énergie

la nucléocrate Lauvergeon

Le problème avec les technocrates qui gèrent nos entreprises, c’est qu’ils intériorisent les objectifs de leur entreprises comme si c’était leur propre raison d’être. Ainsi Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva, vit et rêve nucléaire. Bien sûr elle n’est pas prête à tout pour conquérir un marché et c’est pour cela qu’elle ne construira pas de centrales à Abou Dhabi : elle ne se voyait pas s’engager pour les soixante ans de vie des réacteurs, « ce n’est pas le métier d’Areva » (LeMonde du 19 janvier). Ce qui est le plus étonnant dans son  attitude, c’est qu’elle commence à avoir un prisme écolo, genre générations futures : « Je crois au nucléaire et je me sens responsable vis-à-vis de mes enfants et de leurs enfants. » Il est vrai qu’elle ne se mouille pas, raisonner sur deux générations, c’est pas beaucoup plus durable que la durée de vie d’un réacteur. Elle oublie simplement ceux qui vont se coltiner les déchets radioactifs pendant quelques siècles. Madame Lauvergeon plaide aussi pour un débat « objectif » : « Le nucléaire n’est pas LA solution ». Il faudrait donc de l’efficacité énergétique et un « mix » avec les énergies renouvelables. Mais la technocrate d’Areva ne peut être objective, son entreprise doit vendre, donc elle se situe uniquement sur des choix de second rang, sur une problématique d’offre d’énergie. Madame Lauvergeon pense comme Areva qu’il faut « produire deux fois plus d’électricité d’ici à 2050 ».

Nous attendons de plus en plus désespérément qu’un responsable d’une grande entreprise énergétique tienne un discours digne de sa haute responsabilité et mette en avant les priorités de premier rang, c’est-à-dire la maîtrise de la demande d’énergie. Réduire la consommation, une décision qui choque ? Peu importe, un décideur digne de ce nom pense d’abord aux générations futures et condamne politiques et économistes scotchés à l’idée qu’il faut toujours plus et gagner plus.

Que Lauvergeon-Areva glisse en passant qu’il faut diviser par deux les émissions de CO2 d’ici à 2050 montre aussi la duplicité de la technocratie régnante. Nous mettons au défi Lauvergeon-Areva de prouver qu’on peut produire deux fois plus d’électricité tout en divisant par deux les émissions de gaz à effet de serre.

l’oxymore des Emirats arabes unis

Le propre de l’oxymore est de rapprocher deux réalités contradictoires. Développement durable, agriculture raisonnée, marché civilisationnel, financiarisation durable, flexisécurité, moralisation du capitalisme, vidéoprotection, etc. La montée des oxymores constitue un des faits révélateurs de la société contemporaine. Le clip publicitaire qui nous montrait la chevauchée d’un 4×4 dans un espace vierge cherche à nous conditionner à l’idéologie consumériste : en associant deux réalités contradictoires, l’espace naturel et la machine qui le dévore, il nous suggère perfidement la possibilité de leur conciliation. Si la contradiction et le conflit sont inhérents à tout univers mental, ils atteignent dans le nôtre une dimension inégalée. (La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust)

Un exemple frappant d’oxymore nous est offert par LeMonde du 17 novembre : « Les Emirats arabes unis préparent l’après-pétrole en misant sur l’aéronautique. » Sachant que les avions utilisent du kérosène, et que le kérosène c’est du pétrole, on ne voit pas pourquoi des pièces détachées pour les A330 et autres plus lourds que l’air serait un investissement d’avenir. Le pétrole conventionnel, y’en a pour moins de 40 ans. L’émirat d’Abu Dhabi n’en est pas à sa première folie Alors qu’Abu Dhabi affiche l’empreinte écologique la plus élevée de la planète, il a posé cette année les premières pierres d’une cité écologique, Masdar city. En plein désert. Là où ne peuvent vivre que les campements de tentes et les chameaux.. C’est ici le lieu de rappeler l’étymologie grecque d’oxymore, qui signifie « folie aiguë ».

Plus l’on produira des oxymores, plus les gens seront soumis à une sorte de double bind permanent. Ils seront désorientés et inaptes à penser et à accepter les mesures radicales qui s’imposeraient dans l’ère de l’après-pétrole. Comme disait le perspicace Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï : « Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau. »

à pied, sans ordinateur ni portable

La semaine passée,  j’ai beaucoup marché. A pied, sans ordinateur ni LeMonde à commenter. Donc pas de chronique quotidienne dans ce blog comme tu as du t’en apercevoir.

J’ai marché pas trop loin de chez moi, encore trop loin. Le meilleur déplacement, c’est celui que je fais dans les environs de ma maison. Mais parcourir un champ d’éoliennes est une démarche inoubliable. Le bruit d’un petit microtracteur emplissait tout l’espace. Dire qu’il y en a qui se plaignent du bruit des éoliennes ! Une voiture est passée, impossible d’entendre le doux chuintement de l’éolienne. Dire qu’il y en a qui ne disent rien du vacarme des bagnoles qui encombrent nos routes. Une éolienne, c’est beau, c’est majestueux, ça fabrique même de l’électricité rien qu’à partir du vent. Dire que « vent de colère » et VGE se positionnent pour l’automobile et contre les éoliennes.

Y’a plus de réflexion approfondie dans notre société thermo-industrielle. Car en vérité je te le dis, l’avenir est aux éoliennes comme le passé l’a été aux moulins à vent. La vérité, c’est qu’il n’y aura bientôt ni pétrole, ni gaz, ni uranium, ni charbon, ou à un prix démesuré comme l’a été leur gaspillage. Nos générations futures seront obligées de vivoter avec les seules énergies renouvelables, les seules qui leur resteront. Et nos descendants auront appris à marcher autour de leur maison, sans ordinateur ni portable.

une société sans limites

LeMonde du 14 octobre présente une illustration parfaite de l’absence de limites dans la société de croissance, et principalement en France :

– en page 1, un président de la République se permet de nominer son jeune fils à une haute responsabilité. On pourrait donc encore agir de droit divin dans un système démocratique !

– en page 3, les émissions de télé-réalité se permettent tout. L’une d’entre elles va envoyer des jeunes en prison pour rire, ce qui multipliera le nombre des caïds en herbe !

– en page 4, l’impact environnemental des projets de TGV est âprement discuté…en Suède. En France, il faut fermer les petites structures et construire de nouvelles LGV (lignes à grande vitesse)…sans discuter !

– en page 10, on multiplie les annonces sur les dérives des déficits budgétaires en Grande-Bretagne ou en Belgique. Mais en France (page 12), Henri Guaino le conseiller de Sarko ne veut pas d’un « tout petit emprunt » !

  en page 15, le surendettement des ménages explose. Normal, la société de croissance a habitué l’Etat comme les individus à vivre au-dessus de leurs moyens !

            Je pense comme 60 % des Français (page 14) que « le plus dur reste à venir », mais la plupart de mes compatriotes n’a certainement pas encore mesuré les impacts du très proche pic énergétique. En Allemagne (page 16), où les citoyens sont un peu plus éclairés qu’en France, des écologistes viennent de stopper la construction d’une centrale au charbon. Cela règle une infime partie du problème des gaz à effet de serre, mais ne présage rien de bon pour la satisfaction des besoins en électricité d’une société de croissance !

trier l’information

Je ne décrypte peut-être pas les infos comme il faudrait. LeMonde du 6 août nous bassine sur ¾ de pages à propos de la libération de deux journalistes par Bill Clinton. C’est le degré zéro de l’information ! Les Américains ont envahi l’Irak pour cause d’inexistantes armes de destruction massive. Pyongyang les possède, et les USA envoient un ex-président faire guili-guili au  dictateur de la Corée du Nord.

Ce qui m’attire plutôt, c’est ce qui n’a l’air de rien mais qui montre clairement que nous ne prévoyons  pas du tout l’avenir. Selon une brève de Monde tirée de l’AFP, les constructeurs automobiles japonais s’organisent pour standardiser les bornes de recharge rapide pour véhicules électriques. Nous n’avons donc pas compris que la voiture individuelle est vouée à l’échec, qu’elle soit dépendante du pétrole ou des centrales productrices d’électricité. Nous n’avons pas encore compris que nous utilisons beaucoup plus d’énergie que ce que notre planète peut nous offrir durablement, beaucoup trop d’énergie. Nous n’avons pas encore compris que la disparition de la voiture individuelle va bouleverser profondément notre société thermo-industrielle. Nous n’avons pas encore compris qu’il faut nous préparer à une société sans voiture individuelle. Nous n’avons pas encore le sens des limites.

Notre consommation correspond à 5 % de vrais besoins et 95 % des désirs solvables. Personne ne nous met un revolver sur la tempe pour acheter une voiture de 60 ch ou pour parader dans un hybride ! Nous allons devoir apprendre à nous passer d’une partie de ce qui nous semble indispensable.

les parlementaires pensent-ils?

LeMonde du 14 juillet nous informe que les centrales thermiques solaires à concentration produisent un kilowattheure au coût de 10 à 20 centimes d’euros (sous le soleil du Sahara). Pas assez compétitif face au kWh nucléaire ou fossile, entre 3 et 5 centimes d’euros ? La réponse paraît évidente pour les parlementaires italiens qui viennent de relancer le nucléaire vingt-deux ans après son arrêt total (référendum de novembre 1987, quelques mois après la catastrophe de Tchernobyl). Nos parlementaires français ne font pas mieux en relançant l’EPR.

A la crise écologique s’ajoute une crise de la représentation démocratique concernant la prise de décision. Car on ne peut comparer les prix de deux énergies de source fondamentalement différente. Le solaire est une énergie renouvelable, nucléaire et fossile sont non renouvelables : 40 ans de réserves pour le charbon, 50 ans pour le gaz, 60 ans pour l’uranium. Or brûler des ressources limitées, c’est comme brûler sa propre maison et vivre dans la rue avec ses enfants. Il y a l’aspect émissions de gaz à effet de serre qui se répercutera dans l’avenir, il y a aussi l’entropie : l’énergie utilisée ne sera jamais récupérable par nos enfants. Le nucléaire ajoute même le fait que les déchets seront à la charge des générations futures.

Si les générations futures avaient le droit de vote, il n’y aurait dans le monde que l’exploitation de sources d’énergie renouvelables. Alors, on peut se poser quelques questions : Les parlementaires énergivores font-ils des enfants ? Les parlementaires pensent-ils aux enfants des autres ? Les parlementaires pensent-ils ?

le politique et l’écologue

Un témoignage captivant, celui de JM Le Clézio sur le mode de vie détruit des Innus (LeMonde du 2 juillet) : la compagnie Hydro-Québec va construire 4 énormes barrages sur leur rivière Uramen. Une rivière sacrée, parce qu’elle était liée à l’histoire des Innus depuis des millénaires, va voir son cours se modifier et la forêt disparaître. Les Innus viennent d’accepter ce drame irréversible, on leur promet emplois et progrès. Ils auraient du refuser, comme l’expliquait dans un texte Arne Naess, philosophe de l’écologie profonde qui, en 1970, deux ans avant la première action de Greenpeace en Alaska, s’était enchaîné, avec un groupe de militants, à la falaise de Mardalsfossen en Norvège pour empêcher la construction d’un barrage ? Décryptage :

– David Rothenberg : Peux-tu m’expliquer en quoi la philosophie peut aider : quelqu’un projette de construire une nouvelle centrale hydroélectrique…

Arne Naess : Oui, et il dit : « Nous nous attendons à une augmentation des besoins en électricité et, en tant que décideurs, nous risquons d’être fortement critiqués s’il y a une pénurie d’électricité. Il faut donc construire un nouveau barrage. » Tu dis alors : « Mais êtes-vous sûr qu’il y ait plus de besoin en électricité ? » Il dira : « Oh ! oui, regardez les chiffres. Il y a tant de pour cent d’augmentation. » Mais tu rétorques : « Il y a une augmentation de la demande sur le marché, et vous appelez ça un besoin ? » Ensuite, après quelques échanges, il répond : « Non, non, bien sûr. Nombre de demandes ne reflètent par des besoins réels. » « Mais alors, en tant qu’individu, vous accédez à une demande sans vous poser de questions ? Si toutes les nations consommaient autant d’électricité par personne que la Norvège, ce serait certainement une catastrophe. Notre consommation par tête est même plus élevée que celle des Etats-Unis. Quelle est la justification éthique ? Ne serait-il pas nécessaire de diminuer la consommation d’énergie en Norvège ? »

D’après mon expérience, ce serviteur zélé du peuple, qui avait dit oui à une centrale électrique, admettra à peu près tout ce que tu lui diras en tant que philosophe. Mais il ajoutera « C’est trop tôt, ce n’est pas encore possible politiquement. Vous voulez que je quitte la politique ? » Ce à quoi tu répondras : « Je comprends ce que vous voulez dire. Oui, je comprends. Mais notre objectif à long terme est construit sur la base de prémisses beaucoup plus profondes que celles sur lesquelles repose votre argumentation. Tout ce que nous pouvons vous demander, c’est que vous reconnaissiez au moins une fois par an que vous êtes d’accord avec nous. Adoptez la perspective du long terme ! »

Si cet homme politique soutient désormais de temps à autre quelques-uns des objectifs fondamentaux de l’écologie profonde, son schéma d’argumentation ne sera plus aussi superficiel. Il sera sauvé, si l’on peut dire. Mais l’énergie hydroélectrique n’est pas mauvaise en soi. Ce qui est sujet à caution, c’est le fait que, plus la centrale hydroélectrique sera grande, plus elle fera de dégâts.

Source : Vers l’écologie profonde (wildproject, 2009) Arne Naess, avec David Rothenberg,

première édition, 1992, sous le titre Is it painful to think ?

vivre sans électricité

Aux Etats-Unis, il a fallu 46 ans pour qu’un quart de la population adopte l’électricité au début du XXe siècle. Lénine disait à l’époque : « Le communisme, c’est l’électricité plus les soviets. » Mais aujourd’hui 57 % des d’Africains vivent encore à l’ancienne, sans électricité (LeMonde du 29 mai). Les enfants ne peuvent même plus faire leurs devoirs le soir à la maison, les pauvres ! Selon les ministres de l’énergie du G8, il faudrait donc s’attaquer à la « pauvreté énergétique », le monde entier devrait adopter le modèle de la civilisation thermo-industrielle. Impossible !

Les coupures de courant seront sans doute le premier signe de l’effondrement de cette civilisation. Ainsi dans l’Union européenne, une interruption soudaine de l’approvisionnement en gaz russe supprimerait 15 % de l’électricité et ferait courir des risques perpétuels de black-out. Sans électricité la vie d’une nation « moderne » s’arrêterait immédiatement. Or l’électricité n’est pas un besoin fondamental, l’électricité ne sera pas toujours facile à produire, nous avons donc besoin d’autres modèles de comportement. L’électricité est devenue une drogue alors qu’il est possible de vivre sans électricité, à l’ancienne.

 Par exemple l’électricité a été strictement contrôlé par les Amish car, en plus du fait qu’être relié au réseau électrique aurait rompu la séparation avec le monde moderne, le confort et la multiplicité des objets de loisirs (télévision, téléphone, portable…) amène la destruction des valeurs traditionnelles, le rejet de la notion de labeur, la détérioration de la paix du foyer et la dégradation des rapports communautaires. C’est pourquoi les Amish ont décidé qu’aucune technologie les liant au monde extérieur ne viendrait perturber leurs vies et rendre leurs communautés redevables à des institutions qui ne respecteraient pas les principes sur lesquels ils font reposer l’existence : « L’harmonie de la nature, de la famille et de la communauté ».

énergie volée

Pour EDF, tout est simple, il nous suffit de « découvrir les histoires de ceux qui changent l’énergie dès aujourd’hui » (pub en dernière page du Monde du 13 mai 2009). Le problème pour EDF, c’est que l’homme n’a jamais produit de l’énergie, il l’a toujours emprunté à la nature ! Quelques précisions :

Il faut environ 100 millions d’années pour « produire » du pétrole ; si la nature était une marchande capitaliste, à combien nous offrirait-elle le litre de super ? L’énergie ne se fabrique pas, l’humanité la vole à la nature. L’énergie n’a donc pas de prix, pour le voleur, c’est gratuit, pour le receleur-revendeur, c’est tout bénéfice. Mais comme dans tout acte de malveillance, il y a une victime. Nous avons volé une partie du vent, nous tuons quelques oiseaux. Nous avons volé l’énergie des courants, nous perturbons les poissons. Nous avons volé le bois de chauffe, nous détruisons les forêts. Nous avons volé l’uranium, nous ferons des anomalies génétiques. Nous avons volé les ressources fossiles, nous faisons une grande victime, le climat.

Pourtant nous donnons un prix à l’énergie. Mais il ne s’agit pas de rétribuer les services rendus par la nature, il ne s’agit que de rétribuer des intermédiaires, les humains. Il y a d’abord la rémunération des propriétaires des centrales hydroélectrique et des éoliennes, les royalties versées aux émirs d’Arabie Saoudite et d’ailleurs, la rente des propriétaires du sol ou du sous-sol. Il faut aussi payer toutes les heures de travail nécessaires pour nous amener l’énergie à domicile. Pour le pétrole, ceux qui ont forés les puits, construits les pipelines, les pompistes ou les livreurs du fuel, etc. Cette façon de concevoir le prix montre à quel point nous sommes friands d’anthropocentrisme : la nature n’existe plus que par les mains de l’homme, nous voulons être comme maîtres et  possesseurs de la nature. Avec notre sentiment de toute puissance, nous ne nous rendons même pas compte de l’épuisement des sources d’énergie. En France, il n’y a plus de lieux où installer des barrage, il n’y a plus d’uranium, il n’y a presque plus de charbon, de gaz et de pétrole. Alors les Français pillent le reste de la planète en imitant les Américains. Avec l’impression d’être dans son bon droit.

Ce mépris de la nature et cet aveuglement a une explication idéologique, les lois du marché. Ah, les miracles et les mirages de la rencontre de l’offre et de la demande. Le prix du pétrole, à part quelques poussées de fièvre passagère, ne fait que baisser en valeur réelle. Il faut dire que les puits de pétrole fonctionnent pour l’instant à plein régime, suffisamment pour nourrir une demande toujours croissante. Le marché ne fonctionne qu’à court terme, il constate l’équilibre actuel entre l’offre et la demande et le prix courant reste relativement stable. Car le marché ne peut pas mesurer la rareté croissante de l’or noir dans le temps. Mais le pic pétrolier, ce moment où la production de pétrole commencera à baisser, se rapproche de jour en jour, certainement vers la fin de notre décennie. Quand les marchés prendront conscience de la fin du pétrole, ce sera l’affolement et les cours s’envoleront. Alors les pêcheurs, les chauffeurs de taxi et de poids lourds, les conducteurs de tous les jours perdront leur emploi ou  leur passe-temps. Avec les effet d’entraînement que cela aura sur le reste de l’économie, ce sera le moment de l’effondrement de notre civilisation basée sur le feu de nos chaudières. Alors nous regretterons de ne pas avoir donné son vrai prix à l’énergie.

Mais quel est donc le vrai prix de l’énergie ? Comme l’écrivait Yves Cochet, « contrairement à l’économie écologique, une économie biophysique ne cherche pas à quantifier en euros le coût des services fournis par les écosystèmes, elle ne  cherche pas à faire entrer la nature à l’intérieur du cadre de l’économie néoclassique, elle s’efforce de créer un nouveau paradigme. Le travail de la nature possède en effet une valeur si incommensurable avec tout ce que l’on peut chiffrer en euros qu’il paraît absurde de tenter même de le faire. » En résumé l’énergie n’a pas de prix.

En conséquence, nous n’avons plus que deux pratiques possibles :

– n’utiliser que des ressources renouvelables à commencer par notre force physique

– économiser l’énergie pour économiser la nature.

juste prix du baril

Les spécialistes n’ont pas vu venir l’envolée des prix du baril (147,5 dollars à la mi-juillet 2008) ni son effondrement (35 dollars mi-décembre). Pourtant le spécialiste du Monde (rubrique matières premières, 29-30 mars) s’interroge doctement sur le juste prix ou optimum économique. A-t-il la réponse ? Oui, il a la réponse : « Le prix équitable se situe autour de 70 dollars ». Pour l’affirmer, il suffit à Jean-Michel Bezat de recopier ce que réclame les pétromonarchies du Golfe. Mais c’est un prix surestimé, s’exclament les spécialistes de la consommation  par la voix du Centre for Global Energy Studies.

En fait Bezat ne considère que deux paramètres, un baril bon marché pour soutenir la demande ou un brut plus cher afin de poursuivre les investissements. Ni le journaliste, ni les pétromonarchies, ni le CGES ne s’interrogent sur la raréfaction croissance du pétrole, le pic pétrolier imminent et le réchauffement climatique provoqué par la combustion de pétrole. Le long terme n’existe pas pour ces « spécialistes », rien ne vaut le bon temps du court et moyen terme. Les générations futures se passeront de pétrole, ils n’avaient qu’à naître au moment des Trente Glorieuses, période qu’on surnommera plus tard les années toxiques.

banalisation du chômage

« Nouvelle hausse violente du chômage (…) La France s’apprête à vivre une période de banalisation du chômage. Les transports, la sidérurgie, l’automobile, la chimie s’enfoncent dans la crise… ». LeMonde du 27 mars commence à paniquer, mais croit encore au Père Noël en listant les secteurs qui vont traverser la crise sans difficulté :

– l’agroalimentaire : Il s’agit d’une méthode de fabrication qui repose sur l’allongement du déplacement des denrées alimentaires. La production dans les sociétés industrielles est proportionnelle à l’utilisation de l’énergie. Avec la crise de l’énergie qui se profile, toute production alimentaire qui ne sera pas de proximité sera vouée à disparaître. Un hypermarché sans minerais et sans hydrocarbures, ça ne fonctionne pas.

– télécommunications : Lorsque le baril sera à 300 dollars et le super à 5 euros le litre, quelles seront les conséquences sur la construction et la maintenance des satellites de communication, des relais de téléphonie mobile, des câbles sous-marins et des fibres optiques terrestres qui constituent l’infrastructure de notre Internet ? Fini. Terminé. Imaginez le monde sans mail et sans Web.

– nucléaire civil : Ceux qui rêvent d’une nouvelle source d’énergie abondante et à bon marché commettent une erreur d’appréciation sur l’espèce humaine. Les exemples de ce que nous avons fait avec les énergies fossiles et le nucléaire devraient nous inciter à plus de prudence. Nous avons épuisé le sous-sol, pollué les terres, les mers et l’atmosphère, fait fondre les glaciers, déréglé le climat et exterminé des milliers d’espèces. Et l’on voudrait que toujours plus d’énergie change ce comportement !

– services à la personne : Nous avons créé une civilisation du tertiaire (70 % des actifs en France) qui a perdu le contact avec la réalité physique sous-jacente. La dernière étape sur le chemin de l’énergie nous mène aux services en tout genre, y compris l’aide aux personnes. Les gens n’ont pas encore réalisé que si la production manufacturière (et les transports) qui les financent par le jeu de la redistribution s’écroule, alors leur emploi s’écroule aussi.

Il n’y a qu’un seul secteur qui est voué à s’étendre au fur et à mesure de la crise dans tous les autres secteurs, celui de la surveillance renforcée de la population : En effet, « approfondissement de la crise = encore plus de violences = toujours plus de répression.

improbable beauté

Hervé Kempf, pour une fois, reste assez superficiel dans sa chronique « La beauté, sans quoi l’écologie… » (LeMonde du 15-16 mars). Il relaye l’appel de Pierre Rabhi pour un moratoire sur l’implantation d’éoliennes industrielles en Ardèche. Cette chronique sur les milliers d’épine qui se fichent sur le corps mutilé de la beauté me font trop penser à des arguments de la droite anti-écolo :

Nicolas Sarkozy, notre cher président de la République, dans son discours final du Grenelle de l’environnement (25 octobre 2007) : « Je suis contre une forme de précipitation qui se traduit par la dégradation de l’environnement. Les éoliennes oui, mais d’abord sur les friches industrielles, et loin des sites emblématiques. » L’ex-président Valéry Giscard d’Estaing en rajoutait dans Libération du 13 juin 2008 : « Ce n’est pas la peine de dire qu’on est la première destination touristique mondiale si les hauteurs du Massif central sont couvertes d’éoliennes (…) Il peut y avoir des sites particuliers, sur des friches industrielles, pourquoi pas. » N’oublions pas que ce beau discours anti-éolien est le complément pro-nucléaire de Sarko et VGE.

N’oublions pas que la beauté, sentiment subjectif et indémontrable, n’est pas un argument. L’Ardèche avait ses moulins à vent, pourquoi pas des éoliennes ? Même si ces éoliennes en Ardèche feront plus de 120 mètres de haut, ce n’est toujours pas un argument ; le problème n’est pas relié au sentiment du beau, mais du fait que ce sont des éoliennes « industrielles », c’est-à-dire hors de portée des capacités locales de construction, de maintenance et d’usage. Le moulin à vent était une technique enracinée dans le territoire, l’éolienne « industrielle » représente le démesure de l’homme, sa perte d’autonomie face à la mégamachine. Oui, il faut réduire drastiquement notre consommation d’énergie, oui, il faut produire de l’énergie renouvelable et territorialisée, oui, pas n’importe quelle éolienne, non à l’autoroute prévue en Ardèche…

trop précieux pétrole

La Norvège est riche, elle bénéficie des ressources de la mer du Nord. Alimenté par les recettes des activités pétrolières et gazières, le Fonds du pétrole (fonds d’Etat de retraite-étranger) possède un porte-feuille d’actions de 7900 compagnies internationales soit 0,77 % du marché mondial. Un conseil d’éthique, institué depuis janvier 2005, exclut du Fonds toute société non conforme, ainsi l’entreprise française Thales pour son rôle dans la fabrication de bombes à fragmentation ou Safran pour avoir développé ou produit des composants essentiels aux armes nucléaires. Mais l’éthique n’empêche pas d’être touché par le tsunami financier. LeMonde du 13 mars révèle l’ampleur des pertes subies en 2008. De toute façon on ne peut placer son argent que dans ce qui existe. Ainsi l’essentiel des actions est détenu dans Shell, BP, ExxonMobil et Total : le pétrole se nourrit du pétrole. Il n’y a plus d’endroit sur notre petite planète pour faire de l’argent durable. Aucun placement ne sera gagnant sur le long terme contrairement à ce qu’affirme le journaliste Olivier Truc.            

 Ce n’est pas en faisant confiance au système boursier que les Norvégiens vont préserver leur pureté morale. Une éthique profonde de la Biosphère aurait consisté à laisser les ressources fossiles là où elles se trouvent, dans le sous-sol… Comme écrivait Thomas More en 1516 à propos de l’or et l’argent, « La nature, cette excellente mère, les a enfouis à de grandes profondeurs, comme des productions inutiles et vaines, tandis qu’elle expose à découvert l’air, l’eau, la terre et tout ce qu’il y a de bon et de réellement utile. »

En 1892 Mendeleïev, l’inventeur de la classification périodique des éléments, présentait un compromis au tsar : « Le pétrole est trop précieux pour être brûlé. Il faut l’utiliser comme matière première de la synthèse chimique ». C’était un avis éclairé que la société thermo-industrielle n’a pas écouté. Tant pis pour elle !

sécurité énergétique impossible

La sécurité énergétique est au cœur de la relation entre l’UE, les Etats-Unis et la Russie (LeMonde du 8-9 mars). Il est vrai que les ressources énergétiques sont devenues un outil d’intimidation, donc un facteur potentiel de guerre. Il est aussi vrai que l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord ne peut être invoqué en cas de crise énergétique. Cet article, qui se réfère au droit de légitime défense collective, stipule qu’une attaque armée contre l’un ou plusieurs des membres de l’OTAN sera considérée comme une attaque dirigée contre eux tous. Bloquer l’approvisionnement en énergie n’est pas une attaque armée. Nous sommes dorénavant en présence d’une problématique qui dépasse de loin les difficultés entraînées par le tsunami financier car elle est double : sécurité énergétique et sécurité climatique !

Revenons en arrière. Un an après le précédent sommet à Gleneagles au cours duquel le changement climatique avait été l’une des dominantes du sommet annuel des huit grandes puissances, le thème phare du sommet du G8 (15-17 juillet 2006) était devenu par la grâce du président russe Vladimir Poutine qui le présidait pour la première fois un vague salmigondis sur la sécurité énergétique. Le lien entre sécurité énergétique et lutte contre le réchauffement planétaire a été en effet largement absent du projet de déclaration sur la « Sécurité énergétique mondiale ». Conjointement (27 et 28 septembre 2007) les Etats-Unis avaient invité les quinze économies les plus fortes du monde, y compris la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du sud, à deux jours de réunion sur la sécurité énergétique et le changement climatique. Sans résultat !

La butée climatique, combinée avec l’amenuisement des ressources énergétiques, devrait déterminer au cours de ce siècle une civilisation de la sobriété consentie des milliards de fois, ou des destructions de vie humaine par millions. La Biosphère se fera l’arbitre impassible des suffisances et insuffisances humaines.

spirale nucléaire

D’abord on prolonge la durée de vie des centrales nucléaires, de 25 ans on passe à quarante ans. On promet bien sûr que le démantèlement sera compensé par de nouvelles sources d’énergie. Ensuite on lève le moratoire sur la construction de nouvelles centrales nucléaires. On promet bien sûr d’en construire uniquement pour remplacer les anciennes centrales. Après, on se rend compte que l’objectif climatique impose d’avoir moins d’émissions de CO2, donc de construire davantage de centrales. Aujourd’hui en Suède, 46 % de l’électricité provient du nucléaire, bientôt ce sera sans doute près de 80 % comme en France. Ce schéma d’évolution est présenté par LeMonde du 7 février. Nulle trace dans cet article d’une quelconque volonté d’économie d’énergie ; uniquement une politique de l’offre, comme si augmenter la consommation d’électricité était un besoin fondamental de l’homo sapiens.           

Pourtant 46 % de l’électricité suédoise provient déjà de la production hydroélectrique, une énergie renouvelable mais difficilement extensible. Il suffirait d’y adjoindre un peu d’éolien et, si les besoins des Suédois en électricité diminuaient de moitié, la Suède n’aurait besoin d’aucune centrale nucléaire, passée ou à venir. Pourquoi adopter l’écran plat qui consomme plus d’électricité ? Pourquoi utiliser un zapper alors qu’il suffit de se lever pour éteindre sa télé ? Pourquoi avoir un téléviseur dans chaque pièce ou presque alors qu’un seul poste dans une famille est amplement adapté ? Pourquoi des foyers tous équipés en télé alors que l’usage collectif était autrefois privilégié ? Pourquoi l’écran couleur alors que le noir et blanc était si efficace ? Pourquoi d’ailleurs un poste de télé alors que la radio se suffisait elle-même à une époque ?  Pourquoi être victime de ce glissement vers le tout-électrique, vers le tout-nucléaire ? Pourquoi ne pas acquérir le sens des limites…

flinguons l’EPR

L’Elysée a annoncé le 29 janvier au soir la construction en France d’un nouveau réacteur EPR, à Penly (Seine-Maritime).

Commentaire du réseau sortir du nucléaire : « En quelques années, les énergies renouvelables ont créé 250 000 emplois en Allemagne, chiffre en augmentation continuelle. A titre de comparaison, après 50 ans d’investissements massifs, le nucléaire emploie moins de 100 000 personnes en France. Le nucléaire est une industrie du siècle passé, dangereuse et archaïque, chère et polluante. L’avenir est aux économies d’énergie… »

Commentaire du pôle écologique du PS : « Le premier EPR, qui devait servir de prototype, n’est pas achevé ; le système électrique de notre pays exporte déjà massivement de l’électricité. Il n’a nul besoin d’une centrale nucléaire en plus ; le groupe nucléaire Areva demande à l’Etat 3 milliards d’euros pour financer son activité… »

Commentaire de biosphere : «  Pour un chiffre d’affaires de 13,2 milliards d’euros, Areva besoin de 2,7 milliards pour boucler son budget 2009 et le groupe finlandais  TVO se dit prêt à réclamer 2,4 milliards de pénalités pour les retards dans la construction de l’EPR (LeMonde du 31 janvier 2009) ; moi, si j’étais Sarkozy, je ne mettrais pas un sou dans une filière nucléaire qui coûte cher, qui ne procure pas d’emplois durables et qui exacerbe le goût des Français de consommer toujours plus d’électricité pour s’acheter des écrans plats ; n’oublions pas que toute activité humaine est aussi une destruction de ressources naturelles… »

pics pétroliers

Mon quotidien préféré, à nul autre pareil, pratique à nouveau la rénovation. Ayant opté en novembre 2005 pour un journal de l’essentiel, il préfère depuis cette époque « la hiérarchie de l’information à la confusion de l’exhaustivité ». A partir du lundi 26 janvier, vous allez même voir ce que vous allez voir, ils vont « revaloriser l’économie » ! Malheur à nous, c’est la valorisation de l’économie qui nous a coulés, et Le Monde revalorisait encore plus l’économie ? Parlons plutôt des pics pétroliers, car ce sont les contraintes géophysiques qui vont renverser l’économisme régnant.

LeMonde du 25-26 janvier nous parle bien du pic pétrolier, mais celui de la demande, qui va baisser pour la première fois depuis un quart de siècle. Pour le pic de production, « ce futur plus ou moins proches où l’épuisement d’une partie des gisements pétrolifères rentables se traduira par un déclin de la production », pas besoin de s’inquiéter : « Le pétrole irriguera encore l’économie pendant des décennies, comme il l’a fait sans discontinuer depuis cent ans ». Le chroniqueur du Monde, Jean-Michel Bezat, est vraiment nul. Ce n’est pas avec de tels journalistes que nous sortirons de notre dépendance envers le pétrole, l’économie reste pour lui dominatrice, et la planète ressemble à cette bonne mère qui nourrit des serpents en son sein.

Qu’est-ce que l’économie des hommes ? Rien d’autre que la transformation des ressources naturelles, qui sont apparues sous nos pieds sans que nous ne fassions rien pour cela. La clé de cette transformation est l’énergie, qui  est, par définition, l’unité physique de transformation du monde. Dès lors, la baisse tendancielle du prix réel de l’énergie depuis deux siècles a permis de transformer le monde à moindre frais. Inversement toute hausse suffisante de son prix freinera le système, et se traduira par la récession et une inflation généralisée. Il existe un signal fort pour les spécialistes de l’économie actuelle, trop dépendante des ressources physiques : la multiplication, depuis deux ans, de déclaration de la part des dirigeants du monde pétrolier sur le prochain pic pétrolier, et donc chacun aurait mérité de faire la une d’un grand journal. Le fait est que, en 2007, la production mondiale de pétrole conventionnel a diminué de 0,15 % par rapport à celle de 2006 après avoir augmenté de seulement 0,5 % l’année d’avant (in C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde au Seuil, 2009.

manger cru ?

Le nuage brun, ce halo de fumée cancérigène qui couvre une partie de l’Inde et de l’océan Indien en hiver, est aux deux tiers constitué de particules issues de la combustion de bois et de bouse de vache. Le Monde  du 24 janvier qui reproduit cette brève conclut : « La lutte contre la pollution ne doit pas concerner seulement l’industrie et le transport, mais aussi la pauvreté, à l’origine de l’utilisation de ces combustibles ».

Mais alors, si nous ne pouvons plus brûler le pétrole (40 ans de réserve), le gaz (50 ans de réserves), l’uranium (60 ans de réserve) et le charbon (bonjour l’effet de serre !), c’est à dire toutes les ressources non renouvelables, ET si nous ne pouvons pas non plus brûler la biomasse (le bois, les bouses de vache, etc.), c’est-à-dire toutes les ressources renouvelables, que reste-t-il pour faire la cuisson à l’usage des générations futures : manger cru ou manger froid ?

optimisme pétrolier !

Selon l’agence gouvernementale d’information sur l’énergie, en 2009 le baril de pétrole serait en moyenne à 51 dollars. Dans le même numéro du Monde (11 décembre), à la même page dans un autre article, la Banque mondiale mise sur un baril à 75 dollars en 2009. Mais tous ces experts n’en savent absolument rien. Le pétrole était à 150 dollars en juillet 2008, il pourrait être à 200 dollars en 2009. Mais en 2005, l’institution financière Ixis CIB notait que si le prix du pétrole avait augmenté depuis 1974 au rythme optimal d’une ressource épuisable, il vaudrait déjà 122 dollars en 2005 (alors qu’il ne cotait que 66,6 dollars au 22 septembre). Le même organisme évoquait la possibilité d’un cours du baril à 360 dollars en 2015. Seule compte aujourd’hui pour les Américains et la Banque mondiale la loi du marché et la spéculation, l’épuisement des ressources n’est pas à l’ordre du jour.

La Banque mondiale estime en effet qu’il n’y aura pas de pénurie de matières premières dans les vingt ou trente prochaines années. Mais son expertise se limite au ralentissement de la demande (baisse de la population et des revenus), pas à la contrainte géologique de l’offre : l’état des réserves. On se contente d’affirmer sans rire que « les réserves prouvées de pétrole demeure de façon incroyablement constante à environ 40 années de production ». Pourtant d’autres spécialistes se sont penchés sur le pic pétrolier et parlent de surévaluation des réserves. Le point culminant de la production mondiale de pétrole est envisagée pour 2037 par le National Intelligence Council des USA (qui défend les illusions américaines), quelque part entre 2013 et 2037 par l’Agence internationale de l’énergie (qui défend les pays riches importateurs), mais avant la fin de cette décennie par l’Aspo (Association for the study of peak oil and gas) lors  de son colloque à Lisbonne en 2005. En effet les réserves mondiales, estimées aujourd’hui à 2275 milliards de barils, seraient seulement de 1750 milliards. L’Aspo est composée de spécialistes de l’industrie pétrolière comme son fondateur l’Irlandais Colin Campbell qui a dirigé le département Géologie d’Amoco avant de terminer sa carrière comme vice-président de Fina. Ces analystes nous ont appris que les quotas de répartition entre membres de l’Opep étaient indexés sur une prétendue augmentation constante de leurs réserves. Il est vrai aussi que Shell a déjà reconnu qu’un tiers de ses réserves « prouvées » étaient imaginaires.

 Les organismes monétaires, (banque mondiale, FMI, Fred) nous leurrent depuis des années en poussant à la croissance à crédit. On voit le résultat avec le tsunami financier actuel. Il me semble probable qu’en matière de ressources en matières premières, l’optimisme forcé de certaines institutions aboutira bientôt à un résultat similaire : un krach écologique.

énergie propre

Selon LeMonde du 22 octobre, nous pourrons bientôt avoir « de l’énergie propre à la  demande ». Il s’agit de coupler du photovoltaïque sur le toit, un électrolyseur qui transforme l’électricité non consommée en hydrogène, et une pile à combustible qui transformera cet hydrogène en électricité à la demande. Mais j’interdis à mon quotidien préféré l’emploi du mot « propre », l’énergie est toujours volée aux éléments naturels.  Précisons :

Ce nouveau concept « d’énergie propre », simple instrument de propagande par le greenwashing, n’a aucun sens au plan scientifique car aucune production d’énergie ne se fait sans production de déchets sur l’ensemble du cycle complet fabrication de l’installation, production de l’énergie, démontage de l’installation. A moins bien sûr de changer le sens du mot « propre ».

Prenons un autre exemple, celui de la biomasse, énergie qui ne sera pas plus « propre » que l’hydrogène. La technique nous promet une nouvelle génération qui utiliserait les déchets agricoles pour produire de l’énergie. On oublie que la biomasse non directement consommable est naturellement recyclée pour rendre à la terre une partie de ce qui lui a été prélevé pour assurer la croissance des plantes. Que se passera-t-il si une part importante de cette biomasse est transformée en énergie, comment comblera-t-on le déficit ? Pour rester « renouvelable », la biomasse ne pourra être utilisée que localement et parcimonieusement. 

 Sans une prise de conscience forte sur la nécessité de réduire drastiquement notre pression sur les ressources limitées de notre planète, les nouvelles technologies ne feront que repousser le problème en rendant plus difficile encore la recherche de vraies solutions. La seule énergie qui mérite de s’appeler propre est celle que l’on ne consomme pas, mais l’article de Pierre Le Hir ne fait aucune référence à une diminution de consommation.