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Appel à démissionner de tous les métiers inutiles

La réponse classique apportée à la question : « A quoi sert l’homme ? » à savoir : à rien, ou plus exactement à rien d’autre qu’à lui-même et son entreprise, est la réponse la plus destructrice qui soit pour lui-même et pour la planète. Exemple, cette histoire vraie que raconte Florent, un jeune ingénieur : « Un jour, mon chef m’a demandé de réaliser une mission d’expertise sur un cas de pollution environnementale. Deux conclusions étaient possibles après enquête : soit on arrêtait une activité quelques jours pour réparer une fuite de gaz à fort effet de serre, soit on continuait. Cette deuxième solution évitait à l’entreprise de perdre de l’argent, j’ai préconisé la première solution. On m’a donc demandé de changer ma conclusion. J’ai refusé. Mon chef l’a modifiée lui-même. J’ai refusé de signer le rapport. Je me suis retrouvé en entretien disciplinaire. Mon chef m’a alors lancé cette phrase : « Florent, il ne faut pas laisser tes valeurs personnelles interférer avec le travail. ». Pour ma hiérarchie, un travail sert avant tout à générer un revenu. Un bon travailleur doit faire preuve de loyauté envers son entreprise, qui le paie pour défendre les intérêts de l’entreprise. Pour moi, qui ai besoin d’être convaincu que mon travail contribue à rendre le monde meilleur, mes chefs étaient des mercenaires dénués de valeurs morales. »*

Tout est dit de la réalité de notre monde mercantile et destructeur. Le problème, c’est que le cas de conscience de Florent ne devrait pas être marginal. Quel est le sens de notre boulot ? Quels sont les métiers en France qui « rendent le monde meilleur » ? Suis-je véritablement utile ? Un tel questionnement devrait entraîner des démissions en chaîne. Le problème de fond, c’est que si chacun refusait de faire des boulots inutiles, c’est au moins 80 % des emplois actuels qui disparaîtraient. Déjà que le système a besoin de croissance économique pour perdurer ! En même temps les analystes envisagent sérieusement le chaos climatique et financier qui va résulter un jour ou l’autre de cette croissance… Donc en fin de compte on retrouvera alors des emplois utiles pour 20 % de personnes, mais que feront les autres ? Michel BERNARD nous donnait dans « Silence »** quelques pistes de réflexion : « Si on adoptait une politique écologiste, on arrêterait bon nombre de recherches inutiles (armement, biotechnologies, nanotechnologies, gadgets informatiques, etc.) : autant d’emplois en moins. Si l’on adoptait des mesures contre la publicité et contre l’obsolescence des objets, l’activité économique baisserait de façon très importante : on achèterait moins d’appareils ménagers et quand on en achèterait un, ce serait avec des durées de garantie plus longues. On importerait moins, on produirait moins de déchets… et globalement on baisserait de manière importante le nombre d’emplois inutiles… Le but dans la vie n’est pas de travailler. C’est pourquoi il faut soutenir les démarches qui vont vers un partage plus important du temps de travail, ce qui évitera de faire des activités industrielles se justifiant indûment par la création d’emplois. »

Finalement, à quoi sert l’homme ? Si on pose cette question à tout un chacun, il répondra spontanément « Je n’en sais rien ». En effet, il n’y a pas de réponse nécessaire. Homo sapiens/demens aux multiples facettes ne trouve de sens à son existence qu’au fur et à mesure de son vécu, imprégné par sa socialisation, conditionné par son environnement social. Dans ce monde occidentalisé, il a même oublié le sens de l’harmonie avec la biodiversité d’une planète qu’il considère comme extérieure à lui-même. Le travailleur ne sert qu’à lui-même, il est baigné dans l’anthropocentrisme des discours publicitaires. Il se sert, dans une nature taillable et corvéable jusqu’à épuisement ! Tant qu’il en sera ainsi, les humains ne trouveront pas à quoi il servent vraiment, si ce n’est en produisant et consommant de la futilité pour oublier à quoi ils pourraient servir. Le sens de notre vie, c’est de chercher l’engagement écologiste qui ait du sens… par exemple en démissionnant de tous les métiers inutiles !

* LE MONDE du 16 octobre 2018, « J’ai démissionné pour exercer un métier qui a du sens »

** De quels emplois parle le gouvernement, in mensuel Silence (novembre 2013)

Les ingénieurs doivent démissionner (suite)

Discours de Clément Choisne lors de la remise de son diplôme (Centrale Nantes) le 30 novembre 2018 : « Comme bon nombre de mes camarades, alors que la situation climatique et les inégalités ne cessent de s’aggraver, que le GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] pleure et que les êtres se meurent : je suis perdu, incapable de me reconnaître dans la promesse d’une vie de cadre supérieur, en rouage essentiel d’un système capitaliste de surconsommation. » La vidéo, qui a fait plus de 270 000 vues sur YouTube, est l’un des nombreux échos du désarroi éprouvé par les jeunes diplômés face à un monde économique qu’ils jugent en décalage avec l’urgence climatique. Deux mois plus tôt, en septembre 2018, un groupe d’étudiants issus de grandes écoles prestigieuses, Polytechnique, Ensta, HEC, ENS – lançaient un manifeste en ligne pour appeler les futurs diplômés à soutenir un changement radical de trajectoire. « Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes ».*

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Electron : Lors de ma longue carrière d’ingénieur au service de grandes entreprises j’ai ressenti la même gêne. Mais si l’on arrête tout je me demande ce que le monde va devenir. mais je crains que la fin programmé du pétrole nous y mène peut être encore plus, dans les décors. Et s’il existe une prise de conscience de certaines personnes, la majorité (cf Gilets Jaunes) ne veut pas en entendre parler.

Claude Hutin : Si la peste verte gagne totalement ces esprits le pire est à craindre pour notre économie. Industrie ravagée, exportations atrophiées, récession. Veut-on un pays de composteurs ahuris, de décroissants rétrogrades, de colapsologues béats ? Ne laissons pas l’avenir de nos enfants, leur santé, leur éducation, leur sécurité, s’assombrir à cause de l’écologisme qui ravage déjà notre pays.

Simon @ Claude : rassurez-moi et dites-moi que vous n’avez pas d’enfant !

Germaine Kouzain @Hutin : achetez vous une ile déserte sans écolo, ET sans internet SVP.

GUILLAUME SERRE : Je trouve ces réactions d’étudiants plutôt saines. Ce sont eux qui vont changer le monde, pas les gadgets avec label « développement durable ». On est beaucoup trop nombreux sur la planète pour que les solutions alternatives au pétrole soient suffisantes et efficaces. On n’échappera pas à une réduction drastique de nos consommations, déplacements. On ne veut pas voir qu’on va vers un recul très important de notre confort mais on y va et très vite. L’Histoire n’est pas synonyme de progrès.

ALAIN PANNETIER : De nombreuses universités américaines, chinoises et européennes proposent des cours de développement durable ou de chimie verte. On sortira de cette crise par le haut, avec plus de scientifiques, plus de techniques et surtout plus d’éthique.

LEE PAMPEAST : « Si tous les plus convaincus et les plus écolos fuient les entreprises comme Total, il ne restera plus que ceux intéressés par l’argent et donc qui ne feront rien pour le réchauffement climatique ». C’est une très grande illusion que de croire qu’on peut « faire quelque chose » depuis l’intérieur de cette compagnie. Le management par objectifs et les différents outils de gestion du personnel y règlent très efficacement la question des têtes qui pourraient dépasser.

GUILLAUME SERRE : J’ai bien peur que vous n’ayez raison. Les changements de l’intérieur ne peuvent se faire qu’à la marge et encore… Difficile pour un ingénieur de privilégier une solution plus « propre » écologiquement si elle coûte plus cher. Je crois plus efficace le refus de rentrer dans ces entreprises : elles seront alors peut-être obligées de revoir leurs stratégies si elles ne trouvent pas les cadres dont elles ont besoin. Comme il y a un vrai problème de recrutement de cadres, cela semble jouable.

thierry piot : La prise de conscience des ces petits maîtres est salutaire. Dommage qu’il faille l’écroulement du monde pour réaliser la nocivité des études dans lesquelles, eux, leurs familles et leurs pairs, ont choisi de s’inscrire. A coups de cours sur les meilleurs moyens de gérer, de produire, de rentabiliser, d’organiser, de commercer, financer, ces Hautes Études abîment l’humanité. Ne reste plus qu’à changer l’orientation politique des cours : réparer, partager, construire, protéger, aider…

* LE MONDE du 17 avril 2019, Le malaise des jeunes ingénieurs face au climat)

Ingénieur et écologiste, c’est incompatible

Être ingénieur et écologiste est une nécessité, une nouvelle génération de jeunes s’engage dans les grandes écoles. Mais que peut-elle faire ?

Benoît, 22 ans, aux Mines de Paris et à Polytechnique : « A raison de dix à vingt heures par semaine, avec l’équipe du Manifeste pour une transition écologique, je m’engage à faire pression sur les dirigeants d’entreprise avec l’objectif de révolutionner leur modèle économique.  Loin d’être antinomique, je suis convaincu qu’être ingénieur et écologiste est devenu une nécessité.»
Hugo, 22 ans, étudiant à l’école d’ingénieurs de Mines ParisTech: « Ce qui a déclenché mon sursaut écologique, c’est un cours sur l’énergie de Jean-Marc Jancovici ; il nous a enseigné que l’économie est très dépendante des énergies fossiles et qu’on ne peut pas les substituer en ayant la même énergétique. Il faut donc faire preuve de sobriété. J’ai donc rejoint le collectif Pour un réveil écologique, qui a pour but d’encourager les écoles et les universités à intégrer les enjeux environnementaux dans les programmes scolaires, mais aussi de mettre au défi les entreprises en analysant leurs politiques environnementales. »
Alexandrine, 20 ans, étudiante à CentraleSupélec : « J’ai adhéré à une association étudiante Forum Ingénieurs responsables. Le Forum aura lieu le 18 février 2021, réunira des entreprises engagées dans la transition écologique qui proposeront des stages ou des emplois aux étudiants. Pour moi, être ingénieure et engagée dans la cause écologique, c’est l’avenir. Ce que j’aimerais faire plus tard : utiliser ma technique pour contribuer à résoudre des problèmes mondiaux. »
Caroline, 23 ans, ingénierie du développement durable à l’INP de Toulouse : « Mes recherches étaient axées sur le côté environnemental pur, l’étude des phytosanitaires, les problèmes de nappes phréatiques… mais il n’y a personne qui me donne la possibilité d’agir efficacement face aux enjeux environnementaux. Dans notre cursus, on nous répète que 90 % des emplois qu’on occupera n’existent pas encore, que c’est à nous d’agir. En réalité, ce n’est pas nous, avec nos petits bras, qui allons tout changer. »

Commentaire de biosphere : Ce ne sont pas 4 clairvoyants qui peuvent s’opposer à leurs condisciples qui préfèrent le commerce et la finance. Mais les temps changent. Autrefois leurs aînés ayant fait les mêmes cursus montraient une même foi à réformer la société et à guider le peuple vers le bonheur, sauf que cette foi était techno-productiviste alors que la leur est écologiste. On ne connaissait pas à l’époque le mot sobriété et l’écologisme était considéré comme obscène. Le problème, c’est que la presque totalité des emplois offerts aux ingénieurs sont issus de cet ancien temps croissanciste, ils sont plutôt nocifs pour la planète et/ou la vie humaine. L’idéal, c’est que le tout nouveau diplômé ingénieur retourne à la terre ou à l’artisanat local. Certains super-diplômés font déjà cette démarche.. .Pour compléter cette analyse, lire sur notre blog biosphere :
22 avril 2019, Les ingénieurs doivent démissionner (suite)

Les ingénieurs doivent démissionner (suite)

21 avril 2019, Les ingénieurs doivent-ils renoncer à leur métier ?

Les ingénieurs doivent-ils renoncer à leur métier ?

9 novembre 2017, Les Écoles d’ingénieurs au service des entreprises

Les Écoles d’ingénieurs au service des entreprises

18 octobre 2018, Appel à démissionner de tous les métiers inutiles

Les ingénieurs doivent-ils renoncer à leur métier ?

Extraits du débat dans le mensuel La décroissance d’avril 2019 :

Laurent Castaignède : Le développement de la technique dans les rouges de la société a été à l’origine de la création, à l’aube de la révolution industrielle, de nos célèbres écoles d’ingénieurs aux noms évocateurs, Ecole polytechnique, Arts et Manufactures, etc. Ces ingénieurs sont à un tournant de leur histoire, du moins faut-il l’espérer. Des « Rubicon de la technologie » pourraient être érigées pour exclure certaines recherches ou autres développements d’évidence insoutenables, en se demandant simplement « à quoi ça servirait » (et subsidiairement « à qui ça servirait »). Les vols spatiaux habités par exemple n’ont d’autre objet que de coloniser l’imaginaire d’une alternative d’installation de l’espèce humaine vers d’autres cieux, comme pour oublier notre incapacité à gérer correctement notre propre planète.

Le Postillon : En école d’ingénieur, on apprend à répondre aux questions « comment ? », mais jamais « pourquoi ? ». Alors de plus en plus d’ingénieurs savent résoudre plein de problèmes techniques, mais ne trouvent pas de réponse à la question du sens de leur activité. On voit donc dans les médias des portraits du type « Daniel a quitté son poste chez Thalès pour aller planter des céleris-raves ».

François Briens : De même qu’Alexandre Grothendieck demandait en 1972 dans une conférence au CERN : « Allons-nous continuer la recherche scientifique », des ingénieurs s’interrogent : faut-il démissionner ? » Quand la contribution de l’ingénieur au délitement du monde est évidente, oui, c’est une exigence morale élémentaire.. Mais cela n’implique pas nécessairement de renoncer au métier d(ingénieur. Car pour reconstruire une société à la mesure de l’homme, il faudra un bonne dose d’ingéniosité pour réduire les impacts des processus productifs, explorer des futurs possibles, développer les outils participatifs et conviviaux, etc.

Guillaume Carnino : De nombreux ingénieurs se sont engagés professionnellement contre les pratiques industrielles contemporaines. Lydia et Claude Bourgignon ont quitté l’INRA pour fonder le Laboratoire d’analyse microbiologiques des sols, le polytechnicien Cédric Sauviat a fondé l’Association française contre l’intelligence artificielle, les ingénieurs de l’association SystExt dénoncent les ravages de l’extraction minière planétaire, le centralien Philippe Bihouix propose les low tech comme alternative au modèle productiviste…

Pour compléter cette analyse, lire sur notre blog biosphere :

9 novembre 2017, Les Écoles d’ingénieurs au service des entreprises

18 octobre 2018, Appel à démissionner de tous les métiers inutiles

de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir

Les prétendants au poste quitté par Nicolas Hulot étaient peu nombreux. Normal, la succession ne pouvait aller à un écolo tant la politique macroniste n’est qu’écoblanchiment. On pouvait même craindre un retour de Ségolène Royal ! Mais l’ambition paye, François de Rugy obtient le job pourri après des années de galère. Après avoir été maire adjoint à Nantes (à 27 ans), il devient député Europe Ecologie-Les Verts (EELV) de Loire-Atlantique à partir de 2007 (à 33 ans). Il était devenu aujourd’hui président de l’Assemblée nationale sous Macron après un séjour chez les socialistes. Après avoir espéré que Jean-Marc Ayrault, dont il avait été l’adjoint, ne l’appelle en 2012, il avait vu ses compagnons de route écologistes Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili rejoindre le gouvernement socialiste en 2016. Sans lui ! Alors il est devenu macroniste après avoir participé à la primaire socialiste pour la présidentielle 2017 !

Nous avons cerné depuis 2012 sur ce blog l’idéologie qui rugy, une écologie dite réaliste, c’est-à-dire vendu au pouvoir en place : « Il y a une sensibilité radicale, mais que je pense moins efficace en matière de participation aux politiques publiques : c’est les fondamentaliste. Et puis il y a celles et ceux qui ont une approche plus pragmatique, les réalistes. Moi (de Rugy,) j’assume pleinement mon appartenance à cette deuxième branche de l’écologie politique.  (A quoi peut bien servir un député écolo) »  En conséquence François de Rugy cultive l’écologie superficielle, anthropocentrique. Il s’attaque aux « catastrophistes », comme le font les intellectuels libéraux qui pourfendent les « fanatiques de l’apocalypse ». Il privilégie l’emploi et la préservation du niveau de vie des Français, ce qui nécessairement détériore les conditions de vie dans d’autres pays ainsi que les perspectives pour les générations futures. Il critique l’éloge de la lenteur et oublie qu’il faudrait aller moins loin, moins vite et moins souvent. Les prises de position de François de Rugy sont tellement proches de la vulgate courante que son positionnement d’écologiste devient imperceptible. Mais pour être élu, il est sans doute nécessaire actuellement d’en passer par là… En nommant François de Rugy au ministère de l’écologie, l’exécutif fait le choix de nommer un homme qui devrait se montrer plus souple et davantage enclin à accepter la discipline gouvernementale que son prédécesseur. Juste après la démission de Nicolas, de Rugy avait écrit : « Celui ou celle qui lui succédera à cette difficile responsabilité devra avoir pour lui la possibilité d’agir dans la durée. » En terme clair, ne pas démissionner et fermer sa gueule. La langue de bois est déjà sa spécialité : « L’écologie, cela ne peut pas être que des grands discours d’analyse, de dénonciation ou même de propositions mais bien de l’action, encore de l’action et toujours de l’action. »

Voici quelques réactions sur lemonde.fr à cette nomination sans surprise :

– « incarner de manière aussi visible la politique écologiste de M. Macron » La politique écologiste de Macron ? Hulot part justement car il n’y pas de politique écologiste de Macron. Que va donner ce gars “contrôlable” dans “la durée”?

– Il a tout pour être un ministre parfait pour Manupiter Ier : carpette sur le fond, et très investi dans la communication présidentielle pour tenter de faire croire que l’écologie reste une priorité gouvernementale…

– La nomination de De Rugy a surtout l’avantage de libérer le Perchoir pour Ferrand qui, mise en examen oblige, avait vu passer la présidence de l’Assemblée sous son nez. De Rugy avait été investit par LREM pour le Perchoir à condition qu’il quitte ce poste 2 ans après. Ce qu’il refusait de faire. Bombardé ministre, le pb politicien est réglé.

– On passe de « Il faut impérativement faire très vite quelque chose de fondamental » avec Hulot à « Je propose que nous nommions une commission pour examiner la faisabilité de l’élaboration d’une ébauche de congrès destinée à se prononcer sur la possibilité de réfléchir sur l’éventualité de déterminer pour l’avenir le contenu d’une charte que nous soumettrons aux partenaires concernés. » avec Rugy.

– Candidat aux primaires socialistes (3,8 % des voix), il s’était engagé à soutenir le vainqueur et a trahi cet engagement dès le lendemain du vote.

– Au lendemain du Référendum sur ND des Landes il disait : « Il faut avoir le courage de reconnaître le résultat »… Pour saluer l’abandon du Projet par Macron. L’écologie a besoin d’éoliennes. Pas d’une girouette qui tourne à droite et à droite en fonction de sa seule ambition.

– Maintenant, on va voir comment il concilie son nouveau rôle avec sa mesure de 100% d’électricité renouvelable et 0% de nucléaire prônée lors de la présidentielle 2017. Comment, vous dites ? Renoncement ? ! Ah bon..

– Cette nomination a le mérite de la clarté : ce ministère ne sert à rien dans ce gouvernement.

* LE MONDE du 5 septembre 2018, Remaniement : François de Rugy remplace Nicolas Hulot au ministère de la transition écologique

BIOSPHERE-INFO, l’antispéciste Brigitte Bardot

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Ce mois-ci dans Biosphere-Info un aspect de Brigitte Bardot, méconnu, son engagement quelle déclare appartenir au courant anti-spéciste. Le texte qui suit est reconstitué à partir d’éléments disséminés tout au cours de son livre, Larmes de combat (avec Anne-Cécile Huprelle) :

Introduction : Brigitte Bardot, un extrémisme antispéciste revendiqué

Ne faisons aucune différence entre les espèces. Aussi longtemps que l’animal sera considéré comme une espèce inférieure, qu’on lui infligera toutes sortes de maux et de souffrances, qu’on le tuera pour nos loisirs et nos plaisirs, je ne ferai pas partie de cette race insolente et sanguinaire. Je suis « anti-spéciste », de corps et d’âme, mais depuis 44 ans je le clame d’une façon différente, sans termes savants. Je suis heureuse d’avoir pu vivre assez longtemps pour voir, lire, toucher du doigt le débat autour de l’anti-spécisme et le développement du végétarisme. On entend beaucoup le mot « spécisme » aujourd’hui, le fait de donner plus d’importance à telle espèce plutôt qu’à telle autre. L’idée de « libération animale » a été créée par Peter Singer. J’avais entendu parler de la sortie de son livre en 1975, mais je ne l’ai pas lu à l’époque, malheureusement.

Les animaux sont tenus en esclavage. Je souhaite l’abolition de cet esclavage animal. Autrefois on niait l’humanité des hommes qui étaient enchaînés. On nie aujourd’hui la sensibilité des bêtes. S’il n’y a pas prise de conscience, des espèces disparaîtront de façon imminente. L’homme n’est pas supérieur aux animaux. Ce mot « spéciste », je le trouve compliqué, mais il définit bien une réalité, un classement entre les bêtes. Grouper les animaux dans des catégories, c’est du spécisme. Les animaux n’ont rien, ils ne possèdent rien d’autre que leur vie. L’amour que je souhaite porter aux êtres vulnérables ne tient pas compte des différences entre les espèces.

Dire qu’il faut s’occuper des hommes avant les animaux s’apparente à une lâche tentative de se déculpabiliser. La cause animale est une cause humanitaire, celle de défendre les opprimés et les humiliés. Lorsqu’on sauve un humain, on est un héros. Quand on sauve un animal, qu’est-ce qu’on est ? Imaginer faire des animaux autre chose que nos ressources, c’est élargir nos horizons « anthropocentrés », c’est-à-dire appréhender la réalité autrement qu’avec un œil humain. Ce ne serait plus exploiter le naturel, mais vivre avec. Et parfois s’y soumettre. Diane Fossey, Joey Adamson, Jill Philipps, Barry Horne, tous ces martyrs morts au nom de la cause animale devraient soulever des hommage mondiaux. Non. On ne réagit pas. On préfère dire que ce sont des illuminés, des suicidaires, des extrémistes… Oui ce sont des extrémistes. Mais ne faut-il pas toucher du doigt l’extrême quand on se tape autant la tête contre le mur de l’indifférence ? J’ai également reçu des menaces de mort, mais je m’en foutais. Je me disais : «  Si je meurs, au moins, c’est pour une cause que j’aurais défendue jusqu’au bout. » Un chasseur m’a un jour mis en joue parce que je m’interposais entre lui et un sanglier qui s’était réfugié chez moi : « J’ai deux cartouches, il y en a une pour vous et une pour lui. » Il n’en a pas fallu plus pour que je défie ce trou-du-cul : « Alors, tirez ! » Mon âme était animale.

NB : l’antispécisme est un courant de pensée refusant la hiérarchie entre les espèces animales, dont les humains.

B.B.phoques

Au début des années 1970, des articles précisaient que des tueries concernaient 150 000 à 300 000 phoques chaque année. En avril 1976, n’ayant que ma notoriété comme arme, je favorisai le déclenchement d’une vaste campagne internationale. La chasse des bébés phoques est d’une facilité déconcertante. Le blanchon se laisse, innocent, approcher par les chasseurs qui le tuent d’un coup de gourdin puis dépecé, la plupart du temps encore vivant. Son magnifique pelage permet de se cacher plus facilement sur la glace. Après avoir été allaité par sa mère pendant plusieurs semaines, le blanchon va devenir phoque et son poil imperméable se colorer de gris. J’ai plaidé la cause des bébés phoques, milité pour l’interdiction de l’importation de peaux de blanchons. J’ai pu serrer contre moi un bébé phoque. J’ai tout appris avec cette bataille de mon « sacerdoce » pour la défense des animaux. B.B.phoque, un surnom dont je suis fière.

Les abattoirs

L’alimentation casher pour les juifs et hallal pour les musulmans ne me dérange évidemment pas tant que cette prescription n’impose pas de la souffrance à un animal égorgé à vif. Je pense bien fondé l’électronarcose. Le 5 octobre 2005, j’obtenais un entretien avec Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur en charge des cultes. Il m’assura les yeux dans les yeux qu’il allait réunir les chefs musulmans et que le débat serait tranché sous huit jours. 4046 jours plus tard, à l’heure où ces lignes sont écrites, les animaux se font toujours trancher la gorge à vif dans le cadre de l’abattage rituel.

Les acteurs et actrices

Que garderez-vous de moi ? Une danse lascive au son d’un mambo endiablé ? Un cri dans le silence pour sauver les animaux ? Je suis la preuve vivante qu’un statut hors norme n’offre rien d’autre qu’un prestige qui s’éteint avec les lumières artificielles qui l’ont éclairé un temps. Cela ne donne pas le pouvoir. Quand j’ai dit en 1973 au revoir au métier de star, à cet art de vivre de fastes et de paillettes, d’images et d’adoration, je me suis sauvée. La célébrité est l’illusion de la puissance. Si quelques dispositions liées à mon ancien métier d’actrice me sont restées, elles se trouvent dans ma capacité à incarner mon combat. Mon pouvoir est celui de mettre en lumière des vies animales, d’inviter les gens à refuser des choses insupportables, à faire que chacun voit le monde avec mes yeux. J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes et maintenant je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux.

Des animaux intelligents

Je n’aime pas le mot intelligence car il est le signe d’une arrogance humaine dévastatrice. L’intelligence humaine est la référence. Or le monde animal est bien plus riche que cela, il nous offre en fonction des espèces tout un éventail de capacité, d’ingéniosité. Les animaux font évidemment fonctionner leur esprit à plein régime. Les animaux ont tout un tas de signaux pour exprimer leur joie, leur colère, leur surprise… Pourquoi aurait-on l’exclusivité de l’émotion ? La différence de langage ne prouve en rien le manque de réflexion des animaux. Leur communication n’est pas verbale, elle est autre. Seul le regard prédateur de l’homme nie cette diversité. L’animal ne vit pas dans les affres des sentiments tournés vers la méchanceté, la revanche agressive.

Les animaux sauvages

On doit respecter les animaux pour leur nature, leurs mœurs, leurs besoins, leur façon de vivre dans les territoires où ils ont besoin d’être. Pour profiter des possibilités de sa biologie, l’animal doit pouvoir jouir de l’espace qui lui convient, des besoins de son espèce, de sa nature solitaire ou sociale. On n’imagine pas à quel point la nature est devenue un espace réduit : les plaines sont bétonnées, les forêts coupées. Même les animaux dans les grands parcs d’Afrique qui s’étendent sur des milliers d’hectares sont braconnés malgré la surveillance des rangers. Durant des décennies, j’avais franchi des portes présidentielles, ministérielles ou européennes, chaque échec était un coup supplémentaire. Le 23 juillet 2017, pour la première fois de ma vie, j’ai songé à démissionner de mon combat public pour la cause animale. La raison en était un écœurement profond et intense : le gouvernement français venait de donner satisfaction aux éleveurs en autorisant 40 abattages supplémentaires de loups pour la saison en cours. Cette décision me tua, d’autant plus qu’elle avait été accepté par le ministre Nicolas Hulot, en qui j’avais placé tant d’espoir. Et puis un soir d’août, Nicolas m’appela à la Madrague. Il se confondit en excuses. Avant de raccrocher, il me promit : « Si dans un an, je n’ai rien changé (globalement) et je n’arrive à rien, à ce moment-là je partirais. » Je versais des larmes de combat. La bataille devait se poursuivre, il y avait d’autres loups à sauver, des cirques avec animaux sauvages à faire interdire. Mes héritiers étaient en ordre de bataille.

Les chasseurs

Les chasseurs sont munis d’un véritable attirail, dignes de champs de bataille. Aujourd’hui l’homme se donne tous les droits. Il ne fait pas que se nourrir, il gaspille, il ne fait pas que s’habiller, il pille, il ne fait pas que s’amuser, il pervertit. Quelques chose me choque horriblement : ce que les gouvernants et les chasseurs appellent les nuisibles. Les chasseurs reprochent aux nuisibles d’être aussi prédateurs qu’eux. La chasse à courre est interdite en Allemagne depuis 1952, en Belgique depuis 1995, en Angleterre depuis 2004, mais pas en France.

L’expérimentation animale

L’intelligence animale est incroyable. Je regrette qu’il faille faire des expériences, parfois grotesques, pour se le prouver et pouvoir respecter les animaux à leur juste mesure. Des mots très admirables comme « test », « expérience », « science » cachent une réalité terrifiante où des millions d’animaux de laboratoires sont charcutés chaque année. L’expérimentation animale est horrible. Des expérimentations très douloureuses sont réalisées sans anesthésie, certains protocoles précisant même que l’utilisation d’antalgiques « contreviendrait aux résultats ». Où est la ligne rouge entre le scientifique et le sadique ?

Les éleveurs

Quand en 1962 j’ai commencé à dénoncer la façon dont on tuait les animaux, je n’imaginais pas que 55 ans plus tard je dénoncerais la façon dont on les obligeait à « vivre ». La mort est une peine moins lourde que la vie dans un élevage intensif. Les animaux sont désanimalisés. Ce sont des choses, des machins et des machines qui doivent produire en un temps record. Rien n’y est naturel. Nous vivons dans un monde où on fait bouffer de l’agonie aux gens. J’ai un dégoût profond pour l’époque dans laquelle je vis. On empoisonne les animaux qui sont censés nourrir sainement les hommes, on les maintient en vie avec des substances dégueulasses et lorsqu’on se rend compte qu’on a créé des créatures dangereuses, on les euthanasie, on les brûle, on les raye de la carte. Et on recommence ! Le foie gras est une maladie dont les cons se régalent. La pratique du gavage est interdite en Allemagne, Autriche, Danemark, Finlande, Italie, Royaume-Uni… mais pas en France.

Ma Fondation

Seule ma Fondation est ancrée dans la terre ferme des réalités. En 1986, je tentai de monter ma propre organisation. On m’expliqua qu’une association, c’était bien, mais qu’une Fondation était sans commune mesure. Or pour obtenir une telle dénomination, elle devait bénéficier d’un capital de 3 millions de francs auxquels on ne devait pas toucher, le fameux « Fonds » de la Fondation. J’ai alors vendu tout un tas de babioles héritées de ma vie d’artiste, ma première vie laissait place à la seconde. Ma fondation obtint la notoriété grâce à l’émission « SOS animaux » que j’ai animé de 1989 à 1992. Le 21 février 1992 un décret paru au Journal Officiel stipulait que la Madrague, ma propriété mythique de Saint Tropez, était donnée à la Fondation. Le capital nécessaire pour la reconnaissance d’utilité publique était ainsi obtenue, ce qui nous permettait d’agir en justice et d’accepter dons et legs. Je suis à la base de cet organisme d’une centaine des salariés à Paris.

Les humanistes

Je ne fais pas partie de l’espèce humaine. Je ne veux pas en faire partie. Ce sont les humains tournés vers eux-mêmes que je n’estime pas, les Narcisse et les arrogants. Je méprise l’humain quand il refuse d’accepter d’où il vient et la nature dont il est constitué. Nous autres êtres humains sommes des « petits-rien-du-tout » dans l’immensité de l’univers. Si avant toute chose nous nous remettions cette évidence à l’esprit, bien des désagréments nous seraient évités. Nous faisons partie d’un tout : la nature, la Terre, l’espace forment un ensemble homogène et cohérent. Je distingue l’humanité qui se satisfait de son existence d’une humanité humaine. Un humain-humain est un être en perpétuelle recherche de perfectionnement. Nous avons toujours la possibilité de nous comporter en héros ou en crapule. Le sens de l’humanité, c’est faire avancer les droits de tous les êtres vivants. J’ai connu un monde où la femme était la propriété de son mari, où les enfants n’avaient pas le droit de s’exprimer. J’aimerais que l’évolution de l’humanité passe aujourd’hui par l’amélioration de la place des animaux. Considérer les animaux, c’est être capable de se mettre à leur place. Les programmes scolaires devraient être repensés pour intégrer des cours sur les animaux, la nature, la place que l’homme y occupe.

Les politiciens

Je veux que le public s’indigne, qu’il sorte de son confort, de son nombrilisme et de sa machine à laver. Parfois j’ai peur, j’ai peur du temps qui file à toute vitesse, de l’inertie des peuples, de la lourdeur administrative, de l’indifférence des politiques. Bien souvent j’ai rencontré des élus débutant dans leur métier politique, mués par des idéaux honorables. Puis leur ascension dans les hautes sphères a balayé leurs rêves. Le pouvoir est une force perverse et nombriliste. Le pouvoir est un serpent mouvant et lié à des intérêts propres, des réseaux et des connivences. Ce pouvoir, tel qu’il est exercé aujourd’hui, tend plus volontiers vers la destruction que vers la construction. En ayant conscience de ce rien que nous sommes, de ce court passage qu’est la vie, chacun devrait passer son existence à améliorer la nature et le sort des êtres animaux et humains. Tous les gouvernants, les décideurs vont mourir un jour. Ils vont eux aussi pourrir et redevenir poussière !

Les végétariens

La grande question… Combien de fois m’a-t-elle été posée ? Je suis végétarienne, pas encore végan, je ne mange pas de viande, mais je me nourris toujours de lait et d’œufs. Pour mes 83 ans, on m’a offert des « saucisses végans » à base de protéines végétales. Elles avaient l’allure de saucisses de viande, sans l’être. Et cela m’a fait le même effet, l’appellation que l’on donne à ces nourritures alternatives me rappellent trop l’univers de la viande. Je suis né en 1934, je viens d’une époque où la viande était un produit rare, cher et respecté. Aujourd’hui elle n’est plus qu’un bout de chair vulgaire, moche et jetable. Autrefois, dans la ferme, l’abattage annuel du cochon était ritualisé. On savait ce que l’animal nous offrait. Ce n’était pas des numéros, tout était encore à l’échelle humaine. On vivait, on grandissait, on mourait avec les animaux. Si toutes les familles aujourd’hui devaient tuer leur propre bête pour manger, je vous assure que le nombre de végétariens exploserait. La tante de Tolstoï avait signifié à cet auteur célèbre, végétarien, qu’elle souhaitait manger de la viande lors du repas familial. Elle trouva près de sa chaise un poulet vivant et un couteau. Tolstoï lui explique que si elle voulait dîner de la volaille, elle n’avait qu’à la tuer elle-même.

Les zoos et les cirques

Les animaux sauvages ne sont pas des objets de divertissement. L’animal n’est pas programmé pour sauter sur ses pattes de derrière et faire des roulés-boulés. Le cirque et les zoos jouent sur l’illusion du bonheur. Mais comment peut-on faire croire au public que ces attractions ne sont pas basés sur la contrainte. Les animaux mis en captivité se battent et se débattent tant qu’il est encore temps puis, quand il n’y a plus d’espoir, ils se résignent, ils comprennent vite que la seule issue de leur calvaire est la mort. La nomination de Nicolas Hulot en tant que ministre de la transition écologique fut mon grand espoir déçu. En juin 2017, le maire du Luc se battait pour empêcher l’installation d’un cirque avec animaux sauvages sur son sol. J’appelais Nicolas qui me répondit : « Je suis ministre, mais je ne sais pas ce que je peux faire. »

Conclusion

Depuis toujours je me pose des questions sur le sens de la vie, le bien et le mal, le nécessaire et le superflu. Grâce aux moyens de défense et d’attaque hyper-sophistiqués, nous pouvons soumettre n’importe quel être vivant. L’homme exploite les autres au-delà de ses besoins de survie. Il n’y a plus de limites, il n’y a plus de mesure. L’être humain pratique la tuerie de masse à grande échelle. La planète ne peut plus absorber tous ces êtres humains qui saccagent.

Aucun être n’est la propriété d’un autre. Mais pour vivre en bonne entente, « en colocataires » sur terre, il faut se laisser aller à compatir, à ressentir, à respecter, à s’agenouiller parfois face à la nature. Avant d’être responsable collectivement, il faut l’être individuellement. A celles et ceux qui luttent contre la maltraitance animale, je vous aime. Je fais mienne cette règle d’or : un équilibre doit pouvoir se faire entre la nature, l’animal et l’homme. Et si cet équilibre se brise, la chaîne écologique du monde ne fonctionne plus. L’homme en sera la première victime.

NDDL, ne pas confondre écologie et violence aveugle

Le président Emmanuel Macron a adressé aux zadistes un ultimatum exigeant qu’ils déclinent leur identité et les activités qu’ils souhaitent mener d’ici le 23 avril. Dépêché à Nantes, Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique, s’est employé à rappeler que le combat visant « à préserver les terres agricoles, les zones humides et la biodiversité » était « atteint ». Le ministre en appelle donc « à la raison » et estime qu’« il n’y a pas d’autre issue pour les opposants que de saisir la main que le gouvernement leur a tendue ».* La préfète Nicole Klein ne recense que « 33 conventions d’occupation temporaire de parcelles » paraphées par des personnes dûment identifiées. Les militants de base ont du mal à comprendre le refus de procéder à des déclarations individuelles.  « Ne confondons pas écologie et anarchie, énonce M. Hulot. »** Quelques réactions sur lemonde.fr :

Lo : je ne suis pas persuadé du tout que l’écologie soit la préoccupation prioritaire de bon nombre de ses interlocuteurs.

Wag : Je me considère de gauche mais les zadistes et les bloqueurs d’université n’ont rien à voir avec la gauche ou l’écologie. Dans une démocratie on n’impose pas ses vues politiques par la violence,

gnouss : Que la zone s’étende sur toute la France et même plus, tel est le rêve de ces zigotos .

Comparaison : Avec de l’intelligence et un brin de malice les objectifs de projets collectifs peuvent être atteints en évitant l’affrontement (proverbe chinois)… à moins que l’affrontement ne soit l’objectif !

Lucas  : il suffit de lire un peu ce qui se dit sur les réseaux sociaux pour comprendre que cette ZAD est devenue un symbole et un levier pour celles et ceux qui cherchent à faire s’écrouler le système (c’est leur expression). Certains sont prêts à aller jusqu’au bout, en espérant que les « luttes » s’agrégeront et que la violence s’installera. Ce qui reste des écologistes, même celles et ceux qui ont pris du champ, devrait prendre la mesure de la situation et soutenir Hulot sur ce coup.

The Ad : Les défenseurs des zadistes demandent au gouvernement d’infléchir sa position. Et les zadistes ils acceptent d’infléchir quoi ? Hulot a le mérite d’avoir eu l’honnêteté intellectuelle de confronter son idéal écologiste à la réalité du système républicain.

Phil : C’est quand même pas bien compliqué ce qui est demandé aux Zadistes: C’est quoi ton nom et ton prénom (Camille 128 ?) ? Et ils ne veulent pas payer d’impôt, d’électricité, déposer de permis de construire, s’inscrire à la MSA…

Ulysse : Ce sont des groupuscules d’extrêmes gauche violent, c’est tout. Il n’y a pas besoin de mois de négociation pour donner des noms de responsables de projets à qui ils pourront envoyer les impôts, les loyers de la terre exploitée…la vraie vie de tout le monde.

FRANZ CIMBALLI : C’est quand même pas compliqué de comprendre ce que veulent les ZADistes : des terres gratos, pas de contraintes, pas d’impôts, ni d’URSSAF ou autres obligations qu’ont TOUS les autres occupants légaux. En d’autres termes, des lieux de non-droit aussi larges que possibles. Ben voyons.

Elémentaire : Nous ne vivons pas (ne souhaitons pas vivre) dans un pays où l’on pourra s’installer par caprice, en fonction de ses envies, où bon nous semble, comme on l’entend, sans rendre aucun compte, sans se poser la question de savoir chez qui on est, si l’endroit pourrait servir à d’autres et à autre chose qu’à notre petit épanouissement personnel mal défini.

Untel : Les zadistes énervent tellement de monde qu’ils construisent la réélection de Macron ou, s’il faiblit, l’élection de Wauquiez. C’est le principe du repoussoir. Vous devez être naïf pour croire que les zadistes agissent comme des aimants et non comme des repoussoirs. Plus des extrémistes occupent avec violence l’actualité, en bafouant la loi et des personnalités appréciées (une femme préfète, le télégénique Hulot) plus l’électorat dérive vers le camp le plus éloigné.

Ifig : Vous avez remarqué que l’aéroport ne se fera pas ? Ce qu’aucun écolo n’avait obtenu alors qu’ils étaient au gouvernement sous Hollande.

* LE MONDE du 19 avril 2018 , Notre-Dame-des-Landes : Hulot implore les zadistes « de ne pas rater la dernière marche »

** L’ex-journaliste du MONDE Hervé Kempf attaque Hulot non pour sa tentative de médiation à NDDL, mais pour ce petit morceau de phrase : « L’écologie n’est pas l’anarchie. » Hulot parlait de ces agitateurs professionnels qui envoient des cocktail Molotov sur les gendarmes, il parlait d’une situation anarchique, pas des anarchistes historiques que recense Kempf. De cette déformation de la pensée de Hulot, Kempf en tire l’injonction suivante : «  M. Hulot, amusez-vous avec vos voitures, vos avions et vos kitesurfs. Mais ne parlez plus d’écologie et ne faites plus la morale à personne. » Excommunication absurde  : Si ce n’est Yves Cochet, nous n’avons jamais eu au gouvernement une personne aussi convaincue de l’urgence écologique que Nicolas. Notre ministre a suffisamment œuvré pour l’écologie dans le passé pour qu’on ne s’attarde pas à lui faire des procès de vocabulaire. Il est suffisamment en difficulté dans un gouvernement Macron allergique à l’écologie pour qu’on ne lui tienne pas la tête sous l’eau. Nicolas a besoin au contraire qu’on l’accompagne dans sa tentative de calmer le jeu à NDDL : un ministre sans le soutien des journalistes consacrés à l’écologie ne peut pas accomplir durablement sa tâche. Ce serait dommage qu’à partir d’analyses superficielles et agressives trop souvent répétées, Hulot soit amené un jour à démissionner. Qui le remplacerait ? Hervé Kempf  s’en sentirait-il capable ?

Le parti écolo EELV a besoin d’une réelle introspection

Quand des dirigeants amènent un groupe social au désastre, il faut leur montrer le chemin de la sortie. Il en est de même pour un pays, une entreprise ou un parti politique. Prenons l’exemple d’EELV , Europe Écologie Les Verts. En novembre 2011, un accord programmatique avait été signé entre les socialistes et EELV. Il y avait eu un travail de fond mais sans aucune garantie sur le dispositif d’application. Il fallait une confiance entre partenaires au beau fixe et que cela dure cinq ans. Avec un PS productiviste et anti-écolo, c’était perdu d’avance. Le résultat, c’est qu’EELV a perdu en crédibilité, d’autant plus que le seul message visible pour les électeurs a été l’obtention de groupes parlementaires, c’est-à-dire la course aux postes, l’appât du gain. L’alliance avec les socialistes n’a pas permis un réel enracinement institutionnel, tout au contraire avec l’échec des élections locales suivantes. L’exemple de 2011 montre que la reconduite d’un tel processus (accord électoral avec le PS) devait être considéré par avance comme une véritable erreur stratégique. C’est ce qu’a acté le congrès de Pantin avait comme orientation l’autonomie d’EELV pour les élections de 2017. Les dirigeants ont occulté cette réalité pour que le parti change au dernier moment d’orientation pour 2017. Après le ralliement du présidentiable Jadot, le socialiste Hamon pérore : « Je suis désormais le candidat de l’écologie politique. » Cécile Duflot renchérit : « Benoît Hamon est désormais notre candidat écologiste à la présidentielle. » Elle a tout fait pour qu’il en soit ainsi, la vente du label écolo pour un plat de lentilles. Cécile Duflot se voit déjà gagnante, elle a obtenu sa ré-investiture sur la 6e circonscription de Paris.

Le Bureau Exécutif d’EELV avait organisé à la sauvette deux référendums successifs avec des questions biaisées et un périmètre d’électeurs non conforme. Les écolos ont contesté à juste titre le référendum Valls sur l’aéroport NDLL, ils font le même tripatouillage, le temps de la réflexion en moins. Aveuglés par un rassemblement Hamon/Mélenchon/Jadot et la liaison Ecologie/Gauche+, les votants issus de la primaire n’ont même pas réfléchi deux secondes aux conséquences possibles alors que les conditions politiques d’un tel accord étaient bien moins favorables qu’en 2011. Laissant de côté Mélenchon, une alliance avec le seul Hamon dont on savait qu’il n’arriverait pas au second tour de la présidentielle rendait par avance caduc tout accord programmatique : on met en œuvre une politique quand on obtient le pouvoir, pas quand on rentre dans l’opposition. Autre différence, en 2011 Eva Joly avait maintenu sa candidature pour la présidentielle alors que Yannick Jadot s’est rallié en 2017 à Hamon dès avant le premier tour. Il empêchait ainsi tout processus d’explications aux électeurs sur l’impératif écologique, brisant ainsi brutalement une ligne politique qui remontait à René Dumont en 1974. Ce n’est pas cela que la primaire des écolos avait voté, éliminant Cécile Duflot dès le premier tour et désignant l’ex-activiste de Greenpeace Yannick Jadot comme LE seul candidat de l’écologie politique. Reste quelques circonscriptions en instance dont on ne peut connaître le résultat à l’avance tant les législatives prochaines vont être une foire d’empoigne au sortir de laquelle les partisans de Hamon risque fort de devenir la minorité de la minorité. Il serait même possible que le futur ministre de l’écologie de Macron soit François de Rugy, dont il faut rappeler qu’il a quitté EELV principalement parce que Cécile Duflot avait joué aux parlementaires écolos un tour pendable en quittant de son propre chef le gouvernement.

Le résultat des contorsions tacticiennes de Cécile Duflot font que le socle dur des électeurs qui votaient depuis toujours pour les descendants de René Dumont au premier tour de la présidentielle vont s’éparpiller entre Macron, Mélenchon, Hamon et l’abstention. De toute façon EELV ne donne pas à d’autres le label écolo, il l’a déjà perdu pour lui-même. Plus grave, EELV se retrouve en situation interne de désarroi, toutes les options sont possibles pour les militants, à commencer par celle de démissionner d’EELV. Encore plus grave, le parti devait partir en autonomie pour les législatives sur les 577 circonscriptions. Il s’agissait de témoigner de l’impératif écologique, mais l’enjeu était aussi financier : chacun des suffrages recueillis par un parti lors du premier tour des législatives en 2012 lui rapporte environ 1,60 € par an versé par l’État à la condition de dépasser 1% des suffrages dans au moins 50 circonscriptions et 30 départements. Non seulement EELV n’a pas donné aux électeurs motif de voter pour ses candidatEs, mais il faut que ces candidatEs aient le cœur bien accroché pour déterminer leur positionnellement final, écologiste, hamoniste, macroniste, mélenchoniste, dissident, etc.

Dans une analyse* sur les élections aux Pays Bas et en Autriche, Lucile Schmid constate : « La réussite des écologistes tient notamment au charisme de leur leader alors que les Verts français ont un problème avec le leadership. » Elle en tire la conclusion suivante : « Il faut que les Verts français assument à l’avenir soit de ne pas présenter de candidat à la présidentielle ou alors qu’ils travaillent sur la question de leur dirigeant» Personnellement je pense que tant que Cécile Duflot, drapée dans sa « notoriété » médiatisée, tirera en coulisses les ficelles pour orienter EELV à son seul avantage, nous irons au désastre. Tant que le secrétaire national David Cormand ne sera pas un représentant de l’écologie politique, mais plutôt le fidèle serviteur des désirs de Cécile Duflot, son discours sera inaudible. Rappelons aussi que le Bureau exécutif de 15 membres ne fait que mettre en œuvre l’orientation politique défini en Congrès ; il est sorti de son rôle en programmant par lui-même un changement d’orientation. Tant que ses membres se considéreront comme les rescapés influents de la firme qui soutenait Cécile Duflot, EELV s’enfoncera toujours plus dans les incohérences tacticiennes. En effet ne doutons pas un seul instant que si Cécile Duflot était sortie adoubée par la primaire des écolos, nous aurions toujours actuellement une candidate à la présidentielle, ELLE. Faute de stature présidentielle, se rallier à Hamon n’a été qu’un prétexte pour s’assurer une circonscription à Paris. Quand des dirigeants amènent le parti au désastre, il faut leur montrer le chemin de la sortie. C’est sur de telles considérations que le Conseil Fédéral (le parlement du parti) des 11-12 mars dernier aurait du statuer, pas pour savoir comment partager tant bien que mal le gâteau des législatives.

Michel Sourrouille, encarté EELV

* LE MONDE du 17 mars 2017, « Aux Pays-Bas et en Autriche, les Verts ont su incarner l’opposition à l’extrême droite »

Survivre et vivre, le premier journal écologiste français

Au sortir des « Trente ravageuses », les laboratoires sont devenus de quasi-empires industriels, ces « usines de recherche » rêvées par les physiciens avant-guerre. Portés par un Etat néocolbertiste, de grands programmes technologiques (nucléaire, aéronautique ou spatial, informatique) soutiennent l’industrialisation et la sourde militarisation de la recherche. Dans l’après-Mai 68, le mouvement des scientifiques critiques Survivre (devenu Survivre et Vivre à l’été 1971) contribue à l’apparition d’un écologisme d’ultra-gauche. Rassemblés autour d’Alexandre Grothendieck, une poignée de mathématiciens dénonce la militarisation de la recherche et l’orientation mortifère du développement technoscientifique. Ce mouvement conteste la capacité de la science à faire sens et à prendre en charge la crise écologique dont elle est à l’origine. De 1971 à 1973, la revue constitue le journal écologique le plus important, atteignant un tirage de 12 500 exemplaires, avant que les éditions du Square ne lancent La Gueule ouverte et le Nouvel Observateur Le Sauvage.

                Ce mouvement de contestation doit beaucoup à Alexandre Grothendieck qui mérite notre hommage. Celui-ci est né le 28 mars 1928 à Berlin, naturalisé français en 1971. La guerre, Alexandre en porte les séquelles dans sa chair. Dans sa jeunesse, il a connu plusieurs camps d’internement tandis que son père, anarchiste juif et russe, mourait à Auschwitz après avoir participé avec sa mère à la guerre d’Espagne au sein des Brigades internationales. Il conserve de ces années noires son statut d’apatride et un antimilitarisme farouche. En 1958, L’IHES (Institut des hautes études scientifiques) est créé sur mesure pour Grothendieck par un mécène privé. Jusqu’en 1966, il ne se signale par aucune prise de position politique. On le voyait à la cantine de l’IHES parler de mathématiques exclusivement. Tous écoutaient, c’était alors le professeur Nimbus ! Les physiciens théoriques étaient la classe en dessous car à l’époque les mathématiques étaient beaucoup plus prestigieuses. Grothendieck était très impressionnant, il était considéré comme le plus grand mathématicien de l’époque.

Au cœur de la mobilisation de Grothendieck pour la survie se trouve évidemment la contestation de la guerre du Vietnam. Grothendieck se met en relation au Canada avec de jeunes mathématiciens étatsuniens. Suite à la grève de la recherche en mars 1969 se constitue l’USC (Union of Concerned Scientists). La responsabilisation morale des individus que prône Survivre s’inspire directement de la figure de l’objecteur au service militaire qui élève « sa conscience » contre l’action de l’Etat. Le secrétariat du CSOC (comité de soutient aux objecteurs de conscience ne quittera le domicile de Grothendieck qu’à l’été 1972. En novembre 1969, Grothendieck se rend au Vietnam du Nord. A l’université évacuée d’Hanoi, il découvre le quotidien des bombardements et les raffinements d’une guerre technologique : la microélectronique prend son essor et la guerre l’allure d’un champ de bataille informatisé. Bombes et mines se déclenchent automatiquement au moindre signal de vie. Physiciens et ingénieurs furent captés par l’armée avec des salaires mirobolants et des possibilités de recherche quasi illimitées. Indigné par cette collaboration, Grothendieck y décèle un mécanisme de déni similaire à celui qui accompagna la montée du nazisme. Quelle ne fut pas alors sa surprise lorsqu’il apprit fortuitement, cette même année 1969, que l’IHES dont il faisait la renommée internationale était financée en partie par l’OTAN via le ministère de la défense française. Durant des mois il fait son possible pour obtenir la suppression de ce financement. En vain.

En septembre 1970 Grothendieck, en short et crâne rasé, ne passe pas inaperçu auprès des 3000 mathématiciens réunis en congrès international à Nice. Au détour d’une démonstration, un mathématicien russe évoque un possible débouché militaire à ses travaux. Grothendieck l’interrompt : « Ne vaut-il pas mieux s’abstenir de faire des mathématiques qui ont une application militaire ? » Dans Survivre, dont il distribue alors les 1200 premiers exemplaires, Grothendieck poursuit : « La collaboration de la communauté scientifique avec l’appareil militaire est la plus grande honte de la communauté scientifique d’aujourd’hui. C’est aussi le signe le plus évident de la démission des savants devant leurs responsabilités dans la société humaine. » Grothendieck va d’ailleurs démissionner avec fracas de l’IHES. Il se fait le théoricien d’une « Grande Crise évolutionniste ». Le savant, principal ouvrier des progrès technologiques, doit assumer une part majeure des responsabilités dans les abus souvent révoltants qui sont faits de ces progrès.

Mais la communauté scientifique, sauf exception, va réagir par l’indifférence et la placidité. A l’hiver 1970-1971, Grothendieck multiplie les lettres à ses collègues scientifiques pour un appel public alertant sur les dangers de l’industrie nucléaire. Paru dans LE MONDE du 16 juillet 1971, il ne compte aucun expert ès nucléaire (hormis Daniel Parker) et un seul biologiste. Grothendieck prend acte du faible recours que constituent les scientifiques dans la lutte pour la survie. La recherche est en effet devenue une arme dans la lutte pour sa place au soleil. Dorénavant Grothendieck va incarner au mieux dans sa propre personne la révolution écologique : végétarien, expert en tisanes, hiver comme été dans des sandales, il préside au printemps 1971 la « Fête de la Vie ». Il disparaîtra de la vie publique un peu plus tard, sans doute usé par l’inertie humaine…

Source : Survivre et vivre (critique de la science, naissance de l’écologie), ouvrage coordonné par Céline Pessis

éditions Frankenstein 2014, 482 pages, 25 euros

l’écologie politique entre idéalisme et pragmatisme

Il est urgent que les écologistes se forgent un discours commun. Mais autant c’est facile quand on s’appuie sur l’écologie scientifique (le réchauffement climatique, le pic pétrolier, le stress hydrique, etc.), autant c’est ardu politiquement. La dernière controverse entre la candidate écologiste aux présidentielles françaises, Eva Joly, et le parti qu’elle représente, Europe Ecologie-Les Verts, en est un exemple navrant.

Eva Joly avait refusé d’afficher dès maintenant son soutien à François Hollande pour le second tour de la présidentielle, créant de fortes turbulences parmi ses amis. Yannick Jadot, son porte-parole, a annoncé illico qu’il démissionnait de ses fonctions. La candidate a rectifié aussitôt sa position en déclarant qu’elle appellera bien « à voter Hollande » s’il est au 2nd tour. La compromission politicienne fait mauvais ménage avec l’idéal politique. Eva Joly portait le projet écologiste d’EELV et ne voulait pas en dévier, sortie du nucléaire, abandon de Flamanville. Le parti EELV porte la nécessité de l’alliance avec les socialistes et a signé un contrat de mandature avec le PS au prix de sa virulence. Eva Joly avait alors répété dans les médias que l’accord PS/EELV ne la faisait pas rêver : « Je ne suis pas rentrée en politique pour accepter les mœurs de ce petit monde, mais pour les changer… La vérité, c’est que les amis de François Hollande se sont révélés archaïques face à la modernité de notre projet. Moi je défends une politique de civilisation. » Maintenant* l’état-major d’EELV se réunit en urgence : pour démissionner Joly ? Non. Son équipe de campagne sera présentée le 1er décembre, comme prévu. Les instances d’EELV ont tranché : « Nous avons un devoir de soutien à Eva sur la base des décisions prises depuis La Rochelle jusqu’au Conseil Fédéral du week-end dernier, et Eva a un devoir de respect de la parole du parti. » La nécessité de resserrer les rangs est évidemment réaffirmée autour de l’idée de « complémentarité »

Il n’empêche. D’un côté on se contente de vouloir battre Nicolas Sarkozy, de l’autre on nous dit qu’il faut produire autrement, vivre autrement. Qui a raison ? La réponse est simple, elle se trouvera dans l’urne. Il y a ceux qui voteront écolo au premier tour en voulant au deuxième que leur candidate soit encore présente. Les autres voteront Hollande au premier tour s’ils sont conséquents avec eux-mêmes. Mais le vote utile qui court après le court terme n’est pas un vote efficace… Eva Joly, je vous en supplie, faites preuve d’encore plus de virulence, parlez écolo, encore écolo, toujours écolo, surtout pas social-démocrate…

* LEMONDE.FR | 23.11.11 | 17h3, L’état-major d’EELV en réunion d’urgence