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Nicolas Hulot confronté à la brûlure du pouvoir

Pour en savoir plus sur la démission de Nicolas Hulot, un livre de Michel Sourrouille est paru en octobre dernier, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir » aux éditions Kiwi. En voici une recension sur le blog des JNE (Journalistes pour la nature et l’écologie) :

« Bouclé » avant la démission fracassante de Nicolas Hulot à la fin du mois d’août, ce livre considérait cette issue comme « probable », car, comme l’indique son auteur dès les premières lignes de son préambule, « il y a trop d’écart entre les déterminants des politiques actuelles engluées dans le ‹ on fait comme d’habitude › et la rupture de civilisation qu’exige l’urgence écologique ». Cette « chronique d’une démission annoncée » se définit comme « un hommage qui se veut le plus objectif possible de l’action permanente, depuis quelques décennies, de Nicolas Hulot en faveur de la cause écologique ». 

Pour en faciliter la lecture, Michel Sourrouille, militant associatif depuis plus de 40 ans, et auteur de  « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (2016), a choisi de présenter son livre sous la forme d’un abécédaire, de A pour « (Auto)biographie, juste ce qu’il faut pour faire connaissance » à Z pour « Zoo, mettre fin à la captivité » en passant par D comme « Démographie, le poids du nombre sur l’environnement » ou encore H comme « Hulot bashing, ma résistance à l’épreuve ». Cet ouvrage patiemment tissé à partir de textes tirés de nombreux ouvrages écrits par l’ancien ministre présente la particularité de voir Nicolas Hulot s’exprimer à la première personne. L’objectif de Michel Sourrouille est de nous faire « mieux comprendre la difficulté de l’engagement écologique et la complexité de l’exercice du pouvoir politique ». Cet essai qui dresse le bilan de son action comme militant et comme ministre nous révèle aussi la richesse de la pensée de Nicolas Hulot, qui, si elle emprunte à de nombreux auteurs, n’en constitue pas moins une excellente synthèse de la réflexion écologiste en ce début de XXIe siècle. 

« Le livre que vous avez entre les mains, se voulait à l’origine plus qu’un hommage ; il avait l’objectif de mettre en œuvre un processus d’identification avec une personnalité dans laquelle on pouvait se reconnaître », écrit Michel Sourrouille dans son épilogue. « En d’autres termes, je ne suis pas Nicolas Hulot, et pourtant je suis aussi Nicolas Hulot, comme à une époque nous étions tous Charlie, par solidarité, animés d’un même mouvement. (…) Qu’il soit remercié pour son courage. Même si certains de ses actes sont à débattre, il n’a jamais personnellement changé d’avis sur les sujets essentiels. Il n’a été ni naïf, ni angélique. Il a été obligé d’avancer pas à pas, mais il n’a jamais reculé de son plein gré. Au fond j’admire Nicolas Hulot qui a persisté à jouer assez longtemps une partie perdue d’avance dans le contexte actuel. (…) Il avait clairement conscience que sa tâche au gouvernement paraissait impossible, mais que ce n’était pas une raison pour ne rien tenter

http://jne-asso.org/blogjne/2018/11/05/nicolas-hulot-la-brulure-du-pouvoir/

On peut aussi en lire une présentation sur ce blog biosphere :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2018/10/01/biosphere-info-nicolas-hulot-et-la-brulure-du-pouvoir/

Biosphere-Info, Nicolas Hulot et la brûlure du pouvoir

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Un livre à paraître le 4 octobre, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir ». Il a été écrit par Michel Sourrouille pendant plusieurs mois, depuis la nomination de Nicolas Hulot au poste de ministre d’État de la transition écologique et solidaire. Il s’agissait de savoir si cette entrée de l’écologie en politique pouvait être efficace… le livre est devenu la « chronique d’une démission annoncée ». En voici une présentation :

4e de couverture

Nicolas Hulot restera un cas d’école : est-il possible d’être un écologiste convaincu et de pouvoir mettre en œuvre son idéal quand on rentre au gouvernement ? Depuis la création du poste en 1971, le ministre de l’écologie se heurte à l’impossible, concilier l’urgence écologique et la pesanteur des réalités socio-économiques présentes.

Le livre de Michel Sourrouille retrace de façon précise le parcours de Nicolas Hulot, écrivain, icône du petit écran, conseiller de Chirac, Sarkozy et Hollande, acteur lui-même des présidentielles depuis 2002 et ministre d’État d’Emmanuel Macron en 2017. Dès sa nomination, on a prédit qu’il avalerait des couleuvres et sa démission semblait programmée à l’avance. Un ministre de l’écologie ne peut rien faire s’il n’a pas l’appui de ses collègues, et le gouvernement ne le soutiendra pas tant que l’opinion publique n’aura pas conscience de l’impératif écologique. Funeste cercle vicieux que dénonce ce livre. Mais au moins Nicolas aura essayé de tenter l’impossible !

Sommaire

(AUTO)BIOGRAPHIE, juste ce qu’il faut pour faire connaissance

AVION, à la fois instrument de travail et enfermement

BIENS COMMUNS, à gérer collectivement

BIOCENTRISME, cet antidote à l’anthropocentrisme

BIODIVERSITE, une richesse à préserver absolument

BURE, l’épineux dossier des déchets nucléaires

CAPITALISME, une violence systémique à endiguer

CETA, la perversité du libre échange avec le Canada

CHASSE, supprimer la vie me répugne

CHASSE à COURRE, peut-on en finir avec les traditions ?

CLIMAT, une crise qui accroît la misère

CODE MINIER, une législation pour faire de la terre un gruyère

COLIBRI, l’exemplarité des uns peut devenir la norme

CONDITION ANIMALE, beaucoup de progrès à faire

COP 21, vingt et une années à papoter sans résultat

CRISE, l’incapacité de se fixer des limites

DECROISSANCE, puisque nous vivons dans un monde fini

DEMOCRATIE ENVIRONNEMENTALE, les pièges de la consultation du public

DEMOGRAPHIE, le poids du nombre sur l’environnement

DROITE ou GAUCHE ? L’écologie est un sujet supérieur

ECOLOGIE, la colonne vertébrale de mon engagement politique

ECONOMIE CIRCULAIRE, pour une société sans déchets

EMPREINTE ECOLOGIQUE, un meilleur indicateur que le PIB

ENERGIES FOSSILES, apprendre à vivre sans pétrole

ENERGIES RENOUVELABLES, la seule durable

FUTUR, une CHAMBRE faite pour ça

GPI, grands projets inutiles, la folie des grandeurs

GLYPHOSATE, une autorisation controversée

HABITAT, la fin des passoires thermiques ?

HULOT BASHING, ma résistance à l’épreuve

INEGALITES, la souffrance des autres crée des devoirs

INSECTICIDES, la saga mortifère des néocotinoïdes

KITESURF, remettre les compteurs à zéro

LOI AGRICULTURE et ALIMENTATION, loin de l’écologie

LOI BIODIVERSITE, en attendant les décrets d’application !

LOI des FINANCES, une place encore modeste pour l’écologie

LOI HYDROCARBURES, laisser les ressources fossiles sous terre

LOUPS, le difficile compromis entre éleveurs et espèces protégées

MINISTRE de l’écologie, le ministère de l’impossible

MONDIALISATION ne veut pas dire libre-échange

NATURE, osons l’honorer dans tous ses aspects

NDDL, un grand projet inutile abandonné à Notre-Dame-des-Landes

NUCLEAIRE CIVIL, que faire dans un gouvernement pro-nucléaire ?

OURS, même sur un point mineur la difficulté d’être ministre

PACTE MONDIAL pour l’environnement, affaire à suivre

PATRIMOINE, signe de réussite ou enrichissement personnel ?

PAYSANNERIE, éliminée par l’agro-alimentaire

PÊCHE industrielle et disparition des ressources halieutiques

PERTURBATEURS ENDOCRINIENS, on veut notre mort lente

PESTICIDES, on veut la mort généralisée

PEUPLES PREMIERS, des civilisations en voie de disparition

PLANIFICATION, une politique incontournable de sobriété

POLLUTION de l’air, la difficulté d’agir

PRAGMATISME, la radicalité en acte

PRESIDENTIELLE 2002, les débuts de ma politisation

PRESIDENTIELLE 2007, un pacte écologique avorté

PRESIDENTIELLE 2012, le socialisme sans l’écologie

PRESIDENTIELLE 2017, ne pas être président et devenir ministre

PROFIT, un détournement du système économique

RESERVES NATURELLES, derniers lambeaux d’une nature émasculée

RESPONSABILITES, à chacun de nous d’assumer les siennes

SOBRIETE et SIMPLICITE, volontaires de préférence

SOLIDARITE, relier ce qui a été défait

SPIRITUALITE, combler le manque actuel de conscience

TAXE CARBONE, une étape de l’écologisation des consciences

TECHNO-SCIENCES, tragique découplage entre science et conscience

TELEVISION, une retranscription des jeux du cirque

TEMPORALITE, l’opposition irrémédiable entre court terme et long terme

TITANIC, une symbolique qui révèle notre destinée probable

TRANSITION, ôtons nos œillères, sortons de nos ornières

TRANSVERSALITE, une nécessité qui n’est pas comprise

URBANISATION, une civilisation hors-sol

USHUAÏA, une expérience télévisuelle, pas financière

VEGETARIEN, le passage de l’individuel au collectif

épilogue de Michel SOURROUILLE

Pour changer la société, nous devons être des millions, pas une poignée de radicaux. Il y a interdépendance. Si un ministre écolo sans le soutien du peuple ne peut pas faire grand-chose, un peuple sans ministre écolo se retrouve orphelin. Nous ne pouvons pas être ministre de la transition écologique et solidaire comme Nicolas Hulot, mais nous pouvons faire notre part de colibri. Il y a une forte interrelation entre le gouvernement d’un pays et l’implication (ou non) des citoyens. L’État doit soutenir les initiatives individuelles et réciproquement. Chacun de nous garde son individualité, son autonomie de pensée, sa façon de s’engager, mais l’essentiel est d’avoir le même objectif et les mêmes espérances pour établir des relations apaisées avec la biosphère.

Comme l’écrivait fort justement le pape de la décroissance Serge Latouche, il nous faut savoir changer d’imaginaire pour préparer la société de demain. Comme le répète souvent Nicolas Hulot, tout le monde doit devenir écologiste, c’est l’enjeu principal du XXIe siècle, nous n’avons qu’une seule planète, et la situation est tellement dégradée dans tellement de domaines. Il avait clairement conscience que sa tâche au gouvernement paraissait impossible, mais que ce n’était pas une raison pour ne rien tenter. Pour reprendre les mots de Nelson Mandela, « Cela semblait impossible jusqu’à ce que ce soit fait ».

Nicolas Hulot et la question démographique

« Le dangereux bipède se croit tous les droits, et se reproduit tellement plus vite que les cygnes et les éléphants. Chaque individu est une force de désintégration et nous sommes sept milliards. Tant qu’on ne maîtrisera pas la «pollution démographique», il faudra réparer les dégâts de chacun et essayer de les limiter puis de les réduire…

Dans le syndrome du Titanic, j’écrivais en 2004 que la crise environnementale va changer d’échelle et donnera des occasions supplémentaires pour s’affronter. Tous les signaux sont au rouge. Il y a quatre courbes qui s’alimentent les unes les autres. La première c’est la courbe démographique, la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards d’individus à la fin du siècle. Parallèlement la courbe de la consommation et de la pollution augmente, on pèse de plus en plus sur la planète. La troisième est l’émission de gaz à effet de serre ; quand nous construisons une troisième plate-forme aéroportuaire sur Paris, cela va accentuer le changement climatique. Or les océans ont une capacité de stockage du CO2 qui diminue lorsque la température de l’eau augmente et le permafrost, qui passe régulièrement à des températures positives, reprend sa fermentation et libère du méthane, un gaz à effet de serre beaucoup plus efficace que le CO2. Enfin l’érosion de la diversité est un fait avéré. On voit bien que les trajectoires de l’humanité et de la nature sont en train de converger et qu’il va y avoir une collision. Il faudrait quatre Terre pour faire face aux besoins des pays émergents.

A titre personnel, je pense que la croissance démographique est un sujet central qui passe par l’éducation et la sensibilisation des populations. La sortie de la misère d’un pays réside dans la baisse de sa démographie. Le droit intouchable de la reproduction peut s’accompagner d’une sensibilisation des consciences, en Occident comme ailleurs. Mais si par malheur nous devions nous résoudre à des interventions étatiques pour limiter la liberté fondamentale de l’humanité de se reproduire, nous pourrons dire que nous aurons échoué. »

NB : Les phrases ci-dessus ont été effectivement dites ou écrites par Nicolas HULOT et retranscrites dans le livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir » (édition Kiwi, 2019).

Julien Denormandie, ministre anti-écolo

Julien Denormandie, ministre de l’agriculture, signe une lettre, avec dix autres ministres croissancistes, appelant la Commission à reporter la publication d’un texte qui doit permettre de mieux protéger la biodiversité : « Cette stratégie se réduit à des considérations environnementales en ne tenant pas compte des aspects socio-économiques…  Nous nous opposons fermement à toute proposition législative sur la planification et la surveillance des forêts… Un tel instrument créerait un fardeau administratif sans précédent… »

Commentaires sur lemonde.fr :

JMBZH : Lamentable, ce ministre, toujours accroché à l’ancien monde et défenseur de l’agriculture et sylviculture selon les vieilles méthodes qui ne connaissent que la production à tout crin, peu importe la biodiversité. À virer!

Barnaour : Le ministre de l’agriculture est d’une grande cohérences avec sa vision mercantile de la nature et de son absence totale d’intérêt pour les conséquences. sur l’environnement liées à une sur-exploitation des milieux naturels. Comme son patron, c’est l’homme des lobbys pour lesquels il a travaillé dur dès son entrée en fonction. Nul doute que cet homme politique laissera une trace d’infamie sur son ministère lorsqu’il le quittera pour rejoindre un poste à responsabilités grassement payé pour services rendus dans une des firmes dont il n’a cessé de défendre les intérêts.

Antonis Tilou : C’est l’illustration parfaite du ”En même temps” macronien. La ministre de l’environnement prétend protéger la forêt que le ministre de l’agriculture préfère dévaster. À ce jeu là, ce sont toujours les plus brutaux qui gagnent.

Friscou : On pourrait penser que le terme « agriculture » impliquerait un respect de la nature, il n’en est rien il devrait s’appeler ministre de « l’industrie agricole », ce serait plus clair et en rapport avec les prises de positions des différents ministres ayant occupés le poste. Souvent sous la pression de la FNSEA et des industriels de la chimie.

a.ferrier : J’en arrive à me demande si tous les tenants fanatiques du productivisme effréné ne seraient pas, au fond, plus bêtes que cupides. Quand ils auront tout désintégré (les sols, l’air, les végétaux naturels) pour gagner un dernier petit sou, que vont-ils faire ? Voient-ils/elles seulement plus loin que le bout de leur compte en banque ? Alors, le reste de l’humanité peut bien s’entasser entre des parkings en béton, des usines polluantes et des forêts uniquement constituées de l’espèce la plus rentable de peupliers pour les meubles suédois…

Mar56 : Ajoutons la PAC qui continue de distribuer les subventions aux gros exploitants, sous couvert de greenwashing… Les lobbys sont trop puissants, tout est perverti. Moi qui gardait un espoir d’évolution positive, d’espoir en l’homme tout simplement, je déchante…

Michel SOURROUILLE : Les ministres changent et ils restent les mêmes. Voici ce que disait en 2017 Nicolas Hulot, ministre de l’écologie, lors de la préparation des États généraux de l’alimentation (EGA) : « J’ai très mal vécu ce moment, la façon dont Stéphane Travert ministre de l’agriculture a pris les commandes de ce chantier m’a profondément énervé. J’ai une telle dissension avec Travert que je n’arrive plus à communiquer avec lui. Les propos de ce ministre, renvoyant dos à dos tous les modèles (intensifs, bio…) ne peuvent en fait servir d’orientation… Les producteur(rice)s bio de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB) dénoncent fin juillet 2017 un renoncement politique historique. Par décision du ministre de l’Agriculture, aucun budget pour les aides à l’agriculture biologique ne sera engagé dans les 3 prochaines années. Aucune nouvelle conversion biologique ne sera donc possible.

Rappelons l’éditorial du MONDE du 2 juin 2018 : «  L’interdiction de diffuser des publicités pour l’alimentation transformée, facteur d’obésité chez les enfants ? Rejetée. L’interdiction des élevages hors sol de poules pondeuses en cage, autre promesse de campagne d’Emmanuel Macron ? Rejetée. L’interdiction des pratiques brutales dans la production animale, la castration à vif, le broyage de poussins vivants ? Rejetée. La vidéosurveillance obligatoire dans les abattoirs, qui permettrait de protéger autant les personnels, soumis à des cadences intenables, que les animaux ? Renvoyée à des expérimentations. Même l’interdiction des épandages de pesticides à proximité des lieux de vie a été écartée. » Le titre de cet éditorial est sans ambiguïtés : «  Loi alimentation : une défaite environnementale. » Notons que c’est Stéphane Travert, le ministre de l’agriculture, qui gagnait les arbitrages alors que Nicolas Hulot était ministre de l’écologie.

Pour en savoir plus, lire « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »

Mon testament de militant écolo

25 ans de présence active au sein de l’écologie politique, cela use. Voici mon bilan, globalement négatif.

J’ai voté en 1974 pour le premier candidat à la présidentielle, René Dumont. Son programme, s’il avait été respecté, aurait fait de notre planète une société complètement différente de l’actuelle qui nous impose une civilisation thermo-industrielle et croissanciste. Mais je restais allergique aux jeux politiciens, « élection piège à cons » restait mon mantra. Je me contentais de voter écolo, j’ai vécu une vie engagée au niveau associatif. Après vingt ans au service du jeu d’échecs, je suis même devenu vice-président de la FFE. Mais au milieu des années 1990, j’ai trouvé que la situation de la planète était suffisamment grave pour que je m’engage à plein temps dans ce collectif mouvant qui constituait l’écologie politique.

J’ai adhéré aux Verts, suivi passionnément les journées d’été, pris différents rôles au niveau du groupe local. Mais l’acoquinement avec le PS à partir de 1994 l’empêchait de présenter électoralement une écologie de rupture. J’ai alors choisi en 2002 l’entrisme au PS, autant ne pas rester l’élève du maître. Je croyais sincèrement que l’urgence écologique devenait devenue telle qu’un parti dit « de gouvernement » allait se saisir de cette thématique. J’étais pendant 10 ans membre de la commission nationale environnement du PS, en charge officiellement d’un suivi de la politique de la droite en matière d’écologie, périodique envoyé à tous les députés et sénateurs socialistes. J’ai aussi participé activement à la motion d’orientation du congrès de Reims en 2008, « Pour un parti socialiste résolument écologique ». Échec total, 1,58 % des voix seulement. Au PS il n’y avait pas débat d’idées, c’était la lutte à couteaux tirés pour savoir à l’époque qui allait être premier secrétaire du parti, Ségolène ou Bertrand, Martine ou Benoît. Un parti politique quel qu’il soit ne réfléchit pas, il s’épuise dans les affrontements de pouvoir (le bal des ego), J’ai organisé en janvier 2011 un colloque dans les locaux de l’Assemblée nationale « Pic pétrolier, quelles propositions politiques pour 2012 ? ». Plusieurs spécialistes à la tribune, la salle de réunion du PS pleine à craquer, des députés dans la salle et à la tribune. On n’en a retenu aucune leçon. De toute façon le vieux PS de François Hollande n’était pas mûr pour parler « écologie », on l’a bien vu par la suite. Une fois arrivé au pouvoir en 2012, leur optique croissanciste traditionnelle a constitué leur mantra.

J’ai donc rejoint EELV en 2011 avec le statut (nouvellement créé) de coopérateur qui me permettait la double appartenance partisane, socialiste ET écologiste. J’ai co-animé en 2011 aux JDE de Clermont-Ferrand un atelier qui a permis la création d’une commission accueil-formation, structure sans résultats malgré plusieurs WE de rencontres à Paris. Cette commission s’est enlisée dans les méandres de GIRAF (groupe interrégional accueil/formation)… Je me suis alors encarté à EELV pour participer activement aux décisions de congrès. Je voulais une écologie de rupture, j’ai soutenu la motion Avenir Ecolo au congrès de Caen en 2013. Échec à nouveau. Pour le congrès suivant, on est devenu « Pôle Ecolo » après l’union avec Objectif Terre  ; j’ai été co-administrateur de la liste de diffusion. Mais nous avons été écarté du congrès suivant par les partisans de la firme résultant des initiatives politiciennes du couple Cécile Duflot et Jean Vincent Placé.

J’ai continué d’essayer l’impossible, y compris par des livres en libraire. J’ai coordonné un livre paru début 2014 avec comme co-auteurs Yves Cochet, Pablo Servigne, Alain Hervé… et intitulé « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) ». Sur cette thématique démographie/écologie, j’ai la même année organisé un atelier aux JDE,qui a débouché sur un groupe de travail « démographie » officialisé avec réticences par le BE, mais sans aucun écho chez nos dirigeants. Le malthusianisme de René Dumont était devenu un tabou pour le parti. Je suis aussi cofondateur du groupe de travail « imaginer une économie écologique », une instance adoubée par le CF en 2014 qi deviendra par la suite la commission post-croissance. Pour préparer la présidentielle de 2017, j’ai rédigé un livre synthèse de 370 pages, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », présentant tous les programmes politiques possibles, et publié juste avant les JDE de 2016. Mais nos instances dirigeantes ont refusé un atelier autour de mes thématiques, on ne m’a même pas donné la parole lors d’un atelier pourtant consacré à l’avenir de l’écologie. On a préféré encenser aux JDE le livre de Cécile Duflot, « Le grand virage », un livre qui ne parle pas d’écologie !

Entre les deux tours de la présidentielle de 2017, j’ai donc pris contact étroit avec le (futur) député « en marche » de ma circonscription, très ouvert apparemment à l’écologie. Mais dans le groupe local macroniste, autant la plupart des adhérents de base avaient la fibre écolo, autant les orientations nationales allaient à l’inverse. Au bout de deux ou trois mois, j’ai compris (comme bien plus tard Nicolas Hulot) que Macron n’était pas compatible avec l’écologie. Mon livre anti-Macron « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir » est sorti en libraire en octobre 2018. Je suis (re)devenu coopérateur EELV à plein temps. J’ai mis en place officiellement en 2019 lors des JDE de Toulouse un collectif « Formation de formateurs à l’écologie ». J’ai rassemblé tout un groupe, mais il n’y avait que moi qui était actif pour rédiger fiches de formation et rapports de conférences. Qui savait que le Bureau Exécutif actuel comptait un membre dédié à la formation ? Personne ! Mais il ne faut pas se décourager, il faut toujours chercher le chemin le plus propice à promouvoir l’écologie en politique.

J’ai presque tout essayé. J’ai testé sans beaucoup d’illusions plusieurs tentatives d’ouverture du mouvement, à une époque j’étais au Conseil d’orientation politique, et plus récemment avec le groupe de travail sur la « réinvention du Mouvement »… Aucune de ces structures, groupes de travail ou commissions, n’est arrivé à donner un résultat durable, les militants préfèrent se contester entre eux plutôt que de rechercher la symbiose. On peut d’ailleurs généraliser à toutes les commissions thématiques du parti EELV, elles existent théoriquement pour réfléchir et éclairer le parti sur les orientations à prendre, elle ne servent à rien. La seule commission qui arrive à se faire connaître, c’est la commission féminisme, mais on n’y parle pas d’écologisme !

En résumé EELV ne peut pas devenir un parti de gouvernement sous sa forme actuelle, groupusculaire et traversée de tensions internes. Les succès récents aux élections ne s’expliquent pas par un programme homogène ou une figure charismatique, EELV bénéfice seulement aux yeux de l’électeur moyen de l’étiquette « écologie ». En ignorant le rôle qu’aurait pu jouer la coopérative qui existe pourtant depuis dix années à ses côtés, EELV aurait pu élargir sa base militante. Le parti nous a au contraire marginalisé, refusant de devenir un mouvement. La coopérative devrait rassembler 120 000 membres au lieu des 120 que nous sommes actuellement. Échec donc sur toute la ligne. Ce sont les craquements de notre Terre-mère et ses dysfonctionnements provoqués par notre espèce qui nous obligeront à penser autrement. Homo « sapiens » n’est pas assez sage pour préparer politiquement des lendemains qui vont être très difficile pour une civilisation qui pille la planète. Et ce n’est pas parce que tous les partis sans exception vont se dire écolo pour la présidentielle de 2022 que cela va changer la donne. Ce sera écologie superficielle et business as usual malgré les secousses virales. Mais je reste coopérateur de cœur, plus spectateur qu’acteurje préfère me consacrer à mon association biosphere et à l’association Démographie Responsable.

Michel Sourrouille

Nicolas Hulot face à ses contradicteurs

Nicolas Hulot le 6 février 2021: « Le projet de loi climat et résilience n’est pas à la hauteur des enjeux et de nos engagements : ni de l’objectif de réduire nos émissions de 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990, et encore moins du nouvel objectif européen de les abaisser d’au moins 55 %… Une transition, une métamorphose, ça s’organise et se planifie. Sinon, nous arrivons à une impasse. Au moment où on remet à l’ordre du jour le commissariat au plan, je me désole de ne pas avoir entendu une seule fois François Bayrou [haut-commissaire au plan depuis septembre 2020] parler de la transition écologique et sociale. Après, il y a la question des moyens, normatifs, réglementaires et législatifs. La contrainte n’est pas l’ennemie de la créativité, elle en est la condition… On a abandonné ce point crucial de la transition énergétique qu’est la réduction de notre consommation… A titre personnel, si quelqu’un sort de l’ombre (pour la présidentielle 2022) et me semble avoir la crédibilité, la probité, le sang-froid et l’énergie, je serai ravi !… Il y a eu un monde d’avant le confinement et il y aura un monde d’après, qui ne sera plus le même. Mais le sera-t-il d’une manière bénéfique ou toxique ? Honnêtement, je n’en sais rien. Mais on ne sortira pas de cette accumulation de crises par le haut avec des outils et des méthodes conventionnels. »

Il est surprenant que ces propos de Nicolas Hulot attirent sur le monde.fr autant de commentaires agressifs, deux exemples (sur plus de 140) qui attaquent le messager pour ne pas écouter le message :

PG380 : L’indécence de Nicolas Hulot, le grand donneur de leçons, n’a pas de limite.

pierre marie : Le nerf de la guerre de Nicolas, les shampoings. Après, il communique dans les médias !

Adrienne propose un des rares commentaires à apporter un complément d’analyse aux propos de NH : « On évite le problème central, la croissance de la population. Il suffirait que chaque femme ne fasse plus qu’un SEUL enfant pour réduire drastiquement et durablement la pollution. En France, la mesure écologique avec le meilleur impact serait de donner les allocations familiales dès le 1er enfant sans les augmenter au second et en les supprimant complètement à partir du 3ème et aurait sans doute un effet d’entraînement plus large au-delà du pays, trop long à décrire ici. Alors les commentateurs, combien d’enfants chez vous ? »

Nicolas Hulot est une personnalité qui a essayé par différents moyens, sa fondation, ses livres, ses engagements médiatiques et politiques, de faire tout son possible pour faire progresser la cause écologique. Dans son ouvrage synthèse « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », sorti juste après la démission de NH de son poste de ministre de l’écologie fin août 2018, Michel Sourrouille rappelle la position de Nicolas en matière démographique : « Dans le syndrome du Titanic, j’écrivais en 2004 que la crise environnementale va changer d’échelle et donnera des occasions supplémentaires pour s’affronter. Tous les signaux sont au rouge. Il y a quatre courbes qui s’alimentent les unes les autres. La première c’est la courbe démographique, la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards d’individus à la fin du siècle. Parallèlement la courbe de la consommation et de la pollution augmente, on pèse de plus en plus sur la planète. La troisième est l’émission de gaz à effet de serre ; quand nous construisons une troisième plate-forme aéroportuaire sur Paris, cela va accentuer le changement climatique. Enfin l’érosion de la diversité est un fait avéré. On voit bien que les trajectoires de l’humanité et de la nature sont en train de converger et qu’il va y avoir une collision. Il faudrait quatre Terre pour faire face aux besoins des pays émergents… Le dangereux bipède se croit tous les droits, et se reproduit tellement plus vite que les cygnes et les éléphants. Chaque individu est une force de désintégration et nous sommes cinq milliards. Tant qu’on ne maîtrisera pas la «pollution démographique», il faudra réparer les dégâts de chacun et essayer de les limiter puis de les réduire… A titre personnel, je pense que la croissance démographique est un sujet central qui passe par l’éducation et la sensibilisation des populations. La sortie de la misère d’un pays réside dans la baisse de sa démographie. Le droit intouchable de la reproduction peut s’accompagner d’une sensibilisation des consciences, en Occident comme ailleurs. Mais si par malheur nous devions nous résoudre à des interventions étatiques pour limiter la liberté fondamentale de l’humanité de se reproduire, nous pourrons dire que nous aurons échoué… »

Sur ce blog biosphere, nous suivons depuis longtemps le parcours de NH, une des rares personnalités à avoir une conscience aiguë de la crise écologique, ainsi par exemple :

7 octobre 2009, Nicolas Hulot, ange ou démon ?

31 mai 2011, Nicolas Hulot et la primaire de l’écologie

29 juin 2016, Nicolas Hulot, ses états d’âme… en 1991 !

1er mars 2018, Biosphere-Info : la pensée de Nicolas Hulot en 1995

1er octobre 2018, synthèse : Biosphere-Info, Nicolas Hulot et la brûlure du pouvoir

2 juillet 2019, pour mieux connaître Nicolas Hulot

Les thuriféraires de « l’écologiste » Macron

« Le monde d’après sera résolument écologique. » Cela fait penser à une motion de congrès en 2008, « Pour un parti socialiste résolument écologique », 1,58 % des voix, aucune avancée. Cette fois c’est une tribune de 265 parlementaires sous la coupe de Macron qui reprend l’antienne. Un peu de communication et beaucoup de vent, c’est vide et ennuyeux, cela se nomme greenwashing. La première partie est un hymne au passé immédiat et au futur proche. Ils affirment vouloir défendre une écologie progressiste, pertinente sur le plan économique et créatrice d’emplois. La triangulaire infernale, croissance et emploi, sans oublier l’écologie. L’autosatisfaction est permanente, « Nous avons pris des mesures sans précédent… Nous avons fait des choix courageux et concrets… Nous avons changé en profondeur… nous, parlementaires de la majorité présidentielle, sommes fiers de tout ce qui a déjà été entrepris… Nous voulons aller encore plus loin et encore plus vite afin d’agir face à l’urgence écologique… Nous avons fait de l’écologie un élément clé de l’influence française en Europe… Nous réinventons les règles de la mondialisation sans tomber dans le repli sur soi nationaliste Nous construirons en France et en Europe les voitures électriques et leurs batteries… Nous voulons être les premiers à inventer et produire à l’échelle industrielle l’avion décarboné… »

Ces parlementaires obséquieux envers leur maître font preuve de l’optimisme techniciste en vogue actuellement. Voiture électrique et avion décarboné, laissez-moi rire ! Ils se réfèrent à la loi Hulot d’arrêt des permis d’hydrocarbures sur le territoire, ils oublient de dire que Hulot a démissionné avec fracas le 28 août 2018* d’un gouvernement qui faisait de l’écologie à reculons. Ils font croire que « Les ONG environnementales européennes classent la France dans le top 3 pour son action climatique ». Nous avons trouvé sur le net cela : « Les trois premières places de ce classement ont été laissées vides. Ce n’est pas une erreur. GermanWatch a volontairement laissé ces places vides afin de symboliser l’incapacité des Etats à mettre en place des politiques efficaces pour réduire leurs émissions de CO2. Aucun pays n’est pour l’instant dans la bonne dynamique pour respecter les efforts de réduction de CO2 nécessaires pour lutter contre le changement climatique. Voilà pourquoi aucun n’est sur le podium. »** La France arrivait en 15ème position ! Si Macron était écolo, ça se saurait sans le dire dans une tribune médiatisée.

Ces parlementaires se réfèrent à la convention citoyenne pour le climat qui vient de sortir ses propositions. Ils se gardent bien d’en commenter le contenu, il restent dans le vague le plus absolu : « Ces propositions devront être écoutées et largement mises en œuvre, à travers les lois votées au Parlement, à travers notre mobilisation en Europe lorsque la compétence se situe à cet échelon, et avec l’organisation possible d’un référendum à choix multiples pour garantir que la majorité des Français soutienne cette ambition. » Sachant ce que Macron a fait du grand débat concédé aux Gilets jaunes, beaucoup de vent, on sait d’avance le résultat. Le climat sera enterré, comme l’a été le Grenelle de l’environnement sous Sarkozy. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

16 juin 2019, Pascal Canfin, l’amoureux de Macron l’écolo

30 avril 2019, Macron : « L’écologie, ça commence à bien faire… »

27 mars 2019, Européennes : Pascal Canfin verdit la liste de Macron

16 janvier 2019, Macron : le débat écolo a avorté avant de commencer

13 janvier 2019, Macron, un bilan écologique globalement négatif

5 mai 2017, L’écologie n’était pas à la fête avec Macron et Le Pen

2 février 2015, Loi Macron, l’écologie tenue pour quantité négligeable

* Michel Sourrouille en a tiré tout un livre, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », octobre 2018

** https://youmatter.world/fr/top-classement-pays-lutte-rechauffement-climatique-2017/

Nicolas Hulot, amertume et impuissance

Nicolas Hulot : « J’étais censé être ministre d’État et numéro trois du gouvernement mais c’était juste pour la façade ! Quand j’ai pris cette décision difficile de partir du gouvernement, j’avais demandé douze points de clarification au premier ministre et au président, dont ma volonté de copiloter la révision de la politique agricole commune, parce que pour moi il n’était pas pensable qu’on loupe cette fenêtre. Évidemment, ça ne m’a pas été accordé. Le fait d’être en conflit permanent avec Stéphane Travert, mon collègue à l’agriculture, au bout d’un moment, à part alimenter les couacs médiatiques, ça ne sert à rien et c’est absolument épuisant. J’ai parfois trouvé plus de conservatisme au ministère de l’agriculture qu’à la FNSEA. »*

Les anti-écolos de service se déchaînent sur le monde.fr : «  Typique de l’écolo : il ne veut pas faire quelque chose, il veut se sentir moralement supérieur… Hulot, l’erreur de casting exemplaire… il a une attitude de gamin qui refuse de prendre en compte la réalité et préfère continuer à militer dans l’imaginaire…. Ecoeurant de voir cet écologiste hypocrite, qui a trois maisons et possède une demi-douzaine de voitures électriques, coloporter des rumeurs diffamatoires sur Bayer-Monsanto… N. Hulot, depuis sa naissance, a le bilan carbone d’une ville entière et la moralité d’un curé libidineux… Saint Hulot se comporte comme un enfant gâté. Il se plaint, geint, découvre que la politique n’est pas un chemin verdoyant bordé de fleurs et de jolis ruisseaux… Il aime le pouvoir, le buzz et la lumière et s´est brûlé les ailes…Et puis quand on a un grand talent pour se faire l’avocat médiatique de l’environnement, on n’a pas forcément du talent pour assurer la fonction de ministre… Hulot, lobbyiste en chef des écolos, ayant traîné dans les couloirs du pouvoir depuis 20 ans, ayant conseillé les élites voire rédigé leurs discours, ayant été à la tête d’un ministère (écologie) qui est la caisse de résonance des attentes des lobbies écolos (en symétrie de celui de l’agriculture ou des finances), Hulot donc se plaint que l’État fonctionne comme il fonctionne… »

Heureusement d’autres ont l’avis inverse : « Tout cela est édifiant, l’état des lieux est bien décrit. Macron s’est foutu de lui, il n’a rien à faire de l’exigence écologique, ses priorités sont ailleurs : alors pourquoi Macron a-t-il choisi Hulot ? Caution électoraliste juste avant les législatives… Le souci, c’est qu’être ministre est un véritable métier de chien (les intéressés le confirment à peu près tous) où il faut se battre continuellement pour remporter les arbitrages auprès du Premier ministre et du Président… Quand Macron et Philippe refusent que Hulot copilote la révision de la politique agricole commune alors que son ministère est directement concerné, on se pose des questions sur les méthodes de gouvernance de la France… Le livre que Michel SOURROUILLE avait écrit dès que Hulot a été nommé ministre de l’écologie en prévoyant sa démission, « Nicolas Hulot, le brûlure du pouvoir », est paru en librairie le 1er octobre 2018. Faire de l’écologie avec un gouvernement dont ce n’est pas du tout la préoccupation principale, est tâche impossible. « Business as usual » était le mot d’ordre du gouvernement Macron et ça le reste encore aujourd’hui… Eh oui, c’est comme ça, un Premier ministre et un ministre N° 3 au gouvernement s’écrasent devant les menaces des entreprises. Les affaires des grosses entreprises mondiales, c’est la domination de clans mafieux. La machine capitaliste tourne, aveugle, réclamant les chiffres de rentrées d’argent prévues chaque mois, chaque trimestre, chaque année, il faut réaliser les objectifs, en dollars, en euros, en xxx, il faut que ça rentre..!! Nicolas Hulot le dit « Tous les coups sont permis ». Il va falloir lutter, citoyens… En conclusion, Hulot a eu raison de démissionner. On ne fait changer un Premier Ministre qui se ravit des belles commandes de bateaux qui vont promener les imbéciles s’esbaudir devant les derniers ours polaires. On ne fait pas changer une société qui se ravit devant le dernier SUV à la mode, que les conducteurs viennent montrer qu’ils sont beaux, qu’ils sont grands. Une société qui se ravit devant les derniers véhicules électriques pour lesquels on ne saura pas produire les batteries et l’électricité pour tous sur terre. Une société qui critique les avions mais se ravit du doublement futur du trafic aérien et de la construction d’une nouvelle aérogare à Roissy. Que cela va faire des emplois pour tous. Conclusion, attendons que les faits s’imposent, touts seuls, mais cela sera dur puisque nous ne le voulons pas… Merci à toi Nicolas d’avoir quand même tenté l’impossible… »

* LE MONDE du 6 février 2020, Amertume et impuissance : Nicolas Hulot revient sur sa démission dans un documentaire

pour mieux connaître Nicolas Hulot

J’ai lu avec attention l’autobiographie de Gandhi et la biographie de René Dumont. L’exemplarité de certains constitue ma référence et notre patrimoine commun. J’ai suivi avec assiduité depuis de nombreuses années les faits et les gestes de Nicolas Hulot. Je sais (presque) tout de lui, c’est un personnage public, c’est devenu une référence. Il mérite d’être connu, c’est l’objectif de ce livre*. Pour donner une validité spécifique à cette biographie non autorisée de Nicolas, je me suis appuyé directement sur une masse d’informations. Ce livre est pour ainsi dire une (auto)biographie recomposée, un recueil de citations mis en forme, un répertoire d’actions accomplies publiquement, un puzzle passionnément assemblé. L’ensemble relève cependant de ma seule responsabilité puisque c’est sous ma propre initiative que j’ai retracé ce qu’a dit ou fait Nicolas. Le résultat global me paraît digne d’être médité.

Nous les humains nous aimons les histoires, nous aimons suivre l’idole du moment ou le héros d’une série policière. Dans le domaine de l’engagement militant au service de la cause écologique, nous avons malheureusement peu d’histoires à raconter. Nicolas Hulot pourrait devenir un modèle à suivre et soutenir, peut-être même une personnalité à laquelle s’identifier. Tel est l’enjeu de ce livre, raconter une histoire vraie qui ne se termine pas toujours très bien. Mais au moins Nicolas aura essayé de « sauver la planète » à son échelle, y compris en tant que ministre de la transition écologique et solidaire.

Nicolas Hulot lit beaucoup et il fait partager ses lectures. Dans ses voyages au long cours, il emportait les livres de Boris Cyrulnik, Théodore Monod, Hubert Reeves, Pierre Rabhi, Francis Hallé et bien d’autres. Pour une émission d’Ushuaïa, il avait annoté pas moins de huit ouvrages sur l’évolution, de Darwin à Mendel. Pourtant Nicolas a été beaucoup attaqué par une certaine frange de personnes qui se contentent d’une approche superficielle de « l’hélicologiste vendeur de shampoing ». Nous sommes une époque où le bashing fait rage. Le bashing (mot qui désigne le fait d’infliger une raclée) est un anglicisme utilisé pour décrire la forme de défoulement qui consiste à dénigrer collectivement un individu ou une thématique. Cette confrontation virtuelle est favorisée par l’informatisation de la communication et l’exacerbation des individualités. Chercher toujours la faille d’une personne est contre-productif, chacun de nous a ses défauts et ses qualités. C’est trop facile aujourd’hui de critiquer une personne en étant assis confortablement devant son clavier d’ordinateur. Ce qui est difficile, c’est de la regarder avec bienveillance, sans la condamner a priori sous tel ou tel prétexte. Ce qui est difficile, c’est de faire l’effort de comprendre autrui au plus profond de ses actes. Ce livre veut mettre en lumière ce qui élève l’homme. Nicolas a été confronté à la brûlure du pouvoir, la tension permanente qui existe entre des idées généreuses au niveau écologique et des actes englués dans les rapports de force socio-politiques. Mais il a quand même essayé de faire passer ses idées en actes. (à suivre)

* Extraits du livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »

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Le CESE, une Chambre du futur ?

A quoi sert le CESE (Conseil économique, social et environnemental), 233 membres ? L’institution est chargée de conseiller les pouvoirs exécutif et législatif mais son avis n’est que consultatif. Le mardi 9 avril 2019, la section de l’environnement propose une nouvelle trajectoire de la taxe carbone avec des aides pour les plus précaires. « Les conditions ne sont absolument pas réunies pour le faire à court terme », balaye la secrétaire d’Etat à la transition écologique, Emmanuelle Wargon. Qu’importe, l’avis est largement adopté.

Créé en 1925, le conseil est inscrit dans la Constitution à la Libération et en 2008 inclut les organisations environnementales. La troisième chambre se veut le porte-voix de la « société civile organisée ». Son originalité tient à sa composition, dominée par les partenaires sociaux. Mais confronté à la concurrence des multiples structures d’expertise qui entourent le gouvernement, ses avis ne sont guère suivis par l’exécutif. Comment le réformer ? Comment créer les bons outils pour que les expressions citoyennes soient entendues ? Expérimenter le tirage au sort ? Instaurer un droit d’interpellation de l’exécutif et du Parlement ?*

La réforme institutionnelle, annoncée dès le départ par Emmanuel Macron, satisfaisait les écologistes : « Le CESE doit devenir la Chambre du futur, où circuleront toutes les forces vives de la nation. Pour cela nous devons revoir, tout en réduisant le nombre de ses membres d’un tiers, de fond en comble les règles de sa représentativité. Celle-ci étant acquise, nous ferons de cette assemblée le carrefour des consultations publiques. L’Etat ne travaille pas, il ne réforme pas, sans consulter. L’actuel CESE doit pouvoir devenir le forum de notre République. Il réunira toutes les sensibilités et toutes les compétences, du monde de l’entreprise et du travail, des entrepreneurs et des syndicats, des salariés comme des indépendants, donnera un lieu d’expression aux associations et aux ONG, et deviendra ainsi pour l’Etat la grande instance consultative qui fait aujourd’hui défaut. » (Discours du président devant le congrès le 5 juillet 2017) »

Ce CESE nouvelle formule pourrait être une véritable assemblée du long terme ayant le pouvoir d’imposer, dans la fabrication de la loi, la prise en compte des évolutions climatiques et écologiques. Pour la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), cette assemblée devrait même avoir un pouvoir d’initiative spéciale sur les grands projets liés aux questions de long terme et un « droit de veto suspensif » vis-à-vis de projets de loi adoptés mais pas encore promulgués. Ce droit de veto contraindrait le Parlement à revoir sa copie. Dans le projet de la FNH, la Chambre du Futur serait composée de « deux collèges tirés au sort: un collège de scientifiques et de personnes reconnues pour leurs compétences environnementales et un collège de citoyens ». Aux côtés de cette « assemblée du long terme », des scientifiques assureraient une « veille scientifique ». Telle était l’intention de Nicolas Hulot quand il était ministre…**

* LE MONDE du 14 avril 2019, Le CESE, institution méconnue à l’avenir incertain

** « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », un livre de Michel Sourrouille

Européennes : Pascal Canfin verdit la liste de Macron

Pour les européennes 2019, toutes les listes sans exception font de l’écologisme. Le Rassemblement national a déjà son slogan écolo : « Priorité au local avant le global ». Emmanuel Macron se contente surtout de débaucher des têtes d’affiche , des cautions greenwashing comme le fut la nomination comme ministre de Nicolas Hulot avant les législatives 2017. Pour les européennes, il y a peu de temps ce fut la prise de Pascal Durand, ex-secrétaire national d’EELV. Aujourd’hui c’est Pascal Canfin, ex-membre d’EELV et ex-ministrealibi écolo de François Hollande. Il est propulsé numéro 2 de la liste « Nathalie Loiseau ». Il justifie naïvement son ralliement en assurant que l’écologie représentera le cœur du programme porté par la majorité aux européennes :

« Les échanges que j’ai eus depuis dix jours avec le président de la République sur ce sujet m’ont apporté les assurances nécessaires… Les personnalités au profil et aux compétences écologistes seront nombreuses à être en position éligible sur la liste… L’écologie sera l’axe majeur, premier et transversal du projet. Personne n’a, ne peut et ne doit avoir le monopole de l’écologie… Je suis passé par Europe Ecologie-Les Verts (EELV), mais il faut en complément que l’écologie gagne d’autres forces politiques ; j’appelle ça une addition… Il faut investir les lieux politiques où les décisions vont être prises. Les normes pour la construction automobile, la pollution de l’air, de l’eau, les pesticides ? C’est une codécision au Parlement européen. Sur tous les sujets écologiques, le Parlement européen est essentiel. Ce n’est pas pour rien que 80 % des règles environnementales que l’on applique en France viennent de l’Europe… Je n’ai pas de raison d’adhérer à LRM. Ce n’est pas la liste d’En Marche, c’est une liste qui porte un projet, et j’adhère à ce projet. »*

Rappelons à Canfin que le projet écolo d’Emmanuel Macron est la dernière roue de la charrette sous la dénomination « L’Europe du développement durable », cet oxymore toujours soumis aux diktats de l’économie : « Nous réformerons le marché carbone européen, en agissant par la fixation d’un prix plancher de la tonne de carbone. C’est la condition d’une transition énergétique efficace et équitable pour nos entreprises… Nous rendrons la politique agricole commune plus réactive en favorisant une agriculture plus respectueuse de l’environnement. » Rappelons aussi qu’un certain nombre de personnalités écolos de droite ou de gauche ont rejoint Macron… pour démontrer ensuite leur absence totale de poids politique, François de Rugy, Barbara Pompili, Corinne Lepage, Serge Lepeltier et même Daniel Cohn-Bendit ! Rappelons enfin à Canfin les tristes mésaventures de Nicolas Hulot qui était pourtant parti plein d’espoir en Macron : « Avec le président de la république, avec le premier ministre Edouard Philippe, avec les autres ministres, nous n’avons pas les mêmes parcours ; ils n’ont pas été nourris aux mêmes expériences que les miennes. Mais je croyais que la discussion sur des enjeux fondamentaux pourrait convaincre. Quand Édouard m’a confirmé mon entrée au gouvernement, on a passé un deal. Il savait nos différences de culture, je lui ai dit : « Si j’y vais c’est pour faire, car pour moi ce n’est pas une fin en soi d’être ministre. Je sais qu’on n’aura pas le grand soir demain matin. Mais je ne suis pas là pour ne faire que quelques mesures d’ajustement… A la veille du premier anniversaire de ma nomination le 16 Mai 2018, je manifeste ma lassitude, je perds quasiment tous mes arbitrages… Des noms pour mon remplacement circulent déjà, comme celui de Pascal Canfin. »** Le 28 août 2018, Nicolas démissionnait en condamnant la politique des petits pas au niveau environnemental. Aujourd’hui Pascal glorifie la politique des petits pas : « Un petit pas, puis un deuxième, un troisième, c’est ça qui nous fait marcher. » La république en marche avec Pascal Canfin au royaume des illusions.

* LE MONDE du 27 mars 2019, Pascal Canfin : « Emmanuel Macron m’a apporté les assurances nécessaires » pour les élections européennes

** « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », livre de Michel Sourrouille

L’idiotie structurelles des contournements routiers

Thèse : Sur le pont qui enjambe le Rhône dans la belle ville d’Arles, les quatre voies de la RN 113 font de la vie un enfer. Le projet de contournement* pour éviter un défilé ininterrompu de poids lourds ne rencontre guère d’hostilité. Avec le nouvel axe, les poids lourds ne seront plus autorisés dans le centre-ville. Les dessertes du premier port de France, Marseille Fos-sur-Mer seront excentrées. Le projet de loi « d’orientation des mobilités » en débat ­actuellement au Parlement estime que « le projet de contournement sud ­d’Arles avancera vers sa réalisation ».

Antithèse : Vive opposition d’associations de défense de l’environnement contre ce projet qui menace 900 hectares de terres agricoles et humides, sept sites Natura 2000, le rollier (petit oiseau de couleur bleu et tabac), etc. « Il faut favoriser le report modal sur le ferroviaire et le fluvial, il faut changer de modèle de développement », plaide Jean-Luc Moya, d’Agir pour la Crau.

Synthèse : « Je préfère le village à la ville, la rivière au grand fleuve, la route à l’autoroute, l’échoppe à la boutique, la boutique aux grandes surfaces, la ruelle à l’avenue, je préfère ces dimensions qui sont à l’échelle de l’homme, là où il garde ses repères. Il faut décréter un moratoire sur les grands projets d’infrastructures et d’équipements. Décider par exemple que la desserte autoroutière et routière est désormais suffisante en France, pays qui détient déjà l’un des réseaux parmi les plus denses du monde. Les grandes infrastructures de transport sont des axes de fracture. Les élus doivent comprendre que leur rôle n’est plus de lancer des projets de « développement » à base d’équipements lourds, mais de mettre en place une gestion du territoire compatible avec la nécessaire sobriété énergétique et la conservation des services rendus par les écosystèmes. » (Nicolas Hulot, cité par le livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »). En juillet 2017, Emmanuel Macron avait annoncé une « pause » dans les grands projets d’infrastructures pour les évaluer au cas par cas. On voit que l’évaluation penche toujours vers le business as usual.

Ping-pong sur lemonde.fr :

Abert : Que faire avec des politiques au mode de pensée dépassé comme il l’était en 1938 et qui ne comprennent rien à rien ? Les Arlésiens vivront-ils mieux avec un contournement et leur pays bétonné ? Certainement pas!

Claude Hutin : Pas d’accord, à ce compte on ne ferait jamais ni ligne TGV no autoroute. Il faut au contraire en finir avec les égoïsmes qui veulent des infrastructures mais jamais en subir les inconvénients.

Henri : Vous défendez un modèle obsolète… 8 millions de véhicules de plus en 20 ans, démontrent que la voiture est une mauvaise solution aux problèmes de transport. Subsidiairement, une 4 voies pour 8000 arlésien, vous avez bien qu’il ne s’agit pas de cela mais d’un projet d’ensemble qui se traduira par du PPP, des dettes, des taxes et des nuisances supplémentaires. Ah, j’oubliais, vive l’outarde canepière!…

PHILI DAN : Y a-t-il un seul projet en France, que ce soit de route, de barrage ou d’industrie, qui ne soit pas contesté par les écologistes ?

Georges : Existe-t-il un projet en France qui ne soit pas de routes, d’autoroutes, de barrages… Jusqu’où va-t-on pousser cette société du tout bagnole. Existe-t-il un parvis d’Eglise en France qui ne soit pas transformé en parking, idem les monument publics…Des routes et de parkings partout ! Ce qui ruine la vie des riverains. Existe-t-il une limite ? Votre choix est-il de tout pourrir ? Qu’allons nous laisser à nos enfants?

Sihanouk : Pour certains écologistes, professionnels de la profession, les préoccupations se portent sur le rollier, l’outarde canepetière, un papillon, et quelques malheureuses orchidées. Et non pas sur l’enfer des poids lourds vécu par les 53 000 habitants d’Arles ! Décidément, ces Khmers Verts ultras minoritaires sont encore et toujours burlesques !

JEAN CLAUDE HERRENSCHMIDT : Une très grosse partie du problème), c’est une population humaine de plus en plus importante qui, pour vivre, doit faire appel à la mobilité. Sa mobilité propre et la mobilité de toutes les ressources dont elle a besoin. Il faut donc sérieusement réfléchir à la transition démographique afin de contenir le nombre d’êtres humains sur cette planète sans avoir à recourir aux pires solutions génocidaires ou criminelles contre l’humanité.

* LE MONDE du 2 février 2019, Le projet de contournement routier d’Arles vivement contesté par les écologistes

L’idiotie structurelles des contournements routiers

Thèse : Sur le pont qui enjambe le Rhône dans la belle ville d’Arles, les quatre voies de la RN 113 font de la vie un enfer. Le projet de contournement* pour éviter un défilé ininterrompu de poids lourds ne rencontre guère d’hostilité. Avec le nouvel axe, les poids lourds ne seront plus autorisés dans le centre-ville. Les dessertes du premier port de France, Marseille Fos-sur-Mer seront excentrées. Le projet de loi « d’orientation des mobilités » en débat ­actuellement au Parlement estime que « le projet de contournement sud ­d’Arles avancera vers sa réalisation ».

Antithèse : Vive opposition d’associations de défense de l’environnement contre ce projet qui menace 900 hectares de terres agricoles et humides, sept sites Natura 2000, le rollier (petit oiseau de couleur bleu et tabac), etc. « Il faut favoriser le report modal sur le ferroviaire et le fluvial, il faut changer de modèle de développement », plaide Jean-Luc Moya, d’Agir pour la Crau.

Synthèse : « Je préfère le village à la ville, la rivière au grand fleuve, la route à l’autoroute, l’échoppe à la boutique, la boutique aux grandes surfaces, la ruelle à l’avenue, je préfère ces dimensions qui sont à l’échelle de l’homme, là où il garde ses repères. Il faut décréter un moratoire sur les grands projets d’infrastructures et d’équipements. Décider par exemple que la desserte autoroutière et routière est désormais suffisante en France, pays qui détient déjà l’un des réseaux parmi les plus denses du monde. Les grandes infrastructures de transport sont des axes de fracture. Les élus doivent comprendre que leur rôle n’est plus de lancer des projets de « développement » à base d’équipements lourds, mais de mettre en place une gestion du territoire compatible avec la nécessaire sobriété énergétique et la conservation des services rendus par les écosystèmes. » (Nicolas Hulot, cité par le livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »). En juillet 2017, Emmanuel Macron avait annoncé une « pause » dans les grands projets d’infrastructures pour les évaluer au cas par cas. On voit que l’évaluation penche toujours vers le business as usual.

Ping-pong sur lemonde.fr :

Abert : Que faire avec des politiques au mode de pensée dépassé comme il l’était en 1938 et qui ne comprennent rien à rien ? Les Arlésiens vivront-ils mieux avec un contournement et leur pays bétonné ? Certainement pas!

Claude Hutin : Pas d’accord, à ce compte on ne ferait jamais ni ligne TGV no autoroute. Il faut au contraire en finir avec les égoïsmes qui veulent des infrastructures mais jamais en subir les inconvénients.

Henri : Vous défendez un modèle obsolète… 8 millions de véhicules de plus en 20 ans, démontrent que la voiture est une mauvaise solution aux problèmes de transport. Subsidiairement, une 4 voies pour 8000 arlésien, vous avez bien qu’il ne s’agit pas de cela mais d’un projet d’ensemble qui se traduira par du PPP, des dettes, des taxes et des nuisances supplémentaires. Ah, j’oubliais, vive l’outarde canepière!…

PHILI DAN : Y a-t-il un seul projet en France, que ce soit de route, de barrage ou d’industrie, qui ne soit pas contesté par les écologistes ?

Georges : Existe-t-il un projet en France qui ne soit pas de routes, d’autoroutes, de barrages… Jusqu’où va-t-on pousser cette société du tout bagnole. Existe-t-il un parvis d’Eglise en France qui ne soit pas transformé en parking, idem les monument publics…Des routes et de parkings partout ! Ce qui ruine la vie des riverains. Existe-t-il une limite ? Votre choix est-il de tout pourrir ? Qu’allons nous laisser à nos enfants?

Sihanouk : Pour certains écologistes, professionnels de la profession, les préoccupations se portent sur le rollier, l’outarde canepetière, un papillon, et quelques malheureuses orchidées. Et non pas sur l’enfer des poids lourds vécu par les 53 000 habitants d’Arles ! Décidément, ces Khmers Verts ultras minoritaires sont encore et toujours burlesques !

JEAN CLAUDE HERRENSCHMIDT : Une très grosse partie du problème), c’est une population humaine de plus en plus importante qui, pour vivre, doit faire appel à la mobilité. Sa mobilité propre et la mobilité de toutes les ressources dont elle a besoin. Il faut donc sérieusement réfléchir à la transition démographique afin de contenir le nombre d’êtres humains sur cette planète sans avoir à recourir aux pires solutions génocidaires ou criminelles contre l’humanité.

* LE MONDE du 2 février 2019, Le projet de contournement routier d’Arles vivement contesté par les écologistes

de Rugy détricote toutes les avancées écologiques

Emmanuel Macron relance le nucléaire civil. Il fait comme Sarkozy, « l’écologie, ça commence à bien faire ». En affirmant le 24 janvier que l’objectif de sortie du glyphosate en trois ans n’était « pas faisable », le chef de l’Etat avait fait un geste en direction de la FNSEA : « Il n’y a aucun rapport indépendant ou pas indépendant qui a montré que le glyphosate était mortel .» Il reniait ainsi un engagement qu’il avait pris personnellement. Cela s’ajoute à l’abandon de la taxe carbone, annoncée par son sous-fifre de Rugy. Que reste-t-il des velléités de Macron pour sauver la planète, rien de rien. Macron nous avait vendu le renouvellement, nous avons obtenu l’insignifiance !

Lors de l’annonce de la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie), le gouvernement proposé deux fermetures de réacteurs en 2027 et 2028, mais l’essentiel des arrêts se fera entre 2029 et 2035… comme l’espérait EDF. Si le président Macron ne s’est pas engagé de manière claire sur la construction de nouveaux EPR, il a ouvert la porte à cette possibilité, en demandant à la filière nucléaire de présenter un plan pour mi-2021*. François de Rugy, son ministre de l’écologie se parjure et dit comme son maître. Critique de longue date de l’énergie nucléaire, le ministre a maintenant insisté sur le fait que « dans la feuille de route énergétique de la France le nucléaire joue un rôle important …  Il ne s’agit pas, je tiens à le dire très clairement, d’une stratégie de sortie du nucléaire, mais d’un rééquilibrage, dans lequel le nucléaire a toute sa place… Nous considérons que dans la production d’électricité, en France, et sans doute dans le monde, le nucléaire peut jouer un rôle, puisqu’il présente une production totalement décarbonée ». Pourtant dans son programme lors de la primaire de la gauche en 2017, de Rugy plaidait pour une sortie progressive du nucléaire et un passage au 100 % d’énergies renouvelables en 2050. Quelques jours après son entrée en fonctions, il estimait encore que le nucléaire n’était pas une énergie d’avenir. Il déclarait aussi  : « Le réacteur EPR n’a pas démontré sa fiabilité technologique, sa sécurité et sa compétitivité… Je ne vois pas comment on pourrait décider aujourd’hui de commander de nouveaux EPR. » Dorénavant il évoque la possibilité de créer des filiales, permettant ainsi à EDF de faire face aux nombreux investissements qui seront nécessaires pour prolonger la durée de vie du parc nucléaire…**

Nicolas Hulot,le prédécesseur de Rugy, a démissionné au bon moment, le 28 août 2018. Voici la position qu’il exprimait (cf. « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », un livre de Michel Sourrouille) :

Nucléaire : « Fraîchement nommé ministre de la transition écologique et solidaire, j’annonçais début juillet 2017 qu’il faudrait fermer « peut-être jusqu’à 17 réacteurs nucléaires » d’ici à 2025 pour faire descendre la part de l’atome dans la production électrique française à 50 %. La plupart des cinquante-huit réacteurs du parc hexagonal ont été mis en service entre la fin des années 1970 et celle des années 1980. Ils approchent donc du seuil de quarante ans d’exploitation, la durée de vie pour laquelle ils ont été conçus. D’ici à la fin du quinquennat en cours, vingt-trois d’entre eux auront atteint cet âge. Janvier 2018, lors de mes vœux à la presse j’annonçais qu le gouvernement sera très précis sur les réacteurs qu’il faudra fermer dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). »

Glyphosate : « Je pense toujours qu’il y a un faisceau de présomptions sur sa nocivité qui mériteraient qu’on applique le principe de précaution. L’interdiction du glyphosate d’ici à 2021 n’a pas été acté par la loi agriculture et alimentation, j‘avais exprimé ma déception. Les alternatives existent, ce sont le biocontrôle [en recourant à des organismes vivants ou des substances naturelles] et le choix de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. »

Taxe carbone : « Il s’agit de soumettre à une fiscalité importante tout ce qui participe à la destruction ou à l’épuisement de la planète. La taxe carbone que je propose vise à rationaliser les émissions de carbone mais aussi l’usage de l’électricité. Car nous n’atteindrons pas l’objectif de division par deux des émissions de gaz à effet de serre sans réduire notre consommation de façon drastique. Dès lors que l’objectif est de décarboner l’économie, il faut fixer un prix du carbone avec un cliquet anti-retour. Cela permettrait d’anticiper et de mettre en place des incitations solides, dont la règle ne change pas sans cesse. »

* LE MONDE du 28 novembre 2018, Nucléaire : satisfaction chez EDF, colère des ONG écologistes

** LE MONDE du 29 janvier 2019, François de Rugy, un peu moins critique sur la filière nucléaire que par le passé

*** LE MONDE du 26 janvier 2019, Emmanuel Macron renonce à sa promesse d’interdire le glyphosate en 2021

Macron, un bilan écologique globalement négatif

Pour savoir si Emmanuel Macron est un « Champion de la Terre », les Décodeurs du MONDE ont établi un bilan écologique globalement négatif : « Objectifs climatiques : une trajectoire inquiétante… Energie, confiance renouvelée au nucléaire… Doute sur le chiffre de 500 000 rénovations énergétique des bâtiments annuelles promises par le gouvernement… Refus d’entreprendre une action ambitieuse contre l’huile de palme… Glyphosate, qui a gagné un sursis jusqu’au moins 2020… Aval à une réglementation européenne plutôt laxiste sur les perturbateurs endocriniens… Quasi-suppression des aides au maintien en bio… Peu de progrès sur la biodiversité et la condition animale… Soutien affiché à plusieurs grands projets d’infrastructures… Des gâteries pour le lobby des chasseurs… Des mesures sur les déchets remis à plus tard… Allégement de la fiscalité écologique sur les carburants… Etc.*

Notre société croissanciste est tellement formatée par le soutien à la sphère socio-économique contre les réalités biophysiques que Macron a révélé son impuissance. Voici par exemple ce qu’il faudrait supprimer, toutes les subventions directes et indirectes aux énergies fossiles. Il faut en finir avec des exonérations fiscales bénéficiant à certaines énergies (diesel) et certains secteurs (gazole poids lourds, kérosène, gazole non routier, taxis, etc.), qui ont coûté 7,8 milliards en 2017. Des structures dépendant de l’État investissent par ailleurs dans des projets d’énergies fossiles, comme EDF (détenue à plus de 80 % par l’État, elle investit 1 milliard par an dans les fossiles), l’Agence française de développement ou BPI Assurance Export (garanties publiques à l’exportation). La France soutient aussi des projets similaires dans le cadre des banques européennes d’investissement (BEI et BERD).

La France s’est engagée à réduire à néant son soutien aux fossiles à l’horizon 2020-2025 mais réduction ( de 0,1 %?, de 1 % ?, de 10 % ?) ne veut pas dire suppression ! De toute façon nous savons de source sûre qu’un engagement politique ne vaut strictement rien !

Pour en savoir plus, il suffit de lire le livre de Michel Sourrouille, «  la brûlure du pouvoir » (sortie en librairie le 4 octobre 2018), qui avait prévu la démission de Nicolas Hulot et qui montrait très précisément qu’au 28 août 2018 la politique de Macron était déjà aux mains des lobbies agro-économiques.

* LE MONDE du 11 janvier 2019, Macron et l’écologie : après 18 mois de pouvoir, un inventaire pas très vert

Macron, un bilan écologique globalement négatif

Pour savoir si Emmanuel Macron est un « Champion de la Terre », les Décodeurs du MONDE ont établi un bilan écologique globalement négatif : « Objectifs climatiques : une trajectoire inquiétante… Energie, confiance renouvelée au nucléaire… Doute sur le chiffre de 500 000 rénovations énergétique des bâtiments annuelles promises par le gouvernement… Refus d’entreprendre une action ambitieuse contre l’huile de palme… Glyphosate, qui a gagné un sursis jusqu’au moins 2020… Aval à une réglementation européenne plutôt laxiste sur les perturbateurs endocriniens… Quasi-suppression des aides au maintien en bio… Peu de progrès sur la biodiversité et la condition animale… Soutien affiché à plusieurs grands projets d’infrastructures… Des gâteries pour le lobby des chasseurs… Des mesures sur les déchets remis à plus tard… Allégement de la fiscalité écologique sur les carburants… Etc.*

Notre société croissanciste est tellement formatée par le soutien à la sphère socio-économique contre les réalités biophysiques que Macron a révélé son impuissance. Voici par exemple ce qu’il faudrait supprimer, toutes les subventions directes et indirectes aux énergies fossiles. Il faut en finir avec des exonérations fiscales bénéficiant à certaines énergies (diesel) et certains secteurs (gazole poids lourds, kérosène, gazole non routier, taxis, etc.), qui ont coûté 7,8 milliards en 2017. Des structures dépendant de l’État investissent par ailleurs dans des projets d’énergies fossiles, comme EDF (détenue à plus de 80 % par l’État, elle investit 1 milliard par an dans les fossiles), l’Agence française de développement ou BPI Assurance Export (garanties publiques à l’exportation). La France soutient aussi des projets similaires dans le cadre des banques européennes d’investissement (BEI et BERD).

La France s’est engagée à réduire à néant son soutien aux fossiles à l’horizon 2020-2025 mais réduction ( de 0,1 %?, de 1 % ?, de 10 % ?) ne veut pas dire suppression ! De toute façon nous savons de source sûre qu’un engagement politique ne vaut strictement rien !

Pour en savoir plus, il suffit de lire le livre de Michel Sourrouille, «  la brûlure du pouvoir » (sortie en librairie le 4 octobre 2018), qui avait prévu la démission de Nicolas Hulot et qui montrait très précisément qu’au 28 août 2018 la politique de Macron était déjà aux mains des lobbies agro-économiques.

* LE MONDE du 11 janvier 2019, Macron et l’écologie : après 18 mois de pouvoir, un inventaire pas très vert

Quelle démocratie pour une société écologisée ?

L’épisode des « gilets jaunes » en France ainsi que l’exubérance d’autres mouvements dans divers pays marquent la fin du système habituel de représentativité politique. L’éditorial du MONDE* dénonce la stratégie du désordre que poursuivent les plus radicaux des GJ. Mais il fait confiance au « grand débat national » qui va s’ouvrir mi-janvier et dont on sait déjà qu’il va s’enliser dans les sables mouvants des conciliabules sans conséquences. Place alors à l’horizontalité ? L’évolution technique (Web, microblogage, twitter, etc) a entraîné la disparition des corps intermédiaires en libérant l’expression individuelle. Avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun se donne le droit d’exprimer son propre point de vue, mais il n’y a plus de cohérence. En termes informatique**, il faut alors réaliser un « algorithme de compression », qui transforme une grande quantité d’informations – la liste exhaustive des revendications des manifestants – en une petite – sa synthèse. Les GJ, par leur refus de représentants, refusent de construire cette synthèse et le gouvernement, en faisant une proposition à 10 milliards d’euros, ne pouvait de toute façon satisfaire des exigences toujours renouvelées et disparates. La démocratie représentative est déconsidérée alors que l’urgence écologique demanderait une action politique à la fois forte et consensuelle. Politiquement il n’y a plus d’algorithmes de compression (de synthèse) possibles. Comme l’écrit un commentateur sur lemonde.fr, « Quand l’un lève la tête, les autres lui tombent dessus. Alors ils se coagulent en cliques autour d’un fort ou d’une forte en gueule pour subsister ». Le terme ultime du manque de synthèse, c’est tout le pouvoir à un Trump qui gouverne par tweets au nom du peuple.

Il faut donc instituer un nouveau pouvoir qui pourrait se caractériser par sa capacité à tenir un discours complexe, celui de l’écologie en interrelations avec l’économique et le social. Comme tout citoyen a normalement pour but la sauvegarde de la planète pour lui et les générations futures, il est par définition un écologiste. Avec des objectifs commun, un grand récit collectif peut alors définir un mode de gouvernement capable d’interagir avec l’action de chaque citoyen. On sait déjà que ce paradigme reposera sur la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, la sobriété partagée, la maîtrise de la fécondité humaine, une agriculture respectueuse des cycles vitaux, la relocalisation des activités, etc. Reste à mettre en place les supports pour populariser un nouvel art de vivre ensemble. Dans « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », un livre en librairie depuis le 4 octobre 2018, Michel Sourrouille présente ces avancées institutionnelles qui permettraient à tous les citoyens ordinaires de se sentir officiellement représentés sans avoir besoin de rechercher à la sauvette un improbable porte-parole qui pourrait assez vite prendre la figure du potentat. On peut penser à deux formes de délibération démocratique, les conférences de consensus et la Chambre du futur.

Conférences de consensus : Sur une thématique particulière, par exemple la taxe carbone, un comité d’organisation constitue un panel représentatif de la population ordinaire, c’est-à-dire non expert de la question étudiée. Les membres sont tirés au sort. Il faut lutter contre l’hyper-spécialisation contemporaine qui transforme les  individus en serviteurs d’une structure, par exemple une entreprise, un syndicat, un parti politique, etc. Il y a ensuite formation poussée de ce groupe de citoyen, avec audition d’experts, pas seulement scientifiques, mais aussi associatifs ou concernés. De cet apprentissage doit résulter la recherche par le groupe de la meilleure décision à prendre. A toutes les étapes de cette réflexion collective, la transparence sera requise grâce à la vidéo et à la publicité de la procédure. La démocratie aurait même tout à gagner à enfermer ce panel de citoyens entre quatre murs pour en faire une émission de télé-réalité qui, pour une fois, servirait à quelque chose. La démocratie en acte, c’est faire confiance aux citoyens ordinaires pour comprendre les discours contradictoires des experts et en tirer des conclusions d’intérêt général. La conférence aboutirait à un consensus public. Plutôt qu’un grand débat national fourre-tout, organisons des conférences de consensus sur tous les thèmes chauds de l’urgence écologique et sociale.

Chambre du futur : cette réforme institutionnelle était annoncée le 5 juillet 2017 par Macron : le Conseil économique, social et environnemental (CESE) deviendrait une « Chambre du futur ». C’est la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), ex-Fondation Nicolas Hulot, qui proposait antérieurement cette instance améliorée. Ce CESE nouvelle formule devrait être une véritable assemblée du long terme ayant le pouvoir d’imposer, dans la fabrication de la loi, la prise en compte des évolutions climatiques et écologiques. Pour la FNH, cette assemblée aurait même un pouvoir d’initiative spéciale sur les grands projets liés aux questions de long terme et un « droit de veto suspensif » vis-à-vis de projets de loi adoptés mais pas encore promulgués. Ce droit de veto contraindrait le Parlement à revoir sa copie. Dans le projet de la FNH, la Chambre du Futur serait composée de « deux collèges tirés au sort: un collège de scientifiques et de personnes reconnues pour leurs compétences environnementales et un collège de citoyens ». Aux côtés de cette « assemblée du long terme », des scientifiques assureraient une « veille scientifique ». EELV devrait avoir là un motif de satisfaction puisque ce serait la reprise de la proposition 56 du programme de Yannick Jadot pour la présidentielle 2017 : « Faire évoluer le mandat et la composition du Conseil économique, social et environnemental pour en faire une troisième chambre, aux côtés de l’Assemblée nationale et du Sénat, qui aurait un droit de veto suspensif sur toute mesure législative qui mettrait en cause le long terme. »

* LE MONDE du 8 janvier 2019, Gilets jaunes : la violence ou le débat

** LE MONDE du 9 janvier 2019, L’algorithme manquant des « gilets jaunes »

Le bilan de Nicolas Hulot, positif ou négatif ?

Nicolas Hulot sur le plateau de « L’Emission politique » de France 2 : « Pour aller bien, il faut ne pas regarder la réalité en face… Je me suis battu, et notamment les semaines qui ont précédé mon départ, pour qu’on change complètement d’échelle dans l’accompagnement social de la transition énergétique et écologique, avec des propositions concrètes. Je n’ai pas été entendu… » Il prône l’arrêt de six réacteurs avant 2028 : « Si on attend les dernières années [pour arrêter des réacteurs], je vous fiche mon billet que ça ne se fera pas », a-t-il prophétisé. Il se dit aussi hostile à toute programmation de construction de nouveaux EPR : « Relancer les EPR maintenant, c’est condamner le développement des énergies renouvelables », prévient-il, en appelant à « mettre le paquet sur l’efficacité énergétique et la réduction de la consommation ». « Si on fait trois ou quatre EPR, ça veut dire qu’on va faire trois ou quatre Bure ? Eh bien bon courage ! » Sa conception générale est de ne pas opposer « les fins de mois difficiles des Français » et « la fin du monde, en tout cas d’un monde pacifique » annoncée par « la crise écologique »*.

Le bilan qu’on peut faire sur Nicolas Hulot, que ce soit dans cette émission du 22 novembre ou dans les dizaines d’années qui précèdent, est largement positif. Pourtant certains s’acharnent encore à ne voir chez lui que le vendeur de gel douche ou ses 9 véhicules. Pour avoir un meilleur jugement, il faut lire « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir » qui apporte un point de vue documenté sur les faits et gestes de Nicolas. Ainsi ce passage sur son patrimoine, signe de réussite ou enrichissement personnel ? :

«  Pendant que je partais à la rencontre des derniers gorilles ou des tribus amazoniennes, la déclinaison de la marque Ushuaïa se transformait en fabuleux business. Je n’en profite qu’indirectement puisque je suis salarié de TF1, et que la manne est censée compenser le coût de l’émission. Je n’ai pas une vision diabolique du monde économique. Tous ses acteurs ne sont pas des exploiteurs, et ces grandes entreprises, c’est aussi le monde du travail. Pour mener mon combat, il faut de l’argent. Quand on n’a pas de fortune personnelle, et que l’on n’a pas envie de grever davantage le budget de l’État, reste la philosophie de Clemenceau : « Quand la maison brûle, on ne regarde pas qui passe les seaux d’eau. » Le Canard enchaîné assurait dans son édition du 5 juillet 2017 que j’avais perçu 290 000 euros en 2013 grâce à la société Éole Conseil et aux produits Ushuaïa, shampoings et autres gels douche. Ma fondation aurait perçu 460 000 euros de chèques versés par EDF jusqu’en 2012. Conflit d’intérêts quand je dois prendre position sur l’EPR de Flamanville ? Édouard Philippe est venu à mon secours : « Tout sera déclaré à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. C’est elle qui appréciera s’il y a conflit d’intérêts ».

Conformément à la loi relative à la transparence de la vie publique adoptée en 2013, la HATVP a publié le 15 décembre les déclarations de patrimoine des membres du gouvernement. Le patrimoine le plus élevé est détenu par Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, qui a déclaré posséder pour plus de 7,5 millions d’euros de biens. J’arrive juste après, avec un patrimoine de plus de 7,2 millions d’euros, composé d’une maison en Corse (1 million d’euros), ainsi que de plusieurs autres biens immobiliers dans les Côtes-d’Armor et en Savoie, d’une valeur totale de 1,9 million. À cela s’ajoute la société Eole, qui encaisse les droits d’auteur et royalties des produits dérivés Ushuaïa, dont la valeur est estimée à 3,1 millions d’euros, ainsi que des valeurs mobilières d’environ 1,2 million d’euros. Détail que je ne trouve pas amusant, le quotidien Le Monde insiste sur mes neuf véhicules à moteur. La transparence ; oui, le voyeurisme ; non ! J’utilise à 95 % ma BMW électrique et mon scooter (électrique). J’ai acheté il y a deux ans une vieille 2CV pour ma fille. Je possède aussi un Renault de livraison… d’âge vénérable. Quant à mon vieux Land Rover, il me sert à crapahuter en Corse les rares moments où je suis en vacances. Pourquoi ne pas tout dire dans les médias ? Sur mes 6 voitures, 4 sont des antiquités. Scandaleux ? Restent 2 voitures pour circuler régulièrement, ce qui est presque la norme actuellement pour un couple de Français. Ah mais oui, je devrais montrer l’exemple et lire à la bougie !

Notez que mon engagement comme ministre est d’autant plus remarquable que j’aurais pu continuer à très bien gagner ma vie en « vendant » des gels douches. J’ai renoncé au confort des retraités aisés pour me battre pour des idées et servir l’intérêt commun. Écologie ne doit pas rimer avec privation. »

* LE MONDE du 23.11.2018 Taxe carbone : « Il manque un accompagnement social », affirme Nicolas Hulot

Les raisons de la démission de Nicolas Hulot

A propos de son livre, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir », un exposé public de Michel Sourrouille :

« J’ai depuis des années une bonne connaissance du parcours et des idées de Nicolas Hulot. Sur le site biosphere.ouvaton.org et sur le blog  biosphere hébergé par lemonde.fr, plusieurs de mes articles ont explicité pendant des années les différentes démarches de Nicolas. J’ai lu quasiment tous ses livres, fait campagne pour lui lors de la primaire des Verts en 2011, soutenu de différentes manières sa précampagne pour la présidentielle 2017. J’ai par exemple publié en juillet 2016 un livre qui lui était favorable, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », en pensant qu’il allait réellement se lancer dans l’arène politique. Mais quand il est devenu ministre, j’ai tout de suite estimé que mon prochain livre allait devenir la « Chronique d’une démission annoncée ». Au fur et à mesure que je suivais ses pérégrinations politiques de ministre d’État, ma prévision s’est révélée de plus en plus probable. Il tergiversait, repoussait à plus tard les décisions à prendre, entrait dans des contradictions insolubles. Il était confronté aux faux-semblants de la vie politique. J’ai assisté en spectateur désabusé à la progressive dilution des idéaux portés par Nicolas Hulot. C’est pourquoi j’ai sous-titré ce livre « La brûlure du pouvoir ». Mon livre était finalisé fin juin 2018, sa parution était programmée pour début octobre, Nicolas a démissionné le 28 août. Voici les raisons probables de sa démission :

1) des blocages structurels

Au niveau politique, la place d’un ministre, même glorifié par un statut de ministre d’État troisième du gouvernement, ne porte pas à conséquences. Les arbitrages entre différentes décisions à prendre sont faits par le premier ministre, lui-même chapeauté par le président. De plus Nicolas a rencontré d’énormes difficulté avec le ministre de l’agriculture Stéphane Travert, à la solde de la FNSEA. De toute façon le court terme l’emporte toujours sur le long terme quand on est au gouvernement, les décisions se font dans l’urgence et le compromis. En fin de compte, si l’ensemble du gouvernement n’est pas écolo, les décisions se porteront plutôt sur l’impératif économique et/ou les équilibres sociaux, pas sur l’urgence écologique.

Au niveau économique, Nicolas a été confronté au pouvoir des lobbies, que ce soit pour le nucléaire ou l’huile de palme. Il est parti le lendemain du jour où le lobby des chasseurs s’est invité au sein même d’une réunion interministérielle avec l’appui de Macron. Il faut dire que la problématique de l’emploi est toujours privilégié par les décideurs au détriment de l’impératif écologique. Nicolas disait par exemple avoir à favoriser les loups tout en protégeant les éleveurs. Il ne pouvait faire que des mécontents, et Brigitte Bardot s’est plusieurs fois insurgé contre lui.

Au niveau psycho-sociologique, tout se ligue pour empêcher les citoyens de faire cause commune avec le ministre de l’écologie. Nous sommes dans une société de consommation, le confort c’est sacré, on devient allergique à la sobriété nécessaire à une époque de réduction des ressources naturelles. De plus les gens sont piégés par le processus d’interaction spéculaire, il faut faire comme les autres ont l’habitude de faire. Par exemple refuser le portable, c’est être un résistant par rapport à une société technologisée. Même si une personne a une sensibilité écologique, la personne souffre souvent de dissonance cognitive ; on est écartelé entre le geste qui sauvegarde la planète et le fait de profiter de la société du spectacle. On choisit alors la voie de la facilité, bien aidé par l’emprise publicitaire.

2) une souffrance interne à Nicolas Hulot

Nicolas souffre de la contradiction qui existe entre une écologie de rupture à laquelle va sa préférence et une écologie pragmatique qui ne peut qu’être superficielle.

Il a découvert la destruction de la planète au travers de son émission télévisée Ushuaïa, il est progressivement devenu un écolo bouleversé par la rapidité de cette destruction. C’est pourquoi il est possédé par un sentiment d’urgence qui se reflète au travers de ses livres intitulé justement « le syndrome du Titanic ». Son rapport à la nature est proche d’un biocentrisme, il a une empathie pour le monde animal, les sociétés premières, la beauté de la nature. C’est pourquoi il est contre la chasse à courre, la pêche industrielle, les zoos, etc.

Cette conception est dénaturée par les réalités anthropocentriques de notre société, les humains passent d’abord. C’est pourquoi il a été obligé de ne faire que des demi-mesures quand il était au gouvernement, autoriser l’abattage de 40 loups, reculer devant la sortie du nucléaire, tergiverser sur le glyphosate. Enfin il s’est retrouvé piégé par les illusions de l’innovation technologique, croyant par exemple que les véhicules électriques allaient se substituer sans problèmes aux véhicules thermiques.

Conclusion : J’avais vu juste en rédigeant ce livre, une écologie qui ne veut pas rester superficielle n’avait pas sa place dans le gouvernement actuel. Sa démission devenait nécessaire pour des raisons personnelles, l’insoutenabilité de concilier son idéal et la pratique gouvernementale. De plus rester plus longtemps allait déconsidérer l’écologie politique en acte. N’empêche qu’il a essayé de rendre possible l’impossible, saluons son courage.

Mais mon livre sur « la brûlure du pouvoir » n’est pas centré sur son départ. Il présente sous forme d’un répertoire alphabétique l’ensemble des thèmes écologiques dont tous les citoyens devraient se saisir : la politique agricole, la problématique énergétique, la fabrique des lois environnementales… J’ai aussi présenté les sentiments profonds de Nicolas Hulot, sentiments que tous les citoyens se devraient de comprendre et pourquoi pas de partager…. Si je suis sorti de l’écriture de ce livre avec un goût amer dans la bouche, je ne jette pas la pierre à Nicolas, nous sommes tous responsables de la dérive du pouvoir en matière écologique. »

(compte-rendu d’une conférence-débat du 5 octobre 2018)

Nicolas Hulot poussé à la démission

Le quotidien LE MONDE du 8 mai 2018 reste dubitatif sur le bilan écologique du gouvernement Macron après un an au pouvoir : « Recul de la baisse du nucléaire dans le mix énergétique, affaiblissement de la définition des perturbateurs endocriniens, interdiction limitée du glyphosate, influence très limitée dans les états généraux de l’alimentation : Nicolas Hulot n’a pas réussi à gagner ces arbitrages gouvernementaux… Le président Macron n’a pas encore donné d’impulsion claire pour ériger notre pays en modèle unanime de transition bas carbone… Une loi très symbolique sur la fin de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en France n’a pas empêché la prolongation de plusieurs permis d’exploration… Quant à la fermeture des quatre dernières centrales à charbon de l’Hexagone, annoncée pour la fin du quinquennat, elle n’est toujours pas amorcée… Aucune mesure d’ampleur pour faire face à la crise de la biodiversité n’a encore été prise.» Le rythme de sénateur adopté par le gouvernement sur le front de l’environnement tranche avec le volontarisme affiché dans de nombreux autre secteurs : droit du travail, SNCF, université… Mais soyons clair sur les responsabilités partagées : il n’y a pas que le gouvernement qui importe, un ministre de l’écologie sans appui massif de l’opinion publique ne peut arriver à un bon résultat.

Nicolas Hulot s’interroge : « Si demain je devais parvenir au constat que j’ai atteint mon seuil d’efficacité, j’aviserais. Je n’exclus aucun hypothèse. » Le 16 mai 2018, il fait enfin explicitement pression sur le gouvernement. Invité de BFM-TV et RMC un an après son intronisation comme ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas a annoncé qu’il aura cet été « un moment de vérité » avec Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Pour une éventuelle démission il laisse planer le doute : « On fera le point avec le président et le premier ministre, on tracera les perspectives et on prendra ensemble des décisions sur l’avenir et les prochaines étapes. Si je sens qu’on n’avance pas, que les conditions ne sont pas remplies, voire éventuellement qu’on régresse, à ce moment-là, j’en tirerai les leçons. » A la question de savoir s’il est « satisfait » de cette première année au gouvernement, Nicolas a reconnu que c’était « difficile ». « Je vois surtout ce qu’il reste à faire. Là je suis en pleine action avec le plan d’innovation thermique, la programmation pluriannuelle de l’énergie… Jusqu’à l’été, j’ai la tête sous l’eau. Cette évaluation-là, je la ferai cet été. J’aurai suffisamment d’éléments pour pouvoir regarder si effectivement je participe à cette transformation sociétale. » Son départ du gouvernement aurait, de facto, un coût politique élevé, il faut le ménager. Mais la réalité est plus brutale. Convoqué le jour même par le Premier ministre, Nicolas se fait remonter le bretelles, non seulement pour avoir évoqué une éventuelle démission, mais pour avoir apporté son soutien à un amendement du député LRM Matthieu Orphelin dans le cadre du projet de loi Agriculture et Alimentation. Cet amendement visait à interdire le glyphosate le 1er mai 2012, soit dans le délai de trois ans fixé par Macron lui-même alors que Bruxelles a repoussé l’interdiction au mois de décembre 2022. Selon Édouard Philippe, « quand un amendement est rejeté, il est rejeté ! » Le même jour, dans le cadre du projet de loi Elan destiné à accélérer les procédures d’urbanisme, la commission des affaires économiques a adopté, avec l’avis « tout à fait favorable » du gouvernement, des amendements qui ouvrent des brèches dans la loi Littoral. Par exemple on pourra bétonner des espaces restés à l’état naturel entre des constructions existantes. Or Nicolas était signataire en janvier 2017 d’une pétition « Ne touchez pas à la loi Littoral ». Aujourd’hui ministre d’État, il est réduit au silence. Le 6 juin 2018, Nicolas doit faire preuve publiquement de ce qu’on appelle la solidarité gouvernementale…

Le 28 août 2018, Nicolas Hulot démissionne avec fracas.

Extraits du livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »

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