le bac SES a 41 ans

Né au moment des évènements de mai 1968, le bac SES (sciences économiques et sociales) de cette année glorifie la compétitivité, comme d’ailleurs le journal Le Monde qui  édite ce jour « les cahiers de la compétitivité » (18.06.2008). Le lycée et les médias participent conjointement au formatage absolu des jeunes cerveaux par la pensée libérale, à savoir croissance, concurrence et libre-échange. Prenons les deux sujets du bac SES qui les lycéens viennent de traiter ce matin :

 1) En quoi l’innovation est-elle un facteur de compétitivité ?

2) Après avoir montrer que la mondialisation favorise l’uniformisation culturelle, vous mettrez en évidence les limites de cette relation.

  

            Le premier sujet aborde la compétitivité, qu’elle soit interne à un espace national ou internationale. Le premier document indique que « l’accroissement de la part de marché » (la croissance) consiste à se tourner « vers de nouveaux marchés géographiques » (le libre-échange). Le document 2 se centre sur les pôles de compétitivité qui ont permis « de stimuler la croissance de toute une économie », pôles dont la mise en commun des moyens peut « s’affranchir des frontières » ; les « Silicon Valley » ont la planète tout entière comme domaine, croissance et libre-échange vont de pair. Le document 3 est encore plus explicite, il s’agit de l’écart transatlantique des performances, extrait d’un livre sur la croissance française de 1950 à 2030. Moi, je parie déjà que la croissance économique et le libre-échange seront de gros mots en 2030 après avoir été la source de grands maux. Massacrer l’environnement ne pose en effet aucun problème de compétitivité.

 

Le deuxième sujet explore la mondialisation culturelle à partir de la mondialisation économique (toujours la rengaine de la croissance et du libre-échange). Qu’il s’agisse de l’implantation des hypermarchés Carrefour dans le monde (document 1) ou de la Coca-colonisation (document 2), il s’agit toujours de l’impérialisme des « produits de fabrication industrielle » et de la standardisation de la consommation (document 3). Rien dans les documents de ce sujet sur les méfaits sociologiques de la compétitivité internationale et de la libre circulation des marchandises, sauf à s’interroger par ses propres moyens sur « les limites de la relation entre mondialisation et uniformisation culturelle ».  Le document 2 se contente de constater l’érosion des singularités culturelles et la substitution aux produits locaux et régionaux, mais « ce mouvement semble échapper au contrôle des populations et des Etats ». Mais les pays en retard « font rapidement le choix de l’occidentalisation ». Le document 3 en rajoute sur « le Coca-Cola, porteur d’un  idéal américain, particulièrement valorisé par les pays du Sud ». Il paraît même que ces produits se vendent « car ils ont un fort pouvoir sécurisant » ??? Enfin le dernier document aborde l’impuissance de l’ethnologue, « mal armé pour saisir la manière dont ces produits mondialisés sont reçus, domestiqués, réappropriés ». J’ai honte d’un enseignement de SES qui se délecte à ce point de l’occidentalisation des esprits.

 

J’ai honte de voir ce qu’on a fait de la matière SES, un exercice soi-disant de réflexion qui a abandonné la nécessité de peser dialectiquement le pour et le contre des faits de société. Dans ces deux sujets de baccalauréat, il n’y a en effet  rien sur les méfaits de la croissance et du libre-échange. Le document 1 du sujet 1 parle incidemment de « réduire les atteintes à l’environnement » comme une des objectifs de l’innovation technologique en France, et c’est tout. Le deuxième sujet se centre sur l’objectif de « sauvegarder notre industrie et ses emplois » dans un contexte de « concurrence exacerbée » (document 6). Donc soyez performants, votre croissance et le plein emploi seront garantis, tel est le leitmotiv de cette année scolaire. Rien sur les crises financières, rien sur les limites de la croissance, rien sur la destruction des écosystèmes, rien sur le Grenelle de l’environnement, rien d’important donc.

  

Nous sommes donc en juin 2008 très loin du sujet posé dans l’Académie de Lille en 1974, sujet qui incitait à réfléchir sérieusement sur les limites de la croissance :

 « Faire progresser une Nation, c’est faire courir les citoyens. Depuis vingt ans, les citoyens français ne courent pas mal, merci. (…) La course est harassante. Si vous l’accélérez, vous consommerez plus, mais vous aurez moins de temps pour réfléchir, pour penser, pour vire (…) Car la course à la consommation se conjugue nécessairement, même sur le plan de l’individu, avec la course à la production. Mais celle-ci déclenche à son tour de grandes perturbations dans la structure sociale. Transformer les techniques de production, renouveler matériels et méthodes, désorienter les gestes habitués, réorganiser sans cesse, détruire et reconstruire indéfiniment les programmes de travail, les réseaux hiérarchiques, les relations humaines ; modifier les circuits, les règlements ; concentrer les entreprises, en fonder de nouvelles, modifier leurs objectifs (…). La course est brutale, et plus elle est rapide, plus elle est brutale. Les forts affirment d’autant plus leur force que le train est rapide ; et dans la chaleur de l’action, le faible est souvent piétiné. (J.Fourastié, Economie et Société, p.130)               A la lumière de ce texte, vous vous attacherez à décrire et analyser les changements sociaux qui ont accompagné la croissance économique depuis 1945, que ces changements aient joué le rôle de moteur ou de frein à cette croissance, qu’ils vous semblent accomplis, engagés ou en germe. »

Homo sapiens, espèce nuisible

On n’a pas pu observer un seul spécimen depuis plus de cinquante ans, le phoque moine des Caraïbes est donc considéré comme une espèce éteinte (LeMonde du 17.06.2008). Ce n’est qu’un exemple particulier de l’extinction massive des autres espèces entraînée par homo sapiens. Tous les autres habitants de notre planète sont considérés par les humains soit comme des choses bonnes à manger ou à utiliser, soit comme des concurrents directs pour l’espace vital et l’accès aux ressources naturelles. Ces disparitions en masse font penser à ce bon docteur qui, au début des années 1950, a transmis volontairement aux lapins une épizootie, la myxomatose, pour les détruire. Des centaines de millions de lapins de garenne moururent dans toute l’Europe, mais c’est finalement le docteur qui gagna le procès intenté contre lui : le lapin fut déclaré « animal nuisible » puisqu’il fut jugé par le tribunal l’un des plus grands ennemis des récoltes. Pourtant, du point de vue de la Biosphère, il n’y a aucune différence entre les espèces ; c’est seulement le parti pris unilatéral des homo sapiens de faire un classement entre espèces, utile ou nuisible, belle ou moche, mangeable ou tabou. Les végétariens ne veulent pas attenter à la vie animale, mais la vie végétale a tout autant de valeur que la vie humaine.

 D’une manière ou d’une autre, une société biocide qui tue à outrance et combat  à coup de pesticides les insectes, les champignons (fongicides) et les « mauvaises » herbes (herbicides), les escargots, les « nuisibles » et même les vers de terre s’en prend forcément à elle-même. C’est l’espèce humaine qui est nuisible pour la Biosphère, et elle se nuit forcément à  elle-même. Les personnes qui veulent à notre époque toujours plus de croissance économique et démographique sont des personnes nuisibles pour la santé de la Biosphère, et en conséquence pour l’espèce humaine elle-même. Homo sapiens, à classer comme homo demens.

l’euro 2008, on s’en fout

            L’euro 2008, je m’en fous. Le sport à la télé, c’est pas du sport, je regarde jamais un match de foot, de rugby, d’escrime… C’est du temps perdu, du temps gaspillé, du temps volé à la nécessité. La page de mon quotidien sur l’Euro 2008, je m’en fous. L’équipe de France s’est inclinée 4 buts à 1 face aux Pays-Bas (LeMonde du 16.06.2008), la belle affaire. J’ai lu pour en avoir le cœur net l’article de l’envoyé spécial et le commentaire de Dider Deschamps : rien à en tirer, pourquoi commenter un match perdu, pourquoi même se glorifier d’un match gagné, le foot professionnel je m’en fous. Je n’ai pas plus d’affinité pour la France que pour les Pays-Bas, deux pays européens qui feraient mieux d’instaurer une culture commune que présenter des équipes nationales pour jouer à la baballe.

 Le référendum européen en Irlande était important, le match a été perdu, 1 pour l’Irlandais de base, 0 pour l’Union européenne,  zéro partout pour les citoyens européens. Comme dit mon quotidien favori, « L’Europe peine à susciter l’engagement des citoyens » et même si les Irlandais ont une image plutôt positive de l’Union, ils ne veulent pas s’engager en sa faveur. Eurocynisme et ethnocentrisme sont les deux mamelles du monde actuel. L’humanité est ainsi faite que la socialisation des individus passe par le culte de soi, le culte de son équipe de foot, le  culte de son petit pays, le culte de l’humanité. Comment voulez-vous préserver la Biosphère avec une telle équipe de demeurés ?

droit dans le mur

Maintenant l’urgence écologique intéresse tellement LeMonde (14.06.2008) qu’il consacre pour la première fois deux pages à la rubrique « Environnement&Sciences ». Je décerne donc un « bravo », cependant mitigé aussitôt par l’omniprésence dans ce même numéro des publicités pour les bagnoles : deux pages par exemple pour le 1er diesel vainqueur aux 24 heures du Mans ! Quand « Le Mans coule dans nos veines », quand sur une autre page Renault présente son 4×4, que peuvent faire les personnes raisonnables qui disent qu’il faut rapidement sortir du tout-automobile ?

 

 Et quand je lis ce que dit DSK, notre nouveau directeur du FMI, subsidiairement socialiste, mon écœurement est total : « La seule réponse à la hausse des prix du brut passe par celle de la production, et nécessite d’exploiter de nouveaux champs pétrolifères ». Pas un mot pour parler des indispensables économies d’énergie, pas une pensée pour le réchauffement climatique entraîné par la combustion de pétrole, pas une seule réflexion sur le pic pétrolier qui va marquer incessamment sous peu la régression de la production de pétrole.

 Avec de telles publicités, avec de tes dirigeants, nous allons droit dans le mur, de plus en plus vite, au volant de nos petits bolides…

le défaut des politiques

Nous constatons que le réchauffement perturbe les zones océaniques les plus poissonneuses (LeMonde du 12.06.2008), on organise donc une conférence internationale à Las Palmas, il faut bien que les scientifiques prennent l’avion de temps en temps. Nos modèles numériques et nos images satellites constatent l’effet de la montée des températures sur la faune océanique et démontrent que les écosystèmes sont moins résistants au réchauffement quand ils sont intensément exploités par l’homme. Nous constatons que l’habitat des espèces à l’état larvaire et adulte se retrouve comprimé, ainsi le manque d’oxygène associé à la production de toxines conduit les langoustes à venir mourir sur les plages par centaines de tonnes en Afrique du Sud. Nous constatons que les sardines disparaissent, mais que les méduses et les gobies prolifèrent. Nous constatons que le réchauffement induit un décalage des cycles saisonniers de certaines espèces dépendant les unes des autres et limitent la reproduction, par exemple celle des manchots d’Afrique.

 Nous constatons, nous savons filmer la mort en direct des espèces, mais nous ne sommes pas capables de remettre en question notre mode de vie qui détruit la planète dans des zones de plus en plus vastes. Les politiques ont le regard fixé sur les prochaines élections, ce n’est pas une vision très propice à l’écologie. René Dumont n’a pas été écouté, lui qui disait qu’il fallait politiser les écologistes et écologiser les politiques.

Nicolas ne nous endort pas

Nicolas Hulot est un de mes héros favoris. Qu’il émarge à TF1 ne l’empêche pas de réclamer haut et fort des mesures radicales face à la crise écologique (LeMonde du 12.06.2008), et c’est cela qui attire mon approbation : « Il faut dire la vérité aux gens, la situation ne va pas s’arranger. Donner un prix au  carbone est le seul moyen de nous préparer à l’envolée future du coût de l’énergie. Je demande aux députés d’amender le texte (ndlr : projet de loi issu du Grenelle de l’environnement) à la hausse car la crise écologique s’emballe. Tous les voyants sont au rouge. Cette loi ne suffira pas, il faut maintenant des mesures beaucoup plus radicales au niveau européen…. » 

 Nicolas donne aussi un carton rouge à tous ceux qui résistent au Grenelle, au plus haut niveau de l’Assemblée nationale, à Matignon. J’ajoute que ce soir à la télévision, dans l’émission « à vous de juger », le Premier ministre Fillon est présenté au volant d’une voiture de course. Si nos gouvernants continuent de se passionner pour tout ce qui détruit la planète, le combat écolo est perdu d’avance. Je rappelle à Fillon que lors du premier choc pétrolier, le Premier ministre de l’époque avait interdit toutes les courses automobiles !

abengoa bioenergy

Dans LeMonde du 29.05.2008, une pleine page de publicité sur les biocarburants. La société Abengoa Bioenergy, premier producteur européen de bioéthanol, nous présente « l’information manipulée : Le bioéthanol est le principal responsable de la hausse des produits alimentaires ».
Quelques jours plus tard, dans LeMonde du 4.06.2008, une autre demi-page de publicité de la même société Abengoa Bioenergy, qui nous présente à nouveau « l’information manipulée : Les cultures dédiées à la production de bioéthanol se substituent aux cultures alimentaires ».
La semaine suivante, dans LeMonde du 11.06.2008, la même société Abengoa Bioenergy nous présente encore une demi-page de publicité: « l’information manipulée : Le bioéthanol produit plus d’émissions de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles ».

Des publicistes payés par cette entreprise inventent des « informations propagées dans l’opinion publique » pour mieux les démolir et présenter « la vérité », celle de l’entreprise qui a acheté leurs services. Face à des contre-vérités complètement fabriquées, cette publicité estime qu’il est « primordial d’éclaircir la question ». Pourtant ce n’est pas d’un éclaircissement dont il s’agit, mais d’un conditionnement de l’opinion publique par une entreprise qui ne fait que défendre la source de ses profits. Les consommateurs que nous sommes ne peuvent se payer autant de plages de publicité pour rétablir les véritables enjeux des agrocarburants, le journal Le Monde ne peut refuser une publicité redondante étant donné l’état désastreux de ses finances.

Le lecteur ne peut plus savoir où est la véritable vérité, il a payé son journal pour constater que le fric peut se faire de la pub sans aucune contrainte.

peuples premiers, sagesse vernaculaire

D’un côté il y a une tribu perdue au fin fond de l’Amazonie qui obtient le droit  d’être protégée de la civilisation occidentalisée, ainsi que des Aïnous dont le Parlement japonais reconnaît le caractère indigène au Japon. De l’autre il y aura bientôt l’élection de miss Univers prévue au Japon qui captivera un milliard de téléspectateurs (LeMonde du 10.06.2008). D’un côté les derniers résidus de ceux qui vivaient en symbiose avec la nature de la chasse et de la cueillette, de l’autre la mondialisation triomphante qui décime les peuples autochtones, les dépossède de leurs territoires, les sédentarise de force, les empêche de parler leur langue et de porter leurs noms. D’un côté l’ère pré-néolithique, de l’autre l’anthropocène.

Mais l’expansionnisme géographique des peuples occidentalisés ne correspond pas à une plus grande recherche de bonheur. Cette évolution économique étouffe les sociétés vernaculaires, basées sur les relations de proximité, en équilibre avec le milieu naturel. Ivan Illich écrivait que le fait de passer d’une économie de subsistance à la monétarisation des échanges élimine les activités vernaculaires au profit du travail industriel, ce qui dépossède les personnes de la maîtrise personnelle de leur existence. Nous savons maintenant que les écosystèmes de la Biosphère sont eux-aussi perturbés, pour le malheur durable de tous.

 Nous ferions mieux de revenir à l’attitude mentale des peuples premiers qui vivaient tranquilles depuis des millénaires sur un mode ancestral. Ces peuples avaient mobilisé toute leur énergie pour laisser le monde dans l’état où il était, ils avaient trouvé un équilibre durable avec la Biosphère. Par contre les Blancs changent sans arrêt le monde pour l’adapter à la vision fluctuante qu’ils ont de leur présent. Il y a un avenir pour le mode de pensée des peuples premiers, il n’y a rien de durable dans le niveau de vie des Blancs.

désastre démocratique

Nous courrons vers le désastre démocratiquement choisi. En page 6 (LeMonde du 9.06.2008), le Sénat américain rejette un projet de loi réduisant les émissions de CO2 ; les Américains ne sont pas prêts à payer pour limiter la dégradation de l’environnement, ils ont rejeté « l’impôt climat » à un moment où leur boulimie immobilière et leur vie à crédit se retrouvent dans leurs factures impayées. Alors que le baril a déjà franchi le seuil des 139 dollars. Les démocrates originaires d’Etats miniers ou manufacturiers disent ne pas pouvoir voter pour la défense de l’environnement…

En vis-à-vis page suivante, la menace d’un NON irlandais au traité de Lisbonne affole l’Europe. Nous sommes toujours dans une logique égoïste, les Irlandais disent OUI quand c’est l’Union européenne qui payent pour eux, ils disent plutôt NON quand il s’agit de partager avec les nouveaux membres de l’Europe de l’Est. Les gens (je ne peux plus dire « les  citoyens ») veulent qu’on s’occupe de leurs problèmes immédiats, la responsabilité et la solidarité n’appartiennent pas à leur vocabulaire courant.

Quand le peuple parle, c’est donc pour sauvegarder ses intérêts à court terme et ses avantages acquis, pas pour faire de la géopolitique, encore moins pour penser à l’équilibre de la Biosphère. Pendant que les chefs d’Etat pérorent à la tribune du sommet de la FAO pour la sécurité alimentaire (page 15), les délégations nationales défendent en coulisse avec acharnement leurs intérêts économiques, subventions agricoles, agrocarburants, privilèges des riches.

 Pauvres humains, ils ne savent pas ce qu’ils font.

ACV nucléaire

Le ministère de l’écologie a lancé un appel à candidatures « afin d’identifier les sites volontaires » pour accueillir un centre de stockage de déchets radioactifs de faible activité à vie longue ». Le site serait choisi en 2010 (LeMonde du 7.06.2008). Il faut savoir lire, c’est juste un entrefilet en bas de page. Faut dire que la transparence n’a jamais été le point fort du lobby nucléaire. Admirez aussi le style, il faut des volontaires (mais l’argent qui sera distribué attise toujours les convoitises). Et on choisira peut-être en 2010, faut dire que pour l’industrie nucléaire, peu importe la pollution et la gestion des déchets. Petit rappel :

 En début d’année 206, le président de l’Andra (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) avait envoyé aux députés français le « dossier 2005 Argile » (qui traite du centre d’enfouissement à Bure) en reconnaissant qu’il n’a pas été produit de seconde version du « dossier 2005 Granite » (centre de stockage dans le granite, projet qui a été abandonné). Quelques morceaux choisis de la conclusion en date de juin 2005 :  « Si les évaluations devaient confirmer la pertinence des résultats actuels et si la représentation nationale…, l’Andra pourrait continuer ses travaux dans une perspective finalisée. Des incertitudes demeurent :– les expériences ont été conduites sur des durées brèves…– les ouvrages de stockage n’ont pas été testées en vraie grandeur…– l’étude approfondie de la zone de plus de 200 km2 autour du site de Meuse/Haute Marne n’a pas été réalisé…

Afin de donner un ordre de grandeur, on pourrait déboucher sur une installation industrielle de stockage à l’horizon 2025. »

               Commentaire de la Biosphère : on a construit en France la filière de l’électronucléaire à partir de 1977, on a commencé à s’intéresser aux déchets en 1991 (loi Bataille), aujourd’hui encore nous ne sommes pas beaucoup plus avancés. Une activité humaine qui ne tient pas compte du cycle de vie du produit (de la ressource à la maîtrise des déchets) n’est pas une activité raisonnable…

armes contre pétrole

            La France est le quatrième exportateur d’armes au Monde, Cocorico ! La France pense à son approvisionnement en pétrole, ses principaux acheteurs d’explosifs en tous genres sont les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite (LeMonde du 6.06.2008), Alléluia ! Notre gouvernement relance notre politique d’exportations d’armement face à une concurrence sans merci, dieu soit loué !  Sarkozy obtient « des résultats concrets à chacun de ses déplacements à l’étranger », c’est un bon commis voyageur !

            Jamais le journal Le Monde ne s’interroge sur la participation de la France à un marché de la mort « en pleine expansion ». Des sous, des sous, des sous et du pétrole, est devenu le leitmotiv de nos gouvernants et des médias. La vulgate libérale de la concurrence internationale a étouffé dans l’œuf toute contestation pacifiste, il faut échanger tout et n’importe quoi du moment que cela met du gazole dans nos moteurs. Alors je le dis calmement, la parole juste, même si elle est celle d’un seul homme, est de dire : halte au commerce des armes, halte aux importations de pétrole, vivons autrement au plus près de notre mère Nature.

 Comme disait déjà Henry David Thoreau en 1849, « Tout homme qui a raison contre les autres constitue déjà une majorité d’une voix » (…) « La seule obligation qui m’incombe est de faire bien ».

vive le pétrole cher

Formidable, un dossier de 5 pages sur « l’ère du pétrole cher » qui ne fait que commencer (LeMonde du 5.06.2008).Mais qui croire ?

En page 14, dans la rubrique breakingsviews.com, Ian Campbell pense que le pétrole a connu son heure de gloire, les jours de la spéculation sont comptés, les hauts cours sont vulnérables, les prix du pétrole sont délirants. Pourtant dans le dossier, les analystes du Monde pensent au contraire que les positions spéculatives ne renchérissent le prix du baril que de 15 à 25 dollars. Jean Michel Bizat constate même que l’essence en France est moins chère qu’il y a trente ans. Selon les calculs de l’Institut français du pétrole, une heure de SMIC horaire en 1974 permettait d’acheter seulement 3 litres d’essence ; on passe à 5,2 litres en 1995, puis 5,1 litres en 2001 et aujourd’hui 4,5 litres encore. Olivier Appert, le président de l’IFP reconnaît que la vérité des prix est nécessaire pour que changent les habitudes et les  comportements. Mais dans le même article, il souhaite que soit impossible le baril à 300 dollars en 2015, comme l’envisageait il y a deux ans Patrick Artus, directeur des études de la banque Natixis. Marc Jancovici de son côté prévoit qu’à l’avenir, « l’énergie a toutes les chances de devenir chère pour de bon ». On ne sait donc pas dans ce dossier quel va être le prix final du baril, mais au moins on se pose les bonnes questions, la dépendance énergétique de l’Europe, le risque inflationniste, le casse-tête du trajet quotidien…

 Alors, Le Monde devrait supprimer cette rubrique breakingsviews.com qui ne nous apporte que délire libéral sur un pétrole offert gratuitement par la nature : il suffirait d’investir pour aller le chercher au centre de la Terre. Le Monde doit ensuite continuer sur la voie de l’explication comme elle le fait dans ce dossier pétrole, à lire de toute urgence.

pub immorale

Dans LeMonde du 29.05.2008, une pleine page de publicité sur les biocarburants. La société Abengoa Bioenergy, premier producteur européen de bioéthanol, nous présente « l’information manipulée » : « Le bioéthanol est le principal responsable de la hausse des produits alimentaires. Puis sa « vérité » : « Les principales causes des prix exorbitants des produits alimentaires sont l’évolution des habitudes alimentaires en Asie, se traduisant par une demande élevée de céréales, et le prix actuel du pétrole, qui a presque doublé depuis trois ans. De fait, il est estimé que l’impact à long terme des biocarburants sur les prix des céréales ne dépasser pas 3 % à 6 % par rapport aux prix de 2006. »

 

Dans LeMonde du 4.06.2008, même pas une semaine plus tard, une autre demi-page de publicité sur les biocarburants de la même société Abengoa Bioenergy, qui nous présente à nouveau « l’information manipulée » : « Les cultures dédiées à la production de bioéthanol se substituent aux cultures alimentaires. Puis sa « vérité » : « Ni les cultures dédiées au bioéthanol ni les cultures alimentaires ne connaîtront de pénurie de terres arables… »

 

Je ne relèverai pas toutes les manipulations de la vérité exprimées par ce discours publicitaire. Je me contente de remarquer que ce genre de pub est en totale contradiction avec le grand titre du Monde ce jour, 4.06.2008 : « L’ONU en quête d’un plan pour nourrir la planète ». Donc on ne sait pas encore comment nourrir une population en forte expansion, et pourtant une société agro-industrielle se permet de payer des pages de pub pour inciter à dédier des surfaces agricoles au bioéthanol : c’est immoral, arrêtons de faire de la pub pour les ennemis de la Biosphère.

 Encore une fois, nous voyons que même un grand quotidien de référence est l’obligé du système qui finance une bonne partie de son budget !

style YSL ou Utopien?

Yves Saint Laurent est mort, paix à son corps. LeMonde du 3.06.2008 lui consacre pourtant quatre pages. Il est vrai que dans une société où un évènement chasse l’autre, c’est le règne de la futilité qui reste omniprésent. En fait YSL n’a rien inventé. Il n’est que l’écho sophistiqué de la forme trapèze qui avait disparu depuis le début du XVIIIe siècle (pour sa première collection en 1958), de la mode garçonne des années 1920 qu’il a recyclé jusqu’à la nausée, des vêtements ethniques de tous les pays qu’il a plagiés, ceux du Rajasthan comme du Sud marocain. La mode copie la mode, elle ne fait rien de plus même si c’est un styliste qui l’habite. Une riche cliente Américaine, qui laisse à sa mort 3000 pièce de haute couture dont 376 griffées YSL osait le paradoxe : « C’est agréable d’être regardée pour soi, pas pour les vêtements que l’on porte » ! En réalité YSL et ses  clientes ne font que fuir un monde dans lequel ils se sentent mal. « Rien n’est plus beau qu’un corps nu », disait Yves Saint Laurent, et il a montré lui-même l’exemple. Mais alors, pourquoi changer chaque année de vêtement ? Est-ce changer de style vestimentaire qui procure le bonheur ? Ne vaudrait-il pas mieux suivre les préceptes de Thomas More (L’utopie, 1516) ?

« En Utopie, les vêtements ont la même forme pour tous les habitants de l’île ; cette forme est invariable. Ces vêtements réunissent l’élégance à la commodité ; ils se prêtent à tous les mouvements du corps, le défendent contre les chaleurs de l’été et le froid de l’hiver. Chaque famille confectionne ses habits. Un seul habit suffit d’ordinaire pendant deux ans ; tandis qu’ailleurs, il faut à chacun quatre ou cinq habits de couleur différente, autant d’habits de soie, et, aux plus élégants, au moins une dizaine. Les Utopiens n’ont aucune raison d’en rechercher un aussi grand nombre ; ils n’en seraient ni plus commodément ni plus élégamment vêtus. »

 Quand on se sent bien dans un bon et simple vêtement, c’est le passeport pour le bonheur…

oui à l’égalitarisme

L’éditorial « Des patrons surpayés » est convaincant (LeMonde du 2.06.2008) : « Que les patrons du CAC 40 aient perçu en moyenne 4 millions  d’euros chacun en 2007 n’est pas justifiable. Ces rémunérations sont d’autant plus choquantes qu’elles ne récompensent pas le mérite propre de l’intéressé ». Mais Le Monde minimise aussitôt  sa critique: « Pas question de plaider ici pour un égalitarisme niveleur », sans justifier d’ailleurs ce point de vue particulier. Je conseille donc aux journalistes de (re)lire un vieux texte d’il y a presque un demi-millénaire dans lequel il suffit de remplacer « nobles » par « technocrates » :

« La principale cause de la misère publique, c’est le nombre excessif de nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d’autrui ; ils ne connaissent pas d’autre économie. S’agit-il au contraire d’acheter un plaisir ? Ils sont prodigues jusqu’à la folie. Ce qui n’est pas moins funeste, c’est qu’ils traînent à leur suite des troupeaux de valets fainéants.

             Le seul moyen d’organiser le bonheur public, c’est l’application du principe de l’égalité. Or l’égalité est impossible dans un Etat où la possession est solitaire et absolue ; car chacun s’y autorise de divers titres et droits pour attirer à soi autant qu’il peut, et la richesse nationale, quelque grande qu’elle soit, finit par tomber en la possession d’un petit nombre d’individus que ne laissent aux autres qu’indigence et misère. Voilà ce qui me persuade invinciblement que l’unique moyen de distribuer les biens avec égalité, avec justice, c’est l’abolition de la propriété. Tant que le droit de propriété sera le fondement de l’édifice social, la classe la plus nombreuse et la plus estimable n’aura en partage que disette, tourments et désespoir ». Thomas More, l’utopie (1516)

le choc du futur

Tout avait déjà été dit il y a trente cinq ans à propos du choc actuel. Mais au pays des sourds, l’avenir n’est pas très visible (extraits d’un éditorial d’Alain Hervé, mensuel Le Sauvage, décembre 1973) :

« Le commerce pétrolier consiste à échanger une matière première qui devient rare contre du papier-monnaie. De ce papier, les principaux producteurs ont assez ; s’ils laissaient le pétrole en terre, il risque de doubler de valeur en un an. Pourquoi n’ont-ils pas coupé le robinet plus tôt ? Parce que les circonstances politiques ne s’y prêtaient pas et parce qu’ils ont dorénavant le rapport du Club de Rome entre les mains (ndlr : the limits to growth, 1972). Ils ont eu l’occasion d’y lire que d’ici trente ans environ leur seul capital leur aurait été totalement extorqué et qu’il leur resterait le sable pour se consoler. Ils ont aussi compris à quel point les Occidentaux et leur fragile civilisation étaient devenus dépendants des Bédouins du désert. Gérants intelligents, ils ont donc décidé de vendre de moins en moins et de plus en plus cher. Logique, non ? Curieusement cette logique surprend tellement les occidentaux qu’ils refusent encore d’y croire. Le pétrole était entré dans les mœurs. On savait qu’un jour il se ferait rare, mais on ne voulait pas le savoir. On misait toutes les chances de l’industrie aéronautique française sur le supersonique Concorde. On savait qu’une flotte de 200 de ces avions aurait épuisé en cinq ans l’équivalent de la totalité du gisement de Prudoe Bay en Alaska, et cependant on construisait le Concorde.

Il faut dire que sans pétrole, adieu l’agriculture industrielle, adieu les loisirs, adieu la garantie de l’emploi, adieu la vie en ville… toute l’organisation économique, sociale et politique est remise en cause. Le château de cartes vacille. Et si ce n’est pas pour cette fois-ci, ce sera dans deux ans, dans cinq ans. Restriction, pénurie, disette, les machines ralentissent, s’arrêtent. La dernière explosion dans le dernier cylindre nous laisse apeurés, paralysés… libérés.

En effet la société conviviale, désirée par Ivan Illich, peut naître, c’est-à-dire une société dans laquelle l’homme contrôle l’outil ».

un CIO totalitaire

            LeMonde du 31.05.2008 nous révèle que le CIO encadre les blogs des athlètes et des personnes accréditées.  Le président du comité olympique français va même jusqu’à déclarer : « Nous sommes là uniquement pour le sport, qui peut ouvrir un espace de liberté ». N’importe quoi ! Le CIO et ses valets ne cultivent pas le rêve, mais le fric. D’ailleurs cet article rappelle que l’objectif du CIO consiste (d’abord) à préserver ses intérêts commerciaux : le CIO est donc  très attentif à la liberté d’expression de ses sponsors ou détenteurs de droits audiovisuels. Faut pas que la Chine se fâche, elle serait même capable de ne plus envoyer ses touristes en France… Faisons quelques rappels :

Les 115 membres du CIO (comité international olympique) sont cooptés intuitu personnae, c’est-à-dire qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes. Cent pays n’y sont pas représentés, et même si le choix d’une ville pour les JO est à bulletin secret, chacun sait qu’il ne s’agit pas seulement de promouvoir le bien de l’olympisme. Pour la détermination de la ville olympique en 2012, c’est Londres qui a été choisi au détriment de Paris. Si le lobbying ne repose plus sur des valises de billets, ce sont des commissions sur contrats ou des subventions pour des projets qui sont discutés entre quatre yeux. Dans son livre  » Paris 2012, pari gâché « , A. de Redinger, reconnaît que, depuis vingt ans qu’il navigue dans ce milieu, il ne connaît aucune ville qui n’ait emporté les suffrages sans avoir acheté de voix. De toute façon, pour avoir le droit d’accueillir les JO auprès de cet aréopage, il faut faire preuve d’une totale soumission à des règles qui changent au grè des circonstances.

            Le CIO s’était employé pendant de longs mois à ce que l’Italie adoucisse sa loi contre le dopage avant les Jeux Olympiques d’hiver à Turin en février 2006. Le CIO jugeait en effet trop sévère des sanctions pénales à l’encontre des athlètes convaincus de dopage. L’expérience montre d’ailleurs que les pays candidats aux JO doivent être prêts à tordre leurs propres lois ! Ainsi la ville de Paris dans son dossier de candidature malheureux pour 2012 précisait :  » La France s’engage à prendre toute disposition législative ou réglementaire qui s’avérera nécessaire au bon déroulement des Jeux Olympiques.  » Ainsi l’heureux (puisque Londres a hérité du bébé) gouvernement de Tony Blair s’était également engagé à introduire une législation destinée à renforcer la protection des marques olympiques et paralympiques. Il faut dire que déjà, à Athènes, la lutte contre le  » marketing sauvage  » s’était traduite par l’interdiction faite au public de pénétrer dans les enceintes olympiques en arborant d’autres marques que celles des sponsors officiels ou avec une boisson gazeuse autre que Coco-Cola !

             Il n’y a qu’une solution à toutes ces dérives, supprimer le sport-spectacle, et donc aussi les Jeux Olympiques…

Pêcheurs de tous les pays, unissez-vous !

La phrase de Karl Marx incitant à l’union des prolétaires pour renverser le capitalisme est restée célèbre. Aujourd’hui l’expression est actualisée par tous ceux qui ont besoin de pétrole dans leurs moteurs. Pêcheurs, agriculteurs et routiers sont mobilisés un peu partout en Europe contre l’envolée des prix du gazole (LeMonde du 30.05.2008). La grève des pêcheurs s’étend en Espagne et au Portugal. Des mouvements de routiers sont signalés en Bulgarie et en Grande Bretagne. Il y a même internationalisation du conflit ; depuis plusieurs jours en Indonésie la hausse des carburants suscite la colère. Signe de la généralisation des périls, ce pays membre de l’Opep n’est plus exportateur depuis plusieurs années ; le pétrole se raréfie alors que la demande explose. Toute la classe globale qui a  besoin d’un véhicule personnel pour se déplacer va rejoindre le mouvement contestataire un jour ou l’autre.

Mais le peuple travailleur ne se révolte plus contre une autre classe sociale, elle est confrontée aux limites objectives de la planète, à l’épuisement des ressources fossiles. Obtenir d’un gouvernement le maintien des subventions ou un petit bout de TVA ne fera que reculer l’échéance : la crise ultime s’approche à grands pas, tous les prix vont être indexés sur la hausse du prix du baril et du gaz, le maintien du pouvoir d’achat va devenir un slogan déplacé et illusoire, la simplicité volontaire que les imbéciles qui nous gouvernent  n’ont pas su « développer » va se transformer en pénurie forcée dans des secteurs de plus en plus étendu, pour des populations de plus en plus nombreuses. Ne m’accusez pas de catastrophisme, la catastrophe est devenue une réalité qui va impliquer une révolution dans nos pensées, dans nos modes de vie, qui va exiger une remise en cause de notre insouciance économique, de notre foi dans la croissance économique, de nos structures politiques soumises au lobbying et au court terme.

 Puisque nous n’avons pas su pratiquer la pédagogie de la catastrophe, c’est la catastrophe qui va nous servir de pédagogie.

Sarko n’a rien compris… à mai 68

Sous sa rubrique écrans, LeMonde du 29.05.2008 rappelle les propos de Sarkozy lors du dernier meeting de la campagne présidentielle : « Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral, il nous avait imposé que tout se valait, le bien et le mal, le vrai et le faux, le beau et le laid… Il est  urgent d’en finir. » Donc, il n’y aurait plus aucune valeurs, ces constructions sociales qui nous permettent de classer en noir et blanc notre environnement ? La libération des mœurs issue de 1968 et la lutte contre l’autoritarisme seraient des valeurs à occire définitivement ? Vive le caporal-chef Sarko ?

En fait les maîtres à penser de Sarko (ceux qui écrivent ses discours) font l’amalgame classique entre le fait de relativiser et le relativisme. En ethnologie, le relativisme (ou relativisation) est une méthode de distanciation par rapport à ses préjugés. Un observateur plongé dans un milieu très différent de celui dans lequel il a été socialisé doit s’interdire de prendre comme modèle les valeurs et les institutions de la société dont il est issu. Lévi-Strauss nous appelle à acquérir à la manière d’un ethnologue ce « regard éloigné » qui nous permet de distinguer de manière plus lucide les aspects positifs et négatifs de notre propre culture. L’effet de décentrement dont l’ethnologie procède aboutit à considérer que la société thermo-industrielle n’est pas la norme absolue, mais une manière parmi d’autres de percevoir le monde ou de rentrer en relation avec lui. Mai 68 nous a permis d’imaginer un autre monde possible. Il y a une nette différence entre ce relativisme de méthode et le relativisme normatif, celui qui consiste à dire « tout se vaut ».

 Lévi-Strauss a travaillé sans relâche à décentrer l’homme : notre esprit est dans la nature, non à côté. Il y a continuité entre l’homme observant et le monde analysé. Nous ne sommes ni des témoins, ni des dieux, nous sommes simplement embarqués, objets et sujets d’une sorte d’immense histoire du temps et de l’espace. Cela ne donne pas blanc seing pour dire n’importe quoi.  Et pourquoi pas un homme dominé par ses gènes, tant qu’on y ait ; je parie que c’est dans la lignée de la pensée de Sarko 1er !

LeMonde, nataliste

LeMonde est nataliste et  ne s’en cache pas. Dans un éditorial du 12.04.2008, il analysait la fin des subventions pour la carte famille nombreuse comme « un mauvais signal », le symbole d’une politique familiale généreuse qui disparaissait. Dans un titre ce jour, « La pression démographique menace les forêts du Congo », LeMonde du 28.05.2008 souligne maintenant la problématique malthusienne. La population congolaise devrait presque doubler en vingt ans, passant de 65 millions d’habitants aujourd’hui à 125 millions. Dans un pays déjà mis à genou par des années de guerre (infanticide différé ?), la forêt reste la seule richesse qu’on puisse faire disparaître : bois de chauffage pour les citadins, déforestation pour l’agriculture des ruraux, forestiers plus ou moins certifiés. Une des populations les plus pauvres du monde dépend de la forêt pour assurer sa survie au détriment des arbres.

L’Union européenne cherche donc désespérément les moyens de protéger ces zones tropicales qui forment le deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie. Alors on envisage une aide financière internationale, mais on ne sait pas encore à qui la distribuer dans un pays corrompu jusqu’à la moelle, où l’argent disparaît au fur et à mesure qu’il est versé. Le ministre de l’environnement congolais prévient d’ailleurs qu’il serait irresponsable de l’ignorer, lui qui est garant du respect de la biodiversité : les forêts congolaises abritent quelques gorilles et bonobos, sans compter des centaines d’espèces d’oiseaux et des milliers de plantes.

             La protection des forêts humides aurait un coût évalué à 3 milliards de dollars rien que pour la RDC. Mais jamais l’article du Monde n’a envisagé une possible diminution de la pression démographique au Congo. LeMonde est donc nataliste, qui ne dit mot consent. L’argent ne pourra jamais protéger la Biosphère contre une population humaine en constante progression…