énergie

pétrole apocalypse* à Paris

La hausse du cours des hydrocarbures ne sera pas un simple choc pétrolier, ce sera la fin du monde tel que nous le  connaissons. Ce choc proviendra de la coïncidence de trois situations inédites : une situation géologique, avec le déclin définitif de la production de pétrole ; une situation économique, avec un excès structurel de la demande mondiale de pétrole par rapport à l’offre ; une situation géopolitique, avec une intensification du terrorisme et des guerres pour l’accès au pétrole.

Depuis plus de trente ans, les écologistes n’ont cessé de proposer la diminution des consommations d’énergie fossiles et la mise en œuvre de politiques de sobriété énergétique et de promotion des énergies renouvelables, l’abandon de l’agriculture productiviste au profit de l’agrobiologie, le désengagement de notre dépendance à l’égard des entreprises transnationales et la réhabilitation des circuits économiques courts. En vain. Il est déjà trop tard pour espérer transmettre à nos enfants un monde en meilleure santé que celui que nous connaissons aujourd’hui. Plus nous attendrons, plus leurs souffrances seront grandes et dévastatrices.

Pour écouter et questionner directement Yves Cochet, tu peux venir au colloque sur le pic pétrolier organisé à Paris le 25 janvier 2011…

* le livre d’Yves COCHET, Pétrole apocalypse (2005)

allons-nous faire le plein ?

Quelques extraits du livre* de Jean-Marc JANCOVICI et  Alain GRANDJEAN ;

– Un passage du baril de 40 à 300 dollars ferait passer la facture pétrolière de la France de 30 à 250 milliards de dollars à consommation constante, soit environ 20 % du PIB actuel. Le gaz, dont le prix est indexé sur celui du pétrole, nous coûterait 5 à 10 % du PIB en supplément.

– S’il suffisait de pendre le dernier gros rentier avec les tripes de la dernière star multimilliardaire pour supprimer le gaspillage, le problème serait finalement assez simple à résoudre. Malheureusement, c’est aussi la consommation de ce que nous avons l’habitude d’appeler « ménages modestes » qui pose problème car elle représente un gaspillage au regard des possibilités de la planète.

– Une répartition équitable d’une ressource globalement insuffisante conduirait à ce que chacun ait moins que le minimum vital, c’est-à-dire à la mort pour tous. L’aboutissement logique de la pénurie, c’est donc la mort de quelques-uns pour éviter la mort de tous, c’est donc la barbarie.

– Demandez à un cadre dirigeant du monde pétrolier dans combien de temps les 2 milliards d’Indiens et de Chinois vivront comme un Français actuel. Avant toute réponse, vous obtiendrez un grand éclat de rire.

– L’Homme utilise gratuitement les services que lui rend la nature, et la nature subit des préjudices sans demander réparation ni physique ni monétaire. C’est toujours le propriétaire que nous payons, pas la nature, qui ne passe pas à la caisse.

– Les énergies fossiles ne sont pas renouvelables à l’échelle des temps historiques : il faut 300 millions d’années pour faire du charbon, et quelques millions au moins pour faire du pétrole et du gaz.

– A qui la faute si le lecteur ne dispose pas d’une vue synthétique ? Au journaliste qui a repris un communiqué sans prendre de hauteur de vue, au directeur qui interdit de parler des sujets qui pourraient fâcher les annonceurs, ou au lecteur qui finalement n’a aucune envie de lire des mauvaises nouvelles ?

* Le plein s’il vous plaît (Seuil, 2006)

descente énergétique, quel programme ?

en Bolivie aujourd’hui : La Bolivie voulait radicaliser les négociations climatiques à Cancun. Mais radicaliser, cela ne veut pas dire simplement discourir sur la Terre-mère, c’est augmenter le prix de l’essence pour émettre le moins possible de gaz à effet de serre ! Le président bolivien Evo Morales l’a fait… mais pour d’autres raisons. La Bolivie ne produit que 4 500 barils de pétrole par jour pour une consommation de 35 000. Elle achète donc son pétrole au Venezuela et à l’Argentine pour le revendre à la population à un prix subventionné. Le coût des subventions aux carburants est évalué à 750 millions de dollars. La décision de supprimer ces subventions était donc une réponse aux difficultés budgétaires que connaît actuellement l’État bolivien. Le syndicat bolivien des chauffeurs de transports en commun a commencé fin décembre une grève illimitée pour protester contre la hausse du prix des carburants. Des grèves et des manifestations violentes ont lieu… Evo Morales fait marche arrière le 31 décembre et annule le décret 748. Mais son vice-président, Alvaro Garcia, reparle d’une prochaine hausse des carburants dans le cadre d’un « dialogue avec le peuple ». Retournement de situation : le gouvernement annonce de nouveau le 2 janvier 2011 la hausse de l’essence.

hier aux Etats-Unis : Cet exemple bolivien est significatif de la difficulté des gouvernements à mettre en place ce qui est nécessaire, augmenter le prix du carburant. En avril 1977, trois mois après son investiture, le président Carter apparu à la télévision en cardigan, assis auprès d’un feu de cheminée. Il a expliqué aux Américains que la poursuite de leur hyperdépendance envers le pétrole était un piège mortel et qu’il leur faudrait changer de mode de vie : « Ce que je vous demande est l’équivalent d’une guerre. Il s’agit bel et bien de préparer un monde différent pour nos enfants et nos petits-enfants. » Puis il énumérait les mesures d’économie. La revue Newsweek chiffre le gaspillage moyen d’énergie qu’il veut supprimer à plus de la moitié de la consommation totale. C’est une douche froide pour ce peuple si sûr de sa richesse et de ses immenses ressources.  Le royaume automobile de Détroit, dont les experts comprennent pourtant la nécessité du projet, déclare la guerre au président Carter. Les syndicats de l’automobile suivent, le peuple suit, bien entendu. Carter ne perd pas quinze points de popularité, mais trente-cinq ; sa cote passe de 70 à 35 au début de 1978. Le projet est abandonné.

demain en France : Dialoguer avec le peuple ? Aucun gouvernement n’imposera les cruels sacrifices de la pénurie pétrolière sans le consentement du peuple. Mais plus on attend, plus l’augmentation du carburant sera brutale. Gouverner, c’est préparer l’avenir et avoir le courage de dire la vérité : le prix de l’essence doit augmenter, inexorablement, à la fois pour lutter contre le réchauffement climatique et pour faire face à la déplétion pétrolière. En France, le premier débat politique sur cette question aura lieu le 25 janvier à Paris. Cliquez ICI pour en connaître les modalités. Les citoyens ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas…

Pétrole et décroissance démographique

Nous avons tendance à croire que notre intelligence humaine et nos codes moraux nous distinguent des autres espèces vivantes. Erreur ! Lorsque d’autres créatures se procurent une manne énergétique, elles réagissent par la prolifération : leur population traverse les phases bien connues d’épanouissement, de dépassement des capacités de leur environnement, puis de chute brutale. Jusqu’à présent, nous avons réagi face à l’apport énergétique des énergies fossiles exactement comme les rats ou les bactéries répondent à une nouvelle et abondante source de vie.

Sur le globe vivent aujourd’hui entre 2 et 5 milliards d’êtres humains qui n’existeraient probablement pas sans les combustibles fossiles. Lorsque l’afflux d’énergie commencera à décliner, l’ensemble de la population  pourrait se retrouver dans une situation pire encore que si les combustibles fossiles n’avaient jamais été découverts et l’on assistera à une compétition intense pour la nourriture et l’eau entre les individus d’une population dont les besoins seront désormais impossibles à satisfaire. Combien d’êtres humains l’agriculture post-industrielle sera-t-elle capable de nourrir ? Une estimation précautionneuse serait : autant qu’elle pouvait en faire vivre avant que l’agriculture s’intensifie, c’est-à-dire la population du début du XXe siècle, soit un peu moins de 2 milliards d’êtres humains.

Une politique démographique faisant en sorte que chaque couple n’engendre en moyenne que 1,5 enfants parait incontournable. Cet objectif global doit se traduire par des mesures et quotas nationaux. En effet, le niveau le plus efficace pour la régulation de la population se situe actuellement sur le plan national car seuls les Etats ont la possibilité d’influencer efficacement les comportements et d’imposer des restrictions. L’opposition à l’immigration incontrôlée est souvent assimilée à tort à la xénophobie anti-immigrés. Mais dans une perspective écologique, l’immigration n’est pratiquement jamais souhaitable. Lorsqu’elle se fait massivement, elle ne fait que mondialiser le problème de surpopulation. De plus, ce n’est que lorsque les groupes humains se sont enracinés dans une zone particulière, au fil de plusieurs générations, qu’ils développent un sens des limites en termes de ressources. Pourtant la gauche comme la droite tendent à occulter le problème de la croissance démographique continuelle.

Richard Heinberg , Pétrole, la fête est finie (2003, traduction française 2008)

Crise ultime et pic pétrolier

Les écologistes peuvent affirmer que, cachée derrière une fin d’année festive, s’approfondissent les fractures qui mènent droit à l’effondrement de la civilisation : bientôt le baril à 100 dollars*. Jean Albert Grégoire** nous avertissait dès 1979 : « Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comme le gouvernement crie au feu d’une voix rassurante et qu’on n’aperçoit pas d’incendie, personne n’y croit. Jusqu’au jour où la baraque flambera.

Apercevoir la fin des ressources pétrolières, admettre son caractère inéluctable et définitif, provoquera une crise irrémédiable que j’appellerai crise ultime. Nous n’en souffrons pas encore. Les premières ruptures sérieuses d’approvisionnement du pétrole la déclencheront. Alors on reverra, comme au temps de Suez ou de la guerre du Kippour, un brutal renversement de l’opinion, définitif cette fois. Il ne s’agira pas, comme on le croit et comme les économistes eux-mêmes l’affirment, de surmonter une crise difficile, mais de changer de civilisation. L’humanité devra passer de l’ère d’abondance factice à celle de la pénurie, de l’orgueil insensé à celle de l’humilité. Elle devra répartir des richesses qui, au lieu d’être infinies comme elle le pensait naïvement, lui  apparaîtront à l’heure du bilan bien modeste en face de ses besoins. Les pays riches devront réduire leur train de vie, ce qui pour chaque individu représentera une contrainte douloureuse à laquelle il n’est aucunement préparé. »

                Ce qu’on appelle crise va devenir l’état normal de l’humanité et le manque de pétrole imposera l’austérité. Le pôle écologique va en débattre le 25 janvier 2011. On peut s’inscrire à ce colloque 

* LeMonde du 29 décembre, le prix du pétrole menace la reprise économique en 2011.

** Vivre sans pétrole de J.A. GREGOIRE (Flammarion, 1979)

la dernière goutte de pétrole

Demain, bientôt, en 2011 ou 2027, le baril à 300 dollars, 1000 dollars, plus… Autant dire le Premier jour de l’après-pétrole. Quelques tankers circulent encore, mais la Russie a serré la vis de ses pipe-lines. L’Europe se dessèche et les Etats-Unis entrent en transes. Des milliers de station-service ferment, les avions cessent de voler, le chauffage au fuel est abandonné. La fermeture des raffineries contamine peu à peu le secteur industriel tout entier. Plus de matières plastiques,  donc plus de tuyauteries, plus d’emballages, de rouge à lèvre, de tissus synthétique, de bouteilles d’eau. Wall Street fait naufrage, les traders sautent par la fenêtre. Le chômage explose, 15 %, 30 %, 50 % de la population… Des manifestations dans tous les pays, des violences incontrôlées, la loi martiale est décrétée. Les voitures s’arrêtent de rouler, les supermarchés ferment quand ils ne sont pas pillés. La plupart des habitants des conurbations ne peuvent plus se rendre désormais à des boulots inexistants. Les banlieues pavillonnaires deviennent des déserts ou des taudis. La police est débordée, l’armée déboussolée. L’obscurité s’étend sur les villes, plus d’éclairage public. Les dernières gouttes de pétrole sont réservées à des tanks qui ne servent plus à grand chose. Les centrales nucléaires sont abandonnées, même l’Etat n’a plus les moyens de les pérenniser. Les émeutes de la faim gagnent les pays du Nord après avoir dévasté le Sud. Des marées humaines se réfugient à la campagne où il n’y a plus de refuges possibles. Des seigneurs de la guerre font la loi à coup de kalachnikov tant qu’ils ont encore des balles. En 2050, la planète compte moins d’un milliard d’habitants. Dans quelques endroits aux terres encore fertiles, la vie communautaire se reconstruit peu à peu. L’ère de la croissance économique dans un monde fini est définitivement terminée.

Cette histoire est notre réponse à la question d’un « National Geo » qui posait cette question fin 2010 : « Supposons que nous avons épuisé la dernière goutte de pétrole, que se passe-t-il ?

Sur ce, bonne année 2011…

la dernière goutte de pétrole

Demain, bientôt, en 2011 ou 2027, le baril à 300 dollars, 1000 dollars, plus… Autant dire le Premier jour de l’après-pétrole. Quelques tankers circulent encore, mais la Russie a serré la vis de ses pipe-lines. L’Europe se dessèche et les Etats-Unis entrent en transes. Des milliers de station-service ferment, les avions cessent de voler, le chauffage au fuel est abandonné. La fermeture des raffineries contamine peu à peu le secteur industriel tout entier. Plus de matières plastiques,  donc plus de tuyauteries, plus d’emballages, de rouge à lèvre, de tissus synthétique, de bouteilles d’eau. Wall Street fait naufrage, les traders sautent par la fenêtre. Le chômage explose, 15 %, 30 %, 50 % de la population… Des manifestations dans tous les pays, des violences incontrôlées, la loi martiale est décrétée. Les voitures s’arrêtent de rouler, les supermarchés ferment quand ils ne sont pas pillés. La plupart des habitants des conurbations ne peuvent plus se rendre désormais à des boulots inexistants. Les banlieues pavillonnaires deviennent des déserts ou des taudis. La police est débordée, l’armée déboussolée. L’obscurité s’étend sur les villes, plus d’éclairage public. Les dernières gouttes de pétrole sont réservées à des tanks qui ne servent plus à grand chose. Les centrales nucléaires sont abandonnées, même l’Etat n’a plus les moyens de les pérenniser. Les émeutes de la faim gagnent les pays du Nord après avoir dévasté le Sud. Des marées humaines se réfugient à la campagne où il n’y a plus de refuges possibles. Des seigneurs de la guerre font la loi à coup de kalachnikov tant qu’ils ont encore des balles. En 2050, la planète compte moins d’un milliard d’habitants. Dans quelques endroits aux terres encore fertiles, la vie communautaire se reconstruit peu à peu. L’ère de la croissance économique dans un monde fini est définitivement terminée.

Cette histoire est notre réponse à la question d’un « National Geo » qui posait cette question fin 2010 : « Supposons que nous avons épuisé la dernière goutte de pétrole, que se passe-t-il ?

Sur ce, bonne année 2011…

le juste prix du pétrole

Aucun expert ne sait déterminer le juste prix du baril. L’explication par le coût à la production n’est que partielle. Les déterminants physiques de l’offre à un moment donné se confrontent en effet à une demande. Quand le tsunami financier de 2008 a entraîné une contraction économique et réduit la demande, le prix du baril a baissé. Par contre, la demande des pays émergents pousse toujours à la hausse. Comme le marché pétrolier est hautement volatil, il n’y a aucune explication logique qui soit déterminante. En août 2005, le baril avait atteint 71 dollars à New York à cause du  cyclone Katrina, demain le simple vol d’un papillon pourra déclencher un affolement du marché pétrolier qui n’a jamais vu plus loin que le petit bout de son nez.

Remarquons en effet que le prix du marché (le jeu de l’offre et de la demande) n’est qu’un indicateur de court terme qui n’indique rien sur l’avenir d’une ressource fossile qui n’existera plus dans quarante années environ vu la consommation actuelle. Or nous sommes en train de franchir le pic pétrolier, le moment où les quantités de pétrole produites baissent inexorablement étant donné l’épuisement des ressources. L’institution financière Ixis CIB notait en 2005, que si le prix du pétrole avait augmenté depuis 1974 au rythme optimal d’une ressource épuisable, il vaudrait déjà 122 dollars en 2005 (alors qu’il ne cotait que 66,6 dollars au 22 septembre). Le même organisme évoquait la possibilité d’un cours du baril à 360 dollars en 2015.

En fait le baril n’est pas payé à qui l’a fabriqué. Le pétrole est un cadeau unique de la géologie, qui nous a permis d’utiliser l’énergie accumulée par des millions d’années d’insolation. Pour obtenir un litre d’essence, il aura fallu que 23 tonnes de matières organiques soient transformées sur une période d’au moins un million d’années. Mais les humains utilisent gratuitement les services que leur rendent la Nature, et la Nature subit des préjudices (par exemple le réchauffement climatique) sans demander réparation ni physique ni monétaire. Comme il faut des millions d’années pour « produire » du pétrole, à combien la Nature nous offrirait-elle le litre de super  si elle était une marchande capitaliste ? Le pétrole n’a pas de juste prix. Lorsque nous aurons achevé de le brûler, il aura disparu à jamais ; des millions d’années de travail géologique gaspillées. En 1892 Mendeleïev, l’inventeur de la classification périodique des éléments, écrivait d’ailleurs au tsar : « Le pétrole est trop précieux pour être brûlé. Il faut l’utiliser comme matière première de la synthèse chimique ». C’était un avis éclairé que la société thermo-industrielle n’a pas écouté. Les générations futures devront d’abord compter sur leur force physique !

tout savoir sur le pic pétrolier

Les politiques s’intéressent marginalement au réchauffement climatique et pas du tout au pic pétrolier. Pourtant les quantités de pétrole commencent déjà à plafonner au niveau de la production mondiale. C’est le début de la fin, ce que nous pouvons appeler la Crise Ultime, la Pétrole-Apocalypse ou la Longue Catastrophe. Des livres nous avertissent, des blogs nous interpellent… personne ou presque ne réagit !

 

Bibliographie :

1979 Vivre sans pétrole de J.A.Grégoire

2003 Pétrole, la fête est finie (avenir des sociétés industrielles après le pic pétrolier) de Richard Heinberg

2005 la fin du pétrole (le vrai défi du XXIe siècle) de James Howard Kunstler

2005 Pétrole apocalypse d’Yves Cochet

2005 la vie après le pétrole de Jean-Luc Wingert

2006 le plein s’il vous plaît (la solution au problème de l’énergie) de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean

2009 la crise pétrolière (analyse des mesures d’urgence) de Bernard Durand

 

sur ce blog biosphere :

Cancun en décembre 2010

le pic pétrolier s’est produit en 2006

après le pic pétrolier, le pic charbonnier

le pic pétrolier dans le quotidien Le Monde

les dates du pic pétrolier

bientôt le baril à 200 dollars

 

Blogosphère :

http://petrole.blog.lemonde.fr/

http://www.avenir-sans-petrole.org/

www.manicore.com

 

pic pétrolier, le commencement de la fin

Dormez, braves gens, la fin de votre monde est proche, le pic pétrolier s’est produit en 2006. Matthieu Auzanneau avait presque soulevé la tempête dans son blog* : « Près de 30 % de la production des puits aujourd’hui en activité aura disparu dans 10 ans, passant de 68 à 48 millions de barils par jour (mb/j) en 2020. Et dans une génération, en 2035, les champs de pétrole actuellement exploités ne fourniront plus que 17 mb/j, soit moins d’un cinquième de la demande future, d’après le graphe reproduit ci-dessous, issu du rapport annuel que vient de rendre public l’Agence internationale de l’énergie (AIE)… La production de pétrole conventionnel a atteint son « pic historique » en 2006, elle ne le redépassera « jamais »…Hervé Kempf en rajoute une louche sous le titre Le pic pétrolier s’est produit en 2006**.

On disait autrefois, en 1973, « il reste 40 ans de pétrole » et en 2010 « il reste encore 40 ans de pétrole ». On en tirait la conclusion que les hypothèses alarmistes n’étaient pas fiables. Mais la notion de pic pétrolier est plus précise, c’est le moment où la production de pétrole commence inéluctablement à décroître. Le diagnostic de Bernard Durand***, spécialistes de géologie et géochimie pétrolière, paraît imparable : « La moitié des réserves initiales réactualisées des gisements actuellement en productions ayant été consommée en 2008, la production commencerait déjà à décliner si un petit répit n’était apporté par les réserves de gisements découverts ces dernières années ce qui permet de repousser le pic de production à 2010. Le progrès technologique ne permet pas d’augmenter sensiblement les réserves, mais seulement pendant quelque temps les vitesses de production. »

                Alors, 2006 ou 2010 ? Peu importe les détails, c’est en ce moment. D’année en année, la demande va donc devenir plus forte que l’offre, le prix du baril va exploser, et le prix de l’essence itou. Un nouveau choc pétrolier approche à grands pas, qu’on pourrait nommer la crise ultime. Peak oil, commencement de la fin du pétrole, commencement de la fin de la civilisation thermo-industrielle. Concluons avec Hervé Kempf : « Mais cela impliquerait de… changer de politique… maintenant. Ah, horreur ! »

* http://petrole.blog.lemonde.fr/2010/11/18/tout-va-bien-le-peak-oil-est-atteint-dit-lagence-internationale-de-lenergie/

** LeMonde du 24 novembre 2010

*** La crise pétrolière (analyse des mesures d’urgence) de Bernard Durand (EDP sciences, 2009)

pourquoi Le Monde ne peut dire la vérité

Pourquoi LeMonde ne peut-il dire la vérité ? Parce qu’il est tenu par ses sponsors, c’est-à-dire les firmes qui vivent du pétrole bon marché. Son numéro du 19 novembre en est l’illustration : demi-page de pub pour les voitures Peugeot (p.7), 1/3 de page pour l’Alfa Giulietta (p.13), 1/3 de page pour Air France (p.15), page entière de pub pour Total (p.18), un article de Jean-Michel Normand pour la Renault haut de gamme (p. 24). Notre grand quotidien « de référence » est voué au gaspillage du pétrole !

                A l’heure où le pic pétrolier rend pessimiste le Pentagone, à l’heure où l’Agence Internationale de l’énergie dit que le peak oil est atteint (voir  http://petrole.blog.lemonde.fr/), rien dans les médias pour prévoir la fin de la civilisation thermo-industrielle et nous préparer à cette sombre perspective. Pourtant nous devrions exprimer déjà beaucoup de volontarisme politique et d’engagement citoyen. Mais tant que la manne publicitaire fera vivre nos journaux d’information, rien ne pourra s’afficher qui fasse vraiment réfléchir. La publicité émettrice de carbone sera reine. Dommage, car nos lendemains seront guerriers et la dernière goutte de pétrole ira dans le réservoir d’un tank !

Astrid, une belle salope…

Astrid, un joli nom pour une belle saloperie ! ASTRID, c’est l’Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration. Le groupe nucléaire Areva et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) ont signé un accord* de collaboration portant sur les premières études de conception du prototype de ce réacteur de 4ème génération. Il serait construit à Marcoule à partir de 2017. Pour connaître un emballement du cœur de ce réacteur, il suffit d’une fuite de sodium peut provoquer la catastrophe. L’explosion atomique dont un surgénérateur peut être le siège porte le nom rassurant d ‘« excursion nucléaire ». Nous préférons les excursions amoureuses.

Astrid possédera un cœur à neutrons rapides refroidi au sodium. Pas de quoi tomber amoureux. Il ressemblera tellement à son grand frère de Creys-Malville, Superphénix ! La mise à l’arrêt définitif de Superphénix a été prononcée par décret du 30 décembre 1998. Aujourd’hui, en 2010,  les 5500 tonnes de sodium, dont la majorité est irradiée, ne sont pas encore traitées. Les ateliers nécessaires n’avaient pas été prévus à la construction de la centrale ! Le sodium primaire est donc maintenu depuis douze ans à la température de 180 °C pour rester à l’état liquide. Or le sodium liquide s’enflamme au contact de l’air et explose au contact de l’eau.

Le début de vidange du sodium primaire contenu dans la cuve était prévu pour novembre 2010**. Mais nos technocrates nucléaires préfèrent la fuite en avant technologique en annonçant la venue d’Astrid !

* dépêche AFP du 9 novembre 2010

** Superphénix, déconstruction d’un mythe de Christine Bergé (La découverte, 2010)

après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

A lire LeMonde, nous avons l’impression d’une éternelle abondance : « Vendez l’or et investissez tout dans le  charbon. »… « La demande de charbon devrait tripler en Inde d’ici à 2030 ». Dans l’article* de Julien Bouissou, aucune interrogation sur la pérennité de cette ressource fossile et sur ses effets néfastes sur le réchauffement climatique. Comme toujours, les nécessaires économies d’énergie sont occultées au profit de l’euphorie des marchés (« Coal India valorisée à 28,3 milliards d’euros » !). Julien Bouissou devrait lire d’urgence Blackout, Coal, Climate and the Last Energy Crisis** de Richard Heinberg.

Après son livre de 2003 sur le pic pétrolier, Richard Heinberg se consacre au pic charbonnier : la production de charbon suit la même courbe que la production de pétrole. Elle aussi commence par augmenter, atteint un maximum, puis décline inexorablement au fur et à mesure que les gisements s’épuisent. Les chiffres officiels ignorent généralement les différentes qualités de charbon ou les présentent d’une manière exagérément simplifiée, ce qui donne une fausse impression d’abondance. Il n’empêche que le pic charbonnier chinois aura lieu entre 2015 et 2032, aux USA entre 2025 et 2040 …

Heinberg conclut que le charbon est suffisamment abondant pour avoir un impact conséquent sur le climat mais ne l’est pas assez pour remplacer durablement les autres énergies fossiles une fois qu’elles auront commencées à décliner. Après 2020 la stagnation puis le déclin de la production de charbon, combinée avec le déclin accéléré de la production de gaz et de pétrole touchera toutes les économies thermo-industrialisées. Entre 2030 et 2040, le commerce du charbon cessera presque totalement et la production de pétrole sera devenue marginale et essentiellement consommée sur place. Les coupures d’électricités deviendront la norme et l’activité industrielle disparaîtra progressivement. Les infrastructures mal entretenues s’effondreront tandis que le manque de carburant bloquera les communications. Les investissements dans les énergies renouvelables seront devenus impossibles, faute de moyens. Le niveau de vie baissera de manière dramatique. Seules les nations disposant de ressources fossiles ou d’une solide agriculture de subsistance pourront survivre. Partout ailleurs, l’ordre social disparaîtra et les gouvernements cesseront de fonctionner.

Comme disait le Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï : « Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau »***.

* LeMonde du 5 novembre 2010, En Inde, le plus gros producteur mondial de charbon

** http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/richard-heinberg-pic-charbonnier-60648

*** in Pétrole, la fête est finie de Richard Heinberg (Résistances, 2008)

LeMonde et le pic pétrolier

A quoi s’intéresse l’humanité occidentalisée ? A rien ! Pourtant Hervé Kempf essaye de réveiller les  consciences : « Refus d’envisager les économies d’énergie, refus de reconnaître qu’il n’y a pas aujourd’hui de réponse à la question des déchets nucléaires, nous filons tel un train ivre dans la nuit épaisse. » Mais cette rubrique* d’un sixième de page n’est pas en mesure de lutter contre tout ce qui incite à gaspiller l’énergie : les offres Internet (sur une moitié de page), les pub sur les bagnoles, etc. De façon générale, la modification de nos comportements ne peut résulter d’une communication médiatique qui noie l’essentiel sous l’accessoire. Pourquoi consacrer dans LeMonde tant de lignes aux conflits de personnes (Copé ou Morano pour diriger l’UMP) et si peu au pic pétrolier ? Pourquoi consacrer une rubrique à DSK « prochain président » alors que les présidentielles sont encore loin et le pic pétrolier si proche ? Pourquoi consacrer tant de places aux faits divers (tuerie du bar des marronniers…) ? Pourquoi consacrer deux pages à Obama alors que son bilan en matière d’énergie est nul ?

Il est temps de rappeler aux rédacteurs du Monde le constat désabusé de Bernard Durand: « Les médias n’ont toujours pas jugé bon de consacrer au pic pétrolier des émissions grand public soigneusement documentées. » (La crise pétrolière, EDP 2009)

                Il est aussi utile de rappeler les deux articles du Monde sur le pic pétrolier :

1Le prophète du « pic pétrolier » est mort, pas son combat

Les partisans de la théorie du « pic pétrolier » – le peak oil – viennent de perdre leur plus grand prophète : Matt Simmons, banquier d’affaires de Houston, est décédé lundi 9 août 2010.

2L’armée allemande prédit le pire une fois le pic pétrolier atteint

La rareté de l’or noir aura des conséquences majeures sur l’économie et la diplomatie de la première puissance européenne. Le « peak oil » (pic pétrolier), ce moment où la production de pétrole va commencer à diminuer, aura des conséquences considérables sur l’économie et la politique extérieure…

* LeMonde du 3 novembre 2010, Train ivre dans la nuit

pénurie définitive de carburants

Dans lemonde.fr, plus de 60 réactions à cet article* : Pénurie de carburants : la France a frôlé la « catastrophe économique » (pendant le conflit des retraites). Nous répondons à quelques-uns de ces commentaires :

– « Borloo futur premier sous-ministre agite la peur des grévistes. Pourtant ce ne sont pas eux qui ont mis en péril l’économie mais la cupidité des spéculateurs. »

                La crise financière était causée par le surendettement des ménages, pas directement par les spéculateurs. La pénurie provisoire de carburant n’était que broutille par rapport au quatrième choc pétrolier que nous connaîtrons bientôt, quand les spéculateurs se seront rendus compte qu’on a dépassé le pic pétrolier**.

– « Bon… on a évité une catastrophe économique. J’espère qu’en n’envoyant pas Mr Borloo à Matignon on en évitera d’autres : sociales, économiques, politiques. »

                Cette conception est restrictive, on oublie le pilier environnemental. Les catastrophes à venir seront d’abord écologiques. Leurs répercussions se feront d’abord au niveau économique, puis social, puis politique.

– « Un frôlement de la catastrophe seulement. Dommage ! »

                Sans doute le meilleur commentaire car il appelle à la réflexion. Or nous sommes dans une situation où la pédagogie de la catastrophe (annonce de l’épuisement des ressources fossiles, du réchauffement climatique, de l’extinction des espèces, etc.) est inopérante. Ce sera donc malheureusement la catastrophe qui nous servira de pédagogie.

– « Deux camps souhaiteraient la catastrophe économique: l’extrême gauche et l’extrême droite. Les premiers pour démarrer la révolution, les seconds pour avoir une excuse pour étriper et écarteler les premiers. A votre avis, qui l’emporterait ? »

                A notre avis, une catastrophe inéluctable causée par la pénurie géophysique de pétrole, donc de carburants, permettrait l’arrivée au pouvoir d’un régime de type totalitaire. Or nous savons historiquement deux  choses sur le totalitarisme :

1)       sa version de droite et de gauche sont similaires ;

2)       sa préoccupation n’est pas de résoudre les problèmes, mais de soutenir une oligarchie.

– « Les inconscients qui bloquent le port ne savent pas à quoi ils s’exposent (il faut dire également que l’Etat a mal géré cette crise, tout en respectant le droit de grève), j’aurais tous les matins fait venir des camions citernes des pompiers et bien arrosé tous ces manifestants. »

                Illustration de ce qui se passera avec une pénurie croissante de carburants, l’évolution vers un système répressif qui sera soutenu par une grande partie de la population…

– «  Je suis sûr qu’au bout de quelques jours le conflit était maté »

                Nouvelle illustration du totalitarisme rampant de notre société thermo-industrielle !

– « La catastrophe a été évitée : tirons-en des enseignements ! Il est anormal que quelques centaines d’employés travaillant dans un secteur vital pour notre économie, aient le pouvoir de stopper toute l’activité du pays. »

                Ce n’était pas une catastrophe, seulement l’obligation pendant quelques temps d’importer du pétrole pour que nos automobilistes puissent appuyer sur leur accélérateur. Mais que ferons-nous quand ce n’est pas l’action syndicale qui bloquera les dépôts de carburants, mais l’impossibilité de se procurer du pétrole sur les marchés (avec la raréfaction des ressources fossiles) ?

– « Avec certaines stations proposant le carburant à 1,70 euros le litre, un article sur les profiteurs de crise serait bienvenu. »

                Nous pouvons dire sans risque de nous tromper que le baril sera bientôt à 300 dollars, ce qui fera le litre d’essence largement à plus de 2 euros. Un article sur la vision court-termiste de nos concitoyens serait le bienvenu !

– « Il est anormal que les salariés refusent d’obéir à la loi du marché. Sans loi du marché, il n’y a pas de démocratie libérale. Les salariés n’ont rien compris : qu’ils se taisent. »

                Nous constatons que les marchés fonctionnent à court terme, comme nos salariés et ce commentateur. La « loi du marché », c’est le règne des myopes, ce n’est certainement pas une bonne analyse.

– « Il est temps de s’affranchir de cette servitude, voiture électrique, qui répond aux besoins de 80% de conducteurs, en plus produit français… »

                Nous terminons notre analyse par cette croyance trop répandue d’une technologie qui nous éviterait les catastrophes. Nous rappelons que l’électricité n’est pas une source d’énergie, il faut la fabriquer… Avec du pétrole importé ? Ou grâce à nos déchets nucléaires ?

* lemonde.fr du 01.11.2010

** pic pétrolier, moment où les quantités de pétrole offertes commencent inexorablement à baisser étant donné les difficultés d’extraction.

Google, adepte du greenwashing

Google participe à un projet d’investissement*, l’Atlantic Wind Connection, un parc immense d’éoliennes offshore. Google manifeste ainsi son enthousiasme pour les énergies renouvelables. Google dispose d’une réserve de liquidités de 30 milliards de dollars. Google va sauver la planète !

                Un peu de calme. Google se trompe d’objectif, il ne s’agit pas de construire de plus en plus d’éoliennes pour être écolo. Les participants à un sondage délibératif** sur l’avenir de l’énergie, organisé par James Fishkin, avaient changé d’avis au cours de l’exercice. Si, au début, ils avaient une nette préférence pour les énergies renouvelables (dans l’espoir de concilier une croissance ininterrompue de la consommation énergétique et des impératifs environnementaux), après instruction et discussion, ils ont mis l’accent sur une autre option : davantage d’investissement dans les économies de l’énergie. Tenant mieux compte des contraintes auxquelles leur région devait faire face, les participants ont élargi leurs perspectives au-delà de leurs préférences de consommateurs et de leurs intérêts d’électeurs. Comme eux, Google doit devenir véritablement écolo.

                Nous devons faire de drastiques économies d’énergie, ne pas cumuler les sources d’énergie mais seulement substituer aux énergies fossiles des énergies renouvelables. Google ferait donc mieux de nous inciter à cliquer moins souvent sur Internet, 7 grammes de CO2 émis à chaque fois. Google ferait mieux de disparaître avec les autres moteurs de recherche, cela ferait des économies d’électricité.

* LeMonde du 16 octobre 2010, Google veut faire souffler sur l’Atlantique le vent de l’écologie

** Vers une démocratie écologique de Dominique Bourg et Kerry Whiteside (Seuil, octobre 2010)

il faut bloquer les dépôts de carburant

Les forces de l’ordre ont rouvert plusieurs dépôts pétroliers*. « Le blocage des sites est scandaleux. Il dérange qui? Ceux qui ont besoin de leur voiture pour aller au travail. », s’exclame un internaute. Le secrétaire d’Etat aux transports, renchérit : « On ne peut pas se permettre une pénurie d’essence, il faut penser à toutes celles et tous ceux d’entre nous qui ont besoin de se déplacer (…), aux entreprises, aux transporteurs routiers, tout ce qui fait la vie de notre pays. » Dominique Bussereau a répété que la France ne connaîtra pas de pénurie, « nous avons des réserves ». Mais que fera l’Etat quand la conscience du pic pétrolier va entraîner l’affolement des marchés ? Le prix du bail dépassera très vite 300 dollars (en 1973, le prix du pétrole avait quadruplé), nous aurons un rationnement par les prix.  Il ne s’agira pas d’un blocage temporaire des douze raffineries françaises, mais d’une limitation drastique des quantités d’essence qui pénalisera surtout les catégories modestes.

Il y a actuellement une contradiction frontale entre ce qu’il conviendrait de faire (économiser l’énergie) et ce que nous faisons (brûler toujours plus de pétrole) . En effet toutes les actions nécessaires heurtent nos intérêts immédiats et nos modes de vie : renoncer à rouler dans une grosse cylindrée, modifier un régime alimentaire trop  carné, réduire les voyages aériens, consommer moins de biens matériels, toutes choses qui fonctionnent au carburant. Comme l’exprime Dominique Bourg**, « Nous subissons une tyrannie originale, celle qu’exerce la jouissance immédiate des individus à l’encontre d’enjeux vitaux à moyen et long terme pour le genre humain. »

Si nous étions dans un parti « vert », nous bloquerions de façon temporaire et renouvelée les dépôts pétroliers pour bien indiquer à la population ce qui va arriver un jour prochain : de moins en moins d’essence pour aller au boulot en voiture pour pouvoir amortir le prix de sa voiture et acheter toujours plus d’essence.

* LeMonde du 16 octobre

** Vers une démocratie écologique de Dominique Bourg et Kerry Whiteside (Seuil, 2010)

mesure d’urgence au journal Le Monde

thèse : Ancien membre du conseil scientifique de l’Institut français du pétrole, Bernard Durand annonce la survenue du pic pétrolier dans cinq à dix ans. Il suggère des « mesures d’urgence » pour endiguer une crise économique sans précédent (LeMonde du 29 septembre).

antithèse : Supplément du Monde du 29 septembre sur le Mondial de l’automobile ; grande photo sur un monstre de 288 ch, vitesse de pointe à 240 km/h. Voitures électriques et greenwashing

synthèse : Première mesure d’urgence à prendre, supprimer les présentations de bagnoles dans LeMonde. Ce qui veut dire soutenir l’indépendance de la presse face au pouvoir publicitaire…  

Sarkozy a-t-il pensé à la carte carbone ?

Le système de valeurs de notre société occidentale occulte complètement la réalité émergente, même si cette réalité va nous frapper durement. Sur le blog toujours bien informé http://petrole.blog.lemonde.fr/, on apprend que selon le département d’analyse du futur de la Bundeswehr, il existe « une certaine probabilité pour que le Peak Oil se produise aux alentours de l’année 2010 ». A moyen terme, des pénuries de biens vitaux, notamment de nourriture, pourraient apparaître. Comme le pétrole intervient directement ou indirectement dans la production de 95 % des biens industriels, le système économique mondial et ses variantes nationales pourraient même s’effondrer. On peut aussi s’inquiéter pour la survie de la démocratie elle-même : devant une crise systémique générale, des alternatives idéologiques du type extrême droite pourraient s’imposer aux yeux d’une population. La rubrique Breakingviews du Monde (12 août 2010) avait d’ailleurs quitté la sphère strictement économiciste pour se pencher sur le pic pétrolier : « Toute transition vers un abandon du pétrole devrait être anticipée avec des décennies d’avance. » L’Agence Internationale de l’Energie était déjà devenue pessimiste dès 2005, la production pétrolière des Etats non-OPEP (Russie, Etats-Unis, Norvège…) déclinant peu après 2010 alors qu’ils fournissent  60 % du brut mondial. L’AIE s’exclamait : « Economisez l’énergie, économisez le pétrole ! Et diversifiez-vous, s’il vous plaît. Sortez du pétrole ! » De plus en plus de monde s’accorde aujourd’hui sur la nécessité de prendre en compte l’empreinte carbone de nos consommations.

Pourtant aucun politique en France ou au niveau international n’a osé jusqu’à présent expliciter les conséquences vertigineuses du pic pétrolier. Le premier homme politique conscient serait Michael Meacher, secrétaire d’état à l’environnement de Tony Blair en 1997. Il avait tiré les conclusions des travaux de l’Aspo, dont le fondateur Colin Campbell est un géologue britannique ; le pic pétrolier mondial est pour bientôt. L’idée de rationnement date de 1996, toujours dans le même pays : un groupe d’économistes proposait de définir un plafond annuel d’émissions de gaz à effet de serre et de diviser le total par le nombre d’habitants. Pour l’heure, le Parlement britannique se contente d’une étude de faisabilité de la carte carbone. En France, Yves Cochet (député vert) a proposé cette carte carbone sans être suivi. En Europe, la Commission européenne l’a simplement évoquée. Selon David Miliband, quand il était ministre britannique de l’environnement sous Tony Blair, la carte carbone serait plus équitable qu’une taxe carbone. En effet, une taxe carbone viendrait gonfler les prix des produits et des services, et alourdirait le premier poste de consommation des ménages modestes, l’énergie.

Alors la question fondamentale se pose : mais que va faire Sarkozy face au pic pétrolier ? Devenir empereur des Français, Sarko 1er 

la date du pic pétrolier

Matt Simmons est mort. Nous apprenons cette nouvelle par l’intermédiaire de la rubrique Breakingviews du Monde (12 août). Pour une fois cette rubrique quitte la sphère strictement économiciste pour se pencher sur le pic pétrolier : « Toute transition vers un abandon du pétrole devrait être anticipée avec des décennies d’avance. » Mais la communauté internationale n’arrive à se concentrer que sur un seul sujet à la fois. La question de la faim dans le monde a été mise de côté par la crise financière, la crise financière a été délaissée pour la question climatique, etc. Or tout est lié et il faut vraiment traiter toutes les questions en même temps, à commencer par l’épuisement du pétrole. Matt Simmons était un banquier, et menait la croisade contre une surévaluation des réserves pétrolières qui entrave toute prévision sur la date exacte du peak oil. Pourtant de nombreux spécialistes commencent à nous avertir.

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les Etats-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. L’Agence Internationale de l’Energie, cette officine chargée depuis 1974 de bercer d’illusions les pays consommateurs, change de discours dans son rapport annuel 2005 : la production des Etats qui ne sont pas membre de l’OPEP (Russie, Etats-Unis, Norvège…) devrait décliner peu après 2010 alors qu’ils fournissent aujourd’hui 60 % du brut mondial : « Economisez l’énergie, économisez le pétrole ! Et diversifiez-vous, s’il vous plaît. Sortez du pétrole ! » Le directeur des études économiques de l’AIE a même le culot de déclarer : « Le pétrole, c’est comme une petite amie, vous savez depuis le début de votre relation qu’elle vous quittera un jour. Pour qu’elle ne vous brise pas le cœur, mieux vaut la quitter avant qu’elle ne vous quitte. »

Au troisième trimestre 2005, Albion a enregistré son premier déficit de balance pétrolière depuis 1980 : les exportations ont représenté 11,2 millions de tonnes alors que les importations atteignaient 13,7 Mt. D’ailleurs les réserves pétrolières sont tombées de 15,4 milliards de barils en 1979 à 4,5 milliards à la fin de 2004. L’Europe ne produit que 8 % du pétrole mondial et déjà les ressources de la mer du Nord ne suffisent plus à la GB ! LeMonde du 16 avril 2008 nous présente un graphique selon lequel la production russe de pétrole atteint un sommet en 2007 à près de 10 millions de barils/jours et commence à baisser en 2008. Un dirigeant du premier groupe pétrolier privé russe (Loukoil) confirme que la Russie est dorénavant dans la même situation que le Mexique, l’Alaska et la mer du Nord, trois régions où la production d’or noir décroît fortement depuis des années en raison de l’épuisement des réserves. L’inquiétude est relancée, le baril atteint plus de 112 dollars.

Le fait est que, en 2007, la production mondiale de pétrole conventionnel a diminué de 0,15 % par rapport à celle de 2006 après avoir augmenté de seulement 0,5 % l’année d’avant (in C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde de Jancovici). Selon un graphique discrètement mis en ligne par le département américain de l’énergie en avril 2009 (source : terraeco de décembre 2009), la production de pétrole conventionnel baisse depuis 2008. Si on ajoute aux réserves les projets identifiés et les pétroles non conventionnels, le pic pétrolier aura quand même lieu en 2011. Glen Sweetnam, principal analyste au sein du département américain de l’énergie (DoE) émet l’hypothèse d’un déclin de la production mondiale de pétrole et de ses substituts à partir de 2011, qui pourrait durer jusqu’en 2015 au moins ! En 2005, Steven Chu, alors patron d’un laboratoire de recherche du DoE, mettait déjà en avant l’hypothèse d’un déclin de la production mondiale de brut dès le début de la décennie 2010.

Le point culminant de la production mondiale de pétrole est envisagée pour 2037 par le National Intelligence Council des USA (qui défend les affabulations américaines), quelque part entre 2013 et 2037 par l’Agence internationale de l’énergie (qui défend les pays riches importateurs), mais avant 2010 par l’Aspo. En résumé, la date du pic pétrolier est encore incertaine, mais son existence incessamment sous peu est une remise en question totale du niveau de vie de la classe globale, tous ceux qui se permettent encore la possession d’une voiture individuelle.