sports et loisirs

Pékin out, OUF !

Lunettes théoriques : que penser des JO ?

J’ai survolé les différents suppléments Pékin2008 joint chaque jour au quotidien par LeMonde. A part le fait que le doute plane toujours sur le dopage et que la Chine est mal partie, avec ou sans les Jeux, rien à signaler. Mais je suis tombé en arrêt sur cette déclaration de Boris Johnson, maire de Londres, ville hôte des jeux olympiques  de 2012 : « Les Jeux de Londres ne seront pas les jeux de l’austérité. »

 

On ne être peut plus clair, les JO sont d’abord et surtout une histoire de fric. Les JO favorisent le sentiment d’appartenance à une communauté particulière et ce sentiment est dorénavant valorisé pour des considérations financières. Les jeux olympiques ont été privés de ressources financières jusqu’en 1972 parce que le Président du CIO de l’époque était un farouche défenseur de l’amateurisme et pensait que les jeux pouvaient se passer de la télévision. Maintenant, le CIO est devenu richissime grâce à la vente des droits de retransmission et au sponsoring d’épreuves désormais ouvertement professionnelles. Sous le prétexte du sport comme expression des peuples, les jeux Olympiques sont aujourd’hui le cache-sexe du système marchand : sur le stade comme ailleurs, la lutte entre Etats se transforme en lutte entre firmes. La compétition devient alors moins importante que le regard que les téléspectateurs portent sur elle : l’Audimat prime de plus en plus sur les chronomètres. Les jeux de stade sont devenus une vitrine planétaire où les fabricants valorisent leur image et les Jeux semblent condamnés à ne plus être qu’un long show fluo entre les cérémonies d’ouverture et de clôture. Notre Biosphère a besoin d’austérité, les JO nous grisent de paillettes.

 Comment est-il possible que nous accordions tant d’importance à des épiphénomènes tels que celui de savoir qui est l’homme le plus rapide de la planète sur 100 mètres, quelle est la femme qui nage le plus vite la brasse papillon ou quel est le pays qui aura le plus grand nombre de médailles ? Par contre, nous ne savons pas, et nul ne s’en soucie, quel est l’homme le plus courageux pour lutter contre l’iniquité et quelle est la femme la plus acharnée à dénoncer la pollution. Pourquoi ? Parce que le sport-spectacle a été un des moyens d’anesthésier le peuple en occultant la hiérarchie des vraies valeurs. Peu importe dorénavant de célébrer les JO dans une des villes les plus polluées au monde, cela n’a plus d’importance.

le sens des limites

Les jeux Olympiques ne sont pas intéressants pour les images que nous pouvons subir, mais pour les analyses qui en résultent. Ainsi LeMonde du 9.08.2008 nous apporte de précieuses informations sur les records du monde, de plus en plus rares, de plus en plus dépendants des innovations technologiques.

 

Selon l’Irmes, l’homme utilisait 65 % de ses capacités physiques en 1896 (début des JO), contre 99 % actuellement et 99,95 % en 2025 si on prolonge les tendances. En fait la devise olympique « citius, altius, fortius » (plus vite, plus haut, plus fort) ne fait que correspondre à l’expansion de la révolution industrielle et du goût de la bourgeoisie pour la concurrence et le record : vive le règne des plus forts ! La natation détient encore parait-il le plus de potentiel, mais principalement grâce aux nouvelles combinaisons qui s’améliorent d’années en années jusqu’à ce que la peau des nageurs s’apparente à la peau des dauphins. Si on nageait tout nus, ce biais n’existerait pas et nous atteindrions plus rapidement nos limites physiologiques. Nos performances ne sont pas séparées de nos paramètres vitaux, l’alimentation,  l’hygiène, l’instruction, les possibilités d’entraînement. A l’heure des perturbations écologiques, nous aurons une autre conception du sport, plus proche de nous. Alors que les sportifs de haut niveau s’entraînent dorénavant presque trois heurs par jour contre presque rien  en 1896. les Français pratiquent l’activité physique presque sept heures par jour au moment des jeux d’Athènes, et ne font presque plus rien aujourd’hui. La fin du cycle est proche.

 Yves Cochet estime déjà que les prochains jeux olympiques de Londres n’aurons pas lieu à cause de la pétroapocalypse en marche. LeMonde n’est pas loin d’épouser un tel point de vue : « A l’avenir la facture énergétique pourrait être l’un des freins les plus puissants du développement sportif. De nombreuses fédérations dans le monde prévoient une réduction drastique de leurs déplacements et des compétitions si le prix de l’essence se maintient à son prix actuel. » Bientôt nous serons débarrassés des Jeux Olympiques et nous pourrons recommencer à marcher au lieu de s’avachir devant le poste de télé. Retrouvons le sens de limites…

les JO ? Plutôt courir pieds nus !

Ce 8.08.2008, inauguration des JO, rien à signaler sauf cette avalanche de 8. Je sais en effet que c’est une perte de temps que de s’intéresser de près ou de loin à cet événement. Je préfère aller faire des tours à pied ou en vélo plutôt que de prêter attention à cette farce médiatico-financière. Pourtant LeMonde du 8.08.2008 consacre un cahier spécial « Pékin2008 » pour cette entreprise de décervelage dont nous ne serons débarrassés que le 24 août. Pourquoi décervelage ? Parce que les JO nous assènent à la fois un panégyrique de l’ethnocentrisme et une ode au commerce.

Tout système du sport-spectacle exige l’identification : toute équipe sportive qui représente un village, une ville ou un pays reproduit un combat politique où il y a un vainqueur et un vaincu, un bon et un mauvais. Le sport-spectacle confirme la vision traditionnelle de l’altérité, il y a eux, il y a nous, et c’est mon groupe d’appartenance qui de toute façon est préférable. Les jeux Olympique participent de la même dynamique, ils sont donc le cache-sexe du politique. Les premiers jeux olympiques ont eu lieu en 1896 à Athènes. C’est ainsi que commencèrent deux semaines d’un délire nationaliste où 180 grecs vont rivaliser avec 131 concurrents venus de 12 nations des 5 continents : le public réserve toute sa ferveur à ses champions nationaux sans le moindre égard pour ceux des autres pays. La présence toujours plus forte des JO dans les représentations collectives induit sa récupération croissante : les JO de 1936 à Berlin par le nazisme, mais aussi les pays de l’Est qui utilisent la compétition sportive pour essayer de démontrer la supériorité de leur système social grâce à leur succès sur les stades. Les pays occidentaux répondent à ce challenge, le sport devient un instrument politique de domination. Sans doute le sport a-t-il une mission unificatrice puisqu’il remplace l’usage des armes par une confrontation pacifique permettant le concert des nations, sans doute il ritualise la violence et protège les groupes humains contre des combats plus meurtriers. Mais chaque télévision nationale choisira encore aujourd’hui de diffuser en priorité les épreuves dans lesquelles ses ressortissants ont des chances de médaille ; tout se passe comme si chacune des nations assistait à des jeux différents, il y a là comme une trahison de l’esprit même de la compétition qui suppose le respect de l’adversaire et l’attention portée aux efforts de l’autre.

Les JO favorisent le sentiment d’appartenance à une communauté particulière et ce sentiment est dorénavant valorisé pour des considérations financières. Les jeux olympiques ont été privés de ressources financières jusqu’en 1972 parce que le Président du CIO de l’époque était un farouche défenseur de l’amateurisme et pensait que les jeux pouvaient se passer de la télévision. Maintenant, le CIO est devenu richissime grâce à la vente des droits de retransmission et au sponsoring d’épreuves désormais ouvertement professionnelles. Sous le prétexte du sport comme expression des peuples, les jeux Olympiques sont aujourd’hui le cache-sexe du système marchand : sur le stade comme ailleurs, la lutte entre Etats se transforme en lutte entre firmes. La compétition devient alors moins importante que le regard que les téléspectateurs portent sur elle : l’Audimat prime de plus en plus sur les chronomètres. Les jeux de stade sont devenus une vitrine planétaire où les fabricants valorisent leur image et les Jeux semblent condamnés à ne plus être qu’un long show fluo entre les cérémonies d’ouverture et de clôture.

 En 1996 aux JO d’Atlanta, les athlètes comoriens, dont la Fédération n’avait pas les moyens de leur offrir les dernières chaussures de sprint qui équipaient leurs adversaires, ont couru pieds nus pour protester contre la « course à l’armement ». La course à pied peut-être, mais pieds nus et entre amis puisque le sport n’est ni une performance nationaliste, ni le spectacle de sa marchandisation.

le temps d’aller lentement

  Dans la page Environnement & Sciences, LeMonde du 30.07.2008 nous présente le WhiteKnightTwo à deux fuselages qui est censé amener la future navette spatiale de Richard Branson pour touristes fortunés : 200 000 dollars pour un quart d’heure en apesanteur à 120 km au-dessus de la Terre. Il paraît que 200 personnes se sont déjà inscrites pour un vol suborbital. Je peux ajouter que même l’astrophysicien Stephen Hawking, 65 ans et cloué dans un fauteuil roulant,  était candidat. Pour la NASA cependant, l’espace n’est pas fait pour les touristes. Pour la Biosphère, qui conteste déjà le tourisme en véhicule personnel et à plus forte raison en avion (effet de serre oblige), l’utilisation de la fusée paraît démesuré, même et surtout s’il ne s’agit que de quelques « privilégiés » 

 Le problème essentiel, c’est qu’une telle information, simple publicité pour le milliardaire Branson, se retrouve dans la page Environnement & Sciences de mon quotidien préféré. C’est mal. Et c’est un signe de l’ambiguïté de notre époque, bercée par les miracles d’une technoscience qui fait rêver certaines personnes et qui assidûment détériore notre environnement. Il faut prendre le temps d’aller lentement, 120 km à pied sur des chemins de randonnée devrait apporter infiniment plus de plaisir qu’un saut spatial quasi instantané.

lunette théoriques

Sur le tourisme : ce sont les Anglais, à la pointe de la révolution industrielle au XIXe siècle, qui ont forgé le mot touriste à partir du mot français « tour ». A l’origine, le touriste désignait en effet les jeunes gens fortunés qui effectuaient le grand tour de France, et souvent par la suite des déplacements en Suisse, en Italie, en Grèce. Le voyage de formation, la lecture aristocratique du grand livre du monde, s’inscrivait alors dans une vie d’oisiveté. Maintenant l’invention des congés payés, l’élévation du niveau de vie, le développement de l’automobile et de l’avion ont généralisé le tourisme pour une frange toujours plus large de la population mondiale qu’on peut appeler la classe globale. Le tourisme, première industrie mondiale de service, source d’emplois, de dépaysement et de plaisirs, connaît une expansion prodigieuse : en 2020 on prévoit un milliard et demi de touristes, soit 7 % de la population mondiale qui se déplace. Ces voyages ne relèvent pourtant ni du désir individuel, ni de la nécessité, on s’en va parce que tout le monde part, on obéit à l’injonction de l’industrie du tourisme.

Ce tourisme de masse n’est pas durable, pour l’accueillir on bétonne, on dénature, on paupérise, c’est le grand saccage des communautés autochtones qu’on transforme en folklores. En fin d’excursion lointaine, le touriste se hâte de rentrer chez lui, toujours étranger à ses lieux de séjour successifs et aux populations rencontrées : il se contente de remplir un album de souvenirs personnels après avoir parasité une vie sociale ou un lieu de rêve. Vous devez être des voyageurs immobiles, il y a suffisamment de moyens de communication pour faire le tour du monde dans son fauteuil, il y a suffisamment de richesses relationnelles et naturelles près de chez vous pour vous en contenter.

 Touristes de tous les pays, unissez-vous,

restez chez vous.

non au tourisme

LeMonde du 26.07.2008 nous présente une vision apocalyptique du tourisme, mais malheureusement le quotidien n’envisage pas la seule solution qui vaille. Sur le littoral méditerranéen, la population passe actuellement de 150 millions de personnes à 400 millions au mois de juillet et août. Une première conséquence, 42 % du littoral sont bétonnés. Les embouteillages prolifèrent, les ressources halieutiques dégénèrent, l’eau douce vient à manquer. Il faut dire que la population locale consomme environ 150 litres d’eau, chaque touriste le double en moyenne, jusqu’à 880 litres par jour pour le tourisme de luxe. Les perspectives sont délirantes, la fréquentation touristique pourrait atteindre 637 millions de personnes en 2025. Autant dire que cela n’arrivera jamais.

 

Il ne suffit pas de sensibiliser les touristes au respect de l’environnement. Si on avait vraiment une pratique écolo, on commencerait par fermer les golfs, gros consommateurs d’eau pour verdir l’herbe. On rationnerait l’eau pour les touristes au niveau inférieur à la population locale, les déplacements seraient limités, des taxes instituées. Bien sûr une telle politique volontariste, impliquant des pays différents et une gente politique aveugle, n’adviendra pas. Mais la hausse des prix va faire sont travail de rationnement habituel : hausse du prix des séjours étant donné l’afflux de la demande, hausse du prix du carburant à cause du pic pétrolier, baisse des revenus à cause des crises qui ont déjà commencées. La lutte contre le réchauffement climatique introduira prochainement d’autres limitations comme la carte carbone individuelle. Les mentalités vont évoluer jusqu’à faire du tourisme lointain un péché.

 LeMonde estime que l’afflux des revenus du tourisme est « indispensable pour les pays concernés ». Mais la relocalisation des activités sera le prochain mot d’ordre qui condamnera les migrations touristiques. La santé de la Biosphère dépend d’une telle évolution, on ne peut pas faire autrement.

neutralité du sport ?

Un quotidien national nous donne tellement d’informations que nous pouvons souvent juger en toute connaissance de cause. Encore faut-il rapprocher les éléments déterminants d’un article pour en tirer la substantifique moelle. Voyons comment on peut juger d’un certain Hein Verbruggen qui a une « certaine idée » du sport (LeMonde du 9.07.2008) :

 

Ancien président de l’Union cycliste internationale, membre influent du CIO, le Néerlandais a une énorme qualité dans le monde d’aujourd’hui. Il sait gérer une entreprise puisqu’il sait faire du fric. Ce n’est pas un sportif, ce n’est pas un membre de la caste dominante, mais c’est l’étudiant boursier d’une prestigieuse école de commerce qui le propulse au sein de la multinationale Mars. Il fait goûter à son entreprise les joies du sponsoring, et sa carrière démarre dans les instances du sport de haut niveau. Mais il y a un prix à payer ! En effet on ne peut prendre le pouvoir à l’UCI ou au CIO que si on nie que le politique est partout puisque tout est pouvoir. Hein Verbruggen défend la thèse de la  neutralité du sport, les athlètes n’ont pas à exprimer leurs opinions et les dissidents n’ont que se plier à la loi de leur pays (la Chine). En fait, président du comité d’évaluation des jeux de 2008, Hein Verbruggen sait bien que des jeux à Pékin ont tout le soutien de Coca Cola et autres sponsors, on décide « sur des bases techniques et non sur des questions politiques », on donne le pouvoir à Pékin parce que la Chine est un marché juteux pour les multinationales.

 Hein Verbruggen s’occupe du fric, les jeux olympiques  sont devenus une histoire de fric, le fric étouffe le sens du politique. Ce n’est pas seulement à cause de l’oppression au Tibet qu’il faut boycotter les jeux, c’est parce qu’ils sont devenus une affaire d’argent. Boycottons les Jeux olympiques de Pékin, ne regardons aucune émission de télé qui nous parle des Jeux olympiques et du coca cola, redonnons au sport ce qu’il n’aurait jamais du abandonner, son statut de jeu qui rassemble des amateurs pour le seul plaisir du jeu : basta le fric, viva la révolution.

l’art, de la merde

LeMonde est bien obligé de pondre un supplément « argent! », même les médias ont besoin d’argent. Aujourd’hui 7.07.2008, cela commence fort, par une citation de Céline : « Il n’y a qu’une liberté, rien qu’une : c’est de voir clair d’abord, et puis ensuite d’avoir du pognon plein les poches, le reste c’est du mou ! » Moi je croyais naïvement que d’avoir du pognon plein les poches, cela empêchait de voir et permettait d’acheter n’importe quoi, n’importe comment. Suis-je bête !

             Le supplément se  termine sur « l’Argent, un sujet en or pour les créateurs ». On ose « De tout temps, l’idée d’argent s’est insinuée dans l’iconographie occidentale » alors que cette civilisation a un début pas si lointain et une fin prochaine. L’art occidental est d’ailleurs tellement dénaturé qu’une Merde d’artiste, boîte remplie de ses excréments pas Manzoni en 1961, s’est vendu en 2007 pour la modique somme de 110 400 euros ; l’art en conserve fructifie inutilement. En fait l’art a été très vite relié à une religion, puis au soutien d’un ordre politique, et maintenant c’est l’art marchand dont le contenu devient l’absence de contenu, autrement dit la licence de faire n’importe quoi pourvu que ça se vende. L’idée de communication sociale s’est fourvoyée dans une liberté dévoyée. Il n’y a ni passé  ni avenir dans le domaine d’un art qui oublie la simplicité première puisqu’il n’existe aucun critère objectif de la vulgarité ou de la distinction, aucun sens à donner à une évolution de l’art vers la sophistication. L’art véritable n’appartient ni à une élite qui peut payer, ni à des individus qui se proclament artistes, ni à des musées, l’art n’existe que parce que les humains le pratiquent en personne pour le plaisir, avec des techniques les plus simples possibles : l’art vocal est un art, le marché de l’art c’est de la merde.

bateau, coulé

        L’industrie nautique française subit les effets de la crise économique, le marché est en chute de 20 à 30 % (LeMonde du 30.06.2008). Tant mieux ! Enfin on s’aperçoit que le bateau n’est pas un produit de première nécessité. Zodiac Marine ferme trois de ses sept sites de production en Europe, les amateurs de balades dans les  criques se montrent de plus en plus regardant sur les prix, et le coût de l’essence continue de grimper. Tout va mal, tant mieux !

 

Du point de vue de l’éthique de l’environnement, le choix de nos loisirs n’est pas neutre. Bien que nous considérions le choix entre le bateau à moteur et la planche à voile, comme une pure question de goût, la différence est essentielle : le bateau à moteur suppose la consommation de carburants fossiles et l’émission de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ; la planche à voile, non. Quand nous aurons pris au sérieux la nécessité de protéger notre environnement, les bateaux ne seront pas une forme de divertissement plus acceptable d’un point de vue éthique que ne le sont aujourd’hui les combats d’esclaves. La planche à voile est peut-être préférable au bateau à moteur, mais si nous achetons sans cesse de nouvelles planches à voile au gré des changements de mode du design (ou si nous allons à l’océan en voiture), la différence devient négligeable.

 

Nous devons réviser notre conception du luxe. Une petite virée à la campagne est une dépense inutile de carburants qui contribuent à l’effet de serre. Durant la Seconde guerre mondiale, quand le pétrole était rare, on lisait sur des affiches : « Votre voyage est-il réellement nécessaire ? » Le danger du CO2 sur notre environnement est certes moins visible, mais la nécessité de supprimer les bateaux de plaisance et autres formes de consommation superflue est tout aussi grande. L’apologie d’un mode de vie plus simple ne signifie pas que l’éthique de l’environnement réprouve tous les plaisirs, mais ceux qu’elle valorise ne doivent pas provenir d’une forme de consommation spectaculaire. Ils tiennent au contraire aux relations personnelles et sexuelles épanouies, à l’affection des enfants et des amis, à la conversation et aux divertissements pratiqués en harmonie avec l’environnement, et non à son détriment ; et à la jouissance des espaces sauvegardés de la biosphère où nous vivons. Aucune morale nouvelle ne s’est développé pour répondre à la menace pour notre survie de la prolifération des êtres humains, ajoutée aux sous-produits de la croissance économique.

 Une éthique de l’environnement placerait la vertu dans le fait de sauver et recycler les ressources naturelles, et le vice dans leur dilapidation extravagante et gratuite.

foot, opium du peuple

Le sport n’est qu’une invention du XIXe siècle, puis le XXe siècle a transformé l’activité de loisirs des nouvelles classes bourgeoises en sport-spectacle. Au début le sport n’était pratiqué que par des amateurs encadrés par des bénévoles. Mais on commence à parier sur les matches de boxe et à organiser des billetteries pour les matches de football. Ce n’est qu’en 1932 que les clubs professionnels de foot obtiennent en France de leur fédération l’autorisation d’organiser un championnat national. Le journal l’Equipe lance en 1954 l’idée d’un championnat d’Europe. Tout s’emballe dans les années 1980 avec la libéralisation du paysage audiovisuel. Les humains croient qu’ils sont libres alors qu’ils sont programmés par l’industrie du spectacle à oublier qu’ils ont un cerveau. La société du spectacle n’est rien d’autre que l’ensemble des compensations mensongères offertes à ceux qui ne sont plus rien.

 

Pour les médias, il n’existe pratiquement qu’un seul sport, le football (accessoirement le tennis). Après Roland Garros, l’Euro 2008 occupe les esprits au mois de juin. Pourtant le foot-spectacle n’est qu’une activité dont l’objectif est la sidération des masses, l’encadrement d’un troupeau dont chacun fait partie et auquel tous sont assujettis. Le spectacle de foot n’est pas une innocente passion populaire, une épopée fraternelle et glorieuse. Ce n’est qu’un business de plus, mais dans des stades où la violence et la haine sont exacerbées. C’est l’infantilisation d’une foule qu’on a rendu hystérique, qu’elle se rassemble d’ailleurs dans les stades ou qu’elle reste avachie devant sa télé. Le foot est devenu le plus puissant des opiums du peuple, la collectivisation de toutes les illusions individuelles. L’utilisation politique de l’hystérie collective est historiquement habituelle ! C’est ainsi qu’on peut résumer le livre de JM Brohms et M.Perelman, Le football, une peste émotionnelle, sous-titré la barbarie des stades.

 

Ces analystes constataient que lors du Mondial 1998, toutes les forces politiques et tous les intellectuels s’étaient rués sur le devant de la scène pour célébrer sans la moindre retenue l’ivresse, la transe, l’euphorie, la liesse de l’événement… alors que le foot n’est qu’une politique d’encadrement des foules, un moyen de contrôle social, l’application de la formule de la Rome antique  » panem et circenses  » (du pain et des jeux). « La tribalisation du stade se transforme en une communion nationale et procure une jouissance où l’amour nombriliste se fond dans l’amour communautaire ». Cette expression d’un philosophe montre que tout peut être prétexte au communautarisme, qu’il soit mondial, national ou local, alors que la seule communion qui importe est de partager tous ensemble les richesses avec la Biosphère.

 Comment redonner le goût de la Nature à des individus qui vont préférer rester leurs samedis et dimanches après-midi devant leur écran télé plutôt que de s’activer physiquement à l’extérieur de leurs linceuls ? En montrant l’exemple. Mieux vaut se ressourcer avec d’autres dans le silence de la Nature plutôt que dans les signaux détonants et assourdissants d’une civilisation condamnée.

l’euro 2008, on s’en fout

            L’euro 2008, je m’en fous. Le sport à la télé, c’est pas du sport, je regarde jamais un match de foot, de rugby, d’escrime… C’est du temps perdu, du temps gaspillé, du temps volé à la nécessité. La page de mon quotidien sur l’Euro 2008, je m’en fous. L’équipe de France s’est inclinée 4 buts à 1 face aux Pays-Bas (LeMonde du 16.06.2008), la belle affaire. J’ai lu pour en avoir le cœur net l’article de l’envoyé spécial et le commentaire de Dider Deschamps : rien à en tirer, pourquoi commenter un match perdu, pourquoi même se glorifier d’un match gagné, le foot professionnel je m’en fous. Je n’ai pas plus d’affinité pour la France que pour les Pays-Bas, deux pays européens qui feraient mieux d’instaurer une culture commune que présenter des équipes nationales pour jouer à la baballe.

 Le référendum européen en Irlande était important, le match a été perdu, 1 pour l’Irlandais de base, 0 pour l’Union européenne,  zéro partout pour les citoyens européens. Comme dit mon quotidien favori, « L’Europe peine à susciter l’engagement des citoyens » et même si les Irlandais ont une image plutôt positive de l’Union, ils ne veulent pas s’engager en sa faveur. Eurocynisme et ethnocentrisme sont les deux mamelles du monde actuel. L’humanité est ainsi faite que la socialisation des individus passe par le culte de soi, le culte de son équipe de foot, le  culte de son petit pays, le culte de l’humanité. Comment voulez-vous préserver la Biosphère avec une telle équipe de demeurés ?

un CIO totalitaire

            LeMonde du 31.05.2008 nous révèle que le CIO encadre les blogs des athlètes et des personnes accréditées.  Le président du comité olympique français va même jusqu’à déclarer : « Nous sommes là uniquement pour le sport, qui peut ouvrir un espace de liberté ». N’importe quoi ! Le CIO et ses valets ne cultivent pas le rêve, mais le fric. D’ailleurs cet article rappelle que l’objectif du CIO consiste (d’abord) à préserver ses intérêts commerciaux : le CIO est donc  très attentif à la liberté d’expression de ses sponsors ou détenteurs de droits audiovisuels. Faut pas que la Chine se fâche, elle serait même capable de ne plus envoyer ses touristes en France… Faisons quelques rappels :

Les 115 membres du CIO (comité international olympique) sont cooptés intuitu personnae, c’est-à-dire qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes. Cent pays n’y sont pas représentés, et même si le choix d’une ville pour les JO est à bulletin secret, chacun sait qu’il ne s’agit pas seulement de promouvoir le bien de l’olympisme. Pour la détermination de la ville olympique en 2012, c’est Londres qui a été choisi au détriment de Paris. Si le lobbying ne repose plus sur des valises de billets, ce sont des commissions sur contrats ou des subventions pour des projets qui sont discutés entre quatre yeux. Dans son livre  » Paris 2012, pari gâché « , A. de Redinger, reconnaît que, depuis vingt ans qu’il navigue dans ce milieu, il ne connaît aucune ville qui n’ait emporté les suffrages sans avoir acheté de voix. De toute façon, pour avoir le droit d’accueillir les JO auprès de cet aréopage, il faut faire preuve d’une totale soumission à des règles qui changent au grè des circonstances.

            Le CIO s’était employé pendant de longs mois à ce que l’Italie adoucisse sa loi contre le dopage avant les Jeux Olympiques d’hiver à Turin en février 2006. Le CIO jugeait en effet trop sévère des sanctions pénales à l’encontre des athlètes convaincus de dopage. L’expérience montre d’ailleurs que les pays candidats aux JO doivent être prêts à tordre leurs propres lois ! Ainsi la ville de Paris dans son dossier de candidature malheureux pour 2012 précisait :  » La France s’engage à prendre toute disposition législative ou réglementaire qui s’avérera nécessaire au bon déroulement des Jeux Olympiques.  » Ainsi l’heureux (puisque Londres a hérité du bébé) gouvernement de Tony Blair s’était également engagé à introduire une législation destinée à renforcer la protection des marques olympiques et paralympiques. Il faut dire que déjà, à Athènes, la lutte contre le  » marketing sauvage  » s’était traduite par l’interdiction faite au public de pénétrer dans les enceintes olympiques en arborant d’autres marques que celles des sponsors officiels ou avec une boisson gazeuse autre que Coco-Cola !

             Il n’y a qu’une solution à toutes ces dérives, supprimer le sport-spectacle, et donc aussi les Jeux Olympiques…

esprit olympique

            Il y a des athlètes français qui pensent que l’esprit olympique, c’est œuvrer « pour un monde meilleur » (LeMonde du 7.04.2008). Pourquoi pas, bien qu’on se demande comment la tentative de courir plus vite que son ombre peut changer quoi que ce soit à la méchanceté humaine. Examinons plutôt l’article 51-3 de la charte olympique, qui dispose qu’ « aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuses ou raciale n’est autorisée dans un lieu, un site ou autre emplacement olympique ». Pourquoi pas ! Mais le problème de cette expression, c’est son silence assourdissant sur la propagande économique.

            Le monde actuel ne vit plus selon les règles du fair play. Le CIO n’est plus qu’un regroupement de personnes qui mettent les JO aux enchères en pensant à la visibilité médiatique à la mode et aux retombées financières parallèles. Alors que les jeux olympiques ont été privés de ressources financières jusqu’en 1972 parce que le Président du CIO de l’époque était un farouche défenseur de l’amateurisme, le CIO d’aujourd’hui est devenu richissime grâce à la vente des droits de retransmission et au sponsoring d’épreuves désormais ouvertement professionnelles. Sous le prétexte du sport comme expression des peuples, les Jeux Olympiques sont aujourd’hui le cache-sexe du système marchand : sur le stade comme ailleurs, la lutte entre Etats se transforme en lutte entre firmes.  Déjà à Athènes, la lutte contre le « marketing sauvage » s’était traduite par l’interdiction faite au public de pénétrer dans les enceintes olympiques en arborant d’autres marques que celles des sponsors officiels ou avec une boisson gazeuse autre que Coco-Cola !

 Les humains ne font que les lois qui les arrangent, surtout quand il s’agit d’intérêts financiers ; « l’esprit olympique » n’est qu’un prétexte.

le papa de la F1 est mort

La rubrique nécrologique ne rebute pas la Biosphère, bien au contraire : tout corps en décomposition ne fait que participer au nécessaire recyclage de la matière vivante. D’un point de vue humaniste cependant, tous les décès ne sont pas équivalents puisque le journal LeMonde (2.04.2008) fait toujours un choix entre le signifiant et l’insignifiant. Examinons de plus près le cas de Jean-Marie  Balestre, président de la Fédération internationale automobile de 1985 à 1993 et principal acteur de l’essor de la Formule 1.

Nous savons tous que l’essor de la F1 ne fait que témoigner de l’accélération vers la crise ultime dans laquelle est entrée notre civilisation du tout-automobile. Mais Balestre était certainement de bonne foi, l’automobile a porté toute sa vie, il en faisait d’ailleurs son gagne-pain. Né en 1921, il débutait déjà en 1937 dans l’Auto, l’ancêtre de l’Equipe. Il fondait en 1950 l’Auto-Journal avec un prédateur bien connu, Robert Hersant. Pour assurer le succès des produits sur quatre roues, il prend en 1973 la tête de la Fédération internationale des sports automobiles, puis continue avec la Fédération internationale jusqu’à diriger trois fédérations en même temps. Aucun obstacle ne l’a découragé. Au moment du premier choc pétrolier, il a mobilisé son énergie et ses réseaux d’influence pour que les pouvoirs publics acceptent la reprise des compétitions, arrêtées pour montrer le bon exemple de l’économie d’énergie. Après le vote de la loi Evin en 1991, il a même obtenu de la part de l’Etat un fonds de compensation pour pallier la perte de recette de la publicité pour le tabac.

 Si une telle personnalité avait opté pour la ligne droite, c’est-à-dire la lutte contre le tout-automobile, il est certain que nous n’en aurions jamais entendu parlé. Notre société est mal faite, les rubriques nécrologiques ne célèbrent que les personnes insignifiantes…

spectacle humain

Qui, dans cette société du spectacle humain, va s’occuper de la santé de la Biosphère ?

« La domination spectaculaire a élevé toute une génération pliée à ses lois. Sur le plan de la pensée des populations contemporaines, la première cause de la décadence tient au fait que tout discours montré dans le spectacle ne laisse aucune place à la réponse alors que l’esprit de logique ne s’est socialement formé que dans le dialogue. En 1967, j’avais montré dans La société du spectacle ce que le spectacle moderne était essentiellement le règne autocratique de l’économie marchande. On préfère souvent l’appeler, plutôt que spectacle, le médiatique. Entre 1967 et 1988, le changement qui a le plus d’importance réside dans la continuité même du spectacle. La possession d’un « statut médiatique » a pris une importance infiniment plus grande que la valeur  de ce que l’on est capable de faire réellement. Ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes sur ce qui change effectivement. Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est cela qui dès lors existe. De plus ce qui est communiqué, ce sont des ordres ; et, fort harmonieusement, ceux qui les ont  donnés sont également ceux qui diront ce qu’ils en pensent. L’individu que cette pensée spectaculaire appauvrie a marqué en profondeur se place ainsi au service de l’ordre établi.

Mac Luhan parlait de « village planétaire », si instamment accessible à tous sans fatigue. Mais les villages ont toujours été dominés par le  conformisme, l’isolement, les ragots toujours répétés sur quelques mêmes familles. Et c’est bien ainsi que se présente désormais la vulgarité de la planète spectaculaire, où il n’est plus possible de distinguer la dynastie des Grimaldi-Monaco de celle qui avait remplacé les Stuart (…)

 La pollution des océans et la destruction des forêts équatoriales menacent le renouvellement de l’oxygène de la Terre. Le spectacle conclut seulement que c’est sans importance. Il ne veut discuter que sur les dates et les doses. Et il parvient à rassurer. On ne demande plus à la science de comprendre ou d’améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément  tout ce qui se fait. La médecine n’a plus le droit de défendre la population contre l’environnement pathogène car ce serait s’opposer à l’industrie pharmaceutique. »

Guy Debord (in Commentaires sur la société du spectacle, 1988, éditions Gérard Lebovici )

le culte du clinquant

Lire LeMonde  (22.02.2008) nous offre souvent des parallèles saisissants. Ainsi, page une, l’affirmation d’un votant pour les élections pakistanaises : « Nous voulons du pain, une maison et des vêtements. » Et puis ce cahier spécial, même jour, Planète mode femme :  un encart de vingt pages sur les vêtements que jamais les Pakistanaises ne porteront.

 

Cela a la couleur de la pub, le clinquant de la pub, mais on ne sais pas si c’est de la pub. La rédactrice en chef Anne-Line Roccati admet que ce genre de trench et bracelets reste réservé aux plus riches, même si LeMonde assure à ces femmes aguicheuses d’être visibles par tous. De toute façon, contrairement à ce que cette journaliste conclut, la mode des grandes maisons de couture ne répond pas à un besoin nouveau, elle ne fait que répondre aux folies des créateurs de rêves artificiels. Cela nous mène au désastre.

 

Comme l’écrivait un autre journaliste de notre quotidien de référence dans son livre, Comment les riches détruisent la planète : « Qui aujourd’hui, consomme le plus de produits matériels ? Les hyper riches ? Pas seulement. L’oligarchie ? Oui, cela commence à faire nombre mais ne suffit pas encore. Il y a aussi la classe moyenne mondiale, disons 500 millions de gens (il y a de fortes chances que vous en fassiez partie) qui réduiraient utilement leur consommation matérielle, leurs dépenses d’énergie, leurs déplacements automobiles et aériens. Mais nous limiterions notre gaspillage, nous chercherions à changer notre mode de vie, tandis que les gros, là-haut, continueraient à se goberger dans leurs 4×4 climatisés et leurs villas avec piscine ? Non. La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. »

 

LeMonde, en faisant tant de publicité pour la frime du luxe, aide à détruire la planète.

impuissance du roman

Les concepteurs du  Monde des livres (25 mai 2007) font de l’auto-congratulation : « Quelles que soient les directions successives, les équipes, les inclinations d’époque, le roman a joui d’une sorte de préséance On y évide une évidence, à savoir que le roman joue un rôle capital dans la conscience que nous avons du monde. »

Mais quelle conscience ? Le roman, support du rêve, instrument d’une fausse liberté ! Si vous aviez le temps de lire tous les romans parus dans l’année, vous êtes sûr de finir aussi ignorants des réalités que lorsque vous avez commencé. Ce n’est pas ainsi qu’on fait un homme ! Le prix Nobel de littérature devait récompenser normalement une « inspiration idéaliste », maintenant l’écrivain projette le lecteur dans un monde fictif qui n’a pour principal acteurs que des hommes centrés sur leur nombril. Sauf trop rares exceptions, c’est un point de vue anthropocentré qui s’exprime, nullement l’apprentissage des relations de l’homme et de la Nature, l’apprentissage de l’équilibre. Le « partage d’humanité » (selon l’expression du Monde des livres) permet au lecteur de se replier dans une petite bulle confortable où il ne prête nulle attention aux malheurs de la Biosphère.

 On connaît la puissance du langage, la force de persuasion des mots et la magie des phrases. Encore faut-il que cela puisse ouvrir véritablement les yeux au monde Ainsi, aucun enfant ne peut admirer un paysage avant que sa socialisation ne lui ait construit par des mots le sens de son environnement. Apprendre à ressentir les choses n’est pas  rattaché à l’écrit, encore moins au roman, les civilisations orales étaient bien plus durables car elles se contentaient de leur stabilité et non de la fugacité des romans. Seule une socialisation qui forgera l’amour de la Biosphère pourra nous permettre de construire un discours commun : toutes les inventions des romanciers, toutes les analyses des sociologues ou des économistes, tout cela ne remplacera jamais la contemplation d’un coucher de soleil en famille.

l’emprise des écrans

Travailler, consommer, se faire des amis, draguer, écouter de la musique, voir des films, lire, s’informer, voter, jouer, etc., tout cela sur un ordinateur. Désormais rares sont les activités humaines qui ne nécessitent pas la  présence d’un écran. Des individus connectés en permanence, surinformés, se croient omniscients et tout-puissants alors que leur impuissance politique et sociale n’a jamais été aussi grande. Ne pas posséder de télévision ne nous protège pas totalement de son emprise car une véritable culture s’est développée autour d’elle, avec sa presse, ses multiples objets dérivés,  ses codes langagiers et vestimentaires, ses références historiques, ses héros et ses mythes, sa manière d’appréhender le monde. Depuis une décennie, les écrans ont envahi les espaces publics, les supports se multiplient et nous subissons un véritable déferlement technologique : ordinateur, téléphone mobile, GPS, iPod, Palm Pilot, appareil photo numérique, caméscope, console de jeux, etc. Les moments de la journée que l’on ne passe pas devant un écran deviennent exceptionnels. Même les chômeurs doivent utiliser Internet.

 

Quand on regarde la télé ou un ordinateur, on constate une baisse de l’activité cérébrale. L’appareil nous met dans un état réceptif passif. La source lumineuse attire en effet l’œil et déclenche une adhésion immédiate, alors que la lecture nécessite une démarche, voire un effort,  relevant de la volonté. Comme le montrent les expériences, regarder un écran met en sommeil l’intellect, ramollit physiquement et – contrairement à ce que l’on pense communément -, ne repose pas du tout.  De plus l’échange direct, de visu, et la véritable rencontre se raréfient. Nous vivons de moins en moins dans le monde et de plus en plus dans ses représentations, nous vivons dans cette culture de l’illusion où règne la confusion entre le signe et ce qui est signifié. Cette réduction du réel à l’image abolit toute distance nécessaire à la compréhension des choses. D’ailleurs le neurophysiologiste Manfred Spitzer explique qu’un cerveau ne s’imprègne correctement des choses que s’il les découvre par le biais de plusieurs sens. Et, de ce point de vue, l’écran est bien pauvre en comparaison avec le monde réel. (Extraits de l’article « L’emprise des écrans » in bouquin La tyrannie technologique, éditions l’Echappée, 2007)

 

L’écran te lance une super-idée : « La chaîne météo qui donne le temps 24 heures sur 24 ! » Mais pour la Biosphère cela existe déjà, ça s’appelle une fenêtre…

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=15&Itemid=94

 

Web, évasion ou prison ?

L’informatique est un moyen efficace de classer une montagne de données. Le Britannique Tim Bernrs-Lee propose en 1989 de rendre accessible toute la documentation du Cern (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) en reliant deux éléments qui existaient déjà : le principe de l’hypertexte (qui permet de sauter d’une information contenue dans un document à une autre située ailleurs) et un réseau d’ordinateurs interconnectés, l’Internet.  Avec Robert Caillau, il rédige en 1990 les trois piliers du World Wide Web, cette toile virtuelle qui emmaillote la planète : les adresses Web (ou UERL), le langage hypertexte (htlm) et le protocole de transfert hypertexte (http). Dès sa mise à disposition du public au-delà du CERN, en 1992, le web connaît un essor prodigieux : les deux conditions d’une popularisation rapide du web, le libre accès de  tous et la gratuité, étaient en effet à l’origine du processus de standardisation. L’intention aussi était bonne. Robert était belge, un petit pays qui a souffert au cours de l’histoire. Il avait donc compris qu’il était ridicule et néfaste de réfléchir en termes de territoires plus petits que la planète. Mais il y a centralisation des données personnelles dans les serveurs de grands groupes, il y a des jeux de masse qui font se perdre les individus dans des mondes parallèles où on se coupe de la réalité. Si le web permet d’accéder à toutes les connaissances, il est aussi devenu une cyber-poubelle où chacun s’enferme dans son domaine de prédilection. Le désir d’une régulation mondiale qui transcende les égoïsmes nationaux s’effrite chaque jour davantage.

 

L’homme est de plus en plus esclave de la machine, il est dominé par une société du spectacle et de la vanité. N’utilise le web que pour promouvoir une société plus solidaire sur une planète respectée comme une mère.

 

NB : Tous les articles pour la Biosphère sont archivés et classés sur Internet,

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tourisme durable ?

Le tourisme, cousin germain de la croissance-développement, ne sera jamais durable. Pour accueillir le tourisme de masse, on bétonne, on dénature, on paupérise, c’est le grand saccage des communautés autochtones qu’on transforme en folklores et l’utilisation des individus qu’on transforme en serviteurs.

 

Pourtant le sociologue J.Viard s’exprime ainsi : « Le tourisme durable ne doit pas rechercher la muséification des sociétés du Sud, reflet de l’imaginaire fondamentaliste autour du thème : ce qui est ancien est le plus beau. Si les entrepreneurs du tourisme ne veulent pas avoir le choix entre des régimes dictatoriaux assurant la sécurité et la fuite devant la violence fondamentaliste, ils doivent créer les conditions de l’après-tourisme, être un vecteur de l’avenir des sociétés d’accueil. »

 

J.Viard recycle ainsi les concepts de développement durable (rapport Brundtland), d’après-développement et d’imaginaire (concepts de Serge Latouche). Mais il va à l’encontre de la position de S.Latouche pour qui « Les mots toxiques sont des obstacles pour faire avancer les choses. La décolonisation de l’imaginaire passe donc par la critique des concepts. Le développement de l’économie est le problème, ce n’est pas la solution. » (in Décoloniser l’imaginaire)

 Le tourisme durable n’est-il pas un mot toxique, un autre oxymore comme l’expression « développement durable » ?