelle et collective ! La Biosphère ne retrouvera la paix qu’avec un approfondissement de la pensée humaine chaque jour davantage ; la Nature ne peut qu’être malmenée par l’inconscience humaine.

non-violence, toujours

Je suis né à la fin du nazisme, je suis  contemporain de la fin du stalinisme, j’ai vu que des juifs pouvaient se comporter aujourd’hui envers autrui comme des salauds se sont comportés hier envers des juifs. J’ai côtoyé des socialistes qui peuvent agir aujourd’hui comme des staliniens et des camarades de travail qui ne valaient pas mieux. J’ai donc perdu toute illusion sur  la conception du paradis sur Terre et même sur l’avenir de l’homme. Mais j’ai été toujours fidèle à mon idéal de non-violence qui a marque mes premières années de militantisme aux début des années 1970. J’ai été et je reste fondamentalement objecteur de conscience car c’est la seule démarche positive : la réflexion individuelle, le débat constructif, l’opposition décidée si c’est nécessaire, la recherche d’une pacification de l’existence pour tous, non humains compris. Quand LeMonde (23.07.2008) me permet de lire Joan Baez qui poursuit un tel chemin, cela me renforce dans mes convictions. Quelques extraits significatifs de son interview :

            «  C’est dans les cercles de quakers que j’ai découvert qu’il existait des alternatives à la violence. Martin Luther King nous parla de combats à mener avec les armes de l’amour et de révolution non violente. Je sentais qu’il y avait une voie dans laquelle je ferais quelque chose. Chanter puisque j’avais de don, mais chanter en exprimant quelque chose.

            Ce sont les militants de la non-violence qui ont mis fin à la guerre au Vietnam. Le président ne le souhaitait pas ! Les marches, les chants, les pétitions, touts les actions protestataires ont été payantes ! Et le sont toujours ! Encore faut-il cet élan, cette cohésion qui a manqué dans les années 1980 et 1990, marquées par un repli des gens sur eux-mêmes et un rejet absolu de l’esprit de sacrifice.

 Avec Obama est naît un sentiment nouveau pour moi qui déteste toute idée d’allégeance à un pays – la naissance est le fait d’un tel hasard ! – et je n’ai jamais pu saluer le drapeau américain, la main sur le cœur, en récitant des âneries ! Aucun drapeau d’ailleurs ! Je me suis toujours sentie citoyenne du monde, quitte à être mal comprise. Et voilà que moi aussi, naguère si sceptique sur l’utilisation du vote, je me prends à rêver. Je rêve qu’Obama apporte de l’intégrité dans les eaux troubles de Washington. Je rêve qu’il résiste à l’appel de la guerre. »

lunette théoriques

Sur le tourisme : ce sont les Anglais, à la pointe de la révolution industrielle au XIXe siècle, qui ont forgé le mot touriste à partir du mot français « tour ». A l’origine, le touriste désignait en effet les jeunes gens fortunés qui effectuaient le grand tour de France, et souvent par la suite des déplacements en Suisse, en Italie, en Grèce. Le voyage de formation, la lecture aristocratique du grand livre du monde, s’inscrivait alors dans une vie d’oisiveté. Maintenant l’invention des congés payés, l’élévation du niveau de vie, le développement de l’automobile et de l’avion ont généralisé le tourisme pour une frange toujours plus large de la population mondiale qu’on peut appeler la classe globale. Le tourisme, première industrie mondiale de service, source d’emplois, de dépaysement et de plaisirs, connaît une expansion prodigieuse : en 2020 on prévoit un milliard et demi de touristes, soit 7 % de la population mondiale qui se déplace. Ces voyages ne relèvent pourtant ni du désir individuel, ni de la nécessité, on s’en va parce que tout le monde part, on obéit à l’injonction de l’industrie du tourisme.

Ce tourisme de masse n’est pas durable, pour l’accueillir on bétonne, on dénature, on paupérise, c’est le grand saccage des communautés autochtones qu’on transforme en folklores. En fin d’excursion lointaine, le touriste se hâte de rentrer chez lui, toujours étranger à ses lieux de séjour successifs et aux populations rencontrées : il se contente de remplir un album de souvenirs personnels après avoir parasité une vie sociale ou un lieu de rêve. Vous devez être des voyageurs immobiles, il y a suffisamment de moyens de communication pour faire le tour du monde dans son fauteuil, il y a suffisamment de richesses relationnelles et naturelles près de chez vous pour vous en contenter.

 Touristes de tous les pays, unissez-vous,

restez chez vous.

non au tourisme

LeMonde du 26.07.2008 nous présente une vision apocalyptique du tourisme, mais malheureusement le quotidien n’envisage pas la seule solution qui vaille. Sur le littoral méditerranéen, la population passe actuellement de 150 millions de personnes à 400 millions au mois de juillet et août. Une première conséquence, 42 % du littoral sont bétonnés. Les embouteillages prolifèrent, les ressources halieutiques dégénèrent, l’eau douce vient à manquer. Il faut dire que la population locale consomme environ 150 litres d’eau, chaque touriste le double en moyenne, jusqu’à 880 litres par jour pour le tourisme de luxe. Les perspectives sont délirantes, la fréquentation touristique pourrait atteindre 637 millions de personnes en 2025. Autant dire que cela n’arrivera jamais.

 

Il ne suffit pas de sensibiliser les touristes au respect de l’environnement. Si on avait vraiment une pratique écolo, on commencerait par fermer les golfs, gros consommateurs d’eau pour verdir l’herbe. On rationnerait l’eau pour les touristes au niveau inférieur à la population locale, les déplacements seraient limités, des taxes instituées. Bien sûr une telle politique volontariste, impliquant des pays différents et une gente politique aveugle, n’adviendra pas. Mais la hausse des prix va faire sont travail de rationnement habituel : hausse du prix des séjours étant donné l’afflux de la demande, hausse du prix du carburant à cause du pic pétrolier, baisse des revenus à cause des crises qui ont déjà commencées. La lutte contre le réchauffement climatique introduira prochainement d’autres limitations comme la carte carbone individuelle. Les mentalités vont évoluer jusqu’à faire du tourisme lointain un péché.

 LeMonde estime que l’afflux des revenus du tourisme est « indispensable pour les pays concernés ». Mais la relocalisation des activités sera le prochain mot d’ordre qui condamnera les migrations touristiques. La santé de la Biosphère dépend d’une telle évolution, on ne peut pas faire autrement.

nanodangers

LeMonde du 25.07.2008 nous informe brièvement que l’Afsset n’écarte pas l’existence de dangers potentiels liés à une exposition professionnelle aux nanomatériaux. Voici quelques précision pour nourrir le débat.

 

Les nanoparticules sont de la taille du milliardième de mètre, soit dix fois la taille d’un atome. Pourtant elles ont déjà des applications industrielles : nano-tubes de carbone dans les raquettes de tennis, nano-machines de dioxyde de titane dans les peintures et les crèmes solaires, silice dans les vernis des automobiles, argent dans certains cathéters médicaux. Le marché est appelé à exploser alors même que les études d’innocuité en sont encore à leurs balbutiements. D’ailleurs l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) estimait déjà en juin 2006 que les études toxicologiques établissent l’existence de risques potentiels, le Comité de prévention et de précaution (CPP) mettait en garde début juillet 2006 ( » la réactivité cellulaire et tissulaire peut constituer un danger pour l’homme si celui-ci est exposé par inhalation, ingestion ou passage transcutané « ), le CNRS prônait en octobre 2006 la  » vigilance éthique et sociale « . Même si les études scientifiques sur le nanomonde sont encore très lacunaires, des expériences menées sur des souris font apparaître des réactions inflammatoires des poumons, des vaisseaux sanguins et même du cerveau. Et la toxicité de certaines nanoparticules artificielles, telles que les particules diesel, est établie. Nous sommes donc entrés sans le vouloir dans un nouvel état de la matière, un infiniment petit aux propriétés chimiques, électriques et magnétiques radicalement nouvelles, mais nous nous enduisons gaiement de nanoparticules avec nos crèmes solaires !

 Pendant que les comités d’éthique vont continuer à se pencher doctement sur la question, les industriels commercialiseront leurs produits. Autant dire que tout devient aussi invisible qu’imprévisible !

Tristes Tropiques

Dans sa rétrolecture de 1955, Roger-Pol Droit nous parle de Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss. Pour compléter, voici quelques extraits d’une pensée qui reste toujours d’actualité un demi-siècle plus tard :

 

« Une civilisation proliférante et surexcitée trouble à jamais le silence des mers. Les parfums de tropiques et la fraîcheur des êtres sont viciés par une fermentation aux relents suspects. Aujourd’hui où des îles polynésiennes noyées de béton sont transformées en porte-avions, où l’Asie tout entière prend le visage d’une zone maladive, où les bidonvilles rongent l’Afrique, comment la prétendue évasion du voyage pourrait-elle réussir autre chose que nous confronter aux formes les plus malheureuses de notre existence historique ? Cette civilisation occidentale n’a pas réussi à créer des merveilles sans contre-parties négatives. Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité. J’ai passé des semaines de ma vie d’étudiant à annoter les ouvrages que, voici cinquante ans, parfois même tout récemment, des explorateurs ont consacrés à l’étude de telle tribu qu’on me décrit comme sauvage, avant que le contact avec les blancs ne l’ait réduite à une poignée de misérable déracinés. L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.

 

Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. Les institutions, les mœurs et les coutumes, que j’aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d’une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut-être celui de permettre à l’humanité de croire qu’elle y joue un rôle. Depuis qu’il a commencé à respirer et à se nourrir jusqu’à l’invention des engins atomique en passant par la découverte du feu, l’homme n’a rien fait d’autre qu’allègrement dissocier des milliards de structures pour les réduire à un état où elles ne sont plus susceptibles d’intégration. Quant aux créations de l’esprit humain, leur sens n’existe que par rapport à lui, elles se confondront au désordre dès qu’il aura disparu.

 Les hommes ne se sont jamais attaqués qu’à une seule besogne, qui est de faire une société vivable. L’âge d’or qu’une aveugle superstition avait placé derrière ou devant nous est en nous. La fraternité humaine acquiert un sens concret en nous présentant, dans la plus pauvre tribu, notre image confirmée. Depuis des millénaires, l’homme n’est parvenu qu’à se répéter. »

plantons des arbres

LeMonde du 23.07.2008 donne la parole à Wangari Maathaï, prix Nobel de la paix 2004 pour avoir replanté des millions d’arbres sur les terres du Kenya. En voici un bref résumé :

            « J’ai longtemps cru que le monde était une vallée de terre riche, je pensais que les torrents où nous allions chercher l’eau étaient éternels. Mais que reste-t-il de la plus large rivière du Kenya, la Gura, si pure et tumultueuses autrefois ? L’eau y est désormais noire, le débit faible. Quand avons nous perdu la connaissance de la nature ? Qui nous a poussés à détruire ce qui pourtant nous nourrit ? Depuis l’indépendance, les paysans étaient libres de planter des cultures qui leur avaient été autrefois interdites, comme le thé et le café, bien plus rentables à l’exportation. Les terres où vivaient mes parents avaient été réunies pour le remembrement. Les talus et les buissons coupés. Les arbres avaient disparu, les forêts de bambous, peuplées de singes colombus superbes, avaient été brûlées pour dégager des terres cultivables. Lorsque les destructions ont progressé vers la montagne, personne n’a protesté. Cela faisait tant d’années que les missionnaires raillaient le mysticisme africain. A quoi bon protéger une montagne dont personne ne croit plus qu’elle abrite Dieu ? Je rêve que l’on continue de replanter des arbres et qu’en retrouvant ses forêts, ses couleurs, l’Afrique découvre la démocratie et la paix. Y a-t-il meilleur symbole de paix et d’espoir qu’un arbre vivant ? »

             Les propos de Wangari Maathaï me font irrésistiblement penser à la philosophie de l’écologie profonde et son principe premier : « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. »

moins d’éleveurs, plus de loups

Les éleveurs des Alpes du Sud sont opposés à la présence de loups sur leur territoire (LeMonde du 22.07.2008). Ils ont perdu seulement 2500 de leurs bêtes alors que le véritable prédateur est l’homme qui besoin de toujours plus de viande fraîche pour une population de plus en plus nombreuse. Pourquoi se plaindre de quelques bouches supplémentaires ? Que je sache, les Français n’ont plus à cohabiter avec les éléphants, les lions et les tigres ! Il est vrai que les Français ont mené une campagne d’extermination, une de plus, qui avait fait complètement disparaître le loup depuis les années 1940.

 L’espèce Canis lupus, réintroduite depuis l’Italie vers 1992, serait dans un état de conservation favorable en France avec 150 individus et quatorze meutes. Je rêve d’un territoire français où l’espèce homo sapiens serait ramenée à 150 individus rassemblés dans quatorze villages, ce qui permettrait aux loups, aux forêts et à l’exubérance de la vie sous toutes ses formes de prendre tout l’espace dont l’homme s’est accaparé pour son seul intérêt à court terme. En attendant, il faut parquer les éleveurs au lieu de parquer les loups. C’est bien la moindre des choses qu’on puisse faire pour expier tous les massacres que nous avons perpétrés.

manipulation de l’opinion

Selon un sondage IFOP, le nucléaire est perçu par les Français comme moins risqué que le changement climatique (LeMonde du 20-21.07.2008). En effet 53 % des plus de 18 ans juge que les risques liées au changement climatique sont les plus préoccupants de nos jours, contre 27 % quant au nucléaire. Mais c’est en totale contradiction par rapport à 2002 avec 20 % seulement de risque pour le réchauffement de la planète et 33 % pour le risque nucléaire. Ainsi va l’opinion publique, ballottée d’un bord à l’autre par la tempête médiatique. On ne peut faire confiance à un sondage à un moment donné, l’époque de Tchernobyl n’est plus notre vulgate actuelle où le nucléaire est présenté comme solution aux émissions de CO2, comme « énergie propre » !

 

De toute façon cette enquête réalisée pour Le Monde me parait biaisée. On demande à nos concitoyens « Avec quelle opinion êtes vous le plus en accord ? ». Deux réponses possibles :

 1) Il faut maintenir la part du nucléaire, car c’est elle qui assure l’indépendance énergétique de la France (67% d’accord)

2) Il faut réduire la part du nucléaire car c’est dangereux (33 %)

 

Pourquoi la question de l’augmentation de la part du nucléaire n’est pas posée alors que c’est l’optique politique actuellement choisie ? Est-ce que les Français savent que cette part est de pratiquement 80 % dans la production d’électricité mais seulement de 18 % dans l’énergie totale utilisée ! Pourquoi occulter qu’il ne peut y avoir d’indépendance énergétique puisque la France importe l’uranium des pays étrangers (et le pétrole) ?

 

Pourquoi ignorer la complexité de la dangerosité du nucléaire qui repose aussi bien sur la gestion des centrales en France que dans des pays moins stables, sur les questions de dissémination, sur les problèmes toujours non résolus de gestion des déchets ? Pourquoi cacher que nous n’avons plus que pour 60 années de réserves d’uranium vu la consommation mondiale actuelle, ce qui n’est absolument rien par rapport à la succession de nos générations ?

 La démocratie ne peut pas passer par un sondage d’opinion, elle passe plutôt par  l’organisation de conférences de consensus. Qu’attend le journal Le Monde pour financer une telle aventure ? Il serait plus crédible…

lunettes théoriques

Lunettes théoriques : pour mieux juger des religions

Toute religion a une double signification, elle relie et elle rassemble ; elle permet une pratique institutionnalisée qui apporte une cohérence au monde et le maintien de cet ordre. Si les déismes permettent de construire l’imaginaire social, les religions, particulièrement celles du dieu unique, ont surtout célébré l’emprise des humains à la fois sur les humains et sur la Nature. Aujourd’hui les religions divisent l’humanité plus qu’elles ne la réunissent parce que c’est toujours des humains qui agissent au nom d’un dieu qui leur est personnel pour imposer aux autres leur propre conception de l’existence. Mais c’est parce que le pouvoir du sacré peut aussi rentrer en symbiose avec la Nature que les humains pourraient à nouveau vivre ensemble dans un environnement apaisé. La relation verticale avec un dieu qui permet d’interpréter de façons contradictoires la détresse humaine peut être avantageusement remplacée par une relation horizontale de l’individu envers autrui comme avec la Biosphère. Vos dieux, c’est d’abord le lever du soleil qui apporte l’énergie de la vie aux plantes, l’eau qui ruisselle et étanche la soif de toutes les espèces, l’équilibre des écosystèmes. A pratiquer l’art de la contemplation de la Nature, il ne vous restera pas grand chose pour le culte des dieux à l’image des hommes.

 Ni la bible, ni le coran,

Lisez dans le livre de la Nature

Pour l’amour de toutes les formes de vie.

que retenir des JMJ ?

Que vont retenir les jeunes cathos des Journées mondiales de la jeunesse ? L’évocation de la pédophilie chez les  curés, la condamnation sans réserves de l’avortement ou quelques digressions sur l’état de la planète ? Car Benoît 16 s’inspire de l’air du temps en matière écolo : « Des cicatrices marquent la surface de la Terre, l’érosion, la déforestation, le gaspillage des minéraux du monde et des ressources des océans pour alimenter une consommation insatiable » (LeMonde du 19.07.2008)

 

Il est vrai que toutes les religions devraient être au front de l’écologie. Toutes proclament que notre planète est l’œuvre du créateur, mais aucune ne s’offusquait jusqu’à présent de la voir polluée et détruite. Il y a là une sacrée contradiction. Il pourrait y avoir une magnifique plate-forme entre les religions qui pourraient s’entendre autour de ce dénominateur commun : protéger la terre, l’eau, la planète, la vie ; honorer « l’œuvre divine ». D’ailleurs Benoît 16 ajoutait : « L’expérience a monté que tourner notre dos au dessein du Créateur provoque un désordre qui a des répercussions inévitables sur le reste de la Création ».

 

Mais en matière d’écologie, rares sont les textes bibliques sur lesquels s’appuyer, et ils ont tous un relent d’anthropocentrisme forcené. Nous trouvons d’ailleurs une parfaite illustration de cette faiblesse doctrinale de l’Eglise dans un récapitulatif des textes de Jean Paul II (édité par Parole et Silence, Les gémissements de la création) : « Voici que je vous donne toute herbe produisant semence et tout arbre dont le fruit produit semence : ce sera votre nourriture » (Genèse 1,29). » Le pape en tirait la conclusion que la terre appartient à l’homme parce que Dieu l’a confiée à l’homme, et par son travail l’homme la soumet et la fait fructifier. Cette valorisation de l’espèce homo sapiens s’accompagne d’une déformation systématique des textes.  De même Pour Jean Paul II, l’expression « Remplissez la terre et soumettez-là, dominez sur toutes les créatures » (Genèse 1,28) voudrait dire que la volonté de notre créateur est que l’homme agisse envers la nature comme un gardien intelligent et noble, et non comme un exploiteur sans scrupule (Voilà ce qu’il faut entendre lorsqu’il est question de « soumettre »). Pour lui, c’est une sérieuse responsabilité d’exercer notre souveraineté sur la création, de manière qu’elle soit vraiment au service de la famille humaine. Toujours l’anthropocentrisme !

 

Si le pape faisait un clin d’œil au concept de développement durable (« Il faut que l’exploitation de la nature se fasse conformément au critère qui tient compte non seulement des besoins immédiats des populations mais aussi de ceux des générations futures »), rien ne préparait en définitive Jean Paul II à s’intéresser à l’écologie profonde puisqu’il a une vision qui peut se résumer à cette phrase : « Faits à l’image et à la ressemblance de Dieu, Adam et Eve doivent soumettre la terre (Genèse 1,28) ».

 Son successeur est dans la même lignée, la santé de la Biopshère ne peut compter sur une religion obsolète interprétée par des porte-parole à moitié séniles.