Usain BOLT à 9 »58

Il a fallu attendre les jeux de Mexico en 1968 pour que les sprinters descendent sous la barre des dix secondes (9’’95). Usain Bolt a même franchi à Pékin les 100 mètres en 9’’69 (LeMonde du 16-17 août). Mon petit doigt m’a dit qu’il vient de faire encore mieux aux Mondiaux de Berlin. Certains pensent qu’il y aura toujours une surprise quant à la vitesse à laquelle un humain peut aller. Mais on donne à ces records une importance qu’ils n’ont pas.

Le premier problème est celui de la définition du sport en lui-même. On le considère  comme positif alors qu’il n’est pas un jeu. Le sport est une activité organisée, de compétition, dont la logique est bien éloignée du jeu que l’on fait pour soi et avec d’autres. Le deuxième problème, c’est qu’on ne peut réduire l’analyse aux résultats sportifs sans dévoiler ses fonctions économiques. Le sport reflète le fondement des rapports de production capitaliste : individualisme, apologie de la compétition, du rendement et du dépassement de soi. Troisième problème, politique : le sport sert toujours la stratégie du pouvoir en place, il est du coté de l’ordre établi et de sa logique. Enfin ses implications sont idéologiques, le sport est une incorporation de valeurs, celles du toujours plus, mythe de la croissance ininterrompue des performances, croyance dans le « Progrès ».

Dans le monde des records perpétuels, il n’y a pas de décroissance possible, il n’y a plus de sens des limites. Croître encore et toujours est le maître mot de l’univers sportif qui, loin de servir d’exemple, devrait constituer un contre-modèle. Il faut prendre le temps d’aller lentement. Marcher des kilomètres sur des sentiers de randonnée devrait nous apporter infiniment plus de plaisir que le spectacle d’un autre que soi-même  avalant ses cent mètres.

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esclavagisme et spécisme

En 1846, Dred Scott intentait une action en justice pour ne plus être considéré comme un esclave noir. Le 6 mars 1857, la Cour suprême des Etats-Unis lui refuse sa liberté et affirme dans son arrêt que les Noirs ne sont que des objets de propriété, totalement inaptes à devenir citoyens (cf. LeMonde du 15 août). Il faudra la guerre de Sécession (1861-1865) et 600 000 morts pour que les Noirs ne soient plus considérés comme des objets. La marche vers l’égalité à l’intérieur de l’espèce homo sapiens a été une longue lutte récemment gagnée dans la loi, mais pas partout ni pour tous. Alors la marche vers l’égalité entre notre espèce et les autres espèces (les non humains) sera une longue, très longue marche contre nos sentiments de domination..

Nous devrions renoncer au spécisme. Ce mot vient de l’anglais speciesism, introduit en 1970 par Ryder par analogie avec racisme et sexisme : le spécisme est une discrimination selon l’espèce. Il consiste à assigner différents droits à des êtres sur la seule base de leur appartenance à une espèce. Ryder justifiait l’analogie avec racisme en montrant par exemple que la rhétorique des professionnels de l’exploitation animale est tout à fait similaire à celle des esclavagistes d’hier : « L’esclave n’étant pas comme nous, on ne peut postuler qu’il ressent de la même manière que nous ; de toute façon l’esclavage est une nécessité économique, etc. ». Cette division entre être d’antinature (l’homme, le propriétaire) et êtres de nature (objets d’appropriation) a longtemps servi de base au sexisme et au racisme ; les dominants, les hommes blancs et mâles, se voyaient reconnus libres, et les autres esclaves. Le philosophe américain Paul Taylor soutient que toute chose vivante « poursuit son propre bien à sa propre manière, unique ». Une fois que nous saisissons cela, nous pouvons considérer toutes les choses vivantes comme nous-mêmes et, de ce fait, « nous sommes prêts à attribuer la même valeur à leur existence qu’à la nôtre ».

Il n’y a pas là de dérapage antihumaniste, seulement la volonté d’élargir notre humanisme anthropocentré à l’ensemble de notre Biosphère. Nous aurions beaucoup à y gagner, à commencer par l’acquisition du sens des limites : notre goût de la domination ne devrait pas conduire à la mise en esclavage de tout ce qui n’est pas humain.

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écolofascisme ?

L’éditorial du Monde du 14 août cherche à nous rassurer : 0,3 % de croissance du PIB au deuxième trimestre serait une bonne nouvelle, « le pire de la crise est derrière nous ». Comme si la croissance économique était une bonne nouvelle ! Le Monde envisage cependant que le pire pourrait être encore devant nous par augmentation du chômage et des déficits publics. Dans cette analyse, Le Monde oublie tout simplement la violence des chocs  écologiques à venir.  Exemple :

Toujours dans ce même numéro du Le Monde, trois Etats du nord de l’Inde ont réduit les nappes phréatiques de 109 milliards de mètres cubes, soit 10 % des réserves du pays tout entier. La surexploitation de la biosphère va entraîner, en Inde ou ailleurs, une baisse de la production agricole, des pénuries d’eau potable et d’importantes tensions sociales. Le Monde titre sur le « spectre des guerres de l’eau », mais nous aurons bientôt des guerres du pétrole, des guerres de céréales, des guerres du poisson, des guerres du cuivre ou du lithium, etc. Nous en avons déjà un avant-goût.

Il ne faut plus raisonner dans l’immédiat, mais sur une ou deux générations au minimum. Nous devrions en France, comme n’importe où sur notre petite planète, faire en sorte que notre comportement d’aujourd’hui laisse une planète vivable et viable après 2050… sinon le spectre de la guerre totale se profile. Nous n’aurons même pas l’occasion de subir un écolofascisme, car le fascisme ne peut que privilégier les intérêts de quelques-uns au détriment de l’environnement, le totalitarisme est incapable de décider un partage équitable de la rareté.

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je ne sais pas ce que je sais

Nous ne voulons pas savoir ce que nous savons. Trois exemples :

1) Les Etats-Unis savaient que s’engager dans un conflit en Afghanistan était une impasse. Selon le Wall Street Journal, « Les Talibans sont en train de gagner (LeMonde du 12 août). Les Américains ont été obligés précédemment de partir du Vietnam, ils savaient que les Russes avaient abandonné la partie en Afghanistan, ils ont quand même déclenché une guerre dans un pays fier de ses résistances alors qu’ils ne cherchaient que Ben Laden.

2) Le livre de 1935, « On achève bien les chevaux », montrait parfaitement les conséquences de la Grande crise : « A quoi ça rime d’avoir un gosse si l’on n’a pas assez de fric pour l’élever », s’exclamait Gloria quand le rêve américain s’est effondré (LeMonde du 12 août). Le passé de la société  capitaliste nous montre que l’activité économique est cyclique et qu’une crise est inéluctable quand le système s’essouffle. Mais nous n’avons pas vu venir le tsunami financier alors que les conditions de crédit facile étaient assez similaires à celles qui ont précédé le jeudi noir.

3) Face aux prochains chocs écologique, Jean-Pierre Dupuy, dans Pour un catastrophisme éclairé (quand l’impossible est certain), nous assène que le malheur est notre destin parce que les hommes n’y reconnaissent pas les conséquences de leurs actes : « Le défi qui est lancé à la prudence n’est pas le manque de connaissance sur l’inscription de la catastrophe dans l’avenir, mais le fait que cette inscription n’est pas crédible. La temporalité des catastrophes réfute l’implication que savoir, c’est croire. Quelle était la pratique des gouvernants avant que l’idée de précaution voie le jour ? Mettaient-ils en place des politiques de prévention ? Pas du tout, ils attendaient simplement que la catastrophe arrive avant d’agir. Alors que depuis vingt ans nous connaissons parfaitement le risque lié au réchauffement climatique, la vérité consiste à dire que nous n’avons strictement rien fait ; aucun apprentissage n’a lieu. »

            La maxime socratique « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien » n’est vraiment qu’une approche ironique de notre société surinformée d’aujourd’hui, et pourtant toujours aussi aveugle.

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les avions, au sol !

Le projet de grand aéroport à Nantes est contesté (LeMonde du 11 août). Hervé Kempf conclut comme il se doit  avec un militant anti-avion: « Ce projet cristallise tout ce qu’on rejette dans cette société : le réchauffement climatique, l’abus de pétrole, la surconsommation, la délocalisation et le gâchis de terres agricoles. »

Ce point de vue rejoint d’autres analyses : « La circulation des avions et poids lourds sera réduite et les distances parcourues significativement réduites. Confrontés aux effets catastrophiques du changement climatique sur les régions les plus pauvres du globe et sur les générations futures, on ne voit pas pourquoi des formes hautement gaspilleuses et polluantes de consommation personnelle continueraient à être épargnées par le type de critique auquel on s’entend à l’encontre de comportements racistes, sexistes ou ouvertement antidémocratiques. » (Vers le postconsumérisme de Kate Soper in Entropia n° 6)

J’espère que va émerger prochainement une nouvelle forme de militantisme, à l’image de la « Semaine de la résistance », avec des jeunes qui défendront leur avenir et des slogans porteurs : « De l’oxygène, pas de kérosène », « Moins vite, moins loin, moins souvent », « Travailler moins pour vivre mieux », etc.

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pub contre pub ?

« Pas de raison que les résultats des neurosciences soient utilisés par l’industrie agroalimentaire sans que les  campagnes de prévention contre l’obésité n’essaient également d’en tirer parti » (in LeMonde du 9-10 août). Le problème, c’est que l’inverse est déjà vrai et qu’on peut tromper le cerveau pour la bonne cause comme pour la mauvaise. Rappelons-nous les campagnes de Coca Cola, centrées sur l’émotion de l’instant et le plaisir de l’ingestion. Le deuxième problème des campagnes de prévention contre l’obésité ou le tabagisme, c’est qu’elles se heurtent à toutes les propagandes qui ont autrefois propagé le tabagisme et qui contribuent aujourd’hui à l’épidémie d’obésité. Les IRM (imagerie par résonance magnétique) ne voient à un moment donné que la superficialité de notre cortex, ils ne voient pas les souvenirs du passé servant de lecture des informations présentes. Or nous sommes intoxiqués cérébralement par des années et des années de propagande commerciale.

Il faut en finir avec l’esclavage envers la société de consommation qu’entretient une publicité qui s’est immiscée dans tous les espaces de notre vie alors que nous n’avons rien demandé. Le mal date de plus de quarante ans, il ne fait qu’empirer. Le 24 avril 1968, le Premier ministre Georges Pompidou annonçait ainsi l’introduction de la publicité à la télévision : « La publicité est inéluctable, je n’ai rencontré personne qui me dise le contraire ».

Inéluctable ? Rien en matière humaine n’est inéluctable, et certainement pas la propagande publicitaire. Il suffit d’une loi interdisant toute publicité d’entreprise, il suffit d’une pratique privilégiant les tests comparatifs du type associations de consommateurs, il suffit d’une éducation à la maison et dans les écoles sur la prédominance des fruits et légumes sur les sodas et autres foutaises. Alors nous pourrons revenir à l’essentiel de ce qu’il faut consommer, alors nous lutterons plus efficacement pour notre santé et contre l’obésité.

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l’Allemagne décroît, chouette !

Avec son article « L’instauration d’un salaire parental n’a pas stimulé la natalité allemande » (LeMonde du 8 août), Marie de Vergès est vraiment à classer au nombre des repopulateurs. Ses expressions ne peuvent tromper : « Avec une moyenne de 8.2 naissances pour 1000 habitants, l’Allemagne est la lanterne rouge » (…) «  Avec un taux de fécondité de 1.36, l’Allemagne stagne par le bas » (…) « L’Allemagne observe avec inquiétude le déclin de sa démographie ». Elle prend parti, sans doute s’en sans rendre compte ; la mentalité française de l’élite qui pense à notre place est telle que le recul de la population allemande (168 000 personnes en 2008) paraît une abomination.

Je fais d’abord remarquer qu’il reste encore en Allemagne 82,1 millions d’habitants, soit autant que la population mondiale totale qui a explosé avec la révolution néolithique (80 millions de personnes il y a 8000 ans). Plus de 80 millions d’énergivoraces aujourd’hui sur un petit territoire, ce n’est pas rien, surtout avec le niveau actuel de consommation de l’Allemand moyen (il faudrait trois ou quatre planètes pour pouvoir se hisser tous à ce niveau). Ensuite les Allemands eux-mêmes ne s’inquiètent pas vraiment de la baisse de leur population au contraire de la ministre de la famille avec ses sept enfants (bien que médecin, aucune maîtrise de sa propre fécondité). Sa probable remplaçante, Manuela Schwesig, paraît plus perspicace : elle préconise de cesser d’examiner à la loupe les statistiques de la natalité pour davantage s’occuper des enfants qui « sont déjà là ». Et ce n’est pas parce qu’on multiplie le nombre de crèches pour permettre aux mères de devenir salariées qu’on fait le bonheur d’une famille.

Le message de Malthus, c’est-à-dire l’équilibre à préserver entre la population humaine et les ressources offertes par la Biosphère,  est toujours d’actualité. Je conseille à Marie de Vergès de lire « Essai sur le principe de population ».

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supprime ton mobile

LeMonde du 7 août nous intoxique, faut faire comme tout le monde, faut être branché : sur une demi-page, on nous prodigue des conseils pour téléphoner à l’étranger à moindre coût. Il est vrai qu’une brève nous informe que 58,9 millions de Français sont clients des services de téléphonie mobile, soit un taux de pénétration de 91,8 %. Il est vrai que les bébés peuvent déjà mâchouiller des objets caoutchoutés qui représentent des mobiles. Il est vrai qu’à 7 ans, ils veulent faire comme les copains, avoir son propre téléphone personnel. Il est vrai qu’à 15 ans, ils en sont déjà à leur troisième ou quatrième portable, l’innovation est si rapide. Mais les enfants comme les adultes ont-il vraiment  besoin d’un téléphone dans la poche ?

La téléphonie fixe en France était performante, le moindre village avait sa cabine téléphonique, les voisins étaient équipés, pas besoin donc d’un réseau téléphonique supplémentaire, pas besoin d’ondes électromagnétiques dont on ne sait pas encore à quelle vitesse elles font bouillir les cerveaux, pas besoin que les enfants échappent encore plus à l’éducation de leurs parents…il est si facile de parler avec ses pairs par la voie des airs.

Notre consommation correspond à 5 % de vrais besoins et 95 % des désirs solvables. Personne ne nous met un revolver sur la tempe pour acheter un mobile de la 25ème génération ! Nous allons devoir apprendre à nous passer d’une partie de ce qui nous semble indispensable.

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trier l’information

Je ne décrypte peut-être pas les infos comme il faudrait. LeMonde du 6 août nous bassine sur ¾ de pages à propos de la libération de deux journalistes par Bill Clinton. C’est le degré zéro de l’information ! Les Américains ont envahi l’Irak pour cause d’inexistantes armes de destruction massive. Pyongyang les possède, et les USA envoient un ex-président faire guili-guili au  dictateur de la Corée du Nord.

Ce qui m’attire plutôt, c’est ce qui n’a l’air de rien mais qui montre clairement que nous ne prévoyons  pas du tout l’avenir. Selon une brève de Monde tirée de l’AFP, les constructeurs automobiles japonais s’organisent pour standardiser les bornes de recharge rapide pour véhicules électriques. Nous n’avons donc pas compris que la voiture individuelle est vouée à l’échec, qu’elle soit dépendante du pétrole ou des centrales productrices d’électricité. Nous n’avons pas encore compris que nous utilisons beaucoup plus d’énergie que ce que notre planète peut nous offrir durablement, beaucoup trop d’énergie. Nous n’avons pas encore compris que la disparition de la voiture individuelle va bouleverser profondément notre société thermo-industrielle. Nous n’avons pas encore compris qu’il faut nous préparer à une société sans voiture individuelle. Nous n’avons pas encore le sens des limites.

Notre consommation correspond à 5 % de vrais besoins et 95 % des désirs solvables. Personne ne nous met un revolver sur la tempe pour acheter une voiture de 60 ch ou pour parader dans un hybride ! Nous allons devoir apprendre à nous passer d’une partie de ce qui nous semble indispensable.

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crime écologique

Les Etats-Unis placardent sur le Net la liste des criminels de l’écologie (LeMonde du 5 août). CRIME ECOLOGIQUE, c’est la bonne formule ; détruire les conditions de la vie sur Terre devrait relever du pénal. Quelques remarques juridiques :

– selon l’article 4 de la charte de l’environnement adossée à la constitution française, « Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause à l’environnement, dans les conditions définies par la loi ». C’est un minimum !

– selon les spécialistes du droit français, il n’existe qu’un crime en matière d’environnement, celui d’incendie volontaire.

– la notion de « crime de terrorisme écologique » (article 421-2 du Code pénal) se définit comme l’introduction « dans l’atmosphère, sur le sol, dans le sous-sol ou dans les eaux, d’une substance de nature à mettre en péril la santé de l’homme ou des animaux ou le milieu naturel ». La peine s’élève à 15 ans de réclusion criminelle, voire à perpétuité en cas de décès.

– la Commission européenne analyse un projet de directive qui imposerait aux différents pays membres de l’Union européenne de criminaliser les actes de pollution. Autrement dit, toute personne ayant « commis intentionnellement ou par négligence grave » des actes causant des dommages substantiels à l’environnement se verrait poursuivie pénalement.

Selon Corinne Lepage, « la Cour internationale de justice de La Haye a toujours refusé de reconnaître un droit d’ingérence écologique. Pour qu’il puisse vraiment être instauré, sans dictature verte, il faudrait créer un Tribunal environnemental international à l’image du Tribunal pénal international (TPI). Cela suppose d’instituer un droit de l’homme à l’environnement et d’ériger le crime écologique en crime contre l’humanité. Cela viendra sans doute, mais pas avant deux générations. Comme il a fallu attendre cinquante ans, après les procès de Nuremberg, pour que soit créé le TPI et que l’on puisse mettre en accusation des fauteurs de guerre et de génocide. C’est l’un des grands progrès de l’humanité. On peut espérer la même chose pour l’environnement. »

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chômage 2050

Dans les couloirs du pôle emploi de la ville, l’humeur est sombre. Les demandeurs venus pointés pour toucher leurs allocations jettent à peine un œil sur le panneau où sont affichés les offres d’emploi locales. Pourquoi faire ? Il n’y a aucune offre valable. Dans la région, le chômage a atteint 32,2 %. On peut parler de conflit « désespéré » quand les salariés ont beaucoup de mal à retrouver un emploi ; des salariés viennent juste de renoncer à mettre à exécution la menace de faire exploser leur entreprise avec des bonbonnes de gaz. Dans l’Union européenne, le chômage est au plus haut depuis dix ans. Toujours en hausse, le chômage reste aussi le principal souci des Américains. Le spectre du chômage de masse hante les dirigeants politiques. Nous ne sommes pas en 2050, toutes ces informations sont déjà dans LeMonde du 2-3 août 2009. Mais dans une quarantaine années, la situation locale et internationale sera bien pire qu’aujourd’hui.

Nous venons de connaître un simple tsunami financier, les crises écologiques feront un bien plus grand nombre de chômeurs. En effet, l’argent ne fait qu’habiller une réalité économique alors que l’état de nos ressources naturelles forme le socle incontournable sur lequel repose nos activités socio-économiques. Or, d’ici à 2050, la dégradation des sources de l’emploi à l’occidentale va devenir  rapide et brutale : épuisement du pétrole et de la plupart des ressources non renouvelables, chute de la biodiversité, emballement de l’effet de serre causé entre autres par le dégel des tourbière nordiques (étude de la revue Nature du 1er juillet 2009).

Comme l’exprime Jean-Marc Jancovici dans Ca m’intéresse de juillet 2009, « Nous risquons rien moins que la guerre, la dictature, la forte baisse de l’espérance de vie et d’autres bricoles guère plus amusantes…Il faut donc se mettre en économie de guerre pour éviter la vraie ».

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Claude Allègre, out

Pour recenser tous les contre-sens que certains qui se disent écolos font sur l’écologie, il suffit de lire Claude Allègre.

Voici ma réponse à chacun de ses arguments :  

Allègre(ment) : Présentant la fondation que je suis en train de créer avec pour titre Ecologie productive, un journaliste s’est interrogé. Qu’est ce que l’écologie non-productive ? Il m’incombait donc d’éclairer sa lanterne. L’écologie productive est la démarche qui consiste à résoudre les problèmes écologiques en créant de nouveaux emplois et de nouvelles richesses. C’est ce que l’on appelle parfois la croissance verte.

Biosphere : Claude, ton point de vue est anthropocentrique et court-termisme, il s’agit d’emplois et de richesses pour l’homme et pour l’instant présent. Mais l’économie superficielle (dite par toi réparatrice) ne résout aucun des problèmes fondamentaux que connaissent les écosystèmes. A plus forte raison si tu soutiens l’idée d’une croissance perpétuelle du système tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Un emploi nuisible à l’avenir des générations futures ne devrait pas exister ; la vraie richesse ne  repose pas essentiellement sur l’accumulation de biens, mais sur la richesse intérieure et la richesse relationnelle.

Soyons moins « productif », et nous travaillerons moins pour pouvoir avoir le temps de rechercher le plaisir de faire et le bonheur d’être. Le concept de croissance « verte » nous fait oublier l’idéal : plus de liens, moins de biens.

Allègre(ment) : Ma démarche s’oppose radicalement à la vision, hélas très répandue, qui a vu le jour dans les années 1970 avec le fameux rapport du Club de Rome «Halte à la croissance» et qui s’est prolongée plus récemment avec les concepts de décroissance et de frugalité prospective, qui constituent la base du livre de Nicolas Hulot le Pacte écologique aussi bien que le programme des Verts.

Biosphere : tu confonds « halte à la croissance », titre francisé du rapport du MIT qui présente The limits to growth. Aucune des prévisions de cette analyse scientifique de statistiques, qui dénonce les conséquences néfastes des évolutions exponentielles dans un monde fini, n’a été démentie par les faits.

Il est vrai que tu es cosignataire de l’appel d’Heidelberg (juin 1992) qui réunissait des « scientifiques » qui s’inquiétaient de « l’émergence d’une idéologie irrationnelle à l’aube du XXIe siècle » (l’écologisme !), ce qui a malheureusement occulté la prise en compte de l’écologie en France. Claude, un scientifique ne doit pas hurler au loup contre les objecteurs de croissance et encourager dans le même temps les prédateurs humains (cf. le programme des multinationales).

Allègre(ment) : A une écologie dénonciatrice et punitive, qui ne voit l’écologie que comme l’annonce de catastrophes, la multiplication de taxes, des interdictions diverses et l’arrêt du progrès, (« le progrès pose problème », écrit Hulot), nous souhaitons substituer une écologie de la création, de l’invention, du dépassement, de la réparation qui débouche sur la croissance économique en même temps que l’établissement d’une certaine harmonie entre l’homme et la nature mais dans laquelle l’homme n’est jamais sacrifié aux exigences écologiques.

Biosphere : Claude, tu as l’air de ne rien comprendre à cette pédagogie de la catastrophe qui nous présente un avenir en noir, terme inéluctable si on poursuit les tendances productives actuelles. Cette pédagogie n’est faite que pour nous inciter à réagir et empêcher la réalisation d’un tel futur. Tu sembles ignorer Le principe responsabilité d’Hans Jonas ou Pour un catastrophisme éclairé (quand l’impossible est certain) de Jean-Pierre Dupuy. Plus grave, tu déformes les propos (« l’arrêt du progrès » pour commenter « le progrès pose problème »).

Et puis, il y a humanisme et humanisme. Beaucoup d’humains sont actuellement sacrifiés aux exigences de la croissance. Pour retrouver une harmonie avec la nature, il faudrait sacrifier le mode de vie de la classe globale qui vit à l’occidentale, il faudrait choisir entre sauvegarder le niveau de vie des riches ou respecter les rythmes de la nature qui permettent aux pauvres de vivre. Tu  te situes pour l’instant du mauvais côté en défendant insidieusement le système capitaliste de protection des nantis, ces riches qui détruisent notre planète.

Allègre(ment) : Prenons trois exemples pour illustrer ma démarche. L’énergie nucléaire est à l’évidence une source d’énergie essentielle à notre développement futur et l’on ne dénoncera jamais assez les dommages créés à l’Europe par les verts allemands en interdisant à ce pays cette source d’énergie ! Mais peut-on, d’un autre côté, ignorer qu’avec la technologie actuelle nous produisons des déchets potentiellement dangereux et que les réserves d’uranium ne dépassent pas un siècle ? La solution ce n’est pas l’abandon du nucléaire, c’est de développer la technologie dite de «quatrième génération» qui utilisera 97 % de l’uranium multipliant les réserves par 100 et qui détruira les déchets à vie longue rendant cette filière plus sûre.

Biosphere : Sur le nucléaire, tu es donc sur la même ligne de pensées que Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy, à savoir continuer dans l’erreur maintenant qu’elle a été commise. Mais c’est un changement de civilisation qu’on doit promouvoir, pas le prolongement des courbes exponentielles de notre consommation d’énergie.

Tu réponds à la question des réserves d’uranium et des déchets radioactifs pas le développement d’une improbable quatrième génération. Pourquoi diantre n’a-t-on pas construit ces monstres théoriques au lieu de persévérer dans le banal EPR ! Parce que la quatrième génération reste un mythe, comme ITER. La principale énergie à revendiquer est celle que nous ne consommons pas, la frugalité peut être heureuse.

Allègre(ment) : Second exemple, les pesticides, insecticides et engrais. Il est exact que le développement excessif de la «chimie agricole» a conduit à créer des problèmes de pollution alimentaire pour les humains, les animaux domestiques mais aussi les animaux sauvages. La décroissance des populations d’oiseaux, des rivières trouve sans aucun doute sa source dans la pollution. Faire semblant de l’ignorer n’est pas responsable pas plus qu’accuser les agriculteurs et leur interdire les moyens de continuer a être compétitifs sur un marché désormais international de plus en plus sévère. La solution, c’est de développer les plantes génétiquement modifiées qui permettront d’éviter les pesticides, les insecticides, en partie les engrais et qui permettront de minimiser les besoins en eaux ou les contraintes de salinité. L’avenir de l’agriculture est là !

Biosphere : Ah, la compétitivité ! Tu restes dans la vulgate libérale de la concurrence internationale au lieu de promouvoir l’agriculture de proximité et l’agriculture biologique. Tu donnes donc tort à Rachel Carson qui a montré dès 1962 que le printemps pouvait advenir sans oiseaux à cause de la nécessité pour la monoculture d’utiliser des pesticides.

Ah, les OGM ! Tu fais encore appel à l’innovation qui ne peut que nous sauver. Mais un scientifique ne doit pas être un croyant dans un éventuel saut technologique alors qu’on sait déjà que les OGM déstabilisent l’agriculture traditionnelle, n’ont pas un rendement supérieur aux semences classiques et ne font le profit que des multinationales de la semence.

Allègre(ment) : Troisième exemple, le contrôle du gaz carbonique. Laissons de côté la question des prévisions climatiques car elle sera réglée par les faits d’observations à condition de ne pas les masquer (pourquoi cache-t-on ces jours-ci le fait que la banquise arctique s’est reconstituée cet hiver comme elle était il y a douze ans ?). Faut-il le faire en organisant de grandes conférences internationales, fixer des quotas théoriques et palabrer sous la houlette dispendieuse de l’ONU ?

Biosphere : Comme d’habitude Claude, tu te crois plus fort que les centaines de scientifiques qui oeuvrent au sein du GIEC (groupe intergouvernemental d’études sur le  climat). Mais tu ne peux prendre un cas particulier, la banquise arctique, pour une analyse générale de l’effet de serre. Ton analyse n’est pas inductive, elle est volontairement tronquée. Tout cela n’est pas très scientifique.

Quant aux solutions, que propose-tu d’autre à la place des négociations internationales sur le climat ? Il ne suffit pas de pourfendre, il faut montrer des alternatives.

Allègre(ment) : Kyoto a été l’exemple de cette attitude incantatoire autant qu’inefficace : dix ans après, les émissions de CO2 ont augmenté de 50 % ! Et Copenhague s’annonce comme devant être du même tabac ! Croit-on qu’avec un tintamarre diplomatique ou médiatique l’Inde et la Chine vont abandonner leur développement fondé sur le charbon ?

Biosphere : Claude, pour une fois, je suis entièrement d’accord avec toi, les palabres diplomatiques de la mise en œuvre du protocole de Kyoto n’aboutissent pas à une action à la hauteur des enjeux.

Mais il ne suffit pas de constater, il faut se mettre au service de ceux qui oeuvrent pour changer nos modes de vie qui utilisent pétrole et charbon à profusion. Or tu te contentes de dénigrer. Ce n’est pas très « productif ».

Allègre(ment) : La solution, n’est-elle pas dans l’innovation ? Ne faut-il pas d’abord développer les technologies de capture et de stockage du CO2, les voitures électriques, hybrides ou à hydrogène et les technologies alternatives pour le chauffage comme le photovoltaïque, la géothermie et l’isolement ? Mais là encore en étant conscient des problèmes sachant par exemple que dans l’état actuel des choses les réserves mondiales d’indium, métal indispensable à la technologie photovoltaïque, sont inférieures à dix ans !

Biosphere : Tu rabâches, Claude, tu rabâches. Toujours ton antienne sur l’innovation qui va sauver (peut-être). Une attitude responsable serait de présenter des solutions à nos problèmes créés par la technique en utilisant les techniques actuelles. Comme on ne peut pas le faire, il faut se résoudre à prendre les problèmes à leur racine, et critiquer les techniques qui nous mènent au désastre.

Il ne faut pas rêver de voitures électriques, il faudrait condamner résolument l’utilisation de véhicules personnels, procès de déplacement qui n’a aucun avenir durable. Le fordisme a réussi, il couvre nos territoires d’autoroutes, il n’entraîne pas plus de bonheur et détraque les équilibres naturels. Mais le pic pétrolier est pour bientôt, il n’y a pas que l’indium qui viendra à manquer.

Allègre(ment) : L’opposition entre deux visions différentes de l’écologie marque un clivage fondamental à l’égard de la société et de l’homme. La vision positive et humaniste que je défends est celle d’une société de liberté, de libre entreprise et de progrès constant, pas de celle d’une réglementation pesante et d’un Etat omniprésent décidant à la place du citoyen. C’est surtout celle d’une vision optimiste de l’homme qui sait s’adapter à son environnement constamment changeant, et dont le ressort du progrès est dans l’innovation et l’optimisme et non la punition et la peur.

Biosphere : Claude, ne fait pas dire aux écologistes véritables ce qu’ils ne disent pas. Si certains prônent une planification écologique, d’autres sont partisans de l’action individuelle et de la simplicité volontaire. Mais en vitupérant l’Etat omniprésent tout en dénigrant l’écologie profonde, tu risques de provoquer ce que tu crains, un écolofascisme : quand nos problèmes seront avérés, quand il y aura des réfugiés climatiques à ta porte, tu seras sans doute comme d’autres pour un Etat plus fort.

Il y a deux visions de l’écologie, une écologie superficielle (réparatrice) dont tu es un des représentants virulents, et une écologie plus profonde, défendue avec modestie par Arne Naess et ceux qui veulent bien continuer dans la voie qu’il a philosophiquement prônée : la non-violence et l’amour de la vie sur Terre. Notre humanisme doit s’ouvrir à toutes les formes de vie.

Allègre(ment) : Je ne veux pas comme le dit Marcel Gauchet que « l’amour de la nature dissimule la haine des hommes ». Et tant pis si ce n’est pas à la mode, si je me réclame de la philosophie des Lumières et si, comme Luc Ferry, je refuse le Nouvel Ordre écologique.

Biosphere : Luc Ferry est bien plus  nuancé que tu ne veux le dire. Il avoue en fin de livre que le « nouvel ordre écologique » pose de vraies questions : « Personne ne fera croire à l’opinion publique que l’écologisme, si radical soit-il, est plus dangereux que les dizaines de Tchernobyl qui nous menacent. Et l’on pourra disserter tant qu’on voudra sur l’inanité des thèses anti-modernes agités par les nouveaux intégristes, il n’en reste pas moins insensé d’adopter aujourd’hui encore l’attitude libérale du « laisser faire, laisser passer ». Il faut, écrivait-il aussi, admettre que les écosystèmes sont mieux agencés par eux-mêmes alors que la plupart des constructions humaines s’avèrent le plus souvent si fâcheuses qu’elles requièrent la plus grande prudence. Il faudrait donc élaborer une théorie des devoirs envers la nature.

Comme tu le vois, Claude, ta copie sur l’écologie « non productive » est vraiment trop superficielle et mérite qu’on t’enlève ton statut de scientifique pour revêtir celui d’intégriste de la croissance. La preuve, ta capacité à faire parler de toi dans les médias montre bien que tu as les faveurs d’un système thermo-industriel qui est en train de saccager notre planète. Le journal Libération n’est plus tellement cet instrument de libération de l’homme qu’il voulait être à ses débuts.

Source des propos de Claude Allègre : http://www.liberation.fr/economie/0101580271-l-ecologie-non-productive-c-est-quoi

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le passé est notre avenir

Enfin un bon article dans LeMonde du 24 juillet. Il est en effet exceptionnel de lire un(e) journaliste (ici Annie Kahn) décrire notre passé pour mieux envisager notre avenir. Dès le début de 1949, les bonnes nouvelles se multiplient : le 1er avril, la confiture et les pâtes sont en vente libre ; les produits laitiers suivront, le 15. A partir de mai, seuls les produits  importés restent rationnés. Le 1er décembre 1949, c’est la fin des tickets de rationnement. La France sortait alors de la guerre pour entrer dans les Trente Glorieuses.

Mais notre futur ressemblera à une guerre permanente, différents chocs écologiques vont faire vaciller définitivement la société thermo-industrielle. Annie Kahn pense la même chose que moi, elle termine ainsi son article : « Les dégâts écologiques de la société d’abondance pourraient remettre au goût du jour ces vieilles valeurs  (servir le pays et ses habitants) que les ultra-libéraux croyaient avoir envoyées au musée. La sortie de crise passera par une utilisation plus rationnelle des ressources, et des permis d’émissions de CO2. Mais sans carte ni ticket. Pour l’instant. »

Je souligne, pour l’instant. Il me paraît en effet évident qu’après le marché du carbone, nous passerons assez vite à la taxe carbone (c’est en cours), et avant 2050 à la carte carbone, c’est-à-dire au rationnement par rapport aux ressources fossiles.

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David vaincra Goliath

LeMonde du 22 juillet commence une série d’articles sur le lobbying. Il me suffit de savoir que Greenpeace emploie 15 salariés alors que l’Association européenne de l’industrie chimique en déploie 140. C’est affreux, le combat est disproportionné, nous ne pouvons être David contre les Goliath de la production de masse.

Mais en dessous un article sur Bundanoon, une petite  cité australienne qui veut bannir les bouteilles d’eau en plastique. Le consommateur peut-il refuser la consommation de masse qui nous éloigne de la consommation au plus près de la nature et des ses sources d’eau vive ? Que nenni ! L’Australian Bottled Water Instiute, qui représente l’industrie, nous assène que refuser de boire de l’eau en bouteille, c’est faire de la publicité pour ingurgiter des sodas et devenir obèse !!

Que l’inégalité des forces en présence, volonté individuelle d’une part et marchandising de l’autre, ne t’empêche pas d’assumer ta responsabilité personnelle en ne buvant ni eau en bouteille, ni soda. Il y a des leçons de morale qui me paraissent élémentaires, le monde nouveau advient par des gestes individuels…

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objectif lunaire !

L’espèce homo sapiens a essaimé dans l’espace géographique tout en améliorant ses capacités de déplacement. Autrefois les migrations à pied, puis à cheval ou en pirogue, hier les avions et aujourd’hui les fusées. On a même marché sur la lune ! Les humains préfèrent la conquête à la stabilité, le déséquilibre plutôt que la vie en harmonie avec un territoire déterminé. Vive la con-cu-rrence et le conflit. La fusée a d’abord été inventée pour la guerre, ainsi des V2 mis en œuvre par les Allemands à la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’ensuit une compétition entre nations : comme l’URSS socialiste a lancé le premier spoutnik dans l’espace en 1957, l’Amérique capitaliste a voulu poser le premier homme sur le sol lunaire le 21 juillet 1969. C’est ce que célèbre un cahier du Monde dont le contenu essentiel porte les deux albums de Tintin !! On a besoin de rêve, on nous vend du rêve !!!

En fait la guerre des nations a été remplacé par le goût de l’exploit techniciste au prix d’une débauche de ressources non renouvelables. Les humains croient encore qu’ils pourront aller sur mars, mais ils n’iront jamais sur la plus proche étoile, Alpha du centaure : la masse de carburant pour parcourir 40 000 milliards de kilomètres nécessiterait une masse de carburant équivalente à deux fois la masse de l’univers connu. L’humanité a atteint les frontières de son monde, il n’y a plus d’expansion possible. Il faut reconnaître que nous n’avons qu’une Terre et qu’elle est bien trop petite pour assurer nos fantasmes de nouvelles frontières perpétuelles.

Que les humains gèrent au mieux leur propre territoire, qu’ils se contentent pour le reste de contempler la lune et les étoiles. Et à chacun ses rêves dans son sommeil, cela ne coûte rien.

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OME, l’Arlésienne

C’est une petite brève comme je les déteste ; elle nous montre l’insuffisance humaine. A New York, Sarkozy a prôné la création d’une organisation mondiale de l’environnement (LeMonde du 19-20 juillet). Dans trente ans, il n’y aura toujours pas d’OME. En septembre 2002 à Johannesburg, Chirac avait déjà appelé à la transformation du PNUE en organisation mondiale de l’environnement. En mars 2004, l’Allemagne soutient l’initiative française en déclarant qu’une OME a besoin du même statut que la FAO et que l’OIT. En septembre 2004, discours de M.Barnier aux ambassadeurs : « Nous avons besoin d’une véritable organisation des Nations unies pour l’environnement. Je rencontrerai à ce sujet à New York prochainement une trentaine de mes collègues les plus engagés ou les plus motivés ». Aucun résultat.

L’OME est comme l’Arlésienne, on l’attend toujours, mais on ne la voit jamais. L’OMC (organisation mondiale du commerce) a mis des dizaines d’année avant de devenir cette égérie du libre-échange que l’on connaît aujourd’hui. Il faudra encore bien des catastrophes écologiques pour que l’OME existe et soit plus forte que l’OMC. Il faudra alors que les humains remettent les choses à leur juste place, il nous faut méditer cette analyse d’Yves Cochet (in Antimanuel d’écologie) :

La dernière trouvaille de la théorie économique est sa mutation publicitaire en « développement durable », souvent représenté par trois cercles séparés – figurant l’économique, le social et l’environnemental (mais assez proches pour qu’ils aient des intersections communes censées indiquer les relations entre ces trois domaines). Lorsqu’un arbitrage doit avoir lieu entre ces trois conceptions pour prendre une décision, c’est l’économique qui l’emporte aux dépends des deux autres. Cette représentation est une contre-vérité dans la mesure où elle suggère une autonomie de l’économique par rapport au social et à l’environnement. Elle n’est qu’une des nombreuses modalités de la propagande du productivisme pour perpétuer l’illusion du cycle production-consommation. Une plus juste représentation des domaines économique, social et environnemental eût été celle de trois cercles concentriques : le petit cercle économique au milieu, inclus dans le moyen cercle du social, lui-même contenu dans le grand cercle de l’environnement naturel.

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moins d’études ?

En 2009, au moins 120 000 jeunes ont quitté l’école sans aucun diplôme (LeMonde du 18 juillet). Sarko se lamente : « On paiera très cher le coût de cette déscolarisation ». Mais dans LeMonde2 du 18 juillet, on nous présente Rodolphe Pedro, chassé de l’école de la République à 16 ans, à la tête d’une société indépendante de conseil en patrimoine avec 105 collaborateurs, dont 90 % sans diplôme. Alors, que croire ?

Rodolphe est perspicace : « Les diplômes, votre origine, la couleur de votre peau, ce sont des étiquettes qu’on vous a collées pour vous priver des bonnes places. La France, c’est encore la monarchie, les castes, les codes. Même pas 1 % de fils de prolos dans les grandes écoles ! » Mais Rodolphe est trop optimiste, car même si on se lève très tôt et qu’on travaille beaucoup, les bonnes places sont devenues chères pour tout le monde : il y a une dévalorisation croissante des diplômes et par conséquent une concurrence déloyale des diplômés envers les non diplômés, même pour les tâches les plus subalternes. Il y a une déstabilisation des stables, plus personne n’est assuré d’obtenir ou de garder son emploi dans les secteurs non protégés. La saga de Rodolphe n’est que l’exception qui confirme la règle.

La situation actuelle est donc bien plus complexe que ce faux débat diplômé/non-diplômé. C’est Jean-Marc Jancovici, dans Le changement climatique expliqué à ma fille qui nous donne la clé de l’avenir : « Les gens ne comprennent pas qu’en détruisant la planète, on détruit également les conditions de la stabilité et de la prospérité de nos descendants, et que les générations futures, c’est toi, ta classe de collège, et toutes les classes d’enfants du monde. On peut encore éviter le pire. Cela implique d’accepter de ne pas faire des études longues à la fac, mais de devenir agriculteur ou menuisier. »

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morale minimaliste

Pour Ruwen Ogien, directeur de recherche au CNRS, l’éthique se doit d’être minimaliste : « Elle pourrait se résumer à un seul principe, ne pas nuire aux autres, rien de plus. L’idée d’un devoir moral à l’égard des autres ne pose pas de problème logique ou conceptuel, alors que celle d’un devoir envers soi-même en soulève beaucoup. De ce point de vue, les torts qu’on se cause à soi-même ou à des adultes consentants n’ont pas d’importance morale » (LeMonde des livres, 17 juillet). Il plaide donc pour la dépénalisation de l’euthanasie, le champ libre au  clonage humain reproductif, la liberté de procréer pour les homosexuels et les femmes âgées, l’autorisation de la gestation pour autrui. Constatons qu’il donne un droit à mourir dans la dignité, mais surtout la liberté de faire des enfants quand on veut, comme on veut.

Ruwen Ogien ne considère en fait qu’une biosphère peuplée uniquement d’humains, libre de faire tout ce qu’ils désirent du moment qu’ils ne nuisent pas à autrui. Mais les humains ne sont pas seuls sur notre petite planète, ils empiètent par leur nombre et leur activisme sur les autres espèces. Un autre philosophe de l’éthique, Arne Naess, estime que « la richesse et la diversité des formes de vie sont des valeurs en elles-mêmes ». Il en tire la conclusion que nous ne sommes pas libres de faire des enfants quand on veut, comme on veut : « L’épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une diminution substantielle de la population humaine. L’épanouissement de la vie non-humaine requiert une telle diminution ». 

Arne Naess me semble moins anthropocentrique et beaucoup plus moral que Ruwen Ogien…

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pour une Russie moins peuplée

Je ne vois pas en quoi « le déclin de la population » serait un « défi majeur pour un pays qui veut retrouver son rang de grande puissance ». Selon LeMonde du 16 juillet, l’ambition russe serait minée par un désastre démographique. Le quotidien transforme en mal ce qui n’est qu’un bien : toute décroissance de la population humaine allège pour partie le poids démesuré que fait peser l’espèce humaine sur les écosystèmes. Ce n’est pas parce qu’on ressasse depuis des centaines d’année qu’ « il n’y a de richesse que d’hommes » (Jean Bodin, 16e siècle) que cela en fait une vérité Déjà la bible nous incitait à croître et multiplier : fariboles et croyances insensées !

La Russie perdrait sans doute 11 millions de personnes entre 2008 et 2025, il en restera quand même 131 millions, et plein d’ogives nucléaires. Ce n’est pas la quantité d’homme qui fait la puissance, c’est la sagesse de sa technique et la qualité de sa population. Je préfère une biosphère peuplée de quelques millions de personnes en harmonie avec la nature plutôt que saturée par des centaines de millions d’alcooliques et de jeunes sans avenir sur une planète surpeuplée.

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les parlementaires pensent-ils?

LeMonde du 14 juillet nous informe que les centrales thermiques solaires à concentration produisent un kilowattheure au coût de 10 à 20 centimes d’euros (sous le soleil du Sahara). Pas assez compétitif face au kWh nucléaire ou fossile, entre 3 et 5 centimes d’euros ? La réponse paraît évidente pour les parlementaires italiens qui viennent de relancer le nucléaire vingt-deux ans après son arrêt total (référendum de novembre 1987, quelques mois après la catastrophe de Tchernobyl). Nos parlementaires français ne font pas mieux en relançant l’EPR.

A la crise écologique s’ajoute une crise de la représentation démocratique concernant la prise de décision. Car on ne peut comparer les prix de deux énergies de source fondamentalement différente. Le solaire est une énergie renouvelable, nucléaire et fossile sont non renouvelables : 40 ans de réserves pour le charbon, 50 ans pour le gaz, 60 ans pour l’uranium. Or brûler des ressources limitées, c’est comme brûler sa propre maison et vivre dans la rue avec ses enfants. Il y a l’aspect émissions de gaz à effet de serre qui se répercutera dans l’avenir, il y a aussi l’entropie : l’énergie utilisée ne sera jamais récupérable par nos enfants. Le nucléaire ajoute même le fait que les déchets seront à la charge des générations futures.

Si les générations futures avaient le droit de vote, il n’y aurait dans le monde que l’exploitation de sources d’énergie renouvelables. Alors, on peut se poser quelques questions : Les parlementaires énergivores font-ils des enfants ? Les parlementaires pensent-ils aux enfants des autres ? Les parlementaires pensent-ils ?

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