civilisation Sarko

Sarko parle de civilisation. Mais de quoi s’agit-il?

 

 L’édifice de la civilisation occidentale a atteint un stupéfiant degré de complexité. Mais plus il devient complexe, plus nous avons l’impression de nous éloigner de nos racines originelles. Plus nous nous engageons dans un monde conçu par nous-mêmes, plus nous abandonnons notre ancrage dans la nature. Sommes-nous si uniques et si puissants que nous puissions nous tenir pour séparés de notre terre ? Beaucoup d’entre nous agissent, et pensent, comme si la réponse était OUI. Il n’est en effet que trop facile d’envisager la planète comme une collection de « ressources » dont la valeur intrinsèque ne dépasse pas leur utilité momentanée.

 

Nous avons alors industrialisé le processus de transformation de l’oxygène en gaz carbonique grâce à des inventions telles que la machine à vapeur ou le moteur à explosion sans prendre en considération les limites d’absorption du CO2 par notre planète. Nous avons industrialisé la production d’informations (presse à imprimer ou ordinateur) en oubliant de tenir compte de notre capacité limitée à assimiler les connaissances nouvelles. Nous sommes convaincus que nous n’avons pas à souffrir du froid ou de la chaleur. Nous voulons guérir nos malades, voler dans les airs, illuminer les nuits. Et pendant que nous croyons que nos besoins et nos caprices sont satisfaits, en réalité nous sommes en train de passer le Jardin d’Eden au rouleau compresseur. En fin de compte, la crise de l’environnement illustre la confiance aveugle en notre capacité de relever n’importe quel défi : on rassemble à son sujet des tonnes d’informations, on les divise en éléments simples à étudier et on croit trouver finalement une solution technique. Fadaise ! Il y a tant d’informations nouvelles produites chaque jour que leur avalanche a étouffé le lent mécanisme de maturation qui change la connaissance en sagesse. De plus l’idée selon laquelle de nouvelles technologies peuvent résoudre tous nos problèmes constitue l’élément central d’un mode de pensée défaillant.

 

Se placer dans une perspective écologique implique d’adopter une vision non spécialisée de la planète, d’essayer de comprendre comment ces différentes composantes interagissent les unes avec les autres selon des modalités qui tendent à l’équilibre et perdurent à travers les années. Cette perspective ne peut envisager la Terre comme un objet séparé de la civilisation humaine : nous appartenons, nous aussi, à  cet ensemble. Mais cet ensemble ne fonctionne pas selon les lois simples des rapports de cause à effet auxquels nous sommes accoutumés. On ne peut plus adapter la Biosphère à notre convenance selon des rites spécialisés, on doit dorénavant chercher à s’adapter à ses rythmes globaux.

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

paraître, ou non

L’article ci-dessous n’est pas passé dans le courrier des lecteurs du Monde. Si c’est écolo, si tu  as eu la même déconvenue, envoie-moi ton article pour parution sur ce blog… envoyé au courrier des lecteurs du journal Lemonde :Selon Le Monde (numéro du 16 novembre 2007), « les grands groupes d’électricité prônent tous le retour du nucléaire ». C’est le titre exact de l’article, écrit en très gros et très épais ! Mais lors de ce XXe Congrès mondial de l’énergie, nulle trace d’une ONG environnementaliste ou même l’existence d’experts indépendants. Or les dirigeants des multinationales du secteur ne peuvent que promouvoir ce pour quoi ils sont payés. Plus dramatique, les politiques suivent le diktat des entreprises lorsque le président Romano Prodi veut intensifier la recherche dans le nucléaire ! Comme les opposants ont été mis à la porte, tout ce beau monde peut estimer sans l’ombre d’une contestation que l’énergie nucléaire est indispensable. Alors voici quelques questions que j’aimerais poser à mon quotidien préféré : Les lecteurs ont du mal à savoir qui dit vrai et qui dit faux. Ne faut-il pas que le Monde leur donne tous les moyens de juger en toute connaissance de cause ? En conséquence, un journal qui se veut objectif ne devrait-il pas laisser une place à un article critique qui puisse compenser ce qui s’apparente à de la propagande pro-nucléaire ? Tout au moins un journaliste qui fait un commentaire d’un Congrès ne devrait-il pas donner plus de place au mouvement écologiste à l’intérieur de son article ?   Réponse de Nadine Avelange, chargée du Courrier des lecteurs :Cher lecteur, J’ai bien reçu votre courrier et vous remercie de nous avoir fait part de vos remarques. Compte tenu du nombre important de lettres reçues, entre 300 et 500 par semaine selon l’actualité, je ne peux vous assurer de publier votre point de vue. Je vous prie de croire à mes sentiments les meilleurs.

Conclusion : à ce jour, toujours aucune autre nouvelle…

intégriste, qui ?

            De plus en plus de gens sérieux traitent les écolos d’ayatollahs verts. Dans Lemonde du 13.12.2007, le professeur Michel Godet qui officie au CNAM va encore plus loin en utilisant l’expression « Khmers verts pour qui la disparition de l’homme blanc occidental serait une bonne nouvelle pour la nature : place aux loups, eux au moins ne polluent pas ! ».  Un écolo qui veut préserver une espèce en voie de disparition ne peut certainement pas être assimilé à des Khmers qui ont anéanti une bonne partie  de la population de leur pays. On observe malheureusement de plus en plus fréquemment ce recours à un type d’amalgame polémique qu’on peut baptiser reducio ad hitlerum. Que Hitler, Khomeyni ou Pol Pot ait partagé une opinion ne suffit certes pas à réfuter cette opinion ! Michel Godet est docteur en statistique et en économie, il ne montre aucune compétence quant au nécessaire respect de la biodiversité, aucun respect pour ceux qui ne sont pas d’accord avec lui, aucune ouverture d’esprit. C’est un universitaire français.         

 

Dans le même article, il assène d’autres énormités du style « Si on appliquait le principe de précaution, on ne ferait pas d’enfants ! ». Il est vrai que Michel Godet est aussi membre du haut conseil de la population auprès du Président de la République. Pas étonnant alors qu’il se lance dans des diatribes sur un développement  durable qui s’accompagne nécessairement d’enfants et de berceaux pour éviter le « suicide démographique ». Est-ce cela les scientifiques qui nous conseillent ? 

 

Cumulard, Michel Godet est aussi membre de l’Académie des technologies, cette jeunette créée en l’an 2000 dans le but « d’éclairer la Société sur le meilleur usage des technologies ». Quand je vois le niveau de raisonnement de Michel Godet, sa croyance à la pléthore de pétrole cher, sa confiance aveugle en Claude Allègre qui, à lui tout seul, raisonne mieux que tous les experts du GIEC, je sais déjà que les lumières pour éclairer notre avenir sont bien éteintes.

 

            Notre futur est aux mains des nouveaux intégristes de la croissance pour qui tout principe de précaution est un frein à l’innovation et à la concurrence internationale. Il faut faire comme moi, dénoncer directement le non-sens auprès du journal incriminé ou agir publiquement si possible. 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet, http://biosphere.ouvaton.org/page.php?doc=2007/affichactu2

 

Courrier des lecteurs

Cher lecteur,

 

Tu as peut-être écrit un texte sur l’écologie qui n’a pas trouvé preneur,

que ce soit pour le courrier des lecteurs de ce journal ou autre publication.

Si tu veux que mon blog se fasse écho de ton article,

s’il est court et incisif,

envoie-le-moi (cf. dans colonne de gauche « écrivez-moi »).

Cela te donne une seconde chance de parution.

A bientôt en 2008,

sans mes vœux car 2008

sera au moins aussi minable que 2007…

au niveau environnemental !

combien d’obèses ?

Trois milliards de terriens contre une poignée d’obèses : le numéro 18 (avril 1974) de la Gueule ouverte se centre sur la surpopulation :

 

« De plus en plus, nous serons obligés de penser globalement, au niveau planétaire, en termes de détérioration du milieu naturel et de ressources globales disponibles. Nous préférons donc une approche écologique de la question démographique. Mais la quasi-totalité des philosophies, des religions, ou des idéologies politiques ont été natalistes. La régulation des naissances s’est heurtée à une formidable coalition du passé : catholicisme, communisme, islam, nationalisme, tabous sexuels, etc. Voyez ces politiciens illuminés qui préconisent en France les 100 millions d’habitants comme si le nombre était garantie de bonheur accru. Contemplez ces dirigeants des pays en voie de développement qui magnifient leur vertigineuse ascension démographique. Admirez comment ceux qui prodiguent les conseils de modération à ces pays sont souvent ceux-là mêmes qui prônent la natalité chez eux. En France les natalistes les plus indécrottables, on les connaît, Michel Debré, Alfred Sauvy, Jérôme Monod, le Dr Tremblay et autres irresponsables de « Laissez-les vivre ».

 

La croissance démographique est peut-être moins un problème matériel immédiat qu’une question de valeurs : quel est le sens de la vie humaine dans un monde surpeuplé, encombré ? Cette vie a déjà commencé, on quitte la ville où l’on vit en troupeau, pour se retrouver en troupeau sur les lieux de vacances. Il finit par naître une pensée de troupeau, et nous savons tous que le troupeau postule le berger. L’homme qui pense librement n’aura plus sa place dans la société de demain, il n’aura même plus la possibilité d’aller vivre ailleurs parce qu’il n’y aura plus d’ailleurs. En définitive le dilemme est clair : soit nous complaire dans notre délire actuel et « après nous le déluge », soit prendre délibérément, lucidement les mesures qui s’imposent :

 

– contraception libre et gratuite, autorisation légale de la vasectomie ;

 

– suppression de tous les textes répressifs relatifs à l’avortement ;

 

– suppression des encouragements à la natalité (allocations familiales), suppression de la prime à la naissance ;

 

– Dire aux couples qu’au-delà de deux enfants, ils contribuent directement aux catastrophes futures ;

 

– Recours à une éducation en vue de la stabilisation démographique. »

 

La Biosphère ne peut qu’approuver ! Mais trente-trois ans  nous ont fait passer de 3 à plus de six milliards !!

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refus de l’écologie ?

Le numéro 16 (février 1974) de la Gueule ouverte perd non seulement sous sous-titre « le journal qui annonce la fin du monde », mais aussi son label de « mensuel écologique ». Isabelle, celle qui va devenir rédacteur en chef, commence à justifier ce tournant dans le numéro précédent :

 

« Le gâteau est finalement considérablement moins copieux qu’on ne l’imaginait, par contre les dîneurs sont de plus en plus nombreux. Seuls quelques-uns ont le droit de manier le grand couteau pour tailler et distribuer les parts. Ce sont ces quelques-uns qui gèreront la pénurie, en essayant d’en tirer autant de bénéficies que s’ils avaient géré l’abondance ». On est en train, tout doucement, d’habituer les masses à l’idée de restriction. Ce que les écologues n’étaient pas arrivés à faire entendre en parlant sagesse, à savoir : ralentissement de la consommation folle, les économistes vont l’obtenir. Pour avoir la bagnole, c’est facile, sois raisonnable, roule moins vite, pas tous les jours… Accepte sans broncher que l’électricité soit fournie par des centrales nucléaires, c’est tout simple, tu vois… On va pouvoir nous faire tout avaler, struggle for life, chacun pour soi mais tous pour la Société Moderne. Restriction de ceci, consommation de cela, racisme, délation, polices privées, on peut tout imaginer. On a des références et des souvenirs. Les écologues n’ont pas ouvert leur gueule assez tôt ni assez fort. »

 

Dans son édito du n° 17, Isabelle devient encore plus explicite : « Rédactrice en chef que me voici devenue, je commence par prendre une initiative : suppression du sous-titre mensuel écologique. Prise de distance avec une image débile de l’écologie, celle que donne certains doux farfelus qui prêtent le flanc à toutes les critiques. Erreur de prendre comme postulats de soi-disant règles inscrites dans une Nature mythique. Que d’aucuns passent agréablement (si aucun fascisme ne vient briser leur idylle) leur vie à se conforter en communauté, n’ayant d’autre souci que la pureté de leurs petits intestins ou la contemplation extatique du coucher du soleil sur le mille-pertuis de la dernière colline non polluée qu’ils ont trouvé, si ça les amuse, je n’ai rien contre. Mais je n’ai pas envie de me casser le chose à faire un journal avec leurs états d’âme. (…) Il n’y a pas de réponse politique ou scientifique  toute prête aux questions que pose la crise actuelle de civilisation, il n’y a pas de réponse écologique définissable. Il nous faut chercher dans toutes les directions, un journal écologique devrait éviter la segmentation, sans étiquette. »

 

Isabelle annonçait ainsi la suspension temporaire de l’écologie, elle est en phase avec l’époque. Entre le 1er sommet de la Terre à Stockholm (1972) et le deuxième sommet à Rio de Janeiro (1992), nous avons attendu 20 ans sans rien faire, moi compris. Que de temps perdu pour la sauvegarde de la Biosphère alors que les coups de gueule de Pierre Fournier et des écologues restent toujours d’actualité en 2007, 2008, 2009… 

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convivialité ?

Toujours d’actualité, le numéro 9 du mensuel la Gueule ouverte, le journal qui annonce la fin du monde (juillet 1973). Ivan Illich, de passage à Paris pour son prochain livre La convivialité, avait refusé de parler à la télé :

 

« Le discours télévisé est inévitablement démagogique. Un homme parle sur le petit écran, des millions d’hommes et de femmes l’écoutent. Dans le meilleur des cas, la réaction maximum du public ne peut être que bip bip je suis d’accord ou bip bip je ne suis pas d’accord. Aucun véritable échange n’est possible, mais je suis heureux de soumettre mon travail à la critique des lecteurs de La gueule ouverte, tous profondément préoccupés de ne se laisser enfermer dans aucun carcan idéologique. »

 

Ivan Illich développe ensuite ses thèmes de prédilection, dont le rôle de l’outil : « Je distingue deux sortes d’outils : ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie : qui veut lire le peut, n’importe où, quand il veut. L’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. De plus, pour l’utiliser, il faut une route, de l’essence, de l’argent, il faut une conquête de centaines de mètres d’espaces. Le besoin initial multiplie à l’infini les besoins secondaires. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel ; Los Angeles est construit autour de la voiture, ce qui rend impraticable la marche à pied.

 

Une société peut devenir si complexe que ses techniciens doivent passer plus de temps à étudier et se recycler qu’à exercer leur métier. J’appelle cela la surprogrammation. Enfin, plus on veut produire efficacement, plus il est nécessaire d’administrer de grands ensembles dans lesquels de moins en moins de personnes ont la possibilité de s’exprimer, de décider de la route à suivre. J’appelle cela polarisation par l’outil. Ainsi chaque outil, au-delà du seuil de tolérabilité, détruit le milieu physique par les pollutions, le milieu social par le monopole radical, le milieu psychologique par la surprogrammation et la polarisation par l’outil. Aujourd’hui l’homme est constamment modifié par son milieu alors qu’il devrait agir sur lui. L’outil industriel lui dénie ce pouvoir. A chacun de découvrir la puissance du renoncement, le véritable sens de la non-violence. »

 Devant la clarté du propos, la Biosphère n’a rien à ajouter… 

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la pub rend con

Toujours d’actualité, le numéro 7 du mensuel la Gueule ouverte, le journal qui annonce la fin du monde (mai 1973) : « La publicité nous prend pour des cons – La publicité nous rend cons ». Développement :

« La publicité est un monstre doux qui, par effraction séductrice, pénètre dans nos cerveaux, brouille sans douleur nos circuits intimes, hérisse de sondes nos profondeurs. Pourtant, quand Emile de Girardin accepte l’insertion d’annonces payantes le 29 avril 1845, elles doivent être selon ses propres termes franches et concises : « La publicité  se réduit à dire : dans telle rue, à tel numéro, on vend telle chose à tel prix ». Un révolutionnaire raisonnable pourrait exiger, aujourd’hui, la stricte application de ce précepte-là.

 Après plus d’un siècle de maturation, voici ce qu’il en est devenu : « Publicité, art d’exercer une action psychologique sur le public à des fins commerciales » (dictionnaire Robert). Autrement dit la même définition que celle du mot démagogie : « Politique par laquelle on flatte la multitude pour gagner et exploiter ses faveurs ». Le publiciste est donc, strictement, un démagogue professionnel. Prétendre que l’information soit le souci premier des publicistes est une farce triste. Qui sont ces professionnels ? Des psychosociologues. Pour quoi faire ? Pour imposer à l’homme des notions qu’il ne sollicite pas, et vis-à-vis desquelles il n’a aucune raison d’être bien disposé. Assurément, on s’achemine vers le décervelage total. Les techniciens de la vente plongent tous les jours leurs mains pleines de doigts dans nos inconscients et les endorment, les dépiautent, les programment à leur manière. Ils ont découvert un certain nombre de tendances à encourager : « Le besoin de certitude, le goût du moindre effort, l’envie, la vanité, le snobisme, le désir sexuel » – bref, tout ce qui peut encourager les gens à courir les chemins du crétinisme.

Alors, que faire ? Il faudra inventer des moyens d’action, arrêter tout et réfléchir sans tristesse, ouvrir la boîte à idées. Tiens, voilà : je l’ouvre. » (Henri Gougaud)

 Depuis les  défenseurs de la Biosphère savent ce qu’il faut faire, casser la pub 

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in memoriam

Noël, en s’en fout. Par contre Pierre Fournier est mort brutalement d’une crise cardiaque, au bout de trois numéros de la Gueule ouverte le 15 février 1973 ; il avait trente-cinq ans. Ca, c’est important. Voici le salut de ceux qui restent (n° 5, mars 1973) :

 

« Ca t’aurait fait rigoler, mais le jour où tu nous as laissés dans la merde, tous les journaux titraient sur le rapt d’un maréchal plein d’asticots, et la mort édifiante à 82 ans, dans son lit s’il vous plaît, d’un honorable gangster de la mafia. Comme quoi le monde marche de plus en plus vite sur la tête et c’est pas encore fini. Dans les manifs, tu expliquais sans jamais te fâcher toujours les mêmes trucs : « La révolution est d’abord spirituelle, individuelle, personnelle, affective, etc., et c’est en vous libérant que vous donnerez aux autres l’envie d’en faire autant ». Tu as trouvé le chalet de ton enfance en Savoie, une merveille sans évier, sans chauffage et sans moquette que le vieux paysan vendait pour permettre à ses fils, nouveaux banlieusards, de se payer le coquet pavillon de leurs rêves. Comme tu nous disais : « J’avais l’impression de lui voler sa vie en lui signant un chèque. »

 

Oui, c’est pas simple de comprendre avant tout le monde et de nager à contre-courant. Quand viendra l’an 01, les gens discuteront enfin leur vie dans les rues et y’en a sûrement qui voudront t’élever une statue à toi aussi. Et toi tu diras une nouvelle fois : « Ah les cons, ils ont toujours rien  compris ! ».

 

Mais le plus con pour la Biosphère, c’est que Pierre ne verra pas la fin du monde… 

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père Noël, tueur

Dans le numéro 3 du mensuel la Gueule ouverte, le journal qui annonce la fin du monde (janvier 1973) :

 

« Le Père Noël est un des pires flics de la terre et de l’au-delà, le Père Noël est le camelot immonde des marchands les plus fétides de ce monde. Les marchands de rêve et d’illusion, véritables pirates des aspirations enfantines, colporteurs mercantiles de l’idéologie du flic, du fric, du flingue… Face à la grisaille géométrique des cités-clapiers, bidonvilles de la croissance, face aux arbres rachitiques, aux peuples lessivés, essorés, contraints, s’étale la merde plaquée or-synthétique, la chimie vicieuse des monceaux de jouets, un dégueulis de panoplies criardes, avec, derrière la porte capitonnée le ricanement malin des marchands.

 

Noël est une chiotte ignoble et on va plonger nos gosses là-dedans ? Mais faut bien faire plaisir au gamin ! Rubrique « Filles » du catalogue des Nouvelles Galeries : 28 pages sur 30 exclusivement consacrées aux poupées, aux dînettes, avec trousses de toilette et fers à repasser miniatures. Les deux pages restantes sont consacrés au tissage, à la couture, à des panoplies de danseuse…et de majorette ! Si avec ça votre fifille n’a pas pigé quel est son rôle futur. Côté « les Garçons » : sur 40 pages, 32 seulement consacrées aux bagnoles, avions, panoplies de cow-boys et carabines à plomb ! Doivent retarder, aux Nouvelles Galeries, j’ai pas trouvé de panoplies de CRS ou de para. Par ailleurs ces jeux sollicitent de plus en plus de consommation électrique. Allez, tenez, on va fantasmer un peu : bientôt pour construire des centrales nucléaires, l’EDF s’adressera à nos gosses et leur proclamera la nécessité de l’atome pour fournir de l’électricité à leurs jouets !

 

Mais quelles sont les tendances d’enfants élevés dans un milieu naturel et n’ayant pas à souffrir du poids des divers modes d’intoxication ? Ils courent, ils jouent dans les flaques, se roulent dans la boue, ou tentent de percer les mystères de « papa-maman ». Ils vivent, pensent, créent. Refouler ces pulsions naturelles est donc le but criminel de notre société. Sauter à la corde ou jouer au ballon devient un exploit quasi contestataire sur des abords d’immeubles transformés en parking. Le système des marchands au pouvoir a dit : J’achète le Père Noël.  Les marchands tuent l’enfant, tuent les parents, tuent le jouet. »

 

Devant la clarté du propos, la Biosphère n’a rien à ajouter… 

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la fin du monde

La Gueule ouverte, mensuel écologique qui annonce la fin du monde, apparaît pour la première fois en novembre 1972 (3F50). Voici un résumé du premier éditorial, signé par Pierre Fournier :

 

« La GUEULE OUVERTE est virtuellement née le 28 avril 1969. J’étais dessinateur et chroniqueur à Hara-Kiri hebdo, payé pour faire de la subversion et lassé de subvertir des thèmes à mes yeux rebattus, attendus, désamorcés à l’avance. Prenant mon courage à deux mains, j’osai parler d’écologie à des gauchistes. Permettez que je me cite : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »

 

Pierre Fournier poursuit : « La grande fête à Bugey (ndlr, manif autour d’une usine atomique) fut un révélateur. Tout nous semble avoir concouru à sa réussite : l’ordre et le désordre, le refus des discours, le refus de la violence et le refus du spectacle, le nudisme ingénu, le partage et la rencontre. Tout y était en germe. Le si-in de six semaines, face à l’usine, à ses esclaves et à ses victimes, enracina chez les participants à l’action le besoin irrépressible de CHANGER LA VIE. Après Bugey, mes deux pages hebdomadaires ne pouvaient suffire. Nous sommes conscients qu’un journal est une solution de compromis et qu’il risque, du seul fait qu’il existe, de démobiliser. Nous sommes conscients des contradictions quotidiennes dans lesquelles nous enfonce le journalisme professionnel. A peine sorti le premier numéro, voici que nous assaille la tentation de tout remettre en cause, de pousser plus loin, beaucoup plus loin que d’autres, un désengagement, tentation de se consacrer, enfin, à couper notre bois, à faire notre pain, à retourner à l’homme des bois : la disproportion des forces en présence impose, à qui refuse l’inéluctable, une radicalité sans cesse plus affirmée. Nous ne savons pas où nous allons. »

 

La Gueule ouverte est morte avec l’avènement du socialisme à la sauce Mitterrand ! Mais Pierre Fournier est mort bien avant, brutalement, à l’âge de trente-cinq ans, au bout de trois numéros, le 15 février 1973. La lecture de ses textes, trente-quatre ans plus tard, reste d’une lucidité et d’une intelligence remarquables. A sa mémoire, la Biosphère reconnaissante… 

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intégriste de la croissance

Dans la page Débats (Lemonde du 21.12.2007), le PDG  de Suez tient un discours dans le vent : « Il y a urgence écologique pour la sauvegarde de notre planète et le futur de nos enfants. La croissance économique fondée sur l’utilisation massive de ressources n’est plus possible. »  Très bien, très bien, Gérard Mestrallet, tu as tout compris. Malheureusement ce PDG ajoute tout de suite : « Pourtant, renoncer à la croissance économique est impossible. »

 

Alors là, j’y comprends plus rien ! Comment concilier l’inconciliable ? Gérard croit donc au miracle, à la croissance durable, à la croissance écologique (ce sont ses propres expressions). La croissance est selon lui possible puisque « l’épuisement des ressources naturelle n’est pas une fatalité, c’est un catalyseur d’innovations ». D’ailleurs « le nucléaire doit retrouver toute sa place ».

 

Si on connaît bien Suez, on sait déjà d’où vient ces certitudes. En juin 2005, on trouvait dans Lemonde ce titre : « La vraie alternative à long terme, c’est le nucléaire ». C’était un point de vue exprimé par le PDG de la banque d’investissement Suez. Notons que la filiale électrique de Suez (Electrabel) est un partenaire d’EDF de longue date, que Suez a des participations croisées dans des centrales nucléaires en France et en Belgique, que Suez souhaitait aussi participer au programme de réacteur nucléaire EPR dont la construction était prévue en France. En conclusion, derrière cet apitoiement de façade pour la planète et les générations futures, on ne trouve que des histoires de gros sous. Comme dit Gérard en dernière phrase de son article d’avant-hier, « C’est aussi l’intérêt de nos investisseurs ».

 

Gérard Mestrallet n’est donc qu’un intégriste de la croissance économique parce qu’il est un fervent partisan des intérêts capitalistes. Il n’y connaît rien à l’écologie et aux rythmes de la Biosphère, il nous prépare un avenir non durable… Et jamais ce Monsieur Mestrallet n’a démontré que « renoncer à la croissance économique est impossible ».

chimère hydrogène

Les humains préfèrent se consacrer à la glorification du progrès technique alors que la sauvegarde de la Biosphère passe par les économies d’énergie, une priorité de premier rang.

 

La poursuite des chimères technologiques est en effet une manière de ne pas changer la civilisation automobile. Comme le succès n’est toujours pas au rendez-vous, une mode succède à une autre. Hier on parlait du miracle de l’hydrogène, aujourd’hui on mise sur les agrocarburants, demain ce seront les lendemains qui déchantent. Il est vrai que l’hydrogène pourrait être une énergie d’un emploi souple, comme l’électricité, qui présente en outre l’avantage d’être stockable contrairement aux flux d’électrons. Mais l’hydrogène n’existe pas librement dans la nature, il doit être produit. La méthode du reformage, qui consiste à craquer des molécules contenant l’hydrogène, génère de 7 à 15 tonnes de CO2 par tonne d’hydrogène ; bonjour l’effet de serre ! La fabrication par électrolyse nécessite une source d’électricité. Si on utilise des centrales nucléaires, on obtient des déchets très toxiques. Alors il reste la possibilité de stocker grâce à l’hydrogène des énergies renouvelables qui ne fourniront jamais autant d’énergie que celle qui est gaspillée aujourd’hui grâce aux énergies fossiles. De plus les piles à combustible qui transforment l’hydrogène en électricité sont d’un coût élevé et la distribution de l’hydrogène impose des réservoirs sous haute pression, d’un maniement difficile. 

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soyons négawatts

Dans un univers, qui sera toujours plus marqué par de nouvelles contraintes énergétiques et climatiques, nous (www.energie-cites.eu) pensons que les hypothèses suivantes risquent de façonner de façon significative notre univers à l’horizon d’une génération :

 

– L’approche traditionnelle (et quasi-exclusive) des questions énergétiques par l’offre va se déplacer progressivement vers une approche davantage guidée par la demande, laquelle va gagner en pertinence et en force. Les consommateurs n’ont en fait pas besoin d’énergie, mais seulement de services qui contiennent de l’énergie. Leur intérêt bien compris est de satisfaire leurs besoins finaux avec la moindre dépense énergétique.

 

– La logique voudrait que ce déplacement de l’offre vers la demande s’accompagne d’un déplacement des financements consacrés à l’accroissement de l’offre (MégaWatts) vers ceux destinés à réduire la demande (Négawatts). D’autant que chaque Euro investi pour consommer moins est plus rentable qu’un Euro investi pour produire davantage. Par ailleurs, un investissement de réduction de consommation produit une économie nette pour le consommateur alors qu’un investissement dans l’offre se retrouvera sur la facture du consommateur.

 

– L’approche (quasi-exclusive) d’une offre centralisée pour l’électricité va céder un peu de place à une offre décentralisée, répartie, plus proche des lieux de consommation, selon un modèle ou demande et offre seront intégrés. Ce modèle devrait se développer à mesure que les besoins énergétiques finaux vont diminuer. Par exemple dans la construction, il deviendra davantage possible de couvrir la majeure partie de ses (faibles) besoins thermiques et électriques par des ressources renouvelables. Nous allons vers des schémas où consommateurs et producteurs seront en partie les mêmes.

 

– L’approche par secteurs de consommation énergétique (industrie, habitat-tertiaire, transport, agriculture) sera complétée d’une approche par type d’acteurs. Pertinente pour réaliser des statistiques et, le cas échéant, pour conduire des politiques industrielles sectorielles ou encore pour coller à des départements ministériels, l’approche par secteurs reste anonyme et ne responsabilise personne. Vous sentez-vous concernés quand j’écris « habitat-tertiaire » ? Et si je vous dis « chauffage de VOTRE appartement », cela ne vous parle-t-il pas mieux ? Nous entrons dans une période ou l‘action consciente de chacun, sa responsabilité, est indispensable. D’où l’importance des acteurs.

 

– Nous irons vers des ruptures. Pour résumer, il ne s’agira pas de consommer un peu moins (être « un peu moins mauvais »), mais de consommer presque rien, voire rien du tout, ou même de produire plus que ce que l’on consomme (être « franchement bons »). C’est la différence entre l’actuel plan de réduction progressive de l’évolution de la réglementation thermique du bâtiment en France (un palier chaque cinq ans) et la démarche danoise (zéro énergie en 2015). Nul doute que le processus français apparaîtra vite obsolète car seule la rupture permet l’innovation, le changement d’habitudes et l’enthousiasme indispensables. 

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non à la voiture

Mieux vaut forêts que bagnoles et autoroutes. Pas d’hésitation à avoir, pour protéger la Biosphère, il faudra supprimer la voiture individuelle.

 

Dans la revue Science du 17 août 2007, une étude originale sur les agrocarburants dépasse la simple comparaison entre l’énergie dépensée pour les produire et l’énergie obtenue : on compare les émissions de gaz carbonique économisées par les cultures d’agrocarburants et celles évitées par d’autres usages du sol. Par exemple, la culture du blé aux USA pour faire de l’éthanol permet d’éviter, par la substitution au pétrole, entre 0,2 et 0,6 tonnes de CO2 par hectare et par an. Mais la conversion de cultures en forêts de pins permettrait d’économiser 3,2 tonnes. Mieux vaudrait donc faire pousser des arbres que cultiver des céréales destinées à faire rouler des automobiles. Autre exemple, la canne à sucre qui possède le meilleur  rendement, près de 2 t/ha d’émissions de CO2 évitées. Mais c’est beaucoup moins que ce que permettrait d’économiser la transformation de ces cultures en forêt tropicale, entre 4 et 8 t/ha. Si la canne à sucre se développe par déforestation, cela coûterait même près de 200 t/ha ! Un bon  bilan écologique repose donc sur la conservation des forêts et de  savanes, cette démarche présentant en outre des avantages en matière de biodiversité et de santé des écosystèmes.

 

N’oublions pas aussi d’arrêter de construire en France routes et autoroutes, en attendant leur  déconstruction !!! 

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le choix du feu

Un petit résumé de la pensée actuelle d’Alain Gras :

 

« L’humanité avait vécu jusqu’au XIXe siècle dans un usage relativement équilibré des sources naturelles d’énergie. A un moment donné, l’Occident est sorti de cet équilibre, certes un équilibre instable, mais qui jusque là avait fonctionné comme principe de précaution, un principe implicite dans toutes les civilisations. Nous avons ainsi rompu un pacte avec la nature, un pacte qui n’était pas du tout synonyme de technophobie, comme aiment à le dire les « ennemis » de la critique écologique, mais qui au contraire laissait ouverte de multiples voies au devenir mécanique. Le choix « vapeur-chaleur » qui a été fait il y a un siècle et demi à peine allait fermer toutes les ouvertures qu’offrait l’usage des énergies renouvelables. Pourquoi l’électricité n’aurait-elle pu être produite dès le début par le vent ou le soleil ? La réaction photovoltaïque n’a-t-elle pas été découverte dès 1839 par Antoine Becquerel ? Loin d’être la conséquence d’une évolution technique, la machine à vapeur, puis à explosion, n’est qu’un hasard du devenir. Mais c’est un évènement qui crée une trajectoire technologique, celle du feu mis à la planète. L’éventualité d’affrontements cataclysmiques justifie largement la recherche, même utopique, d’une localisation des sources d’énergie et l’abandon, dans la mesure du possible, de la puissance motrice du feu.

 

Après la chute de Rome, au Ve siècle après Jésus-Christ, les paysans du nord de la France firent naître des petites communautés à la place des villas des nobles gallo-romains. Ils connurent un changement de mode de vie, sans doute pas désagréable. Ce n’était pas un retour en arrière mais simplement un aller ailleurs, et cela dura jusqu’aux Carolingiens et l’invention du vassal et du suzerain. Aujourd’hui un autre monde auparavant impossible se crée ; la décroissance est un des ces impossibles nécessaires. »

 Son livre « Le Choix du feu » est à lire de toute urgence. 

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loi nucléocrate

Les générations futures n’auront jamais profité des bienfaits de l’électricité nucléaire produite aujourd’hui alors qu’on leur confie la gestion d’un confinement pendant des centaines et des centaines d’années, temps nécessaire pour éviter que l’inévitable retour vers la Biosphère des déchets radioactifs ait le moindre impact sanitaire et environnemental. L’espèce humaine vit au jour le jour, et la génération actuelle sera considérée dans l’avenir comme la plus méchante à l’égard de ses propres enfants.

 

En 2020, le volume de déchets nucléaires en France devrait atteindre 2 millions de mètres cubes, soit près du double qu’en 2007. Certes la production de ces déchets radioactifs ne représente en France que 1 kilogramme par habitant et par an, contre 100  kilos pour les déchets chimiques toxiques (arsenic, mercure…) dont la dangerosité ne baisse pas avec le temps. Certes presque 100 % de la radioactivité concentrée est contenue dans seulement 5 % de ce volume global. Mais les émissions de radioactivité dureront des millénaires. Alors la loi du 28 juin 2006 « relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs » considère que le stockage réversible en couche géologique profonde est la panacée, les autres solutions reposant sur des prouesses technologiques incertaines. Mais les études devront encore se poursuivre pour caractériser les capacités de confinement de la roche (à 500 mètres sous terre dans la région de Bure). L’autorisation de création interviendrait en 2015 pour une mise en service en 2025. Dire que la loi Bataille de 1990 prévoyait qu’en 2006 tout serait résolu par la loi !!! 

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basculement idéologique

Chroniqueur bousculé, bascule en vue.

J’aime quand un journaliste commence à réfléchir. Ainsi Eric Le Boucher, plus enclin habituellement à chanter les louanges de la croissance économique et du progrès technique plutôt qu’à s’interroger sur l’avenir de la planète nous livre enfin une chronique sidérante (Drôle de moment de bascule, Lemonde 16-17 décembre 2007).

 En effet, il avoue en dernière phrase que « Les économistes sont paumés ». Il constate que trois économistes auront au moins quatre avis, contradictoires si possible. Il reconnaît surtout que « La planète se reconfigure en profondeur sans que personne ne sache ce qui se dessine vraiment. » Eric nous explique que cette grande bascule porte sur le libéralisme, mais il se contente encore de voir vaciller trois piliers de l’économie dominante, la mondialisation, l’Etat en recul et le développement de la finance.

Eric ne voit pas encore que cette idéologie qui nous dit que l’intérêt personnel devrait entraîner le  bonheur collectif n’est qu’une religion de la poudre aux yeux. La croissance libérale a occulté les coûts externes, propagé les inégalités et transformé la planète en poubelle. Cette croissance n’est pas durable, ni d’ailleurs aucune croissance dans un monde fini…

plaisanterie nucléaire

La sinistre plaisanterie nucléaire commence en 1957.

 

Le journal Le Monde du 3 juillet 1957 rapportait le discours de Louis Armand (1905-1971), ingénieur des mines et l’un des trois « sages » de l’Euratom : « Un kilo d’uranium vaut effectivement, sur le plan énergétique, autant que 2500 tonnes de charbon ; il y a plus d’énergie dans l’uranium et le thorium d’une tonne de granit que dans une tonne de charbon, et il sera un jour possible de tirer plus de calories d’un litre d’eau de mer que d’un litre de pétrole. » Il en déduisait qu’il n’était plus nécessaire de ménager les réserves de charbon et de pétrole vu les perspectivismes de l’énergie nucléaire. Pour lui, il suffisait de posséder beaucoup de techniciens et de capitaux pour tirer parti de ce potentiel énergétique.

 

Ce genre de discours est à l’heure actuelle généralisée : « Pourquoi économiser l’énergie puisque nous allons trouver une source d’énergie illimitée ? » Il est vrai que les réserves d’uranium dans l’eau de mer se chiffrent en milliards de tonnes, mais tellement diluées ! Les quantités d’eau à traiter seraient impraticlables : quelque 100 000 m3 par seconde pour alimenter les réacteurs d’un pays comme la France (alternatives n°14, la revue d’Areva). Par ailleurs, la demande « extraire de l’uranium du granit » n’entraîne aucune réponse sur Google. Mais il est vrai qu’un individu de 70 kg émet autant de radioactivité que 8 kg de granit, donc nos réserves seraient durables, il suffirait de sonder les corps humains.

 Trêve de plaisanteries technologiques, il faudra bien un jour se contenter des ressources renouvelables. Le débat techno-politique ne devrait plus porter sur l’investissement qui va reculer l’échéance de quelques années, mais sur notre manière de penser et de vivre qui pèse beaucoup trop sur la Biosphère et pénalise le sort des générations futures. 

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coupons des têtes

En résumant Lemonde2 du 15 décembre 2007 : « Ils sont 94 970 ces ultra-riches dont la fortune est supérieure à 30 millions de dollars. Ils ne savent pas comment dépenser leur argent. » Ils ne savent pas comment dépenser leur argent ? Qu’on leur coupe la tête, ils verront si la richesse permet de faire repousser les cheveux ! Parce que dépenser  plus de 15 000 euros pour une paire de chaussures Roger Vivier, c’est obscène. Parce qu’acheter une minaudière de Vuitton pour 230 000 euros, cette boite  en or 18 carats qui ne contient que du maquillage, c’est obscène. Parce que commander un yacht de 50 mètres à 20 millions d’euros, c’est obscène. Parce que cette classe hyper-nomade qui passe un jour à Londres et arrive le lendemain à Tahiti est obscène. Que les fournisseurs attitrés des stars et des grands-ducs, Cartier, Clicquot ou Baccarat, se reconvertissent auprès des ultra-riches, cela restera toujours aussi obscène.

Il faut d’ores et déjà condamner le Comité Colbert qui se charge du rayonnement du luxe français à l’étranger. La Terre n’est plus assez vaste pour cette nouvelle  hyper-classe. Le jour où ça va péter, le jour où une crise plus aiguë qu’une autre va faire descendre dans la rue des millions de salariés écœurés, exaspérés, aigris, désespérés, les hedge funder finiront avec les têtes au bout d’une pique. Mais les problèmes de la Biosphère n’en seront pas réglés pour autant.

 Car c’est l’ensemble de la classe globale, tous ces ménages qui ont la possiblité financière de se payer une automobile personnelle, qui est déjà trop riche pour les capacités de la planète… Merci Hervé Kempf d’avoir écrit un livre sur la question : « Comment les riches détruisent la planète ».