énergie

Pour un sevrage d’énergies fossiles, comment ?

Pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, il faudrait laisser 60 % du pétrole et du gaz dans le sol, et 90 % du charbon. La production de gaz et de pétrole devrait diminuer en moyenne de 3 % par an dans le monde jusqu’en 2050 – et celle de charbon de 7 % –, selon les conclusions d’une étude parue dans Nature, mercredi 8 septembre.

Audrey Garric : « Pour parvenir à ce sevrage, au-delà du changement de comportement des consommateurs, le rôle des gouvernements et des investisseurs sera essentiel. Or aucun des engagements de réduction des émissions pris à ce jour par les principaux pays producteurs de pétrole et de gaz n’inclut d’objectifs explicites de réduction de la production. Pire, le monde prend actuellement la direction opposée, une augmentation annuelle moyenne de 2 % de la production d’énergie durant la prochaine décennie. De son côté le directeur du Centre énergie et climat à l’Institut français des relations internationales assure que « Le changement se fera tout seul avec les nouvelles technologies de mobilités » »

Les commentateurs sur lemonde.fr deviennent de plus en plus perspicaces :

Un passant bien paisible : Baisser la production, en voilà une excellente idée. Mais on fera comment pour la consommation ?

arthur Hemmer : Mais c’est expliqué en fin d’article « Le changement pour le pétrole se fera tout seul avec les nouvelles technologies de mobilités  » …. un sommet de démagogie bien entendu.

Laurent1837 : Quand je lis ce genre d’articles, je me dis que c’est mort.

Rosalie Abbey : Les autorités ivoiriennes se réjouissent ces temps-ci d’avoir découvert du pétrole et du gaz !

Fer : Eh oui, on pompera jusqu’à la dernière goutte de pétrole, jusqu’au dernier mètre cube de gaz, les multinationales sont là pour ça, et les politiques à leurs bottes, et les consommateurs qui consomment. Il est impensable, dans un monde à la « concurrence libre et non faussée », de ne pas continuer à aller dans le mur. Exemple : Macron sera réélu.

Mauvais sang : Ce n’est donc pas le réchauffement qui est la menace principale, mais plutôt la fin de l’énergie fossile, dont le pic de production est passé depuis longtemps déjà. Les crises énergétiques auront des conséquences économiques et sociales extrêmement négatives partout.

YW : Nous on veut rouler rouler… Dans nos voitures toujours plus grosses… On veut con conso consommer… Habiter la ville à la campagne…. On veut tout pomper… Pomper jusqu’à la dernière goutte… Et rouler rouler toujours plus loin… Pour montrer aux enfants… Ce qui reste de la nature…

Reggio : Ha ha… »‘les technologies de captation des GES sont incertaines » …Bon, autant dire tout de suite qu’elles n’ont aucune chance…

le sceptique : La civilisation industrielle à base fossile s’est mise en place entre 1770 et 1970. Il faut un degré d’ignorance abyssale de l’histoire des sciences, techniques et industries pour penser que sortir mondialement des infrastructures mises en place serait juste affaire d’un peu de bonne volonté sur deux ou trois décennies. Sans la productivité des machines énergétiques remplaçant le travail humain, la vie moderne est inconcevable, les deux-tiers de nos emplois actuels sont à changer. Et tous les horizons d’innovation sont énergivores (spatial, IA, robotique, médecine personnalisée, calcul quantique, nouveaux matériaux, etc.).

SLN : 7 milliards d’êtres humains n’ayant pas notre niveau de vie n’arrêteront pas leurs envies en si bon chemin, même si on commençait à donner l’exemple. Mais rassurez-vous, il y à fort à parier que le nettoyage se fera de lui-mème. La planète va devenir invivable, beaucoup d’espèce disparaître, l’humanité prendre un sacré coup, mais ensuite cela se calmera quand la nature aura repris le dessus. Profitons bien du voyage car 1) c’est trop tard 2) je ne veux pas imposer ma vision d’écolo à ceux qui n’ont pas mon confort, quand bien même c’est probablement ça qui les sauverait. C’est comme ça.

J.Etouffe : Quand j’étais gamin je n’arrivais pas à comprendre comment les juifs avaient pu se laisser enfermer dans les ghettos puis transporter vers les camps de concentration puis être exterminés sans réagir violemment. Puis j’ai compris que c’était comme les crabes que l’on met dans l’eau froide avant de la faire chauffer tout doucement et puis et puis … fini , mort ! Bien sûr, l’idéologie derrière le réchauffement climatique n’est pas immédiatement mortifère comme l’était l’idéologie nazie, mais d’une certaine façon c’est peut-être pire : c’est nous tous à notre échelle et collectivement qui sommes porteurs d’un comportement suicidaire que nous nous cachons en reportant la faute sur les autres et les gouvernements.

Minorités : tout à fait J.E. Mais il y a une issue contre nos pulsions destructrices : voter des lois qui nous contraignent, voter pour limiter l’offre, ce qui limitera la demande. Tout le contraire de ce que demande le peuple, les politiques et les économistes, bien sûr. Pour une personne addict à une drogue, il faut éviter tout contact avec la drogue. Une personne attirée par le chocolat sait qu’elle ne doit pas s’approcher d’un gâteau au chocolat, sinon elle craquera. Si la population est en partie obèse, ce n’est pas parce que les humains ont changé, mais parce qu’on propose à tous du gâteau au chocolat à volonté et gratuitement (au frais de la planète). Stop aux énergies fossiles, à la 5G, à l’évolution technologique qui va beaucoup plus vite que ce qu’on est capable de maîtriser.

Pic pétrolier, faudrait vraiment en discuter !

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. De nos jours, la problématiques du réchauffement climatique et de l’extinction de la biodiversité ont occulté la prévision d’une pénurie énergétique à venir faite par l’ASPO. Il faudrait d’urgence réintégrer cette donnée dans nos raisonnements car la pénurie inéluctable de ressources fossiles donnera le signal de la mort de la civilisation thermo-industrielle. Jean-Michel Bezat, le spécialiste « énergie » du MONDE, déconsidère systématiquement la notion de pic pétrolier et ramène tous ses articles au sempiternel business as usual. Deux exemples :

15 juin 2020 : « Il y a quinze ans, un banquier du pétrole avait créé l’émoi sur la planète énergie en prédisant à tort un pic pétrolier imminent. Accusée : l’Arabie saoudite. Le royaume wahhabite aurait soigneusement dissimulé au monde l’épuisement accéléré de ses réserves. Dans son livre Twilight in the Desert, Matthew Simmons confortait ainsi la thèse des adeptes du peak oil (« pic pétrolier »), convaincus que les ressources en or noir avaient atteint leur point de bascule. La production allait inexorablement décliner, entraînant des guerres pour l’accès à l’énergie. L’homme d’affaires, mort en 2010, n’a pas pu voir le boom des shale oil (« huile de schiste ») américaines, qui a rebattu les cartes du marché mondial… Patrick Pouyanné (PDG de Total)f ait le pari qu’en investissant dans les énergies renouvelables couplées au gaz, les batteries, l’hydrogène vert et la capture-stockage du CO2, il attirera de nouveaux investisseurs. Une question de survie pour des compagnies pétrolières, contraintes de se transformer en groupes multi-énergies. Il entend bien gagner de l’argent dans ce green business, comme le patron de Shell, qui escompte un retour de 8 % à 12 % sur les capitaux investis. Ce qui n’est pas pour déplaire à la Bourse. »

31 août 2021 : « Le monde est déjà entré dans l’après-pétrole. Le mouvement s’accélère et, pour les pays qui en vivent, l’enjeu est désormais de gérer cette transition et de monétiser leurs précieuses ressources. Depuis vingt ans, la hausse des cours du brut a formidablement enrichi les pétromonarchies. Cette période bénie s’achève. Les pays pétroliers sont de plus en plus inquiets pour l’avenir de leur rente, désormais convaincus que conserver du pétrole « pour les générations futures » – stratégie longtemps défendue par Riyad – n’est plus pertinent… Les investissements des Emiratis dans des projets innovants, y compris la conquête spatiale, témoignent d’une véritable ambition : marier finance, technologie et environnement pour devenir une « start-up nation » à l’israélienne... »

Nous sommes dans une société ou même un média dit « de référence » occulte les contrainte biophysiques de l’épuisement de TOUTES nos ressources non renouvelables comme renouvelables pour se consacrer principalement aux faits divers, aux événements ponctuels, un acte terroriste hier, l’Afghanistan aujourd’hui, l’écume des jours demain. La page Planète du MONDE est devenue un vide comblé uniquement par les péripéties de la pandémie. Et Jean-Michel Bezat voit un avenir radieux pour les pays de l’OPAEP (organisation des pays arabes exportateurs de pétrole). C’est aussi pour cette raison d’impuissance à envisager le long terme à la lumière des contraintes biophysiques que le monde des humains court au désastre…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

12 août 2010, la date du pic pétrolier

18 mai 2019, Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

6 mars 2021, Module sur le pic pétrolier… à diffuser

Rendre visible notre dépendance énergétique

Tribune : « L’éolien rend visible ce que l’économie carbone occulte : l’origine de l’énergie que nous consommons. Nous avons vécu ce dernier siècle une parenthèse historique au cours de laquelle l’énergie était invisible. L’énergie animale avait ses externalités visuelles et olfactives et on atteignit en France 100 000 moulins à vent en 1841. Mais le pétrole délocalise la production d’énergie., 18 centrales nucléaires achèvent l’invisibilisation. Lorsque les ressources sont invisibles, avec une disponibilité vécue comme totale, leurs limites le sont également. Avec un seul geste vers l’interrupteur, on a accès à l’électricité. De là une irresponsabilité fondamentale des usages, l’énergie devenant immatérielle. Oui, une éolienne se voit. Mais une éolienne sur un champ verdoyant entourant un village vaut mieux que pas d’éolienne du tout sur un maquis calciné. »

Pour en savoir plus grâce aux contributeurs sur lemonde.fr :

YW : C’est pas faux, mais l’éolien ne « rend visible » qu’une bien petite partie de l’énergie qu’il produit… On ne voit pas l’orgie de mètres cubes de terre retournée pour extraire les ressources, les terres rares, les enfants qui y travaillent, et toute la chaîne de machines massivement alimentées en énergie pour produire une éolienne.

Jean do : L’argument d’évoquer la matérialité visible de l’énergie comme la possibilité d’une prise de conscience de nos consommations est très intéressant ! Dommage que l’article occulte littéralement l’intérêt principal de cette prise de conscience : la nécessité absolue d’une baisse de nos consommations énergétiques !! Mais en tant qu’économistes néolibéraux, la décroissance, seule direction viable pour lutter contre le changement climatique et la destruction de la biodiversité, n’est probablement pas leur tasse de thé.

Michel SOURROUILLE : En 2009, une famille britannique a fait l’objet d’une expérience énergétique subversive. Un dimanche, tandis que le quatuor innocent tripotait ses gadgets, une armée de bénévoles pédalait furieusement sur une centaine de vélos dans un local voisin afin de générer l’énergie nécessaire à la famille. A la fin de la journée, ces esclavagistes modernes furent pétrifiés de stupéfaction lorsqu’une équipe de télévision de la BBC leur présenta les esclaves épuisés qui avaient fait bouillir l’eau de leur thé. Il avait fallu 24 cyclistes pour chauffer leur four et 11 cyclistes pour faire griller deux tranches de pain. Plusieurs cyclistes s’étaient effondrés de fatigue. D’autres furent incapables de marcher plusieurs jours. Nous sommes encore moins conscients des services rendus par nos combustibles fossiles que nos ancêtres l’étaient de ceux de leurs esclaves. L’esclavage, après tout, était sous leurs yeux. Aujourd’hui, on ne fait que remplir un réservoir. Pas d’entretien constant du feu de bois, de fumée épaisse d’un bois trop humide, de raclage de cendres dans le four à pain, de charriage de lourdes charges sur les épaules, d’âne récalcitrant. Rien qu’à appuyer sur un interrupteur, tourner une clé, taper un chiffre sur le thermostat. Dans les quartiers riches aux Etats-Unis, on voit des femmes de 50 kilos conduire des voitures de près de 5 tonnes pour aller acheter une boîte de 500 grammes d’une préparation amaigrissante.

Silgar : L’objectif premier doit être de réduire les émissions de dioxyde de carbone issues des combustibles fossiles, pas de rendre visible ou invisible on ne sait quoi. Il y a un pays qui a fait le choix d’avoir une production électrique très visible : l’Allemagne. Dans ce pays vous pouvez voir des éoliennes partout, des champs de panneaux photovoltaïques et de nombreuses centrales à gaz et à charbon pour pallier l’intermittence du renouvelable. C’est très visible, les auteurs de cette tribune doivent être satisfaits. À 23h hier, le site electricitymap.org montrait que l’Allemagne émettait 342 gCO2 par kWh d’électricité produite. Au même moment, la France émettait seulement 24 gCO2 par kWh pour produire son électricité, soit 14,25 fois moins de CO2 que l’Allemagne. Chacun choisit ses combats. Mais il ne faut pas être dupe : une tribune signée par un représentant de l’industrie pétrolière et gazière n’est certainement pas un plaidoyer pour réduire les émissions de CO2.

Eric L. : L’idée de visibilité est intéressante. Non pas que l’on puisse tout rendre visible, ni que tout soit invisible, mais quand même: une bonne partie de nos maux et surtout de la difficulté à les résoudre vient de l’invisibilité des problèmes par une grande partie de la population. Pensons par exemple aux vidéos de l’association L. 214 sans qui abattoirs et lieux d’élevages resteraient invisibles. A la composition et au mode de production de nos aliments, dont nous ne voyons rien. Au fait qu’une grande majorité de la population est urbaine et ne côtoie pas du tout la vie animale et pour qui la biodiversité est surtout un mot.

DécroissantsDeLamourEtDuTofu : Point de vue que je partage. Le capitalisme a sciemment organisé une société d’ignorance, de déni, d’irresponsabilité, de « magique » illusoire & infantilisant. En façade les publicités colorées, les sourires niais, et derrière on cache les décharges, incinérateurs, déchets nucléaires, pollution en tous genre, porte-containers… Un crédit carbone et électrique annuel personnel remettrait les neurones en place…

le sceptique : Le bobo ayant poussé à la transition vers une économie locale décarbonée va évidemment se pincer le nez. Il pensait que c’était comme le hameau de Marie-Antoinette, trois moutons et deux potirons dans une fermette rénovée, un gentil loup à côté qui se contente de réguler le nombre de chèvres

Écr.linf : À ceux qui trouvent que les éoliennes dénaturent le paysage, je propose d’étendre leur analyse aux châteaux d’eau. Je leur propose de rétablir le métier de porteur d’eau, qui rendait nos villes et nos villages si charmants.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

27 septembre 2017, Le Roundup, un perturbateur invisible de notre corps

8 février 2016, des esclaves énergétiques invisibles pour les citoyens

Des avions qui volent au colza, foutaises

La Commission européenne présente bientôt son initiative RefuelEU Aviation imposant des taux d’incorporation de biocarburants au kérosène. Le ministre délégué aux transports, Alexandre Djebarri : « Pendant que Greenpeace fait de la peinture, Airbus et Safran font de l’écologie. Cette année, ils vont faire voler un avion avec 100 % de biocarburants. 0 % de kérosène ». Réplique de Greenpeace : « Airbus et Safran pourront bien faire voler tous les avions verts qu’ils veulent, cela ne suffira pas pour que le secteur soit aligné sur l’accord de Paris. Il faut réduire le trafic aérien ».

Voici quelques commentaires sur le monde.fr :

Michel SOURROUILLE : Le terme biocarburant est un abus de langage, un verdissement uniquement littéraire. Il s’agit plutôt d’agrocarburants issus d’activités industrielles, donc plutôt des nécro-carburants en concurrence avec d’autre usages, y compris alimentaires. Par exemple, pour remplir le réservoir d’un 4×4 avec 94,5 litres d’éthanol pur, il faut environ 204 kilos de maïs, soit suffisamment de calories pour nourrir une personne pendant un an. Rappelons que L’Union européenne avait en 2012 pris ses distances avec les agrocarburants. Un projet de directive plafonnait à 5 % la part des carburants d’origine végétale dits de première génération, produits à partir du blé, maïs, betteraves, palme ou encore colza…

NTF451 : Le tweet de Djebarri est affligeant… Laisser penser que les bio-carburants sont une solution écologique relève soit de la malhonnêteté intellectuelle, soit de la bêtise (je sais pas ce qui est le pire). 1. bio-carburant ou kérosène, la combustion émet des GES. 2. les bio-carburants utilisent pour leur grande majorité (notamment à l’étranger comme la Malaisie, Brésil, Afriques) des surfaces de forêt primaire ou des terres agricoles utilisable pour l’alimentaire… Comme pour la production électrique, la solution n’est pas dans la technologie alternative, la solution est la SOBRIETE…

Sarah Py : Dans un monde aux richesses limitées, choisir d’utiliser cette richesse à l’avion est obligatoirement ne pas en accorder à d’autres. Donc l’avion est-il une nécessité première dans cette logique de rationnement ? Il est évident que ce n’est pas le cas et que c’est le prix qui jouera un rôle de régulateur. Pour éviter cela, avec T. Piketty comme inspirateur, je propose donc un crédit carbone par individu, égal pour chacun et non négociable ( c’est plus de gauche). Donc celui qui choisit un vol en avion devra accepter de réduire sa douche. Et plus sérieusement, voilà une vraie idée d’égalité et de réponse aux inquiétudes d’une taxe carbone.

le sceptique : On va essayer de gagner du temps dans le débat public : un militant écologiste ne trouvera *jamais* qu’une solution est écologique. Son idéal est qu’on ne touche plus une seule brindille de la planète, de sorte que toute alternative technologique à une technologie posera un problème, car on ne fait que déplacer un impact, et lui il veut zéro impact (zéro pollution, zéro artificialisation zéro perte de biodiversité etc.).

Nicola @le sceptique 2 : Quelle est la pertinence de votre commentaire avec le contenu de l’article ? Ne pensez-vous pas que Greenpeace a raison de dire que même si les acteurs du secteur réussissent à réduire les émissions de CO2 par passager, l’augmentation prévue du traffic aérien ne va pas suffire à réduire les émissions en absolu ?

AdAPT @le sceptique : oui les militants écolos sont parfois dogmatiques et ridicules, je suis d’accord avec vous, mais croire que le seul progrès technique nous sauvera du changement climatique relève du fantasme religieux le plus pur. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre, mais de réaliser que malgré toutes les avancées technologiques possibles (sont nous avons besoin et qui vont bien sûr nous aider) nous n’arriverons jamais à gagner la bataille du changement climatique sans une réduction drastique de la consommation d’énergie et de matières premières.

Vert de Terre : Mon idéal est simplement que le réchauffement climatique soit inférieur à deux degrés. Les projections actuelles sont plutôt de l’ordre de 4 degrés. Ce constat ne vient pas de militants écolos extrémistes mais de la communauté scientifique. Le GIEC vient de publier un pré-rapport très alarmiste, que proposez-vous, Sceptique, pour répondre à cette menace ? Il est facile de critiquer les écolos mais la vraie question de la crise écologique n’est pas une lubie d’écolo mais une réalité. Donc plutôt que de critiquer, utiliser votre intelligence pour chercher des solutions.

Mathilde Damgé : La neutralité carbone impliquerait de remplacer des vols domestiques par des trajets en train, de limiter le trafic aérien mondial au niveau de 2019 pour les long-courriers (y compris en augmentant les prix des billets), et de monter à 45 % de biocarburants, selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie. Alors que les frontières rouvrent les unes après les autres, l’heure semble être à la reprise des vieilles habitudes. Le 16 juin, 212 185 vols ont été relevés par la plate-forme Flightradar24. C’est la première fois que le nombre de vols remonte au-dessus de 200 000 depuis décembre 2019.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

21 octobre 2021, Enfin la vérité sur les « biocarburants » ! (synthèse)

énergie/climat, l’AIE et les Gilets jaunes

L’Agence internationale de l’énergie a été créée dans les années 1970 pour défendre les intérêts des pays importateurs de pétrole… elle appelle désormais à cesser les investissements dans les nouvelles installations fossiles.. un virage à 180 degrés ! Le 26 mai 2021, l’AIE a publié un rapport pour parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2050 et ainsi limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C.

Le scénario décrit un système énergétique dominé par le photovoltaïque et dans lequel 90 % de l’électricité est issue de sources renouvelables. L’AIE dit même qu’il faut moins prendre l’avion, c’est historique !!  L’éternel directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, observe avec satisfaction l’onde de choc provoquée par cette publication. Les stratégies des compagnies pétrolières sont en train de changer, les décisions des banques centrales sont en train de changer, les décisions prises par les gouvernements sont en train de changer.

Mais cela faisait plusieurs années que les experts du climat et de l’énergie lui demandaient de reconnaître que les nouveaux investissements fossiles ne sont pas compatibles avec l’accord de Paris …

Mais c’est un rapport après mille autres rapports, il y a loin de l’objectif à la réalité. Les principaux pays exportateurs de pétrole ont balayé d’un revers de main le scénario de l’AIE. Jamais la part des fossiles dans la consommation d’énergie mondiale n’a été aussi élevée (plus de 80 %). Début juin, un rapport de Global Energy Monitor recensait 432 projets de développement de mines de charbon. De toute façon les propositions de l’AIE ne font que conforter les infrastructures existantes, on veut remplacer une énergie carbonée par une autre sans rien changer à notre mode de vie gaspilleur d’énergie. Il aura fallu des décennies pour comprendre que les énergies fossiles étaient une impasse. Combien de temps faudra-t-il encore pour comprendre que ni le nucléaire, ni les ENR ne remplaceront 80% de l’énergie mondiale avec une économie basée sur toujours plus de croissance ?

Soyons très réalistes. Sauf à faire en sorte que l’opinion publique pense désormais qu’il faut faire l’inverse de ce qu’on a fait jusqu’à présent, une suppression des services rendus par le fossile fabriquera du déclassé, du chômeur et de l’émeutier. Voici ce que Xavier Gorce pense des Gilets Jaunes : « Le mouvement des Gilets Jaunes m’est apparu dès le début très antipathique car porteur, dans ses revendications comme dans son expression, de dérives potentiellement fascisantes : stratégie du coup de force, antiparlementarisme, anti-élitisme. On m’ alors accusé de pratiquer le mépris de classe, voir d’être un chien de garde des puissants : un mouvement des laissés-pour-compte, victime du système, ne pouvait être que soutenu… Le dessin libre que je pratique questionne tous les travers de la société. Tous les travers. Même ceux du peule, qui n’est pas moins faillible que ses élites (Tracts Gallimard n°28, mai 2021) ». En France le vote Le Pen émerge mêmes dans des élections locales, et une extrême droite anti-écolo a déjà pris le pouvoir dans plusieurs pays. Que faire ?

Pour en savoir plus, notre synthèse :

23 juin 2020, l’infernal triangle emploi/climat/croissance

Pour en savoir plus sur Fatih Birol :

14 novembre 2013, Fatih Birol, prévisionniste déjanté d’un infini pétrole

14 novembre 2012, Fatih Birol et l’AIE contre la démarche Négawatt

Taishan, une centrale nucléaire en difficulté

Incident sur un réacteur nucléaire EPR de Taishan, dans le sud de la Chine. Traduction : « Accident grave d’exploitation dans un EPR de technologie française, mais construit par les Chinois et exploité par les Chinois. » C’est la même configuration que le laboratoire P4 de Wuhan ! EDF évoque seulement une « augmentation de la concentration de “gaz rares”. Mais l’incident suscite l’inquiétude des autorités américaines. La centrale continue de fonctionner, au grand étonnement d’experts français. L’autorité de sûreté chinoise a repoussé les limites acceptables pour la détection des rayonnements à l’extérieur de la centrale pour éviter son arrêt. Framatome, le fabricant de chaudières nucléaires, « travaille avec les experts concernés pour suivre et évaluer la situation, et si nécessaire, proposer des solutions ». Les autorités chinoises refusent à leurs partenaires industriels d’en dire plus. En résumé, la Chine reste égale à elle-même, un totalitarisme qui ignore la transparence, glasnot en russe du temps de Gorbatchev. 

Post scriptum : Un mois et demi après l’annonce le 14 juin d’un incident à la centrale nucléaire EPR de Taishan en Chine, l’opérateur chinois CGN a finalement indiqué, vendredi 30 juillet 2021, « mettre à l’arrêt pour maintenance » le réacteur incriminé. EDF n’est pas l’exploitant principal de cette centrale, mais a fourni la technologie EPR.

Autant lire les commentaires sur lemonde.fr pour en savoir un peu plus.

César Bistruk : L’Express rapporte que,selon EDF, « La présence de certains gaz rares dans le circuit primaire est un phénomène connu, étudié et prévu par les procédures d’exploitation des réacteurs ». 

P.coryn : Les gaz dits rare sont le krypton 85 pour l’essentiel et le xénon 133. Ce sont des produits résultants de la fission dans les pastilles d’UO2 des gaines en zircalloy. Si ces gaz ont fuit cela montre qu’une des gaine de confinement était fuyarde ou rompue. A suivre.

Mauvais Genre : Par définition un incident est un évènement accessoire sans importance. En quoi remettrait-il en question la filière?

Harakiri : Un incident domestique comme votre frigo qui cafouille n’a évidemment aucune conséquence. Un réacteur nucléaire qui yoyotte, c’est pareil : sans problème ! elle est-y pas belle la vie ?

Duruti : D’autant plus que c’est ce qu’avait dit le commandant du Titanic en rencontrant son glaçon…

Christophe Gaudin : D’ailleurs, si la Chine refuse de communiquer dessus, c’est bien la preuve que ça n’a aucune importance.

Walter Benjamin : On ne le répétera jamais assez: produire de l’électricité en faisant chauffer de l’eau dans une centrale nucléaire durant au maximum 60 ans n’a pas sens. Les risques en fonctionnement sont énormes, mais surtout qui payera le gardiennage des déchets sur 100 000 ans? 60 ans d’électricité pour avoir 100 000 ans de problème est une folie. Eh bien vous avez des décideurs et des ingénieurs pour qui d’engager sur 100 000 ans n’est pas un problème. Je suggère que l’on note les noms des décideurs pour que la postérité puisse mettre des noms sur nos ennuis durant 100 000 ans, ce qui est un minimum.

Lecteur : Vous dites n’importe quoi. Les déchets radioactif emis en 60 ans tiennes dans une piscine. Il y a plusieurs solutions techniques pour les stockers en toute sécurité et ca ne demande pas une grande surveillance. Le nucleaire est une des seules energies ou les dechets sont recoltables et non brulé et envoyé dans la nature, donc ca semble un soucis mais en fait c’est des le départ bien plus ecologique. Energie totalement décarboné en grande quantité et de bonne qualité, on renvoie juste de l’eau dans l’atmosphere et on peut récolté le peu de dechet emis, c’est le procédé le plus ecolo qu’on puisse trouver …

DécroissantsDeLamourEtDuTofu : Tenter de raisonner un pronucléaire tel que« Lecteur », c’est comme essayer de faire jouir une poupée gonflable. Walter Benjamin livre des arguments solides mais ça répond à côté, ça radote des vieux bobards déjà démontés 1 millions de fois (la piscine…). Surtout ça refuse de réfléchir à la source de la problématique : de quoi avons-nous vraiment besoin ? Pourquoi produire de l’électricité ? Pour alimenter Télé-Zemmour, les usines de bagnoles, électriques, les gadgets nmuériques, les smartphones pour ados accros ? Tout cela est INUTILE et NUISIBLE, c’est démontré !

Le procès « Bure », politiquement manipulé

A l’ouverture du procès au tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, les débats ont été complètement éclipsés par le rassemblement festif des opposants à l’installation par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) d’un centre industriel de stockage géologique de déchets radioactifs (Cigéo) à Bure. Dans une ambiance de kermesse, les prévenus, le poing levé, ont été ovationnés par les militants antinucléaires massés sur la place Saint-Pierre, où des stands étaient dressés. Vêtue de violet, la couleur des opposants au projet Cigéo, la foule a dénoncé « l’Etat policier » et réclamé « la fin du nucléaire ». Le 1er juin 2021, le président du tribunal correctionnel de Bar-le-Duc a suspendu l’audience alors que les sept prévenus étaient partis manifester dans les rues du centre-ville avec plusieurs centaines de membres du mouvement de contestation antinucléaire.

Les sept opposants sont poursuivis pour « association de malfaiteurs » et « détention de substances ou produits incendiaires ou explosifs en bande organisée ». Ce n’est qu’un prétexte, un des militants relate : « Un représentant de l’État m’a dit un jour : “On n’a pas droit de lutter en France contre le nucléaire, s’attaquer au nucléaire, c’est s’attaquer à l’Etat” ». Tout est dit, il n’y a pas d’approche démocratique un système nucléaire qui a été imposé dès son origine par l’État , et les centrales nucléaire civiles sont des espaces militarisés.

« Ce procès est celui de la criminalisation des opposants au nucléaire, considèrent Mes Alexandre Faro, Raphaël Kempf et Matteo Bonaglia, membres du collectif d’avocats des prévenus. Pendant trois ans, des militants ont été sous contrôle judiciaire strict et n’ont donc pas pu s’organiser et agir politiquement. C’est pourtant le procureur de Bar-le-Duc qui politise à outrance cette affaire depuis le début de l’instruction, se faisant ainsi le relais des exigences de l’industrie nucléaire. Utiliser la justice pour empêcher des gens d’exercer des droits démocratiques fondamentaux est grave dans un Etat de droit. » Pour illustrer la disproportion des forces en présence, lors de la manifestation du 15 août 2017, les forces de l’ordre ont utilisé « 320 grenades lacrymogènes, 37 grenades GLI-F4, 21 cartouches de lanceurs de balles de défense et cinq grenades de désencerclement ». Et l’appareil judiciaire s’efforce de faire passer les anti-nucléaires pour des terroristes alors que ces lanceurs d’alerte n’ont qu’une obsession : protéger les générations futures…

Pour tout savoir sur Bure, poubelle nucléaire :

14 novembre 2018, Déchets nucléaires : ça commence à cogner à Bure

31 mars 2018, Bure et la considération du long terme

17 mars 2018, Pour une alternative à l’enfouissement à Bure

23 février 2018, Les Zadistes à Bure, c’est un combat perdu d’avance

Joe Biden en flagrant délit de tromperie

Préparez-vous au réchauffement climatique, camarades, il n’y a pas d’autres alternatives : Joe Biden défend un forage pétrolier géant en Alaska ! D’un côté un projet à 6 milliards de dollars, 160 000 barils de pétrole par jour pendant trente ans et 2 000 emplois créés, de l’autre la migration des caribous, la chasse et la pêche de subsistance des Inuits et les émissions de gaz à effet de serre. Devinez vers où la balance penche ?

Ne soyons pas naïfs, tous les présidents américains sans exception ont défendu le niveau de vie des Américains, et celui-ci passe obligatoirement par la manne pétrolière. La réserve nationale pétrolière de l’Alaska fut instaurée en 1923 par le président Harding pour alimenter (éventuellement) en carburant la Navy. Les forages exploratoires avaient eu lieu sous Barack Obama en 2016, les découvertes avaient été annoncées en 2017, les permis d’exploitation octroyés à ConocoPhillips par Donald Trump en octobre 2020, et aujourd’hui confirmé par Joe Biden en 2021… qui dit pourtant avoir fait de la lutte contre le réchauffement climatique un de ses objectifs majeurs. Ben oui, l’économie sera toujours plus forte que le souci environnemental.

La conseillère pour le climat de Biden a fait savoir « que l’administration ne combat pas les producteurs de pétrole et de gaz, mais se bat pour créer des emplois syndiqués, déployer des technologies visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, renforcer l’industrie manufacturière américaine et servir de carburant à l’économie américaine ». On ne peut pas être plus clair… En fait le démocrate Joe Biden reste sur la même ligne que la républicaine Sarah Palin, ex-gouverneur de l’Alaska et ancienne candidate à la vie-présidence des Etats-Unis : « Drill, baby, drill » !

Exxon, la mise à mort du géant pétrolier

Dans Le crépuscule fossile, Geneviève Férone-Creuzet avait écrit que l’avenir climatique se jouerait sur les marchés financiers : « L’ONG 350.org met en garde les investisseurs contre un effet de bulle financière dans l’hypothèse où les États se décideraient à faire ce que les négociation climatiques attendent d’eux : contraindre le volume des émissions de GES (gaz à effet de serre). Au fil des ans, des sommes considérables sont investies pour découvrir et exploiter de nouveaux gisements. N’est-il pas absurde de poursuivre ces investissements dans une telle incertitude ? L’argent injecté dans l’industrie des énergies fossiles, soit 6000 milliards de dollars, pourrait être ainsi purement et simplement perdu. Lors de l’assemblée générale des actionnaires de BP qui s’est tenu au printemps 2015, environ 98 % des actionnaires ont apporté leur soutien à une résolution en faveur d’une prise en compte du risque carbone dans les prévisions de rentabilité du groupe. »

Première capitalisation mondiale il y a moins de dix ans, Exxon n’est aujourd’hui qu’au 33e rang des entreprises mondiales. Son PDG entre 1993 eet 2005, Lee Raymond, combattait les mesures contre le réchauffement climatique et le protocole de Kyoto de 2005. Pourtant en 1979 un document interne du pétrolier Exxon, montrait déjà que les scientifiques de l’entreprise n’avaient aucun doute, « Au rythme actuel de leur combustion, les ressources fossiles provoqueront des effets environnementaux dramatiques avant 2050. » Mais entre cette date et 2014, alors que 83 % des articles scientifiques et 80 % des documents internes de l’entreprise reconnaissent que le changement climatique est réel et causé par l’homme, seulement 12 % de ses publirédactionnels tenaient le même discours, 81 % émettant au contraire des doutes sur la réalité du phénomène ou sur sa cause anthropique. En 2012 Robert Hirsch, un ancien directeur de la prospection pétrolière chez Exxon, annonce lors de la conférence mondiale de l’ASPO à Vienne que la production de pétrole – non conventionnel inclus – est entrée depuis 2005-2006 dans une phase de plateau instable. La société thermo-industrielle, dont l’énergie est fournie à 85 % par les fossiles, sera donc confronté assez prochainement à des turbulences pires que celles qui ont accompagné les chocs pétroliers de 1973 et de 1980.

Lors de l’assemblée générale du groupe ExxonMobil du 25 mai 2016, la majorité avait suivi le double argumentaire sur lequel la compagnie s’arc-boute : le monde a besoin de plus d’énergie et le salut climatique viendra des percées technologiques. Mais les actionnaires « durables » et « responsables » ont remporté une première victoire., ils avaient obtenu la nomination d’un administrateur indépendant. Neva Rockefeller Goodwin, l’arrière-petite fille de John D. Rockefeller à l’origine d’Exxon, a même vendu ses actions. Elle est convaincue que ses titres vont se démonétiser puisque, pour sauver la planète, il faudra laisser 80 % des énergies fossiles en terre. Et donc impacter les actifs sur lesquels repose la valeur du groupe pétrolier.

Lors de son assemblée générale le 26 mai 2021, Exxon a subi un camouflet sans précédent. Un fonds activiste, ne détenant que 0,02 % des parts, a réussi à faire élire au conseil de surveillance au moins deux représentants. Estimant que la politique « tout pétrole » d’Exxon lui faisait courir un risque existentiel, ces actionnaires ont réussi à emmener avec eux les grands investisseurs institutionnels de Wall Street. Le krach financier est déjà possible à cause des effets économiques de la pandémie, la probabilité ne peut que s’accentuer quand on se rendre compte que l’or noir, c’était le passé.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

Le réchauffement climatique à l’épreuve du marché

NB : La valeur des industries fossiles est ­calculée sur la quantité de ressources fossiles qu’elles sont susceptibles d’exploiter, soit environ 3 000 milliards de tonnes de carbone. Or nous ne pouvons brûler que 500 milliards de ressources fossiles pour rester en dessous des 2 °C de réchauffement. Le climatologue James Hansen a calculé comme seuil de sécurité une concentration limite de dioxyde de carbone [CO2], soit 350 ppm (parties par millions). À la fin du XVIIIe siècle, les taux de CO2 dans l’atmosphère étaient de 278 ppm. Le seuil de 350 ppm a été franchi vers 1990 et une concentration de 400 ppm a été atteint en 2015. En 2021, elle devrait dépasser les 417 ppm !

éoliennes, Droite et Extrême D. sont contre

Xavier Bertrand avait redit tout le mal qu’il pensait des éoliennes, ce « scandale national ». Marine Le Pen renchérit le 15 mai 2021 : « Le combat contre les éoliennes est un combat majeur, parce que les éoliennes sont une véritable catastrophe, visuelle, écologique, économique » C’est Hervé Juvin, tête de liste RN pour les régionales, qui peaufine l’argumentaire : « Avec les éoliennes, il faut de toute façon une énergie de complément, nécessairement fossile, puisque ce sont des énergies intermittentes et qu’on ne sait pas les stocker. Avec l’abandon du nucléaire dans les Pays de la Loire, on continue à faire fonctionner la centrale à charbon de Cordemais. Ce qui est une absurdité. » Le RN propose de faire le bilan des éoliennes « du berceau à la tombe » (cradle to cradle). Il est vrai que les extrémistes anti-écolos essayent de capter « le ressentiment d’une partie de la population contre… », mais cela marche à peu près avec tous les sujets, non ? En fait le combat contre les éoliennes est soutenu par le lobbying nucléaire.

Quelques commentaires bien sentis sur lemonde.fr :

GavincentB : Le bilan « du berceau à la tombe » de l’éolien, OK, mais qu’on fasse de même pour le nucléaire, démontage de la centrale et traitement des déchets compris… Quant à l’indépendance totale de la filière nucléaire, je suis ravi d’apprendre qu’on exploite des mines d’uranium en France !

VentdOuest : Le RN/FN sait-il que les coût du démantèlement complet et la durée de surveillance et traitement des vestiges et résidus nucléaires n’ont jamais été sérieusement estimés ? Alors la pusillanimité de l’extrêmement droite devient comique. Je suis partisan de la vérité des coûts et des coûts induits (bilan carbone, santé, risque sur la qualité de l’ eau etc.). Le RN/FN a la stratégie de l’attrape tout, tout mécontentement, toute plainte reçoit sa solution dans ce parti qui ne brille pourtant pas par sa compétence en matière économique. Les gouvernements frangins du RN/FN en Pologne, Hongrie, Brésil, Russie ne montrent pas des bilans de santé économique et environnementale qui font vraiment envies, c’est le moins que l’on puisse dire. « L’attrape tout » ne fait pas un programme et avec sa gouaille, Marine Le Pen, promet et jure que l’on va voir ce que l’on va voir. Mais on a déjà donné, l’extrême droite, on connaît bien en France…

El : Il faut arrêter avec cette histoire de paysages. J’ai grandi à côté d’une centrale nucléaire, et franchement in champs de 100 moulins à vent serait plus discret. Rappelons qu’une centrale nucléaire est au centre d’un réseau de lignes à haute tension quadrillant la région, et dont chaque pylône est grand comme une éolienne (mais plus moche encore).

SamD : La France et l’éolien, ou l’histoire d’une énorme occasion manquée. L’Allemagne a 20 ans d’avance sur nous et résultat: en 2020, elle a produit plus de 50% de son énergie grâce au solaire et à l’éolien. Au fond, tout est dit dans cette simple statistique: d’ici 2050, l’éolien coûtera 34€ le MWh contre 120€ pour le nucléaire (EPR). Le débat est clos. Par ailleurs, il n’y a PAS de problème de stockage car des solutions, complémentaires et suffisantes, existent (modulation de la demande, stockage en batteries, stockage naturel (barrage d’altitude, chaleur, froid…). Le nucléaire doit disparaître car trop dangereux, cher et polluant.

Polaire : Pour avoir enquêté sur le sujet, je puis dire que seules quelques personnes subissent des nuisances objectives de parcs éoliens en raison de leur proximité du site, et souvent, elles sont indemnisées. Or, une foule de contestataires idéologues ou populistes venus du diable vauvert pétitionnent et perturbent les enquêtes publiques (EP) dédiées. L’immense majorité des observations déposées lors des EP sont purement subjectives: « les éoliennes, c’est pas beau » ! Or, le RN, obsédé par l’insécurité, ne semble pas mesurer celle que génèrent les centrales nucléaires.

Lizandre : J’ai habité plusieurs années dans le nord de l’Oise. Plat pays complètement remembré, sans haie, sans chemin : les seuls arbres sont ceux des jardins des villages qui parsèment la plaine. Et bien dans ce décor désespérant, je trouve que les éoliennes apportent qqchose de beau, presque poétique. En tout cas moins moches que leur environnement plat, si plat.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

éoliennes et paysage

L’écologie vert de gris de Marine Le Pen

ITER a besoin de se refroidir… fortement

Un article du MONDE sur le Réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) est très optimiste, trop optimiste :

« Les travaux de construction de ce réacteur géant se poursuivent à Saint-Paul-lez-Durance pour espérer réaliser des expériences de fusion nucléaire dans cinq ans. Il s’agit d’imiter le processus à l’œuvre au cœur d’une étoile. Le réacteur fusionnera des noyaux d’hydrogène lourd pour dégager de l’énergie si on chauffe à 150 millions de degrés pour concentrer la matière réactive dans un plasma contrôlé par des champs magnétiques intenses. Ce processus peut s’interrompre à tout moment, une « disruption » conduit à de forts dégagements d’énergie sur les parois ; des flux d’électrons sont éjectés à la vitesse de la lumière et détériorent l’enceinte. Mais, miracle, une petite injection de glaçons de deutérium et la disruption s’étale sur une surface plus grande, réduisant les dégâts. » Réduire les dégâts ? Plutôt supprimer ITER !

Ainsi va la technoscience qui cherche désespérément à nous trouver une nouvelle source d’énergie, notre boulimie en cette matière étant devenue infinie. Il ne vient à l’esprit d’aucun décideur que la première chose à faire avant de se lancer dans des expériences aventureuses est d’économiser l’énergie en réduisant nos besoins. Comme fondement de nos analyses sur ce blog biosphere, il y a le rejet de tout ce qui prône l’illimité et en conséquence nous préconisons un retour au sens des limites. En 2019, nous avons abandonné ASTRID, acronyme de l’anglais Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration, un projet de prototype de fission avec un cœur à neutrons rapides refroidi au sodium. Il nous reste à abandonner le projet ITER… Après avoir cru qu’il était interdit d’interdire (mai 1968), il serait peut-être temps de comprendre qu’il est obligatoire de s’obliger à la sobriété énergétique.

Pour en savoir plus sur ASTRID et ITER grâce à notre blog biosphere :

2 juillet 2020, ITER, symbole de la croyance technologique

17 mars 2019, Nucléaire, des risques sans alternative nucléaire

4 mai 2016, ITER, Sarkozy ne sait même pas ce que c’est

15 février 2018, Astrid, un joli nom pour une belle salope…rie !

3 juillet 2012, ASTRID, une belle salope adorée des politiques

16 novembre 2010, Astrid, une belle salope…

Remarque : la rubrique planète du MONDE multiplie les articles sur le Covid. Trop, c’est trop, l’article sur ITER passe inaperçu, un seul commentaire de lecteurs sur lemonde.fr ! Il est difficile de s’interroger sur notre avenir énergétique quand les médias nous parlent de repartir comme avant, en touristes !!

Au Royaume-Uni, un embryon de passeport et des Britanniques en mal de vacances sur le continent

Venise mise sur le « green pass » italien pour lancer sa saison touristique estivale

Covid-19 dans le monde : l’UE s’accorde pour laisser entrer les voyageurs vaccinés, New York tombe le masque

L’Europe se convertit en ordre dispersé aux passes sanitaires

Agence internationale de l’énergie, un leurre

Créée à la suite du choc pétrolier de 1973 par les pays riches de l’OCDE, l’Agence internationale de l’énergie était surtout destinée à faciliter la coordination des politiques énergétiques des pays membres afin de soutenir la croissance économique. De plus l’AIE avait toujours minimisé le danger d’une pénurie de pétrole afin de ne pas générer un mouvement de panique. Mais les temps changent, la contrainte climatique commence à faire ses effets. Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE : « Il y a un énorme fossé entre la rhétorique et la réalité, constate. Cette année 2021devrait encore être l’une des pires en matière d’émissions de CO2. Nous avons réalisé un rapport pour montrer aux décideurs que le secteur de l’énergie doit réaliser une transformation totale d’ici à 2050. Car jusqu’ici, beaucoup d’entre eux l’ont mal compris. »

Pourtant l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport du 18 mai 2021 reste foncièrement optimiste. Dans le scénario « zéro émission nette », la demande globale en énergie d’ici à 2050 a diminué de 8 %, malgré les deux milliards de Terriens supplémentaires. La demande d’électricité a doublé et la part de renouvelables a été multipliée par huit, passant de 29 % de la production totale d’électricité en 2020 à 90 % trente ans plus tard. En 2030 60 % des voitures vendues seront des véhicules électriques, en 2040 la moitié des bâtiments auront été rénovés de façon efficiente, en 2050 des panneaux photovoltaïques sont installés sur 240 millions de toits. Le recours au charbon a chuté de 90 %, au pétrole de 75 %. La part du nucléaire a doublé, la demande en hydrogène a été multipliée par six, etc. L’AIE se met à rêver, mais on en reste toujours sur les bonnes intentions : « Au-delà des projets déjà approuvés, aucun investissement dans de nouvelles installations pétrolières ou gazières ni dans de nouvelles centrales à charbon sans solution de capture ou de stockage du carbone ne devrait être réalisé. » Les commentaires sur lemonde.fr ne sont pas dupes :

Dance Fly : Voir L’AIE tournait le dos aux hydrocarbures est une avancée considérable en soi. Bon, reste à convaincre Total, Exxon & Co qui n’ont évidemment pas l’intention de renoncer aux combustibles fossiles (tant qu’il y en aura à exploiter). Pour ce faire ces compagnies (dont on peut dire aujourd’hui qu’elles représentent à elles seules la principale force d’inertie à une accélération de la transition) sont prêtes à employer les pires méthodes de communication (à l’instar de l’agrobusiness ou de l’industrie du tabac): voir par exemple un papier passionnant qui vient de sortir dans One Earth: « Rhetoric and frame analysis of ExxonMobil’s climate change communications » .

Hilare : Convaincre  » Total, Exxon & Co » n’est sans doute pas le plus difficile, il s’agit de convaincre des milliards de citoyens d’accepter changer de comportement et modifier leurs achats. Ne nous faisons aucune inquiétude  » Total, Exxon & Co » suivront…

Ulysse : Il faut consommer moins d’énergie, interdire de vente les appareillages énergétivores, quel que soit le secteur, chauffage, voitures, climatisation ect… On attend toujours des mesures à la hauteur du problème.

Sarah Py : Voilà au moins une feuille de route qui fait prospective. Voilà enfin une base de discussion à partir de données et de chiffres. Sauf et encore une fois, la temporalité n’entre pas assez en ligne de compte. Le déploiement des énergies renouvelables qui sont très décentrées ( combien de temps pour un champ éolien) la mise en réalisation active d’innovations technologiques, des décennies, le changement des comportements humains trop volatiles et bien d’autres raisons, tout cela signifie que 8 ans, et près de trente ans sont des délais trop longs. En si peu de temps, changer radicalement ne peut se faire qu’avec plus de contraintes et de choix forcés par les États.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

16 mai 2013, L’AIE, une officine des basses œuvres pétrolières

12 août 2010, la date du pic pétrolier (signalé par l’AIE en 2006)

16 décembre 2007, en panne d’énergie (Dans son rapport World Energy Outlook 2007, l’AIE commence enfin à s’affoler : « Une crise de l’offre, avant 2015, s’accompagnerait d’une envolée des cours pétroliers » et «  Il sera extrêmement difficile d’assurer des approvisionnements fiables à des prix abordables »…)

Énergie libre, un cas d’illusion technologique

Pour montrer l’illusionnisme technologique qui règne dans nos sociétés thermo-industrielles, considérons l’idée folle « d’énergie libre », définie comme une énergie illimitée, gratuite et facile à produire. Certains croient qu’elle existe, mais que les industriels nous la cachent… En fait c’est un mythe, une fake news qui nous induit en erreur. Notre boulimie énergétique et l’amour du progrès technique cultivé par beaucoup de nos contemporains nous empêche d’accéder collectivement au recul nécessaire pour percevoir les réalités du point de vue scientifique. Ainsi, on a vu se développer médiatiquement des idées de moteurs capables de faire avancer des voitures avec de l’eau, des mécanismes capables de reproduire des phénomènes de fission nucléaire à partir de petites quantités d’hélium, des générateurs utilisant les “champs électriques sans fin” pour produire une énergie illimitée ou encore des scientifiques prétendant être capables de reproduire la fusion nucléaire à froid dans un tube à essai. Un certain nombre de dispositifs ont fait la une des médias en faisant la promesse de fonctionner sur le principe de la production surnuméraire : le catalyseur d’énergie d’Andrea Rossi, le résonateur à eau de Jean-Christophe Dumas, les moteurs à mouvement perpétuels, les générateurs de la Fondation Keshe ou les moteurs à plasma type PlasmERG. Le bide intégral ! Toutes ces tentatives ont été démenties par l’expérimentation scientifique. Pour déterminer la réalité en matière d’énergie, il faut s’appuyer sur les lois de la thermodynamique. Allons au plus simple.

1) on ne peut pas “créer” d’énergie. On peut simplement la convertir. En clair, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.

2) quand une énergie est convertie d’une forme à une autre, une partie de l’énergie se dissipe, elle devient beaucoup plus difficile à utiliser. C’est l’entropie.

Si l’on continue à raisonner en termes d’énergie libre, cela nous empêche de voir que le principal problème (du point de vue écologique) n’est pas de savoir comment produire plus d’énergie, mais comment en consommer moins.

Pour en savoir plus, lire Nicholas Georgescu Roegen, « entropie, écologie, économie » (The entropy law and the economic process)

en résumé : La théorie économique dominante considère les activités humaines uniquement comme un circuit économique d’échange entre la production et la consommation. Pourtant il y a une continuelle interaction entre ce processus et l’environnement matériel. Selon le premier principe de la thermodynamique, les humains ne peuvent ni créer ni détruire de la matière ou de l’énergie, ils ne peuvent que les transformer ; selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur. Lorsqu’on brûle un morceau de charbon, son énergie chimique ne subit ni diminution ni augmentation (premier principe de la thermodynamique : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme), mais l’énergie initiale s’est dissipée sous forme de chaleur, de fumée et de cendres qui ne peuvent être récupérée (deuxième principe ou loi de l’entropie : tout se transforme et échappe alors à l’emprise humaine). En fait tout organisme vivant s’efforce de maintenir constante sa propre entropie ; il y parvient en puisant dans son environnement immédiat de la basse entropie (utilisable) afin de compenser l’augmentation de l’entropie à laquelle son organisme est sujet. Si les humains n’arrivent plus à capter de basse entropie à proximité, ils essayent de la prendre ailleurs. L’énergie atomique n’est ainsi qu’une tentative contemporaine de délier de l’énergie liée. Mais on ne peut produire de façon meilleure ou plus grande qu’en produisant des déchets de manière plus forte et plus grande. Il n’y a pas plus de recyclage gratuit qu’il n’y a d’industrie sans déchets.

Pour en savoir encore plus grâce à notre blog biosphere :

9 décembre 2018, L’illusion technologique confrontée au climat

9 novembre 2018, L’illusion d’une énergie offerte par les algocarburants

18 février 2008, illusions technologiques

Terrible avenir tel qu’on se le cache

Dans les conversations courantes, une considération chasse l’autre. La pandémie aujourd’hui, hier le terrorisme, le réchauffement climatique en toile de fond, la canicule un jour, les inondations le lendemain, quelques considérations très ponctuelles sur la chute de la biodiversité et toujours l’avalanche des faits divers… on en oublie la descente énergétique qui s’amorce. Les médias se consacrent aux problèmes de société et aux événements croustillants, raffolent de la culture d’élite et du sport de masse, décortiquent les débats sans fin sur les ravages de la pandémie, les masques, la vaccination, se penchent de temps en temps sur les chômeurs et les familles à la dérive, nous abreuvent de publicités… Ils nous détournent de l’essentiel. Les politiciens captent eux aussi notre attention avec le bal des ego et les jeux d’appareil. Nous sommes submergés de nouvelles, anesthésiés, incapables de trier entre l’important et le dérisoire.

Qui se souvient encore du krach financier de 2008 ? Qui se rappelle du pic pétrolier mondial de 2006 ? Qui a fait le lien entre ces deux événements ? Qui parle aujourd’hui du choc pétrolier ultime qui va survenir bien avant que nous ayons commencer à lutter vraiment pour le climat ? Crises pétrolières et crises climatiques sont les jumeaux de l’hydrocarbure, liés l’un à l’autre de façon très étroite. Laisser le pétrole sous terre pour éviter les gaz à effet de serre, et c’est la catastrophe économique par manque de carburant d’une civilisation basée sur les ressources fossiles. Brûler du pétrole, c’est l’apocalypse climatique et une planète invivable pour les générations futures. Peu de gens restent lucides sur le rôle central du pétrole, le viagra des sociétés croissancistes. Pourtant, les avertissements remontent à loin, encore faut-il les connaître

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque, la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant, le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. Un spécialiste de l’automobile, Jean Albert Grégoire, publie un livre en 1979, Vivre sans pétrole : « Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes… Apercevoir la fin des ressources pétrolières, admettre son caractère inéluctable et définitif, provoquera une crise irrémédiable que j’appellerai crise ultime. » Jean-Marc Jancovici précisait récemment que jamais un humain n’avait autant utilisé de pétrole par habitant qu’en 1979, et jamais plus il n’en utilisera autant. La descente énergétique avait commencé, et les indicateurs monétaires ne font que suivre les indicateurs physiques. L’économie n’est qu’une machine à transformer les ressources naturelles. Sans ressources à disposition, c’est la chute du PIB. Opinion publique, médias ou politiciens, qui le dit assez fort pour être entendu ?

La lutte pour le climat va précipiter l’arrivée de la date du choc pétrolier ultime. Selon ses engagements, l’Europe devrait d’ici à 2050 avoir fait disparaître la consommation de charbon, avoir réduit de 85 % sa consommation de pétrole et de 55 % sa consommation de gaz naturel. Mais difficile à une époque de fausses nouvelles, d’idéologie croissanciste répandue dans tous les milieux médiatisés, d’économie de la promesse au sortir du confinement et de croyance au progrès technique sans limites, difficile donc de penser aujourd’hui que la taxe carbone aurait du être mise en place depuis de nombreuses années déjà ; cette réalité a été occultée, y compris par la Convention citoyenne sur le climat dans ses 149 propositions. Nous serons donc un jour prochain obligé d’adopter un rationnement avec des cartes carbones individuelles. Qui le dit assez fort pour être crédible ?

Le problème de la nécessaire rupture écologique, c’est qu’elle demande une complète déconstruction de nos structures matérielles et mentales actuelles. Il nous faut un nouvel imaginaire, répétait Serge Latouche. Il nous faut aller moins vite, moins loin et moins souvent, s’exclamait Yves Cochet. Mais bousculer des habitudes socio-culturelles demande du temps, pratiquer la sobriété partagée ne va pas de soi. Pourtant, le double choc pétrolier et climatique nous oblige à réagir drastiquement. L’avantage de ces vagues pandémiques mondialisées à répétition, c’est qu’elles nous préparent aux politiques de restrictions dans tous les domaines : se déplacer, se nourrir, trouver un emploi, pratiquer les loisirs. On est en train d’en revenir à l’essentiel de nos besoins, poussés par un virus et non par notre réflexion commune. Qui explique à la population que nous sommes entrés dans l’ère de la démobilité, de la désurbanisation, de la décroissance du superflu ? Qui énonce que cette période est nécessaire et qu’elle sera durable ? Qui nous dit que le monde d’avant, le monde de l’abondance matérielle et des esclaves énergétiques à profusion est prochainement révolue ? Il nous faudra attendre le choc pétrolier ultime pour en prendre collectivement conscience…

Michel Sourrouille, article paru initialement sur le site des JNE :

https://jne-asso.org/blogjne/2021/02/14/lavenir-tel-quon-se-le-cache/

Brice Lalonde, un vendu au lobby nucléaire

Une tribune de Brice Lalonde dans LE MONDE est en fait un panégyrique de l’énergie nucléaire sous prétexte des émissions de gaz à effet de serre économisées par les centrales françaises. Rappelons qu’en France nous n’arrivons pas à construire une seule centrale EPR, rappelons que l’uranium n’est pas une source d’énergie renouvelable, rappelons que dans le monde l’énergie nucléaire est marginale et le restera. Du point de vue des écologistes, l’énergie la plus durable est celle qu’on ne consomme pas. Les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Dans la France des années 1960 et dans la plupart des foyers, on ne chauffait pas le logement, on vivait couvert en hiver, dehors et au dedans, la nuit on se blottissait sous les duvets en plume d’oie. Demain avec la descente énergétique il faudra principalement compter sur l’énergie endosomatique, celle de notre propre corps ; c’est tellement plus écolo d’isoler des corps qui fonctionnent naturellement à 37 degrés plutôt que de se chauffer au bois, au gaz ou au nucléaire. La maison passive, c’est la maison qu’on ne chauffe pas.

Voici un résumé de l’argumentation de cet ancien ministre de l’environnement (1988-1992), adepte d’une écologie superficielle : « La performance énergétique (DPE) d’un bâtiment est déterminée par deux seuils : l’un pour l’émission de CO2, l’autre pour la consommation d’énergie. La contrainte CO2 n’existe pas, le DPE nouveau la « desserre » de 30 % par rapport à l’échelle précédente, qui était déjà bien clémente. Calée sur les émissions des logements chauffés au gaz, elle fait du gaz la référence comme si l’État considérait cette énergie fossile comme le compagnon de route préféré du climat. C’est donc la performance énergétique qui continuera à déterminer le classement, et non la performance climatique. Or les deux ne se recouvrent pas. L’économie d’énergie est bien entendu un moyen au service de la réduction des émissions quand il s’agit des énergies fossiles responsables du dérèglement climatique. Mais lorsque l’énergie est décarbonée, elle n’affecte pas le climat. Centrer l’action climatique sur l’économie d’énergie au lieu de la réduction des émissions de CO2, c’est taper sur le mauvais clou. C’est bien l’électricité décarbonée et qu’il faut favoriser. Dès lors, paradoxe ultime, nos propriétaires de logements mal classés dans le DPE parce que chauffés à l’électricité ont un moyen simple d’améliorer leur classement : c’est de passer au gaz ! Voilà comment les émissions de CO2 augmenteront, en dépit des engagements solennels, en dépit de la volonté du Parlement. L’aversion pour le nucléaire est demeurée le dogme fondateur du parti Vert, entraînant sa volonté absurde d’interdire le chauffage électrique…. »

Pour en savoir plus sur Brice Lalonde grâce à notre blog biosphere :

13 août 2018, L’écologie superficielle et irréaliste de Brice Lalonde

6 novembre 2015, Le ciel nous tombe sur la tête, Brice Lalonde aussi !

La voie hydrogène, une nouvelle impasse

Décarbonation de l’économie, on cherche en vain la solution miracle. Le pétrole voit sa fin prochaine, le charbon produit trop de gaz à effet de serre, passons à l’hydrogène. La région Bourgogne-Franche-Comté est décrétée « territoire hydrogène » par sa présidente socialiste. Dans la communication gouvernementale, H2 est aussi présenté comme la solution pour la mobilité de demain. Toujours et encore les mêmes réflexes de nos sociétés techno-capitalistes : trouver de nouveaux vecteurs de croissance. Et l’écologie est un merveilleux prétexte. L’hydrogène, c’est en effet vendu comme vert de vert. Combiné à une pile à combustible, l’hydrogène permet de produire de l’électricité et rejette de l’eau. Le conducteur fait le plein en quelques minutes d’H2 comme à une pompe à essence. Et puis la ressource est inépuisable. On peut extraire de l’hydrogène partout, par électrolyse, en faisant passer dans de l’eau du courant produit par une éolienne, des panneaux solaires. Tout cela, c’est de la propagande.

Retour au réel. Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’hydrogène est considérée comme « gris » : il est produit à partir d’énergies fossiles dans des raffineries. Il s’agit donc d’abord de le remplacer par de l’hydrogène décarboné car produit grâce à de l’électricité d’origine renouvelable. Mais la production d’hydrogène demande énormément d’énergie, et son utilisation n’est pas toujours la plus efficace. Ainsi, un litre d’essence contient autant d’énergie que quatre litres d’hydrogène liquéfié – et rendre le H2 liquide est un processus coûteux. Les piles à combustible ont également un rendement deux à trois fois plus faible que les batteries. Gaz ultra-léger sous la pression atmosphérique, il faut le stocker à plus de 350 bar pour limiter le volume. Les réservoirs actuels d’hydrogène des camions ou des bus sont difficile à étanchéifier tant la molécule est petite. Ils contiennent un gaz hyper-explosif, comprimé à 700 bars .Or une simple bouteille de butane fait peur, et la pression est limitée à 7 bar en usage domestique. Que peuvent penser les pompiers des véhicules H2 ? L’hydrogène est un gaz qui se transporte difficilement, il faut le comprimer, le liquéfier ou le transformer en ammoniac, ce qui est coûteux en énergie et demande des infrastructures spécifiques. En résumé l’hydrogène n‘est qu’une énergie de troisième niveau, produit avec la source d’énergie secondaire qu’est l’électricité. Un rendement final dérisoire, à peine utile pour stocker de l’énergie. Hydrogène et mobilité généralisée sont donc incompatibles. La voiture à hydrogène pour tous est une leurre, mais le député (LRM) Michel Delpon y croit : «  Emmanuel Macron a une carte à jouer, comme quand le général de Gaulle a lancé le nucléaire. »

Rappelons que notre croissance économique, notre confort, notre alimentation, notre médecine, nos transports doivent TOUT à l’énergie surabondante procurée par les ressources fossiles. La puissance développée par un homme oscille entre 100 et 400W. Celle d’une simple bouilloire est de 1000W. Le moteur d’une citadine de 40 0000 à 70 000 W. Un Boeing 747 nécessite environ 65 000 000 W. L’énergie nécessaire à nos besoins actuels est colossale. Ce n’est pas un amoureux de la calèche qui dit ça, c’est la science. Et la science nous dit aussi que l’hydrogène à foison, c’est du pipeau. Notre réveil va être difficile…

L’adieu au charbon sera long, trop long

Le charbon en France ne représente que 2 % de la production électrique, mais 30 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Le 31 mars 2021, la centrale à charbon du Havre ferme, les deux dernières centrales thermiques en Moselle et en Loire-Atlantique devraient l’être en 2022. Mais dans le monde la demande d’électricité devrait croître de 10 % en Inde et exploser en Chine où la moitié des centrales ont moins de dix ans. Le charbon sert aussi à la fabrication de l’acier et du ciment. La lutte contre le réchauffement climatique est vouée à l’échec face à omnipotente du charbon, du pétrole et du gaz dans nos manières de produire et de vivre actuelles. La vérité est qu’aujourd’hui rien n’est sous contrôle. L’homme qui reste un peu honnête avec lui-même a l’impression de se retrouver dans un piège abominable dont il ne voit pas comment sortir. Voici quel

On sait que le charbon doit rester sous terre pour limiter le réchauffement climatique. Mais à force de croire que demain sera comme aujourd’hui, avec une abondance énergétique extraordinaire mais non renouvelable, nos lendemains seront terribles car nous ne sommes pas préparés collectivement, ni en France, ni ailleurs, à affronter la descente énergétique. Nous étions en train de brûler nos forêts, (mal)heureusement nous avons exploité le charbon. Pour ne pas qu’il s’épuise trop vite, nous avons utilisé le pétrole, le gaz, la fission atomique et même le photovoltaïque… aujourd’hui on veut en revenir au bois ! C’est le signe de l’impuissance collective actuelle à nous mener sur les voies d’un futur acceptable. #EndCoal, enfin un hashtag sur Twitter qui nous parle, des panneaux qui s’enflamment lors d’une manifestation de Greenpeace. Dérisoire symbolqiue. Le 8 janvier 2018, l’église Saint-Lambert du village d’Immerath en Allemagne a été rasée, pour laisser place à une mine de charbon. Le système thermo-industriel résiste, mais ce sont ses derniers souffles avant qu’un choc pétrolier/charbonnier nous amène inéluctablement à la déroute finale.

Bientôt le pic charbonnier. Après son livre de 2003 sur le pic pétrolier, Richard Heinberg s’était consacré au pic charbonnier : la production de charbon suit la même courbe que la production de pétrole. Elle aussi commence par augmenter, atteint un maximum, puis décline inexorablement au fur et à mesure que les gisements s’épuisent. Les chiffres officiels ignorent généralement les différentes qualités de charbon ou les présentent d’une manière exagérément simplifiée, ce qui donne une fausse impression d’abondance. Il n’empêche que le pic charbonnier chinois aura lieu entre 2015 et 2032, aux USA entre 2025 et 2040 … Heinberg conclut que le charbon est suffisamment abondant pour avoir un impact conséquent sur le climat mais ne l’est pas assez pour remplacer durablement les autres énergies fossiles une fois qu’elles auront commencées à décliner.

Que faire ? Empêcher d’une manière ou d’une autre une centrale thermique à charbon de fonctionner peut être considéré comme une œuvre de salut public. On sait en effet que le charbon doit rester sous terre, sinon nous allons droit vers un chaos climatique qui multipliera les réfugiés climatiques, endommagera le rendement des récoltes, produira la famine, détériorera l’ensemble de la trame du vivant, exacerbera les violences, produira des guerres, etc. Mais si je dis maintenant aujourd’hui clairement que je trouve tout-à-fait juste et légitime de saboter une centrale à charbon, c’est moi qui sera poursuivi devant les tribunaux pour incitation au sabotage. Personne n’accusera les promoteurs des centrales à charbon. Beaucoup parleront même à mon égard de terrorisme vert alors que le véritable responsable de la détérioration écologique et socio-économique est la centrale à charbon. Il est plus que temps de définir juridiquement la notion du crime écologique et de traiter l’action de sabotage à sa juste valeur ! Quand pendant la seconde guerre mondiale des cheminots sabotaient les lignes de chemin de fer pour agir contre le nazisme, ils risquaient la mort mais ils avaient raison .Dans le futur proche il nous faudra apprendre à vivre dans un nouveau contexte de catastrophes à répétition qui, inévitablement, porteront atteinte à nos libertés, sans d’ailleurs pour autant que cela résolve les problèmes de pénurie de ressources naturelles. La récession actuellement en cours avec la pandémie nous donne un avant-goût des révisions douloureuses à accomplir. L’avenir passera par des mécanismes administratifs de rationnement ainsi qu’une baisse drastique de nos revenus

En guise de conclusion, nous vous conseillons de lire d’urgence Lewis Mumford : « L’exploitation minière est la métaphore de toute la civilisation moderne. Le travail de la mine est avant tout  destructeur : son produit est un amas sans forme et sans vie,  ce qui est extrait ne peut être remplacé. La mine passe d’une phase de richesse à l’épuisement, avant d’être définitivement abandonnée – souvent en quelques générations seulement. La mine est à l’image de tout ce qu’il peut y avoir de précaire dans la présence humaine, rendue fiévreuse par l’appas du gain, le lendemain épuisée et sans forces. En revanche, l’agriculture traditionnelle favorise l’établissement d’un heureux équilibre entre les éléments naturels et les besoins de la communauté humaine. Ce que l’homme prélève  à la terre lui est délibérément restitué ; le champ labouré, le verger, les planches à  légumes, les terres à blé, les massifs de fleurs – tous témoignent d’un ordre formel, d’un cycle de croissance.»

Pour en savoir plus sur le point de vue des écologistes :

21 octobre 2015, Les centrales à charbon, un terrorisme contre le climat

14 mars 2014, La fin du charbon au Royaume-Uni, un air d’apocalypse

27 avril 2012, les dangers du charbon (1/3)

6 novembre 2010, après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

28 septembre 2010, des mineurs bientôt sans charbon

26 juillet 2010, l’impasse charbonnière

9 février 2008, charbon de terre

5 avril 2007, bientôt une Chine sans charbon !

Nucléaire, François de Rugy se renie

François de Rugy, en 2016, défendait un scénario 100 % énergies renouvelables, avec un arrêt total du nucléaire en 2040. Il proposait de « supprimer le risque nucléaire qui pèse sur la France et surtout la production de déchets dont on ne sait pas quoi faire ».

Biosphere : C’était l’époque où le Vert François de Rugy avait un petit peu la fibre écolo… avant de tomber dans l’escarcelle de Macron.

François de Rugy en juin 2019 : « Il faudra tirer toutes les leçons pour voir si ce type de réacteur nucléaire EPR est compétitif. Aujourd’hui, on peut en effet avoir des doutes sur la compétitivité future par rapport aux énergies renouvelables dont les coûts de production baissent. »

Biosphere : Le coût du kWh des EPR de Flamanville et Hinkley Point ne sera connu que quand ils auront démarré et produit quelques années, de Rugy sera à la retraite depuis longtemps. De plus les factures du grand carénage (100 milliards estimés au départ, certainement bien plus en fin de parcours) vont être douloureuses. Mais de Rugy change d’avis.

François de Rugy en mars 2021 : « Dans le domaine de l’énergie, la France est en train d’inventer un nouveau modèle, dans lequel les énergies renouvelables associées au nucléaire pourraient nous permettre de nous passer totalement des énergies fossiles »

Biosphere : L‘argument d’autorité n’est pas un argument. Le nucléaire couvre actuellement à peine 3 % de la consommation d’énergie finale d’énergie mondiale et ne pourra jamais faire beaucoup mieux faute d’uranium ; le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable. Avec ou sans nucléaire, se satisfaire des énergies renouvelables demande à réduire drastiquement notre demande d’énergie. Ne pas le dire c’est forfaiture.

François de Rugy : « J’ai pu vérifier que l’enjeu de sécurité nucléaire – le risque d’un accident est le premier sujet – était extrêmement maîtrisé en France, avec des outils de contrôle de sûreté extrêmement resserrés ».

Biosphere : Confondre sécurité et sûreté est confondant de naïveté ! S’exprimer ainsi aux lendemains des dix ans de Fukusihima (11 mars 2011) est même inconvenant pour ne pas dire plus.

François de Rugy : « Dans le combat pour le climat, le fait d’avoir une production d’électricité de base en grande quantité décarbonée est un formidable atout pour la France. »

Biosphere : Aujourd’hui, il faut 20 ans pour construire une centrale nucléaire, elle est supposée fonctionner 60 ans et sa déconstruction prend également quelques dizaines d’années. Est-on vraiment certain que dans 100 ans, il y aura encore un état français suffisamment riche et fort pour prendre à sa charge et mener à bien la sortie du nucléaire ? De plus la construction des centrales nucléaires, leur entretien, leur démantèlement et la gestion des déchets radioactifs, sans parler d’un accident toujours possible, rend nécessaire l’utilisation d’énergies fossiles, ce que les nucléocrates oublient de dire et même de penser. Que le nucléaire ait encore des adeptes montre l’état de désinformation des anti-écolos.

Pour tout savoir sur François de Rugy :

– Recension de ses livres sur le site biosphere :

2012. A quoi peut bien servir un député écolo ?

2015. Ecologie ou gauchisme, il faut choisir !

– Sur notre blog biosphere, son parcour s:

16 novembre 2019, Dialogue avec l’ex-ministre François de Rugy

29 janvier 2019, de Rugy détricote toutes les avancées écologiques

12 septembre 2018, François de Rugy, adepte d’une écologie superficielle

5 septembre 2018, de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir

2 juin 2012, François de Rugy, un député vraiment écolo ?

John KERRY et le CLIMAT, sobriété attendra

La conférence sur le climat s’était achevé le 12 décembre 2014 à Lima , elle était entrée dans l’épais brouillard qui est devenu sa marque de fabrique. Le secrétaire d’Etat John Kerry, n’avait fait qu’un passage éclair à Lima. Aujourd’hui John est l’envoyé spécial de Joe Biden pour le climat, son discours en reste à l’optimisme béat : « Les États-Unis doivent montrer l’exemple… Les multinationales se fixent des objectifs de zéro émission nette [de CO2] en 2050… il y aura tellement d’emplois créés dans le monde,.. Vous allez voir des mesures économiques pour encourager la construction d’un réseau électrique [propre] aux Etats-Unis et il y aura une course considérable vers le véhicule électrique…Bill Gates travaille avec le gouvernement américain pour créer un prototype qui pourra peut-être résoudre les problèmes de fusion et de prolifération des déchets… Nous entrons dans une période extraordinaire de découvertes, qu’il s’agisse de la captation du CO2, d’hydrogène… Je ne sais pas si résoudre la crise climatique se fera par la capture directe du carbone, l’hydrogène, les batteries qui dureront vingt à vingt-cinq jours, mais il y a d’innombrables personnes qui poursuivent ces objectifs à travers toute la planète. »

Les commentaires sur le monde.fr sont à juste titre acerbes :

Zhkarojr : L’un des pays les plus pollueurs au monde prétend qu’il va montrer l’exemple ? Pourquoi pas ? Quand 80% des américains auront abandonné définitivement la voiture et rouleront seulement en bicyclette, on pourra les applaudir des deux mains.

ARNAUD LEPARMENTIER (un des journalistes ayant interviewé Kerry) @ Zhkaroj : C’est le meilleur moyen de se faire dépasser. Ils peuvent très bien faire une bascule technologique. C’est en tous cas leur pari.

PYR : Et le grand représentant du climat d’expliquer que les réponses au dérèglement climatique passent par des solutions technologiques qui n’existent pas ! C’est d’une tristesse.

Louvier : J’ai comme l’impression que ce brave monsieur Kerry ne mesure pas à quel point c’est un changement drastique de modes de vie que de réduire autant ses émissions… Pour lutter contre le changement, c’est pas des mesurettes ni des nouvelles technologies qui le feront à notre place, mais bien des peuples entiers qui doivent prendre conscience de l’enjeu et des changements à opérer. Le but n’est pas de mieux consommer, mais de moins consommer, et ça change tout

noelle.plat2020 : Je pense qu’il faut effectivement MOINS consommer, mais aussi mieux consommer. Je vis aux US et même parmi les « défenseurs » de l’environnement, je n’entends jamais parler de « moins consommer ». Les américains (beaucoup plus que les Européens) sont accros à la consommation et n’accepteraient que très difficilement de se « mettre au régime ». J’aimerais bien entendre Biden (et d’autres) parler de moins consommer, moins bouger, vivre autrement !

Pessicart : Le plan de relance de Biden (1% du PIB mondial injecté) est un sale coup vis à vis du climat car il encourage la consommation.

ChP : C’est effrayant. Quel discours vide qui pose comme principe que les moteurs d’une société 100 % ENR sont les mêmes que ceux de la société actuelle qui sont les énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz. Les entreprises vont rendre la transition écologique irréversible ! (sic), mais le CO2 augmente ! La solution viendra de technologies qui n’existent pas encore, dont la fusion qui, si elle marche, ne sera pas opérationnelle avant 2075/2100. C’est un peu tard !

le sceptique : Kerry indique que la géopolitique du climat ne sera pas le partage de la décroissance, comme certains pouvaient peut-être en rêver, mais la compétition planétaire pour les industries bas-carbone et le captage CO2. Là encore, cela crédibilise le sujet, si vous voyez un financier, un ingénieur et un industriel monter un projet, vous vous attendez à davantage de résultats que si vous voyez une actrice de cinéma, un sociologue et un jardinier en biodynamie faire une pétition.

MEDEFritesMerguez au sceptique : Et pourtant ce sont les jardiniers bio qui vous nourrissent tout en préservant la planète – pas le financier, l’ingénieur et l’industriel… Un jour vous risquez de vous étouffer en mangeant vos euros quand les supermarchés seront vides. Ou de vous faire une tendinite à force d’écrire des âneries. Faites gaffe !

Candel et Fontecave, les lobbyistes d’EDF

Pour Sébastien Candel et Marc Fontecave, « Il est temps de reconsidérer favorablement la place de l’énergie nucléaire en France ». LE MONDE ouvre encore une fois ses colonnes à des nucléocrates : le professeur Candel est président du conseil scientifique d’EDF et le chimiste Fontecave est lui aussi membre du conseil scientifique d’EDF. Leur discours est récurrent, rien de nouveau dans leur parti-pris : « Une augmentation de l’électrification de notre système énergétique est inéluctable… Notre électricité est presque en totalité décarbonée grâce au nucléaire et à l’hydraulique… Le principal défi est celui de l’intermittence des énergies éolienne et solaire… L’acceptabilité sociale d’une réduction de la demande d’énergie n’est pas garantie… Il ressort de cette analyse que, dès 2030, la France ne disposera pas, sans construction de nouveaux moyens pilotables, de suffisamment d’électricité pour satisfaire les demandes de pointe moyennes… Tout indique qu’il est urgent de reconsidérer en France la place de l’énergie nucléaire, seule à même d’assurer sécurité d’approvisionnement, stabilité du réseau, souveraineté énergétique et faibles émissions de CO2. » CQFD !!!

Quand les nucléaristes seront capables de présenter leurs arguments de manière un tant soit peu objective, nous aurons fait un pas en avant. Mais on a ici affaire à la présentation classique : « construire de nouveaux EPR » (ça fait 15 ans qu’on rame pour en mettre un en service), « passer à la 4ème génération » (on y bosse depuis au moins Phénix en 1973…), « le vilain renouvelable utilise trop de terres rares » (là, nos Go Trouvetou ont raté le rapport de l’ADEME), les panneaux solaires et batteries sont condamnés à venir de Chine, etc. Le problème central, c’est que LE MONDE donne la parole à des lobbyistes patentés de façon structurelle, ce qui ressort de nos articles antérieurs sur Fontecave, extraits  :

31 décembre 2018, Marc Fontecave, un pronucléaire en plein délire

Dans une récente tribune au « MONDE », le professeur au Collège de France et membre de l’Académie des sciences Marc Fontecave juge ainsi la pétition « L’Affaire du siècle » : « Attaquer la France en justice est à la fois injuste, idiot et inopérant ». Il a un seul argument : « l’Hexagone, grâce à l’énergie nucléaire, est un leader mondial en matière de limitation des gaz à effet de serre. » Il aurait été préférable que LE MONDE signale aux lecteurs l’appartenance de M. Fontecave au conseil scientifique d’EDF.

26 mars 2014, Prêcheurs d’apocalypse, Ph. Aghion et Marc Fontecave

LE MONDE offre une page entière à deux « experts » qui n’ont qu’une seule chose à dire : la transition  énergétique reposera uniquement sur le nucléaire et le gaz de schiste !