Pour une écologie du démantèlement

Plaidant pour une écologie du démantèlement, des chercheurs préviennent que l’humanité doit se préparer à « fermer » ce qui la détruit. Tâche gigantesque !

« La fermeture ne serait-ce que d’une centrale nucléaire prend une dizaine d’années, son démantèlement va s’étaler pendant plusieurs décennies. Pourquoi n’arrivons-nous pas à fermer les choses rapidement ? D’abord parce qu’un des traits majeurs de la modernité est celui de « l’ouverture ». L’innovation, la technologie seraient les seules solutions pour affronter l’urgence écologique. La difficulté de la fermeture vient aussi du fait que le capitalisme a investi des efforts considérables pour structurer les compétences de l’ouverture : ingénierie, design, conception, process industriels, entrepreneuriat… Enfin, l’obstacle majeur tient au fait que des millions de personnes sont aujourd’hui dépendantes financièrement et socialement de secteurs économiques condamnés par leur incompatibilité écologique. Aujourd’hui en France, un hypermarché fait vivre directement plus de 1 500 familles. Que proposer à ces 1 500 familles ? Nous devons apprendre à désinnover tout en renforçant la protection sociale des victimes de la déconstruction. »

Une telle tribune dans LE MONDE, c’est nouveau, c’est vouloir passer du croissancisme à son inverse.

Désinnover, c’est un mot qui manquait encore aux éléments de langage appropriés pour un avenir écologisé à reconstruire. Désinnover s’ajoute aux mots en « dé » à diffuser autour de nous, déconsommation, décroissance, démilitarisation, démobilité, démondialisation, dénatalité, dénucléarisation, dépollution, dépopulation, dépublicité, déstructuration, désindustrialisation, désurbanisation, détwitter, dé-techniciser, dévoiturage, etc. Autant dire qu’il faut démanteler toutes les structures de la société thermo-industrielle, basée sur des ressources fossiles en voie de raréfaction et des esclaves énergétique à profusion.

Autant le dire, il va falloir supprimer des dizaines de millions d’emplois. Et pour mettre quoi à la place ? Comment fournir des services et des produits aux gens en consommant moins de pétrole, voire pas de pétrole. Pour l’instant on ne sait pas faire. Un supermarché qui fonctionne, c’est 1500 personnes qui bossent, c’est aussi des barils brûles tous les jours (le camion qui amène les produits, les machines qui produisent tout ce qui s’y trouve, les voitures qui viennent, etc.). On sait faire différemment, ça s’appelle un marché bio local. Mais il n’y a pas grand chose à y acheter en février. Et comme tout le monde l’a remarqué, c’est plus cher que le supermarché, ce qui signifie une baisse de pouvoir d’achat. Donc on peut inventer tous les substantifs qu’on veut, pour l’instant, une économie sans pétrole, c’est une économie de la décroissance, de la pauvreté, de la dé-prospérité.

Autant dire que maîtriser la crise socio-économique qui se profile ne va pas être facile, d’autant plus que nous venons d’utiliser un vocabulaire « en Dé » complètement étranger à nos dirigeants, qu’ils soient dans la sphère entrepreneuriale ou dans le cirque politique. Jeff Bezos, Richard Branson ou Elon Musk ne peuvent entendre un tel discours. Emmanuel Macron, Xavier Bertrand ou Marine Le Pen parleraient d’Amish, de Khmers verts ou de retour à la bougie. Autant dire que la rupture écologique, inéluctable, va s’opérer dans la douleur…

 

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere.

21 janvier 2012, beaucoup de « DE » contre les « SUR »

15 mars 2021, Entrons en résistance, « Dé »construisons

Partagez ...

1 réflexion sur “Pour une écologie du démantèlement”

  1. Hélas, le seul « dé » qui a été retenu par l’humanité pour l’instant est celui de développement et souvent dans une mauvaise acceptation du terme, c’est à dire celui du grossissement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *