Pour sortir des pièges de la technologie

Les technologies ont envahi notre quotidien, et grignotent à grande vitesse nos modes de vie et libertés. Elles font de nous leurs complices à travers ces objets-pièges, ces objets-espions, ces objets-doudous que nous utilisons chaque jour : téléphones mobiles, ordinateurs, gadgets électroniques… Mais le climat change, les espèces disparaissent, les emplois sûrs et de longue durée sont remplacés par de petits boulots stressants et mal payés : sur Internet, dans les centres d’appel, les Uber, Deliveroo… Le piège se referme, mais nous pouvons lui échapper. Voici une dizaine d’actions légales et sans risque faciles à mettre en œuvre pour affirmer notre singularité face aux GAFA-Microsoft-BATX, qui commandent aujourd’hui aux États, et même au marché :

  • continuer à lire des livres et des journaux papier
  • continuer à envoyer lettres et cartes par la poste
  • continuer à payer par chèque ou en espèces, fuir le sans-contact
  • boycotter les caisses électroniques pour régler nos achats en magasin (et expliquer que passer par elles, c’est justifier le licenciement de personnel)
  • limiter notre utilisation du smartphone, de l’ordinateur, et le temps passé sur Internet (réseaux-sociaux…)
  • réduire nos achats (surtout lointains par Internet) et conserver nos matériels dans la durée (voiture, électro-ménager, high-tech)
  • ne pas donner son avis après un achat ou évaluer une prestation de service
  • refuser la 5 G
  • privilégier les transports en commun (bus, car, train), le vélo ou la marche pour se déplacer
  • restreindre notre consommation de viande et compenser par celle des légumineuses (riz, lentilles, pois chiches, haricots…)
  • en règle générale, fuir puces électroniques, RFID, implants, interconnexion des données ; éviter robots et assistants

Il n’est pas interdit, enfin, d’aller un peu plus loin en se regroupant, pétitionnant ou écrivant aux élus, pour réclamer un véritable « droit à la non-connexion » des personnes qui ne souhaitent pas utiliser Internet pour effectuer les démarches administratives ou payer les impôts.

Olivier Gabriel (association TECHNOlogos)… pour en savoir plus sur ce blog biosphere :

14 septembre 2017, Technologos contre la numérisation de l’éducation

1er octobre 2017, BIOSPHERE-INFO présente l’association TECHNOlogos

1er octobre 2016, BIOSPHERE-INFO, sur la « science sans conscience »

27 juin 2015, Technologos : résistons à la démesure technicienne

10 octobre 2014, Résilience, un passage nécessaire par les low tech

3 septembre 2014, Colloque TECHNOlogos, discours critique sur la technique

25 novembre 2012, Esclaves de la technique, nous glorifions notre maître

Covid-19, les mécanismes boursiers mis à nu

Les principales places boursières européennes se sont effondrées jeudi, peu convaincues par les annonces de la Banque centrale européenne. Wall Street a également connu sa pire séance depuis 1987. Rappelons notre article, Avertissement aux boursicoteurs du 7 juillet 2019 :

Avertissement aux boursicoteurs, la fin de leur monde approche. Ces dernières années, le PIB mondial progresse de près de 3 % l’an, un doublement tous les 23 ans environ, une impossibilité majeure alors qu’on puise déjà dans notre capital naturel (cf. calcul de l’empreinte écologique). Rappelons que la bourse n’a presque plus rien à voir avec la valeur réelle des entreprises, c’est un jeu d’argent comme cela se pratique dans un casino. Rappelons-nous l’amoncellement des dettes avant le krach boursier de 1929 dont on n’est sorti que « grâce » à une guerre mondiale. Le boursicoteur pense à très court terme, la planète nous attend au tournant, elle a le temps ! Voici quelques précisons.

Aujourd’hui (juillet 2019) c’est l’euphorie, Wall Street vit le plus long cycle de hausse de son histoire, les banques centrales ont réduit artificiellement les charges d’intérêt de la dette avec les taux bas, on est en plein « paradoxe de la tranquillité ». Ce moment théorisé par Hyman Minsky, où il suffirait d’un choc sur la croissance ou sur les taux pour que tous les problèmes se révèlent. Depuis la crise des subprimes de 2008, les entreprises et des Etats ont largement profité des très bas leurs taux directeurs et multiplié les liquidités comme les petits pains.Les bulles spéculatives gonflent, l’écart entre l’économie réelle et la valorisation des actifs s’approfondit. Le succès des prêts à effet de levier (accordés à des entreprises très endettées) depuis cinq ans aux Etats-Unis illustre l’évolution vers les actifs plus risqués. Résultat : l’endettement mondial a augmenté d’environ 50 % depuis dix ans. La dette totale (publique et privée) mondiale représente aujourd’hui 234 % du PIB, contre 208 % en 2008. Qui pourra rembourser cette dette, personne. La mathématisation extrême de la finance, bardée d’instruments informatiques de trading à haute fréquence (des centaines d’ordres passés par un unique opérateur en l’espace d’une fraction de seconde), a rendu les marchés fondamentalement instables et volatils. Ils ont perdu toute faculté à délivrer la moindre information sur l’état du monde réel. Le battement des ailes d’un papillon à l’autre bout du monde peut alors entraîner un affolement général. Ce sera le krach boursier qui remettra les pendules à l’heure, mais l’activité des entreprises s’en ressentira durement, le chômage explosera…

Après le choc boursier provoqué aujourd’hui par le Covid-19, les réactions sur lemonde.fr* confirment notre analyse passée :

Mister Z : Pire journée de l’histoire ? Peut être simplement parce que ce krach a été précédé de la pire période de spéculation effrénée, et la plus longue, non ?

Jacofee : Les mouvements de la bourse ne font pas peur aux traders. Ces derniers ne détiennent aucun titre ni aucun produit financier plus d’une journée. Ils démarrent à zéro le matin et finissent de même le soir. Les opérations réalisées en journée se soldent en bénéfice ou perte indépendamment du sens de l’évolution des prix. Plus il y a de mouvement à la hausse ou la baisse et plus ils font d’affaires. Une bonne journée est donc une journée mouvementée, dans un sens ou dans l’autre. Quant aux fonds spéculatifs, ils ont tous les outils pour tirer parti de la situation et ne s’en privent pas. La baisse des cours est un marché aux bonnes affaires. Par contre, les entreprises qui voient leurs réserves fondre comme neige au soleil risquent de ne pas terminer le mois. Cette situation peut être très rapidement source d’un chômage massif. Les travailleurs craignent pour leur emploi.

J.Dupont69 : Les subprimes par ici, le coronavirus par là. Je suis étonné que le dernier prout de Trump n’est pas provoqué un « séisme » économique. Le système (délocalisation à outrance, économie virtuelle) dans lequel nous vivons est à bout de souffle, c’est un cadavre que l’on maintient en vie. Il a permis à quelques roublards bien placés de s’enrichir grassement sur le dos de populations exploitées (Chine, Inde, Bangladesh etc…), mais il faut revenir à la réalité : les ressources ne sont pas infinies et on ne peut tout déplacer d’un point à l’autre du globe sans prise de risque. Il faut revenir à une consommation locale (idéalement régionale), rapatrier les industries délocalisées pour les réinstaller en région, recalculer les prix quant à la valeurs réelles (non, on ne peut pas avoir deux bagnoles, trois smartphones, deux tablettes et trois ordi dans un même foyer).
Il faut changer dès maintenant. Ou la prochaine tarte à la crème en 2030 sera violente.

Une flâneuse : Quand je pense qu’il y quelques semaines on s’efforçait de convaincre les Français de placer leurs économies en bourse pour capitaliser pour leur retraite… Plouf, la tasse.

Sapiens : C’est stupéfiant la perception qu’on les gens de ce qui est en train de se passer sur les marchés financiers dont les conséquences seront infiniment plus regrettables que celle du coronavirus. En voulant lutter contre un virus qui ne fait que peu de morts, on va sacrifier l’économie avec des conséquences incalculables .
Peu importe que vous ayez des actions ou non…quand les taux remonteront et ils vont remonter, quand l’économie va se figer…que pensez-vous qu’il va arriver aux recettes de l’état et sur le coût budgétaire d’un endettement qui représente plus de 100% du PIB.

JFA : Un virus vient semer la panique dans le monde des affaires. C’est triste, mais ça m’amuse. Je vois la situation climatique se dégrader à une vitesse folle, et rien ne se passe, même les gens qui ont voté écolo continuent à prendre leur voiture pour aller acheter leur pain à 100 m de chez eux. J’imagine la panique quand, dans une décennie tout au plus, il deviendra indispensable de tout arrêter dans l’urgence parce que notre incurie aura atteint la catastrophe et qu’il n’y aura plus aucun moyen d’y échapper.

As1 : Je me fais la même réflexion. Mais le problème semble insoluble. On voit bien que la moindre baisse d’activité a des conséquences économiques désastreuses et immédiatement bien trop douloureuse pour les populations, alors même que quand tout va bien, on fonce vers le désastre écologique. Je crois que tout le monde le sait, mais que le déni est le seul moyen de continuer à vivre, sans avoir à se reprocher chaque jour de ne pas se contenter d’élever des chèvres et de se laver à l’eau froide.

* LE MONDE du 13 mars 2020, Coronavirus : krach boursier en Europe et à Wall Street, pire journée de l’histoire pour la Bourse de Paris

Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

Les militants de la décroissance l’ont rêvé, le coronavirus l’a fait : l’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits au strict minimum, les voyages par avion sont supprimés, les enfants restent en famille chez eux, le foot spectacle se joue à huis clos, et même les gouvernements sont en danger.

La Bourse de Paris a vécu, jeudi 12 mars, la pire journée de son histoire en subissant une chute de − 12,28 %, à l’image des principales places européennes, qui se sont toutes effondrées, provoquant un krach boursier historique. Wall Street s’est également effondrée de 7,3 % (Dow Jones) à l’ouverture, ce qui a provoqué une interruption automatique des échanges. La BCE constate une « considérable aggravation des perspectives de croissance ». Lors de la crise financière de 2008, la panique avait finalement été enrayée quand les leaders du G20, les principales économies de la planète, avaient réussi à se coordonner. Leur front commun s’était avéré décisif. Pour l’instant, les réactions en ordre dispersé face à la pandémie de Covid-19 accentuent la panique et rendent inaudibles les plans de secours. L’Autriche et la Hongrie ont interdit les rassemblements fermés de plus de 100 personnes et ceux dépassant 500 personnes en extérieur. Les Pays-Bas ont interdit les rassemblements de plus de 100 personnes, la République tchèque de plus de 30. En Italie, comme à Chypre, tout rassemblement est prohibé. L’Italie a ordonné à ses habitants de rester chez eux jusqu’au 3 avril ; on ne peut sortir que pour aller travailler, se faire soigner ou acheter à manger ; 12 462 cas de coronavirus sont confirmés, les rues sont désormais quasiment désertes. Toutes les écoles et universités sont fermées jusqu’au 3 avril en Italie et jusqu’au 25 mars en Pologne et en Grèce. En France tous les établissements scolaires sont fermés à partir du lundi 16 mars. Des aéroports ferment déjà ici et là. Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a annoncé, mercredi, la suspension pour trente jours à partir de vendredi de tous les voyages d’étrangers de l’Europe vers les États-Unis. Certains matchs de foot se sont tenus à huis clos, les championnats italien et espagnol, avaient choisi une suspension provisoire. Désormais, la menace d’un arrêt total des compétitions de football gagne du terrain. L’ensemble du gouvernement espagnol s’est soumis jeudi au test de dépistage du Covid-19 après qu’une ministre s’est révélée être l’une des quelque 3 000 personnes contaminées dans le pays…

Le coronavirus mauvais pour l’homme et très bon pour la planète. Certains spécialistes soulignent les bénéfices majeurs de cette crise du Coronavirus. Pour nombre d’écologistes la santé de la planète doit passer par une décroissance économique (contrainte plutôt que forcée). Une carte, publiée par la Nasa, montre lla différence entre les émissions de dioxyde d’azote   du 1er au 20 janvier et celles du 10 au 25 février 2020…

LEVI’S sur mediapart : Avec la mise en quarantaine, chacun se met en mode “pause” et se réapproprie du temps. Mais le temps, ce n’est pas de l’argent, c’est de l’énergie disponible. Pour une fois, nous pouvons mettre le nez à la fenêtre et observer le décor charmant d’une Nature qui se réveille après un hiver qui n’en a plus que le nom. Nous avons atteint, et même dépassé, nos limites pour créer un Système qui nous plonge dans la peur et l’individualisme à outrance. Les frontières se referment, les ponts-levis se relèvent pour rétablir les forteresses et on pille les greniers pour anticiper sa propre faim. La guerre civile nous guette pour engendrer le pire…

Tout savoir sur le coronavirus

Communication gouvernementale : Les Coronavirus sont une grande famille de virus, qui provoquent des maladies allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des Coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le MERS-COV ou le SRAS. Le virus identifié en janvier 2020 en Chine est un nouveau Coronavirus. La maladie provoquée par ce Coronavirus a été nommée COVID-19 par l’Organisation mondiale de la Santé – OMS. Depuis le 11 mars 2020, l’OMS qualifie la situation mondiale du COVID-19 de pandémie ; c’est-à-dire que l’épidémie touche désormais 110 pays sur une zone étendue. Les symptômes principaux sont la fièvre ou la sensation de fièvre et des signes de difficultés respiratoires de type toux ou essoufflement. La maladie se transmet par les postillons (éternuements, toux). On considère donc qu’un contact étroit avec une personne malade est nécessaire pour transmettre la maladie : même lieu de vie, contact direct à moins d’un mètre lors d’une toux, d’un éternuement ou une discussion en l’absence de mesures de protection. Un des vecteurs privilégiés de la transmission du virus est le contact des mains non lavées.

Mieux connaître les virus avec wikipedia : Tout être vivant peut être infecté par un virus. Il existe des virus de bactéries, des virus d’archées, des virus d’algues, des virus de plantes, des virus fongiques, des virus d’animaux et même des virus de virus. Les maladies virales comme la rage, la fièvre jaune ou la variole affectent l’Homme depuis des siècles. À la fin du XIXe siècle, la conception d’agents infectieux que l’on ne pût déceler au microscope optique était encore difficile. Le virus de la fièvre jaune est le premier virus pathogène de l’Homme identifié entre 1900 et 1902. Louis Pasteur les nomma « infrabactéries », d’autres les qualifièrent de « virus filtrants ». Vers 1925, un virus était défini comme un « agent responsable d’une maladie infectieuse, parasite et de taille comprise entre 0,01 et 0,3 micromètre ». L’apparition de la microscopie électronique dans les années 1930 permit l’observation des virus, mais on ne savait toujours pas à cette époque ce qu’ils étaient réellement. On caractérise un virus par son incapacité à se reproduire par mitose, par scissiparité ou par méiose. Placés en suspension dans un milieu de culture, ils ne peuvent ni métaboliser, ni produire ou utiliser de l’énergie, ni croître, ni se multiplier, toutes fonctions communes aux êtres vivants. Pour répliquer son acide nucléique, il dépend d’une cellule hôte qu’il doit infecter pour détourner et utiliser son métabolisme : un virus est nécessairement un parasite intracellulaire. Le débat sur le caractère vivant ou inerte des virus reste encore aujourd’hui ouvert. Les génomes des virus ne comportent que de quelques gènes à 1 200 gènes. Les concentrations en virus dans l’eau de mer sont de l’ordre de dix mille virus par millimètre cube. Environ 20% des organismes constituant la biomasse microbienne océanique totale est tuée par des virus. La recherche actuelle estime que dans le corps humain il y a 100 fois plus de virus que de cellules humaines

En 2018, on recense 129 espèces de virus impliqués dans des maladies humaines. Le rhume, la grippe, la varicelle, la rougeole, la mononucléose infectieuse sont des exemples de pathologies humaines relativement courantes d’origine virale. On connaît d’autres exemples plus nocifs comme le SIDA, le SRAS, la grippe aviaire, la variole, ou la fièvre hémorragique causées par le virus Ebola. Caractéristiques d’un virus dangereux :

  • transmission respiratoire ;
  • taux de reproduction de base supérieure à 2 ;
  • taux de mortalité supérieur à 1/1000 ;
  • temps de génération inférieure à trois jours ;
  • contagion avant l’apparition des symptômes.

Étant donné que les virus utilisent la machinerie cellulaire de l’hôte pour se reproduire à l’intérieur même de la cellule, il est difficile de les éliminer sans tuer la cellule hôte. Des médicaments antiviraux permettent cependant de perturber la réplication du virus. Une autre approche est la vaccination qui permet de résister à l’infection. Les antibiotiques sont sans effet sur les virus. Les antibiotiques interfèrent seulement avec le métabolisme des bactéries et ne permettent pas de traiter les maladies d’origine virale.

Écologue ET écologiste en même temps !

« Suis-je écologue ou écologiste, scientifique dans sa bulle ou politiquement engagé ? » Comme d’autres scientifiques, Franck Courchamp est en pleine crise existentielle : « Pendant des années, j’observais la destruction de la biodiversité de manière neutre, comme un chercheur en médecine verrait une maladie : pour étudier les dysfonctionnements du corps humain Aujourd’hui, je vis très mal cet effondrement du vivant et j’ai décidé de m’engager… Je ne sais pas si c’est notre rôle de résoudre les problèmes environnementaux, mais c’est peut-être notre devoir…  Cela me mettrait mal à l’aise en tant que citoyen de ne pas agir, mais cela me met mal à l’aise en tant que scientifique d’agir, car je risque de perdre de la crédibilité indispensables à mon travail. » Cette ambivalence, que Franck Courchamp désigne comme « la bipolarité de l’écologue », s’applique à d’autres disciplines académiques. Pour un nombre croissant de climatologues, de biologistes, d’agronomes ou d’astronomes, la production de connaissances pour leur seul intérêt scientifique ne suffit plus, alors que les glaciers fondent, la mer monte, les espèces s’éteignent et les événements extrêmes se multiplient. Et que la société, toujours plus inquiète, leur demande des réponses à la crise. La tentation est alors forte de sortir des laboratoires pour investir l’agora.* Quelques controverses sur lemonde.fr :

MrFred : Quand la moitié des Sciences de la Terre sont financés par Total et consort, on s’étonne de décrire les scientifiques comme neutres. Ils sont au contraire une partie prenante du changement climatique.

C H Dontenwille : Pour qu’une science reste rationnelle, vérifiable, elle doit rester descriptive et non prescriptive, et ne peut pas faire de prospective sérieuse, par exemple. Selon Bourdieu, le scientifique doit effacer ses opinions dans ses travaux, puis laisser son autorité scientifique derrière lui lorsqu’il s’engage … sous peine d’être entraîné dans la perte de crédibilité qui entache les polémistes.

Frog : La neutralité de la science est bien aussi illusoire que la neutralité de la presse. Toute parole, toute recherche nécessite un angle avec un regard humain. Ce qui ne change rien aux faits objectifs. Mais quand on constate que la terre est au bord de la destruction, il est normal en tant qu’être humain qu’on s’en inquiète. Et si je puis me permettre, ceux qui détruisent l’environnement, eux, ne se posent pas tant de questions morales ! Se disent-il « ah mais ce n’est pas mon rôle de pomper le pétrole jusqu’au dernier litre » ? « Ai-je bien le droit de vendre des produits dont personne n’a besoin et qui rendent malades les êtres vivants » ? Evidemment non. Alors la pureté face à ça, ça nous fait une belle jambe. Le propre de l’humain est d’avoir des convictions.

Untel : Triste mélange, mais favorisé par le laxisme des pairs qui admettent ou ferment les yeux sur une telle dérive. Normalement il faudrait virer les militants de la science, d’un coup de botte bien placé.

JDL : Je suis scientifique en écologie et ce ne sont ni des coups ni des bruits de bottes qui feront faiblir mon engagement citoyen, sauf a considérer qu’être payé par vos et nos impôts ne donne aucune éthique ni aucun devoir…

-Alazon- : Escroquerie à la science : voilà le bon terme pour désigner cette tendance récente qui consiste à se parer de ses titres académiques pour défendre une position militante. L’exemple le plus caricatural est Aurélien Barrau, astrophysicien qui utilise son titre pour promouvoir ses idées sur un sujet (la régulation du CO2) sans lien sérieux avec sa discipline. C’est un travestissement des opinions en savoir. Les scientifiques sont là pour expliquer les résultats scientifiques (par exemple il y a un réchauffement climatique), ils ne prescrivent pas ce qu’il faut faire face au réchauffement climatique. Cela, c’est du strict ressort du politique.

Aurélien Barrau, astrophysicien: « La vie périclite sur Terre et l’on se demande s’il est bien raisonnable que les scientifiques interviennent dans le débat public. C’est scandaleux de se poser cette question »

CFranck : En tant que scientifique et militant, je suis complètement d’accord sur le biais que le militantisme peut finir par créer sur la démarche et la recherche scientifique. Il faut que les scientifiques ne parlent en expert que dans les domaines où ils le sont. Sinon il finiront par décrédibiliser d’avantage l’ensemble des scientifiques. Un scientifique ne peut pas être un militant social au nom de la science sauf pour la défendre…

Vincent Devictor, directeur de recherche (CNRS) : Neutralité scientifique et devoir de réserve, il y voit des principes qui favorisent l’« autocensure » et un « manque de courage » de la communauté des écologues.

Christophe Cassou, climatologue : « Il s’agit de présenter les faits et leur niveau de certitude, d’expliquer qu’ils sont obtenus dans la rigueur de la démarche scientifique, puis de dresser l’ensemble du panel des solutions à la crise climatique. Dès qu’on communique, on devient impliqué. » Cet engagement se traduit d’abord dans la vulgarisation, l’une des missions dévolues aux scientifiques. Dans leurs prises de parole, certains scientifiques choisissent de s’en tenir à leur domaine d’expertise, tandis que d’autres considèrent qu’il faut s’aventurer au-delà, l’ampleur de la crise environnementale nécessitant une vision d’ensemble et une réponse globale. »

Christophe Bonneuil, historien des sciences : « Les scientifiques ont toujours été engagés dans la société, qu’il s’agisse, depuis la seconde guerre mondiale, de défendre la paix, l’avortement ou de dénoncer le nucléaire. Ce qui est nouveau, depuis un an, c’est que les chercheurs, dans leurs pétitions, n’appellent plus seulement les autorités à agir face à la crise, mais soutiennent également les grèves climatiques et l’action directe. » A ses yeux, tous sont engagés même s’ils ne le reconnaissent pas : « Les scientifiques, via les financements publics, sont encouragés à travailler avec l’industrie, les militaires, mais jamais avec le monde associatif. Or la première position n’est pas neutre. » Il émet l’hypothèse que « la perte de légitimité d’un Etat, qui ne remplit plus ses fonctions régaliennes de sécurisation des personnes, par défaut d’action à la hauteur de l’urgence climatique, conduit des chercheurs fonctionnaires à se désolidariser, à faire un pas de côté ».

Atécopol va plus loin que celui du GIEC, qui s’interdit d’être prescriptif : « On assume de dire que la poursuite d’une croissance économique à tout prix est incompatible avec la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C et la préservation de la biodiversité. Les recherches menées pour développer les techniques, accroître la croissance ou le progrès ne sont pas neutres, c’est juste qu’elles bousculent moins la société. Et qu’elles questionnent moins les scientifiques. » A l’illusion de la neutralité, il faut opposer d’autres vertus comme l’impartialité et l’objectivité.

* LE MONDE du 11 mars 2020, Savants ou militants ? Le dilemme des chercheurs face à la crise écologique

Covid-19, nécessité d’un triage médical

Urgence, pas toujours la même tous. Lors d’un accident « standard », il y a une équipe de deux ou trois personnes pour s’occuper de la victime. Dans une situation à multiples victimes, il y a a plus de victimes que d’intervenants. Un triage médical* devient alors nécessaire, notamment en cas de guerre ou de catastrophe de grande ampleur. Les degrés de priorité déterminent l’ordre dans lequel les patients vont être traités et évacués. La pandémie au coronavirus en Italie pose le problème de qui doit vivre et qui doit mourir.

Avec plus de 1 800 cas supplémentaires diagnostiqués en vingt-quatre heures et 97 morts, ce qui porte le nombre de décès à 463, c’est tout le système sanitaire italien qui menace de s’effondrer. Le nombre de nouveaux cas croît de 25 % à 30 % par jour, à un rythme très supérieur aux nouveaux moyens mobilisables. « L’un des meilleurs systèmes de santé au monde, celui de la Lombardie, est à deux pas de l’effondrement », explique le docteur Antonio Pesenti dans une interview au quotidien milanais Il Corriere della Sera. « Nous faisons de notre mieux, mais sommes dans une situation de pénurie », reconnaît le docteur Matteo Bassetti, qui dirige le service des maladies infectieuses à Gênes. « Nous les réserverons aux patients qui ont le plus de chance d’en bénéficier », poursuit le médecin. Pour accompagner les médecins réanimateurs dans leurs décisions, des recommandations éthiques ont été publiées ce week-end. L’objectif est « d’assurer un traitement intensif aux patients ayant les plus grandes chances de succès thérapeutique : il s’agit donc de donner la priorité à l’espérance de vie », estime la Société italienne des réanimateurs. Il n’est plus possible, dans un tel contexte, d’appliquer la règle du « premier arrivé, premier servi ». La situation est d’autant plus tendue que le nombre de respirateurs artificiels est limité. « C’est un cauchemar, lâche le docteur Matteo Bassetti. Nous avons beaucoup de patients âgés avec des comorbidités, mais nous avons aussi beaucoup de patients plus jeunes, qui souffrent de pneumonies avec une insuffisance respiratoire », ce qui requiert « une ventilation pendant une semaine ou deux ». A Bergame, tout près de l’épicentre de l’infection, les médecins se retrouvent « à devoir décider du sort d’êtres humains, à grande échelle », témoigne le docteur Christian Salaroli, réanimateur. « Pour l’instant, je dors la nuit. Parce que je sais que le choix est basé sur l’hypothèse que quelqu’un, presque toujours plus jeune, est plus susceptible de survivre que l’autre. C’est au moins une consolation. » Ce médecin décrit « une médecine de guerre », dont l’objectif est de « sauver la peau » du plus grand nombre.**

Une recherche « urgence tri hôpital » sur google donne 4 570 000 personnes ; c’est dire son importance. Les malades qui se précipitent aux urgence d’un hôpital trouvent le temps d’attente bien long, mais ils ont rarement conscience qu’ils font l’objet d’un tri, le premier arrivé n’est pas automatiquement le premier servi. Pour la première fois aujourd’hui, grâce au Covid-19, notre société d’abondance se retrouve dans un état de tri généralisé, mais au lieu de réfugiés sur les routes, il y a obligation de confinement. La situation actuelle est à l’image du monde de demain, une société de pénurie sur une planète souillée et exsangue. Yves Cochet a même exprimé l’idée que la tâche principale des politiciens serait de réduire au maximum le nombre de morts. Puisse la sobriété être partagée équitablement et qu’il n’y ait plus de tri entre puissants et misérables….

* https://fr.wikipedia.org/wiki/Triage_m%C3%A9dical

** AFP 10 mars 2020, Face au coronavirus, l’Italie étend les mesures d’isolement à tout son territoire

Contre les exportations française d’armement

Cocorico, la France est sur le podium, troisième place du marché mondial des ventes d’armement : 7,9 % des exportations de missiles, avions de chasse et navires de guerre sur la période allant de 2015 à 2019 : un record depuis 1990 selon l’Institut international de recherche pour la paix. L’article du MONDE* est dithyrambique : « La France n’en finit pas de grignoter année après année une part croissante du marché mondial de l’armement… Les ventes d’armement tricolore ont grimpé de 72 % par rapport à la période comprise entre 2010 et 2014. Ce bond spectaculaire reflète les succès commerciaux en Egypte, en Inde, au Brésil, en Malaisie, aux Emirats arabes unis. Ces contrats exports sont importants pour la balance commerciale de la France et indispensables pour sa sécurité. Sans les ventes à l’Egypte ou au Qatar, la France n’aurait pas les moyens de mettre à la disposition de ses forces armées les équipements les plus performants et innovants. Sauf à les acheter aux Etats-Unis, ce qui limiterait sa souveraineté… » LE MONDE reste le quotidien du business as usual. Nos articles antérieurs font la critique de ce que vante tant le MONDE, le bellicisme.

23 février 2017, exportation d’armements, inconscience humaine

Sur ce blog biosphere, nous sommes très clair. Toute vente d’armes à des pays tiers est une erreur stratégique, toute intervention militaire à l’extérieur des frontières est une erreur tactique, toute résolution des conflits par la force armée ne résout d’aucune manière les problèmes de fond : surpopulation, absence d’autonomie alimentaire, inégalités sociales croissantes, extrême dépendance aux ressources fossiles, multiplication des conflits armés sur une planète exsangue… Une des revendications de l’écologie politique devrait être l’arrêt des exportations d’armement, de façon unilatérale pour la France puisqu’il ne faut pas s’attendre à ce que les autres commencent. Mais nous n’avons pas connaissance d’un seul des programmes des présidentiables 2017 qui aborde de près ou de loin le domaine militaro-commercial.

31 janvier 2014, Exportation d’armes, signe de notre bêtise suprême

extraits : Il faut vraiment être tordu pour se réjouir des exportations françaises d’armement. C’est pourtant ce que fait un article du MONDE* : « 6,3 milliards d’euros d’exportation d’armements en 2013…

5 juillet 2012, la France arrête d’exporter des armes, un projet écolo

extraits : Il existe aujourd’hui des dispositions mondiales régissant le commerce des os de dinosaures, mais pas celui des chars !…

6 juin 2008, armes contre pétrole

extraits : La France pense à son approvisionnement en pétrole, ses principaux acheteurs d’explosifs en tous genres sont les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite (LeMonde du 6.06.2008)…

nihaho sur lemonde.fr : si on vend des armes, il ne faut pas s’émouvoir que nos clients se foutent sur la tronche et que tel partie du monde est instable. Et j’ai du mal avec les commentaires qui au nom de l’économie et de la prospérité du pays gnagnagna n’ont que faire des gosses qui se prennent les bombes dessus.

Urge : Plus de 100 000 bébés meurent chaque année des suites d’un conflit armé, conclut un rapport de l’ONG Save the Children (le Monde) … Hors-sujet !

Citoyen P : Expliquez-nous pourquoi nos Rafales ne sont achetés que par des régimes autoritaires ? Je vais vous le dire, les dirigeants de ses pays sont corruptibles et il faut arroser les dirigeants ou leurs entourages pour décrocher des contrats

enowie : Nous sommes dans un pays dont l’économie est valorisante : 1er dans le luxe, 3ème en armement. Pourquoi nous imposaient une austérité budgétaire.

Schweik @ enowie : On pourrait faire bien mieux : avec nos magnifiques terres agricoles je vois une superproduction de pavots et de cannabis. On pourrait subvenir aux  »besoins » de drogue de toute la planète; les cartels sud américains de coca seraient ridicules.

yeux ouverts : À quoi bon ? On en restera au niveau de l’ironie. Aucun gouvernement, je dis bien aucun gouvernement, ne renoncerait à la manne financière et aux emplois de cette industrie, ni à l’accès aux technologies de pointe qu’elle autorise pour notre défense…

MICHEL SOURROUILLE : « Si tu veux la paix prépare la guerre ! » C’est le mot d’ordre de cet article du MONDE. Détestable. Il n’y a qu’un seul mot d’ordre à médiatiser, « si tu veux la paix, prépare la paix » : arrêt des exportations d’armes, désarmement nucléaire unilatéral de la France, remplacement du service militaire par un service civil d’objecteurs de conscience opposés en toute circonstances à l’usage collectif des armes…. Ce n’est pas parce que ce projet est à l’heure actuelle utopique qu’il est irréaliste, l’utopie est faite pour qu’elle devienne une réalité…

* LE MONDE du 10 mars 2020, La France s’affirme comme le troisième exportateur mondial d’armement

acte 6, sauver le climat avec 150 citoyens ?

150 Français tirés au sort ont débattu du 6 au 8 mars 2020 de cent cinquante propositions destinées à « changer en profondeur la société ». Ces lycéens, médecins, sapeurs-pompiers ou agriculteurs, âgés de 16 à 81 ans et originaires de toutes les régions françaises, ont auditionné plus d’un centaine d’experts, lu des dizaines de rapports, et poursuivi leurs travaux entre les sessions, en participant à des webinaires (« séminaires par Internet »). Les antagonismes ont été particulièrement vifs sur la question de la réduction de la vitesse sur les autoroutes, de l’évolution des régimes alimentaires, de la taxation des entreprises… Mais aussi sur la question de la réduction du temps de travail. A l’inverse, l’idée d’inscrire l’écocide et les limites planétaires dans la loi a suscité une ovation. De toute façon le financement est le grand absent des débats. L’avis de la majorité silencieuse, qui n’est pas intervenue lors des débats, s’exprimera lors du vote final à bulletin secret ; seule une quinzaine de personnes (soit 10 % seulement) ont pris très fréquemment la parole en plénière. Certains citoyens craignent que leurs mesures « deviennent impopulaires, car portées par un gouvernement impopulaire ». Pour préserver leur héritage, certains membres ont créé une association qui a déjà recueilli une centaine d’adhésions au sein de la convention. « Quand nous remettrons nos mesures à l’exécutif, nous montrerons que nous restons vigilants par rapport à ce qui en est fait », explique Grégoire Fraty, et de se féliciter : « Dans un mois, ce sera la fin de la convention, mais pas des cent cinquante. »*

Pour en savoir plus, Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

* LE MONDE du 10 mars 2020, Les citoyens de la convention pour le climat engagés dans un sprint final

Pandémie Covid-19, la faute à la surpopulation

On dit aujourd’hui que la pauvreté est la première cause de mort des victimes des pandémies. Oui la pauvreté aggrave une pandémie. Et l’eau mouille. Et le feu brûle. Mais les causes premières sont ailleurs ; la pauvreté elle-même est due principalement à la surpopulation. C’est une conséquence : trop d’enfants, d’où pauvreté, ce qui veut dire encore plus d’enfants, donc toujours plus de miséreux. C’est ce que l’on appelle une causalité circulaire. Selon qu’on s’intéresse à un moment ou un autre de la boucle, on privilégiera telle ou telle cause en vain. Autre enchaînement de circonstances, la fin des épidémies explique pour une part l’explosion démographique, mais la surpopulation implique des risques croissants d’épidémie. En effet la concentration humaine accentue les risques de contamination. L’épicentre du coronavirus actuel, la ville de Wuhan, a été obligé à mettre en quarantaine 11 millions d’habitants. Comment croire qu’avec une telle masse de gens, le syndrome respiratoire aigu (SRAS) n’allait pas se répandre sur toute la planète et toucher d’autres concentrations humaines. Quelques précisions :

Le Covid-19, dont on dénombre déjà plus de 100 000 cas confirmés et plus de 3 200 décès dans le monde, se présente comme un syndrome grippal. La grippe saisonnière fait globalement plus de morts (jusqu’à 650 000 décès par an) car elle touche bien plus d’individus. Mais le virus n’a pas dit son dernier mot. L’épidémie de grippe espagnole, en 1918-1919, tua de 30 à 100 millions de personnes dans le monde. Les plus grandes pertes ont touché les pays par ordre de surpopulation décroissante : l’Inde (18,5 millions de morts, soit 6 % de la population), la Chine (4 à 9,5 millions de morts selon les estimations, soit 0,8 à 2 % de la population) et l’Europe (2,3 millions de morts, soit 0,5 % de la population). Sa morbidité (la proportion de la population infectée) était exceptionnelle, dépassant couramment 20 % de la population, avec des records à 80 %. Cependant le taux de reproduction de base ou « R0 », n’est pas une valeur constante et les mesures de distanciation sociale et de quarantaine ont un impact sur la chaîne de transmission. Ce sont les armées en campagne qui ont propagé le virus de la grippe espagnole, ce sont les facilités de déplacement par les trains et avions qui facilitent la propagation actuelle du Covid-19. La létalité en 1918-1919 (la proportion de décès parmi les malades) dépassait souvent 3 % dans les groupes les plus touchés. Dans le cas du Covid-19, les variations sont comprises entre 2 % et 4 %, selon les régions. Le Covid-19, comme la grippe, est une infection respiratoire transmise par le biais de gouttelettes émises par une personne infectée, inhalées, et en portant à son visage sa main après contact avec le virus. Nous échappons à une transmission aérienne sous forme d’aérosol comme cela existe pour la rougeole, ce qui entraînerait une véritable hécatombe.

Nous évitons aujourd’hui une mortalité importante grâce à tous nos moyens de communication et d’organisation complétés parle savoir-faire de nos services de santé et d’hygiène. Pourtant chaque jour, 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent de maladies et près de la moitié des habitants de la planète (soit 3,4 milliards d’individus)sont confrontée à de grandes difficultés pour satisfaire leurs besoins élémentaires. Pour l’avenir, les perspectives sont encore plus sombres car la surpopulation a pour corollaire une surexploitation des ressources, ce qui va entraîner la pénurie, d’où une décroissance forcée de nos sociétés thermo-industrielles. La sobriété imposée sera associée à des situations de limitations de soins et d’augmentations des risques. Nous avons refusé pendant plus de deux siècles d’écouter le message de Malthus appelant à une maîtrise de notre fécondité. Épidémies, guerres et famine se chargent de nous rappeler aux réalités bio-physiques de la planète : toute espèce même humaine ne peut dépasser impunément par son nombre les capacités de son milieu de vie.

Pour en savoir plus, https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/05/quelles-differences-entre-le-coronavirus-et-la-grippe_6031939_3244.html

Écoféminisme et question démographique

8 mars, Journée internationale des femmes depuis 1977… Ont-elles un rôle particulier à jouer en matière de maîtrise de la fécondité ? C’est ce que pense Gwennyn Tanguy, conférencière spécialisée sur les questions de transition énergétique, d’effondrement, de régulation démographique et d’écoféminisme. Son discours :

« Admettons que pour certains.es lecteur.lectrices, le calvaire de l’épilation, la torture de la chirurgie esthétique et l’astreinte quotidienne du maquillage/coiffage/habillement soient des épiphénomènes sans importance, et traitons à présent d’un sujet fondamental pour l’ensemble des êtres vivants : la reproduction.

Face aux catastrophes écologiques en cours, nombre de scientifiques ont récemment invité à réguler la démographie mondiale. Afin qu’il n’y ait aucun malentendu, rappelons que la dégradation catastrophique de la biosphère est essentiellement due à la surconsommation des pays développés. L’urgence et la gravité de la situation sont telles qu’il faut agir, à l’échelle mondiale, sur deux tableaux en parallèle : la réduction démographique et le plafonnement du niveau de consommation par personne à un niveau inférieur à la moyenne de celui, par exemple, des Français. La régulation de la population humaine mondiale est un des principaux leviers pour préserver la biosphère. Deux moyens d’atteindre cet objectif sont mis en avant : donner accès à tout.tes aux études et à la contraception. Je rajouterai volontiers un troisième moyen, applicables dans les pays où les deux précédentes mesures sont déjà en place : sortir de la culture nataliste. C’est-à-dire cesser de mettre la pression sur les femmes pour qu’elles fassent un premier enfant, puis un deuxième, puis un troisième. Comme tant d’autres, je peux témoigner du harcèlement subi lorsqu’une personne (a fortiori la femme) envisage de s’épanouir sans devenir parent. Et, alors que la loi est de leur côté, la pose d’un stérilet pour une nullipare, la ligature des trompes ou la vasectomie sont vécues comme des parcours du combattant.e (parfois non couronné de succès) pour celles et ceux qui souhaitent en bénéficier.

Il est grand temps d’oser affronter la question démographique en faisant preuve de tout l’humanisme requis. Permettre à chacun.e d’étudier, d’accéder à la contraception et à l’avortement, ainsi que respecter pleinement le choix individuel d’avoir peu ou pas d’enfants, sont de toute évidence des actions hautement salutaires, tant pour la biosphère que pour les femmes. »

source : Collapsus, ouvrage collectif, chapitre 32 (Femmes, démographie, écoféminisme… Quelles responsabilité des rapports de domination dans l’effondrement?) p.265-266, Femmes (Albin Michel, mars 2020)

l’écoféminisme sur notre blog biosphere :

11 févier 2019, Françoise d’Eaubonne, une icône de l’écoféminisme

8 mars 2019, 8 mars, Journée internationale des droits des femmes

17 juillet 2018, Le combat démographique analysé par une écoféministe

1er novembre 2017, Biosphere-info, féminisme et écologie (synthèse)

29 décembre 2016, Féminisme, sensibilité écologique et refus de maternité

18 décembre 2016, Féminisme et maîtrise de la fécondité sont inséparables (Paul Robin)

Planète surpeuplée, monde invivable

La procréation, par nature, peut être exponentielle, alors que les ressources terrestres ne le sont pas. C’est ce que disait déjà Malthus, dont certains pensent qu’il n’a jamais eu que le tort d’avoir raison trop tôt. Aujourd’hui, y a-t-il péril en la demeure ?

Alain de Benoist : Vers 1700, on comptait moins de 700 millions d’habitants sur Terre. En 1900, on en était à 1,6 milliard. Aujourd’hui, avec plus de 250.000 naissances par jour, on a dépassé les 7,7 milliards. Pour la fin du siècle, les estimations moyennes tournent autour de douze milliards, les estimations hautes autour de seize milliards. Bien entendu, on peut discuter à perte de vue sur le nombre de bipèdes qui peuvent vivre sur cette planète. La seule chose qui est sûre, c’est qu’il y a une limite. Malheureusement, nous sommes à une époque qui ne supporte pas les limites. La surpopulation aggrave mécaniquement tous les problèmes en les rendant insolubles. Elle est belligène, elle accélère l’épuisement des réserves naturelles, elle favorise les migrations de masse, elle aggrave les effets de la surconsommation, de l’épuisement des sols… Plus de 90 % de toute la biomasse produite annuellement dans le monde sont d’ores et déjà exploités. À quoi bon parler de sauvegarde de la diversité si l’espace laissé aux espèces sauvages est appelé à disparaître ? À quoi bon vouloir limiter les émissions de gaz à effet de serre si on ne limite pas aussi la population ? Avec des bidonvilles de plus de vingt millions d’habitants et des mégapoles de plus de cent millions d’habitants, c’est un monde proprement invivable qui se dessine.*

« Croissez et multipliez », lit-on dans la Genèse, adresse qui vaut tout autant pour les chrétiens que pour les musulmans et les juifs. Cet axiome religieux vous paraît-il toujours d’actualité ?

Alain de Benoist : À une époque où la plus grande partie du monde était inhabitée, le « croissez et multipliez » était parfaitement justifié. Le problème commence lorsqu’on soutient qu’un principe valable dans telles ou telles circonstances est à considérer comme un dogme valable en tous temps et en tous lieux. Au nom de l’« accueil de la vie » et de la critique du « malthusianisme », on préfère se mettre un bandeau sur les yeux. Or, le laisser-faire nataliste est aujourd’hui irresponsable. Quelle est, alors, la solution ? L’émigration de masse vers d’autres planètes relève de la science-fiction. Que reste-t-il, alors ? Les épidémies, peut-être !*

Remarque biosphèrique : Alain de Benoist sent le souffre, il est classé d’extrême droite ! Mais si l’on ne relaie pas les propos de tel ou tel parce qu’ils ont une image particulière, on s’intéresse au messager, pas au message. Nous n’avons pas à juger ce journaliste et philosophe sur son appartenance idéologique. En 1961, à 18 ans, il apportait son soutien à l’Algérie française. A la présidentielle de 2017, il a appelé à soutenir Mélenchon. Ça le regarde, il a même le droit de changer d’avis. Que dit aujourd’hui Alain de Benoist ? Ce que dit aussi l’association Démographie responsable, exemple : « Il y a une limite : pas plus qu’il ne peut y avoir de croissance matérielle infinie dans un espace fini, la population ne peut s’accroître indéfiniment sur une étendue limitée… Il est révélateur que la plupart des écologistes autoproclamés se comportent comme si la démographie et l’environnement étaient des sujets séparés, alors qu’ils sont indissociablement liés… » Bravo. Une critique cependant, sa dernière phrase est un raccourci inopportun : «  Que reste-t-il comme solution au surpeuplement  ? Les épidémies, peut-être ! » Comme si la maîtrise de la fécondité ne passait pas par des tas d’autres choses !! Méprisons ceux qui critiquent le messager sans vouloir prendre connaissance du message…Il s’agit là de personnes terriblement anti-démocratiques, contre la liberté d’expression.

Pour aller plus loin, un ouvrage d’Alain de Benoist en 2007« Demain la décroissance (penser l’écologie jusqu’au bout) ». Il ne sépare pas comme le font aujourd’hui certains décroissants bornés la décroissance économique et la décroissance démographique.

* Alain de Benoist, extraits de « Avec la surpopulation, c’est un monde invivable qui se dessine… »

La bombe démographique en Egypte explose

L’Égypte comptait 21 millions d’habitants en 1950, quelque 90 millions en 2013, elle vient de dépasser les cent millions et progresse d’un million supplémentaire tous les six mois (un doublement en moins de quarante ans). L´extrême jeunesse de la population égyptienne (30 % des égyptiens ont moins de 15 ans !) explique pour partie cette explosion. Cette croissance exponentielle intervient de surcroît sur une étroite bande de terre fertile, limitée à la vallée du Nil et à son delta et représentant moins de 5% de la superficie d’un pays largement désertique. Ramené à la « superficie agricole utile », la densité de peuplement égyptienne approche 2 000 habitants au kilomètre carré ; avec une telle densité la France accueillerait près d´un milliard d´habitants. Ne pouvant produire suffisamment de denrées alimentaires. l’Égypte les importe et subit directement toute élévation des cours mondiaux.

Le taux de fécondité avait chuté de 5,3 enfants par femme en 1980 à 3 en 2008, il est remonté à 3,5 enfants par femme en 2014. On peut qualifier ce phénomène de « contre-transition démographique » qui s’explique d’abord par le recul de la part des femmes sur le marché du travail. Le marché du travail ne peut faire face à la pression du nombre. Force est de constater aussi qu’en Egypte, la dictature de l’ex-maréchal Sissi s’est appuyé sur une forme très agressive d’ordre moral, qui permettait d’acheter la paix sociale dans un pays taraudé par une pauvreté grandissante ; entre 2016 et 2018, la proportion d’Egyptiens vivant en-dessous du seuil de pauvreté, fixé à moins d’1,5 euro par jour, est passée de 28 à 33 %. Le budget de l’éducation est loin d’être une priorité face aux formidables dépenses militaires et aux 45 milliards de dollars alloués au chantier pharaonique d’une nouvelle capitale. Les 10 millions des Egyptiens les plus pauvres, délaissés par l’aide publique, continuent de miser sur une nombreuse progéniture pour assurer leur quotidien, voire leur avenir.

Ce n’est que récemment que Sissi a pris conscience de la menace que représente la bombe démographique pour la stabilité de l’Egypte, désormais placée sur le même plan que le défi « terroriste ». Les campagnes de contrôle des naissances, enfin lancées avec l’aval des imams d’Etat, peinent à produire des résultats tangibles. Les allocations familiales ne sont désormais plus accordées au-delà du deuxième enfant. Egypte et l’humanité dans son ensemble ne s’investissent clairement  dans une politique malthusienne, les révoltes au Maghreb et ailleurs en annoncent d’autres, qui risquent d’être saignantes. Notre article antérieur sur ce blog biosphere :

1er février 2011, l’Egypte, victime de sa démographie

* https://www.lemonde.fr/blog/filiu/2020/03/01/la-bombe-a-retardement-de-la-population-egyptienne/

Faire l’amour en toute simplicité, difficile

Bilan d’un appel à témoignages lancé par le collectif féministe #NousToutes : 89,3 % des répondantes disent avoir déjà subi une pression de la part d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel. Ce collectif « demande à ce que la question du consentement devienne un sujet politique »*. La validité de cette « enquête » se fait étriller par les commentateurs sur le monde.fr, quasiment unanimes :

P.Gaujard : Ce n’est pas une enquête c’est un appel à témoignages. ce n’est pas représentatif de quoi que ce soit. Que font les décodeurs? Ils ont été virés?

Michel Marie : Sur tous les sujets en rapport avec le féminisme, Le Monde se transforme en journal militant, et perd de vue tout ce qui fait la base du métier de journaliste. Ce quotidien ne fait que reprendre les positions de groupuscules sectaires et intolérants, sans même faire un effort d’analyse. La moindre enquête sérieuse commence par définir les termes employés. « Neuf femmes sur 10 disent avoir subi une pression pour avoir un rapport sexuel » selon le titre de cet article complaisant. Mais à aucun moment, la notion de « pression » n’est définie. Il ne s’agit donc pas d’une enquête mais d’un ramassis de propos de comptoirs.

Berjac : On commence par un appel à témoin qu’on assimile à une enquête sur échantillon représentatif. Puis on assimile une insistance légère ou lourde à un viol. Il y a quelques jours sur un autre article, on annonçait la fin de l’hétérosexualité. On finira par ne plus rien prendre au sérieux.

Jean Kazadi : Quelle différence fait-on entre courtiser et faire pression sur une femme ?

Philou : Moi aussi j’ai à accepté pour faire plaisir à ma copine. Moi aussi j’ai été réveillé. Ce qui est dramatique c’est le côté binaire qui est en train de gagner notre société. Moi, moi, moi et à la fin, aucun compromis. Avec aussi l’absence totale de la compréhension de la notion de nuance, de contexte etc etc. On met dans le même sac la violence physique qui est inacceptable et le concessions du vivre ensemble.

PV : Ma femme m’a invité à l’hippopotamus pour la St Valentin, j’étais fatigué et aurais préféré regarder la télé, s’agit il d’une pression à passer à la casserole une fois à la maison ?

Pierre HUBU : La plus à plaindre, c’est la dixième, celle qui n’a jamais subi aucune pression pour avoir un rapport sexuel…

Jean-Pierre Bernajuzan : Les commentaires vont de pire en pires. Si on leur dit qu’ils défendent le machisme, ils nient et trouvent une bonne raison, à côté, pour contester tous les efforts, toutes les études qui essaient de mettre à jour les pratiques réelles des Français, hommes et femmes, chacun avec leur ressenti.
Furusato : Non, JPB, c’est la malhonnêteté d’un certain féminisme, son travail au marteau sur des termes confus comme celui de pression. Exemple un des partenaires sexuels n’est pas vraiment excité,ne veut pas vraiment mais se dit bon je vais faire plaisir et s’y met ( parfois avec un excellent résultat), c’est arrivé maintes fois dans mon couple ….d’un côté ou de l’autre. Pression, auto-contrainte ? Et alors ? l’excitation sexuelle des débuts d’une relation , dans son alignement parfait des désirs, dure seulement deux mois en moyenne. Et après ?

Leonidas @ Bernajuzan : Selon une étude faites par moi même (niveau méthodologique équivalent à celui de ce collectif) : 99% des femmes sont opposées au féminisme hystérique et ne partage pas leur haine obsessionnel des hommes. C’est la preuve que ça n’a rien avoir avec du machisme ! Sauf si par « machisme » vous entendez ne pas se laisser insulter et marcher dessus par des hystériques totalitaires.

Catherine R. : Je suis une femme et ces nanas m’horripilent.

C.Carlin : On sait que les femmes passent des heures à trouver le meilleur maquillage, la meilleure tenue, le meilleur soutien gorges, etc pour s’attirer les regards sexuels et les faveurs des hommes. L’égalité est dans les deux sens : si elles veulent être « respectées » (càd pas remarquées, dans leur vocabulaire), alors elle ne doivent plus se mettre en scène non plus. Il faut être un peu logique.

28 février 2020 Sexualité, seins nus et Cour de cassation

10 février 2019 Nature de la sexualité et droit à la sexualité

30 décembre 2018 La bipédie, origine de notre sexualité très encadrée

13 janvier 2018 Sexualité et harcèlement, l’homme, un animal dénaturé

1er septembre 2011 nature et sexualités : le débat sur le genre humain

9 septembre 2009 démographie, sexualité éclairée

* LE MONDE du 4 mars 2020, Neuf femmes sur 10 disent avoir subi une pression pour avoir un rapport sexuel, selon une enquête

L’urgence climatique interdite de publicité

Greenpeace souhaitait diffuser dans les couloirs du métro une campagne de communication sur l’urgence climatique et l’inaction des décideurs politiques. Mais la régie publicitaire des transports parisiens Mediatransports s’est opposée à sa diffusion. Pourtant les visuels avaient été jugés conformes par l’ARPP, l’autorité de régulation professionnelle de la publicité.

directrice de la communication à Mediatransports : « Dans les contrats avec la RATP et la SNCF, nous n’avons pas le droit de diffuser des campagnes qui ont un caractère politique ou religieux en raison d’un devoir de neutralité…  Cette campagne ne respecte pas ce devoir de neutralité puisqu’elle mentionne l’inaction des décideurs politiques. »*

directeur général de Greenpeace France : « Dans un contexte où les alertes des scientifiques se succèdent pour expliquer que nous sommes la dernière génération à pouvoir agir, il est surprenant de constater que Mediatransports considère des affiches rappelant l’urgence climatique comme indignes du métro parisien, alors que les compagnies aériennes par exemple y développent des campagnes d’ampleur, incitant les voyageurs à prendre l’avion comme d’autres prennent le métro. »* Tout est dit, on a le droit d’empoisonner le climat avec des pubs pour les avions, les bagnoles, la mode, le tourisme, etc. On n’a pas le droit de dire qu’il est urgent d’agir. Quelques commentaires sur lemonde.fr nous font plaisir :

Jean Claude Grange : Faire des publicités avec des gros SUV – toujours montrés dans des paysages splendides et déserts, c’est OK. Faire des publicités pour des sites de rencontres extra conjugales, c’est OK. Faire des publicités avec des femmes en tenues légères pour vendre n’importe quoi, c’est OK. Allumer des écrans toute la journée en consommant une énergie folle pour affiche des publicités, c’est OK. Mais alerter les gens sur l’inaction des gouvernements, c’est pas OK. Et le pire est qu’il s’agit de la décision d’un « service public ».

Lecrapaud : On retiendra que la consommation n’est pas un message politique. Tartufferie vous dîtes?

Françoise B. : Montrer dans le métro des pubs pour des voitures, des croisières, des magasins, des produits de luxe, des banques etc : ça, c’est bien ! Montrer l’urgence climatique : ça, c’est pas bon pour les affaires, coco ! Au panier !! Le consommateur doit consommer, et surtout pas réfléchir.

Zhkarojr : Cela fait longtemps que je ne prend plus le métro à cause de la publicité omniprésente, agressive et qui me donne envie de vomir.

G. Delaurens : Dès lors que le message de Greenpace était justifié, le fait que la régie publicitaire de la Ratp l’ait invalidé montre que l’appel récent des scientifiques à une désobéissance civile ou citoyenne n’est pas prêt d’être relayé.

Articles antérieurs sur notre blog biosphere :

2 février 2016, Faire disparaître les riches, l’innovation… et la publicité

30 décembre 2015, Ascèse ou désir, l’emprise de la publicité sur nos vies

26 novembre 2014, Action municipale contre la publicité, autres actions…

6 septembre 2014, Halte à la publicité sur les chaînes publiques et privées

3 décembre 2013, « déboulonneurs » de publicité, des publiphobes ?

4 septembre 2013, Publicité, désinformation et dévastation du monde

3 septembre 2013, Publicité, règne des marchands et de la propagande

2 septembre 2013, La publicité ne relève pas de la liberté d’expression

* LE MONDE du 4 mars 2019, Une campagne de Greenpeace sur l’urgence climatique refusée dans le métro parisien

Les arguments des ennemis de l’écologie

L’écologie est un totalitarisme. Luc Ferry dans son livre « le Nouvel Ordre écologique » atteint le point Godwin en 1992. Sa comparaison de l’écologisme avec le nazisme est significative d’un refus de l’analyse argumentée ; « Hitler n’était-il pas végétarien ! » En juillet 2019 dans Le Figaro il se déchaîne toujours : « Après la chute du communisme, la haine du libéralisme devait absolument trouver un nouveau cheval. Miracle : l’Écologisme fit rapidement figure de candidat idéal. » Puis en août : « C’est désormais écologisme radical qui, sous les couleurs de l’effondrisme prend le relais de leur anticapitalisme, c’est lui qui poursuit l’idéal antilibéral du gauchisme et du tiers-mondisme défunts ». En fait il s’agit là de défendre un système croissanciste en présupposant une face caché de l’écologisme. Luc Ferry est le chien de garde d’un capitalisme libéral qui met en péril l’avenir des générations futures. Son accusation repose sur l’idée que l’écologie porterait en germe un projet de société totalitaire alors que c’est notre inaction présente provoquée par les défenseurs du business as usual qui accroît les problèmes et facilite un passage au fascisme.

L’écologie est un anti-humanisme. Claude Allègre reprend à son compte en 2007 l’argument de Luc Ferry : « Luc Ferry distingue deux tendances. L’une, environnementaliste, pour laquelle l’homme est premier. Il faut aimer la nature d’abord par raison. Dans la seconde qu’on appelle deep ecology, c’est la nature qui est première. Les environnementalistes sont des humanistes qui critiques le progrès de l’intérieur. Les éco-fondamentalistes sont  hostiles à l’humanisme, leurs critique sont externes. » Il relaye une citation qui tourne en boucle parmi ces intellectuels : « Comme dit Marcel Gauchet (en 1990), « l’amour de la nature dissimule mal la haine des hommes » L’animal ou l’arbre doivent être protégés, respectés, pourquoi pas vénérés  ! C’est la stratégie de la deep ecology qui poursuit en justice ceux qui coupent les arbres ou qui tuent les insectes avec le DDT. Tout ce qui est naturel est bon. Donc tout ce qui modifie la nature est à poursuivre, à condamner. L’homme et la société passent au second rang. » En bref, « ils aiment la nature parce qu’ils détestent les hommes » ! Ça sonne bien mais c’est là faire un procès d’intention, faire dire à autrui ce qu’il n’a jamais pensé. Le discours anti-écolo se nourrit d’un inépuisable carburant, la mauvaise foi.

L’écologie est un néo-malthusianisme. Jean Baptiste Fressoz* ne peut s’empêcher d’enfourcher sans preuve un anti-malthusianisme primaire répandue dans une frange de la gauche décroissante : « Certains discours tenus au nom de l’écologie sont porteurs d’un discours néo-malthusien à la limite du racisme sur le péril démographique que représenteraient les pays africains. On voir les passerelles possibles entre néo-malthusiens, discours de l’effondrement et politique anti-migratoire d’extrême droite. » L’amalgame est un procédé vraiment pas très argumenté. Nier que la question démographique se pose, c’est nier la réalité. Pourtant cet historien sait aussi combattre les anti-écolos : «  J’emploie l’expression carbo-fasciste comme un pied de nez à l’expression « éco-fasciste » popularisée par Luc Ferry et consorts, qui désignerait de soi-disant écologistes extrémistes et anti-humanistes. Je n’ai pas du tout l’impression que le danger autoritaire vienne des militants écologistes. Le risque vient plutôt de gouvernements d’extrême droite farouchement anti-écolo. »

Conclusion : « Faut-il vraiment que nous renoncions à nos voitures et à nos avions, nos smartphones, nos usines ou nos hôpitaux high-tech pour sauver la planète » s’exclame Luc Ferry en parlant d’écologisme mortifère, punitif, à vocation totalitaire. Oui, Luc, il faudra se passer de tout ce qui est superflu. Dire l’inverse, c’est cela qui est réactionnaire, c’est promouvoir un bouleversement climatique et une déplétion pétrolière qui nous punira de tout ce que nous n’avons pas voulu faire.

* Socialterre (n ° 38, décembre 2019 – janvier 2020)

Les anti-éoliens sont-ils des écologistes ?

Des listes « citoyenne » anti-éolien pour les municipales, il y en a : « Construire des éoliennes devant le Canigou, c’est comme construire des éoliennes devant Notre-Dame de Paris ! »… « Nous partons d’une émotion, la colère, contre ces ventilateurs pourris devant le point culminant emblématique de notre département] ! »… « Notre engagement premier, c’est l’opposition à l’installation des éoliennes »… « concertation, communication, implication ». Les anti-anti-éoliens s’exclament : « Il y a ceux qui ont la lumière et il y a ceux qui ne l’auront pas ! »*. Emmanuel Macron constatait le 14 janvier que le consensus autour de l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays. La ministre de l’écologie, Elisabeth Borne, déplore récemment « le développement anarchique » de l’éolien. Pas beaucoup de vision d’envergure chez nos dirigeants, heureusement les commentateurs sur lemonde.fr mettent les pieds dans le vent :

Bernard l. : Je sais que ma proposition est caricaturale mais c’est quand même un peu le fond du problème. Au lieu de se prononcer pour ou contre les éoliennes, ces personnes devraient se prononcer pour les éoliennes OU pour une centrale nucléaire OU pour les Pyrénées Orientales premier département à délester quand il y a déficit de production.

VincentB : Des éoliennes ? Oui, mais pas chez moi. L’intérêt individuel prime sur le collectif. Qui imagine que l’arrêt du massacre climatique actuel se fera sans mal ? Accepter la vue de quelques moulins à vent, auxquels on ne fera plus attention dans dix ans, n’est pas le plus gros sacrifice.

D accord : Au final, même l’homme de Cromagnon n’aurait pas grâce à leurs yeux, donc bon au bout d’un moment il faut se faire à l’idée que même quand une marmotte creuse son trou, elle rejette les pierres et la terre à l’extérieur de son terrier. Quant aux néo-ruraux à la recherche d’une carte postale passéiste, faut se faire à l’idée que la campagne n’est plus forcément celle de Pagnol.

Timshel : Avez vous vu, sur la photo du MONDE, le paysage complètement défiguré par les piquets de vignes au premier plan ?

Lorgnette : Habitant de l’Occitanie, moi le spectacle des éoliennes me ravit, et quand au bruit, soyons sérieux : il faut être juste dessous pour les entendre tourner. L’intérêt général contre l’intérêt particulier est plus que jamais au centre de l’actualité dans ce pays. Pendant ce temps, l’Espagne a couvert ses montagnes d’éoliennes et elles produisent une part significative de leur électricité. Erreur en deçà des Pyrénées, vérité au delà ?

Airain : Vivant dans la région où il y a le plus d’éoliennes, je ne trouve pas ça moche, pas plus que les milliers de pylônes HT qui transportent l’électricité issue des centrales nucléaires…

Anti-septique : Bon, c’est pas compliqué, si on construit une éolienne gigantesque près de votre maison, elle ne vaut plus rien. Il vous sera impossible de la revendre. Donc vous êtes contre, sans autre possibilité. Si vous n’êtes pas propriétaire d’une maison à proximité, vous pouvez pensez autrement…

Blaise : Ces crispations autour des éoliennes, c’est un peu comme les gilets jaunes qui se disent écolos. D’un coup les gens se sentent investis d’une mission pour combattre des moulins a vent (ou une hausse du prix de l’essence) mais, si on leur demande, je suis sûr que la majorité veut lutter contre le changement climatique. Juste ils ne veulent pas en payer le prix.

Pm42 : Je croyais que c’était les méchants politiques qui ne font rien pour l’écologie alors que la population elle, est prête à suivre Greta Thunberg dans sa sainte croisade. Mais donc, pas d’énergies fossiles parce que ce n’est pas bon pour le climat, pas de nucléaire parce que Greenpeace n’aime pas, pas d’éoliennes à cause des listes citoyennes, quel futur pour la démocratie ?

Pierre le Petit : Il y a évidemment des arbitrages à faire. Cependant, le principe d’un arbitrage c’est parfois de devoir aller contre certaines opinions. On ne pourra jamais satisfaire tout le monde. Je propose la solution suivante : les territoires qui refuseront obstinément l’installation d’éoliennes pourraient être coupées des centrales nucléaires situées dans les autres régions. A leur charge de construire une centrale sur leur sol :-).

30 mai 2018,Tout savoir sur les anti-éoliens… et même plus

4 avril 2009, éoliennes et paysage

* LE MONDE du 25 janvier 2020, Municipales : l’opposition aux éoliennes, ces « ventilateurs pourris », pousse à faire de la politique dans les Pyrénées-Orientales

Biosphere-Info, écologisme et religions

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introduction-synthèse : Toute organisation humaine renvoie un ensemble de présupposés sur le sens de notre existence, donc à une ontologie, une métaphysique considérée comme référence à notre comportement. La religion joue ce rôle, elle relie (religare) et elle rassemble. Elle permet une pratique institutionnalisée qui apporte une cohérence au monde et le maintien de cet ordre. Aucune société ne peut vivre sans une certaine forme de religion. Le problème de fond c’est de déterminer à quoi se relier : une divinité ? Le collectif humain ? La Nature ?

Dans les sociétés premières, on était en phase avec les rythmes naturels. Les religions du livre (la bible et le coran) ont coupé le cordon ombilical. La perte du jardin d’Eden est symbolique de la rupture avec l’époque de chasse et de cueillette ; place au néolithique, une société agricole  qui s’instaure progressivement il y a plus de 10 000 ans. Dieu le père défini de façon abstraite va remplacer l’idée de Terre-mère.

Ce n’est qu’en 1979 que l’Église catholique va rechercher dans ses lointaines archives le nom de François d’Assise pour en faire le saint de l’écologie. Jusque là domine la conception d’une création de l’homme à l’image de dieu considéré comme propriétaire de la Terre : « Remplissez la terre et soumettez-là, dominez sur toutes les créatures » (Genèse 1,28). Mais la dégradation des conditions de vie sur Terre et la concurrence de l’écologie va pousser à une évolution de la doctrine catholique. L’interprétation despotique de la Genèse laisse place à l’idée que nous sommes les « intendants » de Dieu sur la création ; nous sommes chargés d’en prendre soin et non ses propriétaires. Dans sa lettre encyclique de 2015, « Laudate Si » (loué sois-tu, sur la sauvegarde de la maison commune), le pape François en appelle à « toute la famille humaine, croyants ou non, catholiques ou autres », à joindre leurs efforts pour surmonter la crise et engager un changement radical « de style de vie, de production et de consommation ». Mais L’Église catholique refuse d’aller plus loin : « Un anthropocentrisme dévié ne doit pas nécessairement faire place à un « biocentrisme », parce que cela impliquerait d’introduire un nouveau déséquilibre qui ne résoudrait pas les problèmes mais en rajouterait d’autres. » (§ 118. Laudate Si). C’est le philosophe et écologiste Arne Naess qui propose une autre conception de notre rapport avec la nature : « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. » L’espèce humaine n’est qu’une maille dans le tissu du vivant.

Il apparaît alors une différence de fond entre les religions « révélées » des monothéismes et la sacralisation possible de la Terre-mère. Alors qu’on peut faire dire à Dieu ce qu’on veut, l’état de la planète est concret, on peut à la fois l’étudier scientifiquement et respecter la biodiversité, c’est-à-dire élaborer une certaine spiritualité. L’écologisme cherche dorénavant à se concrétiser dans des textes législatifs. Tout un chapitre de la Constitution Équatorienne de 2008 est dédié aux droits de la Nature ; son article 71 dispose que « laNature ou Pacha Mama, où se reproduit et réalise la vie, a le droit à ce que soient intégralement respectés son existence, le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses  fonctions et ses processus évolutifs.» En 2017, un fleuve considéré comme sacré par les Maoris s’est vu doter par le Parlement néo-zélandais du statut de personnalité juridique, avec tous les droits et les devoirs attenants. L’écologisme porte donc en lui une rupture avec religions du livre (bible, nouveau testament, coran), un retour à une vision plus en phase avec les possibilités d’une vie viable, vivable et conviviale sur cette planète.

Voici maintenant des références documentaires pour mieux appréhender cette évolution historique.

1) Rupture biblique avec le monde naturel

11) Le néolithique. Avec la fin de la glaciation, autour de dix mille ans avant J.-C., le monde change totalement de physionomie avec l’invention de l’agriculture. Une véritable révolution des symboles s’opère alors. L’expulsion du jardin d’Eden représente l’abandon par Homo sapiens de la place écologique qui avait été prévue pour lui dans la nature, le statut de chasseur-cueilleur. Dans le Croissant fertile du Moyen Orient propice au développement de l’agriculture, on a choisi de déchirer le ventre de la terre en la désacralisant ; pour se déculpabiliser, on a projeté  dans le ciel les divinités et on leur a demandé l’autorisation de poursuivre le labeur. A partir de là, fin progressive de l’idée de Terre-mère et ses différentes variantes dans les sociétés premières et début d’une figure tutélaire abstraite, Dieu le père.

12) Récupération des fêtes païennes. « Noël est en réalité deux fêtes confondues et superposées. La fête païenne était celle du solstice d’hiver : la fin de la progression de la nuit, et le début de la reprise de l’allongement des jours. D’où les lumières allumées partout. Fête païenne, celle de l’arbre toujours vert, du sapin, qui a traversé le froid, la neige, attestant la permanence de la vie contre cet hiver qui symbolise la mort. Mais Noël se fonde aussi dans la plus ancienne tradition religieuse : la naissance de Jésus. Bien entendu, le 25 décembre n’est nullement la date réelle de la naissance de Jésus. On a choisi le moment de la fête païenne. Ainsi chaque détail de ce Noël se rattachait à une croyance qui donnait à chacun une signification de ce qu’il faisait. Tout ce qui constituait Noël était « symbolique », destiné à nous rappeler quelque chose de plus important, à nous faire revivre un événement qui avait une valeur essentielle. » (Jacques Ellul in Sud-Ouest du 23 décembre 1984)

13) Le catholicisme, une religion anthropocentrique. Lynn White imputait en 1967 les racines historiques de notre crise écologique à la vision du monde judéo-chrétienne. Selon la Genèse les êtres humains, seuls de toutes les créatures, furent créés à l’image de Dieu. Il leur fut donc donné d’exercer leur supériorité sur la nature et de l’assujettir. « Remplissez la terre et soumettez-là, dominez sur toutes les créatures » (Genèse 1,28). Il y a dorénavant dualisme institutionnalisé entre nature et humanité. Deux mille ans de mise en œuvre toujours plus efficace de cette vision de la relation homme/nature ont abouti à la fois aux merveilles technologiques et à la crise environnementale. (The Historical Roots of Our Ecologic Crisis)

2) Reconsidération de la nature par l’Église catholique

21) Quelques références historiques ponctuelles

François d’Assise (1182-1226). L’ordre religieux des franciscains, fondé en 1210, s’appuient sur sa pensée, à savoir grande pauvreté et simplicité évangélique. Le jésuite Jorge Mario Bergoglio, devenu pape François, reprendra la référence franciscaine en 2015 : « Chaque fois qu’il (St François d’Assise) regardait le soleil, la lune ou les animaux même les plus petits, sa réaction était de chanter, en incorporant dans sa louange les autres créatures. Il entrait en communication avec toute la création, et il prêchait même aux fleurs « en les invitant à louer le Seigneur, comme si elles étaient dotées de raison »… Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément. » (§ 11. Laudate Si, 2015)

Baruch Spinoza (1632-1677) : L’hypothèse que Dieu et la nature sont un seul et même être n’a jamais été explorée par les trois religions du livre. Spinoza a été banni de la synagogue d’Amsterdam et qu’il est également considéré comme hérétique par les chrétiens et les musulmans ! Il a dit en effet que la racine la plus profonde de la servitude humaine se trouve dans ce préjugé que la Création est une séparation, parce qu’alors toute réunification ne peut être que le fruit d’une médiation. Et l’intermédiaire, c’est toujours un clergé. Mais si Dieu est la Nature et si donc la Nature est Dieu, il n’y a pas de séparation et aucune raison d’instaurer une médiation. Par conséquent, toutes les hiérarchies ecclésiastiques sont des usurpations de pouvoir. Son message a été complètement marginalisé.

22) La concurrence émergente de l’écologisme au XXIe siècle

« Les grandes matrices structurantes comme le catholicisme, le bloc républicain et le communisme se sont effondrées. N’assiste-t-on pas aujourd’hui à la consécration d’une nouvelle matrice, où l’écologie ferait office d’une nouvelle religion, à savoir qui crée du lien ? (Jérôme Fourquet de l’IFOP (LE MONDE du 21 janvier 2020)). La matrice écologique se substitue à la matrice catholique. Il a ses figures prophétiques annonçant l’apocalypse (Yves Cochet, la collapsologie…), ses sanctuaires (les réserves naturelles…), ses convertis (les agriculteurs qui passent au bio…), et ses préceptes de vie (simplicité volontaire, sobriété énergétique, interdits alimentaires…) qui touchent à la vie de tous les jours. Le Vert Yannick Jadot répète que « le temps de l’écologie est venu ». La pensée de l’Église catholique se retrouve dans une situation où elle est obligée d’évoluer (ou pas).

23) Le catholicisme devient écologiste

1979, Jean-Paul II proclame François d’Assise saint patron de l’écologie

Un organisme international civil consacré à la réflexion écologique avait demandé à la Sacrée Congrégation pour le clergé que soit consacrée une figure emblématique. Ce qui fut mis en œuvre par Jean Paul II  un an après son accession au pontificat : « Nous déclarons saint François d’Assise patron céleste des écologistes, en y joignant tous les honneurs et privilèges liturgiques qui conviennent. Donné à Rome le 29 novembre de l’an du Seigneur 1979. » Le texte officiel de canonisation souligne que la nature est un don de Dieu fait aux humains, ce qui montre que l’Église n’avait pas compris le message d’humilité vis-vis de la Nature que propageait François d’Assise.

13 mars 2013, élection du pape François et références à François d’Assise

On passe d’une interprétation despotique de la Genèse à l’idée que nous sommes les « intendants » de Dieu sur la création ; nous sommes chargés d’en prendre soin et non ses propriétaires.

Lors de la messe inaugurale du 19 mars 2013, le pape François a confirmé sa volonté de mettre la défense de la création dans ses priorités. Partant de l’image de Joseph qui a élevé Jésus, il précise la notion de « gardien » qui « concerne tout le monde. C’est le fait de garder la création tout entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme nous l’a montré saint François d’Assise : c’est le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons… ».

Discours urbi et orbi du nouveau pape François en décembre 2013 : «  La famille humaine a reçu en commun un don du Créateur : la nature. La vision chrétienne de la création comporte un jugement positif sur la licéité des interventions sur la nature pour en tirer bénéfice, à condition d’agir de manière responsable, c’est-à-dire en en reconnaissant la “grammaire”qui est inscrite en elle, et en utilisant sagement les ressources au bénéfice de tous, respectant la beauté, la finalité et l’utilité de chaque être vivant et de sa fonction dans l’écosystème. Bref, la nature est à notre disposition, et nous sommes appelés à l’administrer de manière responsable. Par contre, nous sommes souvent guidés par l’avidité, par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, de tirer profit ; nous ne gardons pas la nature, nous ne la respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont nous devons prendre soin et mettre au service des frères, y compris les générations futures (…) »

février 2014, Nicolas Hulot, envoyé spécial du président François Hollande pour la protection de la planète : « Tous les ingrédients sont aujourd’hui réunis pour que la conférence de Paris de 2015, où doit être signé le premier accord mondial engageant tous les pays contre le réchauffement, soit un échec… Peut-être les autorités religieuses pourront rappeler les politiques à la raison… L’homme est-il là pour dominer la nature, comme l’affirment certains textes ?Il est fondamental que les Eglises, et l’Eglise catholique en particulier, clarifient la responsabilité de l’homme vis-à-vis de la «Création», pour reprendre le langage des croyants… Les Eglises peuvent-elles rester inaudibles alors que l’œuvre de la Création est en train de se déliter sous leurs yeux ?… Après avoir étudié les textes religieux pour préparer ma visite au Vatican, j’ai réalisé que l’Eglise catholique n’évoquait pas le changement climatique. Or, comme vous le savez, les choses mal nommées n’existent pas. Il est donc important que l’Eglise précise clairement les choses… » (LE MONDE du 5 février 2014, « Les Eglises peuvent provoquer un sursaut de conscience face à la crise climatique »)

2015, Laudate Si, (loué sois-tu, sur la sauvegarde de la maison commune) : Dans sa lettre encyclique, le pape François en appelle à « toute la famille humaine, croyants ou non, catholiques ou autres », à joindre leurs efforts pour surmonter la crise et engager un changement radical « de style de vie, de production et de consommation ».

§ 67. Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. Cela permet de répondre à une accusation lancée contre la pensée judéo-chrétienne : il a été dit que, à partir du récit de la Genèse qui invite à «dominer» la terre (cf. Gn 1, 28), on favoriserait l’exploitation sauvage de la nature en présentant une image de l’être humain comme dominateur et destructeur. Ce n’est pas une interprétation correcte de la Bible, comme la comprend l’Église. S’il est vrai que, parfois, nous les chrétiens avons mal interprété les Écritures, nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures.

§ 116. La façon correcte d’interpréter le concept d’être humain comme « seigneur » de l’univers est plutôt celle de le considérer comme administrateur responsable.

§ 117. Si l’être humain se déclare autonome par rapport à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, l’homme se substitue à Dieu et ainsi finit par provoquer la révolte de la nature.

3) naissance de nouvelles spiritualités

31) Refus du biocentrisme par l’Eglise

L’Église catholique est donc passée récemment d’une vision despotique de l’humanité par rapport à la nature à une vision gestionnaire. Elle refuse d’aller plus loin. Jusqu’à aujourd’hui, les papes veulent se différencier de l’option biocentrique (ou écocentrique).

Jean-Paul II, discours au Congrès Environnement et Santé( 24 mars 1997) » : « Au nom d’une conception inspirée par l’écocentrisme et le biocentrisme, on propose d’éliminer la différence ontologique et axiologique entre l’homme et les autres êtres vivants, considérant la biosphère comme une unité biotique de valeur indifférenciée. On en arrive ainsi à éliminer la responsabilité supérieure de l’homme au profit d’une considération égalitariste de la dignité de tous les êtres vivants. Mais l’équilibre de l’écosystème et la défense d’un environnement salubre ont justement besoin de la responsabilité de l’homme. La technologie qui infecte peut aussi désinfecter, la production qui accumule peut distribuer équitablement.

Pape François : Un anthropocentrisme dévié ne doit pas nécessairement faire place à un « biocentrisme », parce que cela impliquerait d’introduire un nouveau déséquilibre qui ne résoudrait pas les problèmes mais en rajouterait d’autres. (§ 118. Laudate Si)

32) émergence d’une « valeur intrinsèque » donnée aux composantes de la nature

– Aldo Leopold (1949) et l’« Ethique de la terre ».

« Les premières éthiques, tel le décalogue de Moïse (les dix commandements), portaient sur les relations interindividuelles. Les ajouts ultérieurs touchent les relations entre les individus et la société. La règle d’or (ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse) tente d’intégrer l’individu dans la société ; et la démocratie tâche d’intégrer l’organisation sociale dans l’individu. Il n’existe pas encore d’éthique de la relation de l’homme à la terre, aux plantes et au animaux. La terre, comme les esclaves, reste considérée comme une propriété. La relation est toujours strictement économique, comporte des privilèges, mais n’impose pas de devoirs. L’extension de l’éthique à ce troisième élément est une nécessité écologique. Elle élargit les frontières de la communauté au sol, à l’eau, aux plantes et aux animaux – en un mot : à la terre. » (L’éthique de la Terre – petite bibliothèque Payot, 2019)

L’éthique devient pour Aldo Leopold une limitation de la liberté d’action dans la lutte pour la vie. « Une chose est bonne quand elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique, et mauvaise dans le cas contraire. Le mouvement actuel de protection de la nature est l’embryon de cette nouvelle éthique. » (Almanach d’un comté des sables, Flammarion 2000)

– Arne Naess (1912-2009) et l’écologie profonde.

« Arne Naess propose une éthique écologique qui dépasse à la fois une vision romantique de la nature, et une vision technicienne d’une écologie cherchant à réparer les dégâts des interventions humaines. Il réintègre l’homme dans la totalité de la biosphère. Il propose une plate-forme de l’écologie profonde en huit propositions concernant une ontologie de la vie, une éthique. Il n’y a dans cette démarche aucune haine de l’homme, ni totalitarisme écologique (contrairement à une vision réductrice et manichéenne de certains). Il propose une humanisation écologique par la pleine réalisation de soi, qui devient « Soi » en s’ouvrant à l’ensemble de l’écosphère, à tous les êtres humains et aux espèces animales. C’est un véritable changement anthropologique dont il propose la mise en pratique, conduisant à apprécier la qualité de la vie plutôt qu’un haut niveau de vie. Cela jusqu’à dire que seul l’homme est capable de s’identifier par l’imagination à l’autre et même à l’animal. » (Pour un engagement écologique : simplicité et justice (Diocèse de Nantes – édition Parole et silence 2014, p.182).

Première proposition de la plate-forme d’Arne Naess: « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. » (Écologie, communauté et style de vie, différentes éditions dans les années 1970, édition MF 2008)

Cette notion de valeur intrinsèque se retrouve même dans Laudate Si : « Les différentes créatures sont liées et constituent ces unités plus grandes que nous nommons écosystèmes. Nous ne les prenons pas en compte seulement pour déterminer quelle est leur utilisation rationnelle, mais en raison de leur valeur intrinsèque indépendante de cette utilisation. Tout comme chaque organisme est bon et admirable, en soi, parce qu’il est une créature de Dieu, il en est de même de l’ensemble harmonieux d’organismes dans un espace déterminé, fonctionnant comme un système. Bien que nous n’en ayons pas conscience, nous dépendons de cet ensemble pour notre propre existence. » (§ 140.)

33) Concrétisation de spiritualités alternatives

Arne Naess : « Le bien-être et l’épanouissement des formes de vie humaines et non-humaines sur Terre ont une valeur en elle-même (intrinsèque). Nous n’utilisons pas le terme de « vie » au sens technique, et nous l’employons aussi pour désigner des éléments que les biologistes considèrent comme non vivants : les rivières, les paysages, les champs, les écosystèmes, la terre vivante. Des slogans tels que « laissez vivre la rivière » illustrent bien cet usage du mot « vie », si répandu dans différentes cultures. Il n’y a que dans nos écoles occidentales que le terme « vivant « est exclusivement associé à la science de la biologie. Les espèces de plantes et d’animaux prétendument simples, inférieures ou primitives contribuent de façon décisive à la richesse et à la diversité de la vie. Elles ont une valeur en elles-mêmes et ne sont pas simplement des étapes dans l’avènement de formes de vie prétendument supérieures et rationnelles. »(Arne Naess, la réalisation de soi – éditions wildproject 2017). Applications :

– Terre-mère, constitutionnalisée ?

Il y a une différence de fond entre la sacralisation de la terre-mère et les religions « révélées » des monothéismes. Les dieux là-haut dans les cieux sont une invention abstraite et arbitraire de la pensée humaine : on peut faire dire à Dieu ce qu’on veut puisqu’il n’existe nulle part d’endroit où on peut dialoguer directement avec lui. Il faut toujours l’intermédiaire de livres et de paroles d’humains pour accéder à la foi. La Terre par contre est concrète, on peut la toucher et la ressentir physiquement. L’idée de Terre-mère, d’un autre rapport à la nature, cherche à se concrétiser dans des textes législatifs.

2008. Tout un chapitre de la Constitution Équatorienne de 2008 est dédié aux droits de la Nature ; son article 71 dispose que « la Nature ou Pacha Mama, où se reproduit et réalise la vie, a le droit à ce que soient intégralement respectés son existence, le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses  fonctions et ses processus évolutifs.  »

2009. Evo Moralès, président de la Bolivie, milite pour la reconnaissance de Pachamama, nom de la Terre mère dans les cultures indigènes. La Terre, dit-il, ne peut pas être considérée comme une simple ressource naturelle, elle est la maison de tous les êtres vivants. (Hervé Kempf « Pachamama » dans LE MONDE du 27-28 décembre 2009)

2019. Quatorze représentants de peuples indigènes de différents continents lancent un appel à protéger le caractère « sacré » de la nature et à s’opposer aux projets du président du Brésil Bolsonaro: « Nous, gardiens et enfants de la Terre Mère, peuples indigènes et alliés, notre sagesse et nos savoirs nous ont permis de constater que la vie sur la Terre Mère est en danger et que l’heure d’une grande transformation est arrivée. Nous appelons l’humanité à prendre des mesures pour protéger le caractère sacré de l’eau, de l’air, de la terre, du feu, du cycle de la vie et de tous les êtres humains, végétaux et animaliers. Il est vital de transformer notre approche de la nature en l’envisageant non comme une propriété, mais un sujet de droit, garante de la vie… Nous devons évoluer vers un paradigme basé sur la pensée et la philosophie indigènes, qui accorde des droits égaux à la Nature et qui honore l’interrelation entre toute forme de vie. Il n’y a pas de séparation entre les droits des peuples indigènes et les droits de la Terre Mère… Il est plus que jamais urgent que le monde adopte une Déclaration universelle des droits de la Terre Mère… (LE MONDE du 11 avril 2019, Appel des peuples indigènes : « Depuis l’élection de Jair Bolsonaro, nous vivons les prémices d’une apocalypse »)

– Droit des fleuves… à ester en justice.

1972. Christopher D.Stone : « Désormais il n’est plus nécessaire d’être vivant pour se voir reconnaître des droits. Le monde des avocats est peuplé de ces titulaires de droits inanimés : trusts, joint ventures, municipalités. Je propose que l’on attribue des droits juridiques aux forêts, rivières et autres objets dits « naturels » de l’environnement, c’est-à-dire, en réalité, à l’environnement tout entier. Partout ou presque, on trouve des qualifications doctrinales à propos des « droits » des riverains à un cours d’eau non pollué. Ce qui ne pèse pas dans la balance, c’est le dommage subi par le cours d’eau, ses poissons et ses formes de vie « inférieures ». Tant que l’environnement lui-même est dépourvu de droits, ces questions ne relèvent pas de la compétence d’un tribunal. S’il revient moins cher au pollueur de verser une amende plutôt que d’opérer les changements techniques nécessaires, il pourra préférer payer les dommages-intérêts et continuer à polluer. Il n’est ni inévitable ni bon que les objets naturels n’aient aucun droit qui leur permette de demander réparation pour leur propre compte. Il ne suffit pas de dire que les cours d’eau devraient en être privés faute de pouvoir parler. Les entreprises n’ont plus ne peuvent pas parler, pas plus que les Etats, les nourrissons et les personnes frappées d’incapacité. Le tuteur légal représente la personne incapable. Bien sûr, pour convaincre un tribunal de considérer une rivière menacée comme une « personne », il aura besoin d’avocats aussi imaginatifs que ceux qui ont convaincu la Cour suprême qu’une société ferroviaire était une « personne » au sens du quatorzième amendement (qui garantit la citoyenneté à toute personne née aux Etats-Unis). » (in les Grands Textes fondateurs de l’écologie, présentés par Ariane Debourdeau)

2017. Un fleuve considéré comme sacré par les Maoris a été reconnu par le Parlement néo-zélandais comme une entité vivante. Le Whanganui, troisième plus long cours d’eau du pays, s’est vu doter du statut de personnalité juridique, avec tous les droits et les devoirs attenants. Une décision qui pourrait être une première mondiale. La tribu locale luttait pour la reconnaissance de ses droits sur ce cours d’eau depuis les années 1870. « La nouvelle législation est une reconnaissance de la connexion profondément spirituelle entre l’iwi [tribu] Whanganui et son fleuve ancestral », a relevé le ministre de la justice,M. Finlayson. Ce statut aura pour traduction concrète que les intérêts du Whanganui (Te Awa Tupua pour les Maoris) seront défendus dans les procédures judiciaires par un avocat représentant la tribu et un autre le gouvernement. (Le Monde.fr avec AFP | 16.03.2017, En Nouvelle-Zélande, un fleuve reconnu comme une entité vivante)

Conclusion

Nicolas Hulot et le rapport au vivant : « Je pense que la spiritualité est le chemin que l’on cherche pour nous relier, parce que l’homme n’est pas le Tout, il est la fraction d’un Tout. Je me sens lié avec le vivant. Je ne me sens pas étranger ou dissocié. Je sens intimement que je fais partie d’un tout ; je n’arrive pas à le démontrer, mais je le ressens. Quand je fais eau commune avec des baleines, je n’ai pas une étrangère en face de moi. Nous sommes issus d’une même histoire, d’une même matrice. Et d’ailleurs la science nous l’a confirmé : il y a beaucoup de nous dans la baleine et il y a beaucoup de la baleine en nous. La fragmentation, les divisions qui sont les produits de la pensée, pour nous cataloguer dans des espèces, des races, dans des nationalités, pour moi tout ceci est abstrait. Notre civilisation s’emploie à nous désolidariser et à couper tous les liens avec le reste du vivant et à le  détruire. » (Extraits tirés du livre récapitulatif Crise écologique, crise des valeurs – Labor et Fides, 2010)

– L’avantage de l’écologisme sur les religions : L’écologie politique s’appuie sur la science écologique, elle repose sur des bases bio-physiques. Les recherches scientifiques sur l’état de la planète ne sont pas des constructions dogmatiques, reposant sur des arguments d’autorité, ellesont la particularité d’être réfutables si on en fait la démonstration. Leur registre n’est pas moral, il ne renvoie pas à des valeurs mais à des faits. La connaissance scientifique accumulée par les GIEC et bien d’autres instances d’analyse de l’air, de l’eau et du sol a l’immense mérite de nous représenter un bien commun en péril sans lequel on ne pourrait pas fonder des droits et des devoirs faute de moyens.

La place future de l’écologisme : Il s’agit de mettre en place une nouvelle éthique de la Terre. L’écologisme porte en lui un changement profond par rapport aux religions du livre (bible, nouveau testament, coran), un retour à une vision plus en phase avec les possibilités d’une vie viable, vivable et conviviale sur cette planète. Pour mieux se faire entendre du public, il est nécessaire de formaliser ce message par un terme générique. On peut parler de façon édulcorée de développement durable, de tournant culturel, de transition écologique ou de convivialisme. D’autres, plus incisifs disent simplicité volontaire, sobriété heureuse ou décroissance. Il semble pourtant que le drapeau « écologisme » se suffit à lui-même, il signifie que nous voulons nous relier à notre maisons commune, qui est à la fois notre maisonnée, la société et de façon globale la Terre. Mais l’écologie politique aura de dures controverses à affronter au cours du XXIe siècle, mélangeant connaissances scientifiques, contraintes socio-économiques et interprétations philosophiques. L’écologie politique connaîtra ses conciles, synodes et d’autres encycliques dans les siècles des siècles à venir ! Le risque de toute spiritualité, ce sont les extrémismes qui ne veulent pas s’exprimer dans le cadre démocratique…

Bibliographie complémentaire

1991 Genèse (la Bible et l’écologie) de John Baird CALLICOTT

2006 Les gémissements de la création (20 textes écolo) de Jean Paul II

2014 Dans les pas de Saint François d’Assise (l’appel de Jean-Paul II en faveur de l’écologie) de Marybeth Lorbiecki

Écoblanchiment, verdissage, le prix Pinocchio

Un prix pour récompenser « le meilleur du pire »*. Le prix Pinocchio 2020 vient d’être remis par Les Amis de la Terre et la Confédération paysanne à la multinationale Yara, fabricant norvégien d’engrais de synthèse. Cette récompense mal acquise distingue chaque année une entreprise pour son greenwashing, soit le décalage entre l’image vertueuse pour l’environnement qu’elle se donne et la réalité de ses actions.Yara vante ses services pour « une agriculture intelligente pour le climat ». Yara a dépensé plus de 11 millions d’euros depuis 2010 pour des activités de lobbying à l’échelle européenne. Les organisateurs des prix Pinocchio dénoncent « une agriculture basée sur l’utilisation intensive d’intrants chimiques, au détriment de la santé, des écosystèmes et du climat ». La multinationale a vu ses émissions de gaz à effet de serre augmenter de 20 % entre 2009 et 2017, la fabrication d’engrais chimiques nécessitant de l’hydrogène produit à partir d’énergies fossiles. Cette production est également responsables d’émissions de protoxyde d’azote, d’ammoniac et de pollutions de l’eau par les nitrates. Yara, qui a recueilli 40 % des 12 800 votes sur le site prix-pinocchio.org, était en lice face à deux autres mastodontes de l’agroalimentaire : Lactalis, marqué par le scandale en 2017 du lait infantile contaminé à la salmonellose, et Bigard, propriétaire de nombreux abattoirs en France. Voici notre article antérieur sur ce blog biosphere :

22 novembre 2013, pratiques néfastes des multinationales et prix Pinocchio

Et maintenant laissons la parole aux anti-écolos de service sur lemonde.fr, leurs propos se suffisent à eux-mêmes :

-Alazon- : Notez que pour le prix Pinocchio de l’écologisme on a l’embarras du choix : Thunberg et ses croisières sur un voilier en carbone à 4 millions, Hulot et ses six voitures à essence, de Rugy et ses homards, Duflot et ses vacances au bout du monde… On peut même décerner des tartuffes d’honneur.

MarxDarwin : Il faudrait rajouter des prix d’honneur pour l’ensemble de leur œuvre à la Conf pour pulvériser des tonnes de pesticides bio comme le cuivre qui pousse sur les arbres sans doute, pour les Vegans qui mange des céréales importés mélangés avec plein d’adjuvants au lieu de manger de la bonne viande locale, pour les éoliennes et parc photovoltaïques qui polluent les campagnes (mais pour le bien des villes…)…

Untel : Tous les ans je décerne aussi le ***Prix Untel***. Cette année il a été attribué à l’association « Que Choisir » pour avoir réclamé une augmentation des prix des aliments vendus dans la grande distribution. Il s’agit selon elle de mieux rétribuer les agriculteurs, juste revendication mais pas trop de la compétence d’une association de consommateurs dont le rôle est de défendre les prix bas.

le sceptique : J’ai été sur le site de Yara, ils ont un beau logo. L’entreprise a l’air sympathique. Merci aux Amis de la Terre et à la CP de m’avoir fait connaître cet acteur.

* LE MONDE du 25 février 2020, Le prix Pinocchio du « greenwashing » décerné au fabricant d’engrais chimiques Yara

Sexualité, seins nus et Cour de cassation

Pour la chambre criminelle de la Cour de cassation, montrer sa poitrine pour une femme est constitutif d’une exhibition sexuelle, délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Oui, vous avez bien lu, en France il y a une «  haute juridiction » qui a des pudeurs de biche effarouchée. Cette Cour a toutefois relaxé la militante qui avait exhibé sa poitrine au musée Grévin de Paris, en juin 2014, reconnaissant une « démarche de protestation politique »*. Les mœurs ont évolué, les poitrines nues peuvent se montrer dans des publicités, des magazines ou à la télévision, mais pas devant la Cour de cassation. Du point de vue des écologistes, cette atteinte judiciaire au nudisme, au naturisme et à la libre disposition de son corps semble anachronique et rétrograde. Les commentateurs sur lemonde.fr écrivent tout le mal qu’ils pensent de cet arrêt :

Fratern : Il faudra que nos éminents juristes prennent des cours d’anatomie. Les organes sexuels se trouvent un peu plus bas. « Un organe sexuel se définit comme un organe impliqué dans la reproduction des Hommes, des animaux mais aussi des plantes (le pistil ou les étamines). Chez la femme, l’organe sexuel est l’ovaire. Plus largement, le terme d’organes sexuels englobe la vulve, les petites et grandes lèvres, le clitoris, le vagin… En anatomie, le sein n’a pas de caractère sexuel.

Hein : les seins, c’est seulement un caractère sexuel secondaire ! Pour certaines cultures, on sait que les cheveux féminins ont un caractère sexuel. Pour d’autres, les pieds. Enfin, les cultures multiplient les « caractères sexuels secondaires » artificiels : les bijoux, le maquillage… En revanche, les seins servent à allaiter.

GGR : « Une exhibition sexuelle est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende »… Quand j’étais jeune, la plupart des femmes étaient topless à la page. Ça en aurait fait du monde en prison chaque été !

JFG : Argumentation étonnante de la part de la Cassation, qui ouvre une boîte de Pandore. L’article 222-32 (NCP) vise « l’exhibition sexuelle » mais sans définir, d’aucune manière, ce qu’elle recouvre. Face à ce flou, le gouvernement de l’époque avait été conduit à clarifier la notion sous-jacente par une simple circulaire. Circulaire tellement floue qu’elle a été attaquée en justice, avec raison et succès (cas réel : un homme se masturbe devant un groupe d’adolescentes dans un camping naturiste ; la circulaire lui fait droit parce que l’espace considéré est exempt de qualifications d’exhibition ; la logique prévaut, heureusement, à l’encontre de cette circulaire, et il est condamné). Boîte de Pandore parce que, demain, on peut manifester entièrement nu/e/s. La jurisprudence Cass retient la qualification d’exhibition sexuelle, mais aussi la « démarche de protestation politique » pour fonder la relaxe…

Franck : La cour de cassation vient de décrédibiliser l’intégralité de ces jugements. Un mec torse nu, est-ce de l’exhibition de sexuelle ? Il y a fort à parier que cette vieille institution ne le jugerait pas de la même manière.

Claude GISSELBRECHT : « Cachez ce sein que je ne saurais voir » … Nouvelle tartufferie ?

Lesgalapagos : Quand est ce qu’un corps humain ne sera plus un tabou pour les humains ? Toutes ces lois sur l’exhibition sexuelle ne sont que des ersatz religieux qui entendent continuer de dominer les humains avec leurs a priori.

Sur ce blog biosphere, nous considérons la nudité comme conforme à notre nature. Car nu nous naissons, et par la suite nous nous nous habillons ou déshabillons comme le veut notre bon plaisir… sans succomber aux effets de mode vestimentaires ni aux diktats religieux.

7 août 2018, Nudité ou burka sur les plages, à chacun son propre choix

5 janvier 2015, Christiane Lecocq, la liberté d’être complètement à poil

* LE MONDE du 28 février 2020, Les seins nus des Femen sont bien de l’exhibition sexuelle, juge la Cour de cassation

Textile, la planète victime de la mode

Déshabiller la Planète pour habiller nos jolies filles et leurs mecs… c’est l’objectif des défilés de mode pour une industrie textile qui pollue autant que les transports maritimes et aériens réunis. LE MONDE fait une double page (14 et 15) sur les nuisances de l’industrie textile, rubrique économie*. Mais dans le même numéro, elle balance une double page (24 et 25) sur la fashion week milanaise, rubrique styles**. Schizophrénie assurée. Ajoutons d’un côté un article de fond sur les excès textile de la société de consommation***. ET de l’autre notre écolo en chef, le schizophrène Macron du « en même temps », organise son soutien au secteur textile à l’Elysée*** : 200 convives au palais de l’Elysée invités par le président de la République, membres du comité exécutif de la Fédération de la haute couture et de la mode, personnalités haut placées dans l’organigramme des grands groupes français (Hermès, LVMH, Kering, Chanel..). Le message délivré par Emmanuel Macron était très clair : honorer la création à l’occasion de la semaine de la mode. Toujours l’économie qui supplante l’écologie, mais ce n’est plus pour longtemps : il y a le coronavirus, ET le changement climatique, ET le pic pétrolier, ET le stress hydrique… On s’habillera comme on pourra dans les temps à venir. Quelques références à retenir :

« Pas de mode sur une planète morte. » Samedi 15 février 2020 à Londres, les défilés de la Fashion Week ont rencontré les pancartes hostiles d’Extinction Rebellion. Au nom de la protection de l’environnement, le Conseil suédois de la mode avait déjà annulé la fashion week de Stockholm en juillet 2019. Le secteur de l’industrie textile est emblématique de tous les excès de la société de consommation – en particulier, l’obsolescence programmée des produits, le cycle infernal des promotions, la surconsommation de produits non nécessaires et la mondialisation de l’économie. Les enseignes de la fast fashion, en renouvelant constamment leurs collections, nous poussent à acheter à l’excès, avec un modèle de prix bas qui implique de produire dans des pays à faibles coûts de main-d’œuvre. On achète deux fois plus de vêtements qu’il y a vingt ans et on les porte deux fois moins longtemps ! Cette industrie émet 2 % des émissions globales de gaz à effet de serre et consomme 4 % de l’eau potable disponible sur Terre.Toutes sortes de produits chimiques, métaux lourds, solvants chlorés, acides, entrant dans le traitement des tissus, finissent dans la nature. Il faut inclure encore les impacts du transport d’un pays à l’autre, des emballages… Notre responsabilité de consommateurs est immense, il nous faut résister au processus imitation/ostentation mis en évidence par Thorstein Veblen dès 1899.

Patagonia avait montré la voie il y a dix ans déjà, lors d’une campagne qui a marqué : « Notre veste a un impact écologique, donc l’acte le plus responsable que vous puissiez faire est encore de ne pas l’acheter si vous n’en avez pas besoin. » Quelques articles antérieurs sur notre blog biosphere :

29 octobre 2008, La mode se cherche un modèle écologique, en vain

2 mai 2018, Tendance écolo à la mode, ne rien acheter de neuf

10 juillet 2016, À lire, Théorie de la classe de loisir de T.Veblen (1899)

4 mars 2013, pour des vêtements androgynes, non au luxe et à la mode

3 octobre 2009, la mode, la mode, la mode…

14 novembre 2008, l’indécence du luxe

* LE MONDE du 26 février 2020, La planète victime de la mode

** LE MONDE du 26 février 2020, La parenthèse milanaise, la procession Gucci, Le barnum Moncler…

*** LE MONDE du 26 février 2020, « L’industrie textile est emblématique de tous les excès de la société de consommation »

**** LE MONDE du 27 février 2020, Quand la mode défile à l’Élysée