spiritualités

vivre Noël autrement, une urgence écologique

Fin 2005, dix mouvements catholiques avaient lancé un appel « vivre Noël autrement » : « Jésus nous offre un monde nouveau, sans caddies pleins de cadeaux qui comblent les armoires et les décharges. » Des tracts invitaient à consommer moins et à se rapprocher de ses voisins avec lesquels la fête sera plus belle encore sans faire des kilomètres inutiles avec sa voiture, en offrant un peu de temps, un sourire, une oreille attentive, en inventant des gestes qui contribuent à sauver l’air, la terre, la mer, les forêts. Quelques rares familles ont donc essayé de montrer l’exemple.

En 2010, c’était la sixième campagne. L’idée de fond reste parfaite, avec ou sans Dieu : « Arrêtons l’hyper-Noël, faisons la paix avec la terre. » Mais ce mouvement reste marginal, sans le soutien officiel de son Eglise qui préfère lutter contre les préservatifs. En 2012, le mouvement continue et se radicalise : « On assiste à une marchandisation de ce qui est offert, c’est la loi du toujours plus. Certains revendent leurs cadeaux, sur Internet ou ailleurs. Et il en va de même pour la Création : des terres agricoles sont accaparées, des brevets sur les plantes sont déposés… Des millions d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable ou vivent dans un environnement pollué. Les dons de la Terre sont dilapidés, gaspillés, abîmés. » Si vous voulez en savoir plus,

SEPTIEME CAMPAGNE « NOEL-AUTREMENT »

Alors que le budget consacré en 2011 par les Français à l’achat des cadeaux de Noël est de 270 euros, en augmentation de 22 % sur l’an dernier, il nous semble nécessaire de penser autrement ! Sur LE MONDE*, on nous parle d’un « Noël alternatif » et on nous dirige vers le site http://www.mescoursespourlaplanete.com/  

« Il est bon de ne pas perdre de vue que dans la plupart des pays du monde, en tout cas tant qu’il n’a pas été complètement conditionné par les publicités, un enfant sait s’amuser avec presque n’importe quoi… Une brindille, un caillou, ou une simple boîte en carton – et son imagination prend le pouvoir… »

* LE MONDE du 17 décembre 2011, rubrique « C’est tout net ! »

le onzième commandement

De la part de Michel Tarrier, en résumé :

« Où est ce Onzième commandement ? Par exemple La Terre tu respecteras ! Les ressources, les plantes et les bêtes tu honoreras ! Tu aimeras ta planète comme toi-même ! Jamais, dans le confessionnal, je n’ai entendu : Alors, mon fils, as-tu piétiné une plante, écrasé une chenille, t’es-tu réjoui du spectacle du cirque ou du zoo, t’es-tu détourné des beautés de la création ? Seulement : Alors, mon fils, as-tu eu de mauvaises pensées ? As-tu mal agis envers Notre Seigneur ? Confesse-toi, mon fils… ! Quand on a une dizaine d’années et que l’on s’agenouille, on peut toujours avouer qu’on a volé trois sous dans le porte-monnaie de maman, histoire d’en être absout, comme il se doit.

Les péchés branchés étaient ceux en relation avec le génital, la propriété, la vie de l’homme, mais rien qui puisse avoir un quelconque rapport avec le végétal, l’animal ou le paysage. Pour le théocrate, la Nature est une création froide, ne méritant pas l’adoration. La Nature a créé l’humanité, Nature et humanité sont indissociables. Non ? Au sein de l’incommensurable fatras mystificateur de l’Église, ce ne sont pourtant qu’échafaudages pour opposer humanité et Nature. Avant de pénétrer dans l’arène, le torero se signe de la croix, on tue le cochon le jour du saint patron, la messe de la Saint-Hubert consacre la chasse à courre…

Selon les traditions bibliques, les Dix Commandements sont tous exclusivement axés sur une morale anthropocentriste. L’absence d’une onzième parole d’essence environnementale, l’inexistence de toute faute à l’endroit du Vivant et de la biosphère, font que depuis 6 000 ans le judaïsme et le christianisme incitent à une inconduite totale vis-à-vis de la Nature. Cet oubli essentiel du décalogue est posé avec insistance depuis les années 1970. »

Sur ce blog, nous allons plus loin que Michel Tarrier. Nous estimons que n’avons nul besoin des dix commandements de  la tradition biblique, les dix commandements de la Biosphère sont déjà inscrits sur Internet et remplacent avantageusement les vieilles traditions inutiles.

les péchés capitaux des citoyens ordinaires

Notre ami Alain Hervé l’écrit* : La luxure est devenue pornographie, la gourmandise gastronomie, la paresse un savoir-vivre, l’orgueil la réussite sociale, l’envie l’esprit de compétition, l’avarice la spéculation et la colère une saine agressivité. Non seulement nous célébrons les sept péchés capitaux, mais nous en avons inventé d’autres, symptômes du déréglement généralisé actuel :

  • la vitesse fait l’objet d’un véritable culte du record, faisant oublier les bénéfices de la lenteur ;
  • la surconsommation devient une règle absolue, jusqu’à l’obésité ;
  • le luxe reste obscène en ces temps de famine somalienne ;
  • le tourisme du « tout voir sans rien voir » remplace l’amour du voyage ;
  • la médiatisation des faits divers éclipse l’effondrement de notre civilisation ;
  • la productivité forcenée remplace l’art de l’artisan ;
  • la sécurité obsessionnelle mobilise un hélicoptère pour « sauver » une touriste qui s’est foulée la cheville.

    * L’Ecologiste n° 35, octobre-décembre 2011

acquis ou inné ? l’apprentissage de l’amour (maternel)

La spécificité du cerveau humain fait que l’acquis détermine notre comportement. Les gènes délimitent seulement la multiplication de nos neurones et c’est la confrontation avec l’environnement qui va donner sa densité à nos capacités cérébrales. A l’âge adulte, on estime qu’un cerveau humain contient 10 à 100 milliards de neurones, chacun établissant avec les autres environ 10 000 contacts synaptiques. A comparer avec les 20 000 à 25 000 gènes que contient notre ADN. Le programme génétique ne fixe pas notre destin, c’est notre plasticité cérébrale qui conditionne nos pensées et nos actes. Les gènes en permettant la prolifération de nos cellules cérébrales, desserrent l’étau des comportements innés auxquels sont si étroitement assujettis les autres animaux.

Entre l’inné et l’acquis, la neuroscientifique Angela Sirigu* ne tranche pas, son discours reste très ambigu : « Le rôle des gènes dans l’expression du comportement est aujourd’hui accepté (…) Certains comportements semblent contrôlés par l’action d’un gène unique (…) Exemple, la souris chez qui l’action du gène de l’ocytocine** (OXT) est supprimée, perd tout comportement maternel. Doit-on considérer ce résultat pertinent pour le comportement humain ? Je pense que oui (…) Mais établir de manière certaine des liens entre gènes et comportement reste difficile (…) L’environnement change l’expression des gènes (épigenèse)… » L’exemple de la souris est maladroit, il n’y a pas de comparaison possible entre les capacités cérébrales de cette espèce et la nôtre. La société humaine fait de l’amour maternel ce qu’elle veut. Précisons.

La procréation étant naturelle, on imagine qu’au phénomène biologique de la grossesse doit correspondre une attitude maternelle prédéterminée, instinctive. Sitôt l’agneau venu au monde, sa mère le lèche longuement et le débarrasse du liquide amniotique qui recouvre son pelage. Dans le même temps survient une modification de l’activité des neurones de son bulbe olfactif qui intensifie la mémorisation par son cerveau de l’odeur du petit. Moins de deux heures plus tard, quand il manifestera le désir de téter, la mère le laissera faire. Seul celui qu’elle aura léché – et donc flairé à la naissance – aura  droit à ce privilège. Mais n’importe quel autre nouveau-né ferait l’affaire, pour peu que son odeur soit première ; on pourrait ainsi  trouver une mère adoptive pour n’importe quel agneau. Même si le conditionnement génétique autorise les mères de substitution, la relation mère-agneau est bien inscrite dans le programme biologique de cette espèce animale. Tout comportement universel chez une espèce tend à prouver une détermination génétique. Mais la femme s’éloigne de la femelle, il n’y a pas d’odeur ou de gène qui guiderait son comportement.

Elisabeth Badinter montre que l’amour maternel ne va pas de soi, il est « en plus ». Un lieutenant de police constatait en 1780 que sur les 21 000 enfants qui naissaient annuellement à Paris, mille à peine sont nourris par leur mère, mille autres, des privilégiés, sont allaités par des nourrices à demeure ; tous les autres quittent le sein maternel pour le domicile plus ou moins lointain d’une nourrice mercenaire. Nombreux sont les enfants qui mourront sans avoir jamais connu le regard de leur mère et ceux qui reviendront quelques années plus tard sous le toit familial découvriront une étrangère dans celle qui leur a donné le jour. Cet exemple parmi d’autres contredit l’idée répandue d’un instinct propre également à la femelle et à la femme. Toutes les études faites montrent en effet qu’aucune conduite universelle et nécessaire de la mère ne peut être mis en évidence. Au contraire, on constate l’extrême variabilité des sentiments des mères selon leur culture, leurs ambitions, leurs frustrations.

Il n’y a pas de comportement humain inscrit par la nature, génétiquement programmé. C’est notre liberté, mais c’est aussi le lourd fardeau de notre responsabilité. Une mère peut tuer son nouveau-né, y compris avec délectation. Comme l’espèce humaine peut  éradiquer entièrement une autre ethnie ou une autre espèce animale, avec délectation… Arrêtons de gloser sur l’acquis et l’inné, améliorons notre apprentissage social pour mieux aimer son prochain et la biosphère !

* LE MONDE du 19 novembre 2011, Comportement humain : héritage ou apprentissage ?

Bruckner etc, écolophobie et réalisation de l’apocalypse

L’article de Stéphane Foucart* liste les livres qu’il ne faut pas acheter. Une bonne partie de ces écolophobes ont déjà eu les honneurs de notre blog :

–          Le fanatisme de l’apocalypse de Pascal Bruckner

–          L’apocalypse n’est pas pour demain de Bruno Tertrais

–          Les prêcheurs de l’apocalypse de Jean de Kervasdoué

–          L’imposture climatique de Claude Allègre

–          Le Mythe climatique de Benoît Rittaud

–          CO2, Un mythe planétaire de Christian Gérondeau

–          La Légende de l’effet de serre de François Meynard

–          La Servitude climatique de Jean-Michel Bélouve

–          L’écologiste sceptique de Bjorn Lomborg

Ces « intellectuels » veulent pourfendre « l’intégrisme vert » alors qu’ils ne sont que des intégristes à la solde du libéralisme économique. Leurs livres utilisent des arguments mensongers pour étayer leur écolophobie. On y retrouve chez certains les mêmes fables sur le DDT qui aurait fait des millions de morts, si ce n’est des dizaines de millions. Car ils recyclent en boucle les éléments de langage qui courent sur Internet, et qui découlent de site orienté comme le Competitive Entreprise Institute, un lobby en lutte contre toute forme de régulation environnementale de l’économie. L’écolophobie prospère sur des points de vue à l’allure scientifique rédigés par des faux spécialistes, le plus souvent rémunérés par les lobbies du carbone. Plus subtile la référence à un travail scientifique ancien, mais rejeté depuis par les autres spécialistes de la discipline. Les climatosceptiques français reprennent ce qui circule sur Internet, ils font de l’attaque virale contre la bonne information. Même le GIEC, structurellement conçu pour produire les rapports scientifiques les plus conservateurs possibles, a été attaqué ! Même les commentateurs du monde.fr ne se privent pas d’étaler leur écolophobie. Comme conclut Stéphane Foucart : « En revanche, le débat sur la manière dont nous devons nous adapter au changement climatique, nous ne l’avons pas eu ».  Ni d’ailleurs le débat sur le pic pétrolier, l’extinction des espèces ou le nécessaire combat contre la toute puissance des patrons. Il n’y a plus de conscience révolutionnaire, il n’y a pas encore de conscience écolo.

Aux Etats-Unis**, une partie de la population était même d’accord avec les conneries de Sarah Palin, colistière du candidat McCain à la présidentielle de 2008 du type « Drill, baby, drill ! » (Fore, chéri, fore !). Sarah demandait d’ouverture des forages dans la réserve naturelle de l’Arctique, ne croyait pas à la responsabilité de l’homme dans les changements climatiques, clamait que c’est la volonté de Dieu de construire un gazoduc géant à travers l’Alaska. Ses deux précédentes élections avaient été sponsorisées par BP et Veco ! A cause des écolophobes français, américains ou d’ailleurs, l’apocalypse devient certaine…

* LE MONDE du 5 novembre 2011, Haro sur les écolos !

** AMERICAN ECOLO d’Hélène Crié-Wiesner (éditions delachaux et niestlé, 2011)

 

allégeance aux armes, guerres du climat

L’UMP souhaite instaurer un « serment d’allégeance aux armes ». Tous les jeunes Français arrivés à l’âge de la majorité seraient tenus de prêter serment aux armes, c’est-à-dire de s’engager, si les circonstances l’exigeaient, à  » servir le pays sous les armes françaises « . Cette prestation de serment se ferait à l’occasion de la journée d’appel à la défense ou au moment de l’acquisition de la nationalité française… M. Copé insiste : « Je fais mienne la devise de John Fitzgerald Kennedy : ‘Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays’. Nous sommes dans une logique de droits et de devoirs. » (Source : LEMONDE.FR | 20.09.11  | »Serment d’allégeance aux armes »)

A défaut d’économiser nos ressources et nous sauver en même temps que la planète, l’UMP préfère préparer les mentalités pour aller conquérir les territoires et piller les ressources. Comme l’exprime Harald Welzer dans son livre Les guerres du climat, « les conflits d’espace vital et de ressources auront, dans les décennies à venir, des effets radicaux sur la forme que prendront les sociétés occidentales… Les menaces extérieures sont une cause de cohérence interne. Percevoir l’acte de tuer comme un acte de défense est, pour tous les coupables de génocides, un élément important de la légitimation qu’ils se confèrent et des pleins pouvoirs qu’ils s’attribuent. »

Cette dérive du militarisme UMP est d’autant plus grotesque que le service de défense nationale en France n’est pas supprimé, mais seulement suspendu. Tous les jeunes qui passent à la JAPD ont en fait effectué une journée d’incorporation, en attendant la suite !  Mais il ne faut pas oublier non plus que le statut des objecteurs de conscience, opposé à l’usage des armes, n’est lui aussi que suspendu. L’UMP compte-t-elle aussi déchoir de la nationalité les objecteurs de conscience ? Ça promet !

Enfin Copé fait une mauvaise interprétation des paroles JF. Kennedy. Faire quelque chose pour son pays ne veut pas dire nécessairement prendre les armes. Une autre expression de JF. Kennedy est beaucoup plus claire : « La guerre existera jusqu’au jour lointain où l’objecteur de conscience jouira du même prestige que le guerrier. »

connaître l’écologie profonde

La notion d’écologie profonde, introduite par le philosophe norvégien Arne Naess au début des années 1970, permet d’abord de se différencier d’une écologie superficielle, du type capitalisme vert ou croissance verte. Ensuite l’écologie profonde pose les fondements d’une morale qui remet en question l’anthropocentrisme dominant. Enfin l’écologie profonde a pour ressort d’action la non violence.

Mais ce triple message n’est pas connu en France, d’où des interprétation fausses qui se retrouvent dans beaucoup d’ouvrages écrits par des Français depuis les errements du livre de Luc Ferry en 1992, « Le nouvel ordre écologique ».

1/5) Qui était vraiment Arne Naess ?

Le 12 janvier 2009, Arne Naess est mort à l’âge de 96 ans. Philosophe atypique, Arne Naess s’est surtout fait connaître en tant que fondateur de l’« écologie profonde ». En Norvège, sa disparition a donné lieu à un hommage national. Considéré par les positivistes logiques comme un des éléments les plus prometteurs du Cercle de Vienne, Arne Naess ne se ralliera jamais à leur thèse d’une réduction de la philosophie à l’analyse logique du langage, ni à l’idée que l’on puisse congédier l’ensemble des énoncés de la métaphysique au rang de non-sens. En 1938, Naess est nommé professeur de philosophie à l’université d’Oslo. Débute alors pour lui à 27 ans une carrière universitaire des plus brillantes. Arne Naess y met fin en 1969, lorsqu’il abandonne prématurément l’université : il préfère « vivre plutôt que fonctionner ».

Il s’engage dans la cause écologiste et, dès 1970, élabore son concept d’écologie profonde, en opposition à l’écologie dite « superficielle » qui se focalise uniquement sur la réduction de la pollution et la sauvegarde des ressources matérielles en vue de garantir le niveau de vie actuel des sociétés riches. A l’inverse, l’écologie profonde s’inscrit dans le long terme et place la réflexion écologique au niveau métaphysique (elle est « écosophie ») afin de transformer durablement la conception moderne du rapport de l’homme à la nature. Naess propose ainsi de substituer à l’image de l’homme-dans-son-environnement une vision relationnelle du monde qui rejette l’anthropocentrisme, et défend la thèse de l’ « égalité biosphèrique », à savoir le droit égal pour tous les êtres vivants de vivre et de s’épanouir en raison de la valeur intrinsèque de chacun.

En sus de l’élaboration de ces grandes thèses philosophiques qui ont donné lieu à un très grand nombre de discussions relativement scolastiques dans le cadre du développement de l’éthique environnementale sur les campus américains, Naess aura toujours prôné la nécessité d’une action militante comme une donnée essentielle de l’écologie profonde. Il se distingue notamment lors des manifestations anti-barrage de Mardöla en 1970, et d’Alta en 1980. On pourra regretter que l’écologie profonde nous soit parvenue en France sous l’effet de la caricature absurde, réduisant l’égalitarisme biosphèrique à une forme d’antihumanisme fascisant*. Il n’en a pas fallu beaucoup non plus pour que la position, certes radicale, des écologistes profonds en faveur d’une réduction de la population humaine comme vecteur important de l’amélioration de la condition humaine et de la planète ne réveille chez certains les peurs génocidaires.

Espérons que la mort d’Arne Naess nous donnera l’occasion de relire une oeuvre jamais marquée par les certitudes, profondément ouverte et tolérante, humaine et pacifiste, fortement imprégnée de la pensée de Spinoza et de Gandhi – à l’heure ou l’écologie, récupérée par les sirènes du marketing, plonge de plus en plus dans l’impensé.

* Le Nouvel Ordre écologique de Luc Ferry est l’exemple le plus emblématique de cette interprétation.

Source : Charles Ruelle in l’Ecologiste n° 28, avril-juin 2009

2/5) écologie superficielle/écologie profonde, une polémique franco-française

Il semble encore difficile aujourd’hui en France de parler de deep ecology (écologie profonde) sans se sentir obligé de s’en démarquer. Cette notion reste prise dans une polémique désuète qui garde une certaine force de nuisance. Cette polémique est liée à la parution du livre de Luc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique, qui a eu un effet dévastateur. Il assimile la deep ecology aux deux plus grandes frayeurs des Modernes : un retour à l’obscurantisme et, pour ceux que cela ne découragerait pas, une théorie potentiellement fasciste. Ce livre a donc créé un cordon sanitaire laissant la pensée écologiste à l’extérieur de la Cité intellectuelle française.

Contrairement à la confusion que fait Luc Ferry dans son livre, la notion de deep ecology n’est pas américaine, mais a été forgée par le philosophe norvégien Arne Naess. Ce dernier a construit cette notion pour créer une différence théorique et politique avec une position écologique qu’il appelle « superficielle » (shallow ecology). Par là, il opposait au type d’action « luttant contre la pollution et l’épuisement des ressources » le fait de repenser radicalement notre mode de vie, notre mode de consommation comme notre conception du monde – politiques, morales et ontologiques. Cette distinction est proche de celle que l’on peut trouver aujourd’hui chez les intellectuels qui s’attachent à distinguer l’écologie politique de ce qu’ils appellent le « capitalisme vert », c’est-à-dire une façon de prendre en compte la nouvelle donne écologique à l’intérieur du capitalisme, plutôt que d’y voir une nouvelle invitation à le combattre.

La distinction faite par Naess est donc politique et porte principalement sur la différence que crée le fait d’accepter ou non de changer nos modes de vie comme notre manière de pensée. Cette distinction peut être considérée comme un opérateur posant la question de l’articulation de la morale et de l’économie. En ce sens, comme en bien d’autres, Naess est un précurseur. Il a proposé cette distinction en 1973, en pensant déjà aux récupérations dont l’écologie serait de plus en plus l’objet dans le futur. De ce point de vue, mon travail de philosophe peut être considéré comme une version de la deep ecology.

Source : Propositions pour une écologie pragmatique d’Emilie Hache (Les empêcheurs de penser en rond, 2011)

3/5) Pour une réalisation de Soi avec l’écologie profonde

En 1973, le philosophe norvégien Arne Naess lança le mouvement de l’écologie profonde, la philosophie préférée des militants écologistes radicaux. Depuis le concept de « Réalisation de Soi » a acquis une importance centrale. Le S majuscule est important, car il permet de distinguer ce sens écologique de la réalisation de soi totalement égocentrique qui caractérise la décennie 1980. Ainsi que Naess l’a expliqué, sa doctrine a été inspirée par la métaphysique hindoue :

En tant que disciple et admirateur de l’action directe et non violente de Gandhi depuis les années 1930, je suis inévitablement influencé par sa métaphysique. La description que Gandhi fait de son but ultime peut paraître étrange à beaucoup d’entre nous. A travers le soi élargi, tous les êtres vivants sont intimement liés, et il résulte de cette intimité une capacité d’identification dont la pratique de la non-violence est la conséquence directe (Self realisation, 1988).

Puisque le soi essentiel de chaque personne, animal ou plante est le même (au sens le plus fort du terme, dans la mesure où il est littéralement identique au Soi qui se trouve partout ailleurs), nous sommes conduits à l’empathie et à la compassion. Nous ne pouvons nous enrichir aux  dépens des autres – qu’ils soient d’autres êtres humains ou d’autres êtres naturels : tous sont des manifestations éphémères d’un être unique et indivisible.

L’adepte australien de l’écologie profonde John Seed exprime la conception élargie de la réalisation de Soi chez Naess en des termes plus appropriés d’un point de vue métaphysique, mais également de façon plus succincte et plus concrète :

A mesure que nous intériorisons les implications de l’écologie, nous nous identifions à toutes les formes de vie. L’aliénation s’estompe. « Je protège la forêt tropicale » se transforme en « je suis un élément de la forêt tropicale se protégeant lui-même ». Je suis cet élément de la forêt tropicale chez lequel la pensée est récemment apparue (John Seed, Anthropocentrism : Appendix E in Bill Deval and George Sessions, Deep Ecology: Living As if nature Mattered – 1985).

Nous devons nous préoccuper de la protection de la nature pour des raisons d’intérêt personnel, dans la mesure où notre survie dépend du fonctionnement de la biosphère. Mais nous devons aussi prendre soin de l’environnement naturel, car notre identité individuelle et collective dépend à la fois de l’intégrité des biorégions et de l’ensemble de la biosphère. L’éthique environnementale est élaborée sur des bases scientifiques et sur des fondements conceptuels qui ne sont pas cartésiens. Le dualisme du sujet et de l’objet, du soi et de l’autre, est dépassé.

Source : Pensées de la terre de J.Baird Callicott (Wildproject, 2011)

4/5) l’épanouissement de la vie humaine et non humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque

La question de la valeur intrinsèque a été reprise régulièrement par les différentes éthiques environnementales. Mais comment fonder cette intuition morale ?

Selon le schéma kantien, il n’y a de valeur utilitaire, esthétique ou morale qu’en vertu de l’attribution d’un sujet, c’est pourquoi « sans les hommes, la création tout entière ne serait qu’un simple désert inutile et sans but final ». Seuls les hommes sont pour Kant sujets et dignes d’être considérés comme des valeurs ou des fins en soi. Mais Rolston et Taylor ne limitent pas la sphère de la moralité à la stricte humanité. Dans la nature, il existe de nombreuses stratégies adaptatives : tous les êtres vivants animaux et végétaux, s’emploient à préserver leur existence et à se reproduire, en ayant recours à des stratagèmes qui sont autant de moyens mis au service de fins. Pour Arne Naess, une acception de l’humanisme, fort insuffisante, valorise l’homme en faisant de lui le seul sujet de droit. Nous devons nous délivrer de cette conception dominatrice de l’homme ; les hommes ne construisent pas tout seuls leur monde. Il faut déconstruire l’idéologie parasite par laquelle les hommes légitiment leur comportement destructeur à l’encontre de la Terre.

Pour Naess, une écologie superficielle se soucie exclusivement des problèmes de pollution, de l’épuisement des ressources non renouvelables, son enjeu inavoué étant de garantir le niveau de vie actuel des sociétés riches. L’écologie dite profonde analyse les racines culturelles de la crise écologique pour interroger notre conception du monde. C’est une écologie originale en ce qu’elle se situe d’emblée sur le terrain métaphysique : en changeant la façon dont les hommes se pensent eux-mêmes, dont ils envisagent leur place dans la nature, on modifie indirectement la façon dont ils s’y comportent. Puisque le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine ou non humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque, ils ne peuvent être définis en fonction de l’utilité que l’homme projette sur le monde non humain : « La valeur intrinsèque d’un objet naturel est indépendante de toute conscience, intérêt ou jugement d’un être conscient. »

Mais il y a de la marge pour la discussion des priorités. La ligne de front de la crise environnementale, longue et variée, offre de la place pour tout le monde !

Source : Philosophie et écologie d’Anne Dalsuet (éditions Gallimard, 2010)

5/5) Deux flagrants délits de méconnaissance de l’écologie profonde

Jean AUBIN, La tentation de l’île de Pâques (piller la planète jusqu’à l’effondrement) (LME, 2010)

– Le texte de Jean Aubin : « La disparition prématurée de l’espèce humaine n’est pas totalement exclue. Tant mieux répondent certains tenants de l’écologie profonde… Pour ceux-ci, l’homme, superprédateur, est devenu une espèce malfaisante. Le mieux qui puisse arriver est qu’elle disparaisse pour laisser vivre la planète. Cette attitude de haine contre l’homme s’oppose totalement à notre regard. Nous partons ici d’un a priori humaniste… » (page 27)

– Notre analyse, envoyée à Jean Aubin : L’expression « certains tenants » (de l’écologie profonde) permet de pouvoir relayer n’importe quelle rumeur, mais ce n’est pas très moral vis à vis de ceux qui savent vraiment ce que deep ecology veut dire. Jean Aubin reprend des accusations qui se retrouvent chez des gens comme Luc Ferry ou Claude Allègre dans l’intention de nuire.

Le terme d’écologie profonde a été introduit par Arne Naess dans un article de 1973 « The shallow and the deep, long-range ecology movements ». On peut maintenant lire Arne Naess en langue française (éditions wildproject). Cette philosophie repose sur l’épanouissement de Soi, ce n’est pas un anti-humanisme mais au contraire un humanisme élargi. Loin de vouloir la disparition de l’espèce humaine, elle repose sur l’art de débattre et convaincre selon les méthodes gandhienne de la non violence.

– Réponse de Jean AUBIN : « Reproche  mérité ! L’expression,  « certains tenants » permettait, me semblait-il, d’apporter une distinction suffisante, mais cela  ne semble pas être le cas : ma phrase reste  maladroite et  peut sembler jeter  le discrédit sur ce courant de pensée. Peut-être aurais-je dû écrire  certains déviants, ou mieux, ne rien écrire du tout sur un courant de pensée que je connais trop mal pour en parler… ça m’apprendra à ne pas faire le malin en parlant de ce qu’on connaît mal. Je vais essayer de trouver le temps de me familiariser davantage avec l’écologie profonde… »

 

Jean-Marc JANCOVICI, Changer le monde, tout un programme (calmann-lévy, 2011)

Le texte de Jean-Marc Jancovici : « Reflet probable d’une misanthropie sous-jacente, et parfaitement explicite dans la deep ecology des militants historiques de l’environnement, pour qui l’homme est plus un gêneur à évacuer par la force qu’une espèce en danger (alors que c’est bien le cas !), une bonne partie des discours sur la défense de la planète n’ont eu de cesse d’opposer homme et nature, comme si défendre l’environnement sur une planète sans hommes avait un sens. »

Notre analyse, envoyée à Jean-Marc Jancovici :

En page 197, vous accusez la « deep ecology » de pensées qui ne sont pas les siennes. L’écologie profonde a été initiée par un philosophe norvégien, Arne Naess. Il ne s’agit nullement de misanthropie comme vous l’affirmez, encore moins d’« opposer homme et nature » et de penser que « l’homme est un gêneur à évacuer par la force ».

Dans son livre écrit dans les années 1970, l’adepte de la non-violence Arne Naess expose les fondements d’une nouvelle ontologie (étude de l’être en soi) qui rend l’humanité inséparable de la nature. Si nous saisissons cette ontologie, alors nous ne pourrons plus endommager gravement la nature, sans nuire en même temps à une partie de nous-mêmes. Ce point de départ doit permettre de mettre en place une éthique et d’agir en pratique.

Réponse de Jean-Marc Jancovici : « Merci pour cette précision, et désolé pour la confusion. Par ce propos je visais les militants radicaux (et donc j’ai utilisé « deep » au sens de «  »extrêmes » – qui ne se revendiquent peut-être pas de la philosophie d’Arne Naess) et que je vois un peu trop souvent considérer que bien préserver la nature, c’est avant tout souhaiter des misères pour les gens ! »

 

écologie profonde dans LeMonde !

La philosophie de l’écologie profonde subit en France un ostracisme de la part d’une certaine élite pensante. Voici une réponse* à la position de JC Rufin  qui nous paraît judicieuse :

« Jean-Christophe Rufin (LeMonde du 21 décembre 2010) analyse l’idée que la justice est un impératif supérieur au droit, si bien qu’une juste cause rendrait licite l’usage de tout moyen d’action, fut-il illégal.

Il utilise ainsi l’opposition classique entre légalité et légitimité, mais il mélange deux pratiques différentes. La méthode machiavélique, au service des princes qui nous gouvernent, selon laquelle la fin justifie les moyens. Et la méthode gandhienne pour qui la fin est dans les moyens comme l’arbre dans la semence.

Jean-Christophe Rufin persiste, en effet, dans sa condamnation aveugle de l’écologie profonde en écrivant : « S’appuyant sur une philosophie élaborée (l’écologie dite « profonde »), ces mouvements n’hésitent pas à s’en prendre à l’homme en tant que représentants d’une espèce honnie, responsable à leurs yeux de tous les maux. Ils sont de plus en plus portés à l’action violente et attentent régulièrement à la sécurité des personnes et des biens. »

Jean-Christophe Rufin ne connaît donc rien à l’écologie profonde qui est une philosophie de la non-violence qui respecte profondément les humains et tente simplement de convaincre. S’il peut y avoir, dans des cas extrêmes, atteinte aux biens, il n’y aura jamais agression de personnes. Arne Naess**, disciple de Gandhi, dit par exemple: « L’un des principaux aspects de nos actions est d’attirer l’attention du public. La condition du succès est alors dépendante de notre capacité à confirmer l’hypothèse suivante : si seulement l’opinion publique savait ce que les écologistes défendent, alors la majorité des gens serait de leur côté. L’expérience accumulée ces dernières années indique que le point de vue écologique avance grâce à une communication politique non-violente qui mobilise à la racine. » (Ecologie, Communauté et style de vie, 1976) »

* Courrier du jour (LeMonde du 30 décembre 2010, p.22 en dernière page)

** Le philosophe norvégien Arne Naess est l’initiateur de l’écologie profonde

pour un Noël écolo (6/6)

Fin 2005, dix mouvements catholiques avaient lancé un appel « vivre Noël autrement ». L’association Pax Christi avait été rejointe par le Secours catholique et le Comité catholique contre la faim. Ils avaient diffusé une affichette avec le slogan : « Noël, bonne nouvelle pour la Terre » puisque « Jésus nous offre un monde nouveau, sans caddies pleins de cadeaux qui comblent les armoires et les décharges. » Les tracts invitaient à consommer moins et à se rapprocher de ses voisins avec lesquels la fête sera plus belle encore sans faire des kilomètres inutiles avec sa voiture, en offrant un peu de temps, un sourire, une oreille attentive, en inventant des gestes qui contribuent à sauver l’air, la terre, la mer, les forêts. Les associations mentionnent un texte de Jean Paul II publié en 1990 et consacré à la protection de l’environnement : « La société actuelle ne trouvera pas de solution au problème écologique si elle ne révise pas sérieusement son style de vie. » Quelques rares familles ont donc essayé de montrer l’exemple.

En 2010, c’est donc la sixième campagne du collectif chrétien Vivre Autrement : « Terre eau, air, paix, santé, éducation, justice, autant de biens communs indispensables à tous et pourtant menacés : pollution, gaspillage, réformes des services publics, brevetage du vivant, conflits… En ce temps de Noël, le collectif propose de réfléchir aux conditions de la préservation de ces biens communs et de leur partage entre tous. Car préserver ces biens communs passe par des gestes relevant de la responsabilité individuelle, mais aussi par une régulation qui est du ressort de tous, responsables politiques et citoyens. » L’idée de fond est parfaite : « Arrêtons l’hyper-Noël, faisons la paix avec la terre. » Mais ce mouvement reste marginal, sans le soutien officiel de son Eglise qui préfère lutter contre les préservatifs.

Le dieu de la Bible est trop anthropocentrique pour que les fidèles échappent aux gaspillages des fêtes de Noël. Leurs enfants ne savent pas le Christ est né dans la plus pauvre des conditions, ils attendent eux-aussi avec impatience d’ouvrir le suremballage de leurs cadeaux. Pour un Noël écolo, il nous faut supprimer le père Noël et rechercher une spiritualité plus proche de la Nature.

pour un Noël écolo (6/6)

Fin 2005, dix mouvements catholiques avaient lancé un appel « vivre Noël autrement ». L’association Pax Christi avait été rejointe par le Secours catholique et le Comité catholique contre la faim. Ils avaient diffusé une affichette avec le slogan : « Noël, bonne nouvelle pour la Terre » puisque « Jésus nous offre un monde nouveau, sans caddies pleins de cadeaux qui comblent les armoires et les décharges. » Les tracts invitaient à consommer moins et à se rapprocher de ses voisins avec lesquels la fête sera plus belle encore sans faire des kilomètres inutiles avec sa voiture, en offrant un peu de temps, un sourire, une oreille attentive, en inventant des gestes qui contribuent à sauver l’air, la terre, la mer, les forêts. Les associations mentionnent un texte de Jean Paul II publié en 1990 et consacré à la protection de l’environnement : « La société actuelle ne trouvera pas de solution au problème écologique si elle ne révise pas sérieusement son style de vie. » Quelques rares familles ont donc essayé de montrer l’exemple.

En 2010, c’est donc la sixième campagne du collectif chrétien Vivre Autrement : « Terre eau, air, paix, santé, éducation, justice, autant de biens communs indispensables à tous et pourtant menacés : pollution, gaspillage, réformes des services publics, brevetage du vivant, conflits… En ce temps de Noël, le collectif propose de réfléchir aux conditions de la préservation de ces biens communs et de leur partage entre tous. Car préserver ces biens communs passe par des gestes relevant de la responsabilité individuelle, mais aussi par une régulation qui est du ressort de tous, responsables politiques et citoyens. » L’idée de fond est parfaite : « Arrêtons l’hyper-Noël, faisons la paix avec la terre. » Mais ce mouvement reste marginal, sans le soutien officiel de son Eglise qui préfère lutter contre les préservatifs.

Le dieu de la Bible est trop anthropocentrique pour que les fidèles échappent aux gaspillages des fêtes de Noël. Leurs enfants ne savent pas le Christ est né dans la plus pauvre des conditions, ils attendent eux-aussi avec impatience d’ouvrir le suremballage de leurs cadeaux. Pour un Noël écolo, il nous faut supprimer le père Noël et rechercher une spiritualité plus proche de la Nature.

Noël sans le pape (5/6)

Benoît XVI n’est pas un pape « vert ». Benoît 16 dénonçait en décembre 2007 dans son message de Noël l’exploitation de la planète : « paix et écologie dans le message de Noël du pape ». En fait, juste une petite phrase du pape peut appuyer cette assertion : « Dans le monde, le nombre des migrants, des réfugiés, des déplacés, va toujours croissant, à cause aussi des catastrophes naturelles, qui sont souvent la conséquence de préoccupants désastres écologiques. » Pas de quoi changer la face du monde et dénoncer les innombrables dommages environnementaux causés par l’homme. Il est vrai que la religion catholique, comme d’ailleurs bien d’autres religions, ne voit dans la planète qu’une propriété que les humains « à l’image de Dieu » peuvent exploiter et saccager.

Dans son message Urbi et Orbi du 25 décembre 2009, le Pape n’était toujours pas écolo : « Autour de la crèche de Bethléem, tout se passe dans la simplicité et dans la discrétion, selon le style par lequel Dieu opère. » Mais le pape n’en dit pas plus, à chacun de choisir sans le pape la simplicité volontaire dans sa vie quotidienne. Benoît 16 fait le tour des problèmes de l’humanité : « Le « nous » des croyants opère au Sri Lanka comme levain de réconciliation et de paix… Le « nous » de l’Église incite à dépasser la mentalité égoïste et techniciste… » Y’a pas beaucoup plus d’écologie dans le message du pape que dans le Noël des marchands.

Avec Benoît 16 la papauté est sur le déclin, encore imprégnée d’une théologie d’un autre âge, pape dont rien ne laisse supposer une capacité d’ouverture aux problèmes contemporains, à commencer par ceux de la Biosphère. D’ailleurs pour lui, nul besoin d’électricité et de pétrole, la parole est toujours éthérée : « « La lumière qui émane de la grotte de Bethléem resplendit sur nous. Toutefois la Bible et la Liturgie ne nous parlent pas de la lumière naturelle, mais d’une autre lumière, spéciale… » Les servants du nucléaire et les marchands du Temple peuvent continuer à sévir le jour de Noël et tout le reste du temps, ce n’est pas le problème du pape. Il nous faut chercher une spiritualité ailleurs, par exemple dans l’écologie profonde.

Benoît XVI adepte de l’ordre moral

Le pape Benoît XVI fait de la politique, il demande aux gouvernements de prendre en compte la conception catholique de la famille*. Mais cette conception est relative, il n’y a pas de modèle biblique de la famille. La Bible couvre plusieurs siècles d’histoire et  présente des hommes et des femmes vivant selon des modèles familiaux très différents : Abraham, David, Joseph et Marie, etc. Au travers des portraits de famille qui nous sont brossés, le meilleur y côtoie le pire ! C’est pourquoi B.16 ne se réfère pas au texte sacré, il s’exprime ainsi dans son homélie en Espagne : « L’Église s’oppose à toute forme de négation de la vie humaine et soutient ce qui promeut l’ordre naturel dans le cadre de l’institution familiale. » L’ordre naturel !? Quèsaco ?

                Avant même d’être pape, Josef Ratzinger s’en prenait violemment à la « dictature » du relativisme en tant qu’attitude qui ne reconnaît rien comme définitif. Mais pour le philosophe Flores d’Arcais, la prétention de l’Eglise à justifier sa morale particulière par une loi naturelle qui n’existe pas, à considérer sa propre norme comme une « vérité » et à rejeter le pluralisme démocratique explique les errements passés (inquisition, guerre de religions…) et l’inadaptation actuelle de l’Eglise au monde moderne. Car « l’ordre naturel » selon B.16 n’est en réalité qu’un ordre moral défini de façon unilatérale par un pape qui se croit doté d’infaillibilité.

Tout est culturel en matière de société humaine, il n’y a pas d’ordre naturel. Par contre il y a des lois de la Nature qu’il nous faut chercher à tâtons de façon démocratique. Nous avons bafoué ces lois en créant le réchauffement climatique et en détériorant la biodiversité. La tâche de Benoît XVI  devrait être la protection de « Création divine », mais il n’écoute pas les gémissements de la création. Le pape préfère gémir sur « la vie des enfants depuis le moment de leur conception ». Ce pape n’est pas un écolo.

* LeMonde du 9 novembre 2010, Lors de son voyage en Espagne, Benoît XVI a vanté la famille.

Anne Dalsuet, moraliste de l’écologie

 Les catastrophes environnementales entraînent toujours des effets en cascade sur tous les êtres vivants et notamment sur la manière dont les hommes pourront continuer à habiter cette Terre, s’y nourrir, y travailler, s’y loger, s’y déplacer. Ainsi le réchauffement climatique d’origine anthropique entraîne le déclin du phytoplancton, ce qui met en péril la chaîne alimentaire, humains compris (LeMonde du 31 juillet). Mais notre journal de référence nous offre aussi un approfondissement théorique avec le point de vue d’Anne Dalsuet (p.17), « Il faut édifier une morale de l’écologie, la nature est aussi un sujet éthique à respecter ». Nous ne pouvons que constater le retard de la pensée française dans la prise en charge du questionnement lié à la crise environnementale. Anne Dalsuet propose une morale non anthropocentrée, qui promeuve la nature au rang de sujet à respecter. Cela est possible en reconnaissant une valeur intrinsèque à la nature indépendante de l’intérêt (économique, médicinal ou esthétique) que les être vivants et les écosystèmes représentent pour l’homme. Anne Dalsuet retrouve ainsi l’enseignement de l’écologie profonde définie à la fin des années 1970 par Arne Naess dans le premier point de son manifeste : « L’épanouissement de la vie humaine et non humaine sur Terre a une valeur intrinsèque. La valeur des formes de vie non humaines est indépendante de l’utilité qu’elles peuvent avoir pour des fins humaines limitées. » Cette conception philosophique s’oppose à l’écologie superficielle, autrement dit à l’environnementaliste dominant, que nous retrouvons ainsi définie par Anne Dalsuet : « La régulation est pensée, notamment en France, sur le terrain de l’expertise scientifique, juridique ou politique. »

L’enjeu du débat entre shallow ecology et deep ecology est essentiel. Il s’agit de savoir si les problèmes soulevés par l’écologie ne sont finalement qu’une question technique que le capitalisme libéral pourra régler sans avoir à se remettre en question, ou s’ils impliquent à terme un autre choix de société. L’écologie profonde naît de cette conscience que le monde d’aujourd’hui est un monde « plein », qui porte de part en part la marque de l’homme : plus de frontières à repousser, plus d’ailleurs à conquérir. Toutes les cultures humaines interagissent avec l’écosystème terrestre, toutes sont à même de constater que l’expansion illimitée nuit aux capacités de régénération de notre écosystème. Le point de vue réductionniste de l’écologie superficielle ne représente qu’un aspect des choses qui cède aujourd’hui du terrain devant des schémas de type holiste, fondés sur les notions de complexité, de réciprocité et de causalité circulaire.

L’image du monde qui résulte de l’écologie profonde rompt à la fois avec la conception linéaire du temps et avec la séparation radicale du sujet et de l’objet. Une fois admis que l’homme et la nature sont pris dans un même rapport de co-appartenance, qui les rend inséparables sans pour autant les confondre, il n’y a plus à décider qui, de l’homme ou de la nature, est le sujet ou l’objet de l’autre. Nous sommes par exemple à la fois sujet et objet de la chaîne alimentaire qui commence par le phytoplancton et le zooplancton, « carburants » qui font tourner les écosystèmes marins et qui nous nourrissent comme notre corps nourrira un jour la terre.

Pour en savoir plus, Anne Dalsuet, Philosophie et écologie (Gallimard, 2010)

objection de conscience et religion

Il en est de la conscience des choses comme pour tout le reste : les humains peuvent penser une chose ou son contraire, en toute bonne conscience. Ainsi l’objecteur de conscience est défini très officiellement comme « celui qui refuse d’accomplir son service militaire ». Cette démarche est bonne, si tout le monde était objecteur de conscience, il n’y aurait plus d’armées, il n’y aurait plus de guerre. Mais LeMonde du 22 juillet utilise cette expression d’objecteur de conscience pour qualifier tous ceux qui en Espagne n’appliquent pas la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. L’archevêque de Burgos appelle ses ouailles à la désobéissance civile. Des régions autonomes ont décidé de ne pas appliquer la loi. L’objection de conscience est l’argument généralement mis en avant dans toute l’Espagne pour justifier le faible nombre d’IVG dans les hôpitaux publics. Etc.
Autant la lutte contre la militarisation de la société se comprend, autant une telle attitude des autorités religieuses et publiques ne se conçoit pas. Faire des enfants non désirés constitue un drame familial. Ne pas réguler les naissances c’est faire de la guerre un infanticide différé. Le « droit à la vie », le « Tu ne tueras point » ne sont que slogans religieux qui n’ont pas empêché les Eglises d’appeler aux guerres de religion. Le refus du service armé, ainsi que du serment à l’empereur avait constitué la position officielle de l’Eglise jusqu’en 314, date du Synode d’Arles. Depuis le ralliement à l’empereur Constantin, les Eglises sont unanimes à reconnaître, en cas de conflit entre un citoyen et l’Etat, une présomption de droit en faveur de ce dernier. Le temps a passé, des centaines d’années de guerres et de souffrances. Seuls quelques mouvements isolés comme les Anabaptistes ont préservé une réelle objection de conscience. Si l’Eglise réformée de France affirma en 1948 la légitimité de l’objection de conscience et réclama un statut pour les objecteurs, il fallut attendre le concile Vatican II pour voir l’Eglise catholique se pencher sur ce problème. Et encore, la recommandation adoptée déclarait simplement qu’il semblait « équitable que les lois pourvoient humainement au cas des objecteurs de conscience ».
En résumé, l’Eglise catholique se pose un cas de conscience en matière d’avortement et lutte contre une loi espagnole démocratiquement promulguée, mais ne s’est jamais posé de cas de conscience en faveur de ceux qui veulent une société pacifique et désarmée. L’obscurantisme religieux est le plus terrible car il repose sur un acte de foi, non sur un raisonnement élaboré en toute conscience.

Sexe, Nature, religions et spécisme

Les femmes ont été longtemps infériorisées, que ce soit dans leur droit de travailler, de voter, de s’habiller, de baiser et d’avorter, ou de représenter Dieu. Pourtant en 1949, Simone de Beauvoir constatait dans Le deuxième sexe qu’« on ne naît pas femme, on le devient ». Depuis ce diagnostic, qui n’a jamais été démenti depuis, on sait que la nature de la femme ne dit rien de son statut par rapport à l’homme : le comportement humain est déterminé par un conditionnement culturel. La même année 1949, Elisabeth Schmidt était consacrée pour la première fois pasteur dans l’Eglise réformée de France. Pourtant depuis plus de 2000 ans la Bible n’autorisait ni n’interdisait à une femme d’être pasteur. Aujourd’hui encore l’Eglise d’Angleterre, ébranlée par des divisions internes sur l’ordination possible des femmes et des homosexuels, vient de rejeter une proposition visant à autoriser la consécration de femmes évêques dans le pays (lemonde.fr du 11 juillet). Ni dieu, ni la nature ne disent rien du statut des femmes, et on ne peut même pas faire confiance à la démocratie.

En effet le système démocratique ne dit rien a priori sur l’égalité ou non entre les êtres vivants. La démocratie est un lieu vide où on peut mettre n’importe quoi du moment que cela résulte d’une délibération collective. La lutte pour l’égalité entre hommes et femmes est un exemple de ce perpétuel combat. Le leader des Anglicans n’a pas convaincu le synode général : la maison des évêques et la maison du laïcat ont voté en faveur des femmes, c’est pourtant la maison du clergé qui l’a emporté. L’Eglise du Pays de Galles s’était déjà prononcée contre l’idée de femmes évêques en 2008. L’Eglise épiscopale écossaise autorise depuis 2003 les femmes à devenir évêques, mais aucune n’a encore accédé à cette fonction. La démocratie va dans tous les sens ! Sur ce blog, nous ne comprenons pas cette discrimination entre hommes et femmes : la différence des sexes ne peut pas faire l’inégalité. Mais nous ne  comprenons pas non plus l’idée de supériorité de l’espèce humaine par rapport aux autres formes de vie.

C’est par analogie avec le sexisme que le spécisme a été défini en 1970 par Ryder comme une discrimination selon l’espèce. Cela consiste à assigner différents droits à des êtres sur la seule base de leur appartenance à une espèce. Le spécisme, comme toute conception de l’inégalité, commence dès l’enfance. On ne naît pas femme. Et si nous mangeons de la chair animale, de l’autre côté on développe l’attachement envers des animaux de compagnie. Certaines espèces se caressent, d’autres sont tuées, parfois se sont d’ailleurs les mêmes. Mais dès lors qu’on reconnaît qu’il y a unité du vivant, la stratégie cartésienne de supériorité de l’homme sur les autres espèces ne fonctionne pas. Aucune comparaison des différences n’implique une hiérarchie : on peut étudier des différences et des parentés, mais non pas construire une hiérarchie téléologique. Il faut le répéter encore une fois : toutes les espèces qui vivent aujourd’hui sont nos contemporains, issues du même processus d’évolution. Nous pouvons faire des différences entre les hommes et les femmes, entre les noirs et les blancs, entre les humains et les végétaux, mais il n’y a pas en soi d’inégalités entre les espèces, pas de supériorité en soi de l’espèce humaine. Un vrai démocrate devrait aimer l’humanité, aimer toute la Création, aimer toutes les formes de vie, ne pas ressentir de sentiment de supériorité. Le système démocratique fonctionnerait bien mieux s’il en était ainsi…

l’impuissance doctrinale de Benoît XVI

L’Eglise est foutue, mais le pape ne le sait pas encore. Benoît XVI lance un conseil pontifical à l’offensive pour une nouvelle évangélisation. Mais ce nouveau ministère n’a pas encore de feuille de route (LeMonde du 2 juillet). Pas étonnant ! Car de quoi peut encore témoigner le catholicisme ? Si les chrétiens, aux trois premiers siècles de l’Eglise, ont en conséquence de leur non-violence refusé le service des armes, leur ralliement à l’Etat constantinien, à partir du IVe siècle, les a conduit à considérer la guerre comme « un moindre mal . Depuis, l’Eglise s’est toujours rangée aux côtés du pouvoir, quel que soit le pouvoir. Surtout le catholicisme, comme les autres religions du Livre, repose sur une analyse fausse de la place des humains dans la biosphère.

John Muir au XIXe siècle analysait ainsi les interprétations de la Bible : « Beaucoup de gens se font une idée tranchée des intentions du Créateur : il est considéré comme un homme à la fois civilisé et respectueux de la loi, adepte soit d’une monarchie limitée soit d’un gouvernement républicain ; c’est un chaud partisan des sociétés missionnaires ; c’est enfin purement et simplement un article manufacturé comme n’importe quel pantin d’un théâtre à deux sous. Le monde, nous dit-on, aurait été formé spécialement pour l’homme – présomption que les faits ne corroborent pas toujours. Avec de pareilles idées du Créateur, il n’est pas surprenant qu’on ait une conception erronée de la création. Pour les gens « comme il faut », les moutons sont faits pour nous nourrir et pour nous vêtir. Les baleines sont des dépôts d’huile, instaurés à notre intention pour aider les étoiles à éclairer nos voies obscures en attendant la découverte des puits de pétrole de Pennsylvanie. Le chanvre est un exemple évident de destination dans le domaine de l’emballage, du gréement des navires et de la pendaison des scélérats. »

Aldo Leopold dans son « Ethique (non religieuse) de la terre », proposait en 1949 d’échanger le rôle de conquérant, tenu par homo sapiens vis-à-vis de la communauté biotique, non contre le rôle de vice-roi ou d’intendant, mais contre celui de « membre et citoyen à part entière ». Il écrivait : « L’écologie n’arrive à rien parce qu’elle est incompatible avec notre idée abrahamique de la terre, Nous abusons de la terre parce que nous la considérons comme une marchandise qui nous appartient. Si nous la considérons au contraire comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l’utiliser avec amour et respect. » Lynn White imputait en 1967 les racines historiques de notre crise écologique à la vision du monde judéo-chrétienne. Selon la Genèse les êtres humains, seuls de toutes les créatures, furent créés à l’image de Dieu. Il leur fut donc donné d’exercer leur supériorité sur la nature et de l’assujettir. Deux mille ans de mise en œuvre toujours plus efficace de cette vision de la relation homme/nature ont abouti aux merveilles technologiques et à la crise environnementale du XXe siècle.

Benoît XVI pourra créer autant de conseils pontificaux qu’il voudra, il n’est pas en mesure de nous aider à faire face aux gémissements de la « Création » tant qu’il continuera à donner une place centrale à l’Homme, comme s’il était semblable à un Dieu.

écologisme et carême

Le carême est ce temps de pénitence consacré à la préparation de Pâques et s’étendant du mercredi des Cendres (17 février 2010) au jeudi saint, soit quarante jours. Alina Reyes respecte ce rite en conformité à sa religion chrétienne : « Ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». Nous, biosphere, faisons d’abord remarquer  que cette pratique du jeûne et de la modération n’est pas respectée par la majorité des chrétiens, dommage. Ensuite nous avons lu (Bonne entrée en carême, LeMonde du 28 février-1er mars 2010) qu’Alina Reyes ne parlait à aucun moment d’écologie. Dommage ! Car l’ascèse, la limitation des besoins, est un mot d’ordre de l’écologisme. Le jour où les adeptes des religions du Livre, qui normalement louent la « Création », comprendront que leurs fondements spirituels vont au respect de la biosphère et non à son exploitation éhontée, alors l’écologisme progressera vraiment.

Voici les propos d’Alina Reyes auxquels nous souscrivons : « Il ne saurait y avoir de spiritualité sans ascèse. Donner, jeûner participent du même mouvement : se priver, dégager de la place en soi pour l’espace intime où peut se déployer la vie, la rencontre réelle. Aller à l’Essentiel. Dans l’ascèse, nous apprenons le contentement, Se contenter de peu, sagesse universelle. L’abondance et la facilité nous divertissent et nous paralysent, nous rendent incapables d’aller au bout de l’amour. Se priver un temps de divertissement, de viandes, de sucreries, d’alcools, on croit que c’est difficile, mais il suffit de s’abandonner à le faire, pour s’apercevoir que ce n’est rien. Par l’exercice du manque, l’ascèse abolit le manque. Abolit la séparation entre le désir et son accomplissement. Pour s’apercevoir qu’on a gagné beaucoup en liberté, et donc en possibilité d’aimer vraiment.

Pas d’Internet ni de télévision. Ces forces de divertissement, ces forces séductrices, qui veulent nous faire oublier la mise à mort qu’elles opèrent sur nous. Parfois je me dis : il faudra que j’allume la radio pour les informations. Mais j’oublie toujours. Pourquoi donc être en permanence branché sur les misères du monde ? Les misères du monde sont le divertissement caché de l’homme moderne. Et dans ses divertissements affichés, éclate la misère. Plus je me gave d’informations, plus elles font écran à une perception profonde, à une compassion réelle. »

 

Caritas veritate

Benoît 16 se lâche dans sa dernière encyclique (LeMonde du 8 juillet), biosphere se fâche :

Benoît : « Un humanisme sans dieu est inhumain »

Biosphere : L’esprit surnaturel, c’est ça qui a tout foutu en l’air, le théisme qui a envoyé notre esprit, notre nature humaine, dans l’abstraction céleste d’un dieu surnaturel. L’illusion, c’est l’esprit tel qu’il est perçu en Occident : une abstraction coupée de la nature. (Lama Denys Rinpoché)

Benoît :  « L’homme, premier capital à sauvegarder »

Biosphere : Les droits de l’humanité cessent au moment où leur exercice met en péril l’existence d’autres espèces. Le droit à la vie et au libre développement des espèces vivantes encore représentées sur la terre peut seul être dit imprescriptible, pour la raison très simple que la disparition d’une espèce quelconque creuse un vide, irréparable, à notre échelle, dans le système de la création. (Lévi-Strauss)

Benoît :  Le pape s’inquiète de « l’état écologique de la planète », dans un environnement « donné par Dieu ».

Biosphere : Savez-vous que Spinoza a été banni de la synagogue d’Amsterdam et qu’il est également considéré comme hérétique par les chrétiens et les musulmans ! Qu’a-t-il bien pu dire qui fasse l’unanimité des trois religions du Livre contre lui ? Il a dit que la racine la plus profonde de la servitude humaine se trouve dans ce préjugé que la Création est une séparation, parce qu’alors toute réunification ne peut être que le fruit d’une médiation. Et l’intermédiaire, c’est toujours un clergé. Mais si Dieu est la Nature et si donc la Nature est Dieu, il n’y a pas de séparation et aucune raison d’instaurer une médiation. Par conséquent, toutes les hiérarchies ecclésiastiques sont des usurpations de pouvoir. (Jean-François Malherbe)

Benoît : « C’est la raison obscurcie de l’homme qui produit ces conséquences (échecs de la mondialisation), non l’instrument lui-même. »

Biosphere : La foi concourt à étouffer la liberté d’investigation et les conséquences émancipatrices que celle-ci pourrait apporter.

Benoît : « L’athéisme soustrait aux citoyens la force morale et spirituelle du développement humain »

Biosphere : Napoléon voulut savoir pourquoi dieu n’apparaissait pas dans les calculs époustouflants de Laplace. Celui-ci laissa tomber cette réponse réfléchie : « Je n’ai pas besoin de cette hypothèse, Sire. »

Benoît : le pape prône un « humanisme intégral »

Biosphere : C’est Lévi-Strauss qui nous montre la voie de l’unité conceptuelle, celle d’un humanisme élargi. En s’intéressant aux dernières civilisations encore dédaignées – les sociétés dites primitives – l’ethnologie fit parcourir à l’humanisme sa troisième étape. Par de sages coutumes que nous aurions tort de reléguer au rang de superstitions, les sociétés sans écriture limitent la consommation par l’homme des autres espèces vivantes et lui en imposent le respect moral, associé à des règles très strictes pour assurer leur conservation.

infaillibilité pontificale

« Pour la gloire de Dieu notre Sauveur, nous enseignons comme un dogme révélé de Dieu : le Pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, jouit de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu’il soit anathème » (1er concile du Vatican — 18 juillet 1870). C’est avec cet état d’esprit que les nouveaux hussards du pape appellent à manifester pour soutenir Benoît 16 puisqu’un pape ne peut se révéler irresponsable quand il maudit le préservatif  : « Le rôle des catholiques consiste à comprendre ce que veut le pape, pas à crier avec les loups » (LeMonde du 4 avril). Pourtant aucun dieu de la compassion n’aurait voulu qu’une personne puisse s’exprimer de façon dogmatique sur le port du préservatif et la contraception.

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas. Vanité des vanités, tout n’est que vanité, particulièrement personnifiée en la personne du pape Benoît 16. Le mouvement « pro-vie » signifie en fait « pro-vie humaine ». Chez beaucoup d’esprits embrouillés, un zygote monocellulaire humain, dépourvu de nerfs et donc incapable de souffrir, est infiniment sacré pour la simple raison qu’il est « humain ». Aucune autre cellule ne jouit d’un statut aussi élevé. En fait le pape et ses groupies sont exemplaires d’une tradition religieuse anthropocentrique : l’interdiction de la contraception ne repose sur aucune parole divine, et elle n’a aucun fondement rationnel. Les humains, même infaillibles, peuvent vraiment raconter n’importe quoi…

manuel d’athéisme

Sous le titre  « Reste l’inexplicable mystère », Stéphanie Le Bars commente ainsi le dernier livre de Christopher Hitchens Dieu n’est pas grand : « Aussi argumenté soit-il, son ouvrage laisse inexpliqué le mystère qui porte des millions de personnes à croire ». Stéphanie a mal lu.

– La raison fondamentale de l’esprit religieux selon Hitchens, c’est la bêtise humaine : « Il n’y a rien de dédaigneux à souligner que les gens manifestent leur crédulité, leur instinct grégaire et leur besoin d’être dupés. C’est un problème vieux comme le monde. La crédulité peut être une forme d’innocence, inoffensive en soi, mais elle invite les méchants et les malins à exploiter leurs semblables. Elle est donc l’une des grandes faiblesses de l’humanité. Aucune description de l’expansion et de la persistance de la religion n’est possible sans tenir compter de cette réalité. »

– Ensuite vient notre capacité à bâtir des mondes imaginaires : « Il semble possible, en se plaçant sur un plan psychologique, qu’il soit préférable pour certains de croire en quelque chose plutôt qu’en rien, si erroné que ce quelque chose puisse être. »

– Nous pouvons ajouter la récupération de ce besoin par quelques-uns : « Les religions n’auraient jamais pu naître, et encore moins prospérer, sans l’influence d’hommes aussi fanatiques que Moïse, Mahomet ou Joseph Kony » (…)  « Dieu n’a pas créé l’homme à sa propre image. C’est bien sûr l’inverse » (…) Une preuve que la religion est anthropomorphique, c’est qu’elle est généralement élaborée par l’homme, au sens masculin du mot » 

– Mais l’explication principale de la résistance de la croyance aux Lumières, c’est le syndrome de la soumission volontaire : « La posture lors d’une prière évoque généralement le serf suppliant un monarque acariâtre. C’est un message de soumission » (…) « Presque toutes les religions, du bouddhisme à l’islam, présentent un prophète ou un prince qui s’identifie aux pauvres, mais qu’est-ce sinon du populisme ? Les religions choisissent de s’adresser d’abord à la majorité, qui se compose de pauvres, d’angoissés et d’incultes » (…) 

– Cette soumission n’a lieu que parce les religions nient le libre-arbitre : « Toutes les religions prennent soin de réduire au silence ou d’exécuter ceux qui les remettent en question » (…) « Le totalitarisme laïque nous fournit le summum du mal humain. Mais on constate presque invariablement que ces dictateurs étaient considérés comme des dieux, ou des chefs d’église. On ne leur devait pas que l’obéissance : toute critique à leur encontre était sacrilège par définition, leur moindre parole constituait une loi sacrée »

En définitive, nous serions plus proche de la Biosphère si nous étions athée : « Nous avons toutes les raisons de penser que les choses terrestres sont tout ce que nous avons et aurons jamais. »