écologie appliquée

l’écologie a-t-elle gagné?

Un succès est toujours relatif et je peux faire dire à des statistiques exactement ce que je veux démontrer. En France la liste Europe-Ecologie a réuni 16,28 % des suffrages. La belle affaire, avec la forte abstention, cela ne fait que 6,6 % des électeurs. La liste Europe-Ecologie a fait jeu égal avec les socialistes, obtenant 14 sièges au Parlement européen. La belle affaire, les Verts n’obtiennent au niveau global que 6,5 % des sièges. Il est vrai que tout le monde se dit écologiste, même les souverainistes les plus  convaincus. Il est vrai aussi qu’un Vert n’est pas toujours un militant écologiste convaincu qu’il faut absolument changer son mode de vie et devenir un objecteur de croissance. Il est vrai enfin qu’une assemblée délibérative comprenant plus de 700 élus ne peut pas faire grand chose vu son nombre, d’autant plus que les privilèges décisionnels conservés par la commission européenne et les conseils des ministres sont décisifs. LeMonde du 9 juin constate aussi que la droite domine le nouveau Parlement de Strasbourg.

Mais de toute façon l’Histoire commence à aller dans le bon sens. Les partis politiques commencent à s’écologiser et même le parti socialiste français, un des plus productivistes qui soit, devra faire sa mue. Reste le questionnement principal ; va-t-on vers un écologisme démocratique ou vers un écolo fascisme ? Voici la réponse d’Isabelle Stengers (Au temps des catastrophes, résister à la barbarie qui vient) :

« Rosa Luxemburg avait affirmé que notre avenir avait pour horizon une alternative : socialisme ou barbarie. Près d’un siècle plus tard, nous n’avons pas appris grand-chose à propos du socialisme. En revanche, nous connaissons la triste rengaine sur les lèvres de ceux qui survivront dans un monde de fratricide et d’automutilation. Ce sera : « Il faut bien, nous n’avons pas le choix ». Ce qui s’annonce, des éoliennes et des panneaux solaires pour les riches, qui pourront même continuer à utiliser leurs voitures grâce aux biocarburants. Quant aux autres… »

deep ecology, de droite ?

Ivan Illich nous expliquait dans les années 1970 que la société thermo-industrielle était inefficace, Hans Jonas nous intimait en 1979 de prendre nos responsabilités, en 2005 Nicolas Hulot nous disait que nous étions à bord du Titanic, aujourd’hui Yann Arthus-Bertrand affirme dans son film Home que sans réagir, « dans dix ans la planète est foutue ». Non, Yann, la planète n’est pas foutue, l’humanité n’est pour notre sphère intergalactique qu’une maladie passagère. Oui, Yann, il est trop tard. Les prophètes de la catastrophe n’ont pas été écoutés et je suis désormais convaincu que nous ne pouvons pas éviter d’entrer dans le mur des limites de notre Biosphère, avec toutes les conséquences tragiques que cela entraînera.

            J’espère que nos générations futures pourront tirer les leçons de nos erreurs et percevoir en quoi l’écologie profonde pourrait permettre d’instaurer de nouvelles valeurs dans l’avenir, plus conforme aux contraintes naturelles qui pèsent sur notre espèce dite homo « sapiens ». Ce n’est pas gagné ! Alors qu’un camarade encarté m’affirme que « la deep ecology est clairement à l’opposé des valeurs que nous portons au travers du socialisme », je suis amusé de constater que dans LeMonde ce jour (6 juin), deux membres du gouvernement français (de droite) terminent leur article sur l’économie verte par le paragraphe suivant : « Comme le préconise le philosophe de l’écologie, le Norvégien Arne Naess, (il faut) tourner le dos à l’écologie superficielle, qui préserve les ressources dans le seul objectif de générer du profit, et œuvrer en faveur d’une écologie profonde qui transforme le rapport de l’homme à la nature. »

Cherchez l’erreur !

écolofascisme

Le débat démocratique au sujet des nouvelles menaces va porter de plus en plus sur les limites que les sociétés industrielles vont devoir s’imposer à elles-mêmes, en coordination les unes avec les autres, ou bien c’est un écolofascisme terrifiant qui risque d’imposer sa loi à la planète (in Pour un catastrophisme éclairé de Jean-Pierre Dupuy,). Il n’y a qu’à lire LeMonde du 27 mai pour se rendre compte que c’est la deuxième option que nous allons subir. En France, la sécurité revient en force, police renforcée, cyberperquisitions, recueil d’empreintes génétiques facilité, vidéosurveillance généralisée… Au niveau mondial, Amnesty international a rendu sa copie annuelle. Le rapport publié par l’organisme de défense des droits de l’Homme brosse le portrait d’un monde déséquilibré par la crise économique. La « crise » a été l’occasion de nombreuses violations des droits humains sur toute la planète.

En réalité la crise est multiple et date de bien avant la chute de la banque américaine Lehman Brothers en automne dernier. Elle n’est pas seulement financière, elle est aussi démographique, alimentaire et écologique. Pour l’instant, en France et ailleurs, il n’y a pas de considération écologique dans les  projets de loi sur la sécurité intérieure, mais le basculement se fera tout naturellement. Comment calmer les foules quand le prix du baril va exploser à nouveau, comment supporter un taux de chômage qui dépassera toutes les prévisions,  comment imposer une limitation drastique des vitesses sur tous les types de route, comment rationner la consommation, etc.? Par l’écolofascisme !

Le problème, c’est qu’une dictature débouche nécessairement sur des impasses…

autisme des jeunes économistes

LeMonde économie du 26 mai célèbre la dixième édition du Prix du meilleur jeune économiste. Eric Fottorino vante l’économie qui « structure l’existence et le devenir de nos sociétés », mais constate aussi que « la crise majeure (des bulles financières) témoigne du grave décalage survenu entre les acteurs de l’économie et les réalités concrètes ». Ce n’est pas d’un décalage qu’il devrait parler, mais d’un gouffre, car l’impérialisme de l’économie nous fait penser et agir comme des aveugles. Il est stupéfiant de constater que les économistes plus ou moins jeunes ignorent complètement les véritables réalités concrètes, à savoir les processus qui gouvernent la biosphère, les matières et l’énergie que nous extrayons du sous-sol, les déchets que nous rejetons dans les milieux, et l’environnement dans son ensemble. La fable de l’économie telle que l’exposent les théoriciens de la crise financière en fait un système circulaire d’échanges de valeurs entre la sphère des entreprises, la sphère des ménages et le système des prix. Comme l’exprime Yves Cochet, c’est un système conceptuellement clos. Une plus juste représentation des réalités humaines est celle de trois cercles concentriques : le petit cercle économique au milieu, inclus dans le moyen cercle du social, lui-même contenu dans le grand cercle de l’environnement naturel.

Pour nous aider à comprendre ce qui se passe, et dépasse les économistes, il faut sortir des ornières d’une discipline qui se considère comme espace autonome. Thomas Philippon, l’un des deux lauréats cette année, approche la vérité : « La plupart des économistes n’ont pas vu venir la crise par manque de vision d’ensemble ». Mais il se cantonne au manque de liaison entre les experts de la consommation, du marché immobilier et du prix des actifs financiers, sans s’intéresser le moins du monde aux tendances biophysiques qui poussent nos sociétés vers des catastrophes écologiques à répétition !
Il nous faudrait une analyse d’ensemble qui mette en relation autant les jeunes économistes que les spécialistes de la biodiversité, du réchauffement climatique, de l’épuisement des ressources halieutiques, de la baisse des rendements agricoles, du malaise social, etc., etc. Sans cette approche systèmique, nous courons de plus en plus vite vers la crise ultime.

lobby des aveugles

Nouveaux pouvoirs du parlement, nouvelles opportunités de lobbying pour les entreprises ! Nous allons passer d’un lobbying « clandestin » à un lobbying réglementé.(LeMonde du 20 mai 2009). En France le lobbying parlementaire est omniprésent, officiellement il n’existe pas. Pourtant nous savons qu’on glisse souvent à l’oreille de certains parlementaires des amendements pré rédigés. Il n’y a aucune garantie d’objectivité puisque les entreprises cherchent avant tout à être avantagées par la loi. Soyons clair, le lobbying se résume à un  trafic d’influence qui empêche toute transparence dans l’élaboration de la loi.

Notre futur législatif est encore plus sombre. Les études d’impact, obligatoires à l’automne, imposeront de joindre à tout projet de loi un exposée de ses incidences économiques, sociales et financières. Tu as déjà compris que les conséquences écologiques, on s’en fout complètement. Deux exemples historiques de la dangerosité d’un tel aveuglement. C’est un lobby pétrolier, l’American Petroleum Institute, qui a entraîné Bush à sortir du protocole de Kyoto sous le fallacieux prétexte que les sciences du climat étaient si incertaines que l’impact de l’activité humaine sur l’effet de serre serait contestable. L’ex-président français Giscard d’Estaing se lance aujourd’hui dans la lutte contre l’éolien sous prétexte de « préserver les paysages de France ». Autant dire qu’il reste toujours soumis au lobby pro-nucléaire : en mars 1974, le président Pompidou mourant, son Premier ministre P.Messmer et VGE, alors ministre de l’économie et des finances, décidaient dans les salons du pouvoir parisien de lancer la France dans la construction d’un vaste parc nucléaire.

Tant que le lobby industriel fera la loi, il n’y aura pas d’avenir durable pour nos générations futures…

racisme, sexisme, anthropocentrisme

Le racisme utilise le prétexte du naturel pour formater un culturel.  Dès lors qu’on attribue aux gènes des traits qui relèvent de  l’éducation, tout changement se trouve exclu. Enfermer l’humain dans une « race », c’est l’assigner éternellement à une place déterminée, l’enclore dans un destin immuable parce que naturel. Le racisme supprime l’histoire. (pour plus de détails, Race sans histoire de Maurice Olender).

Le sexisme utilise le prétexte du naturel pour formater un culturel.  Dès lors qu’on attribue à la différenciation génétique et à l’apparence physique ce qui relève de  l’éducation, tout changement se trouve exclu. Enfermer la femme dans un « sexe », c’est l’assigner éternellement à une place déterminée, l’enclore dans un destin immuable parce que naturel. C’est ce que fait une féministe de la différence dans LeMonde du 17-18 mai 2009 : « Si l’on est convaincu, ce que je ne suis pas, que l’instinct maternel n’existe pas, pourquoi n’interroge-t-on jamais l’instinct qui pousse les hommes à faire la guerre ? Les théoriciennes de l’indifférence des sexes refusent de voir ce qui crève les yeux de tout  le monde, à savoir que les hommes et les femmes, ce n’est pas pareil. Pourquoi les femmes n’auraient-elles pas acquis, grâce à leur pratique maternelle, une sagesse utile ? »

L’anthropocentrisme utilise aussi le prétexte du naturel pour formater un culturel. Racisme, sexisme et anthropocentrisme ont la même base culturelle, cette capacité trop humaine de concevoir des êtres comme étrangers parce que différents, cette tendance à en tirer prétexte que ces êtres sont des subalternes : une ethnie l’emporte sur une autre ethnie, un sexe est plus fort que l’autre, l’être humain domine l’ensemble des formes vivantes. Il n’est pas encore venu le moment où nous aurons posé comme principe culturel qu’il y a égalité entre les hommes, qu’il y a égalité entre les hommes et les femmes, qu’il y a égalité entre l’espèce homo sapiens et les autres formes membres de notre biosphère. Nous partageons tous le même royaume, et nous devons apprendre à vivre ensemble…

déjà la 20 000ème

Les médias sont à l’image du monde, les médias suivent la course vaine d’une humanité sans autres buts que la gestion de nos erreurs. Pour son 20 000ème numéro ce15 mai 2009, LeMonde égrène notre histoire évènementielle avec les « unes » témoins de la folie humaine : 1945, Hitler est mort, une guerre mondiale de trop ; 1948 l’Etat d’Israël proclamé cette nuit et aussitôt reconnu à Washington, l’ouverture d’une plaie non refermée 61 ans plus tard ; 1957 les « Six » signent dans Rome en fête, aujourd’hui nous continuons à voter NON à l’Europe ; 1963 l’assassinat de Kennedy, cela ne change pas grand  chose ; 1969, deux hommes ont foulé le sol de la lune, image spectaculaire de la démesure technologique de l’homme ; 1999 les bourses saluent la naissance de l’Euro et s’effondrent en 2008 ; 2001 l’Amérique frappée, le monde n’est pas saisi d’effroi ; 2007 Dieu domine le débat présidentiel américain, la bêtise reste une des constantes de l’histoire humaine.

Au chaos du monde présenté par LeMonde, comment redonner du sens ? Comment aller au-delà de l’écume des jours ?  LeMonde a le courage de constater qu’il décrit le monde tel qu’il va et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Mon blog essaye de présenter quelques pistes de recherche : Si tous les citoyens étaient ou devenaient objecteurs de conscience comme je l’ai été, il n’y aurait plus de guerres ; Si nous étions un peu plus antisionistes, il y aurait sans doute un seul Etat en Palestine  rassemblant toutes les confessions ; Si l’UE unifiait tous les peuples du pacifique à l’Oural, il n’y aurait plus de frontières ; Si c’était les méchants dictateurs qui étaient assassinés et non par Gandhi ou Luther King, il n’y aurait plus de dictatures ; Si nous ressentions la finitude du monde au lieu de rêver de l’espace intergalactique, nous pourrions mieux cultiver notre jardin ; Si l’argent ne menait pas le monde, nous aurions moins de crises économiques ; Si l’Amérique faisait preuve d’humilité, la paix pourrait plus facilement s’installer entre les peuples ; Si nous laissions les croyances là où est leur juste place, dans le domaine du privé, nous serions plus intelligents.

Mais la « une » qui m’inquiète le plus, c’est celle d’avril 2005 : « Planète épuisée, progrès menacé : l’alerte de l’ONU ». Si nous connaissions un peu mieux la vie et la fragilité de nos écosystèmes, nous pourrions peut-être avoir un avenir durable. Encore faudrait-il tous ensemble devenir objecteur de croissance…

capitalisme naturel ?

Amory Lovins fut un des premiers scientifiques à s’intéresser à l’écologie comme science globale. Dès 1982, il créa avec d’autres experts le Rocky Mountain Institute, un centre de recherches installé dans le Colorado. Amory Lovins a aussi lancé en 1989 le concept de négawatts : il faudrait réduire sa consommation d’énergie grâce à un comportement sobre et responsable. Les bâtiments dans lesquels est installée leur équipe sont par exemple totalement autosuffisants en énergie. Dans LeMonde du 10-11 mai 2009, Amory Lovins propose d’aller plus loin avec l’adoption en France du concept de capitalisme « naturel ». Le capitalisme traditionnel n’attribue de valeur qu’au capital technique et aux hommes, mais ignore la valeur de la nature. Or les hommes et le capital sont devenus surabondants alors que la nature est devenue rare. L’hypothèse d’une substitution entre facteurs économiques (moyens de production et main d’œuvre) et facteurs biologiques ne peut plus avoir cours. Ainsi, il n’existe pas de technologie ou d’investissements qui puissent se substituer à un climat stable ou à une biosphère productive.

Amory Lovins critique donc implicitement l’approche promulguée par la Banque mondiale et l’OCDE de la soutenabilité dite faible : on suppose la substitution toujours possible entre capital humain, capital manufacturier et capital naturel. Ainsi, si l’une des composantes baisse, une autre pourra toujours compenser le manque. Cette conception repose sur une confiance aveugle dans un progrès technique qui pourrait toujours compenser la déperdition irréversible des ressources naturelles non renouvelables. C’est donc une croyance religieuse parmi d’autres. Mais l’idée d’un « capitalisme naturel » est aussi une croyance. La propriété privée des moyens de production a eu son heure de gloire, c’est terminé : la Nature ne supporte aucun propriétaire exclusif, mais des colocataires humains et non-humains. Il faudra pourtant attendre l’effondrement de la société thermo-industrielle pour que nous nous rendions compte collectivement de la primauté des contraintes écologiques et de l’inefficacité du capitalisme…

les invisibles de la représentation

LeMonde du 29 avril consacre un supplément à un forum, Réinventer la démocratie. Selon Dominique Bourg, à « une population mondiale de 9 milliards d’individus au milieu du siècle s’opposera une planète exsangue. La démocratie moderne est inséparable des possibilités en apparence infinies de la puissance des technologies et du marché. La démocratie à venir devra en revanche accorder cette même puissance à un monde fini, bondé et fragile. Il va nous falloir apprendre à borner le pouvoir des individus par un autre pouvoir. Il serait possible d’imaginer une forme de bicamérisme avec une chambre haute destinée à légiférer exclusivement au sujet des grands enjeux de la biopolitique. Il serait également imaginable de jouer sur la dualité de la tête de l’exécutif pour transformer le président de la République en garant du long terme. »

Je ne crois pas aux vertus du bicamérisme qui entraîne lenteurs et contradictions dans les décisions alors que les enjeux du long terme comme le pétrole ou le climat exigent des décisions immédiates. Je ne crois pas à la soudaine volonté bio-politique d’un président français ou américain car il ne pourrait pas être élu avec un programme de limitation de notre pouvoir. Je crois davantage aux invisibles de la représentation.

 Pour Loïc Blondiaux dans le même supplément, il s’agit seulement des jeunes, ouvriers ou chômeurs « presque aussi nombreux à s’abstenir qu’à voter ». Pour une considération bio-politique, il s’agit de ce que la théorie appelle déjà les tiers-absents, à savoir les générations futures et les non-humains. Ces deux catégories en effet n’ont aucun droit de vote, ils ne peuvent que s’abstenir dans les choix démocratiques actuels qui sont pourtant trop souvent opérés à leur détriment. Il faudrait donc que le citoyen conscient prenne ses décisions de producteur, de consommateur, d’électeur ou d’élu en s’exprimant à la place des tiers-absents, comme un avocat s’exprime au nom de la victime. En résumé, nous devrions penser et agir en privilégiant les équilibres à long terme, que ce soit dans la société humaine ou dans nos relations avec les écosystèmes. Nous avons dorénavant très peu de temps pour modifier complètement notre conception du monde…

l’espoir par les médias

La pression du confort sans limites pèse sur les choix politiques, défense du pouvoir d’achat, sacralisation du niveau de vie, relance économique tout azimut… Pourtant nous vivons une systématique de la crise, financière, démographique, énergétique, climatique, agricole : nous sommes confrontés à la finitude sur quasiment tous les fronts. Dans LeMonde du 28 avril, il est significatif d’opposer la politique de l’administration Obama sur la question climatique et la radicalisation de Nicholas Stern.

Aux USA, après le vide mental de G.Bush, une lueur d’espoir ? Obama explique sans relâche en quoi changer le modèle énergétique est une affaire de sécurité nationale et, à terme de relance économique. Mais il ne fait ainsi qu’habiller de vert le nationalisme et le confort économique ; le fond reste très proche de la mentalité Bush, à savoir préserver le niveau de vie des Américains. Après son célèbre rapport de 2006 comparant les effets du réchauffement climatique à ceux de la crise de 1929, Nicholas Stern est devenu encore plus pessimiste dans son dernier livre, The Global Deal : Climate Change… Il s’attaque en effet à la pensée dominante qui préfère des taux d’actualisation donnant moins de poids au futur : on privilégie le niveau de vie immédiat, pariant sur une croissance économique future pour que les générations futures s’en sortent quand même. Pour résumer, Obama représente encore la pensée dominante, le Président qu’il nous faudrait est encore inaudible, les livres ne font pas une politique.

La préservation de ce qui reste de la Biosphère est en concurrence directe avec l’intérêt général des générations présentes. Mais les générations futures, et à plus forte raison les non humains, n’ont pas droit à la parole. Nous ne pouvons donc pas compter sur le choix éthique des électeurs, nous ne pouvons donc pas compter sur la sagesse de tel ou tel leader politique, nous ne pouvons compter que sur la pression médiatique qui sensibilise de jour en jour l’opinion publique sur les limites de notre planète. Mais avons-nous le temps d’attendre ?

moteurs de (dé)croissance

Le supplément économique du Monde du 7 avril s’interroge gravement : « C’est quand la reprise ? ». Le dossier intérieur titre : « Quelle forme aura la croissance ? » Pas de doute à avoir, il n’y aurait pas décroissance. Mais dans le cœur de l’article, il n’y a pas de réponse  catégorique. Les pronostics vont de la courbe en V (rebond rapide et brutal) jusqu’à une spirale du type Grande Dépression des années 1930. Les statisticiens restent donc perplexes devant des indicateurs qui peuvent atteindre des valeurs extrêmes : un monde nouveau s’ouvre à nous. Moi j’ai une certitude, la décroissance a commencé (baisse prévue du PIB mondial en 2009), elle va se perpétuer. Analysons les moteurs de la croissance.

            Le commerce extérieur va se contracter, les tensions protectionnistes augmentent avec la crise et l’idée d’une relocalisation nécessaire des activités fait son chemin. D’ailleurs les Chinois se mordent les doigts d’avoir basé l’essentiel de leur développement sur la promotion des exportations. De plus, dans un contexte de surconsommation de la classe moyenne mondiale, nous ne pouvons plus compter sur la demande des consommateurs pour relancer la demande. Si Barack Obama veut rompre avec « la dépense frénétique des Américains », une double page pub du Monde du 7 avril vante encore le système chauffe-nuque Airwave « pour créer une véritable écharpe d’air chaud autour du cou et de la tête » dans une bagnole. Face à de telles contradictions, il est déjà possible de détecter un certain degré d’ambivalence de la part des consommateurs. En effet il existe un large sentiment de désenchantement par rapport aux bienfaits supposés de la consommation (le chauffe-nuque) qui sont annulés par le stress, la pollution, les problèmes de circulation, l’obésité, etc. Quant aux investissements, ils ne sont effectivement réalisés que si la demande globale (exportation et consommation) est prévue en expansion, ce dont on vient de démontrer l’impossibilité durable.

En fait, les moteurs de la croissance du système thermo-industriel commencent par devenir des moteurs de décroissance. La Biosphère s’en réjouit : moins d’activité économique veut dire moins de perturbations pour les écosystèmes…

semaine du DD

En cette semaine du développement durable qui se termine, interroger le concept de « développement » est crucial. C’est ce que fait Hervé Kempf dans sa chronique du Monde (5-6 avril 2009). Il nous indique que nous n’avons pas besoin de développement durable, « cette camomille mielleuse destinée à nous faire ingérer nos excès ». Précisons :

1) Les sociétés « d’avant le développement » obéissent principalement à des logiques de « reproduction » et non de « production ». Leur but premier est de permettre la reproduction d’une communauté, à la fois démographiquement et culturellement. On n’adopte une innovation que si l’équilibre général n’est pas compromis. Elles visent avant tout à reproduire du lien social, ce qui suppose de garder le sens des limites.

2) Les sociétés en développement se placent dans une logique avant tout économique de maximisation de la production de biens et services marchands, quitte à sacrifier le social. On ne prête pas attention au concept d’équilibre et on considère que la technique permettra toujours de dépasser les limites.

3) Le rapport Brundtland de 1987, Notre avenir à tous, introduit le concept de développement durable et brouille les cartes. Il mélange des considérations qui peuvent rallier des militants écologistes et d’autres qui rassurent les milieux industriels : « La notion de développement durable implique celle de limites. Il ne s’agit pourtant pas de limites absolues, mais de celles qu’impose l’état actuel des techniques et de l’organisation sociale ainsi que de la capacité de la biosphère de supporter les effets de l’activité humaine. Mais nous sommes capables d’améliorer nos techniques et notre organisation sociale de manière à ouvrir la voie à une nouvelle ère de croissance économique. »

4) conclusion : Penser en terme de développement  durable s’avère nuisible car la situation climatique et l’épuisement des ressources risquent de devenir irréversibles avec toutes les conséquences socio-économiques que cela entraînera. Aucune croissance n’est infinie dans un monde fini. Le Titanic coule, mais dans le cas de la planète Terre, on ne peut guère espérer de navire de rechange. Pourtant nos dirigeants continuent de se réclamer de la seule logique du « sur-développement » pour répondre aux demandes de mieux-être des populations !

=> Pour approfondir ta réflexion, lis de toute urgence La décroissance, Rejets ou projets ? (croissance et développement durable en questions) de Frédéric Durand

manifs et écologie

«  Au faits, ils ont parlé de la crise écologique, à la manif ? ». C’est par ces mots qu’Hervé Kempf conclut sa chronique (LeMonde du 22-23 mars). Le syndicalisme en France est faible numériquement, et pourtant c’est le seul pays de l’Union européenne où on se mobilise autant dans la rue.  C’est dire que les revendications pour le pouvoir d’achat ou contre le bouclier fiscal vont être oubliées aussitôt qu’annoncées. Vu la multiplicité effroyable des organisations syndicales, de toute façon il ne pourrait pas y avoir de mot d’ordre unitaire dans les manifestations françaises.

Hervé Kempf est donc perspicace en proposant aux syndicats un slogan social qui considèrerait aussi la composante  écologique de notre niveau de vie : imposer le RMA (revenu maximal autorisé) pour lutter contre le délire consommatoire des riches qui se diffuse dans toute la société et épuise la Biosphère. Rappelons-nous ce qu’écrivait déjà Hervé dans son livre de 2007, Comment les riches détruisent la planète :           

« Qui aujourd’hui, consomme le plus de produits matériels ? Les hyper riches ? Pas seulement. L’oligarchie ? Oui, cela commence à faire nombre mais ne suffit pas encore. Il y a aussi la classe moyenne mondiale, disons 500 millions de gens (il y a de fortes chances que vous en fassiez partie) qui réduiraient utilement leur consommation matérielle, leurs dépenses d’énergie, leurs déplacements automobiles et aériens. Mais nous limiterions notre gaspillage, nous chercherions à changer notre mode de vie, tandis que les gros, là-haut, continueraient à se goberger dans leurs 4×4 climatisés et leurs villas avec piscine ? Non. La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. » (p.90-91)

l’écologie, omniprésente

L’écologie se conjugue aujourd’hui dans toutes ses dimensions, scientifique forcément, politique bien sûr, mais aussi économique, pratique, culturelle… Le Musée du vivant parcourt cet éventail dans les enceintes d’AgroParisTech (LeMonde du 3 mars).

C’est le résultat d’une évolution idéologique en France qui a politiquement émergé en 1974. Appelé à valider la liste des candidats à l’élection présidentielle, le Conseil constitutionnel a tiqué sur le nom de René Dumont, premier candidat écologiste : « Si un candidat ne veut parler que d’écologie, ce n’est plus une candidature… Il faut s’assurer que le candidat veut bien être président de la République.. On se trouve en présence d’une opération de propagande organisée par un réseau d’associations de protection de la nature (Pierre Chatenet) » ; «  M.Dumont ne recherche que la possiblité de s’adresser à la France entière (Jean Sainteny) » ; « Le critère de détournement d’institution doit être retenu (René Brouillet) ». Mais le président, Roger Frey, constate que le Conseil est « obligé d’accepter » la candidature de René Dumont. (LeMonde du 8-9 mars)

Avec la révolution industrielle, il y a eu un désencastrement de l’économie par rapport au social pour mettre en place l’économie de marché. Maintenant nous entrons dans une nouvelle période où l’éconosphère (en simplifiant, c’est le circuit économique) va être obligée de renouer avec le facteur ressources naturelles (les possibilités et dorénavant les insuffisances de la planète pour couvrir notre activisme). Pourtant beaucoup n’ont pas encore compris, 65 ans après la délibération des membres du Conseil constitutionnel, que l’ensemble de l’activité humaine n’est qu’une composante de la biosphère. L’être humain n’est pas élevé hors-sol, l’écologie devrait être au centre de notre pensée dans tous les domaines, y compris bien sûr dans la sphère politique.

les IDD de Stiglitz

Aujourd’hui, c’est exceptionnel, je n’ai presque aucun commentaire à faire sur l’article « empreinte écologique, qualité de la vie…les pistes de la commission Stiglitz » (LeMonde du 27 février). C’est une information dont il me tarde déjà de voir la réalisation. Voici un résumé de  ce qu’on appellera sans doute les IDD (indicateurs de développement durable) :

– Un indicateur PIB modifié : il s’agit de compter en négatif ce qui est négatif, et non de tout compter en positif par les valeurs ajoutées. On ne comptabilisera pas seulement les dépenses de reconstruction engagées par une catastrophe, mais aussi le coût de la catastrophe.

– des indicateurs de développement durable : empreinte écologique, mesure de la biodiversité, émission de CO2

– des indicateurs subjectifs : il s’agit de mesurer la perception des populations sur la qualité de la vie ou le sentiment de bien-être. 

Le seul problème, c’est qu’une telle complexité de la mesure ne va pas être un bon argument politique pour attirer le chaland. La croissance mesurée par le seul PIB, ou le pouvoir d’achat, ou la vie chère, c’est si simple et si parlant pour les braves gens…

la vie chère, pas assez

La publicité pollue tous nos espaces collectifs, y compris les pages d’un quotidien aussi sérieux que Le Monde. Dans le numéro du 21 février, Intermarché achète le droit à avoir seul la parole en page 7 et E.Leclerc monopolise la parole page 15. Pourquoi se payer une pleine page ?

Avec les Mousquetaires, il faut être « tous unis contre la vie chère ». Ce grand groupe de distribution s’engage à pratiquer « les prix les moins chers de France sur les produits du quotidien vraiment utiles ». Avec E.Leclerc, le « combat pour les prix bas est une priorité nationale ». Ce grand groupe de distribution confirme son engagement d’une baisse de tarifs et de prix bas. Notre existence de consommateur est donc encadrée par des concurrents qui ne veulent que notre bonheur. Mais des trois modes de régulation des rapports sociaux, la coercition, la coopération et la concurrence, l’idéologie libérale n’a voulu retenir que la troisième. Cette concurrence était autrefois réservée à quelques marchandises et à un petit nombre de marchands, ses conséquences étaient donc limitées. Mais elle se présente aujourd’hui comme le mode normal de régulation sociale à tous les niveaux. Ce mode d’organisation a constamment privilégié les prix bas au détriment de la qualité environnementale. Le prix bas n’est pas un bon indicateur, il faudrait que le prix reflète le poids réel de l’économie humaine sur la Biosphère.

Le socialisme s’est effondré parce qu’il interdisait au marché de dire la vérité économique. Si le capitalisme empêche le marché de dire la vérité écologique, il s’effondrera. Nous nous sommes bercés d’illusions en nous prêtant à une comptabilité frauduleuse qui évite de chiffrer le coût des externalités. Dame Nature ne s’est pas laissée berner. C’est pourquoi nous subissons le changement climatique et autres maux écologiques. Augmentons les prix de tous les produits les plus utiles, à commencer par ceux de l’alimentation sous-payés aux paysans. Pour les produits inutiles, inutile de les acheter…

le pouvoir à la base !

Si seulement l’Amérique pouvait être la Chine. Rien qu’une journée ! Les dirigeants chinois possèdent la faculté de couper court à tous les intérêts particuliers, à tous les obstacles bureaucratiques, à toutes les craintes de répercussions électorales, pour simplement décréter des changements radicaux dans les prix, les règlements, les normes, l’éducation et l’infrastructure. C’est un atout de poids quand il s’agit de réaliser un changement aussi considérable qu’une révolution verte, où vous êtes confrontés à des intérêts acquis, enracinés, grassement financés et fortement retranchés, où vous devez motiver des opinions publiques pour qu’elles acceptent des sacrifices. C’est le point de vue de Thomas L.Friedman (La Terre perd la boule, 2009).

Alors, regardons ce qui se passe en Chine aujourd’hui ! Car la Chine fait aussi son plan de relance et pratique la révolution « verte » (LeMonde du 17 février). Le chef de l’agence  chinoise : « il n’y aura pas un centime de déposé sur les projets qui favorisent la production de masse, ou les secteurs hautement polluants et gourmands en ressources ». Mais sur 400 milliards d’euros en deux ans, presque la moitié va aux transports (certainement pas à vélo)  et à l’électricité (produite principalement par des centrales thermique à charbon, bonjour la pollution) ; l’environnement proprement dit n’a droit qu’à 35 milliards. L’obsession de la croissance et les inquiétudes sur l’emploi ne pourront de toute façon que mettre à l’épreuve le contrôle des abus environnementaux. Ni le pouvoir central, ni à plus forte  raison le ministère de la protection environnementale n’ont les pleins pouvoirs sur la réalité.

Dans la Chine rurale, alors qu’une vingtaine de millions de mingong (travailleurs migrants) sur 130 millions sont sans travail à cause de la crise mondiale, la sagesse espiègle sort de la bouche d’un des derniers compagnons de Mao à qui on demandait ce que le grand timonnier aurait bien pu faire pour sauver la Chine de la crise : « Sous Mao, les gens étaient plus purs. Mais la vie était plus rude. » (LeMonde du 18 février) 

lettre à Obama

Monsieur Obama,

Avec tout le respect que je vous dois, il manque un mot dans votre discours d’investiture, celui de démocratie. Pour vous, les valeurs de l’Amérique sont le travail et le patriotisme, pas la démocratie. D’ailleurs la démocratie ne tient plus qu’à un fil quand vous faites une constante référence à la religion tout au cours de votre discours : « Selon les paroles des Ecritures », « La promesse divine selon laquelle nous sommes tous égaux », « C’est la foi du peuple américain dont la nation dépend », «  La source de notre confiance, le fait de savoir que Dieu nous appelle pour façonner un destin incertain », « Avec la grâce de Dieu ». Votre discours de ce président se termine même ainsi : « Que Dieu vous bénisse et bénisse les Etats-Unis d’Amérique ».

Non, Monsieur Obama, Dieu ne contemple pas spécialement les Américains et vous n’avez pas été élu grâce à dieu, mais par le vote démocratique d’un peuple. Vous avez trouvé la source de votre pouvoir dans les urnes, pas dans une Eglise. La religion est le contraire de la raison. La croyance est mauvaise conseillère, surtout quand on est à la tête d’un pays trop puissamment armé.

D’ailleurs le combat est ailleurs, voici  ce que vous en dites : «  La façon dont nous consommons l’énergie menace notre planète », «  Nous allons lutter contre ce fléau qu’est le réchauffement de la planète », « Nous ne pouvons pas consommer sans réfléchir les ressources du monde ». Mais vous posez, Monsieur Obama, deux conditions au changement qui ne peuvent que vous empêcher d’être le président que nous attendons:  « Faire redémarrer la croissance, construire routes et ponts… » et « Nous n’allons pas nous excuser pour notre mode de vie, nous le défendrons sans relâche ».

Vous devriez savoir que c’est la défense du niveau de vie américain qui a empêché votre prédécesseur de ratifier le protocole de Kyoto, vous devriez savoir que c’est le niveau de vie américain qui est devenu le modèle à imiter au-delà de ce que notre planète peut supporter, vous devriez savoir que c’est le mythe de la croissance quantitative qui nous empêche de trouver d’autres voies d’épanouissement. Monsieur Obama, commencez à ne plus subventionner vos agriculteurs, commencez à rationner une industrie automobile surdimensionnée au lieu de la relancer, commencez à ne plus pomper le pétrole du monde entier, et vous serez sur la voie de la rédemption. Monsieur Obama, j’espère que le pic pétrolier qui va survenir incessamment sous peu vous montrera que ce n’est pas la colère divine qu’il faut craindre, mais l’épuisement des ressources de la planète. Vous vous engagez à coopérer avec les peuples des nations pauvres pour leur apporter de l’eau potable et nourrir les corps. Mais la souveraineté alimentaire, c’est comme l’eau, c’est comme la démocratie, ça ne s’exporte pas, ça se construit de l’intérieur d’un peuple, de l’intérieur d’un territoire, de l’intérieur d’une volonté collective qui n’a rien à demander aux américains.

En espérant que vous donnerez la suite qu’il convient à cette lettre, mes salutations écologiques.

biosphere (source : l’intégralité du discours prononcé le 20 janvier par Barack Hussein Obama, LeMonde du 22.01.2009)

raccourcissons les études !

Selon LeMonde du 5 février, les universités africaines sont des usines à chômeurs. Que nous sommes loin des paroles de  l’économiste en chef de la Banque mondiale F.Bourguignon : «  Une politique efficace en direction de la jeunesse repose sur trois types de mesures, plus de possibilité de réussite, plus de compétences et l’offre d’une deuxième chance ».Les filières universitaires sont bondées, les conflits sociaux à répétition et l’espoir en un emploi de fonctionnaire une cruelle illusion. Pourtant on prévoit que de 2005 à 2015, le nombre des étudiants dans les pays d’Afrique francophone passeront de 400 000 à 2 millions ! Pourtant 25 % des diplômés de l’enseignement supérieur sont déjà sans emploi et 30 % des diplômés ayant un emploi sont surqualifiés.

            Pour la Biosphère, la seule solution réaliste passe par le maintien de la jeunesse dans le milieu rural, une valorisation du statut de la femme, une éducation de base qui permette de saisir les enjeux de la régulation démographique et de l’avenir de la planète. A quoi ressemblerait une éducation biocentrique, centrée sur la vie, holistique ? Premièrement le projecteur se braquerait sur  les niveaux de consommation de la classe globale (tous ceux qui possèdent un véhicule personnel) parfaitement inéquitables et absolument non viables. Deuxièmement, la prise de conscience que la société humaine fait partie de l’environnement, que l’on doit respecter la nature au lieu de la piller, qu’il existe en toute chose une forme de conscience, que tous les êtres vivants possédant aussi une valeur intrinsèque. Une école soucieuse de la Terre défendrait aussi la convergence des disciplines, organiserait des expériences festives réaffirmant l’intégration de la société humaine dans la nature. De tels enseignements comprendraient un art contemplatif, la danse, des exercices de respiration profonde, la méditation… Il n’y a pas besoin de poursuivre de longues études pour arriver à la sagesse.

Bien entendu le fait de raccourcir le nombre d’années d’études pour plus d’efficacité ne doit pas être réservé aux pays émergents…

la mort d’Arne Naess

Dans le dernier livre de JM Jancovici, C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde (Seuil, 2009), on trouve bien des choses excellentes, mais aussi une erreur beaucoup trop répandue en France, le dénigrement de la deep ecology : «  Le monde associatif a aussi ses extrémistes, typiquement les tenants de la « deep ecology » (ndlr : écologie profonde). Pour eux, c’est la nature qu’il faut sauver des hommes, qui ne sont que de sales pollueurs, et qui peuvent être sacrifiés si nécessaire. Dans l’esprit de ces mouvements, les seuls qui ont le droit à un avenir meilleur sont ceux qui n’ont jamais péché. » Jancovici, avec des mots de condamnation sans preuves, s’appuie uniquement sur le roman de Michael Crichton, ce négationniste qui a brocardé le réchauffement climatique ! Soyons sérieux, surtout à l’heure ou le père de l’écologie profonde vient de mourir. Dans sa nécrologie du 23 janvier, Le Monde écrit :

« Philosophe, militant écologiste et inventeur de l’écologie profonde, Arne Naess (1912-2009) aura marqué les Norvégiens dans tous les domaines. Il devient en 1939 le plus jeune professeur en philosophie dès 24 ans, « le travail le plus idiot que j’aie fait », avait-il déclaré voici quelques années. Il développe au début  des années 1970 sa notion d’écologie profonde, qui place l’homme non pas au sommet de la biosphère, mais à l’égal des autres espèces qui peuplent la planète. A ce titre, il prône une décroissance de l’impact des activités humaines et une diminution de l’activité humaine. Sur le fond, il cherche à définir un système éthique dans lequel la valeur des choses est définie indépendamment de leur utilité. Sur cette base, il estime que les grandes philosophies ne pensent pas la nature de manière cohérente et prône une nouvelle relation entre l’homme et la nature. » Il s’agit donc d’une réflexion philosophique profonde qui oppose anthropocentrisme et biocentrisme. Puisque l’homme est la mesure de toutes choses, doit-il se donner la place de dominant, ou au contraire une place plus humble, au service de la planète et de tous ses habitants ?

Dans son livre Ecologie, communauté et style de vie, Naess expose les fondements d’une nouvelle ontologie (étude de l’être en soi) qui rend l’humanité inséparable de la nature. Si nous saisissons cette ontologie, alors nous ne pourrons plus endommager gravement la nature, sans nuire en même temps à une partie de nous-mêmes. Arne Naess constate : « Une culture globale de nature essentiellement techno-industrielle s’étend actuellement partout dans le monde et détériore les conditions de vie des générations futures. L’ampleur de la crise est due en partie à ce qu’elle est largement incontrôlée : les évolutions se produisent à un rythme accéléré sans qu’aucun groupe ou aucune classe ait forcément  prévu ou accepté la phase suivante. Il est important de réaliser que le pourcentage de croissance est exponentiel, et que 1 % ou 2 % de croissance annuelle induisent des transformations sociales et techniques de plus en plus importants qui s’ajoutent à celles, énormes, déjà accumulées. Aujourd’hui la formule « PNB = pollution nationale brute » tient toujours et la politique écologique continue chaque année de souffrir des actions menées pour faire croître le PNB. La crise des conditions de vie sur Terre peut nous aider à choisir une nouvelle voie avec de nouveaux critères de progrès, d’efficacité et d’action rationnelle. Nous, qui somme responsables et participons à  cette culture, nous avons la capacité intellectuelle de réduire notre nombre consciemment et de vivre dans un équilibre durable et dynamique avec les autres formes de vie. »

Je ne vois rien là de critiquable et Jancovici mérite qu’on lui tire l’oreille : il ne faut pas dire du mal des personnes qu’on ne connaît pas…