énergie

mesure d’urgence au journal Le Monde

thèse : Ancien membre du conseil scientifique de l’Institut français du pétrole, Bernard Durand annonce la survenue du pic pétrolier dans cinq à dix ans. Il suggère des « mesures d’urgence » pour endiguer une crise économique sans précédent (LeMonde du 29 septembre).

antithèse : Supplément du Monde du 29 septembre sur le Mondial de l’automobile ; grande photo sur un monstre de 288 ch, vitesse de pointe à 240 km/h. Voitures électriques et greenwashing

synthèse : Première mesure d’urgence à prendre, supprimer les présentations de bagnoles dans LeMonde. Ce qui veut dire soutenir l’indépendance de la presse face au pouvoir publicitaire…  

Sarkozy a-t-il pensé à la carte carbone ?

Le système de valeurs de notre société occidentale occulte complètement la réalité émergente, même si cette réalité va nous frapper durement. Sur le blog toujours bien informé http://petrole.blog.lemonde.fr/, on apprend que selon le département d’analyse du futur de la Bundeswehr, il existe « une certaine probabilité pour que le Peak Oil se produise aux alentours de l’année 2010 ». A moyen terme, des pénuries de biens vitaux, notamment de nourriture, pourraient apparaître. Comme le pétrole intervient directement ou indirectement dans la production de 95 % des biens industriels, le système économique mondial et ses variantes nationales pourraient même s’effondrer. On peut aussi s’inquiéter pour la survie de la démocratie elle-même : devant une crise systémique générale, des alternatives idéologiques du type extrême droite pourraient s’imposer aux yeux d’une population. La rubrique Breakingviews du Monde (12 août 2010) avait d’ailleurs quitté la sphère strictement économiciste pour se pencher sur le pic pétrolier : « Toute transition vers un abandon du pétrole devrait être anticipée avec des décennies d’avance. » L’Agence Internationale de l’Energie était déjà devenue pessimiste dès 2005, la production pétrolière des Etats non-OPEP (Russie, Etats-Unis, Norvège…) déclinant peu après 2010 alors qu’ils fournissent  60 % du brut mondial. L’AIE s’exclamait : « Economisez l’énergie, économisez le pétrole ! Et diversifiez-vous, s’il vous plaît. Sortez du pétrole ! » De plus en plus de monde s’accorde aujourd’hui sur la nécessité de prendre en compte l’empreinte carbone de nos consommations.

Pourtant aucun politique en France ou au niveau international n’a osé jusqu’à présent expliciter les conséquences vertigineuses du pic pétrolier. Le premier homme politique conscient serait Michael Meacher, secrétaire d’état à l’environnement de Tony Blair en 1997. Il avait tiré les conclusions des travaux de l’Aspo, dont le fondateur Colin Campbell est un géologue britannique ; le pic pétrolier mondial est pour bientôt. L’idée de rationnement date de 1996, toujours dans le même pays : un groupe d’économistes proposait de définir un plafond annuel d’émissions de gaz à effet de serre et de diviser le total par le nombre d’habitants. Pour l’heure, le Parlement britannique se contente d’une étude de faisabilité de la carte carbone. En France, Yves Cochet (député vert) a proposé cette carte carbone sans être suivi. En Europe, la Commission européenne l’a simplement évoquée. Selon David Miliband, quand il était ministre britannique de l’environnement sous Tony Blair, la carte carbone serait plus équitable qu’une taxe carbone. En effet, une taxe carbone viendrait gonfler les prix des produits et des services, et alourdirait le premier poste de consommation des ménages modestes, l’énergie.

Alors la question fondamentale se pose : mais que va faire Sarkozy face au pic pétrolier ? Devenir empereur des Français, Sarko 1er 

la date du pic pétrolier

Matt Simmons est mort. Nous apprenons cette nouvelle par l’intermédiaire de la rubrique Breakingviews du Monde (12 août). Pour une fois cette rubrique quitte la sphère strictement économiciste pour se pencher sur le pic pétrolier : « Toute transition vers un abandon du pétrole devrait être anticipée avec des décennies d’avance. » Mais la communauté internationale n’arrive à se concentrer que sur un seul sujet à la fois. La question de la faim dans le monde a été mise de côté par la crise financière, la crise financière a été délaissée pour la question climatique, etc. Or tout est lié et il faut vraiment traiter toutes les questions en même temps, à commencer par l’épuisement du pétrole. Matt Simmons était un banquier, et menait la croisade contre une surévaluation des réserves pétrolières qui entrave toute prévision sur la date exacte du peak oil. Pourtant de nombreux spécialistes commencent à nous avertir.

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les Etats-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. L’Agence Internationale de l’Energie, cette officine chargée depuis 1974 de bercer d’illusions les pays consommateurs, change de discours dans son rapport annuel 2005 : la production des Etats qui ne sont pas membre de l’OPEP (Russie, Etats-Unis, Norvège…) devrait décliner peu après 2010 alors qu’ils fournissent aujourd’hui 60 % du brut mondial : « Economisez l’énergie, économisez le pétrole ! Et diversifiez-vous, s’il vous plaît. Sortez du pétrole ! » Le directeur des études économiques de l’AIE a même le culot de déclarer : « Le pétrole, c’est comme une petite amie, vous savez depuis le début de votre relation qu’elle vous quittera un jour. Pour qu’elle ne vous brise pas le cœur, mieux vaut la quitter avant qu’elle ne vous quitte. »

Au troisième trimestre 2005, Albion a enregistré son premier déficit de balance pétrolière depuis 1980 : les exportations ont représenté 11,2 millions de tonnes alors que les importations atteignaient 13,7 Mt. D’ailleurs les réserves pétrolières sont tombées de 15,4 milliards de barils en 1979 à 4,5 milliards à la fin de 2004. L’Europe ne produit que 8 % du pétrole mondial et déjà les ressources de la mer du Nord ne suffisent plus à la GB ! LeMonde du 16 avril 2008 nous présente un graphique selon lequel la production russe de pétrole atteint un sommet en 2007 à près de 10 millions de barils/jours et commence à baisser en 2008. Un dirigeant du premier groupe pétrolier privé russe (Loukoil) confirme que la Russie est dorénavant dans la même situation que le Mexique, l’Alaska et la mer du Nord, trois régions où la production d’or noir décroît fortement depuis des années en raison de l’épuisement des réserves. L’inquiétude est relancée, le baril atteint plus de 112 dollars.

Le fait est que, en 2007, la production mondiale de pétrole conventionnel a diminué de 0,15 % par rapport à celle de 2006 après avoir augmenté de seulement 0,5 % l’année d’avant (in C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde de Jancovici). Selon un graphique discrètement mis en ligne par le département américain de l’énergie en avril 2009 (source : terraeco de décembre 2009), la production de pétrole conventionnel baisse depuis 2008. Si on ajoute aux réserves les projets identifiés et les pétroles non conventionnels, le pic pétrolier aura quand même lieu en 2011. Glen Sweetnam, principal analyste au sein du département américain de l’énergie (DoE) émet l’hypothèse d’un déclin de la production mondiale de pétrole et de ses substituts à partir de 2011, qui pourrait durer jusqu’en 2015 au moins ! En 2005, Steven Chu, alors patron d’un laboratoire de recherche du DoE, mettait déjà en avant l’hypothèse d’un déclin de la production mondiale de brut dès le début de la décennie 2010.

Le point culminant de la production mondiale de pétrole est envisagée pour 2037 par le National Intelligence Council des USA (qui défend les affabulations américaines), quelque part entre 2013 et 2037 par l’Agence internationale de l’énergie (qui défend les pays riches importateurs), mais avant 2010 par l’Aspo. En résumé, la date du pic pétrolier est encore incertaine, mais son existence incessamment sous peu est une remise en question totale du niveau de vie de la classe globale, tous ceux qui se permettent encore la possession d’une voiture individuelle.

sortons du nucléaire

L’industrie nucléaire poursuit ses activités alors qu’elle devrait les interrompre tant qu’une solution aux problèmes des déchets n’est pas trouvée. Le récent rapport Roussely juge d’ailleurs « indispensable que l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) définisse de façon urgente la planification concernant le centre de stockage profond (à Bure) ».L’industrie nucléaire est la seule industrie qui ait fait pour ses déchets un pari sur l’avenir, celui de savoir les réemployer ou de savoir les faire disparaître, pari qu’elle a manifestement perdu. Les seules solutions proposées sont en réalité des solutions de stockage, il n’en existe à ce jour aucune autre. Et, bien évidemment, le stockage de déchets dont la durée de vie peut être de plusieurs centaines de millions d’années ne saurait constituer une solution acceptable. Comment le lobby nucléaire s’y prend-il pour que les politiques, et Sarkozy le premier, veuille renforcer ce lobby ?

Tout d’abord en jouant, tout au moins en France, sur la définition du mot « déchets ». Le lobby nucléaire a obtenu que, dans la loi sur les déchets radioactifs, ne rentrent dans la catégorie « déchets » que les produits pour lesquels aucun utilisation future n’est prévue ou envisagée. Autrement dit, il n’existe pas juridiquement de déchets radioactifs. De plus l’affirmation selon laquelle des enfouissements pourraient être permanents et sans aucune incidence sur l’environnement est fausse. Il suffit pour s’en convaincre de suivre les déboires gravissimes des Allemands, lesquels ont enfoui dans des mines de sel, censées constituer de véritables coffres-forts étanches, des déchets radioactifs, pour finalement constater une pollution des nappes phréatiques, situation pourtant considérée comme impossible.

En réalité, nous léguons aux générations futures un problème irrésolu en leur interdisant de trouver une autre solution puisque l’irréversibilité sera acquise de fait. De plus, en permettant de ne pas intégrer dans le coût du nucléaire cette incertitude sur l’avenir, elle crée une distorsion insupportable avec le coût des énergies renouvelables, lesquelles coûtent cher à l’investissement mais quasiment rien en fin de vie.

LeMonde du 29 juillet : l’Elysée fait d’EDF le chef de file du nucléaire français.

LeMonde du 30 juillet : des déchets radioactifs en mal de stockage + les retards de l’EPR à Flamanville inquiètent l’Etat

Lire aussi le livre « Sans le nucléaire on s’éclairerait à la bougie (et autres tartes à la crème du discours techno-scientifique) » de Corinne Lepage et Jean-François Bouvet

une décroissance autoritaire et chaotique

La Chine est devenue le premier consommateur mondial d’énergie (AIE, 20 juillet 2010), ce qui accélère la venue du pic pétrolier.  Nous comprenons tout à fait l’analyse suivante de « Guillaume » qui a posté sur le blog http://petrole.blog.lemonde.fr/.  

« Voila comment s’ouvrira l’ère post-pétrolière. Voilà pourquoi nous connaîtrons la décroissance autoritaire et chaotique, faute d’avoir choisi volontairement la décroissance politique, démocratique. Nous avons déjà atteint le plateau ondulant, le peak oil ayant été atteint vers 2005. La baisse de la production se profile d’ici à quelques années. Finalement la période de stagnation de la production sera très courte car nous avons déjà atteint les limites géologiques de la production de pétrole. Les conséquences risquent d’être lourdes :

L’année où la production baissera et où la demande sera alors bien plus forte que l’offre marquera l’ouverture d’une nouvelle ère. Les prix vont exploser, alimentés par la spéculation. La forte augmentation du baril de 2008 n’était qu’une petite réplique avant le grand séisme. La forte volatilité des cours actuels est un grand révélateur. Cette année là, donc, que ce soit 2011 ou 2013 ou 2015, les prix vont exploser. Nos économies “riches” et “avancées”, toujours endolories par la crise des subprimes, entreront dans une profonde récession qui permettront de renforcer les mesures de rigueur et d’achever définitivement nos systèmes de protection sociale. L’aviation civile s’effondrera malgré les aides des Etats. Mais si on raisonne au niveau mondial, c’est un risque d’implosion totale du système économique et financier mondial qui aura lieu.

L’explosion des prix du pétrole limitera d’abord l’accès du pétrole aux pays les plus pauvres, en Afrique et en Asie centrale notamment. Des émeutes de la faim et des guerres civiles surgiront partout. Les pays émergents eux aussi entreront en récession : le renchérissement des coûts des transports porteront un coup fatal à leurs exportations. Les désordres sociaux se multiplieront en Chine et en Inde, lorsque des dizaines de millions de salariés seront licenciés. Le sang coulera. Un très petit groupe de pays tirera les marrons du feu à court terme : les pays producteurs de pétrole ayant une capacité de raffinage suffisante pour leurs propres besoins ! Dont la Russie qui profitera du désordre pour absorber la Géorgie et peut-être d’autres pays de l’ex-URSS. Son influence croissante permettra de re-satelliser ses anciennes “possessions”.

Au nom de la sécurisation des approvisionnements, les grandes puissances enverront des contingents militaires dans les pays producteurs de pétrole et d’uranium de l’Afrique subsaharienne déstabilisés par la crise alimentaire sévissant dans leurs pays. La constitution d’une “forteresse Europe” sera jugée nécessaire (cela sera la mission d’une nouvelle Union de l’Europe des Nations) car “nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde”. Ce qui signifie concrètement la militarisation des frontières européennes. Dans cette forteresse Europe en quasi-guerre civile se développeront des pouvoirs forts (autoritaires), soutenus par la bourgeoisie, pour faire face à l’urgence de la situation. Les partis dits “modérés” perdront le pouvoir au profit de régimes populistes d’extrême droite. Le bouc-émissaire est déjà tout désigné, les droites ayant préparé le terrain : l’étranger, “qui nous mangerait notre pain, et déjà responsable de tous nos maux” (chômage, criminalité, affaiblissement de la protection sociale, perte des valeurs nationales…). Les expulsions prendront des dimensions démesurées alors que dans le même temps, des millions d’affamés se presseront aux portes des pays “développés”.

La perte de productivité immense nécessitera d’abandonner la production d’innombrables biens et services superflus pour se concentrer sur l’essentiel : l’agriculture, l’industrie lourde, le BTP, l’extraction minière, l’armement. La relocalisation de la production sera nécessaire. Le monde rural, sans pétrole, nécessitera de plus en plus de bras pour l’agriculture. Les zones d’activités périphériques, les grandes surfaces seront abandonnées et détruites au profit de la production agricole. Le tourisme sera un lointain souvenir. L’urbanisme sera réformé : la densité primera sur le confort et l’espace. La structure de l’économie sera bouleversée. Tous les secteurs exportateurs, compétitifs dans l’économie ouverte, s’effondreront. Cela se fera dans la douleur.

La méga-dépression entraînera une chute de la demande de pétrole qui permettra une baisse des prix du baril. Ce prix retombera à un niveau acceptable mais supérieur à la période pré-crise. Les économies qui ne se seront pas effondrées se stabiliseront, les pays développés étant les mieux armés ; tandis que les famines et les désastres se multiplieront dans d’autres pays moins chanceux. Ce cycle se répètera à chaque reprise économique, c’est-à-dire à chaque reprise de la demande de pétrole, entraînant à chaque fois un peu plus le monde dans le chaos. Le niveau de vie, y compris dans les pays développés sera complètement bouleversé : il fera chaud l’été et froid l’hiver dans les bâtiments pour la majorité d’entre nous. Le rationnement pétrolier puis alimentaire finiront par être institués. Le troc se développera fortement pour pallier aux déficiences croissantes de l’économie. Les réseaux parallèles, mafieux, l’économie souterraine se développera, tout comme l’usage des drogues.

De ce désordre naîtra un ordre nouveau, totalitaire, raciste, guerrier. La guerre pour le contrôle des ressources et pour juguler l’immigration embrasera le monde, et en particulier les pays pauvres. Il est également envisageable de voir la naissance de conflits entre grandes puissance pour leurs approvisionnements, et notamment le renforcement de l’antagonisme USA/Chine. Notons également que le réchauffement climatique se poursuivra, ses conséquences se faisant crescendo, aggravant ainsi la situation par la multiplication des phénomènes climatiques graves et soudains : inondations, sècheresses, tempêtes, montée du niveau de la mer ce qui entraînera : famines, épidémies, grands déplacements de populations et donc toujours plus de guerre. En quelques années, des centaines de millions de morts seront comptés. »

http://petrole.blog.lemonde.fr/2010/07/20/la-chine-nie-etre-devenue-le-1er-consommateur-mondial-denergie/#comments

 

bientôt le baril à 200 dollars !

Enfin une bonne nouvelle qui, si elle est vraie et reprise par les marchés spéculatifs, nous donnera le baril de pétrole à bientôt 200 dollars. L’Arabie Saoudite, premier producteur mondial de pétrole, aurait mis un terme à la prospection sur son sol afin d’épargner ses richesses et les transmettre aux générations futures, selon une déclaration du roi Abdallah datée du 1er juillet.

L’arrêt du développement de nouveaux champs pétroliers en Arabie Saoudite menace de compliquer un peu plus l’avenir de la production mondiale de pétrole, face à une demande toujours plus forte. En effet, le royaume détient à lui seul 20 % des réserves mondiales d’or noir.

http://petrole.blog.lemonde.fr  (07 juillet 2010)

Nous n’aurons plus besoin de la taxe carbone et de ses funestes tergiversations ; il faudra faire preuve de sobriété énergétique et même, un jour, se passer de la voiture individuelle…

le prix du gaz augmente, peut-il en être autrement ?

Les politiques, de droite comme de gauche, nous préparent des lendemains qui déchantent. En trois mois, les prix du gaz ont progressé de 12 à 15 % en moyenne pour les 10,8 millions de foyers utilisant cette énergie (cuisine, eau chaude, chauffage). La précarité énergétique explose : entre 2008 et 2009, le nombre de coupures est passé de 10 000 à 100 000. Environ 300 000 consommateurs risquent la coupure en 2010. Indexé sur le prix du pétrole qui monte qui monte, d’autres voudraient que le prix du gaz suive le marché à court terme, déprimé à cause de la surabondance actuelle de gaz aux provenances nombreuses : Norvège, Algérie, Russie, Pays-Bas. (LeMonde du 26 juin)

La ministre Christine Lagarde réclame une pause pendant six mois de la hausse des tarifs du gaz. Mais après ? Notons que les réserves de pétrole sont environ de 40 années vu la consommation actuelle, mais le gaz s’épuise presque aussi vite, 50 années de réserves. Que vont faire les riches et les pauvres quand le pétrole et le gaz atteindront bientôt des hauteurs non prévues par nos « experts » (en libéralisme). Pourtant, en toute logique économique, la rareté croissante entraîne la hausse des prix, mais les marchés qui fonctionnent dans le court terme n’indiquent rien de cette évidence. Demain, bientôt, se chauffer deviendra un luxe et ce n’est pas en décrétant une pause que les contraintes géophysiques disparaîtront.

Le manque de courage politique n’est pas propre à Mme lagarde. En 2006 le ministre de l’économie et des finances Thierry Breton s’était opposé à une augmentation de 7,5 % ; il ne respectait même pas des règles qu’il avait lui-même édictées. Dans le texte de la motion finale du Mans (novembre 2005), le PS avait constaté que  « L’équilibre de la planète est en danger, la fin des énergies faciles est programmée ». Nous serions bien curieux de savoir si les socialistes décideraient une augmentation ferme et résolue du prix du gaz s’ils revenaient au pouvoir en 2012… Les vrais politiques sont ceux qui regardent la réalité en face et qui nous permettent de faire face aux difficultés.

contre la relance du nucléaire

La Suède veut construire des nouvelles centrales, n’importe quoi ! Les nucléocrates ont tort de se réjouir, cette décision n’est qu’un leurre : en décidant qu’aucun argent public ne sera attribué, les autorités suédoises ont en réalité déjà enterré tout projet industriel. De plus la loi fait porter aux propriétaires des réacteurs une responsabilité totale en cas d’accident. Les investisseurs potentiels se rappelleront qu’en 2006 un court circuit avait provoqué le black-out d’un réacteur suédois à Forsmark. Deux générateurs de secours ayant refusé de démarrer pendant plus de 20 minutes, le cœur du réacteur nucléaire n’a plus été refroidi suffisamment. Selon un ancien responsable de cette centrale, « c’est l’événement le plus dangereux depuis Harrisburg et Tchernobyl ». Comme de plus aucune compagnie d’assurance ne couvre le risque nucléaire, il faut être fou ou techno-dévot pour croire au nucléaire en Suède ou ailleurs.

Le nucléaire était et restera une source d’énergie complètement marginale. La part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée en peu de temps de 17 % à moins de 13 %, et continue de chuter. Au niveau de la consommation totale d’énergie, le nucléaire couvre moins de 2 % de la consommation mondiale d’énergie, une part infime et en déclin (c’était encore 2,5 % en 2007). A comparer avec les énergies renouvelables qui couvrent déjà 18 % de la consommation mondiale d’énergie : encore insuffisant, certes, mais l’atome est largement perdant !

Enfin le nucléaire est non seulement bridé par l’épuisement des réserves d’uranium (pas plus de 60 ans au rythme de la consommation actuelle), mais il faut aussi tenir compte des risques :

          La gestion durable des déchets radioactifs, toujours sans solution dans le monde entier ;

          La dépendance des pays par rapport à la nécessité d’importer l’uranium, l’exploitation des pays producteurs ;

          La militarisation de la société nucléarisée, nécessaire pour une activité centralisée, très dangereuse, et susceptible d’attentats terroristes ;

          La prolifération, ce qui permet à des pays de construire des centrales et d’accéder à la bombe.

L’idée défendue par les sociaux-démocrates suédois, au pouvoir de 1994 à 2006, était que les réacteurs actuels ne seraient démantelés que lorsque leur production d’électricité serait compensée par de nouvelles sources d’énergie. Nous constatons là où ailleurs qu’aucun politique n’a le courage d’expliquer à la population que la seule solution durable est de diminuer la consommation d’énergie. C’est seulement parce que nous regardons la réalité en face qu’un sursaut est possible.

démocratie nucléaire à la suédoise !

Ainsi va la démocratie, qui dit « sortir du nucléaire » un jour et son contraire le lendemain. En 1980, les Suédois avaient choisi 2010 comme date butoir pour le démantèlement du nucléaire. Nous sommes en 2010 et le parlement suédois vient de voter en faveur du remplacement des dix réacteurs nucléaires du pays lorsque ceux-ci seront arrivés au terme de leur durée d’exploitation. Alors qu’un référendum  en 1980 permettait d’abandonner le nucléaire, une loi prévoit maintenant l’abandon du démantèlement (« La Suède fait volte-face », LeMonde du 19 juin). Vox populi n’est pas la voix de Dieu ! Comment s’y retrouver ?

Sur 10 commentateurs de l’article du Monde, 8 sont le fait de pro-nucléaires qui crient déjà victoire de façon concertée :

– Le nucléaire fait quand même moins de dégâts que le pétrole.

– Lucide réalisme de la Suède. Loin du « politiquement correct écologiste ».

– Rattrapés par la réalité…

– Il est peut-être temps que la France engage le même débat courageux et décide de renouveler son parc de centrales nucléaires, voire de l’élargir, avant qu’il ne soit trop tard …

– Décision de bon sens. Pas d’alternative au nucléaire aujourd’hui. La bêtise a été d’arrêter Superphénix…

– ça sent la fin du pétrole, bientôt on reparlera de la surgénération à cause du faible stock mondial d’uranium.

– La seule réponse crédible pour l’Occident à l’explosion de la demande d’énergie est le nucléaire, voir aussi : Radiation and Reason: The Impact of Science on a Culture of Fear

– Nous savons maintenant – Radiation and Reason: The Impact of Science on a Culture of Fear – que le nucléaire a été diabolisé et qu’il présente, pour le moment la seule alternative sérieuse au pétrole…

Le débat paraît donc « ouvert ». Mais pour nous il est réglé, les Suédois aujourd’hui font la même erreur que Sarkozy, le nucléaire n’a pas d’avenir : le lobby pro-nucléaire n’a pas d’argument. La preuve ? Les commentaires ci-dessus s’expriment seulement en termes incantatoires.

démocratie nucléaire à la suédoise !

Ainsi va la démocratie, qui dit « sortir du nucléaire » un jour et son contraire le lendemain. En 1980, les Suédois avaient choisi 2010 comme date butoir pour le démantèlement du nucléaire. Nous sommes en 2010 et le parlement suédois vient de voter en faveur du remplacement des dix réacteurs nucléaires du pays lorsque ceux-ci seront arrivés au terme de leur durée d’exploitation. Alors qu’un référendum  en 1980 permettait d’abandonner le nucléaire, une loi prévoit maintenant l’abandon du démantèlement (« La Suède fait volte-face », LeMonde du 19 juin). Vox populi n’est pas la voix de Dieu ! Comment s’y retrouver ?

Sur 10 commentateurs de l’article du Monde, 8 sont le fait de pro-nucléaires qui crient déjà victoire de façon concertée :

– Le nucléaire fait quand même moins de dégâts que le pétrole.

– Lucide réalisme de la Suède. Loin du « politiquement correct écologiste ».

– Rattrapés par la réalité…

– Il est peut-être temps que la France engage le même débat courageux et décide de renouveler son parc de centrales nucléaires, voire de l’élargir, avant qu’il ne soit trop tard …

– Décision de bon sens. Pas d’alternative au nucléaire aujourd’hui. La bêtise a été d’arrêter Superphénix…

– ça sent la fin du pétrole, bientôt on reparlera de la surgénération à cause du faible stock mondial d’uranium.

– La seule réponse crédible pour l’Occident à l’explosion de la demande d’énergie est le nucléaire, voir aussi : Radiation and Reason: The Impact of Science on a Culture of Fear

– Nous savons maintenant – Radiation and Reason: The Impact of Science on a Culture of Fear – que le nucléaire a été diabolisé et qu’il présente, pour le moment la seule alternative sérieuse au pétrole…

Le débat paraît donc « ouvert ». Mais pour nous il est réglé, les Suédois aujourd’hui font la même erreur que Sarkozy, le nucléaire n’a pas d’avenir : le lobby pro-nucléaire n’a pas d’argument. La preuve ? Les commentaires ci-dessus s’expriment seulement en termes incantatoires.

l’effondrement de notre société complexe

D’un côté on a peur que les plans d’austérité ne compromettent la croissance, de l’autre on nous voudrait « rationnés, mais heureux » (contre-enquête du Monde  / chronique d’Hervé Kempf, 12 mai). D’un côté il y a la pensée dominante selon laquelle bonheur et emploi dépendent de la croissance économique, de l’autre l’idée nouvelle que, confrontés au pic pétrolier et au réchauffement climatique, si nous ne pratiquons pas le rationnement choisi, ce sera un rationnement violent qui s’imposera. Qui croire ?

Il faut d’abord constater que la rigueur budgétaire qui s’impose à la Grèce, la France ou l’Espagne pour résorber les déficits est une nécessité absolue. Que ce soit un ménage ou un pays, il est impossible de vivre indéfiniment à crédit. Il faut ajouter que la planète nous a fait une avance non remboursable en mettant gratuitement à notre disposition des ressources naturelles non renouvelables. Cette période faste est en train de se clore par épuisement du crédit et des ressources minières. Ces deux éléments réunis nous montrent que la société de croissance est derrière nous, il faut inventer autre chose. L’analyse de Joseph Tainter (dont le livre The Collapse of Complexe Societies est malheureusement non traduit en français) pousse au pessimiste. L’avenir est sombre pas simplement pour des raison financières ou écologique, mais parce qu’une société trop complexe s’effondre sous son propre poids et que les dirigeants refusent le passage en douceur : « Les élites qui profitent de la complexité refusent tout changement qui réduirait leur prélèvement sur la richesse produite. C’est le blocage ! » (cité par Yves Mamou qui cite Clay Shirky).

J.Tainter affirme que le propre de l’histoire humaine a été la création de mécanismes sociaux et technologiques de plus en plus complexes permettant de s’approprier l’énergie disponible dans l’environnement. L’augmentation de l’apport énergétique permet l’expansion de la communauté humaine. La population augmente en nombre, la vie sociale s’intensifie et se diversifie. La quantité d’énergie disponible ne suffit plus à satisfaire les besoins d’une population de plus en plus nombreuse, à défendre l’Etat contre les envahisseurs ni à entretenir les infrastructures. Le déclin se manifeste à travers la réduction des surplus alimentaires, la diminution de la consommation d’énergie par habitant, la déréliction des infrastructures de base, une méfiance croissante à l’égard de l’Etat, une anarchie grandissante, le dépeuplement des zones urbaines et les incursions de plus en plus fréquentes de bandes de pillards. Selon Tainter, une civilisation pleinement développée est au bord de l’effondrement lorsqu’elle atteint un seuil au-delà duquel le simple maintien en l’état de ses structures requiert une dépense d’énergie croissante, tandis que la quantité d’énergie qu’elle est en mesure d’assurer à chaque habitant ne cesse de diminuer. La société civilisée s’effondre brutalement lorsque cesse soudainement l’afflux d’énergie. Nous y sommes ! (in L’économie hydrogène de Jérémy Rifkin (éditions La découverte, 2002)

Sans les combustibles fossiles, la civilisation industrielle moderne cesserait immédiatement d’exister. Refuser la sobriété énergétique et l’égalisation des conditions aujourd’hui, c’est subir un rationnement violent et inégalitaire demain.

l’effondrement de notre société complexe

D’un côté on a peur que les plans d’austérité ne compromettent la croissance, de l’autre on nous voudrait « rationnés, mais heureux » (contre-enquête du Monde  / chronique d’Hervé Kempf, 12 mai). D’un côté il y a la pensée dominante selon laquelle bonheur et emploi dépendent de la croissance économique, de l’autre l’idée nouvelle que, confrontés au pic pétrolier et au réchauffement climatique, si nous ne pratiquons pas le rationnement choisi, ce sera un rationnement violent qui s’imposera. Qui croire ?

Il faut d’abord constater que la rigueur budgétaire qui s’impose à la Grèce, la France ou l’Espagne pour résorber les déficits est une nécessité absolue. Que ce soit un ménage ou un pays, il est impossible de vivre indéfiniment à crédit. Il faut ajouter que la planète nous a fait une avance non remboursable en mettant gratuitement à notre disposition des ressources naturelles non renouvelables. Cette période faste est en train de se clore par épuisement du crédit et des ressources minières. Ces deux éléments réunis nous montrent que la société de croissance est derrière nous, il faut inventer autre chose. L’analyse de Joseph Tainter (dont le livre The Collapse of Complexe Societies est malheureusement non traduit en français) pousse au pessimiste. L’avenir est sombre pas simplement pour des raison financières ou écologique, mais parce qu’une société trop complexe s’effondre sous son propre poids et que les dirigeants refusent le passage en douceur : « Les élites qui profitent de la complexité refusent tout changement qui réduirait leur prélèvement sur la richesse produite. C’est le blocage ! » (cité par Yves Mamou qui cite Clay Shirky).

J.Tainter affirme que le propre de l’histoire humaine a été la création de mécanismes sociaux et technologiques de plus en plus complexes permettant de s’approprier l’énergie disponible dans l’environnement. L’augmentation de l’apport énergétique permet l’expansion de la communauté humaine. La population augmente en nombre, la vie sociale s’intensifie et se diversifie. La quantité d’énergie disponible ne suffit plus à satisfaire les besoins d’une population de plus en plus nombreuse, à défendre l’Etat contre les envahisseurs ni à entretenir les infrastructures. Le déclin se manifeste à travers la réduction des surplus alimentaires, la diminution de la consommation d’énergie par habitant, la déréliction des infrastructures de base, une méfiance croissante à l’égard de l’Etat, une anarchie grandissante, le dépeuplement des zones urbaines et les incursions de plus en plus fréquentes de bandes de pillards. Selon Tainter, une civilisation pleinement développée est au bord de l’effondrement lorsqu’elle atteint un seuil au-delà duquel le simple maintien en l’état de ses structures requiert une dépense d’énergie croissante, tandis que la quantité d’énergie qu’elle est en mesure d’assurer à chaque habitant ne cesse de diminuer. La société civilisée s’effondre brutalement lorsque cesse soudainement l’afflux d’énergie. Nous y sommes ! (in L’économie hydrogène de Jérémy Rifkin (éditions La découverte, 2002)

Sans les combustibles fossiles, la civilisation industrielle moderne cesserait immédiatement d’exister. Refuser la sobriété énergétique et l’égalisation des conditions aujourd’hui, c’est subir un rationnement violent et inégalitaire demain.

le baril à 200 dollars (suite)

Matthieu Auzanneau : Pic pétrolier, ça va mal ?

Glen Sweetnam, directeur de la division internationale de l’Administration de l’information sur l’énergie à Washington, se contente d’évoquer des problèmes économiques conjoncturels, un simple défaut provisoire d’investissements. D’autres experts du pétrole proclament que nous faisons face à une limite géologique absolue : sur l’arbre fruitier, on cueille d’abord les fruits les plus beaux et à portée de main, avant de se résoudre à aller chercher ceux qui sont gâtés, là haut, sur les branches les plus difficiles à atteindre.

Depuis huit ans que je m’intéresse à ce débat, j’ai fini par comprendre que l’alternative entre limite économique (passagère) et géologique (définitive) n’est qu’un trompe-l’œil. C’est vrai, il y a encore tout un tas de ressources en carbone fossile à exploiter. Il est possible – extrêmement délicat, coûteux et polluant, mais… possible – de forer au large du Grand Nord, ou à des milliers de mètres de profondeur en face des côtes brésiliennes. On peut même envisager de construire des centrales nucléaires pour générer l’énergie nécessaire à la transformation en essence des pétroles « lourds ».

Soyons plus pragmatiques : tous ces pétroles « lourds » et « non-conventionnels » ne PEUVENT PAS être recueillis AUSSI VITE que les plus beaux fruits qui menacent de devenir moins disponibles dans un avenir proche, les light sweet crude, arabian light,… qui font tourner le moteur de l’économie mondiale depuis plus d’un demi-siècle. Pour reprendre le concept de l’historien et économiste Joseph A. Tainter, on peut parler d’un « rendement décroissant de l’investissement marginal dans la complexité ». Ceci revient à dire que le pétrole risque quoi qu’il arrive de devenir plus rare et plus cher à mesure que le temps passera, mutant en menace pour l’organisation économique et sociétale qu’il a largement contribué à fonder. Et plus seulement à cause du réchauffement climatique.

http://petrole.blog.lemonde.fr/2010/03/30/combien-compte-le-petrole/

bientôt le baril à 200 dollars

Tout s’accélère, le baril à 150 dollars il y a peu, puis la crise des subprimes, le volcan qui cloue les avions au sol, maintenant la crise grecque, la marée noire aux USA et bientôt le peak oil et le baril  de pétrole à 200 dollars. Nous ne sommes pas les seuls à nous inquiéter de l’imminence du pic pétrolier, ainsi Matthieu Auzanneau, http://petrole.blog.lemonde.fr/. Voici un résumé de son blog :

« Une table-ronde d’économistes du pétrole a eu lieu à Washington en avril 2009. Je m’intéresse depuis huit ans au débat sur l’épuisement des réserves pétrolières, et je n’ai jamais vu un document aussi inquiétant venant de Washington. Glen Sweetnam, principal analyste au sein du département américain de l’énergie (DoE) émet l’hypothèse d’un déclin de la production mondiale de pétrole et de ses substituts à partir de 2011, qui pourrait durer jusqu’en 2015 au moins ! La production pétrolière maximale a sans doute était atteinte et les conséquences de cette assertion sont vertigineuses. Il est évident que si ce n’était pas Glen Sweetnam mais le secrétaire à l’énergie américain en personne, Steven Chu, prix Nobel de physique, qui laissait filtrer ce genre de diagnostic, une panique financière serait quasi certaine. Or en 2005, Steven Chu, alors patron d’un laboratoire de recherche du DoE, mettait en avant l’hypothèse d’un déclin de la production mondiale de brut dès le début de l’actuelle décennie.

Indice d’une stratégie plus large de la part de Washington ? Fin mars, le Pentagone publiait un rapport envisageant “une crise énergétique sévère” d’ici à 2015. Si elle advient, cette crise fera des dégâts colossaux, souligne l’état-major interarmées US. Le rapport du Pentagone table sur un déficit de production face à la demande qui atteindrait en 2015 l’équivalent de la production de l’Arabie Saoudite ! Encore plus surprenant : un rapport précédent du Pentagone publié en 2008 (!) établissait déjà strictement le même pronostic, lui aussi passé inaperçu : http://www.jfcom.mil/newslink/storyarchive/2010/JOE_2010_o.pdf »

Moins nous serons préparés à gérer le pic pétrolier, plus la panique financière entraînera une panique sociale indescriptible !

pétrole offshore, ça commence à bien faire !

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les Etats-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. Cela a contribué à expliquer le choc pétrolier de 1973 puisque les pays de l’OPEP pouvaient dorénavant faire pression sur la première puissance mondiale. Un graphique (LeMonde du 16 avril 2008) nous indiquait que la production russe de pétrole avait atteint un sommet en 2007 et commençait à baisser en 2008. Un dirigeant du premier groupe pétrolier privé russe (Loukoil) confirmait que la Russie est dorénavant dans la même situation que le Mexique, l’Alaska et la mer du Nord, trois régions où la production d’or noir décroît fortement depuis des années en raison de l’épuisement des réserves.

Au niveau mondial, la production de pétrole conventionnel baisse depuis 2008 si on en croit un graphique discrètement mis en ligne par le département américain de l’énergie en avril 2009 (source : terraeco de décembre 2009). Le fait est que, en 2007, la production mondiale de pétrole conventionnel a diminué de 0,15 % par rapport à celle de 2006 après avoir augmenté de seulement 0,5 % l’année d’avant. Si on ajoute aux réserves les projets identifiés et les pétroles non conventionnels, le pic pétrolier aura quand même lieu en 2011. Selon d’autres sources (les spécialistes de l’ASPO, Association for the study of peak oil and gas), le pic de pétrole conventionnel fut atteint en 2005. Pour tous les liquides hydrocarbonés (le pétrole non conventionnel), ce fut en 2008. De plus l’énergie nette, celle qui est accessible à l’utilisateur final quand on a soustrait l’énergie utilisée lors de sa production est en diminution constante. Il y a un siècle, il fallait à peu près 1 baril de pétrole pour en mettre 100 dans le réservoir de votre voiture ; maintenant, il faut 1 baril pour en mettre 15 seulement.

L’après-pétrole a donc déjà commencé, mais tout est fait pour nous le cacher. Malgré la marée noire aux Etats-Unis, les pétroliers continueront l’exploitation offshore (titre du Monde du 5 mai 2010). La part du brut extrait en mer représente désormais près du tiers de la production mondiale. On veut chercher le pétrole à des profondeurs abyssales, à – 3000 mètres au Brésil. Pour faire face à l’inéluctable déplétion pétrolière, on va pomper jusqu’aux dernières gouttes ; les ingénieurs font preuve de prouesses techniques pour nous faire croire que la civilisation thermo-industrielle peut encore parier sur la croissance économique. Vanité, vanité, tout cela n’est que vanité face aux contraintes géologiques. L’administration Obama doit décréter d’urgence un moratoire sur l’offshore, l’humanité doit décréter une diminution concertée et drastique de la consommation de pétrole. Il n’y a pas que le réchauffement climatique qui nous menace, il y a aussi le pic énergétique mondial.

la Banque mondiale déraille

Nous ne pouvons plus construire de centrales au charbon, ni en Afrique du sud, ni en Chine, ni ailleurs. Des spécialistes du carbone comme Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean vont encore plus loin : « Pour que les émissions de CO2 ne mettent pas nos enfants dans un enfer climatique, il faut supprimer l’ensemble des centrales à charbon dans les vingt ans à venir. » James Hansen le climatologue, célèbre pour avoir le premier alerté en 1988 de la réalité des périls du réchauffement, a même demandé début 2009 à « Michelle et Barack » de bannir le charbon. Pourquoi ? Selon le GIEC, si nous consommons tout le charbon accessible, la température planétaire pourrait monter de plus de 10° C à moyen terme. Pourtant la Banque mondiale envisage de prêter à l’Afrique du Sud pour construire une énorme centrale au charbon (LeMonde du 9 avril). La banque mondiale raisonne encore selon ses vieux schémas.

Les partisans des vieux schémas vont dire que la population doit accéder à l’électricité, et quand elle a l’électricité, que c’est devenu un besoin nécessaire. Ils vont dire comme la directrice pour les projets de développement durable dans la région Afrique qu’il n’y a « pas d’alternative au charbon à court terme ». Ils vont dire que les pays émergents ont droit  à l’électricité. Ils nous mènent donc droit dans le mur. En 1800, les 10 millions de tonnes de charbon consommés par le monde le sont presque entièrement en Grande-Bretagne. Au milieu du XIXe siècle, on consommera en Amérique du Nord moins de trois millions de tonnes par an. La centrale prévue en Afrique du sud consommerait chaque année 14,6 millions de tonnes. Personne au niveau politique n’a l’air de se rendre compte que non seulement c’est l’enfer climatique assuré pour nos générations futures, mais que le charbon est une source d’énergique limitée et non reproductible dont la fin est programmée.

Une seule solution, il faudrait que les pays développés montrent l’exemple et restreignent leurs besoins en électricité à allant à l’essentiel. L’électricité ne peut servir à des jeux vidéos débiles ou à des heures de télévision à contempler le vide… Il y a tellement d’autres choses à faire.

NON aux barrages géants

Il serait insensé de renoncer à une telle ressource. C’est ainsi que se conclut l’article sur le projet du « premier très grand barrage vert » sur un affluent de l’Amazone (LeMonde du 23 février). Peu importe le déplacement de population, l’hostilité des populations autochtones, les excavations géantes, les émissions de gaz méthane, le chaos social. Il faut assurer l’autosuffisance du Brésil en électricité pour soutenir une croissance économique autour de 5 % chaque année. Comme d’habitude, c’est la fuite en avant, la croissance pour la croissance. Mais il y a des insensés qui raisonnent :

Le concepteur du barrage te dit : « Nous nous attendons à une augmentation des besoins en électricité et, en tant que décideurs, nous risquons d’être fortement critiqués s’il y a une pénurie d’électricité. Il faut donc construire un nouveau barrage. »

Tu peux rétorquer : « Mais êtes-vous sûr qu’il y ait plus de besoin en électricité ? » Il dira : « Oh ! oui, regardez les chiffres. Il y a tant de pour cent d’augmentation. » Alors tu rebondis : « Il y a une augmentation de la demande sur le marché, et vous appelez ça un besoin ? » Ensuite, après quelques échanges, il répond : « Non, non, bien sûr. Nombre de demandes ne reflètent par des besoins réels. » « Mais alors, en tant qu’individu, vous accédez à une demande sans vous poser de questions ? Si toutes les nations consommaient autant d’électricité par personne que les Etats-Unis, ce serait certainement une catastrophe. Quelle est la justification éthique ? Ne serait-il pas nécessaire de diminuer la consommation d’énergie ? »

Ce décideur politique, qui avait dit oui à une grosse, très grosse centrale électrique, admettra à peu près tout ce que tu lui diras en tant qu’écologiste. Mais il ajoutera « C’est trop tôt, ce n’est pas encore possible politiquement. Vous voulez que je quitte la politique ? » Ce à quoi tu répondras : « Je comprends ce que vous voulez dire. Oui, je comprends. Mais notre objectif à long terme est construit sur la base de prémisses beaucoup plus profondes que celles sur lesquelles repose votre argumentation. Tout ce que nous pouvons vous demander, c’est que vous reconnaissiez au moins une fois que vous êtes d’accord avec nous. Adoptez la perspective du long terme ! »

Si cet homme politique soutient désormais de temps à autre quelques-uns des objectifs fondamentaux de l’écologie profonde, son schéma d’argumentation ne sera plus aussi superficiel. Il sera sauvé, si l’on peut dire. Mais l’énergie hydroélectrique n’est pas mauvaise en soi. Ce qui est sujet à caution, c’est le fait que, plus la centrale hydroélectrique sera grande, plus elle fera de dégâts.

NON aux barrages géants

Il serait insensé de renoncer à une telle ressource. C’est ainsi que se conclut l’article sur le projet du « premier très grand barrage vert » sur un affluent de l’Amazone (LeMonde du 23 février). Peu importe le déplacement de population, l’hostilité des populations autochtones, les excavations géantes, les émissions de gaz méthane, le chaos social. Il faut assurer l’autosuffisance du Brésil en électricité pour soutenir une croissance économique autour de 5 % chaque année. Comme d’habitude, c’est la fuite en avant, la croissance pour la croissance. Mais il y a des insensés qui raisonnent :

Le concepteur du barrage te dit : « Nous nous attendons à une augmentation des besoins en électricité et, en tant que décideurs, nous risquons d’être fortement critiqués s’il y a une pénurie d’électricité. Il faut donc construire un nouveau barrage. »

Tu peux rétorquer : « Mais êtes-vous sûr qu’il y ait plus de besoin en électricité ? » Il dira : « Oh ! oui, regardez les chiffres. Il y a tant de pour cent d’augmentation. » Alors tu rebondis : « Il y a une augmentation de la demande sur le marché, et vous appelez ça un besoin ? » Ensuite, après quelques échanges, il répond : « Non, non, bien sûr. Nombre de demandes ne reflètent par des besoins réels. » « Mais alors, en tant qu’individu, vous accédez à une demande sans vous poser de questions ? Si toutes les nations consommaient autant d’électricité par personne que les Etats-Unis, ce serait certainement une catastrophe. Quelle est la justification éthique ? Ne serait-il pas nécessaire de diminuer la consommation d’énergie ? »

Ce décideur politique, qui avait dit oui à une grosse, très grosse centrale électrique, admettra à peu près tout ce que tu lui diras en tant qu’écologiste. Mais il ajoutera « C’est trop tôt, ce n’est pas encore possible politiquement. Vous voulez que je quitte la politique ? » Ce à quoi tu répondras : « Je comprends ce que vous voulez dire. Oui, je comprends. Mais notre objectif à long terme est construit sur la base de prémisses beaucoup plus profondes que celles sur lesquelles repose votre argumentation. Tout ce que nous pouvons vous demander, c’est que vous reconnaissiez au moins une fois que vous êtes d’accord avec nous. Adoptez la perspective du long terme ! »

Si cet homme politique soutient désormais de temps à autre quelques-uns des objectifs fondamentaux de l’écologie profonde, son schéma d’argumentation ne sera plus aussi superficiel. Il sera sauvé, si l’on peut dire. Mais l’énergie hydroélectrique n’est pas mauvaise en soi. Ce qui est sujet à caution, c’est le fait que, plus la centrale hydroélectrique sera grande, plus elle fera de dégâts.

la nucléocrate Lauvergeon

Le problème avec les technocrates qui gèrent nos entreprises, c’est qu’ils intériorisent les objectifs de leur entreprises comme si c’était leur propre raison d’être. Ainsi Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva, vit et rêve nucléaire. Bien sûr elle n’est pas prête à tout pour conquérir un marché et c’est pour cela qu’elle ne construira pas de centrales à Abou Dhabi : elle ne se voyait pas s’engager pour les soixante ans de vie des réacteurs, « ce n’est pas le métier d’Areva » (LeMonde du 19 janvier). Ce qui est le plus étonnant dans son  attitude, c’est qu’elle commence à avoir un prisme écolo, genre générations futures : « Je crois au nucléaire et je me sens responsable vis-à-vis de mes enfants et de leurs enfants. » Il est vrai qu’elle ne se mouille pas, raisonner sur deux générations, c’est pas beaucoup plus durable que la durée de vie d’un réacteur. Elle oublie simplement ceux qui vont se coltiner les déchets radioactifs pendant quelques siècles. Madame Lauvergeon plaide aussi pour un débat « objectif » : « Le nucléaire n’est pas LA solution ». Il faudrait donc de l’efficacité énergétique et un « mix » avec les énergies renouvelables. Mais la technocrate d’Areva ne peut être objective, son entreprise doit vendre, donc elle se situe uniquement sur des choix de second rang, sur une problématique d’offre d’énergie. Madame Lauvergeon pense comme Areva qu’il faut « produire deux fois plus d’électricité d’ici à 2050 ».

Nous attendons de plus en plus désespérément qu’un responsable d’une grande entreprise énergétique tienne un discours digne de sa haute responsabilité et mette en avant les priorités de premier rang, c’est-à-dire la maîtrise de la demande d’énergie. Réduire la consommation, une décision qui choque ? Peu importe, un décideur digne de ce nom pense d’abord aux générations futures et condamne politiques et économistes scotchés à l’idée qu’il faut toujours plus et gagner plus.

Que Lauvergeon-Areva glisse en passant qu’il faut diviser par deux les émissions de CO2 d’ici à 2050 montre aussi la duplicité de la technocratie régnante. Nous mettons au défi Lauvergeon-Areva de prouver qu’on peut produire deux fois plus d’électricité tout en divisant par deux les émissions de gaz à effet de serre.

l’oxymore des Emirats arabes unis

Le propre de l’oxymore est de rapprocher deux réalités contradictoires. Développement durable, agriculture raisonnée, marché civilisationnel, financiarisation durable, flexisécurité, moralisation du capitalisme, vidéoprotection, etc. La montée des oxymores constitue un des faits révélateurs de la société contemporaine. Le clip publicitaire qui nous montrait la chevauchée d’un 4×4 dans un espace vierge cherche à nous conditionner à l’idéologie consumériste : en associant deux réalités contradictoires, l’espace naturel et la machine qui le dévore, il nous suggère perfidement la possibilité de leur conciliation. Si la contradiction et le conflit sont inhérents à tout univers mental, ils atteignent dans le nôtre une dimension inégalée. (La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust)

Un exemple frappant d’oxymore nous est offert par LeMonde du 17 novembre : « Les Emirats arabes unis préparent l’après-pétrole en misant sur l’aéronautique. » Sachant que les avions utilisent du kérosène, et que le kérosène c’est du pétrole, on ne voit pas pourquoi des pièces détachées pour les A330 et autres plus lourds que l’air serait un investissement d’avenir. Le pétrole conventionnel, y’en a pour moins de 40 ans. L’émirat d’Abu Dhabi n’en est pas à sa première folie Alors qu’Abu Dhabi affiche l’empreinte écologique la plus élevée de la planète, il a posé cette année les premières pierres d’une cité écologique, Masdar city. En plein désert. Là où ne peuvent vivre que les campements de tentes et les chameaux.. C’est ici le lieu de rappeler l’étymologie grecque d’oxymore, qui signifie « folie aiguë ».

Plus l’on produira des oxymores, plus les gens seront soumis à une sorte de double bind permanent. Ils seront désorientés et inaptes à penser et à accepter les mesures radicales qui s’imposeraient dans l’ère de l’après-pétrole. Comme disait le perspicace Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï : « Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau. »